Révolution cubaine

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Révolution cubaine
La Caballería, photographie de Raúl Corrales.
La Caballería, photographie de Raúl Corrales.
Informations générales
Date 26 juillet 19531er janvier 1959
Lieu Drapeau de Cuba Cuba
Issue Victoire du Mouvement du 26 juillet
Chute de Fulgencio Batista
Début du régime castriste
Belligérants
M-26-7.svg Mouvement du 26 juillet Drapeau de Cuba Régime de Fulgencio Batista
Commandants
M-26-7.svg Fidel Castro
M-26-7.svg Che Guevara
M-26-7.svg Raúl Castro
M-26-7.svg Camilo Cienfuegos
M-26-7.svg Juan Almeida
M-26-7.svg Crescencio Pérez
Drapeau de Cuba Fulgencio Batista
Batailles
Caserne de Moncada

La révolution cubaine de 1959 se réfère au renversement à Cuba du régime du dictateur pro-américain Fulgencio Batista par une guérilla amorcée par Fidel Castro et le Mouvement du 26 juillet.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Avant décembre 1956[modifier | modifier le code]

Carte de Cuba

Il est généralement admis que le point de départ de la révolution cubaine est le 26 juillet 1953, lorsqu'une centaine de guérilleros, mal armés, ont attaqué la caserne de Moncada. Bon nombre d'entre eux furent tués mais certains comme Fidel Castro et son frère Raúl Castro furent capturés peu de temps après. Fidel Castro fait de son procès une tribune politique et parlera pendant près de quatre heures pour assurer sa défense. Il finira par ces mots : « peu importe que je sois condamné, l'Histoire m'acquittera ». Il est condamné à 15 ans de prison sur l'Île de la Jeunesse. Son frère est également condamné à 13 ans de prison.

En 1955, en raison de la pression de personnalités civiles, de l'opposition générale, et des jésuites qui avaient participé à l'instruction de Fidel Castro, Batista décide de libérer tous les prisonniers politiques, y compris les attaquants de Moncada. Les frères Castro partent en exil au Mexique, où se retrouvent tous les cubains décidés à renverser la dictature de Batista par la révolution cubaine. Pendant cette période, Castro a également rencontré Ernesto « Che » Guevara, qui a joint leurs forces. Ils sont entraînés par Alberto Bayo, un ancien chef militaire des républicains espagnols exilé au Mexique à la fin de la guerre civile espagnole.

Le groupe se forme à la guérilla sous la conduite de Fidel Castro et revient à Cuba en novembre 1956, sur un petit yacht appelé Granma. Ils ont espéré que leur débarquement au Cuba oriental coïnciderait avec les soulèvements prévus dans les villes et une grève générale coordonnées par le mouvement du 26 juillet. L'objectif était de mener une offensive armée et de renverser le régime de Batista.

Décembre 1956 : le débarquement[modifier | modifier le code]

Le 2 décembre 1956 le bateau Granma, avec 82 guérilleros du Mouvement du 26 juillet, parmi lesquels Fidel Castro, Ernesto Che Guevara et Raúl Castro, s'échoue, en raison d'une météo exécrable, avec deux jours de retard sur la plage Las Coloradas située sur les côtes orientales de Cuba. Le retard empêcha que le soulèvement populaire organisé par Frank País, à Santiago de Cuba, atteigne son objectif de détourner l'attention des troupes de Batista pour faciliter le débarquement des guérilleros.

Séparés par les tirs de l'aviation cubaine et pourchassés par 2000 soldats de Batista, les guérilleros endurent une série de déroutes initiales à Alegría de Pío. Seuls 12 hommes purent se retrouver à Cinco Palmas. Fidel Castro a alors déclaré « Maintenant, nous allons gagner la guerre » avant de se rendre avec ses hommes dans la Sierra Maestra, une zone difficile d'accès à l'est de Cuba, où ils purent s'installer. La guerre de guérilla débute et dure 25 mois[1].

1957[modifier | modifier le code]

  • 16 janvier : la guérilla castriste réalise sa première action militaire, attaquant et prenant le détachement militaire de La Plata.
  • 17 février : paraît dans le New York Times, une interview de Fidel Castro effectuée par Herbert Matthews dans la Sierra Maestra. L'impact est énorme et commence à générer une grande sympathie de l'opinion publique nationale et internationale envers les guérilleros.
  • 13 mars : le Directorio Revolucionario attaque le Palais présidentiel, entraînant la mort du leader José Antonio Echevarría.
  • 20 avril : Massacre dit "Humbolt 7". Quatre étudiants ayant participé à l'attaque du palais présidentiel sont retrouvés par la police et assassinés dans la rue Humboldt au no 7. Il s'agissait de José Machado Rodriguez, Juan Pedro Carbo Servia, Fructuoso Rodríguez Pérez et Joe Westbrook Rosales.
  • 28 mai : bataille de El Uvero, première action ouverte de la guérilla du 26 mars 1957.
  • 17 juillet : création de la seconde colonne de l'armée Rebelle, appelée Nº 4, commandée par Ernesto Che Guevara.
  • 30 juillet : assassinat de Frank País à Santiago de Cuba qui provoque une révolte populaire et renverse l'opinion publique qui devient de plus en plus hostile au régime de Batista.
  • 5 septembre : soulèvement de la base navale de Cienfuegos dirigée par Alférez Dionisio San Román avec l'aide de la milice du Partido Auténtico et du Mouvement du 26 juillet. En réponse, le gouvernement opère une répression sanglante qui inclut le bombardement de la base avec des avions B-26. 300 des 400 rebelles trouvent la mort et San Román est torturé pendant des mois.

1958[modifier | modifier le code]

  • 27 février : Fidel Castro décide d'augmenter les opérations de la guérilla en créant trois nouvelles colonnes sous le commandement respectif de Juan Almeida, Raúl Castro et Camilo Cienfuegos. Almeida doit agir dans la zone orientale de la Sierra Maestra, et Raúl Castro ouvrir un second front et s'installer dans la Sierra Cristal, au nord de Santiago.
  • 9 avril : grève générale révolutionnaire appelée par le Mouvement du 26 juillet. Celle-ci étant mal planifiée, elle est étouffée rapidement par le gouvernement.
  • 6 mai : les troupes de Batista entreprennent une offensive générale dans la Sierra Maestra afin d'éliminer la guérilla castriste. D'importantes batailles ont lieu comme celles de El Jigue et de Santo Domingo.
  • 7 août : Batista ordonne à ses troupes de se retirer de la Sierra Maestra, montrant ainsi la faiblesse du régime. Fidel Castro décide donc de reprendre la guerre dans le reste de Cuba. Le Che et Camilo Cienfuegos doivent aller au nord afin de diviser l'île en deux parties et de façon à préparer l'attaque de Santa Clara, ville stratégique et clef du chemin pour La Havane; tandis que Fidel et Raúl Castro resteront à l'est pour contrôler la région et attaquer finalement Santiago de Cuba.
  • 31 août : les colonnes de Che Guevara et de Camilo Cienfuegos partent à la marche vers l'ouest de Cuba. Ils mettent six semaines à arriver dans la zone montagneuse de l'Escambray, dans l'ancienne province de Las Villas. Celle d'Huber matos se dirige vers la ville de Camagüey[2]
  • Septembre et octobre : une fois établi dans le centre de l'île, le Mouvement du 26 juillet coordonne ses actions avec d'autres forces de guérilla agissant dans la région telles le Directoire Revolutionnaire, le Second Front Révolutionnaire de l'Escambray et le Parti Socialiste Populaire (Communiste) et organisent l'appui logistique. Entre temps, à l'est, les forces rebelles se rapprochent des principales villes.
  • 3 novembre : des élections présidentielles sont organisées, cependant aucune formation politique ne leur reconnaît de légitimité.

L'offensive finale de l'armée rebelle[modifier | modifier le code]

  • 13 novembre : sur ordre de Fidel Castro, les forces rebelles de Las Villas, Camaguey et Oriente commence l'offensive. Les mines de Nuyecito sont prises 5 jours plus tard[3].
  • 20 novembre : les forces rebelles attaquent Guisa, une ville importante et bien défendue à quelques kilomètres de Bayamo. La bataille de Guisa dura 10 jours de combats difficiles. Batista avait mobilisé plus de 2000 hommes, des avions, des tanks et de l'artillerie dans une succession de 9 fortifications différentes, les forces rebelles étaient de 300 hommes. À la fin des combats, les pertes de l'armée rebelle n'étaient que de 8 hommes dont le capitaine Braulio Coroneaux, alors que leurs ennemis en avaient perdu plus de 300 ainsi qu'un grand nombre d'armes et de matériel de guerre qui furent récupéré par les forces rebelles[3].
  • Simultanément à la bataille de Guisa, les forces de Second Front ont attaqué de nombreuses positons ennemies déployées à San Luis, Alto Songo, La Maya, Sagua de Tánamo, Guantánamo et d'autres localités. Les forces aériennes révolutionnaires naissantes jouèrent un rôle important et le 9 décembre, la route de Santiago de Cuba était ouverte pour les forces rebelles[3].
  • Fidel assura directement le commandement de l'offensive contre la capitale de l'Oriente, laquelle toucha durement les territoires voisins. Le front Camarguey, en plus de d'occuper des garnisons et des quartiers généraux du gouvernement réussit à bloquer toutes les tentatives gouvernementales de redéploiement dans l'est de la province d'Oriente. La campagne rebelle dans Las Villas eu lieu avec succès et les actions armèes dans les provinces de l'ouest de l'Île continuaient à s'intensifier[3].
  • Fin novembre : le gouvernement tente une offensive contre les positions de la guérilla dans l'Escambray.
  • 4 décembre: les troupes dirigées par Che Guevara et Camilo Cienfuegos passent à l'offensive, elles assaillent les régiments situés dans la zone centrale de l'île afin de les isoler des troupes gouvernementales.
  • 14 décembre : L'ambassadeur US à La Havane, Earl T. Smith, annonce que son gouvernement a retiré son support à Batista[3].
  • 18 décembre : Fidel, Raúl Castro et Juan Almeida, rassemblés sur la route de Santiago de Cuba dirigent les forces des 3 fronts de l'est. et le 30 décembre, l'ennemi ne contrôle plus que les villes de Santiago, Manzanillo, Holguín et Victoria de las Tunas[3].
  • Dans de telles conditions, les désertions chez les soldats de Batista se font de plus en plus nombreuses. Nombre d'entre eux ont aussi rejoint l'armée rebelle[3].
  • Vers la fin décembre 1958 la débâcle de la dictature de Batista apparaît inévitable. Le 28 décembre, les milices commandées par le Che débutent l'attaque décisive sur la cité de Santa Clara, clef du centre de l'île et dernier îlot de résistance avant La Havane. Le 31 décembre quand les troupes rebelles s'emparent du train blindé que le gouvernement avait envoyé pour fortifier la ville, Batista décide de s'enfuir vers Saint Domingue accompagné du président élu, Andres Rivero Aguero, laissant le pays virtuellement sans chef et à la charge du général Eulogio Cantillo. Celui-ci fit nommer un juge de la cour suprême, le Dr. Carlos M. Piedra, comme président provisoire du pays, ceci était une partie d'un plan préparé conjointement avec l'ambassade des USA pour détruire la révolution[3].

Après une réunion entre Fidel Castro et le général Eulogio Cantillo, celui-ci essaya d'organiser une junte militaire assise sur le régiment de Campo Columbia, commandée par le colonel Ramón Barquín, avec l'appui des États-Unis. La manœuvre fut dénoncée par Fidel Castro comme une trahison et un coup d'état. Il appela à la grève générale et ordonna à tous ses commandants de continuer leurs actions armées sur tous les fronts de bataille jusqu'à ce que l'ennemi se soit rendu sans condition. Il demanda à ses commandants Che Guevara et Camilo Cienfuegos de marcher sur La Havane et de s'emparer des positions clefs de la capitale, le camp Columbia (les quartiers généraux de l'armée de Batista) pour Camilo, les quartiers généraux de la Cabana pour le Che[3].

Dans une nouvelle tentative désespérée pour prendre le contrôle de la situation, le général Cantillo a libéré des centaines de prisonniers politiques du pénitencier de l'Île des jeunes et, suivant ainsi scrupuleusement les instructions de l'ambassadeur US Earl T. Smith, Cantillo prit le colonel Ramon Barquin - lui aussi en prison - à La Havane pour le placer à la tête de l'armée. Barquin proposa à Fidel d'accepter le poste de premier ministre du gouvernement provisoire, mais celui-ci refusa[3].

Sous le slogan "Révolution oui, coup d'État non !", Fidel Castro donna l'ordre aux forces rebelles d'attaquer le camp Columbia. La grève générale paralysa tout le pays, les gens s'armèrent d'eux-mêmes dans les cités et les villages et ils prirent les garnisons, ils arrêtèrent les hommes de Batista pour les juger et ils assumèrent le contrôle des villes et des villages[3].

La grève générale se termina le 4 janvier. Le coup d'état militaire fabriqué avait échoué et le pouvoir révolutionnaire s'étendait sur tout le pays. Les propos de Fidel à Santiago étaient devenus vrais : "Cette fois, heureusement pour Cuba, la révolution va vraiment prendre le pouvoir"[3].

1959[modifier | modifier le code]

Dans la matinée du 1er janvier 1959, les troupes du Segundo Frente Nacional del Escambray sous les ordres d'Eloy Gutiérrez Menoyo entrèrent à La Havane. Le jour suivant, les troupes du Movimiento 26 de Julio, commandées par Camilo Cienfuegos et le Che Guevara, s'emparent sans résistance respectivement du régiment de Campo Columbia et de la forteresse de San Carlos de la Cabaña. En pénétrant dans le Campo Columbia, Cienfuegos retira son commandement au colonel Barquín et fit prisonnier le général Casillas. Peu après les hommes du Directorio Revolucionario, aux ordres de Faure Chomón, s'emparèrent du Palais Présidentiel.

Simultanément, ce même 1er janvier, Fidel Castro entra triomphalement à Santiago de Cuba, la déclarant capitale provisoire de Cuba et proclamant Manuel Urrutia président de la Nation. Ce gouvernement entra en fonction le 5 janvier[3].

Le gouvernement des États-Unis reconnut immédiatement le nouveau gouvernement révolutionnaire cubain.

À partir de ce moment le pouvoir resta définitivement entre les mains des forces révolutionnaires. Historiquement, le 1er janvier 1959 est considéré comme la date du triomphe de la révolution. Fidel Castro à la tête de la Caravane de la liberté arriva à La Havane le 8 janvier 1959. Lui et ses hommes reçurent un accueil jubilatoire de la part des habitants de la ville[3].

Urrutia avait nommé José Miró Cardona, un avocat, en tant que premier ministre. Bien qu'opposés à Batista, ils étaient conservateurs, et avec d'autres figures du gouvernement comme le Dr. Roberto Agramonte, le ministre d'état, et Eng. Manuel Ray, le ministre des affaires publiques, ils mirent des obstacles sur la voie des profondes transformations voulues par les forces révolutionnaires[3]. Ils firent même obstacles aux mesure décidées durant les premiers jours de janvier comme les tribunaux révolutionnaires pour juger les crimes de guerre[3].

Fidel Castro a expliqué les aspects de base d'une loi de réforme agraire lors de nombreuses réunions publiques, insistant sur le droit de Cuba de gouverner sans ingérences extérieures, et en soulignant les pas à suivre. Mais à la fin janvier, le peuple commence à s'inquiéter des lenteurs du gouvernement[3].

À mi-février, la première crise ministérielle a lieu : l'ensemble du cabinet démissionne. Fidel Castro, qui était resté jusque là chef de l'armée rebelle, devient premier ministre[3]. Ce changement eut une grande influence sur la révolution, et il fut renforcé par la démission de plusieurs ministres en juin, et plus tard accentué lors d'une crise politique sérieuse à la mi-juillet : Fidel renonça à ses fonctions de premier ministre. Fidel Castro expliqua lors d'une intervention télévisée que sa démission était causée par l'attitude d'obstruction du président. Le peuple réclama la démission d'Urrutia qui fut remplacé par le Dr. Osvaldo Dorticòs, un avocat[3].

Après 1959[modifier | modifier le code]

Du 1er janvier 1959 à la fin de 1960, une nouvelle constitution est approuvée, le congrès de la république est démantelé, les partis politiques traditionnels tous complices de Batista se désintègrent, les anciens policiers sont bannis de toute fonction publique officielle pour une période d'au moins 30 ans. Toutes ces mesures avaient été annoncées dès les premiers jours de la guérilla dans la Sierra Maestra et elles furent implémentées avec un appui populaire complet et enthousiaste[3].

Le gouvernement révolutionnaire avait décidé de punir de façon exemplaire les responsables des meurtres et des crimes commis sous la dictature. Dans l'histoire cubaine, les tortures et les meurtres de patriotes et de combattants révolutionnaires avaient toujours été impunis, et le peuple espérait maintenant un changement : le pays entier exigeait la mort pour les assassins. Des tribunaux révolutionnaires furent établis et des jugements publics furent tenus, avec toutes les garanties pour les coupables. Les sentences appropriées furent rendues, y compris la peine capitale[3].

Dans les premiers mois qui suivent la Révolution, les opposants au régime prétendent que plusieurs centaines d'opposants sont exécutés en 1959[4], plusieurs milliers dans les années 1960[5]. Plus de 600 partisans de Batista – ou considérés comme tels – auraient été exécutés[6] dans les premiers temps de la Révolution cubaine et du régime castriste. D'autres opposants sont emprisonnés et la presse est censurée[6].

En fait, les accusés sont pour la plupart des officiels du régime de Batista: policiers, hommes politiques ou personnes influentes accusées d'avoir contribué à la répression à laquelle le régime s'était livré notamment en 1958 juste avant sa chute[7], des membres du « bureau de la répression des activités communistes » qui avaient recours à l'enlèvement, la torture et l'assassinat[8], ou des militaires accusés de crime de guerre, mais aussi des dissidents politiques[réf. nécessaire]. Seuls les militaires et policiers sont condamnés à mort, les civils étant conduits devant un autre tribunal[9].

Une autre demande populaire concernait la corruption politique et administrative. Conduite en janvier 1959, une estimation a montré que plus de 2 milliards de pésos (2 milliards de dollars US) avaient été dilapidés par le régime de Batista. Le gouvernement révolutionnaire commença à confisquer tous les biens et propriétés acquises de façon frauduleuses. Le code de défense sociale fut changé pour punir lourdement les détournements de fonds et le ministère pour le recouvrement des biens détournés fut mis sur pied. Ce ministère confisqua des propriétés qui appartenaient au cartel de fabrication des allumettes, à la compagnie pétrolière RECA, à la compagnie Cubana de Aviaciòn et à l'aéroport Rancho Boyero.14 moulins à sucre furent saisis pour permettre des enquêtes sur l'origine douteuse de leurs fortunes, de même que les compagnies de bus Associated et Metropolitan, ainsi que la compagnie cubaine de téléphone, un monopole des États-Unis avec des connexions de blanchiment d'argent avec Batista. Ce ministère prit soin également des biens et possessions abandonnées par ceux qui fuirent le pays. En avril 1960, le montant total de la richesse récupérée s'élevait à 400 millions de pésos[3].

La vieille armée, un instrument de répression et de terreur, a été dissoute durant les premiers jours après la victoire de la révolution, et l'armée rebelle - "le peuple en uniforme" comme l'appelait Camilo Cienfuegos - a repris le rôle de force armée. La mission militaire américaine, qui avait conseillé l'armée de Batista, a été expulsée[3].

Fidel Castro va annoncer qu'il identifie son régime avec le communisme (étiquette qu'il n'avait pas revendiqué lors de la prise de pouvoir). Dans les années suivantes, face à l'embargo des États-Unis contre Cuba, il cherchera un allié économique de taille - l'Union soviétique.

La Révolution hors de Cuba[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Un grand nombre d'intellectuels tiers-mondistes ont défendu la Révolution cubaine et le régime castriste : ce fut le cas du philosophe Jean-Paul Sartre qui, en juin 1960, écrit dans France-Soir 16 articles intitulés « Ouragan sur le sucre »[6]. Chris Marker réalisa un film Cuba si, favorable au régime de la Havane. À Paris, la librairie La Joie de lire des éditions Maspero était l'un des hauts lieux du soutien à Fidel Castro[6]. Il faut attendre 1971 et l’affaire du poète cubain Heberto Padilla, pour que Jean-Paul Sartre conteste les méthodes du régime castriste. En 1970, K. S. Karol et René Dumont publient respectivement Les Guérilleros au pouvoir et Cuba est-il socialiste ?, deux critiques de la politique menée par La Havane[6].

Le débat à gauche en France a tourné autour de la question de savoir si le fait d'être sous la pression constante des États-Unis signifiait que la gauche devait soutenir le régime Castriste[réf. nécessaire]. Les opposants ont mis en avant le non-respect des droits de l'homme à Cuba, notamment la répression des dissidents et des homosexuels[10] bien que la situation des homosexuels à Cuba soit nettement plus favorable que dans le reste de l'Amérique latine[11],[12], de même que la situation des droits de l'homme d'ailleurs[13]. Les sympathisants du régime ont mis en avant des réformes sociales (système de santé, éducation, etc.) mises en place à Cuba, là où dans d'autres pays d'Amérique latine les services sociaux restaient bien inférieurs même si avant 1959, Cuba jouissait déjà du meilleur système de santé latino-américain et surpassait nombre de pays européens dans plusieurs indicateurs sanitaires[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 50 vérités sur Fidel Castro par Salim Lamrani
  2. Elizabeth Burgos, compte-rendu de «Et la nuit est tombée. De la révolution victorieuse aux bagnes cubains» (Huber Matos), revue Nuevo mundo, mundos nuevos
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v et w (en) José Navarro, History of Cuba - The Challenge of the York and the Star : Biography of a people, SI-MAR Publishing House La Habana Cuba,‎ 2001 (ISBN 9789597054757)
  4. Les chiffres de la répression varient selon les auteurs : 550 pour Thomas E. Skidmore, Modern Latin America, 4e éd., 1997 ; plus de 2000 pour Martin Gilbert, A History of the Twentieth Century, 1997
  5. 5 000 exécutions pour Hugh Thomas, Cuba, or, the pursuit of freedom, 1971, 1988 ; entre 7000 et 10 000 personnes exécutées d'après Charles Ronsac (dir.), Le livre noir du communisme, Robert Laffont, 2000, ISBN 2-221-08861-1, p. 768
  6. a, b, c, d et e Bertrand Le Gendre, « Le castrisme, une passion française, par Bertrand Le Gendre », dans Le Monde du 22-02-2008, [lire en ligne], mis en ligne le 21-02-2008
  7. Le nombre total de morts dont le régime dictatorial de Batista est accusé est controversé : le nombre total de morts par combat ou par exécution durant la période de la dictature de Batista (de 1952 à 1958) irait de 1 700 et ce en comptant les morts au sein des forces gouvernementales aussi bien qu'au sein des factions de guérillas (cf. Jeanine Verdes-Leroux, "La Lune et le Caudillo", Éditions de l'Arpenteur, Paris, 1989, p. 19) à 20 000 morts, chiffre publié à l'époque par certains médias (cf. (en) L'histoire de Cuba (Cuban Story), (45 min., 1959, États-Unis), réalisation: Errol Flynn/Victor Pahlen, Arte dim. 15 avril 2007. 23h25), dont certains responsables ont depuis avoué que ce chiffre était irréaliste et qu'il n'avait pas été vérifié (cf. Jeanine Verdes-Leroux, op. cit.).
  8. Le BRAC ou « bureau de la répression des activités communistes » était une unité de police secrète ou de contre-espionnage qui avait recours à l'enlèvement, la torture et l'assassinat contre la minorité de communistes (ou supposé communistes) soupçonnés d'activités illégales.
  9. (es) Pacho O'Donnell, « Che, la vida por un mundo mejor », random house mandatori, 2003, p. 173
  10. C. Ronsac (dir.), Le livre noir du communisme, Robert Laffont, 2000, ISBN 2-221-08861-1, p. 768-769
  11. http://vdedaj.club.fr/spip/article.php3?id_article=406 La situation des gays à Cuba : mythes et réalités
  12. http://vdedaj.club.fr/spip/article.php3?id_article=828 Mariela Castro : Vérités sur Cuba et les droits des homosexuels
  13. La Havane n’a aucune leçon à recevoir - Interview de Salim Lamrani par Nicolas Ethève
  14. (en) COMPARATIVE HISTORICAL HEALTH STATISTICS: BEFORE AND AFTER THE REVOLUTION, Carta de Cuba2003

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]