Guerre de Corée

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Guerre de Corée
Différentes photographies de la guerre de Corée. Dans le sens des aiguilles d'une montre : des forces américaines durant la bataille du réservoir de Chosin ; Débarquement américain dans le port d'Incheon ; Réfugiés coréens devant un char M26 Pershing américain ; Des Américains, menés par le lieutenant Baldomero Lopez, débarquant à Incheon, sur la digue d'Incheon ; un North American F-86 Sabre durant un combat aérien.
Différentes photographies de la guerre de Corée. Dans le sens des aiguilles d'une montre : des forces américaines durant la bataille du réservoir de Chosin ; Débarquement américain dans le port d'Incheon ; Réfugiés coréens devant un char M26 Pershing américain ; Des Américains, menés par le lieutenant Baldomero Lopez, débarquant à Incheon, sur la digue d'Incheon ; un North American F-86 Sabre durant un combat aérien.
Informations générales
Date 25 juin 1950 - 27 juillet 1953 (de facto[note 1])
Combat à grande échelle jusqu'à la signature de l'armistice de Panmunjeom.
Lieu Péninsule coréenne
Issue Cessez-le-feu ; l’invasion de la Corée du Sud par la Corée du Nord est arrêtée, mise en place de la Zone coréenne démilitarisée (DMZ) ; quelques changements territoriaux le long du 38e parallèle, mais essentiellement uti possidetis.
Belligérants
* Drapeau des Nations unies Nations unies

Soutien naval et service de réparations militaire


Personnel médical

Corée du Nord et ses Alliés

Drapeau de la Corée du Nord Corée du Nord
Drapeau de la République populaire de Chine Chine
Flag of the Soviet Union (1923-1955).svg Union soviétique


Personnel médical

Commandants
Drapeau de la Corée du Sud Syngman Rhee

Drapeau de la Corée du Sud Chung Il-kwon
Drapeau de la Corée du Sud Paik Sun-yup
Drapeau des États-Unis Douglas MacArthur
Drapeau des États-Unis Matthew Ridgway
Drapeau des États-Unis Mark Wayne Clark
Drapeau des États-Unis James Van Fleet
Drapeau des États-Unis Harry S. Truman
Drapeau des États-Unis Dwight D. Eisenhower
Drapeau de la Turquie Tahsin Yazıcı

Drapeau de la Corée du Nord Kim Il-sung

Drapeau de la Corée du Nord Choi Yong-kun
Drapeau de la Corée du Nord Kim Chaek
Drapeau de la République populaire de Chine Mao Zedong
Drapeau de la République populaire de Chine Peng Dehuai
Drapeau de l'URSS Joseph Staline
Drapeau de l'URSS Gueorgui Malenkov

Forces en présence
Drapeau de la Corée du Sud 590 911

Drapeau des États-Unis 480 000
Drapeau du Royaume-Uni 63 000[1]
Drapeau : Canada 26 791[2]
Drapeau de l'Australie 17 000
Drapeau des Philippines 7 430[3]
Drapeau de la Turquie 5 455[4]
Drapeau des Pays-Bas 3 972
Drapeau de la France 3 421[5]
Drapeau de la Belgique 3171

Drapeau de la Nouvelle-Zélande 1 389
Drapeau de la Thaïlande 1 294
Drapeau de l'Éthiopie 1 271
Drapeau de la Grèce 1 263
Drapeau de la Colombie 1 068
Drapeau : Afrique du Sud 826
Drapeau du Luxembourg 78

Total : 941 356–1 139 518

Drapeau de la Corée du Nord 260 000

Drapeau de la République populaire de Chine 780 000
Drapeau de l'URSS 26 000

Total : 1 066 000

Note : Les chiffres peuvent varier selon les sources. Ces chiffres sont ceux au maximum et ont varié au cours de la guerre.

Pertes
Civils tués/blessés (total Coréens) = 2 Millions (Est.)[6]
Guerre froide
Batailles
Pusan · MiG Alley · Chumunjin · Opération Strangle · Osan · Pyeongtaek · Cheonan · Daejon · Hwanggan · Périmètre de Pusan (Daegu · Gyongju · Sangju · Fleuve Nam) · Séoul · Incheon · Unsan · Wawon · Réservoir de Chosin · Jipyeong-ri · Colline Gloster · Kapyong · Crèvecœur · Fleuve Han · Opération Commando · Maryang San · Suncheon · Crochet · Fleuve Samichon · Armistice de Panmunjeom

La guerre de Corée a lieu du 25 juin 1950 au 27 juillet 1953 entre la République de Corée (Corée du Sud), soutenue par les Nations unies, et la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord), soutenue par la République populaire de Chine et l'Union soviétique. Elle résulte de la division de la Corée (en) à la suite d'un accord entre les Alliés victorieux de la guerre du Pacifique à la fin de la Seconde Guerre mondiale. La péninsule Coréenne était occupée par l'empire du Japon depuis 1910. Après la reddition du Japon en septembre 1945, États-Unis et Union soviétique se partagèrent l'occupation de la péninsule le long du 38e parallèle, avec au sud des forces américaines d'occupation et au nord des forces soviétiques[19].

L'échec de tenue d'élections libres dans la péninsule en 1948 aggrava la division entre les deux côtés ; le Nord établit un gouvernement communiste, tandis que le Sud établit un gouvernement pro-américain. Le 38e parallèle devint une frontière politique entre les deux États coréens. Bien que les négociations pour la réunification continuèrent dans les mois précédant la guerre, les tensions s'intensifièrent. Des escarmouches et des raids inter-frontaliers persistèrent. La situation se transforma en guerre ouverte lorsque des forces du Nord envahirent le Sud le 25 juin 1950. En 1950, l'Union soviétique boycottait le Conseil de sécurité des Nations unies. En l'absence d'un veto de l'Union soviétique, les États-Unis et d'autres pays votèrent une résolution autorisant une intervention militaire en Corée. Les États-Unis fournirent 88 % des 341 000 soldats internationaux qui aidèrent les forces du Sud, complété par l'assistance de vingt autres pays. Alors qu'elle n'amena pas directement de troupes sur le terrain, l'Union soviétique fournit de l'aide matérielle aux armées chinoise et nord-coréenne.

Le conflit se déroula en quatre phases principales[20],  :

  • Mal préparée, face aux 200 000 soldats nord-coréens bien équipés par les Soviétiques, les forces du sud accusèrent de lourdes pertes durant les deux premiers mois et à mi-septembre 1950, elles se retrouvèrent acculées dans le sud-est de la péninsule, repliées sur le périmètre de Busan.
  • Une rapide contre-offensive des forces de l'ONU, dirigées par le général MacArthur, avec un débarquement à Incheon, non loin de Séoul le 15 septembre, repoussa les Nord-Coréens bien au-delà du 38e parallèle, presque jusqu'au fleuve Yalou, à la frontière chinoise en octobre 1950.
  • La République populaire de Chine entra en guerre du côté de la Corée du Nord. 1,7 million de « volontaires chinois », commandés par Lin Biao, forcèrent les Sud-Coréens et les troupes de l'ONU à se replier derrière le 38e parallèle à la mi-octobre 1950. En janvier 1951, les Communistes reprirent Séoul, reprise par les Américains en mars 1951.
  • Au printemps 1951, ce sont les troupes onusiennes qui gagnèrent peu à peu du terrain au nord, et le front s'établit de nouveau aux alentours du 38e parallèle, revenant aux peu ou prou aux positions d'avant le début du conflit.

Les négociations reprirent alors et la guerre s'acheva le 27 juillet 1953, lorsqu'un armistice fut signé. L'accord restaurait la frontière entre les deux Corées près du 38e parallèle et créait la zone coréenne démilitarisée, une zone tampon fortifiée entre les deux nations coréennes. Les deux pays étant encore officiellement en guerre, des incidents mineurs continuent de se produire encore aujourd'hui.

Du point de vue militaire, la guerre de Corée combine les stratégies et tactiques des deux guerres mondiales : elle commence par une rapide campagne offensive d'infanterie suivie par des bombardements aériens, mais devint une guerre statique à partir de juillet 1951.

On estime que le conflit à fait plus de 800 000 tués parmi les militaires coréens, nordistes et sudistes[20], probablement autant parmi les militaires chinois et 57 000 parmi les militaires des forces de l'ONU[20]. Le nombre de victimes civiles est estimé à 2 millions et 3 millions de réfugiés[20]. La péninsule a été dévastée par les combats et les bombardements, Séoul est ainsi détruite à plus de 70 %[20].

Partition de la péninsule[modifier | modifier le code]

À la conférence de Yalta (du 4 au 11 février 1945), Staline avait promis à Roosevelt que l’URSS entrerait en guerre contre le Japon trois mois après la capitulation de l'Allemagne. Lors de la conférence de Potsdam[20], en juillet-août 1945, les Alliés avaient convenu qu’en Corée les forces japonaises stationnées au nord du 38e parallèle se rendraient aux Soviétiques, et celles qui occupaient le Sud aux Américains. Les Soviétiques intervinrent dans le Nord le 9 août 1945, le lendemain même de la déclaration de guerre au Japon. Pour leur part, les Américains débarquèrent, le 8 septembre suivant, au surlendemain de la proclamation à Séoul d'une éphémère « République démocratique » par les partis de gauche à majorité communiste qui avaient été actifs dans la résistance à l'occupation japonaise[21].

Cependant, ni les États-Unis, ni les Soviétiques, ni a fortiori les Coréens eux-mêmes ne considéraient comme définitive la partition de facto de la péninsule coréenne qui découlait de la double présence américaine et soviétique : en effet, une commission mixte américano-soviétique se mit en place dès janvier 1946, mais ses travaux n'aboutirent pas en raison de la tension croissante entre les deux Super-puissances. En septembre 1947, les Américains portèrent la question coréenne devant les Nations unies. L’Assemblée générale de l'organisation désigna alors une commission chargée d’organiser et de superviser des élections libres en tant que préliminaires à la formation d’un gouvernement national. Toutefois, les Soviétiques, qui considéraient les Nations unies comme une organisation liée aux États-Unis (avant la décolonisation, la plupart de ses membres appartenaient au bloc occidental), refusèrent d’admettre la commission dans leur zone d’occupation.

Les partis de gauche de tout le pays, ainsi que des organisations nationalistes antiaméricaines, se réunirent à Pyongyang en avril 1948 et décidèrent le boycott de ces élections. Celles-ci ne furent finalement organisées que dans la zone occupée par les États-Unis, sous la surveillance de l'ONU ; elles portèrent au pouvoir le vieux leader nationaliste et anticommuniste Syngman Rhee, qui avait été le chef du gouvernement coréen en exil constitué en 1919. Le 19 juillet 1948, la République de Corée fut proclamée à Séoul qui devint sa capitale. En réaction, des élections non surveillées par l'ONU furent organisées dans la zone d’occupation soviétique ; elles donnèrent la majorité aux partis de gauche dominés par les communistes. En même temps, des élections clandestines se déroulèrent dans le Sud : les délégués ainsi élus vinrent siéger à Pyongyang, où l'Assemblée populaire suprême proclama la République populaire démocratique de Corée. Tout comme la République de Corée, celle-ci prétendait représenter l'ensemble de la péninsule. L'homme fort du nouveau régime nord-coréen était Kim Il-sung, secrétaire général du Parti du travail de Corée et ancien résistant à l'occupation japonaise. Leader d’un petit groupe de partisans coréens à partir de 1930, Kim avait en effet dirigé plusieurs raids contre les avant-postes japonais en Corée à partir de la Mandchourie où, enfant, il s’était réfugié avec ses parents. En 1941, il quitta la Mandchourie, devenue un état fantoche du nom de Manchukuo, et reçut un entraînement militaire en Union soviétique. Il retourna en 1945 dans son pays en tant qu’officier de l’Armée rouge[22].

Syngman Rhee et Kim Il-sung désiraient tous deux réunifier la péninsule, mais chacun selon sa propre idéologie politique. Avec la conscription rétablie en 1947 dans le nord, qui provoqua une certaine résistance armée dans une partie de la population (voir UNPIK), l'armée nord-coréenne appelée Armée populaire de Corée, équipée en chars et en armes lourdes d'origine soviétique, était davantage en mesure de prendre l'initiative, tandis que l’armée sud-coréenne, en raison d’un soutien américain plus limité après le retrait des troupes d'occupation (décembre 1948 et juin 1949), était en état d’infériorité, matérielle (aucun char et pas d'avion de combat), mais surtout numérique.

Origines[modifier | modifier le code]

L'historien français Bernard Droz affirmait en 1992 que la responsabilité américaine et sud-coréenne apparaissait peu crédible : « Vu l’état d’impréparation de l’armée sud-coréenne et la présence sur place de quelques centaines seulement de conseillers américains[23], et depuis l'ouverture des archives soviétiques[24], il est désormais acquis que l'offensive générale du 25 juin 1950 fut préparée de longue date par la Corée du Nord[25]. » D'après des documents d'archives soviétiques, Kim Il-sung décida d'envahir la Corée du Sud au plus tard début septembre 1949, alors qu'« il n'y a pas eu d'incidents sérieux au 38e parallèle depuis le 15 août[26]. » Staline considérait toutefois que pour le moment une telle initiative n’était opportune ni militairement, ni politiquement, ni économiquement. Il s'inquiéta notamment de l'impréparation de l’armée nord-coréenne ainsi que d'une possible intervention américaine et interdit en conséquence une entreprise dont le plein succès n’était pas assuré. En effet, par un télégramme daté du 24 septembre 1949, le Politburo chargea l’ambassadeur soviétique à Pyongyang, le général Chtykov, d’informer Kim Il-sung qu’aux yeux des dirigeants soviétiques l’« Armée populaire coréenne […] n’était pas prête pour une attaque », que celle-ci entraînerait « des difficultés politiques et économiques significatives pour la Corée du Nord » et que par conséquent une telle attaque n’était pas « permise[27] ». Par la suite, les Nord-Coréens renforcèrent leur armée et la transformèrent en un formidable instrument offensif sur le modèle des forces blindées de l'Armée rouge soviétique. Ainsi, en 1950, la Corée du Nord avait désormais un avantage certain dans toutes les catégories d'armement. La République populaire de Chine était d'abord réticente, car une guerre en Corée déstabiliserait toute la région. Mao Zedong estimait par ailleurs qu'un tel conflit encouragerait les Américains à intervenir en Extrême-Orient et interférerait avec la conquête prévue de Taïwan, où s’étaient retranchées les forces du Kuomintang de Tchang Kaï-chek. Néanmoins, la Chine n'accepterait pas la présence de troupes ennemies à ses frontières, ce qui laissait présager une intervention chinoise au cas où elle estimait que son territoire était menacé[28].

Le 12 janvier 1950, le nouveau secrétaire d'État américain, Dean Acheson, déclara au Club national de la presse que le périmètre de défense américain dans le Pacifique comprenait les îles Aléoutiennes, les îles Ryūkyū, le Japon et les Philippines : l'omission explicite de la Corée pouvait laisser sous-entendre que, en cas de guerre, les Américains n’interviendraient pas. Cependant, si telle avait été à un moment la position de Washington, le gouvernement américain y renonça dès avril 1950[29]. Par conséquent, l'endiguement restant le principe de la politique américaine, Washington considérait la Corée du Sud comme un bastion servant à endiguer la progression communiste en Asie, plus particulièrement après la victoire des communistes chinois en 1949[30]. Entre-temps, l'attitude de Staline avait évolué : lors d’une visite de Kim à Moscou en avril 1950, le maître du Kremlin avalisa les projets annexionnistes du dirigeant nord-coréen, car, après le départ des troupes américaines, il ne jugeait plus qu'une guerre faisait courir de graves risques à la Corée du Nord, tout en précisant cependant qu’il ne pouvait garantir un soutien officiel de la part de l’Union soviétique. Certains se sont demandé si l'omission publique de Dean Acheson en janvier 1950 ne relevait pas d'une provocation destinée à encourager l'initiative militaire nord-coréenne annexionniste, de manière à pouvoir déclencher en retour l'intervention américaine annexionniste inversée[31]. Dans une interview accordée en 1992 à l’historien russe Sergeï Goncharov, Chung Sang-chin, ancien général de brigade dans l’armée nord-coréenne, rapporta que, selon l’interprète de Kim Il-sung, ce dernier aurait invoqué quatre arguments pour recueillir l’adhésion de Staline : l’attaque, déclenchée à l’improviste, serait décisive, de sorte que la victoire serait acquise en trois jours ; en Corée du Sud, l'offensive de l'Armée populaire serait accompagnée d’un soulèvement des deux cent mille membres du Parti ; la guérilla communiste apporterait son appui à l’Armée populaire ; et enfin, les États-Unis n’auraient pas le temps d’intervenir. Chung ajouta que Kim avait connaissance du discours Acheson[32].

D'après un rapport du ministère des Affaires étrangères soviétique à l'intention notamment de Brejnev, rapport daté du 9 août 1966,

« le gouvernement nord-coréen prévoyait d’atteindre son objectif en trois étapes :

  1. concentration de troupes le long du 38e parallèle
  2. proposition au Sud d'une réunification pacifique
  3. initiative des opérations militaires après le rejet par le Sud de la proposition d’une réunification pacifique.

Fin mai 1950, l'état-major de l'Armée populaire, en accord avec les conseillers militaires soviétiques, annonça que l'armée coréenne était prête à commencer sa concentration le long du 38e parallèle. Devant l'insistance de Kim Il-sung, le début des opérations militaires fut fixé au 25 juin 1950 (télégramme 468, 1950)[32]. »

La fiabilité des documents soviétiques a été vivement contestée par les autorités nord-coréennes, tant ils mettent en question l'histoire officielle du pays[33]. Par ailleurs, d’après les Nord-Coréens, qui invoquent la présence de conseillers américains, les États-Unis n’auraient pas respecté les termes de l'accord soviéto-américain sur le retrait des troupes de la péninsule et ils auraient multiplié les provocations et les attaques, certaines d’envergure, afin de déstabiliser la Corée du Nord. Ainsi, le musée de la Guerre à Pyongyang expose des documents d'archives faisant état de projets d'invasion de la République populaire démocratique de Corée.

Pour leur part, la majorité des historiens sud-coréens, à l'instar en France d'intellectuels de gauche, relevèrent dès les années 1950 la multiplication des incidents de frontière le long du 38e parallèle et les déclarations belliqueuses de Syngman Rhee dans la période précédant la guerre, d'où ils conclurent à une responsabilité partagée. Selon Heo Man-ho, professeur agrégé au département de science politique et de diplomatie à la faculté des sciences sociales de Séoul, spécialiste de l'histoire de la Corée, « les tentatives belliqueuses antérieures à la guerre de Corée avaient déjà fait plus de 100 000 morts[34] ». En d'autres termes, selon Heo Man-ho, ces incidents de frontières ont été dans certains cas de « véritables batailles rangées dans lesquelles environ 6 000 hommes ont été engagés » (et dont l'initiative venait tant du côté nord-coréen que du côté sud-coréen), ce qui rendait de plus en plus probable l'hypothèse d'un conflit ouvert, envisagé par l'un et l'autre camp. « Il est donc difficile de trancher de façon sûre sur cette question de savoir qui est l'envahisseur et l'initiateur de la guerre. Les seuls critères qui peuvent aider à dégrossir cette question se trouvent dans les préparatifs militaires mis en place par les dirigeants des deux Corées […] ainsi que dans les formes du soutien des deux super-puissances auprès de ces mêmes dirigeants. » Par conséquent, conclut le professeur Heo Man-Ho, « en nous appuyant sur ces critères, nous pourrions soutenir la thèse de l’invasion nord-coréenne sur le Sud ; en effet, la guerre de Corée a été préparée plus sérieusement par les dirigeants nord-coréens avec les soutiens sino-soviétiques[34] ». S'agissant des préparatifs sud-coréens, l'envoyé spécial de Harry S. Truman en Corée du Sud, Philip C. Jessup, souligne, dans un mémorandum à son gouvernement daté du 14 janvier 1950 à la suite d'un entretien avec le président sud-coréen Syngman Rhee, que ce dernier a expliqué que les Coréens du Sud « auraient une ligne de défense stratégique bien meilleure, si leurs forces se dirigeaient vers la Corée du Nord, [mais] qu’il n’y a pas eu de planification pour se lancer dans une quelconque opération de conquête. Pourtant, l'impression générale de son intervention laisse croire qu'il ne s'était pas opposé lorsque des forces sud-coréennes, en bordure du 38e parallèle, avaient pris des initiatives de temps en temps[35] ». De son côté, M. Muccio, ambassadeur américain à Séoul, fait état qu'en 1948, lors d'une réception au palais présidentiel sud-coréen, le ministre de la Défense sud-coréen lui « raconta avec plaisir que ses hommes avaient conquis Haeju », ville située sur la péninsule d'Ongjin, « juste au-delà du 38e parallèle, […] mais [il] n'ajouta pas que pratiquement tout le monde s'y était fait tuer[36] ».

Toujours est-il que Kim Il-sung s'était donné les moyens d’une offensive générale en renforçant son armée et, quand il reçut finalement, après quarante-huit télégrammes, la permission de Staline en avril 1950, et celle de Mao Zedong un mois plus tard, il prit l’initiative le 25 juin 1950, profitant d’une situation qu’il jugeait favorable - infériorité matérielle et numérique de l'armée sud-coréenne, présence sur le terrain de quelques centaines seulement de conseillers américains, renonciation apparente des États-Unis à la doctrine Truman en ce qui concerne la péninsule coréenne -, et cela dans un contexte de répression des mouvements de guérilla communistes qui avaient dominé politiquement en Corée du Sud à la capitulation japonaise.

Les services de renseignement américains se sont montrés pour leur part incapables d'évaluer correctement les projets de Kim Il-sung et ne pensaient pas que celui-ci se lancerait dans un tel conflit[37].

Ainsi donc, l'offensive nord-coréenne du 25 juin 1950 ne laisse aucun doute sur l’initiateur du conflit.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Les territoires occupés par la Corée du Nord, son allié chinois et les autres forces communistes (en rouge) et par la Corée du Sud, les États-Unis et les forces des Nations unies (en vert) durant la guerre de Corée de 1950 à 1953.

La date du 25 juin 1950, choisie « fin mai 1950 […] devant l'insistance de Kim Il-sung », marque le franchissement du 38e parallèle par les divisions nord-coréennes ; elle est généralement considérée par les historiens occidentaux et russes comme le début de la guerre de Corée. Pour sa part, la Corée du Nord retient une date antérieure de quelques jours, en alléguant qu'elle n'aurait fait que riposter à une importante incursion sud-coréenne sur son territoire, incursion livrée avec le soutien de conseillers américains.

Assaut nord-coréen[modifier | modifier le code]

Dans les heures précédant l'aube du 25 juin 1950, sous la protection d'un formidable barrage d'artillerie, 135 000 Nord-Coréens franchirent la frontière entre les deux Corées. Le gouvernement nord-coréen annonça que des troupes commandées par le « traître et bandit » Syngman Rhee avaient traversé le 38e parallèle, et que par conséquent le Nord avait été obligé de riposter « à une grave provocation des fantoches de Washington », selon L'Humanité du lendemain. De son côté, Jean-Paul Sartre, compagnon de route du Parti communiste français, affirma que « c’était la Corée du Sud qui avait attaqué la Corée du Nord à l'instigation des États-Unis[38] ». Conseillée et équipée par les Soviétiques, qui ne s'engageront toutefois jamais ouvertement, l'armée nord-coréenne mit en ligne sept divisions, 150 T-34, 1 700 pièces d'artillerie, 200 avions de combat et d'importantes réserves. L'attaque nordiste fut dévastatrice. Au moins les deux tiers de la petite armée sud-coréenne (à peine 38 000 hommes répartis sur 4 divisions d'infanterie) étaient alors en permission, laissant le pays largement désarmé. Les Nord-coréens attaquèrent en plusieurs endroits stratégiques, parmi lesquels Kaesong, Chunchon, Uijongbu, et Ongjin (en). En quelques jours, les forces sudistes, surclassées en nombre et en puissance de feu, furent mises en déroute et durent battre en retraite. Tandis que l'attaque au sol progressait, l'armée de l'air nordiste bombarda l'aéroport de Gimpo à Séoul où se trouvait les 22 avions de liaison et d'entraînement de l'aviation du sud. Séoul fut prise dans l'après-midi du 28 juin. Les Nord-Coréens n'avaient toutefois pas réussi à atteindre leur objectif principal, à savoir la reddition rapide du gouvernement de Rhee et la désintégration de son armée.

Char T-34 nord-coréen à Suwon

L'invasion de la Corée du Sud (République de Corée, RdC, ROK en anglais) semble avoir été une surprise complète pour les États-Unis et leurs alliés ; quelques jours avant l'offensive nord-coréenne, le 20 juin, Dean Acheson, le nouveau Secrétaire du Département d'État, avait déclaré officiellement au Congrès qu'une guerre était improbable. Truman lui-même fut contacté quelques heures après le déclenchement de l'offensive ; il crut qu'il s'agissait du début de la troisième Guerre mondiale. En tout état de cause, une partie de l'état-major américain aurait accueilli avec enthousiasme l'annonce, espérant pouvoir ainsi « endiguer » (stratégie du containment) la progression des communistes en Extrême-Orient. « Les Coréens nous sauvent », aurait déclaré le secrétaire d’État Acheson quand il reçut le 25 juin la nouvelle du déclenchement des hostilités[39]. Malgré la démobilisation partielle des forces américaines et alliées après la défaite du Japon, ce qui causa de sérieux problèmes logistiques aux troupes américaines dans la région - hormis les Marines, les divisions d'infanterie envoyées en Corée ne comptaient que 40 % de leurs effectifs et la majeure partie de leur équipement était inutilisable -, les États-Unis avaient encore 83 000 hommes destinés à l'occupation du Japon répartis en trois divisions d'infanterie plus la 1re division de cavalerie, sous le commandement du général Douglas MacArthur. À part les unités du Commonwealth en Corée, aucune autre nation ne pouvait fournir des renforts importants. Le président Harry S. Truman, à la nouvelle de l'invasion, ordonna à Mac Arthur de transférer des munitions au profit de l'armée sud-coréenne (en anglais ROK Army, ou ROKA) et de fournir une protection aérienne afin de permettre l'évacuation des citoyens américains. Toutefois, Truman était en désaccord avec ses conseillers, qui voulaient lancer des raids aériens contre la Corée du Nord. Il autorisa cependant la Septième flotte américaine à protéger Taïwan, mettant ainsi fin à la politique américaine de désengagement vis-à-vis du gouvernement nationaliste du Kuomintang, confiné à Taïwan - réplique américaine redoutée par Mao avant l'attaque nord-coréenne -. Tchang Kaï-chek proposa de participer à la guerre, mais cette demande fut rejetée par les Américains au motif que cela ne ferait qu'encourager une intervention des communistes chinois.

Char M4A3E8 Sherman en position de tir sur une colline

Contre-attaque sud-coréenne et onusienne[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Bataille d'Incheon et Bataille de Séoul.
La poche de Busan lors de la contre-attaque sur Incheon (septembre 1950)

Au Conseil de sécurité des Nations unies, les États-Unis, profitant de l'absence de l'Union soviétique (politique dite du « siège vide », pour dénoncer le refus américain d'admettre la Chine communiste au Conseil), firent adopter le 27 juin 1950 la résolution 83 condamnant l'agression nord-coréenne ; le 7 juillet, la résolution 84 leur confia le commandement d'une force onusienne. Seize pays acceptèrent de venir en aide à la Corée du Sud. Parmi ceux-ci, les plus importants étaient le Royaume-Uni et diverses forces du Commonwealth dont celles du Canada, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande. Parmi les autres participants à la force des Nations Unies, les Philippines, la Turquie, la France, la Belgique, la Grèce, la Thaïlande et la Colombie envoyèrent plusieurs milliers de soldats. Les autres pays participants se limiteront à envoyer des équipes médicales.

En septembre les forces nord-coréennes avaient occupé la quasi-totalité de la Corée du Sud. Les débris de l'armée sud-coréenne ainsi que la 8e armée des États-Unis envoyée en renfort avaient dû reculer jusqu'à être réduits à se défendre au sud-est de la péninsule, dans la petite poche de Busan, parvenant à stabiliser le front le long de la rivière Nakdong avec le secours d'un important appui aérien, empêchant les Nordistes de prendre le contrôle de la péninsule tout entière. Bien qu'encore en attente de renfort de nouvelles forces alliées, le général américain MacArthur décida de lancer une contre-offensive. Le 15 septembre 1950, les marines débarquèrent à Incheon (Opération Chromite), prenant à revers les troupes nord-coréennes et coupant leurs lignes de ravitaillement. Celles-ci, encerclées, se désagrégèrent rapidement et Séoul fut reprise dès le 26 septembre 1950.

Le 30 septembre 1950, les effectifs des forces des Nations Unies, essentiellement américaines, étaient de 230 000 hommes dont 165 000 pour les unités terrestres et 85 000 pour la marine et l'aviation. Le 7 octobre, les troupes des Nations unies franchirent à leur tour le 38e parallèle et pénétrèrent en Corée du Nord. Le 26 octobre, quelques unités atteignirent le Yalu, fleuve délimitant la frontière sino-coréenne.

Intervention des « volontaires » chinois[modifier | modifier le code]

Fantassins chinois au combat en 1952.

La Chine intervint alors de manière non officielle en déployant une armée des volontaires du peuple chinois (中国|人民|志愿|军, 中國|人民|志願|軍 , Zhōngguó Rénmín Zhìyuàn Jūn)[40]. Le 31 octobre, les effectifs terrestres des Nations-Unies étaient montés à 205 000, forces sud-coréennes non comprises ; c'est à cette date que 54 divisions chinoises[41] comptant 270 000 hommes franchirent le Yalu, où elles entrèrent en contact avec des unités américaines.

Évacuation de réfugiés nord-coréens par l'US Navy.

Il s'agissait de la IVe armée populaire, commandée par le général Peng Dehuai. Après des combats acharnés contre les forces chinoises, les Américains et les Sud-Coréens furent repoussés. Les Chinois se retirèrent et les Américains purent ainsi reprendre leur offensive jusqu'à ce que, à partir du 26 novembre 1950, plus d'un demi-million de soldats chinois de l'armée populaire de libération appuyant l'armée nord-coréenne repassent à l'attaque avec une couverture aérienne de l'aviation soviétique[42]. Les forces des Nations unies, éparpillées et mal équipées contre le froid, furent rejetées au-delà du 38e parallèle, entrainant dans leur retraite plus d'un million de civils nord-coréens fuyant le régime communiste ; Séoul fut repris par les Nord-Coréens et leurs alliés chinois. On assista en outre à l'évacuation par mer à Hungnam (environ 105 000 soldats, 98 000 civils, 17 500 véhicules et 350 000 tonnes d'équipements) et à Chinnampo du Xe corps d'armée américain et du Ier corps d'armée coréen encerclé par l'ennemi[43].

Le 4 janvier 1951, les Chinois reprennent à nouveau Séoul. Au total, 70 % des membres de l'armée populaire de libération servirent en Corée, soit 2,97 millions de militaires en trois ans de conflit, auxquels il faut rajouter 600 000 travailleurs civils.

Retour au statu quo ante bellum[modifier | modifier le code]

Pour redresser la situation, MacArthur suggère sans succès de lancer des dizaines de bombes nucléaires sur la Mandchourie[44] et l'intervention des forces chinoises nationalistes du Guomindang[45]. Le général Ridgway, alors commandant de la 8e armée, parvint à reprendre Séoul le 14 mars 1951 à la suite de plusieurs offensives acharnées et à repousser les forces communistes au-dessus du 38e parallèle. En désaccord avec Truman, MacArthur est limogé le 11 avril 1951 car le président redoutait un affrontement sino-américain dont l'Union soviétique aurait pu tirer profit. Il est remplacé par Ridgway. Le front se stabilisa sur la ligne de démarcation actuelle et bien que l'état-major américain eût planifié des débarquements en Corée du Nord pour réunifier la péninsule, ceux-ci furent suspendus par les autorités politiques car l’idée d’un statu quo ante bellum commençait alors à se répandre. Ridgway est remplacé à son tour le 11 avril 1951 par le général James Van Fleet qui quitte le service le 31 mars 1953[46].

Durant cette phase, le bataillon français livra encore d'importantes batailles : du 23 mai au 5 juin 1951, la bataille du Soyang également appelée le Massacre de mai, suivie d'une guerre de position. Du 5 au 10 octobre 1952, la bataille d'Arrow Head stoppe les attaques chinoises.

Négociations, problème des prisonniers et armistice[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Armistice de Panmunjeom.
Le major-général Lee Sang-Jo, officier de liaison nord-coréen a Panmunjeom le 10 avril 1953.

Le 23 juin 1951, Jacob Malik (en), délégué permanent de l’URSS aux Nations-Unies, insère dans un discours un passage où il suggère une négociation sur la base d'un retour à la situation antérieure : un tel scénario avait débouché deux ans plus tôt sur la levée du blocus de Berlin[47]. Dès le 10 juillet 1951, les délégués des deux camps se rencontrèrent à Kaesong, à proximité de l’ancienne ligne de démarcation. Mais il faudra attendre le 27 juillet 1953 après le décès de Staline pour que les négociations aboutissent à Panmunjeom, mettant fin à un conflit qui aura duré trois ans et causé au moins un million de morts selon la plupart des historiens occidentaux (plus de deux millions selon les Nord-Coréens). Le cessez-le-feu consacra le retour au statu quo ante bellum : en effet, la Zone coréenne démilitarisée entre les deux Corées (coupant le 38e parallèle en diagonale, suivant une bande de 249 km de long sur 4 km de large) fait que la superficie de chacun des territoires des deux Corées seront sensiblement les mêmes qu'au début du conflit avec cependant un petit avantage pour le Sud, la ligne de front s'étant stabilisé un peu au-delà de l'ancienne frontière.

Prisonniers de guerres nord-coréens et chinois dans un camp à Pusan en avril 1951.

La proportion de pertes parmi les prisonniers de guerre sud-coréens et des Nations-Unies dans les camps nord-coréens et chinois atteint selon certaines études aux alentours de 43 %. Le caractère idéologique du conflit n’explique pas à lui seul cette extrême surmortalité, davantage conséquence des mauvaises conditions d’hygiène et de nutrition que des actions directes des geôliers, du moins après la première année de guerre[48]. Les négociations sur les prisonniers de guerre furent très âpres et l'une des principales raisons de la lenteur des pourparlers de paix. Le 18 décembre 1951, les Nations-Unies fournirent les noms de 132 000 prisonniers sur 176 000 captifs. Le désaccord dans les chiffres provient du fait que 38 000 « soldats nord-coréens » étaient en réalité des citoyens du Sud enrôlés de force par le Nord. Il manquait aussi 6 000 morts ou évadés. La liste communiste comprenait les noms de 11 559 prisonniers, en contradiction avec le fait que la radio de Pyongyang, après 9 mois de guerre s'était vantée de détenir 65 000 prisonniers. Mais au 18 décembre 1951, les forces communistes déclaraient détenir 7 145 Sud-Coréens, 3 198 Américains, 919 Britanniques, 234 Turcs, 40 Philippins, 10 Français, 6 Australiens, 4 Sud-Africains, 3 Japonais, 1 Canadien, 1 Grec et 1 Néerlandais.

Des 10 000 Américains manquant, un tiers seulement avaient été retrouvés. Pas un seul des 1 036 prisonniers dont les noms à un moment ou un autre avaient été cités dans les médias du bloc de l'Est n'apparaissait sur la liste. Sur les 110 noms communiqués à la Croix-Rouge, il n'en restait que 44 sur la liste. Plus grave, 50 000 Sud-Coréens disparus avaient été « libérés sur les lignes de front » selon la Corée du Nord, embrigadés de force dans l'armée du Nord selon les Nations unies. Ce furent les méthodes de rapatriement des prisonniers aux mains des Nations unies qui freinèrent les négociations, la Chine et la Corée du Nord voulant que tous les prisonniers leur soient remis sans conditions tandis que les Nations unies prônaient la liberté de choix. Finalement, la deuxième solution fut adoptée, à la suite de compromis arrachés aux nations communistes qui pouvaient tenter de convaincre leurs citoyens de renoncer à leur choix. Sur les 75 000 prisonniers qui avaient demandé de rester dans le camp occidental, 5 000 renoncèrent à leur projet initial. Le retour des prisonniers se fit en 2 phases : l'opération « Petit Échange », en avril 1953, où les Nations unies restituèrent 5 194 militaires et 416 civils nord-coréens tandis que le Nord rendait 471 Sud-Coréens, 149 Américains, 32 Britanniques, 15 Turcs, 6 Colombiens, 5 Australiens, 2 Canadiens, 1 Grec, 1 Sud-Africain, 1 Philippin et 1 Néerlandais. Puis l'opération « Grand Échange » consista en un échange massif de prisonniers après l'armistice : 70 159 Nord-Coréens et 5 640 Chinois furent rapatriés dans leurs pays respectifs tandis que 7 848 Sud-Coréens, 3 597 Américains et 1 312 membres des autres contingents des Nations unies furent libérés.

Environ 15 000 Chinois et 50 000 Nord-Coréens choisirent de rester au Sud, tandis que 305 Sud-Coréens, un Britannique et vingt-et-un Américains restèrent dans le Nord (trois Américains changèrent d'avis après coup).

Stratégies, tactiques et matériels[modifier | modifier le code]

Guerre aérienne[modifier | modifier le code]

Stratégie[modifier | modifier le code]

Intensification des combats aériens[modifier | modifier le code]
Des F-86 Sabre de l'USAF en 1952 sur une base aérienne à Suwon.

Le conflit qui éclata cinq ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale fait apparaître combien la recherche de la supériorité aérienne devint une priorité absolue pour le commandement des Nations-Unies, c’est-à-dire des Américains. Il vit les premiers combats entre avions à réaction alors que les avions à hélice vétérans de la précédente guerre furent largement utilisés. En effet, le rapport quantitatif des forces terrestres apparut, dès le début des opérations, favorable aux Sino-nord-coréens, de façon écrasante. Afin que ce grave déséquilibre n’entraînât pas un désastre pour les forces terrestres de l’ONU, il fut indispensable d’éviter que des avions nord-coréens ne puissent appuyer leurs troupes au sol. En fait, les forces aériennes nord-coréennes étaient constituées, pour une part importante, de pilotes soviétiques et polonais. La plupart des engagements en combat aérien contre les F-86 américains le fut par des MiG-15 (qui était au début du conflit l'un des plus performants au monde) aux mains de pilotes soviétiques (les escadrons soviétiques étaient relevés toutes les six semaines).

Le 64 OIAK (64e corps aérien indépendant de chasse) de l'armée de l'air soviétique déployé depuis février 1950 à Shanghai contre les forces aériennes de Taïwan fut déployé dans la province de Liaoning et le 9 novembre 1950, une victoire et une perte au combat contre les forces aériennes américaines furent enregistrées[49]. À cette situation militaire défavorable pour les forces aériennes de l'ONU (en fait américaines) s’ajouta une sévère contrainte politique. Il fut, en effet, interdit aux forces aériennes de l’ONU d’intervenir au sol comme en vol en territoire chinois, base de départ de nombreux raids « nord-coréens ». La recherche de la supériorité aérienne due donc être conduite plus au sud, dans ce qui fut nommé la MiG Alley : par le biais de la destruction des 75 terrains militaires nord-coréens par la 5e US Air Force, et par l’engagement en vol des forces aériennes ennemies. Même si les engagements furent fréquents dans cette « allée », les résultats des destructions en vol furent faibles. En décembre 1952, qui fut un mois particulièrement actif, 3 997 MiG-15 furent aperçus par la chasse américaine, 1 849 furent engagés (46 %), 27 seulement furent abattus c’est-à-dire 1,5 % des avions engagés, la plupart du temps en combat tournoyant. De même, et sur l’ensemble de la guerre de Corée, les pertes d’appareils alliés en vol s’établirent à 44 avions détruits pour 10 000 sorties, soit moins de la moitié du taux de destruction en vol constaté lors de la Seconde Guerre mondiale malgré la pugnacité des pilotes du Nord. Ne pouvant intervenir au-dessus du territoire chinois, l’United States Air Force adopta rapidement la stratégie du containment, c’est-à-dire de l’endiguement, le long de la rivière Yalu, dès lors que les terrains de Corée septentrionale étaient devenus inopérationnels en raison des sévères destructions subies. La souplesse d’emploi de l’arme aérienne autorisa le respect rigoureux de la règle d’or de l’aviation de combat occidentale : la poursuite d’un objectif unique. La concentration des moyens dans le temps et l’espace, la quasi-permanence des sweeps de chasse dans ce quadrilatère, la rapidité des interventions constituèrent les éléments les plus représentatifs de la stratégie aérienne occidentale.

Bombardement stratégique dévastateur[modifier | modifier le code]
B-29 du 19th Bomb Group au-dessus de la Corée du Nord en août 1951. Cinq groupes de bombardement et un de reconnaissance du Strategic Air Command équipé de cet avion furent mis à la disposition du Far East Air Forces fin 1950[50].

Dans le même temps, le choix d'intensifier les campagnes de bombardement stratégique s'est traduit par la mort d'un nombre plus important de civils nord-coréens. L'US Air Force a, selon les statistiques officielles, largué 454 000 tonnes de bombes durant les 37 mois du conflit soit 12 270 tonnes par mois (à comparer avec les 537 000 tonnes larguées sur le Japon durant les campagnes du Pacifique, les 47 778 tonnes mensuelles durant l'ensemble de la Seconde Guerre mondiale et les 44 014 tonnes mensuelles durant la guerre du Viêt Nam)[51]. Selon les Nord-Coréens, « plus de 10 000 bombardiers (chiffre cumulatif) ont mené plus de 250 raids aériens sur la seule ville de Pyongyang entre mi-juillet et mi-août 1951, les « cibles » allant des hôpitaux, aux maisons rurales avoisinant la ville. Le nord de la Corée, bien que ne faisant qu’un tiers de la superficie du Japon, a été bombardé selon eux 3,7 fois plus que ce dernier lors de la Seconde Guerre mondiale, soit 600 000 tonnes de bombes (napalm et autres)»[52]. L'historien américain Bruce Cummings (en) ajoute que les experts américains en Corée développèrent ainsi une nouvelle forme de guerre aérienne, sophistiquant des méthodes déjà utilisées contre le Japon : « La guerre de Corée passe pour avoir été limitée, mais elle ressembla fort à la guerre aérienne contre le Japon impérial pendant la Seconde Guerre mondiale, et fut souvent menée par les mêmes responsables militaires américains. Si les attaques d’Hiroshima et de Nagasaki ont fait l’objet de nombreuses analyses, les bombardements incendiaires contre les villes japonaises et coréennes ont reçu beaucoup moins d’attention »[45].

Toujours selon la même source, Bruce Cummings observe que ces bombardements massifs ne correspondaient pas aux « bombardements de précision » invoqués par l'armée américaine : « Au sein de l’armée de l’air américaine, certains se délectaient des vertus de cette arme relativement nouvelle, introduite à la fin de la précédente guerre, se riant des protestations communistes et fourvoyant la presse en parlant de « bombardements de précision » ».

Enseignements de la guerre aérienne pour les experts américains[modifier | modifier le code]

Si le conflit de Corée constitue un cas particulier, compte tenu des données politiques et géographiques, il convient toutefois de souligner que les chefs aériens, nourris des riches enseignements de la Seconde Guerre mondiale, surent s’adapter afin d’atteindre rapidement cet impératif de la supériorité aérienne, en complétant l’action de neutralisation des terrains ennemis en Corée du Nord par la fixation des forces aériennes soviétiques et chinoises dans un quadrilatère choisi par eux. Cette stratégie de l’abcès de fixation fonctionna. En effet, le taux de pertes en vol fut faible, inférieur de moitié à celui observé pendant la Seconde Guerre mondiale, et l’appui au sol des forces nord-coréennes, écrasantes numériquement, fut en conséquence insignifiant.

Forces en présence[modifier | modifier le code]

1er janvier 1953 en Corée, des Corsairs survolent un peloton de Marines. Ce vétéran de la guerre contre l'Empire du Japon fut utilisé pour 80 % des missions d'appui au sol des forces de l'ONU.
Nations unies[modifier | modifier le code]

Les forces aériennes des Nations unies sont essentiellement issues des forces américaines. Trois armées aériennes (La 5e, la 13e et la 20e Air Force) sont engagées sous le commandement général de la Far East Air Force. À cela s'ajoutera le groupe aéronaval, comprenant les appareils embarqués sur les 36 porte-avions qui participeront un moment ou un autre au conflit; à noter que le premier navire de ce type sur place fut de la Royal Navy. Environ 80 % des missions d'appui au sol au début de la guerre ont été assurés par des Chance Vought F4U Corsair.

Fin juillet 1953, à la conclusion de la guerre donc, les forces aériennes des Nations unies sont les suivantes : 128 B-26 Invader, 218 F-84 Thunderjet, et 297 F-86 F Sabre ; des P-51 Mustang et F-80 Shooting Star ont également participé à la guerre en grand nombre, sans compter quelques chasseurs de nuit et les hélicoptères et, bien sûr, les quadrimoteurs B-29 basés au Japon ou à Okinawa. Également, plusieurs centaines d’avions embarqués ont participé (F4U Corsair et F9F Panther, entre autres). Un total de 800 pilotes, soutenus par 59 700 personnels au sol, serviront en Corée pour le compte des Nations unies. Il s’agit, encore une fois, principalement de personnel américain.

Corée du Nord[modifier | modifier le code]
Un MiG-15 nord-coréen fut remis par un déserteur en 1953 aux forces américaines.

La Corée du Nord commence la guerre avec une force aérienne relativement modeste, composée de 239 appareils, tous à moteurs à pistons. On compte 129 Yaks, 43 Il-10S (Version améliorée du célèbre Iliouchine Il-2 Sturmovik), ainsi que quelques Po-2 et autres appareils. Dans les premières semaines du conflit, l’armée de l’air nord-coréenne sera largement surclassée par les forces des Nations Unies, si bien que le 22 juillet 1950, elle est réduite à seulement 65 avions. En fait, l’armée de l’air nord-coréenne ne jouera en elle-même qu’un rôle mineur lors du conflit. Ce sont les Chinois et surtout les Soviétiques qui assureront le gros des combats sans que cela ne soit clairement explicité. En effet il est évident que, malgré la menace nucléaire, les États-Unis n’auraient pas pu faire autrement que de déclarer la guerre à l’URSS s’il était publiquement reconnu que des pilotes et des machines soviétiques combattaient en Corée. À la fin de la guerre, environ 125 Mikoyan-Gourevitch MiG-15 sont directement sous le contrôle des Nord-Coréens.

République populaire de Chine[modifier | modifier le code]

Dès les derniers jours du mois de juin 1950 la force aérienne chinoise déploie sa première brigade aérienne en Corée du Nord, sa composition est la suivante : 38 MiG-15, 39 La-11 (en), 39 Tu-2 (bombardiers), 25 Il-10 (attaque au sol), et 14 Yak-12 (entraînement). Le 1er septembre 1951, on estime que pas moins de 525 MiG-15 servaient sous les cocardes nord-coréennes. Début juin 1952, les forces aériennes de la Chine populaire sont de l’ordre de 1 830 avions dont un millier de chasseurs. Le 31 juillet 1953, la Chine populaire possède encore sur le théâtre coréen neuf corps de chasseurs (près de 500 MiG-15) et deux corps de bombardiers (54 Tu-2). Malgré des effectifs qui apparaissent donc comme non négligeables, les forces aériennes communistes ne furent jamais en mesure de soutenir efficacement leur armée de terre et encore moins d'agir stratégiquement sur les arrières américains.

Implications soviétique, chinoise et mongole[modifier | modifier le code]

Les Soviétiques fourniront, avec les Chinois, une grande partie de l’effort de guerre aérien. En effet, les pilotes nord-coréens étaient loin d’être aussi bien formés au maniement des fameux MiG-15 que les affrontements ne le laissaient entendre. À plusieurs reprises, des pilotes occidentaux rapporteront avoir pu clairement apercevoir des pilotes de MiG-15 à la carrure trop forte pour des asiatiques, des Russes probablement. Le 10 octobre 1950, Staline promet d’envoyer à la Corée du Nord du matériel militaire et de transférer pas moins de 16 régiments de l’aviation soviétique afin de garantir la protection des territoires chinois et nord-coréen. Ce sont près de 72 000 Soviétiques qui serviront, sur trois années, en Corée et en Chine. L'historiographie soviétique n'a pas tardé à reconnaître et revendiquer cette participation destinée à accomplir son devoir internationaliste[53]. Il faut aussi compter avec une intervention terrestre de la Mongolie extérieure : un pays qui fut le deuxième pays socialiste par ordre chronologique de formation (1920)[54]. Cela ajoutera à la qualité supérieure des pilotes chinois et surtout soviétiques qui fit de l’Armée de l’Air nord-coréenne un opposant redoutable aux forces de l’ONU.

Cela est d'autant plus vrai que, avant la mise en service du F-86 Sabre, les États-Unis et leurs alliés ne disposent d’aucun avion capable de rivaliser avec le MiG-15, le meilleur chasseur du monde à cette époque. Afin de pouvoir combattre plus efficacement le MiG-15, les États-Unis tenteront par tous les moyens d’en obtenir un exemplaire intact. Devant le peu de volonté à la défection dans les rangs communistes, ils iront jusqu’à offrir en avril 1953 une récompense de 100 000 dollars (une forte somme pour l’époque, assortie de la promesse d'un asile politique) pour un appareil intact. Aucun MiG-15 cependant ne se présentera avant la fin de la guerre et ce n’est qu’en septembre 1953 qu’ils obtiendront un appareil des mains d’un déserteur qui affirmera ne pas être au courant de la récompense promise.

Rapports d’engagements[modifier | modifier le code]

Au 25 juin 1951, les Nations Unies revendiquent 391 avions détruits ou endommagés au cours de la première année de guerre. Les pertes sont les suivantes : 188 chasseurs, 33 bombardiers, 9 transports et 17 divers. Ce jour, 89 F-86 Sabre sont déployés en Corée et le nombre total de MiG-15 disponibles pour les communistes est de l’ordre de 445. Le 1er juillet de la même année, les Nations unies reconnaissent la perte de 246 appareils (surtout due à la DCA selon eux), 857 morts et disparus. Plus de 200 MiG sont revendiqués comme ayant été détruits. En avril 1952, Les Nations unies rapportent 243 avions détruits et 290 avions endommagés en un mois. Un total de 771 avions aurait été détruit par la DCA Nord Coréenne du 1er septembre 1951 au 30 avril 1952. Les Américains affirment de plus que le rapport MiG détruits pour F-86 détruits est de onze pour un. Le 26 juin 1952, les statistiques suivantes sont publiées par les Nations unies[55] :

  • Nations unies : 1 180 victoires confirmées, dont 336 MiG, 75 victoires probables, 513 avions endommagés ;
  • communistes : 637 victoires confirmées (DCA comprise).

Ces chiffres sont à considérer avec précaution tant les annonces de victoires par rapport aux pertes subies par les deux camps sont discordantes. Ainsi que l'USAF annonce avoir perdu 16 bombardiers B-29 au combat, les pilotes soviétiques revendiquent 66 destructions en combat aérien de cet appareil sans compter les revendications chinoises et nord-coréennes. La United States Far East Air Force (en) (FEAF) a perdu un total de 1 406 avions (accidents compris) et a eu 1 144 hommes tués et 306 blessés au cours de la guerre. Trente hommes de la FEAF qui avaient été portés disparus ont finalement été renvoyés au contrôle militaire, 214 prisonniers de guerre ont été rapatriés sous les termes de l'accord d'armistice, tandis que 35 hommes étaient toujours détenus en captivité en juin 1954[56]. À partir du moment où les forces communistes refluent, l’essentiel des combats aériens entre les chasseurs des Nations unies et des communistes se dérouleront dans la zone connue sous le nom de MiG Alley. Opérant depuis des bases situées sur le territoire chinois, les MiG-15 parviendront à s’opposer avec succès aux forces occidentales, forçant notamment les bombardiers B-29 à ne plus opérer que de nuit. Même lorsque la situation au sol sera largement en leur défaveur, les pilotes communistes continueront d’effectuer des sorties pour contester la supériorité aérienne des Nations unies.

La zone de la MiG Alley correspond à tout ce qui se trouve à l’ouest du triangle formé par les villes de Huichon (en), Changju et Sinanju (en) (en Corée du Nord actuelle). Les avions occidentaux avaient l’interdiction de franchir la frontière chinoise pour attaquer les bases des escadrons de MiG mais, dans le feu de l’action, plusieurs avions franchirent effectivement cette frontière. À la fin de la guerre, la République populaire démocratique de Corée publie un rapport qui estime les dommages lui ayant été infligés par l’arme aérienne :

  • plus de 8 700 usines détruites ;
  • plus de 600 000 maisons détruites ;
  • 6 000 écoles et hôpitaux détruits.

En tout, 40 % du potentiel industriel du pays aurait été détruit. On notera la dramatisation de ce rapport qui insiste sur les destructions causées aux écoles, hôpitaux et maisons alors que les combats firent des dégâts similaires au sud, ce qui n’est pas mentionné.

Épilogue[modifier | modifier le code]

La puissance aérienne joua un rôle clé : pour la première fois dans l’histoire, on fit usage en conditions opérationnelles d’avions de combat à réaction (si l'on excepte le cas du Me 262 durant la Seconde Guerre mondiale). La Chine était devenue une puissance aérienne et militaire majeure. La moitié de ses 1 400 chasseurs était des MiG-15 construits par les Soviétiques, avions considérés à juste titre comme étant les meilleurs du monde. Opérant à partir de bases situées en Mandchourie et ne s’aventurant que très rarement au-dessus des lignes de l’ONU, les MiG-15 menacèrent néanmoins la suprématie aérienne de cette dernière, en particulier au-dessus de la MiG Alley. Il fallut attendre que les États-Unis produisent les F-86 Sabre pour que les forces de l’ONU aient enfin à disposition un avion capable de rivaliser avec le MiG-15[55].

Accusation d'emploi d'armes biologiques américaines[modifier | modifier le code]

Dans une note datée du 21 décembre 1951, le secrétaire d'État américain à la Défense, Robert Lovett, demanda aux chefs d'état-major interarmes (Joint Chiefs of Staff) de fournir des directives « pour l'emploi d'armes chimiques et bactériologiques[57]. » De 1938 à 1945, confrontée au même problème de l'énorme supériorité numérique chinoise, l'armée impériale japonaise avait employé à maintes reprises ces armes contre les troupes ennemies et les populations civiles, notamment lors de la bataille de Changde[58]. Les Américains avaient par la suite soigneusement récupéré les résultats des travaux de Shirō Ishii en échange d'une exonération de poursuite devant le Tribunal de Tokyo, accordée à tous les membres de ses unités de recherche par Douglas MacArthur[59]. Selon la Chine et la Corée du Nord, ces armes auraient été utilisées par les américains sur une grande échelle dès le début de l'année 1952[60]. L'utilisation de l'arme biologique fut mise en cause, à tort, le 22 février 1952 lorsque le ministre des Affaires étrangères nord-coréen, Pak Hon-yong, accusa officiellement les Américains d’avoir répandu en Corée du Nord des « insectes-vecteurs » diffusant la peste, le choléra et « d’autres maladies ». Deux jours plus tard, Zhou Enlai porta la même accusation et, le 8 mars, il affirma qu’entre le 29 février et le 5 mars des avions américains avaient répandu à soixante-huit reprises des insectes porteurs de germes pathogènes sur la Mandchourie.

Le 12 mars 1952, le secrétaire d’État américain Dean Acheson sollicita officiellement le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) de mener une enquête dans les régions signalées par les Nord-Coréens et les Chinois. Le CICR présenta sa requête le même jour à la Corée du Nord et à la Chine, puis de nouveau le 28 mars, le 31 mars et le 10 avril. Ses démarches ne reçurent jamais de réponse de la part des autorités chinoises et nord-coréennes[61]. Les États-Unis soumirent alors au Conseil de sécurité des Nations unies un projet de résolution en vertu de laquelle le CICR serait invité à mener des investigations en Chine et en Corée du Nord. Malgré dix voix sur onze en faveur de la motion américaine, le projet de résolution ne put être adopté, l'URSS y mettant son veto. Après une nouvelle initiative américaine à l’ONU, en avril 1953, elle se déclara prête à retirer ses accusations, à condition que les États-Unis, de leur côté, renoncent à demander une investigation. Dès lors, il paraissait clair que les allégations de la Corée du Nord reposaient sur des preuves forgées de toutes pièces. Ce fut effectivement le cas. En effet, des documents soviétiques publiés en 1998 évoquent une mise en scène macabre organisée par les Nord-Coréens et leurs conseillers soviétiques. Ainsi, le 18 avril 1953, le lieutenant-général V. N. Razuvaev, ambassadeur soviétique en Corée du Nord, informa Beria, membre du Politburo et chef de la Sécurité d'État, le futur KGB, qu’en février/mars 1952, « en collaboration avec des conseillers soviétiques, un plan d’action avait été imaginé par le ministère de la Santé nord-coréen) » et que, par la suite, les mesures suivantes furent prises : mise en quarantaine de régions qu’on prétendait infectées de la peste ; enfouissement de cadavres dans des fosses communes, puis révélation de ces charniers à la presse internationale ; envoi à Pékin de « matériel » en vue de son exhibition, avant l’arrivée prévue des deux commissions internationales[62] autorisées à l'examiner[63].

Le 2 mai 1953, le Kremlin chargea l’ambassadeur soviétique à Pékin, V. N. Kuznetsov, de transmettre le message suivant à Mao : « Le gouvernement soviétique et le Comité central du PCUS furent induits en erreur. La diffusion par la presse d’informations concernant l’utilisation par les Américains d’armes bactériologiques en Corée était basée sur des informations fallacieuses. Les accusations contre les Américains étaient fausses[64]. » Et, à l’intention du chargé d’affaires soviétique en Corée du Nord : « Nous recommandons que la question d’une guerre bactériologique […] ne soit plus abordée au sein d’organisations internationales et d’organes de l’ONU. […] Les ouvriers soviétiques impliqués dans la fabrication de la soi-disant preuve d’un emploi d’armes bactériologiques seront sévèrement punis[64]. »

La thèse chinoise et nord-coréenne fut reprise en 1998 par deux historiens canadiens, Stephen Endicott et Edward Hagerman, professeurs à l'Université York (Toronto) et auteurs de The United States and Biological Warfare. Secrets from the Early Cold War and Korea (Indiana University Press, Bloomington et Indianapolis, 1998), puis de nouveau dans un article publié dans la collection Manières de voir du Monde diplomatique (août-septembre 2003). Dans cet article, MM. Endicott et Hagerman disent s'être appuyés sur des archives américaines « dévoilées parcimonieusement » (cf. plus bas le commentaire du professeur Ed Regis) et sur des documents provenant des archives gouvernementales et militaires de Pékin[57]. Ils citent par ailleurs un extrait d’une lettre du 12 avril 1977 envoyée à M. Endicott par M. John Burton, chef démissionnaire du Département australien des Affaires étrangères en 1952 et membre de la International Scientific Commission ayant examiné le « matériel » bactériologique fourni par les Chinois (cf. plus haut le rapport de Razuvaev à Beria). « Je suis allé en Chine en 1952, écrit John Burton, pour évaluer les affirmations sur la guerre bactériologique. Sans détailler les preuves, je suis revenu convaincu que les officiels chinois croyaient que celles-ci étaient concluantes. À mon retour, Alan Watt, mon successeur comme chef du département australien des affaires étrangères, m'a informé que, à la lumière de mes déclarations, il avait cherché des réponses à Washington et qu'il avait été informé que les Américains avaient utilisé des armes biologiques en Corée, mais uniquement à titre expérimental[57]. »

Les documents d'archives américains et les témoignages recueillis par les professeurs Endicott et Hagerman font état d'un programme complet d'armes biologiques : « bombes à plumes », porteuses de spores du charbon céréalier, aérosols provoquant l'infection des voies respiratoires, « insectes vecteurs » pouvant diffuser le choléra, la dysenterie, la typhoïde et le botulisme. Ces armes devaient être opérationnelles pour le 1er juillet 1954, « avec des capacités […] susceptibles d’être mises en œuvre dès le mois de mars 1952 ». « Est-ce que les Américains se sont livrés en Corée à des expériences destinées à tester l’efficacité de ces armes ? » se demandent MM. Endicott et Hagerman. La réponse est positive, disent-ils, « selon des documents conservés dans les archives gouvernementales et militaires chinoises » et selon le rapport d’un expert canadien qui concluait que, « malgré quelques anomalies, les indices chinois étaient fiables. » MM. Endicott et Hagerman admettent cependant que « parmi les réfutations les mieux connues » des accusations chinoises et nord-coréennes figure « un rapport rédigé par trois savants canadiens à la demande du gouvernement américain[57]. » Dans un article paru le 27 juin 1999 dans le New York Times, Ed Regis, professeur à la Rutgers University et auteur de The Biology of Doom: The History of America's Secret Germ Warfare Project (New York: Henry Holt and Company, 1999), souligne que, dans leurs travaux, Endicott et Hagerman reconnaissent implicitement que vingt années de recherches ne leur ont pas permis de découvrir un seul document d’archives américain qui prouverait une utilisation quelconque de l'arme bactériologique en Corée et en Chine. Ils acceptent les documents de circonstance fournis par les Chinois et les Nord-Coréens sans la moindre analyse quant à leur fiabilité, dit le professeur Regis, alors qu'on sait pertinemment que les Chinois et les Nord-Coréens récrivaient l’histoire dans un but propagandiste, et qu’ils avaient les moyens, les motifs et l’occasion de forger des preuves. Par conséquent, conclut-il, l’allégation extrêmement contestable d’Endicott/Hagerman (« their extraordinary dubious claim ») équivaut en fait à une disculpation de l’accusé. Les historiens ont mis en évidence que la guerre bactériologique américaine n'a jamais existé et qu'elle a été montée de toutes pièces par le journaliste australien Wilfred Burchett (en), qui était un agent d'influence travaillant pour le compte de l'URSS[65] (voir la maîtrise d'histoire de Bertrand Maricot, sous la direction de J.-F. Sirinelli et I. Yannakakis, La guerre bactériologique en Corée et les intellectuels français, Lille 3, 199 pages, 1993). Le journaliste français Pierre Daix a démontré dès 1976, dans son ouvrage J'ai cru au matin, comment l'Australien avait construit cette affaire. Peut-être même d'après Ivan Cadeau qui donne raison à la thèse d'un montage communiste, des prisonniers de guerre américains ont-ils été torturés par les Sino-Coréens pour les obliger à avouer le forfait[66]. Malgré tout Ivan Cadeau relève que « la défense américaine est mise à mal par la position ambigue des États-Unis sur la question des armes bactériologiques »[67] et que « Leur refus de signer les protocoles de Genève du 17 juin 1925 interdisant l'emploi des gaz et autres armes chimiques et bactériologiques fournit un prétexte commode aux communistes en même temps qu'il est de nature à entretenir le soupçon chez certains de leurs alliés »[67]. En 1950 le secrétaire de la Défense Louis Arthur Johnson (en) reconnaît que les États-Unis mènent des recherches sur les armes bactériologiques ; le 31 octobre 1951 le général MacAuliffe déclare que « l'emploi de l'arme bactérienne constitue une manœuvre idéale, car on peut l'utiliser sans que cela se remarque »[67]. D'autres officiels et militaires américains avaient affirmé « que cette arme a la particularité de ne s'attaquer "qu'aux" (sic) vies humaines, épargnant les infrastructures »[67]. Et autre fait qui nuance la version du montage communiste délibéré, les Sino-Coréens et leurs alliés exploitaient les complicités américaines d'après-guerre avec les criminels de guerre de l'Unité 731 de l'armée impériale japonaise et de son chef, qui procédèrent à des essais bactériologiques en 1939 contre les troupes soviétiques, puis à la fin de la guerre contre les populations chinoises[68].

Utilisation massive du napalm[modifier | modifier le code]

Au-delà de « l'allégation extrêmement contestable » (Ed Regis) d'Endicott et Haverman, le napalm fut, selon l'historien américain Bruce Cummings, utilisé sur une plus grande échelle que pendant la guerre du Viêt Nam et les dommages furent plus importants du fait de la plus grande concentration de la population coréenne : « La ville industrielle de Hungnam fut la cible d’une attaque majeure le 31 juillet 1950, au cours de laquelle 500 tonnes de bombes furent lâchées à travers les nuages. Les flammes s’élevèrent jusqu’à une centaine de mètres. L’armée américaine largua 625 tonnes de bombes sur la Corée du Nord le 12 août, un tonnage qui aurait requis une flotte de 250 B-17 pendant la seconde guerre mondiale. Fin août, les formations de B-29 déversaient 800 tonnes de bombes par jour sur le Nord. Ce tonnage consistait en grande partie en napalm pur. De juin à fin octobre 1950, les B-29 déversèrent 3,2 millions de litres de napalm. »[45].

Question des responsabilités et des massacres[modifier | modifier le code]

« La statue des frères », mémorial à Séoul de cette guerre fratricide

Cette guerre meurtrière et fratricide, qui n'amena quasiment aucun changement territorial, a laissé l’impression d’un suicide national dont le courant historiographique dominant actuellement en Occident et en Russie attribue la principale responsabilité à la Corée du Nord[69]. Avant l’ouverture des archives du Kremlin, des historiens avaient pu tenir pour responsables des puissances extérieures, les États-Unis de Truman mais surtout l’URSS de Staline, qui auraient fait dévier une simple opposition idéologique locale (communisme contre capitalisme) en une guerre ouverte. Or, les documents d’archives soviétiques, bien que contestés par les autorités nord-coréennes, attestent au contraire que la Corée du Nord a envisagé de longue date l'offensive du 25 juin 1950, en concertation avec les Soviétiques, qui ne donnèrent « un aval peu enthousiaste [qu'] à la suite de sollicitations permanentes »[70]. Par conséquent, d’après l’état actuel de la documentation, « l’hypothèse (…) selon laquelle la guerre de Corée aurait été une initiative de Staline est incorrecte »[70].

Heo Man-Ho souligne cependant que l'initiative nord-coréenne ne doit pas occulter les préparatifs, à ce stade bien moins avancés, de la Corée du Sud, de même que les nombreux incidents de frontières qui auraient causé près de 100 000 morts avant la date du 25 juin 1950[71]. Raymond Aron parle de l’« accident coréen » de la diplomatie américaine, pour mettre en évidence que celle-ci porte une part de « responsabilité politique »[72] : le discours de Dean Acheson aurait transmis au gouvernement soviétique un message prêtant à une interprétation erronée et, par ailleurs, les Américains, en retirant leurs troupes de Corée du Sud, auraient créé un vide que la Corée du Nord était tentée de remplir par une agression « au sens le plus cru du terme »[72]. Pendant la guerre, des massacres de civils et de prisonniers se produisirent de part et d’autre par exemple le massacre de Geochang et celui de Sancheong et Hamyang.

Des dizaines de milliers de Sud-Coréens et des milliers d'Occidentaux fait prisonniers par le Nord sont, à ce jour, toujours portés disparus[73],[74]. Les 32 prisonniers de guerre canadiens, plus tard libérés, ont été traités durement et ont été soumis à une tentative de lavage de cerveau dans le but de changer leurs opinions politiques[75], la Corée du Nord et la République populaire de Chine n'étant pas signataires de la Convention de Genève de 1949. La proportion de pertes chez les prisonniers de guerre dans les camps nord-coréens et chinois, selon certaines études, atteint 43 %[76]. Ainsi, les Sud-Coréens et les Américains font état de nombreux crimes de guerre commis par les Nord-Coréens. Des témoignages et documents attestent que, lors de leur offensive, les services nord-coréens « épuraient » des villes occupées en fusillant les fonctionnaires et les « ennemis de classe » restés sur place, et que plusieurs dizaines (au minimum) de soldats sud-coréens et américains furent exécutés après leur capture notamment lors du massacre de la colline 303. Par ailleurs, lors de la contre-offensive des Nations unies en septembre 1950, ils incendièrent la prison de Sachon dans laquelle étaient enfermés 280 policiers, fonctionnaires et propriétaires terriens sud-coréens. À Anui, Mokpo, Kongju, Hamyang et Chongju, on trouva des charniers contenant plusieurs centaines de corps, parmi lesquels des femmes et des enfants. Près du terrain d'aviation de Taejon, 500 soldats sud-coréens, les mains liées derrière le dos, furent tués d'une balle dans la tête. Entre le 24 septembre et le 4 octobre, toujours dans la région de Taejon, on découvrit les cadavres de 5 000 à 7 000 civils sud-coréens assassinés, ainsi que ceux de 40 militaires américains[77]. Le massacre des sympathisants communistes par les forces du Sud, longtemps attribué à la Corée du Nord, fait entre 100 000[78] et plus de 200 000 morts[79].

Les Nord-Coréens de leur côté accusèrent les forces des Nations Unies - et plus particulièrement les Américains - de crimes similaires. Ainsi, des documents d'archives américains cités par la BBC prouvent que des soldats américains tuèrent un « nombre non confirmé » de réfugiés à Nogun-Ri, en juillet 1950[80],[81]. Des prisonniers, comme le Nord-Coréen Ri In-mo, restèrent emprisonnés au Sud pendant plus de trente-quatre ans après l'armistice, où ils furent soumis à un programme de « conversion » comportant le recours à la torture dans le but qu'ils renient leurs convictions communistes[82] : beaucoup de prisonniers sont morts du fait des mauvais traitements auxquels ils ont été soumis (coups de bâton, ingestion forcée d’eau par les narines, brûlures, électrocution…)[83]. Il s'agit a priori d'éliminer la menace posée par les inflitrations de soldats nord-coréens au sein des groupes de réfugiés. Les préjugés racistes envers les « Gooks » de la part des Américains en proie à la mauvaise surprise d'affronter à leur arrivée des armées asiatiques combatives et efficaces dans un pays pauvre aurait, selon Yvan Cadeau, sa part dans les crimes[84]. L'enjeu de la guerre de Corée – la réunification de la péninsule dans un contexte de tensions entre superpuissances - et la difficulté pratique à mener un travail de recherche historique qui confronterait les sources directes, tant au Nord qu’au Sud, doivent cependant conduire à une certaine prudence dans les prises de position, notamment en ce qui concerne la question des responsabilités - sans pour autant récuser l'évidence documentaire, car « le renoncement de l'historien à son métier risque de conduire à la pire utilisation idéologique de l'histoire »[85].

Bilan du conflit[modifier | modifier le code]

Avec environ un million et demi de morts et une situation militaire inchangée (la tension reste toujours vive entre le Nord et le Sud), le pays a subi la pire destruction matérielle et humaine de son histoire. Ce conflit fut le premier d'importance internationale après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il a aussi constitué la première intervention armée de l'ONU dans un conflit ouvert. Le coût du conflit fut estimé pour les seuls États-Unis à environ 50 milliards de dollars de l'époque soit environ 215 milliards de dollars valeur 2010[86].

Au total, l'armée sud-coréenne a perdu 147 000 soldats, celle du Nord au moins 520 000. Les forces de l'ONU comptabilisent 55 000 morts, essentiellement des Américains. Les pertes chinoises sont estimées à 200 000 tués[87]. 315 militaires soviétiques sont morts dans ce conflit[88].

Mais les pertes civiles sont plus considérables encore : entre 4 et 5 millions de morts sur les 30 millions d'habitants de la péninsule. L'ampleur des pertes civiles s'explique par les bombardements massifs. Selon les statistiques officielles américaines, l'US Air Force a déversé au moins 454 000 tonnes de bombes et l'historien américain Bruce Cumings a calculé que 3,2 millions de litres de napalm avaient été utilisés par celle-ci durant la guerre de Corée[89][réf. insuffisante].

Après-guerre[modifier | modifier le code]

L'armistice ne mit pas fin aux incidents de frontières et raids de commandos venus du Nord attaquer le Sud et la tension reste vive entre les deux Corées. La guerre du Crabe depuis les années 1990 a occasionné plusieurs batailles navales. Le 13 juin 2000, le leader nord-coréen Kim Jong-il - fils et successeur de Kim Il-sung - et le président sud-coréen Kim Dae-Jung se rencontrent au cours du premier sommet jamais organisé entre les dirigeants des deux Corées : une déclaration commune est adoptée, les deux pays s'engageant à rechercher la paix et travailler à une éventuelle réunification[90]. À l'issue du second sommet inter-coréen des chefs d'État le 4 octobre 2007, Kim Jong-il et le président sud-coréen Roh Moo-hyun s'engagent en faveur d'un accord de paix dans la péninsule coréenne. Cependant en 2009 et 2010, des accrochages maritimes ont eu lieu le long de la « Northern Limit Line » (NLL), prouvant une nouvelle fois que les conflits inter-coréens sont toujours d'actualité. Le 27 mai 2009, dans le cadre de la crise nucléaire nord coréenne, la Corée du Nord déclare ne plus être liée par l'armistice qui a fait cesser les combats de la guerre de Corée[91].

Fin mars 2013, la Corée du Nord (désormais gouvernée par Kim Jong-un, fils de Kim Jong-il et petit-fils de Kim Il-sung) met fin aux traités de paix avec la Corée du Sud et annonce être de nouveau en état de guerre[92].

Fin mai 2013, Pyongyang propose à Séoul de signer un accord de paix pour officiellement mettre fin à la guerre entre les deux États. Cependant, d'un point de vue légal de la part de chacune des deux Corée, la « guerre de Corée » n'était pas une guerre au sens du droit international mais un conflit interne, chacun des deux gouvernement se considérant comme l'unique représentant légal du pays et une guerre supposant la confrontation entre deux États. Ces trois ans de combat sont donc légalement une opération, tant pour le Nord que pour le Sud, visant à restaurer l'autorité du gouvernement dans un territoire rebelle et donc dans tout le pays (c'est-à-dire toute la péninsule, nord et sud), type de conflits à la fin desquels n'a jamais signé d'accord de paix[93].

Participation française[modifier | modifier le code]

Engagée dans la guerre d'Indochine, la France apporta une participation réduite mais néanmoins marquante à l'appel des Nations Unies. Cela se traduisit par le détachement de l'aviso colonial La Grandière chargé des missions de protection des convois maritimes participant au renfort du périmètre de Pusan et au débarquement de Incheon, ainsi que par l'envoi de 3 421 hommes formant le bataillon français de l'ONU, intégré, avec des renforts coréens et deux bataillons américains, dans les effectifs du 23e régiment de la 2nd « Indianhead » Infantry Division. Cette division s'est illustrée dans plusieurs faits d'armes qui lui ont valu plusieurs citations. À l'issue de la guerre, le bataillon comptait 287 tués, dont 18 Coréens, 1 350 blessés, 12 prisonniers et 7 disparus.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les combats sont officiellement terminés depuis cette date et donc la guerre l'est également de facto depuis cette même date. Cependant la Corée du Sud n'a jamais signé cet armistice et les deux parties sont ainsi toujours techniquement (de jure) en guerre, aucun traité de paix n'ayant été par ailleurs ratifié.

Références[modifier | modifier le code]

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  21. Voir l'article détaillé Histoire de la Corée du Sud
  22. « Kim-Il-Sung » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-26
  23. Qui a gagné la guerre de Corée ? dans : L’Histoire, janvier 1992.
  24. Archives du ministère des Affaires étrangères soviétiques et Archives du Comité central du Parti communiste d'Union soviétique
  25. cf. Liens externes : Extraits des archives soviétiques (5 mars 1949 - 14 novembre 1962)
  26. cf. sur Wikisource le Télégramme du 3 septembre 1949, où Kim Il-sung demande la permission d'attaquer
  27. Cf. Liens externes : Extraits des archives soviétiques (5 mars 1949 - 14 novembre 1962).
  28. Cf. André Fabre, Histoire de la Corée, L'Asiathèque, Paris, 2000.
  29. B. Droz, Histoire générale du XXe siècle, Tome III, Éditions du Seuil, 1987, p. 185.
  30. Pendant la guerre, le général MacArthur proclama même qu'« en occupant toute la Corée, nous pourrions pulvériser l’unique route de ravitaillement reliant la Sibérie soviétique aux régions méridionales… et dominer toutes les régions entre Vladivostok et Singapour. Rien ne nous empêchera alors d’atteindre le pouvoir » (cité par Hershel D. Meyer, The Modern History of the United States, Kyoto, p. 148). Il faut préciser toutefois que les nombreuses déclarations du bouillant général ne reflétaient nullement la position de Washington. W. Manchester parle dans ce contexte d'une « incontinence verbale » de MacArthur et cite Truman : « N'importe quel sous-lieutenant […] pense que ses supérieurs sont idiots s'ils ne voient pas les choses comme lui. Mais le général MacArthur - et il aurait raison - enverrait en conseil de guerre un sous-lieutenant qui donnerait des interviews à la presse pour exprimer son désaccord avec ses supérieurs. » (cf. W. Manchester, MacArthur - Un César américain, Éditions Robert Laffont, 1981, p. 501)
  31. François Fetjo, Chine/URSS. De l'alliance au conflit 1950-1977, Paris, Seuil, 1977, p. 41.
  32. a et b (en) Cold War International History Project, Working Paper #8 : Soviet Aims in Korea and the Origins of the Korean War, 1945-50: New Evidence from Russian Archives, de Kathryn Weathersby, p. 30
  33. Les autorités nord-coréennes s'interrogent sur les conditions de publication de ces documents quelque quarante ans après les faits, dans le contexte post-soviétique où des archives auraient été dans certains cas vendues à des chercheurs occidentaux. Cependant, les autorités nord-coréennes auraient-elles pu réagir autrement, après cette mise en question, d’autant qu'en 1998 l’image de Kim Il-sung fut fixée pour l’éternité, quand le « Grand Leader » reçut le titre posthume de « Président éternel » ? Le fait est que ces sources sont librement accessibles aux chercheurs, depuis la mise en place par les autorités russes d’une législation permettant la consultation des archives soviétiques. Ajoutons que, depuis 1992, le Woodrow Wilson International Center for Scholars, en coopération avec les Archives d’État du gouvernement russe, publie régulièrement des documents inédits dans le cadre du Cold War International History Project (cf. « Extraits des archives soviétiques (5 mars 1949 - 14 novembre 1962) » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-26)
  34. a et b Les prisonniers de guerre sud-coréens retenus en Corée du Nord, dans La Corée. Le peuple et ses valeurs culturelles d'hier et d'aujourd'hui, Presses de l'université de Montréal, 2000, p. 39
  35. Cité par Heo Man-Ho, op.cit, p. 38
  36. Cf. Joseph C. Goulden, Korea : The Untold Story of the War, Times Books, 1982, p. 34
  37. (en) Two Strategic Intelligence Mistakes in Korea, 1950, P. K. Rose, 2001, CIA
  38. Kwang-Bai BYUN: Sartre et la guerre de Corée - Centre Culturel International de Cerisy-La-Salle
  39. 25 juin 1950 : le début d’une guerre qui n’a pas encore pris fin - Korea is one (voir archive)
  40. Ces soldats sont présentés comme des « volontaires du peuple chinois » et non comme des unités régulières de l'armée.
  41. La voix du combattant no 1743, mars 2009, page 9
  42. Les avions soviétiques volèrent avec des cocardes chinoises et nord-coréennes et par un accord tacite, les autorités américaines n'annoncèrent jamais un engagement officiel de l'Armée Rouge dans le conflit pour ne pas risquer un conflit ouvert avec l'URSS.
  43. (en) « The Hungnam and Chinnampo Evacuations » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-26, Edward J. Marolda, 26 août 2003, Naval Historical Center
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  62. une délégation de juristes membres de la International Association of Democratic Lawyers et une International Scientific Commission for the Investigation of the Facts concerning Bacterial Warfare in Korea and China
  63. Cold War International History Project, Virtual Archive : Explanatory note from Lt. Gen. V. N. Razuvaev to L. P. Beria
  64. a et b Cold War International History Project, Virtual Archive : Resolution of the Presidium of the USSR Council of Ministers. Date : 05/02/1953
  65. Jean-François Revel, La nouvelle censure : Un exemple de mise en place de la mentalité totalitaire, Paris, Robert Laffont, coll. « Hors Collection »,‎ 1er octobre 1977 (ISBN 9782221036075, présentation en ligne). Lire aussi : Jean-François Revel, L'obsession anti-américaine : son fonctionnement, ses causes, ses inconséquences, Paris, Plon,‎ 2002 (ISBN 2259194494), p. 20
  66. Cadeau 2013, p. 285-286.
  67. a, b, c et d Cadeau 2013, p. 287.
  68. Cadeau 2013, p. 287-288.
  69. « Wilson Center ; The Korean War » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-26
  70. a et b K. Weathersby, New Findings on the Korean War, CWIHP, Bulletin # 3, p. 2
  71. Heo Man-Jo, op. cit.
  72. a et b « La République impériale » dans Une histoire du XXe siècle, Plon, 1996, p. 389
  73. La Corée du Nord et les États-Unis discutent des soldats disparus pendant la Guerre de Corée, La Croix, 18 octobre 2011
  74. Yim Seong-Sook, La Corée, le peuple et ses valeurs culturelles d'hier à aujourd'hui, Presses universitaires de Montréal, 2001, page 41
  75. Prisonnier de guerre, Encyclopédie Canadienne
  76. Les prisonniers de guerre dans l’Asie orientale du XXe siècle
  77. Pierre Rigoulot, Crimes, terreur et secret en Corée du Nord, dans : Le Livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997 ; voir aussi [1]
  78. "South Korea owns up to brutal past", The Sydney Morning Herald
  79. (en) Korea bloodbath probe ends; US escapes much blame - The Daily Star, 12 juillet 2010
  80. Les États-Unis accusés de massacres de réfugiés durant la guerre de Corée - CheckPoint, 22 octobre 1999
  81. La BBC rappelle le massacre des Coréens par les G.I américains pendant la guerre de Corée - Lettre de l'association France-Corée, 13 février 2002
  82. Voir l'article détaillé consacré à Ri In-mo, l'un des plus célèbres non-convertis, ainsi que l'article détaillé sur l'Histoire de la Corée du Sud : entre 1988 et 1990, plus de 3 000 Sud-Coréens ont été libérés après avoir été emprisonnés sur la base de leurs opinions politiques, en application de la loi de sécurité nationale, toujours en vigueur en Corée du Sud, parmi lesquels des Nord-Coréens qui avaient participé à la guerre du côté du Nord
  83. Voir l'article "Ri In-mo, un homme inflexible", d'après ses mémoires publiées pour la première fois en Corée du Sud en 1989.
  84. Cadeau 2013, p. 105.
  85. J. Le Goff, La nouvelle histoire, Éditions Complexe, p. 34
  86. (en) Costs of Major U.S. Wars and Recent U.S. Overseas Military Operation, 3 octobre 2000
  87. « Corée, un pays coupé en deux », dossier dans L'Histoire no 385, mars 2013
  88. « Implication des troupes russes dans des conflits à l'étranger », sur RIA Novosti,‎ 16 février 2012 (consulté le 17 février 2012)
  89. Bruce Cumings, The Korean War. A History, New-York, Random House Publishing Group, 2011
  90. 13 juin 2000 Tenue d'une rencontre historique entre les chefs d'État des deux Corées, site de l'université de Sherbrooke
  91. La stratégie ambiguë de Pyongyang vis-à-vis de la Corée du Sud - Le Monde, 27 mai 2009
  92. La Corée du Nord annonce qu'elle est en état de guerre avec le Sud - AFP, 30 mars 2013
  93. La RPDC et la Corée du Sud seraient prêtes à se réconcilier - Artem Kobzev, La Voix de la Russie, 11 juin 2013

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Guillaume Bourel, « La guerre de Corée », dans Jean Hubac (dir.) Dictionnaire chronologique des guerres du XXe siècle, Hatier, 2013 (ISBN 978-2-2189-7142-6)
  • Jean-Marie de Prémonville, Pierre Baudy, Serge Bromberger et Henry de Turenne, Retour de Corée. Récit de 4 correspondants de guerre français sur le front de Corée, Paris, Julliard, 1951
  • (en) Robert Leckie, Conflict : the history of the Korean War, 1950-53, New York, Da Capo Press,‎ 1996 (ISBN 0306807165).
  • Claude Delmas, Corée 1950 paroxysme de la guerre froide, Bruxelles, Éditions Complexe, coll. « La mémoire du siècle » (no 19),‎ 1982 (ISBN 9782870270875).
  • I. F. Stone, The hidden history of the Korean War, 1950-1951 : A nonconformist History of our Times, Boston, Little, Brown,‎ 1988 (ISBN 9780316817738) (ouvrage publié avant la déclassification des archives soviétiques)
  • (en) Stephen Endicott et Edward Hagerman, The United States and biological warfare : secrets from the early cold war and Korea, Bloomington, Indiana University Press,‎ 1998, 302 p. (ISBN 0253334721)
  • André Fabre, Histoire de la Corée, Paris, Langues & mondes - l'Asiathèque, coll. « Langues et Monde »,‎ 2000 (ISBN 9782911053603).
  • Patrick Souty, La guerre de Corée, 1950-1953 : guerre froide en Asie orientale, Lyon, Presses universitaires de Lyon, coll. « Conflits contemporains »,‎ 23 octobre 2002, 255 p. (ISBN 9782729706968).
  • (en) Donald Boose, US Army forces in the Korean War, 1950-53, Oxford, Osprey,‎ 2005 (ISBN 1841766216)
  • (en) Carter Malkasian, The Korean War, 1950-1953, Oxford, Osprey Pub, coll. « Essential Histories »,‎ 25 septembre 2001 (ISBN 9781841762821)
  • Ivan Cadeau, La guerre de Corée, 1950-1953, Paris, Perrin,‎ 2013 (ISBN 978-2262037345).

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]