Pablo Picasso

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Pablo Picasso

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Pablo Picasso en janvier 1962.

Nom de naissance Pablo Diego José Francisco de Paula Juan Nepomuceno María de los Remedios Cipriano de la Santísima Trinidad Ruiz y Picasso
Naissance 25 octobre 1881
Drapeau de l'Espagne Malaga, Andalousie, Espagne
Décès 8 avril 1973 (à 91 ans)
Drapeau : France Mougins, France
Activités Peinture, sculpture, dessin, gemmail, céramique, eau-forte, lithographie, linogravure, écriture
Formation Académie royale des beaux-arts de San Fernando
Mouvement artistique Cubisme, surréalisme

Œuvres réputées

Compléments

Pablo Ruiz Picasso, né à Malaga, Espagne, le 25 octobre 1881 et mort le 8 avril 1973 (à 91 ans) à Mougins, France, est un peintre, dessinateur et sculpteur espagnol[1] ayant passé l'essentiel de sa vie en France.

Artiste utilisant tous les supports pour son travail, il est considéré comme le fondateur du cubisme avec Georges Braque et un compagnon d'art du surréalisme. Il est l'un des plus importants artistes du XXe siècle, tant par ses apports techniques et formels que par ses prises de positions politiques. Il a produit près de 50 000 œuvres dont 1 885 tableaux, 1 228 sculptures, 2 880 céramiques, 7 089 dessins, 342 tapisseries, 150 carnets de croquis et 30 000 estampes (gravures, lithographies, etc.)[2].

Biographie

Enfance et famille

Maison de naissance de Picasso, Plaza de la Merced à Malaga, siège actuel de la Fundación Picasso (en).

Pablo Picasso naît au 36 place de la Merced (aujourd'hui no 15) à Malaga. Il est le premier enfant de José Ruiz Blasco, alors professeur de peinture à l'école provinciale des Arts et métiers de la ville dite « San Telmo »[3], et de María Picasso López. Son nom complet est Pablo Diego José Francisco de Paula Juan Nepomuceno María de los Remedios Cipriano de la Santísima Trinidad Mártir Patricio Ruiz y Picasso[4]. Le nom de Picasso, qui n'est pas espagnol, serait selon certains auteurs d'origine italienne. Un de ses arrière-grands-pères est né à Sori dans la région de Gênes[4]. Selon Robert Maillard en revanche la famille ne serait pas originaire d'Italie[3],[5]. Pablo avait deux sœurs (Maria de Los Dolorès, dite « Lola », née en 1884 et Maria de la Concepción[6], dite « Conchita », née en 1887), mais aucun frère[7].

En 1891, le musée provincial de Malaga, dont José Ruiz Blasco était le conservateur, ferme ses portes, ce qui oblige le père à trouver d'autres moyens de subsistance. La famille déménage à La Corogne et José Ruiz Blasco occupe un poste de professeur au lycée Da Guarda. La mort de sa sœur Conchita en janvier 1895 le traumatise et son vœu d'arrêter la peinture si sa sœur guérit n'étant pas exaucé, il se réfugie dans son art. Son père est alors nommé professeur à La Llotja de Barcelone, en 1895[7].

Le peintre débutant

L'artiste ne signe plus ses toiles du nom de Ruiz Blasco mais de celui de Picasso à partir de 1901

Picasso, encouragé par son père qui lui accorde toute confiance[8], peint ses tout premiers tableaux à l'âge de huit ans, son préféré étant Le Petit Picador jaune[9] (1889), sa première peinture à l'huile, dont il refusera toujours de se séparer. Pendant l'été 1895, Pablo découvre Madrid et Barcelone et passe ses vacances à Malaga et revient par la mer à Barcelone. À cette occasion, il réalise des marines du voyage. C'est durant l'hiver 1895, qu'il peint sa première grande toile académique : La Première Communion. L'année suivante, il entre à l'école des Beaux-Arts de Barcelone. Il signe ses premières œuvres Ruiz-Picasso avant d'opter pour P.R-Picasso puis définitivement pour Picasso en 1901 à cause de l'étrangeté du nom et du digraphe ss inusité en espagnol[10].

À Barcelone en 1896, il est reçu à l'École de la Llotja, où enseigne son père, ayant exécuté en un jour le sujet de l'examen pour lequel on laisse généralement un mois aux candidats[11]. C'est en 1896 qu'il peint L'Enfant de chœur[12]. Don José lui loue alors un atelier rue de la Plata où il peint Science et Charité (1896), l'une de ses plus importantes toiles d'enfance. Pour cette œuvre, son père a imaginé la composition qui représente une malade couchée sur un grabat, assistée d'un docteur (Picasso réalisera le portrait de son père) et d'une religieuse. Ce tableau reçoit à l'exposition des Beaux-Arts de Madrid une mention honorifique[13]. Il est fortement influencé par le modernisme catalan à cette époque[14].

Le café Els Quatre Gats que fréquentaient Julio González, Picasso et Gargallo.

En septembre 1897, Picasso part étudier à Madrid et réussit en octobre le concours d'entrée à l'académie royale de San Fernando. Cependant l'enseignement de l'institution ne lui plaît pas et il renonce à suivre les cours. En juin 1898, il retourne à Barcelone, puis part pour Horta de Sant Joan, le village de son ami Pallarès, situé près de la ville de Gandesa où il partage la vie des paysans. Plus tard, il dira « Tout ce que je sais, je l'ai appris dans le village de Pallarès »[15]. En avril 1899, il est de nouveau de retour à Barcelone, où il s'installe au no 1, rue des Escudillers. Picasso fréquente alors le cabaret Els Quatre Gats, cabaret phare de la bohème, créé en référence au Chat Noir de Paris. Là, il rencontre notamment Miguel Utrillo, et se lie d'amitié avec le poète Jaime Sabartés, Carlos Casagemas, le peintre Opisso, le sculpteur Julio Gonzalez. Une exposition de ses peintures se tient dans le cabaret le 1er février 1900[16].

Picasso voit sa toile Les Derniers Moments représenter l'Espagne à l'Exposition universelle de 1900 à Paris[17] . Il part, avec Casagemas dont il est très proche, pour la capitale française où il s'installe dans l'atelier du peintre Nonell à Montmartre. Picasso s'y imprègne de l'atmosphère du Moulin de la Galette et rencontre le marchand Pedro Mañach ainsi que Berthe Weill qui lui achète trois scènes de tauromachie, les premières toiles qu'il vend à Paris[18]. Réalisant des œuvres de commande, il vend également quelques pastels à des amateurs[19]. Il rentre à Barcelone le 20 décembre, avec Casagemas que Picasso emmène avec lui jusqu'à Malaga pour le sortir de sa mélancolie[19]. À la mi-janvier 1901, Picasso part pour Madrid. Le 17 février, Casagemas, après avoir tenté de tuer son amante Germaine qui était une danseuse volage du Moulin rouge, se suicide à Paris[19]. Picasso, bouleversé par la mort de son ami peindra un tableau clé La Mort de Casegemas[20] dont il dira qu'il a conditionné grandement son passage à la période bleue[21], empreinte de douleur, tristesse et faisant référence aux grands maîtres espagnols. En avril 1901, il retourne à Barcelone, puis, en mai, il repart à Paris et s'installe au 130 ter, boulevard de Clichy chez Pedro Mañach qui le loge pendant quelques mois dans son appartement personnel et lui offre un salaire[22].

Période bleue

Article détaillé : Période bleue.

La période bleue correspond aux années 1901-1904 : ce nom vient du fait que le bleu est la teinte dominante de ses tableaux de cette époque, qui a débuté avec le suicide de son ami catalan Carlos Casagemas[21], ce qui explique qu'elle soit marquée par les thèmes mélancoliques de la mort, de la vieillesse, et de la pauvreté, mais ne l'empêche pas d'être satirique. Durant ces années, Picasso peint des pauvres, des mendiants, et des aveugles, sous forme de personnages souvent étirés et faméliques inspirés des tableaux du Greco que Picasso étudie à cette époque et qui l'influencent fortement[23]. Le premier tableau de cette période fut la Mort de Casagemas, et les œuvres importantes sont : Dama en Éden Concert (1903), La Vida (1903), Las Dos hermanas (1904), La Celestina (1904). Il vit pendant ces années dans le dénuement. Bien que son père lui envoie des toiles et des tubes de peinture, par souci d'économie, il réalise plusieurs peintures sur le même tableau ou doit brûler une liasse de ses dessins pour se chauffer[24].

Entre le 25 juin et le 14 juillet 1901, Picasso et Iturrino font une exposition à la galerie d'Ambroise Vollard, à Paris. Picasso fait la connaissance du poète Max Jacob. Pendant l'hiver, il peint Autoportrait bleu (Paris, Musée Picasso). Fin janvier 1902, il se rend à Barcelone. La galerie Berthe Weill, expose du 1er au 15 avril des œuvres de Lemaire et de Picasso. Il revient à Paris en octobre avec Sébastien Junyer. Et il montre pour la première fois ses toiles bleues du 15 novembre au 15 décembre dans une exposition de groupe chez Berthe Weill. En janvier 1903, Picasso est de nouveau à Barcelone. Au printemps, il commence la toile La Vie (Cleveland Museum of Fine Arts).

Période rose (1904-1906)

Modigliani, Picasso, et André Salmon, devant La Rotonde à Paris en 1916.
Article détaillé : Période rose.

À partir de 1905, il s'installe à Paris, au Bateau-Lavoir, dans l'atelier laissé par Paco Durrio. Là, il rencontre sa première compagne : Fernande Olivier. C'est le début de la période rose. Comme précédemment, c'est l'utilisation des teintes « rougées » qui explique cette dénomination. Les thèmes abordés sont la joie et l'inquiétude existentielle. Il reste mélancolique et dominé par l'amour ; on y trouve aussi de nombreuses références au monde du zoo et du cirque. Il peint des masques, arlequins, dompteurs et clowns. Picasso privilégia pendant cette période le travail sur le trait, le dessin, plutôt que sur la couleur… C'est aussi l'époque des maternités roses.

Picasso fait la connaissance de Guillaume Apollinaire et d'André Salmon.

Du 25 février au 6 mars 1905, Picasso expose à la galerie Serrurier, ses premières toiles roses. Au printemps, il peint Les Saltimbanques (Washington, National Gallery). Pendant l'été, il fait un séjour à Schoorl en Hollande, et y peint les Trois Hollandaises (Paris, Musée national d'art moderne, dépôt au Musée Picasso).

En automne, il rencontre Gertrude et Leo Stein. Ces deux mécènes lui achètent de très nombreuses toiles et apportent au peintre désargenté une plus grande aisance financière et une nouvelle stimulation intellectuelle[25]. On commence à trouver dans ses toiles le thème de la mort. Notamment dans son tableau Arlequin dont il fait cadeau en 1919 au Museo de Arte Moderna de Barcelone. Gertrude Stein le présente à Matisse, pendant l'hiver 1906. Le galeriste Ambroise Vollard achète la plupart des toiles roses en mars. En mai, il part avec Fernande Olivier pour Barcelone, puis durant l'été à Gósol, village isolé de haute-Catalogne. Ce séjour aura un impact majeur dans l'œuvre de Picasso. C'est dans ce petit bourg de la province de Lérida qu'il conçoit Les Demoiselles d'Avignon, un tableau qui constitue un évènement capital dans les débuts du cubisme[26].

Le portrait de Gertrude Stein (New-York, Metropolitan Museum of Art[27]), commencé en hiver, est enfin achevé grâce à une peinture de Cézanne, « Madame Cézanne à l'éventail » que Gertrude Stein avait acquise au salon d'automne en 1904.

Influences africaines

De 1907 à 1909, Picasso est sous influence de l'art africain, notamment de l'art congolais[28]. Cette période est marquée au début par les deux figures du côté droit des Demoiselles d'Avignon qui ont été en partie inspirées par les masques africains que Picasso possédait.

Cubisme

Portrait de Picasso par Juan Gris (1912) dans le style cubiste.

De 1907 à 1914, il réalise avec Georges Braque des peintures qui seront appelées « cubistes ». Elles sont caractérisées par une recherche sur la géométrie et les formes représentées : tous les objets se retrouvent divisés et réduits en formes géométriques simples, souvent des carrés. Cela signifie en fait qu'un objet n'est pas représenté tel qu'il apparaît visiblement, mais par des codes correspondant à sa réalité connue. Le cubisme consiste aussi à représenter sur une toile en deux dimensions un objet de l'espace. Picasso décompose l'image en multiples facettes (ou cubes, d'où le nom de cubisme) et détruit les formes du réel pour plonger dans des figures parfois étranges (comme une figure représentée sur une moitié de face, et sur l'autre de côté). Cette technique, initiée par Picasso et Braque, fit de nombreux émules tels que Juan Gris, Francis Picabia, Brancusi, les Delaunay, Albert Gleizes.

La réalisation des Demoiselles d'Avignon, l'œuvre fondatrice du cubisme commencée pendant l'hiver 1906-1907 et achevée début juillet 1907, et surtout les portraits (notamment ceux d'Ambroise Vollard et de Daniel-Henry Kahnweiler) des années 1910 ont été influencés notamment par les travaux des mathématiciens Henri Poincaré[29] et Esprit Jouffret[30] dont les idées (et les schémas) furent vulgarisées à Picasso, et à son entourage Montmartrais, par leur ami Maurice Princet[31],[32]. Dès lors peindre l'espace et le temps consiste à représenter sur une toile en deux dimensions un objet de l'espace.

Au début de l'été, Daniel-Henry Kahnweiler fait une première visite au Bateau-Lavoir. En octobre, a lieu une rétrospective Cézanne au Salon d'automne. Pendant l'hiver 1908, Picasso peint L'Amitié (Leningrad, Ermitage), Nu debout (Boston, Fine Arts Museum). Il séjourne à la Rue-des-Bois, village à 60 km au nord de Paris, durant l'été et en octobre, il propose la version définitive des Trois femmes (Leningrad, Ermitage).

En mai 1909, Picasso va à Barcelone, et à Horta de Ebro avec Fernande Olivier. Là, il peint les Paysages (New York, MoMA) . À Paris, en septembre, il déménage au 11 boulevard de Clichy, et réalise des sculptures : Tête de Fernande (Paris, Musée Picasso). En 1910, il fait les portraits d'Ambroise Vollard (Moscou, Musée Pouchkine), de Wilhem Uhde (St.Louis, Collection Pulitzer) et de Daniel-Henry Kahnweiler (Chicago, Art Institute). Picasso part pour Céret, village de Catalogne française, dans les Pyrénées-Orientales, en juillet 1911. Fernande Olivier et Braque le rejoignent en août[33]. Le 5 septembre, il rentre à Paris. Picasso est absent de la salle cubiste au Salon d'automne qui commence le 1er octobre.

À l'automne, Eva Gouel entre dans sa vie, qu'il appelle « Ma jolie » dans plusieurs de ses toiles.

Les premiers collages et les premiers assemblages sont réalisés pendant l'hiver 1912, Nature morte à la chaise cannée (Paris, Musée Picasso), Guitare(s) en carton (Paris, Musée Picasso). Le 18 mai, il part de Céret pour Avignon[34] et le 25 juin s'installe à Sorgues. Il déménage 242 boulevard Raspail. Picasso et Daniel-Henry Kahnweiler signent le 18 décembre une lettre-contrat. Vers le 10 mars 1913, il retourne avec Eva Gouel, souffrante, à Céret où ils séjournent tout l'été[35]. Le Verre d'absinthe est peint au printemps 1914. Après le départ pour Avignon, en juin, il fait un retour au portrait, en juillet. Éva meurt le 14 décembre 1915.

Trois formes de cubisme émergent : le précubisme, ou cubisme cézannien, le cubisme analytique et le cubisme synthétique.

Les Ballets russes

Pendant la Première Guerre mondiale, Picasso séjourne à Rome avec Jean Cocteau, à partir du 17 février 1916. Il s'installe Via Margutta, d'où il voit la Villa Médicis. Outre de nombreux portraits dessinés, il peint L'Italienne, L'Arlequin et femme au collier. En mai, Cocteau présente Diaghilev à Picasso[36]. Il travaille comme décorateur pour le ballet Parade de Léonide Massine et les Ballets russes de Serge de Diaghilev, sur une musique d’Erik Satie. Il rencontre Stravinski et la danseuse Olga Khokhlova qui devint sa femme. Dans une veine décorative, Picasso réalisa plusieurs portraits d’elle et de leur fils (Paul en Pierrot en 1925).

Fin mars 1917, il voyage à Naples et à Pompéi et revient à Paris, fin avril. Le 18 mai, la première de Parade a lieu au Châtelet. Puis en juin, Picasso part pour Madrid avec la troupe de Diaghilev et Olga, et le 12 juillet, un banquet est offert en son honneur à Barcelone.

Du 23 janvier au 15 février 1918, Picasso expose avec Matisse chez Paul Guillaume. Il se marie avec Olga à l'église russe de Paris, le 12 juillet. Cocteau, Max Jacob et Apollinaire sont les témoins. Pendant un séjour à Biarritz, il peint Les Baigneuses (Paris, Musée Picasso).

En mai 1919, Picasso part pour Londres travailler au ballet Le Tricorne sur une musique de Manuel de Falla. Pendant l'été, il séjourne à Biarritz chez Mme Errazuriz puis s'installe avec Olga à Saint-Raphaël (Côte d'Azur).

Son fils Paulo naît le 4 février 1921. Durant l'été, il s'installe avec Olga et Paulo à Fontainebleau. Il y peint les Femmes à la fontaine (Paris, Musée Picasso et New York, Museum of Modern Art) et Les Trois Musiciens (New York, Museum of Modern Art et Philadelphie, Museum of Art). En juin 1922, lors d'un séjour à Dinard (Bretagne, côte de la Manche), il peint Deux femmes courant sur la plage (La Course) (Paris, Musée Picasso). Puis, en décembre, il réalise le décor pour L'Antigone de Cocteau, créée par Charles Dullin au Théâtre de l'Atelier. En 1923, il fait un nouveau séjour estival sur la Côte d'Azur (Cap d'Antibes) et peint La Flûte de Pan (Paris, Musée Picasso). Et c'est en 1924, en été, alors qu'il se trouve à la villa La Vigie à Juan-les-Pins (Côte d'Azur), qu'il fait son Carnet de dessins abstraits et qu'il peint Paul en arlequin (Paris, Musée Picasso).

Pendant cette période des années 1920, dans un climat de reconnaissance mondaine, il peignit des tableaux marqués par un retour à la figuration et au classicisme : Trois Femmes à la fontaine (1921), et des œuvres inspirées par la mythologie comme les Flûtes de Pan (1923).

Surréalisme

« Tête de femme », Halmstad, Suède

L’année 1925 fut celle d’une rupture radicale dans la production du peintre. Il peignit des tableaux très violents montrant des créatures difformes, convulsives, prises dans les rets d’une rage hystérique : Femme dans un fauteuil (1926) et Baigneuse assise (1930). L’influence des poètes surréalistes fut indéniable dans cette volonté de dépeindre de l’intérieur l’enfer personnel. Cependant il adoptait une approche plus pragmatique que celle du « rêve calqué sur la toile » des surréalistes.

En juin-juillet 1925, il achève La Danse et peint Le Baiser. Le 14 novembre, il participe à la première exposition surréaliste de la Galerie Pierre. En 1926, il peint le Peintre et son Modèle, qui marque sa rencontre avec Marie-Thérèse Walter à la fin de cette année, alors qu'elle est encore mineure[37],[38]. Il réalise les Guitare(s) à clous.

Il exécute le grand collage du Minotaure en janvier 1928. Picasso a besoin alors d'une aide technique, notamment pour la réalisation des maquettes du Monument pour Guillaume Apollinaire dont il a reçu commande en 1922. Quelques années auparavant il avait renoué son amitié avec le ferronnier et sculpteur catalan Julio González, rencontré à Barcelone du temps d'Els Quatre Gats, et vivant comme lui à Paris depuis 1900. Picasso s'adresse naturellement à lui, et ils entameront, de l'automne 1928 jusqu'en juillet 1932, une fructueuse collaboration technique autour des sculptures en fer forgé et soudé[39]. C'est au printemps 1929 qu'il sculpte en fer soudé La Femme au jardin dans l'atelier de González, qui par la suite réalisera le bronze en 1932. C'est l'année aussi de ses dernières vacances à Dinard. Il peint le Grand nu au fauteuil rouge, et en février 1930, Crucifixion. À l'automne 1930, Marie-Thérèse déménage au 44, rue de la Boétie. Il achète le château de Boisgeloup, près de Gisors, 80 km au nord-ouest de Paris, en juin, et s'y installe jusqu'à la fin de 1932.

Il passe les vacances de l'été 1933 à Cannes avec Olga et Paulo.

Deux figures au bord de la mer est peint en janvier 1931, et en mars, Nature morte sur un guéridon. Cette année-là, voit également l'édition de deux livres majeurs : Les Métamorphoses d'Ovide (Lausanne, Skira) et Le Chef-d'œuvre inconnu de Balzac (Paris, Ambroise Vollard).

En 1932, Jeune fille devant le miroir est finie. Une rétrospective à la galerie Georges Petit, puis au Kunsthaus de Zurich, a lieu en juin. Picasso travaille à Boisgeloup aux têtes sculptées d'après Marie-Thérèse et à la série de dessins d'après La Crucifixion de Matthias Grünewald.

De juin à septembre 1934, il fait des séries de corridas, peintes, dessinées et gravées. En août, il voyage en Espagne avec Olga et Paulo, et se rend aux corridas de Burgos et de Madrid. Il visite le Musée d'Art catalan de Barcelone. Il réalise une série de sculptures à texture moulée : Femme au feuillage et Femme à l'orange. Au printemps 1935, la galerie Pierre expose des papiers collés. Minotauromachie est gravée. Il se sépare d'Olga en juin, et le 5 septembre, naît Maya Picasso, sa fille avec Marie-Thérèse Walter[40].

Le 25 mars 1936 voit le départ secret de Picasso avec Marie-Thérèse et Maya pour Juan-les-Pins. Il fait des gouaches et des dessins sur le thème du Minotaure. Cette même année, au début de la Guerre civile espagnole, il est nommé directeur du Musée du Prado à Madrid. Début août, Picasso part pour Mougins et Dora Maar l'y rejoint.

Guernica et pacifisme

Plaque apposée sur l'hôtel de la rue des Grands-Augustins[41], où Picasso résida dans les années 1930-1940.
Mural du tableau de Guernica

À la suite du bombardement de Guernica, le 26 avril 1937 pendant la guerre civile espagnole, horrifié par ce crime, Picasso se lance dans la création d'une de ses œuvres les plus célèbres : Guernica et il dit : « Cette peinture n’est pas faite pour décorer les appartements. C’est un instrument de guerre, offensif et défensif contre l’ennemi. ». Elle symbolise toute l'horreur de la guerre et la colère ressentie par Picasso à la mort de nombreuses victimes innocentes, causée par le bombardement des avions nazis à la demande du général Franco. Guernica fut exposé dans le Pavillon espagnol de l'Exposition internationale à Paris en 1937.

Une anecdote veut qu'à Otto Abetz, ambassadeur du régime nazi à Paris, qui lui aurait demandé, sur le ton de la colère, lors d'une visite à son atelier devant une photo de la toile de Guernica : « C'est vous qui avez fait cela ? », Picasso aurait répondu : « Non… c'est vous »[42]. Dans une interview accordée à Simone Tery, publiée le 24 mars 1945 dans Les Lettres françaises[43], il revient sur l'anecdote en disant qu'elle est « à peu près vraie » et précise qu'en réalité il distribuait aux visiteurs allemands des années 1940 des photos reproduisant le tableau, en les narguant d'un « Emportez-les. Souvenirs, souvenirs[42]! ».

En octobre-décembre 1937, Picasso peint La Femme qui pleure, puis en 1938, fait un grand collage, Les Femmes à leur toilette. En juillet 1938, il va à Mougins avec Dora Maar. Début juillet 1939, avec Dora Maar, il part chez Man Ray à Antibes, d'où le tableau Pêche de nuit à Antibes. De septembre 1939 au début de 1940, il est à Royan, où il réalise notamment Séquence de Femmes au chapeau.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Pablo Picasso vit à Paris. Entre 1942 et 1943, il réalise l'assemblage, Tête de taureau, L'Aubade, L'Homme au mouton. Les archives sur le marchand d'art proche des nazis Hildebrand Gurlitt indiquent qu'il affirme avoir acheté une œuvre chez Picasso lui-même en 1942[44], éventuellement sous la contrainte.

L'immense notoriété de Picasso lui procure une relative protection, sans lui épargner les tracasseries. Son ami Max Jacob sera arrêté par la Gestapo d'Orléans le 24 février 1944 à Saint-Benoît-sur-Loire, puis meurt au camp de Drancy, malgré des interventions tardives pour le faire libérer, dont celles de Jean Cocteau. Ce dernier s'inquiète aussi pour Picasso, qui assiste publiquement à l'enterrement[45].

Entre-temps, Picasso rencontre Françoise Gilot en mai 1943, mais habite chez Marie-Thérèse Walter durant l'insurrection de Paris d'août 1944[réf. nécessaire].

Engagement au parti communiste

Timbre soviétique (1981) représentant Picasso et la colombe de la Paix.

Après la Seconde Guerre mondiale, ses tableaux deviennent plus optimistes, plus gais, montrant, comme l'indique le titre d'un tableau de 1946, la Joie de vivre qu'il ressent alors. Picasso adhère, le 5 octobre 1944, au Parti communiste français (PCF) et publie un article dans l'Humanité le 29-30 octobre 1944 intitulé « Pourquoi j'ai adhéré au parti communiste » dans lequel il explique que son engagement personnel date de la période de la Guerre d'Espagne, renforcé par la lutte des résistants communistes français durant la guerre qui vient de s'achever, et qu'il ne lui suffit plus de lutter avec ses peintures « révolutionnaires » mais de « tout [lui]-même » adhérant à l'idéal communiste de progrès et de bonheur de l'homme[46]. S'il se sent proche des idéaux du parti, il n'en sera jamais un membre actif, gardant sa totale liberté d'expression et prenant position principalement à travers ses tableaux dénonçant notamment la Guerre de Corée en 1951 et prônant la Paix contre la Guerre dans de nombreuses œuvres. Picasso sera même en butte à de nombreux conflits avec les dirigeants du PCF, notamment quant à un portrait jugé peu respectueux de Joseph Staline, publié à la demande de Louis Aragon le 12 mars 1953 à la une des Lettres françaises[47].

Très opposé à la guerre, Picasso peint la célèbre Colombe de la paix (1949) à l'occasion de son adhésion au Conseil Mondial de la Paix. Il reçoit à ce titre un prix international de la paix en 1955. L'attrait pour les colombes chez le peintre remonte à son enfance, où son père utilisait des pigeons comme modèles que Picasso allait jusqu'à emporter avec lui à l'école[8].

Période de Vallauris

Picasso en 1962 avec Édouard Pignon (à droite) et André Verdet (à gauche) à l'ouverture de l'exposition Soshana dans le château Grimaldi à Antibes.
Article détaillé : Picasso à Vallauris.

Le 7 octobre 1944 s'ouvre le Salon d'Automne et la rétrospective Picasso. Le Charnier (New York, Museum of Modern Art) est peint en avril-mai 1945 d'après le souvenir de la découverte en décembre 1944, du corps supplicié de son ami le jeune poète surréaliste Robert Rius. Picasso part avec Dora Maar pour le Cap d'Antibes, en juillet, et le 26 novembre Françoise revient vivre chez Picasso. En 1946, Picasso rejoint Françoise à Golfe-Juan, il rend visite à Henri Matisse à Nice. Puis en juillet, avec Françoise, il part pour Ménerbes (Vaucluse). En août, il s'installe chez Louis Fort à Golfe-Juan, et débute le travail au château d'Antibes en octobre.

Le 15 mai 1947, naît son fils Claude. En juin, il part pour Golfe-Juan. Lorsque Picasso visite Vallauris à l'été 1946, il se rend chez Georges et Suzanne Ramié et modèle trois pièces de céramique. Lorsqu'il reviendra l'année suivante, il retrouve ses pièces et débute alors une période intense de production de céramique qu'on estime à près de 4 500 pièces. Il s'installera à Vallauris en 1948 avec Françoise Gilot. Le 25 août 1948, Picasso va au Congrès des Intellectuels pour la Paix à Wroclaw. Il revient à Vallauris à la mi-septembre. Il peint les deux versions de La Cuisine (l'une est actuellement au Musée Picasso de Paris et l'autre au Museum of Modern Art de New York).

En février 1949, La Colombe est choisie par Aragon pour l'affiche du Congrès de la Paix qui ouvre à Paris le 20 avril. Le 19 avril 1949, naît Paloma. Le 6 août 1950, Laurent Casanova inaugure L'Homme au mouton à Vallauris. Picasso exécute La Chèvre, La Femme à la poussette, la Petite Fille sautant à la corde. Le 15 janvier 1951, il peint Massacre en Corée.

En 1952, il dessine La Guerre et la Paix pour la décoration de la chapelle de Vallauris, qui deviendra Musée Picasso, il écrit une seconde pièce de théâtre : Les Quatre Petites Filles.

L'affaire du Portrait de Staline dans Les Lettres françaises se déroule en mars 1953[48]. Françoise Gilot part pour Paris avec les enfants.

Signature de Pablo Picasso en 1954, lors de la réalisation de sa série de cinquante Gemmaux.

Il fait les portraits de Sylvette David, en avril 1954. En juin, il rencontre Jacqueline Roque. C'est en décembre que débute la série des variations sur les Femmes d'Alger de Delacroix. Il s'installe en mai 1955, avec Jacqueline, à la villa « La Californie » à Cannes. En juin, a lieu une rétrospective au musée des arts décoratifs. Pendant l'été il travaille avec Henri-Georges Clouzot pour le film le Mystère Picasso. Il découvre le gemmail et décide de réaliser Femme dans un fauteuil d’osier ainsi qu'une cinquantaine d'œuvres qui seront présentées l'année suivante aux États-Unis au Metropolitan Museum et au Art Institute of Chicago[49]

En 1956, Les Baigneurs, les sculptures en bois (Stuttgart, Staatsgalerie) sont coulées en bronze. Il peint L'Atelier de La Californie.

Le château de Vauvenargues, au pied de la montagne Sainte-Victoire, où résida Picasso de 1958 à 1961 et dans le parc duquel il est enterré.
Mas Notre-Dame-de-Vie à Mougins où résida Picasso de 1961 à sa mort en 1973.

Le 17 août 1957, il commence le travail sur Les Ménines (Barcelone, Musée Picasso). Le 29 mars 1958 a lieu la présentation de la décoration pour l'UNESCO : La Chute d'Icare. En septembre, Picasso achète le château de Vauvenargues dans lequel il emménage l'année suivante déclarant à son ami et marchand étonné Daniel-Henry Kahnweiler : « J’ai acheté la Sainte-Victoire de Cézanne. Laquelle ? La vraie[50]. »

Il peint La Baie de Cannes entre le 19 avril et le 9 juin 1958[51] depuis la La Californie, la villa qu'il a achetée en 1955 dans le quartier du même nom à Cannes où il réside avec Jacqueline jusqu'en 1961[52]. Les premiers dessins d'après Le Déjeuner sur l'herbe de Manet sont faits le 10 août 1959.

Il se marie avec Jacqueline à Vallauris, le 2 mars 1961, et en juin, s'installe au mas Notre-Dame-de-Vie à Mougins (près de Cannes). Il travaille sur les tôles découpées et peintes, La Chaise, la Femme aux bras écartés, la Femme à l'enfant, les Footballeurs. En novembre 1962, il peint, l'Enlèvement des sabines dont une version se trouve au Musée national d'art moderne de Paris.

L'inauguration de la rétrospective au Grand Palais et au Petit Palais se déroule le 19 novembre 1966. Au printemps 1967, Picasso est expulsé de son atelier de la rue des Grands-Augustins[réf. nécessaire]. En janvier 1970, le musée Picasso de Barcelone reçoit la donation des œuvres conservées par sa famille. Une exposition se déroule au Palais des Papes d'Avignon de mai à octobre.

Dernières années

En avril 1971, la galerie Louise Leiris expose les 194 dessins réalisés entre le 15 décembre 1969 et le 12 janvier 1971. Nouvelle exposition à la galerie Louise Leiris, en janvier 1973, qui montre cette fois les 156 gravures réalisées entre fin 1970 et mars 1972.

Picasso meurt le 8 avril 1973 d'une embolie pulmonaire. Il est enterré deux jours plus tard dans le parc du château de Vauvenargues dans les Bouches-du-Rhône selon la décision de sa femme Jacqueline et de son fils Paulo[50] après que la mairie de Mougins a refusé l'inhumation sur sa commune, voyant en lui un « communiste milliardaire »[53]. L'enterrement a lieu dans une ambiance familiale délétère, Marie-Thérèse Walter, sa fille Maya ou Paloma ainsi que son fils Claude se voyant interdire l'accès au château[54]. Selon le vœu de Picasso, la sculpture monumentale en bronze La femme au vase est scellée sur sa tombe dans le parc du château. Jacqueline Roque sera elle-même enterrée à ses côtés en 1986[55].

Une exposition de 201 toiles se tient au Palais des Papes d'Avignon de mai à septembre 1973.

Descendance et héritage

Picasso a eu quatre enfants :

Mort sans avoir laissé de testament, les héritiers légaux de Picasso sont son fils Paulo et Jacqueline Roque, les trois autres enfants étant nés hors mariage mais ces derniers gagnent en 1974 leur procès en reconnaissance de droit à l'héritage. La mort prématurée de Paulo provoque une querelle autour de cet héritage lucratif, « héritage du siècle » évalué en 1977, après quatre années d'inventaire dans les onze propriétés de Picasso par le commissaire-priseur Maurice Rheims, à 1,4 milliard de francs, soit l'équivalent de 40 milliards d'euros (valeur 2014), sans compter les droits patrimoniaux[56]. La dation permet aux héritiers de l'artiste de régler leurs énormes droits de succession en cédant des œuvres à l'État qui sont regroupées principalement dans le Musée Picasso dont la collection de 5 000 œuvres (232 tableaux, 158 sculptures, 88 céramiques, 1 500 dessins et papiers collés, 1600 gravures[57]). Selon Olivier Widmaier Picasso, son patrimoine est aujourd'hui estimé à dix milliards d'euros[58].

Depuis 1995, c'est la société « Picasso Administration » qui gère les droits des héritiers liés à l'œuvre, au nom et à l'image du peintre[59]. Cette société est gérée et fondée par Claude Picasso qui a été désigné le 24 mars 1989 par le Tribunal de grande instance de Paris pour régler l'indivision de la succession de son père[58].

Zooms sur l'œuvre

Article détaillé : Liste des œuvres de Picasso.

Picasso et la corrida

La tauromachie est un thème important dans toute l'œuvre de Picasso, depuis ses débuts d'enfant peintre jusqu'à la fin de sa vie[60]. Tout jeune, il va avec son père dans les arènes de Malaga et c'est ensuite en France, à Arles, à Nîmes et dans tout le sud qu'il continue à suivre les ferias. Cette passion de son enfance ne l'a jamais quitté. Il avouait que s'il avait eu à choisir, il aurait été picador et non torero[60]. Fervent aficionado, il entraîne dans son sillage tout un monde d'intellectuels. Dès 1910, il initie Georges Braque et Max Jacob à l'art de la corrida[61].

Sa première peinture de corrida connue date de 1889 et s'intitule Petit picador jaune. Cheval éventré de 1917 est une première approche de ce qui deviendra plus tard le cheval de Guernica[60]. Le thème du Minotaure, inspiré du taureau et des légendes grecques, revient dans une série d'œuvres à forte connotation sexuelle couramment rassemblées sous le titre Minotauromachie, tel Le Minotaure et la Jeune Fille (1934-36)[62]. C'est dans ce style de la « Minotauromachie » qu'il illustre en 1930 les Métamorphoses d'Ovide[63]. En 1933, il réalise la couverture du no 1 de la revue surréaliste le Minotaure fondée par Georges Bataille et éditée par Albert Skira le 25 mai 1933[61].

Dès 1930, Picasso a déjà entraîné dans les arènes Robert Desnos, Francis Picabia, Jean Cocteau, Paul Éluard ou René Char[61]. En septembre 1933, il peint à Boisgeloup La Mort du toréro ; plus tard, en pleine période abstraite, il livre une Nature morte à l'épée de matador (1943). Après la guerre, il va aux arènes avec George Bataille et Michel Leiris et à Vallauris, en 1948, fait organiser des corridas qui attirent des célébrités[61].

Mais sa contribution la plus importante à l'art de la tauromachie est son livre Toros y toreros, publié en 1953 avec un texte de son ami le torero Luis Miguel Dominguin[60].

Enfin, la corrida est également très présente dans son important travail céramique[64].

Écriture et livres illustrés

En 1931, il participe à l'édition de deux livres majeurs accompagnés d'estampes : Les Métamorphoses d'Ovide, avec 30 gravures à l'eau-forte et Le Chef-d'œuvre inconnu de Balzac, avec 13 gravures à l'eau forte. Au total, Picasso illustrera plus de 150 ouvrages durant sa vie parmi lesquels des chefs-d'œuvre du XXe siècle : Le Chant des morts de Pierre Reverdy avec 125 lithographies, la Célestine de Fernando de Rojas, avec 66 eaux-fortes et aquatintes. Vingt poèmes de Luis de Góngora avec 41 eaux-fortes et aquatintes, L'Histoire naturelle de Buffon avec 31 gravures à l'aquatinte, la Tauromaquia (1959) avec 27 gravures à l'eau-forte et aquatinte et aussi Toros y toreros (1961) avec un texte sur la corrida de Luis Miguel Dominguin, et une étude de Georges Boudaille. Une édition de luxe tirée à 150 exemplaires comporte une suite de 15 dessins sur papier Arches et une lithographie.

En 1935, il se consacre intensément à l'écriture de poèmes, en écrivant près de 400 sur une courte période[65]. Durant la Seconde Guerre mondiale, Picasso écrit en 1941 une pièce de théâtre de style surréaliste, Le Désir attrapé par la queue, dont il donnera une lecture le 19 mars 1944 chez Michel Leiris avec ses amis Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, Albert Camus, Louise Leiris, Pierre Reverdy entre autres. La pièce sera finalement créée en juillet 1967. Il a écrit également deux autres œuvres littéraires Les Quatre Petites Filles et L'Enterrement du comte d'Orgaz.

Une cote exceptionnelle

Selon Guillaume Cerutti, président de Sotheby's France, « au mépris de la loi selon laquelle ce qui est rare est cher, il est celui qui atteint les prix les plus élevés. Il est l'artiste universel par excellence : il est recherché comme un trophée, un nom familier, comme un artiste immense, par les collectionneurs du monde entier »[66].

La collection du musée Picasso de Paris a été estimée à environ 10 milliards d'euros en 2013, selon sa présidente, Anne Baldassari[67].

Le 10 novembre 1999, chez Sotheby's à New York, un portrait de Dora Maar provenant de la collection d'Eleanore et Daniel Saidenberg, intitulé Femme assise dans un jardin, une huile sur toile datée de 1938, s'est vendue pour 49 502 500 $ soit une somme supérieure à 45,8 millions d'euros, ce fut à l'époque la deuxième enchère jamais atteinte pour une œuvre d'art[réf. nécessaire].

Depuis, Dora Maar au chat (1941) s'est vendue 95 216 000 $ le 3 mai 2006 chez Sotheby's, acquise par un acheteur russe[68] (l'estimation n'en donnait pas plus de 70 millions)[69], sans toutefois détrôner le Garçon à la pipe (1905), provenant de la Greentree Foundation et auparavant des collections de Monsieur et Madame John Hay Whitney, vendu 104 168 000 $ deux ans plus tôt, le 5 mai chez Sotheby's[70] ce qui constitua le premier tableau dans l'histoire dépassant la barre symbolique des 100 millions de dollars. En 2007 aux enchères, la Femme à la mandoline s'est vendue pour 27 millions d'euros[réf. nécessaire], le Mousquetaire et nu assis a été vendu pour 9,954 millions d'euros en juin 2007 et la Tête d'Arlequin, a atteint 15,16 millions de $[71].

Le 3 mai 2010, Nu au plateau de sculpteur (1932) est devenu l'œuvre d'art la plus chère jamais vendue aux enchères en étant adjugée chez Christie's à New York pour 106,5 millions de $[72],[73].

Des croquis de l'artiste sur papier sont en revanche nettement moins chers. Le dessin Buste de femme au corsage blanc (1957) a été vendu pour 40 000 euros en 2007. L'estimation était de 30 000 euros[réf. nécessaire].

Picasso, un peintre de musées

Les musées Picasso

Anecdote

Une compagnie d'assurance suisse avait acheté deux tableaux de Picasso pour diversifier ses placements et servir de garantie pour les risques assurés. À la suite d'une catastrophe aérienne, elle dut acquitter de lourds remboursements. Elle décida alors de se séparer des deux tableaux, confiés en dépôt au musée des Beaux-arts de Bâle. Plusieurs citoyens bâlois demandèrent alors une votation, sorte de référendum local, pour que les Picasso soient achetés par le canton de Bâle, votation couronnée de succès. Les tableaux restèrent donc au musée. Informé de cette démarche, Picasso offrit trois tableaux et une esquisse au musée[74]; la ville le gratifia alors du titre de citoyen d'honneur.

Le poète belge Louis-Philippe Kammans cite cette histoire dans son poème Autour d'un musée consacré au musée des Beaux-arts :
… Et le peuple bâlois dans un référendum
Dimanche a décidé de donner huit millions
Pour deux beaux Picasso qui valent cette somme
Et qu'ils iront chérir les dimanches en rond…

Notes et références

  1. « Le dossier Picasso » : Le 3 avril 1940, Picasso demande la nationalité française, elle lui sera refusée (L'Express).
  2. Cité dans le projet en ligne Picasso, qui se réfère à Robinson, 1999, p. 10, et Habarta 2000, p. 77
  3. a et b Robert Maillard et Frank Elgar, « Picasso », étude de l'œuvre et étude biographique. Fernand Hazan, Paris, 1955, p. 2
  4. a et b (es) « El pueblo donde ser Picasso es muy comun », El Mundo,‎ 4 mai 2008 (lire en ligne)
  5. « Il y a quelques années, les critiques s'étaient avisés que le nom de Picasso avait une résonance italienne, le double s n'existant pas en espagnol. Le fait qu'il y ait eu au XIXe siècle un peintre réputé à Gênes du nom de Matteo Picasso contribuait à rendre la légende crédible. Aujourd'hui, on se souvient simplement que le double s se rencontre dans les vieux écrits castillans. Quant à la version italienne de ce nom, elle aurait été plutôt Picazzo ou Picazo. »
  6. Picasso donnera à sa fille le nom même de celui de sa jeune sœur morte de la diphtérie à l’âge de sept ans.
  7. a et b Michèle Coquet, « Picasso ou l’enfance en boucle », Gradhiva, no 9,‎ 2009, p. 82-101 (lire en ligne)
  8. a et b Robert Maillard et Frank Elgar, 'Picasso, étude de l'œuvre et étude biographique. Fernand Hazan, Paris, 1955, p. 3
  9. Claude Popelin, La Tauromachie, préface de Jean Lacouture et François Zumbiehl, édition augmentée par Yves Harté, Le Seuil, Paris, 1970-1994, p. 219 (ISBN 978-2-02-021433-9)
  10. Conversation avec Picasso, par Brassaï, éditions Gallimard, Paris, 1964, p. 86
  11. Maillard et Elgar, 1955, p. 8
  12. Jaime Sabartés et Wilhelm Boeck, Picasso, Flammarion, Paris, 1955, p. 34-35
  13. Maillard et Elgar, 1955, p. 9
  14. Anatoli Podoksik, Victoria Charles, Pablo Picasso, Parkstone International,‎ 2011, p. 16
  15. Maillard et Elgar, 1955, p. 10
  16. Maillard et Elgar, 1955, p. 14
  17. Anatoli Podoksik, Victoria Charles, Pablo Picasso, Parkstone International,‎ 2011 (lire en ligne), p. 20
  18. Maillard et Elgar, 1955, p. 16
  19. a, b et c Picasso par Roland Penrose (1958), collection Champs chez Flammarion no 607 p. 76-80. (ISBN 978-2-08-081607-8)
  20. La Mort de Casagemas (1901) sur le site du Musée Picasso.
  21. a et b Picasso et le portrait par William Rubin, éditions Flammarion, Réunion des musées nationaux, 1996, p. 240.
  22. Picasso par Roland Penrose (1958), collection Champs chez Flammarion nº607 p. 85.
  23. Picasso - Propos sur l'art, par Marie-Laure Bernadac et Androula Michael, éditions Gallimard, coll. « Art et artistes », 1998, p. 108, (ISBN 978-2-07-074698-9)
  24. Antonina Vallentin, Pablo Picasso, Albin Michel,‎ 1957, p. 83
  25. « Matisse, Cézanne, Picasso… L’aventure des Stein », exposition au Grand Palais, Paris, 2012
  26. Cesareo Rodriguez-Aguilera, « Picasso de Barcelone », traduit de l'espagnol par Robert Marrast, éditions du Cercle d'art, Paris, 1975, p. 18 (ISBN 978-2-7022-0103-9)
  27. Portrait of Gertrude Stein, Metropolitan Museum.
  28. Denis Sassou N'Guesso, Le Manguier, le Fleuve et la Souris, éditions Jean-Claude Lattès, 1997, p. 20.
  29. La Science et l'Hypothèse par Henri Poincaré, 1902.
  30. Traité élémentaire de géométrie à quatre dimensions et introduction à la géométrie à n dimensions par Esprit Jouffret, éditions Gauthier-Villars, 1903.
  31. (en) Einstein, Picasso: Space, Time and the Beauty That Causes Havoc, par Arthur J. Miller, éditions Basic Books, 2008, (ISBN 9780786723133), p. 101-102
  32. (en) Shadows of Reality: The Fourth Dimension in Relativity, Cubism, And Modern Tough par Tony Robbin, Yale University Press, 2006, (ISBN 9780300110395), p. 29-30.
  33. Picasso par Roland Penrose (1958), collection Champs chez Flammarion no 607 p. 206-209. (ISBN 978-2-08-081607-8)
  34. Picasso par Roland Penrose (1958), collection Champs chez Flammarion no 607 p. 216 et 220. (ISBN 978-2-08-081607-8)
  35. Picasso par Roland Penrose (1958), collection Champs chez Flammarion no 607 p. 230. (ISBN 978-2-08-081607-8)
  36. Sur Picasso et le théâtre, voir Stéphane Laurent, « Picasso : cubisme et scénographie : un langage ambigu », Cahiers du Musée national d’art moderne, hiver 2008/2009, n°106, p. 32-55.
  37. Picasso et le portrait par William Rubin, éditions Flammarion, 1996, p. 61.
  38. Officiellement, leur relation date de 1931
  39. González - Picasso, dialogue catalogue de l'exposition aux Abattoirs de Toulouse, édité par le Centre Georges Pompidou et la Réunion des musées nationaux, 1999, p. 138-141, (ISBN 978-2-85850-957-7).
  40. Picasso: portraits de famille, Olivier Widmaier-Picasso, éditions Ramsay, 2002, (ISBN 9782841145379), p. 392
  41. Vue générale de l'hôtel
  42. a et b Picasso par Roland Penrose (1958), collection Champs chez Flammarion no 607 p. 393.
  43. Picasso - Propos sur l'art, par Marie-Laure Bernadac et Androula Michael, éditions Gallimard, coll. « Art et artistes », 1998, p. 43-45, (ISBN 978-2-07-074698-9)
  44. Trésor volé par les nazis : les Alliés abusés en 1946 par Éric Bietry-Rivierre, dans Le Figaro" du 6 novembre 2013.
  45. Pablo Picasso, Paule Du Bouchet et Marie-Laure Bernadac, coll. « Découvertes », éditions Gallimard, p. 95.
  46. Picasso - Propos sur l'art, par Marie-Laure Bernadac et Androula Michael, éditions Gallimard, coll. « Art et artistes », 1998, p. 41-42, (ISBN 978-2-07-074698-9)
  47. Philippe Dagen, « Quand Picasso refaisait le portrait de Staline », sur lemonde.fr,‎ 26 décembre 2012
  48. Portrait de Staline
  49. Art: A New Art dans Time du 25 mars 1957
  50. a et b Picasso. Une visite chez « Jacqueline de Vauvenargues » dans L'Humanité du 5 août 2009
  51. « Picasso, les chemins du Sud », exposition du centre d'art La Malmaison de Cannes en partenariat avec le Musée national Picasso.
  52. « La Californie ou villa Picasso », base Mérimée, ministère français de la Culture
  53. Victoria Charles, Pablo Picasso, Parkstone International,‎ 2011, p. 124
  54. Stéphane Bern, « Le mystère Picasso », émission Secrets d'histoire sur France 2, 9 avril 2013
  55. Alain Paire, « Les mystères du château Picasso enfin révélés au grand public ? », sur Rue89,‎ 23 janvier 2009
  56. Véronique Prat, « Querelles autour d'un héritage lucratif », sur lefigaro.fr,‎ 10 décembre 2010
  57. La dation Picasso, sur le site du Musée Picasso de Paris.
  58. a et b Michel Guerrin, « Picasso : la période argent », sur lemonde.fr,‎ 7 avril 2013
  59. Adrien Goetz, « Picasso : le génie et son image », sur lefigaro.fr,‎ 5 avril 2013
  60. a, b, c et d Claude Popelin, La Tauromachie, préface de Jean Lacouture et François Zumbiehl, édition augmentée par Yves Harté, Le Seuil, Paris, 1970-1994, p. 219 (ISBN 978-2-02-021433-9)
  61. a, b, c et d Éric Baratay et Élisabeth Hardouin-Fugier, La Corrida, Que sais-je ?, P.U.F., Paris, 1995 p. 59 (ISBN 978-2-13-046882-0)
  62. Jaime Sabartés et Wilhelm Boeck, Picasso, éditions Flammarion, Paris, 1955, p. 53 et 399
  63. Jaime Sabartés et Wilhelm Boeck, Picasso, Flammarion, Paris, 1955, p. 34,35,36
  64. Jaime Sabartés et Wilhelm Boeck, p. 451
  65. Picasso - Poèmes, éditions Le Cherche midi, Paris, 2005, (ISBN 978-2-7491-0461-4)
  66. « Le mystère Picasso », Secrets d'histoire, France 2, diffusé le 9 avril 2013 à 20h45, à 1h 35' 34".
  67. « Le mystère Picasso », Secrets d'histoire, France 2, diffusé le 9 avril 2013 à 20h45, à 1h 33' 10".
  68. Collection : les objets qui rapportent dans Le Figaro du 7 novembre 2007.
  69. Description du lot 14 de la vente aux enchères du 3 mai 2006, sur le site de Sotheby's.
  70. (en) Sale of a Picasso Lifts Sotheby's in Quarter dans The New York Times du 11 août2004.
  71. À New York en mai, fais ce qu'il te plaît dans Le Figaro du 15 octobre 2007.
  72. Record mondial d'enchères pour un Picasso: 106,4 millions de dollars dans Libération du 5 mai 2010.
  73. (en) At $106.5 Million, a Picasso Sets an Auction Record dans The New York Times du 4 mai 2010
  74. (en) Museums: Putting Pablo to the Vote dans Time magazine du 29 décembre 1967

Annexes

Articles connexes

Bibliographie

Catalogues raisonnés

  • Pierre Daix et Joan Rosselet, Le cubisme de Picasso, catalogue raisonné de l'œuvre peinte 1907-1916, Ides et Calendes, 1979 et 2000. (ISBN 978-2-8258-0094-2)
  • Christian Zervos, Catalogue raisonné des œuvres de Pablo Picasso, Paris, éditions Cahiers d'art, 1978.

Catalogues de musées

Essais et monographies

Bande dessinée

Filmographie

Spectacle

Liens externes

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