Reinhard Gehlen

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Reinhard Gehlen
Reinhard Gehlen durant la Seconde Guerre mondiale
Reinhard Gehlen durant la Seconde Guerre mondiale

Naissance
Erfurt (Allemagne)
Décès (à 77 ans)
Starnberg (Allemagne)
Origine Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Grade Général de brigade
Années de service 19201968
Conflits Seconde Guerre mondiale,
Guerre froide
Distinctions Grand officier de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne (1968)
Autres fonctions 1er directeur du BND (services de renseignement de la République fédérale d'Allemagne)

Reinhard Gehlen (né le à Erfurt en Thuringe, Allemagne - mort le 8 juin 1979 à Starnberg) est un officier allemand de la Wehrmacht sous le Troisième Reich. En 1944, chef du service des renseignements à l'Est récemment promu général de brigade, hostile aux choix stratégiques d'Hitler, il fut proche des conspirateurs de juillet 1944.

Il a collaboré avec les États-Unis après la guerre. En outre, il fut le fondateur et le chef du BND, les services de renseignements ouest-allemands, et ce jusqu'en 1968.

Débuts[modifier | modifier le code]

Reinhard est le fils d'un ancien lieutenant catholique du 19e régiment d'artillerie de l'armée impériale qui a démissionné en 1908 pour devenir libraire à Breslau et de son épouse, née Katharina von Waernewyck, de petite noblesse d'origine flamande. En 1920, il rejoint la Reichswehr. Il épouse en 1931 la fille d'un lieutenant-colonel[1] d'un régiment de hussards, Herta Charlotte Agnes Helena von Seydlitz-Kurzbach, ce qui lui donne une certaine promotion sociale. De 1933 à 1935, il s'occupe de la formation du personnel. Il est promu au poste de capitaine, puis, en 1939, au rang de commandant. En mai 1940, il devient officier de liaison du commandant en chef Feld-maréchal Walther von Brauchitsch et du groupe de chars d'assaut du général Guderian. En juin 1940, il est aide-de-camp du général Franz Halder et fait partie en octobre de l'opération du front Est sous les ordres du général Heusinger. En juillet 1941, il est promu au grade de lieutenant-colonel.

Conspiration[modifier | modifier le code]

Pendant l'hiver 1941-1942[citation nécessaire], Gehlen rencontre le colonel Henning von Tresckow. Ils discutent de la situation géopolitique et conviennent qu'Adolf Hitler doit être éliminé, car l'offensive allemande sur le front de l'Est est désastreuse. Plus d'un million de soldats sont tués ou portés disparus pendant l'hiver 1941-1942. Gehlen est nommé chef du service de renseignement sur les armées étrangères de l'Est (Abteilung Fremde Heere Ost ou FHO), le 1er avril 1942, sur ordre du général Heusinger au moment où les désaccords du commandement suprême et de Hitler étaient au plus haut point. Bien que n'étant pas un membre actif de la conspiration, Gehlen développera plus tard des liens étroits avec Tresckow et d'autres conspirateurs allemands, tels le colonel Claus von Stauffenberg, le général Helmuth Stieff, le colonel Wessel Freytag von Loringhoven, le général Adolf Heusinger et le colonel Alexis von Roenne[2].

L'opposition de Gehlen au pouvoir se cristallise sur le traitement des Russes et autres slaves. Alors que Gehlen souhaite former une armée de Russes anticommunistes autour de Vlassov qui comprendrait 200 000 hommes, les nazis s'y refusent catégoriquement et s'aliènent la possibilité d'un soutien de la population par leurs opérations d'extermination. Comme un certain nombre de généraux, Gehlen attribue ce comportement à l'entourage de Hitler. Vers la fin de l'année 1942, ses critiques commencent à se tourner directement contre le Führer[3].

En 1943, Gehlen est promu colonel, puis en décembre de la même année, nommé général de brigade. Le colonel Wessel prend la tête du groupe I, chargé des comptes-rendus sur les effectifs, le matériel et les interventions de l'Armée rouge et le major Heinz Danko Herre (d'origine lorraine et qui parlait russe), du groupe II, chargé d'analyser les rapports. Gehlen engage plus tard le commandant Hermann Baun, russophone d'origine allemande né à Odessa et ancien collaborateur de Wilhelm Canaris. Gehlen est frappé par la façon dont les prisonniers de guerre et les civils russes sont traités.[réf. nécessaire] Plus tard, il recrutera plus de 100 000 anciens prisonniers de guerre soviétiques pour l'Armée de libération de la Russie.

Le , Wessel informe Gehlen des plans de Stauffenberg visant à assassiner Hitler au prochain briefing de ce dernier[4]. Les protecteurs de Gehlen, les généraux Halder et Heusinger, sont arrêtés après l'attentat raté contre Hitler en juillet 1944, mais Gehlen n'est pas inquiété. Le jour de l'attentat, il était hospitalisé pour une septicémie[5]. Il cache pourtant des documents secrets concernant l'opération Walkyrie que Wessel parvient à détruire après l'attentat.

Courant 1944, Himmler modifie sa politique à l'égard des recrues russes et permet la création de divisions russes. Gehlen n'envisage cependant de se servir de ces unités qu'à des fins de renseignement, suivant une configuration qui préfigure son réseau d'espionnage après la guerre[3].

Le réalisme des estimations de Gehlen quant à l'état des forces soviétiques provoque à plusieurs reprises l'ire de Hitler et déclenche des confrontations entre celui-ci et Guderian. C'est à la suite d'une de ces confrontations que Guderian est écarté de la direction de l'état-major. Gehlen connait le même sort le 9 avril 1945 : il est démis de ses fonctions de chef de renseignement des armées étrangères de l'Est[3].

Reddition[modifier | modifier le code]

Photographie du major-général Reinhard Gehlen lors de sa reddition en 1945.

En mars 1945, Gehlen et ses agents photocopient et microfilment tous leurs documents secrets sur l'Union soviétique et les cachent dans des coffres en acier en Bavière[3]. Fin mars ou début avril, Gehlen, Wessel (successeur de Gehlen aux services secrets) et Baun se retrouvent dans la petite ville de Saxe de Bad Elster et concluent un pacte pour proposer leur service aux Américains, ayant analysé que tôt ou tard les Occidentaux se confronteraient à l'Union soviétique, régime expansionniste et décidé à soviétiser les territoires sous son contrôle[3]. Gehlen et ses collègues se rendent aux forces américaines. À ce moment-là, celles-ci ignorent l'existence des informations secrètes qu'ils détiennent sur les Soviétiques et les envoient dans des camps de prisonniers. Gehlen et ses partenaires attirent finalement l'attention des Américains. Emprisonné à la villa Pagenstecher à Wiesbaden avec Halder et Dönitz, il est mis sous la protection du Général Edwin Sibert, lorsque celui-ci apprit son identité et traité par le capitaine John Bocker qui met lui-même en lieu sûr la documentation du FHO. Si Sibert exploite les informations de Gehlen et récupère ses documents secrets, il s'abstient de même que son supérieur, de signaler ces activités à Eisenhower qui a interdit toute fraternisation avec les Allemands. Sibert s'adresse donc directement au ministère de la guerre[3]. En août 1945, Gehlen remet un compte-rendu à l'OSS, dissoute par Truman, fin 1945. Gehlen est ensuite transféré avec six autres collègues à Fort Hunt aux États-Unis pour interrogatoires et pour rédiger un manuel de tactique militaire soviétique, destiné aux Américains. Il y reste un an. Les Américains décident de mettre à profit ses connaissances et son réseau, la menace soviétique apparaissant de plus en plus tangible[3].

Organisation Gehlen[modifier | modifier le code]

En juillet 1946, Gehlen est libéré en tant que prisonnier de guerre et rentre en avion-cargo dans ce qui deviendra l'Allemagne de l'Ouest. À l'instigation clandestine de l'ancienne OSS, il va créer l' Organisation Gehlen et retrouve le capitaine américain d'origine autrichienne Erich Waldmann qui l'avait interrogé en Amérique et qui l'avait précédé, ainsi que le général Sibert, encore chef des services secrets militaires américains, qui venait de remettre sur pied l'ancien réseau avec le capitaine Wessel et Baun. Baun sera écarté par Gehlen[3]. Ce réseau dont le siège était d'abord à Oberursel, était initialement formé de 350 anciens agents secrets de l'Allemagne nazie. L' Organisation Gehlen devient les yeux et les oreilles de l'ancienne OSS en Europe de l'Est et en URSS[réf. nécessaire]. Le réseau n'est pas une émanation des services américains mais un organisme allemand[3]. Il installe son QG au 25-acre, à Munich, sous le couvert d'une entreprise : South German Industrial Development Organization. Ses agents aideront les services américains à démasquer les fonctionnaires communistes et les organismes sympathisants dans l'ensemble de l'Europe de l'Ouest.

Sa première action d'importance fut l'opération Hermès qui consista à interroger systématiquement les centaines de milliers d'anciens prisonniers de guerre allemands qui commençaient à revenir des camps d'URSS et qui avaient été obligés de participer à la reconstruction et à la relance de la production en URSS. C'est ainsi qu'un ancien prisonnier du combinat chimique de Dzerjinsk mit l'OG fortuitement au courant des préparatifs soviétiques sur la radioactivité, nécessaire à l'industrie atomique.

L'Organisation Gehlen, création de Gehlen, fournit déjà avant 1947 des informations exagérées sur la puissance militaire et les ambitions de l'URSS[réf. nécessaire]. En 1947, Gehlen avertit la CIA que l'URSS est sur point de lancer une guerre éclair sur l'Europe.[réf. nécessaire] Les conséquences de ces renseignements falsifiés est une augmentation considérable de la dotation de la CIA (qui leur fournit plus de 200 millions USD en fonds secrets, encourageant une surenchère d'informations).[réf. nécessaire]

D'abord consacrée uniquement au renseignement militaire, l'organisation Gehlen élargit son action au renseignement politique, économique et technique lorsqu'il entre en collaboration avec la CIA en juin 1949[3]. Le réseau Gehlen est une source de renseignement capital pour les Américains, lui fournissant 70 % de ses informations militaires sur l'URSS[3].

La Gehlen Org aurait recruté et formé, dès 1946, plus de 5 000 agents est-européens et russes anti-communistes, avec parmi eux nombre d'anciens agents nazis, qui exécutent une variété d'opérations secrètes derrière le rideau de fer, comprenant l'espionnage, le sabotage, et de fournir l'aide aux insurgés ukrainiens qui ont continué à entraver la mainmise soviétique jusqu'en 1956[réf. nécessaire]. Elle fournit également à la CIA des rapports précis sur le parc de missiles de l'Armée rouge pointés vers l'Ouest.

Cependant, dans les années 1950, l'organisation, comme le MI-5, est infiltrée par des agents doubles du KGB qui trahissent des « douzaines d'opérations, des centaines d'agents et de milliers de civils innocents[réf. nécessaire] » et qui, plus tard, seront exécutés.

En octobre 1956, l'organisation Gehlen est transférée au gouvernement ouest-allemand. Elle sera intégrée au Bundesnachrichtendienst naissant (abrégé par BND et que l'on peut traduire par « Service fédéral de renseignement »). Gehlen est promu lieutenant-général dans la Bundeswehr et devient directeur du BND. Il atteint le grade de général principal.

En avril 1961, l'opération Sting découvre que Heinz Felfe, chef du contre-espionnage au BND, est un agent double du KGB. En 1963, le chancelier Konrad Adenauer démissionne sous le coup du scandale. À cette époque, reconduit pour cinq ans comme directeur du BND, Gehlen démissionne, car son influence et son pouvoir diminuent[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Parent éloigné de Frédéric-Guillaume de Seydlitz.
  2. Mueller, Schmidt-Eenboom, op. cité P.25sq.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Le Réseau Gehlen, chapitres Dans l'ombre des SS, Changement de fidélité, Hermann Zoling, Heinz Höhne, Calmann-Levy, 1973. vo : 1971
  4. Mueller, Schmidt-Eenboom, op. cité P. 29.
  5. Mueller, Schmidt-Eenboom, op. cité P. 29
  6. Ronald Payne et Christopher Dobson, L'Espionnage de A à Z, Londres, 1985, p. 101 (ISBN 2-904-184-25-2)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Mary Ellen Reese, General Reinhard Gehlen: the CIA connection, George Mason University Press, 1990.
  • Michael Mueller, Erich Schmidt-Eenboom, Histoire des services secrets allemands, Nouveau Monde, Paris, 2009