République socialiste tchécoslovaque

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République socialiste tchécoslovaque[1]
Československá socialistická republika ((cs), (sk))

1948 – 1990

Drapeau
Drapeau
Blason

Hymne : Kde domov můj? (tchèque)
Nad Tatrou sa blýska (slovaque)

alt=Description de l'image Czechoslovakia 1956–1990.svg.
Informations générales
Statut République
État communiste à coalition unique.
À partir de 1968, État fédéral.
Capitale Prague
Langue Tchèque et slovaque
Monnaie Couronne tchécoslovaque (CSK)
Histoire et événements
Février 1948 Coup de Prague
9 mai 1948 Nouvelle constitution : la République tchécoslovaque est proclamée « République populaire »
11 juillet 1960 Nouvelle constitution, adoption du nom de République socialiste tchécoslovaque
janvier-août 1968 printemps de Prague
27 octobre 1968 La république devient fédérale
novembre-décembre 1989 Révolution de Velours
23 avril 1990 Nouvelle constitution
Premier secrétaire du Parti communiste
(1er) 1948-1952 Rudolf Slánský
1952-1968 Antonín Novotný
1968-1969 Alexander Dubček
1969-1987 Gustáv Husák
(Der) 1987-1989 Milouš Jakeš
Président de la république
(1er) 1948-1953 Klement Gottwald
1953-1957 Antonín Zápotocký
1957-1968 Antonín Novotný
1968-1975 Ludvík Svoboda
(Der) 1975-1989 Gustáv Husák
Premier ministre
(1er) 1948-1953 Antonín Zápotocký
1953-1963 Viliam Široký
1963-1968 Jozef Lenárt
1968-1970 Oldřich Černík
1970-1988 Lubomír Štrougal
1988-1989 Ladislav Adamec
(Der)1989 Marián Čalfa

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La République socialiste tchécoslovaque (Československá socialistická republika) était le nom officiel adopté par la Tchécoslovaquie durant la période où le pays était gouverné par un régime autoritaire d'inspiration marxiste-léniniste dirigé par le Parti communiste tchécoslovaque (Komunistická strana Československa, en abrégé KSČ). Le pays garda dans un premier temps, de 1948 à 1960, le nom officiel de République tchécoslovaque (Československá republika ; le nom de République populaire tchécoslovaque, parfois employé[2], n'étant qu'officieux), avant de changer pour une dénomination reflétant le régime en place. La Tchécoslovaquie était membre du Conseil d'assistance économique mutuelle et du Pacte de Varsovie. Les termes de Tchécoslovaquie communiste[3] ou de Tchécoslovaquie socialiste[4] sont parfois employés pour désigner de manière informelle l'ensemble de la période allant de 1948 à 1989. La Tchécoslovaquie faisait alors parti des régimes dits de « démocratie populaire », politiquement alignés sur l'URSS au sein du bloc de l'Est. Le régime prit fin en 1989 au moment de la chute du bloc de l'Est, durant l'épisode dit de la révolution de velours.

Prise de pouvoir par le Parti communiste[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Coup de Prague.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Tchécoslovaquie, démembrée en 1939 par le Troisième Reich, renaît de ses cendres. Le 5 avril 1945, alors que l'Armée rouge prend le contrôle du territoire, Edvard Beneš, ancien président de la République et chef du Gouvernement provisoire tchécoslovaque, revient au pays et constitue à Košice un gouvernement de coalition présidé par Zdeněk Fierlinger, avec le communiste Klement Gottwald comme premier vice-président. La République slovaque et le Protectorat de Bohême-Moravie cessent d'exister, la Tchécoslovaquie étant réunifiée. En composant avec les communistes, Edvard Beneš espère éviter un conflit politique après-guerre. Klement Gottwald, lui, préconise officiellement le passage au socialisme par des voies démocratiques. Aux élections de mai 1946, le Parti communiste remporte la majorité dans la partie Tchèque du pays, le parti Démocrate (anti-communiste) remportant la majorité en Slovaquie. Gottwald devient chef du gouvernement. Jan Masaryk, fils de Tomáš Masaryk, père fondateur du pays, conserve le ministère des affaires étrangères. En novembre 1947, les communistes dénoncent une tentative de coup d'État « réactionnaire ». En janvier 1948, les forces de sécurité sont réorganisées, des cadres communistes en prenant le contrôle. Le KSČ organise dans les campagnes des manifestations réclamant une réforme agraire. En février, les ministres non-communistes dénoncent la mainmise du KSČ et mettent leur démission dans la balance. Beneš prévoit initialement de nouvelles élections mais, sous la pression militaire des soviétiques et sous celle, policière, des communistes, finit par céder et accepter la décision de ses ministres. Gottwald forme un nouveau gouvernement, où le contrôle des communistes est renforcé. Le 10 mars 1948, Jan Masaryk est retrouvé mort, officiellement « suicidé » en sautant d'une fenêtre. Le parlement approuve le nouveau gouvernement. Le 9 mai, une nouvelle constitution est promulguée, les communistes y ayant rajouté les principes de la dictature du prolétariat et du rôle prépondérant du KSČ. Edvard Beneš refuse de la signer et démissionne le 7 juin. Gottwald le remplace à la présidence de la République, laissant les rênes du gouvernement à Antonín Zápotocký. La Tchécoslovaquie est proclamée « République populaire », sans changer officiellement de nom.

Période stalinienne[modifier | modifier le code]

Monument représentant Joseph Staline et Klement Gottwald.

La Tchécoslovaquie maintient officiellement un système de multipartisme, mais tous les rouages politiques sont entre les mains du Parti communiste, à l'approbation duquel est subordonnée toute participation à la vie politique. Les partis non-marxistes peuvent participer, mais leur présence aux élections est déterminée par quotas. Le ministère de l'intérieur contrôle la vie publique locale. La constitution prévoit la nationalisation de toutes les entreprises de plus de cinquante salariés. Une politique de développement de l'industrie lourde et de collectivisation de l'agriculture est entamée, dans des conditions répressives (persécution des « koulaks ») qui entraînent un déclin de la production agricole. Le régime entre également en conflit avec l'église catholique : Josef Beran, archevêque de Prague, est assigné à résidence en 1949. La Tchécoslovaquie connaît une période de croissance économique, tout en demeurant loin des critères de développement occidentaux.

Comme dans les autres pays du bloc de l'Est, la rupture entre Tito et Staline se traduit par des purges au sein du parti. Klement Gottwald se débarrasse de ses adversaires politiques en organisant les procès de Prague, qui décapitent la direction du parti.

De Gottwald à Novotný[modifier | modifier le code]

Gottwald meurt le 14 mars 1953, quelques jours après avoir assisté aux funérailles de Staline; il est remplacé à la tête du parti par Antonín Novotný et à la présidence de la République par Antonín Zápotocký. Viliam Široký remplace Zápotocký comme chef du gouvernement. Novotny devient Président de la République en 1957.

En 1956, après le XXe congrès du Parti communiste de l'Union soviétique qui donne le coup d'envoi de la déstalinisation, le pays connait des protestations étudiantes et intellectuelles, mais celles-ci sont rapidement réprimées par le régime de Novotný.

Le 11 juillet 1960, la Tchécoslovaquie adopte une nouvelle constitution, proclamant la victoire du « socialisme » et adoptant le nom officiel de République socialiste tchécoslovaque. Le rôle prépondérant du Parti communiste est réaffirmé. À partir du début des années 1960, la Tchécoslovaquie connaît une période de stagnation économique. En 1963, le parti condamne officiellement le culte de la personnalité stalinien, et éloigne ses dirigeants les plus conservateurs. Des prisonniers politiques sont libérés[5].

Au cours des années suivantes, l'économie tchécoslovaque se stabilise, et le niveau de vie des citoyens s'améliore; les voyages en Occident deviennent plus faciles. En juin 1966, le treizième congrès du parti communiste donne son feu vert au nouveau programme appelé « Nouveau modèle économique ». Des réformes amènent une relatives libéralisation de l'économie. La vie intellectuelle et artistiques du pays connaît un fort développement, et les intellectuels dissidents s’organisent pour dénoncer les abus du régime : l’Union des écrivains tchécoslovaques utilise la gazette Literárni noviny (« Journal littéraire ») pour réclamer une littérature indépendante du pouvoir[6]. En juin 1967, certains écrivains comme Ludvík Vaculík, Milan Kundera, Pavel Kohout et Ivan Klíma[6] se rapprochent des socialistes radicaux. Quelques mois plus tard, le Parti communiste décide de prendre des mesures contre les intellectuels qui s’expriment en faveur des réformes : le contrôle sur Literární noviny et sur les maisons d’édition est transféré au ministère de la culture.

Le régime est de plus en plus contesté : en juin 1967, le congrès des écrivains contestent ouvertement le régime. La même année, le Premier Secrétaire du Parti communiste slovaque, Alexander Dubček, et l’économiste Ota Šik défient le pouvoir : Antonín Novotný, contesté de l'intérieur même du parti, demande le soutien des Soviétiques, qui n’interviennent pas.

Le printemps de Prague[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Printemps de Prague.

En décembre 1967, Léonid Brejnev, en visite à Prague, constate l'opposition à Novotný. Dès le 5 janvier 1968, Novotný est destitué de son poste de premier secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque et remplacé par Alexander Dubček. Le 22 mars, Ludvík Svoboda, ancien ministre de la Défense et l'un des auteurs du Coup de Prague, devient Président de la République.

Alexander Dubček proclame dès avril son intention d'atteindre le « socialisme à visage humain ». Un ambitieux programme de libéralisation politique est annoncé. L'expérience tchécoslovaque est l'un des principaux évènements politiques européens de l'année 1968 et suscite un immense enthousiasme dans l'opinion : mais, dès le mois d'août, les troupes des pays du pacte de Varsovie pénètrent dans Prague, mettant une fin brutale au mouvement réformateur.

Après l'écrasement des réformes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Normalisation en Tchécoslovaquie.

L'équipe d'Alexander Dubček reste encore au pouvoir quelques mois, faisant passer une importante réforme : le 27 octobre 1968, une loi constitutionnelle fait de la Tchécoslovaquie une république fédérale: le pays est divisé en deux États autonomes, la République socialiste tchèque et la République socialiste slovaque. Si Prague demeure la capitale au niveau fédéral tout en étant celle de la République socialiste tchèque, les Slovaques jouissent désormais de l'autonomie qu'ils réclamaient depuis longtemps. Tchéquie et Slovaquie se voient attribuer des parlements nationaux, le Conseil national tchèque et le Conseil national slovaque, tous deux travaillant de concert avec un parlement fédéral.

Dubček est ensuite définitivement évincé, et remplacé à la tête du parti communiste par Gustáv Husák. En 1975, ce dernier remplace également Ludvík Svoboda comme président de la République. La Tchécoslovaquie connaît une période de forte stagnation économique et de répression politique accrue. Le suicide de l'étudiant Jan Palach est l'un des symboles de cette période d'oppression politique. La liberté d'expression est sévèrement contrôlée. Dans les années 1970, la dissidence intellectuelle parvient cependant à s'organiser : le 1er janvier 1977, 243 intellectuels publient la charte 77, exigeant le respect des droits de l’homme. Le dramaturge Václav Havel et le philosophe Jan Patocka apparaissent comme les porte-paroles de la contestation intellectuelle[5]. Le régime demeure sourd à ce désir de réformes.

Chute du régime[modifier | modifier le code]

Tchécoslovaquie 1969-1989.png
Article détaillé : Révolution de Velours.

Au moment de la Perestroïka, la direction du parti ne fait aucune concession en matière de libertés politiques, ne proposant que des réformes économiques[5]. À partir de 1988, vingtième anniversaire du printemps de Prague, le pays connaît une importante effervescence politique. Les pétitions réclamant la liberté politique et religieuse se multiplient. En janvier 1989, le vingtième anniversaire de la mort de Jan Palach entraîne d'importantes manifestations. En novembre, l’opposition se regroupe au sein d’un Forum civique; les syndicats se joignent au mouvement. Le régime apparaît dépassé et, le 24 novembre, la direction du Parti communiste tchécoslovaque démissionne collectivement[7]. L'assemblée fédérale abolit l'article de la constitution stipulant la prédominance du Parti. Le 10 décembre, Gustáv Husák démissionne après avoir cherché à former un gouvernement d'union nationale; Marián Čalfa, nommé chef du gouvernement, assure l'intérim à la tête de l'État. Le 28 décembre, Alexander Dubček est élu à la tête du parlement et le 29 décembre, Václav Havel est élu Président de la République. Des élections en juin 1990 assurent la victoire des anciens partis d'opposition. Čalfa demeure premier ministre de la nouvelle République fédérale tchèque et slovaque et assure jusqu'en 1992 la transition démocratique.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nom adopté en 1960
  2. Conférence bibliographique internationale Varsovie, 1957.
  3. Muriel Blaive, Une déstalinistation manquée : Tchécoslovaquie 1956, Complexe, 2004
  4. Frédéric Wehrlé Le divorce tchéco-slovaque: vie et mort de la Tchécoslovaquie, 1918-1992, L'Harmattan, 2000
  5. a, b et c Chronologie République tchèque
  6. a et b Kieran Williams, 'The Prague Spring and its Aftermath: Czechoslovak Politics, 1968–1970, Cambridge University Press, 1997, p. 5
  7. Chronologie République tchèque - Clio.fr