Bordels des camps allemands pendant la Seconde Guerre mondiale

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Bordel dans le camp de concentration de Mauthausen, en Autriche.

Durant la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne nazie crée des bordels dans les camps de concentration (en allemand : Lagerbordell) pour inciter les prisonniers à collaborer. Mais ces établissements sont utilisés principalement par des kapos, c'est-à-dire des prisonniers, eux-mêmes utilisés dans l'encadrement des autres prisonniers, mais aussi des criminels. Les détenus ordinaires, sans le sou et émaciés, sont généralement trop affaiblis et se méfient de l'attention du régime SS. Finalement, les bordels des camps n'augmentent pas notablement les niveaux de productivité de travail des prisonniers, mais créent à la place, un marché pour les coupons de paiement parmi les personnalités du camp[1]. Les femmes, contraintes à se prostituer dans ces bordels, viennent principalement du camp de concentration de Ravensbrück[2], sauf pour Auschwitz, qui emploie ses propres prisonnières[3]. En complément avec les bordels militaires allemands durant la Seconde Guerre mondiale, on estime qu'au moins 34 140 femmes détenues ont été forcées de se prostituer durant le Troisième Reich[3].

Histoire et fonctionnement[modifier | modifier le code]

Le premier bordel de camp est créé à Mauthausen-Gusen en 1942. Après le 30 juin 1943, un bordel existe aussi à Auschwitz et à partir du 15 juillet 1943 à Buchenwald. Celui de Neuengamme est établi au début de 1944, Dachau, en mai 1944, Dora-Mittelbau à la fin de l'été 1944 et Oranienburg-Sachsenhausen, le 8 août 1944[4]. Les dates sont contradictoires pour ce qui concerne le bordel du camp de Flossenbürg : une source affirme l'été 1943[5] tandis qu'une autre indique qu'il n'a pas été ouvert avant le 25 mars 1944[4].

Les bordels sont habituellement des baraques entourées de fils barbelés avec de petites chambres individuelles prévues pour 20 prisonnières, contrôlées par une surveillante (en allemand : Aufseherin)[1]. Les travailleuses du sexe sont remplacées fréquemment en raison de leur épuisement et la maladie puis elles sont généralement renvoyées vers la mort plus tard. Les maisons closes sont ouvertes uniquement le soir. Les prisonniers mâles juifs ne peuvent être clients. Ceux qui peuvent être clients, les VIP aryens uniquement, doivent pointer pour une journée spécifique et payer deux Reichsmark pour 20 minutes de prestation selon un calendrier prédéterminé. Les femmes sont attribuées aux clients par un SS masculin. Le marché des coupons-prix est systématiquement accaparé par les criminels de droit commun qui portent des triangles verts (d'où l’appellation hommes verts)[1]. Il existe des preuves, un peu controversées[6] que, dans quelques-unes des maisons closes , des femmes ont été tatouées sur la poitrine avec l'inscription Feld-Hure (en français : Putain de champ)[7]. Certaines d'entre elles subissent des stérilisations forcées ainsi que des avortements forcés, entraînant souvent leur mort[3].

Le sujet de la prostitution dans les camps est abordé dans les mémoires de survivants, au moins vers le début 1972, lorsque la première édition du livre de Heinz Heger[5] est publiée. Cependant, le sujet reste largement tabou dans les études sur le nazisme jusqu'au milieu des années 1990, lorsque les nouvelles publications de chercheuses brisent le silence[8],[9].

Parfois, les SS incitent les femmes à devenir des travailleuses du sexe en leur promettant un meilleur traitement ou la réduction de leur peine. Cela provoque la colère ou la jalousie chez certaines détenues. Nina Michailovna, une prisonnière russe, a déclaré: « Quand nous avons découvert qu'une fille de notre bloc a été choisie, nous l'avons attrapée et lui avons jeté une couverture sur elle et battue si fort qu'elle pouvait à peine bouger. Il n'était pas certain qu'elle se rétablirait. Elles voulaient juste avoir une vie meilleure et nous les punissions de cette façon[10] ».

Les prisonniers homosexuels et les bordels de camps[modifier | modifier le code]

En complément à l'utilisation des bordels de camps comme un moyen de contrôle des détenus, afin d'encourager la collaboration et prévenir les émeutes et les évasions, Heinrich Himmler les destine à être utilisés comme un moyen d'enseigner aux prisonniers au triangle rose « les joies du sexe opposé[5] », c'est-à-dire, comme thérapie de conversion à leur homosexualité. Heger affirme que Himmler a ordonné que tous les prisonniers homosexuels fassent des visites obligatoires aux bordels des camps, une fois par semaine, comme un moyen de les guérir de leur attirance pour le même sexe[5].

Références culturelles[modifier | modifier le code]

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • (de) Caroline von der Tann, Maren Niemeyer, Das große Schweigen. Bordelle im KZ. (Le grand silence. Les maisons closes dans les camps de concentration), Dokumentation, Deutschland, 1995.
  • (de) Andrea Oster, Diese verfluchten Stunden am Abend. Die Häftlingsbordelle im KZ (Ces heures maudites dans la soirée - Prisonnière dans un bordel des camps de concentration), Documentaire, Makido film, Autriche, 2012 - Original le 29.10.2012 sur 3sat[15]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Prostitution durant le national-socialisme

  • (de) Christa Paul: Zwangsprostitution. Staatlich errichtete Bordelle im Nationalsozialismus. (La prostitution forcée. Bordels de l'État établis en Allemagne Nazie) - Édition Hentrich, Berlin 1994, ISBN 3-89468-141-1.
  • (de) Gabriele Czarnorwski: Frauen – Staat – Medizin. Aspekte der Körperpolitik im Nationalsozialismus. In: Frauen zwischen Auslese und Ausmerze. Beiträge zur feministischen Theorie und Praxis. (Femmes - État - Médecine. Aspects de la politique du corps dans l'Allemagne Nazie - dans : Entre sélection et extermination des femmes - contributions à la théorie et la pratique féministe) - Cologne - 1985, N° 14, (ISSN 0722-0189).

Bordels dans les camps de concentration - Monographies

  • (de) Baris Alakus, Katharina Kniefacz, Robert Vorberg: Sex-Zwangsarbeit in nationalsozialistischen Konzentrationslagern. Mandelbaum, Wien 2006, ISBN 3-85476-205-4.
  • (de) Robert Sommer: Das KZ-Bordell. Sexuelle Zwangsarbeit in nationalsozialistischen Konzentrationslagern. Schöningh, Paderborn 2009, ISBN 978-3-506-76524-6.

Bordels dans les camps de concentration - Documents

  • (de) Kerstin Engelhardt: Frauen im Konzentrationslager Dachau. (Les femmes dans le camp de concentration de Dachau) par : Dachauer Hefte. Dachau 1998, 14, (ISSN 0257-9472).
  • (de) Brigitte Halbmayr: Arbeitskommando „Sonderbau“. Zur Bedeutung und Funktion von Bordellen im KZ. : Dachauer Hefte. Dachau 2005, 21, (ISSN 0257-9472).
  • (de) Peter Heigl : Zwangsprostitution im KZ-Lagerbordell Flossenbürg. (Prostitution forcée dans un bordel de camp de concentrationGeschichte Quer. Aschaffenburg 1998, 6.
  • (de) Reinhild Kassing, Christa Paul: Bordelle in deutschen Konzentrationslagern. (Bordel dans les camps de concentration allemands) : K(r)ampfader. Kasseler FrauenLesbenzeitschrift. Kassel 1991, n° 1.
  • (de) Hans-Peter Klausch: Das Lagerbordell von Flossenbürg (Le bordel du camp de Flossenbürg) : Beiträge zur Geschichte der Arbeiterbewegung. Berlin 1992, N° 4, (ISSN 0942-3060).
  • (de) Christa Schikorra: Prostitution weiblicher Häftlinge als Zwangsarbeit. Zur Situation „asozialer“ Häftlinge im Frauen-KZ Ravensbrück. (La prostitution des femmes détenues au travail forcé. La situation des prisonniers "asociaux" dans le camp de concentration pour femmes de Ravensbrück) : Dachauer Hefte. Dachau 2000, 16, (ISSN 0257-9472).
  • (de) Christa Schulz: Weibliche Häftlinge aus Ravensbrück in den Bordellen der Männerkonzentrationslager. (Les prisonnières de Ravensbrück dans les bordels des camps de concentration pour homme : Claus Füllberg-Stolberg u. a. (Hrsg.): Frauen in Konzentrationslagern. Bergen-Belsen Ravensbrück. (Les femmes dans les camps de concentration de Bergen-Belsen Ravensbruck) : Édition Temmen, Bremen 1994, ISBN 3-86108-237-3.
  • (de) Robert Sommer: Der Sonderbau. Die Errichtung von Bordellen in den nationalsozialistischen Konzentrationslagern. (La construction spéciale. La création de bordels dans les camps de concentration nazis) : Morrisville 2006, ISBN 1-84728-844-8.
  • (de) Robert Sommer: Die Häftlingsbordelle im KZ-Komplex Auschwitz-Birkenau. Sexzwangsarbeit im Spannungsfeld von NS-‘Rassenpolitik‘ und der Bekämpfung von Geschlechtskrankheiten. (Les bordels de prisonniers dans le complexe du camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau) in: Akim Jah, Christoph Kopke, Alexander Korb, Alexa Stiller (Hrsg.): Nationalsozialistische Lager. Neue Beiträge zur Geschichte der Verfolgungs- und Vernichtungspolitik und zur Theorie und Praxis von Gedenkstättenarbeit (camp national-socialiste. De nouvelles contributions à l'histoire des politiques de persécution et d'extermination et de la théorie et de la pratique du travail mémorial). Münster 2006, ISBN 3-932577-55-8.
  • (de) Robert Sommer: „Sonderbau“ und Lagergesellschaft. Die Bedeutung von Bordellen in den KZ. (Construction spéciale et de l'entreprise de stockage. L'importance des bordels dans les camps de concentration) : Theresienstädter Studien und Dokumente. Prag 2007.
  • (de) Christl Wickert: Tabu Lagerbordell. Vom Umgang mit der Zwangsprostitution nach 1945. (Faire face à la prostitution forcée après 1945) : Insa Eschenbach, Sigrid Jacobeit, Silke Wenk (Hrsg.): Gedächtnis und Geschlecht. Deutungsmuster in Darstellungen des nationalsozialistischen Genozids. (Mémoires et Sexe. Modèles d'interprétation dans les représentations du génocide Nazi) : Campus, Frankfurt am Main/New York 2002, ISBN 3-593-37053-0.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) Bordel de camp - Wollheim Memorial
  2. (en)Les esclaves sexuels des Nazis : Nouvelle exposition de documents relatifs à la prostitution forcée dans les camps de concentration - Der Spiegel - 15 janvier 2007
  3. a, b et c (en) Nanda Herbermann, Hester Baer, Elizabeth Roberts Baer : The Blessed Abyss: Inmate #6582 in Ravensbruck Concentration Camp for Women - 2000 - pages =33–34 - édition : Wayne State University Press - isbn=0-8143-2920-9 Extrait en ligne - Google Books
  4. a et b (de) Christl Wickert: Tabu Lagerbordell, Eschebach/Jacobeit/Wenk: Gedächtnis und Geschlecht - 2002, S. 44
  5. a, b, c et d (de) Heinz Heger, Die Männer mit dem rosa Winkel, 5th ed., 2001, p. 137
  6. (en) Qui était la pute du camp ? - Tom Segev - Haaretz.com - 13 janvier 2011
  7. (en) Melissa Kuntz : The Forgotten Photographs: The Work of Paul Goldman from 1943-1961 - 2007 - American Jewish Museum - Voir Photographie d'une internée avec un tatouage sur la poitrine publiée par le Jerusalem Post] - Une photo exposée au American Jewish Museum - 10 janvier 2011
  8. Christa Schulz, "Weibliche Häftlinge aus Ravensbrück in Bordellen der Männerkonzentrationslager" (Les prisonnières de Ravensbrück dans les bordels des camps de concentration pour homme)
  9. Christa Paul, Prostitution forcée : les bordels établis par le National-Socialisme
  10. Thomas Gaevert / Martin Hilbert: "Frauen als Beute" ("Women as Booty"), 2004 (Documentaire de ARD (broadcaster). Citation en allemand : Wenn wir wußten, daß in unserem Block eine ausgesucht wurde, haben wir sie geschnappt und ihr eine Decke übergeworfen und sie so verprügelt, daß sie sich nicht mehr rühren konnte. Es war unklar, ob sie sich davon überhaupt wieder erholen könnte. Die wollten doch nur ein schöneres Leben haben und wir haben sie so bestraft
  11. (en)Au-delà du Bien et du Mal ? Sadomasochisme politique : cinéma des années 1970 - Marcus Stiglegger - Ikonenmagazin.de 02.09.2009
  12. (de) Schultzes Hündin - Taz.de
  13. (de) Tortionnaires,gros seins, SS-femmes - Diepresse.com 18.2.2010
  14. Galaade éditions, 2010 - ISBN 1559706961
  15. Ces heures maudites dans la soirée : prisonnière dans un bordel de camp de concentration Abgerufen 22.10.2013.

Sources[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]