Winston Churchill
Sir Winston Churchill (KG, OM, CH, TD, FRS, CP (RU), CP (Can), DL, Hon. RA), né Winston Leonard Spencer-Churchill le 30 novembre 1874 au palais de Blenheim (Woodstock, Oxfordshire, Royaume-Uni) et mort le 24 janvier 1965 à Londres, est un homme d'État britannique. Il est surtout connu pour avoir dirigé le Royaume-Uni durant la Seconde Guerre mondiale. Il est Premier ministre de 1940 à 1945, puis de 1951 à 1955. Il est également célèbre pour ses talents d'orateur et ses bons mots. Ne disposant pas d'une fortune personnelle, il vit de l'écriture, en tant que journaliste et écrivain, ce qui lui vaut d'être lauréat du prix Nobel de littérature. Il est aussi artiste : la peinture est son principal loisir. Churchill appartient à une importante famille aristocratique, dont il est le plus brillant élément depuis le fondateur, John Churchill, 1er duc de Marlborough, au sujet duquel il a écrit une biographie.
Fils d'un homme politique conservateur atypique n'ayant pas connu les succès escompté et mort relativement jeune, il ambitionne très vite de réussir dans ce domaine. S'il débute dans la carrière militaire et combat en Inde, au Soudan et lors de la Seconde Guerre des Boers, il y cherche surtout l'occasion de briller et de se faire connaître. Cette recherche de gloire lui vaut parfois un certain nombre d'inimitiés parmi ses pairs. Assez rapidement, en partie pour des questions financières – l'armée paie moins que le journalisme et il a besoin d'argent – il sert en tant que correspondant de guerre, écrivant des livres sur les campagnes auxquelles il participe. Bien plus tard, Il sert brièvement sur le front de l'Ouest pendant la Première Guerre mondiale, comme commandant du 6e bataillon des Royal Scots Fusiliers.
Il est député durant la majeure partie de sa carrière politique, longue de près de soixante années, et occupe de nombreux postes ministériels. Avant la Première Guerre mondiale, il est ministre du Commerce, secrétaire du Home Office et Premier Lord de l'Amirauté du gouvernement libéral d'Herbert Henry Asquith. À ce titre, il participe à la création des premières lois sociales de son pays et à un mouvement visant à restreindre l'importance de la Chambre des Lords, deux éléments qui lui valent une forte inimitié de la part des conservateurs. Il reste à cette fonction jusqu'à la défaite britannique lors de la bataille des Dardanelles, dont il est tenu pour responsable, et qui provoque son éviction du gouvernement. Blanchi de ces accusations par une commission d'enquête parlementaire, il est rappelé comme ministre de l'Armement, secrétaire d'État à la Guerre et secrétaire d'État de l'air par David Lloyd George, alors Premier ministre.
Durant l'entre-deux-guerres, il quitte le Parti libéral et revient au Parti conservateur, avant de devenir chancelier de l'Échiquier. Son bilan à ce poste est mitigé. L'économie n'est pas son domaine de prédilection, à la différence de la politique étrangère et des affaires de stratégie militaire. Dans les années 1930, il n'est pas en phase avec le milieu politique d'alors, et connaît une dizaine d'années de traversée du désert au moment même où, en vue de son âge et son expérience, il aurait dû atteindre le sommet.
Il faut attendre le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale pour que Winston Churchill redevienne ministre en tant que Premier Lord de l'Amirauté. Après la démission de Neville Chamberlain, le 10 mai 1940, il devient, plus par défaut que par adhésion, Premier ministre du Royaume-Uni. À 65 ans, il arrive au sommet de sa carrière politique en étant le plus âgé des dirigeants des grands pays alliés. Il organise les forces armées britanniques et conduit le pays à la victoire contre les puissances de l'Axe[1]. Ses discours et ses paroles frappantes marquent le peuple britannique et les forces alliées.
Après avoir perdu les élections législatives de 1945, il devient chef de l'opposition conservatrice, dénonçant dès 1946 le rideau de fer. Il redevient Premier ministre en 1951, et ce jusqu'à sa retraite, en 1955. À sa mort, la reine lui fait l'honneur d'obsèques nationales, qui demeurent encore aujourd'hui l'un des plus importants rassemblements d'hommes d'État dans le monde[2].
Famille et jeunes années [modifier]
Ancêtres [modifier]
Descendant de la famille Spencer[3], renommée pour la participation de plusieurs de ses membres à la vie politique britannique, Winston Leonard Spencer-Churchill utilise, comme son père, le seul nom de Churchill dans la vie publique[Je 1]. Son ancêtre George Spencer a changé son nom de famille pour Spencer-Churchill en 1817, lorsqu'il est devenu Duc de Marlborough pour souligner son lien de parenté avec John Churchill, premier duc de Marlborough. Son père, Randolph, est le fils cadet du 7e duc de la lignée. En vertu du droit d'aînesse, il n'est pas l'héritier du château familial, le palais de Blenheim, et ses enfants ne peuvent pas porter le titre de Lord[4]. En 1874, lorsque Randolph Churchill épouse Jennie Jerome, fille du millionnaire américain Leonard Jerome, c'est un homme politique prometteur. Sa carrière tourne court rapidement car il meurt en 1895 en laissant sa famille sans grande ressource[Be 1]. Le père de Churchill descend de deux grandes familles anglaises et sa mère est une Américaine francophile et francophone[5], aimant les mondanités et ayant vécu à Paris de 1867 à 1873 où elle a connu les fastes de la cour impériale de l'impératrice Eugénie. Elle y a d'ailleurs gagné le surnom de « Jeannette »[Be 2]. Des deux côtés de sa famille, Winston Churchill a des ascendants français : son grand-père maternel est issu d'une famille huguenote française immigrée aux États-Unis[Be 2], l'ancêtre des Churchill est le fils d'Othon de Leon, châtelain de Gisors, qui a servi Guillaume le Conquérant et s'est établi en Angleterre après la bataille d'Hastings en 1066, à laquelle il a participé[Be 3]. Pour ces raisons, il parle très tôt et très bien le français[N 1] et est, comme sa mère, francophile[Be 4].
Naissance [modifier]
Winston Leonard Spencer-Churchill naît au bout de sept mois et demi de grossesse[Be 5] dans la nuit du 29 au 30 novembre 1874, à 1 h 30[N 2]. C'est donc un prématuré, et sa mère le met au monde dans les vestiaires[N 3] du palais de Blenheim, celui-là même où il rencontre sa future épouse plusieurs années plus tard. Cela pousse un jour Churchill à faire cet aphorisme renommé : « C'est à Blenheim que j'ai pris les deux décisions les plus importantes de ma vie, celle de naître et celle de me marier. Je n'ai regretté aucune des deux ! » Randolph et Jennie ont un second enfant en 1880, John Strange, dont la fille Clarissa épouse Anthony Eden[Be 6]. Suite à cette naissance, une rumeur court quant à la paternité de ce frère cadet, les parents étant séparés depuis quelque temps lors de sa venue au monde. La mère ayant la réputation d'être très frivole, on soupçonne ce deuxième enfant d'être le fils de John Strange Jocelyn, 5e comte de Roden[Be 6].
Enfance jusqu'à sept ans [modifier]
Comme toutes les familles nobles de l'époque, les parents de Winston lui donnent une nourrice : Elizabeth Anne Everest, qui est aussi par la suite celle de son frère. Eux ne le voient que rarement et ont des rapports distants, bien qu'aimants. Son père étant occupé avec ses affaires politiques, et sa mère par ses mondanités, cela renforce l'isolement du jeune Winston. Ce manque de contact avec ses parents le rapproche de sa nourrice qu'il prend l'habitude d'appeler « Woomany », et dont il garde jusqu'à la fin de sa vie un portrait dans son bureau. Il passe ses deux premières années au château familial de Marlborough. En janvier 1877, son père accompagne son grand-père à Dublin, où il vient d'être nommé vice-roi d'Irlande[Mi 1] ; Winston le suit, y passe près de trois ans avant que ses parents ne reviennent à Londres, dans la maison familiale de St James Place en mars 1880. Il y apprend à lire[Mi 2], car il ne fréquente pas l'école jusqu'à l'âge de sept ans mais suit des cours chez lui avec l'aide de sa nourrice[Je 2].
Scolarité de sept à dix-huit ans [modifier]
Churchill entre à l'école à l'âge de sept ans[Be 7]. Il est placé en octobre 1881 dans la prestigieuse Saint Georges School d'Ascot[Be 7]. Il n'a alors que trois livres et demie d'argent de poche, c'est-à-dire presque rien[Mi 3]. Il vit très difficilement cette première séparation d'avec sa famille[Mi 3]. Sa mère, alors connue sous le nom de Lady Randolph, ne lui rend visite que très rarement, malgré les lettres dans lesquelles Winston la supplie de venir ou de lui permettre de retourner à la maison. Il a une relation distante avec son père avec lequel il note qu'il n'a presque jamais de conversation. Ce manque d'affection l'endurcit, il en est conscient et est persuadé que ce qu'il perd étant jeune le servira étant vieux[Be 8]. Le régime dur et discipliné de cette école lui déplaît et ne lui réussit pas : « très franc mais fait des bêtises » est la première appréciation que laissent les professeurs. Plus tard sa nourrice Elizabeth Anne Everest s'aperçoit que des blessures ont été infligées à Winston, et elle alerte les parents qui le changent d'école[Mi 4]. À 9 ans, en septembre 1884, il est placé dans un pensionnat moins strict, celui des Demoiselles Thomson de Brighton[Be 7] jusqu'en 1888 et où il ne subit plus de mauvais traitements. Son père décide de lui faire faire une carrière militaire, car ses résultats scolaires ne sont pas assez bons pour envisager une carrière politique ou même ecclésiastique. Lui-même a fait ses classes à Eton, la meilleure école du pays, mais Winston doit se contenter de Harrow School, la grande rivale, moins cotée. Il entre à cette école le 17 avril 1888[Be 7] à l'âge de 14 ans. Il y reste jusqu'à ses 18 ans. Dans les semaines suivant son arrivée, il rejoint le Harrow Rifle Corps. Il obtient des notes élevées en anglais et en histoire et un titre de champion d'escrime de l'école. À 18 ans, il prépare son entrée à l'Académie royale militaire de Sandhurst mais le concours du Royal Military College est extrêmement difficile. Churchill paie ses mauvaises années d'études : il échoue deux fois de suite. Même s'il a progressé entre les deux tentatives de manière plutôt spectaculaire, il est déçu et demande à ses parents dépités d'envisager une carrière ecclésiastique. La troisième tentative est la dernière et il n'a d'autre choix que de réussir ou se réorienter. Winston s'est plaint de la faiblesse de la préparation de Harrow pour rentrer à Sandhurst et de fait seul 1 % des reçus de Sandhurst en sont issus. Ses parents qui l'aiment et le soutiennent lui paient alors des cours dans un institut privé spécialisé : le Captain James Establishment, ce qui lui réussit : il est admis à l'Académie militaire de Sandhurst le 28 juin 1893. C'est un grand jour dans la vie du jeune Churchill, même s'il n'est reçu que 92e sur 102[Je 3].
Churchill se décrit comme affligé d'un « défaut d'élocution ». Après avoir travaillé de longues années à le surmonter, il a finalement déclaré : « mon défaut n'est pas une entrave ». On présente souvent aux stagiaires orthophonistes des cassettes vidéo montrant les manies de Churchill pendant ses discours, et la Stuttering Foundation of America présente sa photo sur sa page d'accueil comme l'un de ses modèles de bègues ayant réussi. Si des écrits contemporains des années 1920, 1930 et 1940 confirment ce diagnostic de bégaiement, le Churchill Centre, cependant, réfute catégoriquement l'allégation selon laquelle Churchill ait été affecté de ce défaut : il aurait eu un bredouillement, voire un zézaiement et une certaine difficulté à prononcer la lettre « S », tout comme son père[Je 4].
Son mariage et ses enfants [modifier]
Churchill rencontre sa future épouse, Clementine Hozier, en 1904, lors d'un bal chez le comte de Crewe et sa femme Margaret Primrose[N 4]. En 1908, ils sont de nouveau réunis lors d'un dîner offert par Lady St. Helier[N 5]. Churchill et Clementine sont placés côte à côte et entament bientôt une histoire d'amour qui dure toute leur vie[So 1]. Il lui demande sa main au cours d'une « house party » au palais de Blenheim le 10 août 1908 dans le « temple de Diane », la maison d'été du palais[So 2]. Ils sont mariés le 12 septembre 1908 à l'église St. Margaret à Westminster, pleine à craquer, par l'évêque de St. Asaph[So 3]. En mars 1909, le couple emménage dans une maison au 33 Eccleston Square, dans le quartier de Pimlico. Jusqu'à sa rencontre avec sa femme, Churchill estime qu'il n'a « pas le droit de folâtrer dans les plaisantes vallées des distractions » car son seul bien est son ambition : « Et si je n'y arrivais pas ! Quelle chose affreuse ! J'en aurais le coeur brisé, car je n'ai que l'ambition à quoi me raccrocher »[6]. Clémentine Churchill est libérale au sens anglo-saxon du terme. Elle est plus pondérée que son mari et pour François Bédarida « a un bien meilleur jugement que lui aussi bien sur les hommes que sur les situations »[7]. Elle est un peu jalouse de Violet Bonham Carter – fille du Premier ministre Herbert Henry Asquith et grand-mère de l'actrice Helena Bonham Carter – qui est, après elle, l'autre grande amie de Churchill[8]. Par contre Churchill n'a aucun atome crochu avec la consevatrice Nancy Astor et, la réciproque est vraie. D'où l'anecdote assez célèbre où Lady Astor, lui disant : « Si vous étiez mon mari, j'empoisonnerais votre café ! », Churchill lui répond : « Et si vous étiez ma femme, je le boirais »[9]. Leur premier enfant, Diana, naît le 11 juillet 1909 à Londres. Après la grossesse, Clementine déménage dans le Sussex afin de se reposer, tandis que Diana reste à Londres avec sa nourrice[So 4]. Le 28 mai 1911, leur deuxième enfant, Randolph, naît au 33 Eccleston Square[So 5]. Un troisième enfant, Sarah, naît le 7 octobre 1914 à Admiralty House. Clementine est anxieuse, car Winston est alors à Anvers, envoyé par le Conseil des ministres pour « renforcer la résistance de la ville assiégée » après l'annonce de l'intention belge de capituler[So 6]. Clementine donne naissance à son quatrième enfant, Frances Marigold Churchill, le 15 novembre 1918, quatre jours après la fin officielle de la Première Guerre mondiale[So 7]. Celle-ci ne vit que deux ans et demi : au début du mois d'août les enfants Churchill sont confiés à Mlle Rose, une gouvernante française, dans le comté de Kent pendant que Clementine est à Eaton Hall pour jouer au tennis avec Hugh Grosvenor, 2e duc de Westminster, et sa famille. Marigold attrape un rhume, d'abord sans gravité, mais qui évolue en septicémie. Suivant l'avis d'une propriétaire, Rose et les enfants rejoignent Clementine mais la maladie emporte Marigold le 23 août 1921 : elle est enterrée dans le cimetière de Kensal Green trois jours plus tard[So 8]. Le 15 septembre 1922 naît Mary, le dernier de leurs enfants. Après quelques jours, les Churchill achètent Chartwell, qui devient la maison de Winston jusqu'à sa mort en 1965[So 9],[10]. Les enfants, à l'exception de Mary, ne leur apportent que peu de satisfaction[11].
Le soldat et le correspondant de guerre [modifier]
Le sous-lieutenant correspondant de guerre [modifier]
À l'Académie royale militaire de Sandhurst, Churchill reçoit son premier commandement dans le 4th Queen's Own Hussars en tant que sous-lieutenant le 20 février 1895[Je 5]. Il juge que son salaire de sous-lieutenant, s'élevant à 300 livres sterling par an, est insuffisant pour avoir un style de vie équivalent à celui des autres officiers du régiment. Il estime avoir besoin de 500 £, soit l'équivalent de 25 000 £ en 2001. Sa mère lui fournit une rente de 400 £ par an, mais il dépense plus qu'il ne gagne. Selon le biographe Roy Jenkins, c'est une des raisons pour lesquelles il trouve intéressant de devenir correspondant de guerre[Je 5]. Il n'a pas l'intention de suivre une carrière classique en recherchant les promotions, mais bien d'être impliqué dans l'action, et il utilise l'influence de sa mère et de sa famille dans la haute société pour avoir un poste dans les campagnes en cours. Ses écrits de correspondant de guerre pour plusieurs journaux de Londres[12] attirent l'attention du public, et lui valent d'importants revenus supplémentaires. Ils constituent la base de ses livres sur ces campagnes. Toutefois, son ambition, ses critiques de l'armée dans ses articles lui attirent une certaine hostilité où il est parfois vu comme un « chasseur de médailles »[13] ou un « coureur de publicité »[14]. Pour William Manchester, « il n'éprouvait aucun intérêt pour la carrière militaire, et avait l'intention de se servir de son passage dans l'armée pour favoriser ses desseins politiques » [14].
1895, une année marquante [modifier]
Trois événements importants pour Churchill surviennent lors de l'année 1895 : les décès de son père et de Mrs Everest, sa nourrice, ainsi que son baptême du feu à Cuba.
La mort de Randolph Henry Spencer Churchill [modifier]
Souffrant d'une maladie incurable, la syphilis, depuis au moins 1885[N 6], le père de Winston décède le 24 janvier 1895 à l'âge de 46 ans[Mi 5]. Sa mort affecte bien sûr Winston car elle le prive d'un soutien important pour sa future carrière, mais cela marque également pour lui le début de la liberté : son père n'impose plus ses choix et Winston peut donc faire ce qu'il veut[Mi 6]. De plus, de nombreux ancêtres (mâles) du jeune Winston étant décédés à peu près à cet âge, il croit pendant longtemps que ses propres jours sont alors comptés. Aussi, lorsqu'il passe le cap des cinquante ans, il en conçoit une immense joie, et a en quelque sorte le sentiment que tout lui est permis[5]. Le jeune Winston vouait une immense admiration à son père Randolph alors même que ce dernier prenait son fils pour un attardé. Pourtant, lorsque plus tard Winston accède à de hautes fonctions gouvernementales, c'est à son père qu'il pense avec émotion[15].
La mort de Mrs Everest [modifier]
En juillet, un message l'informe que sa nourrice, Mrs Everest, est mourante. Il retourne alors en Angleterre et reste auprès d'elle pendant une semaine, jusqu'à sa mort le 3 juillet, à 62 ans[Mi 7]. Il écrit dans son journal : « Elle était mon amie préférée ». Dans My Early Life, il ajoute : « Elle a été ma plus chère et ma plus intime amie pendant les vingt ans que j'ai vécus »[16]. Après avoir été la nourrice dévouée de Winston et son frère, elle a été congédiée brutalement et meurt dans la misère. Churchill organise ses obsèques tandis que Lady Randolph ne se déplace même pas pour l'enterrement[17]. Il s'en souviendra lors de la loi de 1908 sur la retraite à 70 ans[Mi 8].
Le baptême du feu à Cuba [modifier]
Le 20 février 1895, Winston sort diplômé de Sandhurst et à une place honorable : il est vingtième[Mi 9]. Il est placé à sa demande dans le 4th Queen's Own Hussars du colonel Brabazon au camp d'Aldershot[Mi 9], car il sait que ce corps va partir pour les Indes en 1896, et il espère y faire l'expérience du combat[Mi 10]. Le jeune Winston, qui pense que les succès militaires sur le terrain sont un gage de succès politique, est impatient d'aller au combat[N 7]. Il devient ainsi conseiller militaire avec son ami Reginald Barnes, pour être envoyé à Cuba où les Espagnols sont confrontés à une révolte[Mi 11]. Le trajet aller est pour lui son premier grand voyage car il n'a alors visité que la France et la Suisse[Mi 11]. La première étape est New York, occasion pour lui de fouler le sol américain pour la première fois et de rendre visite à sa famille maternelle et ses amis[Mi 11]. Pendant son séjour, il demeure chez William Bourke Cockran, un admirateur de sa mère. Bourke est un homme politique américain établi, membre de la Chambre des représentants, potentiel candidat à l'élection présidentielle. Il influence fortement Churchill dans son approche des discours et de la politique, et fait naître en lui un sentiment de tendresse envers l'Amérique[Je 6]. Arrivé à Cuba, il rejoint les troupes du colonel Valdez[Mi 11]. Il s'y offre un baptême du feu pour son vingt-et-unième anniversaire. Il apprécie Cuba : il la décrit comme une « ...grande, riche, belle île... »[N 8]. Il y prend goût aux habanos, ces cigares cubains qu'il fume jusqu'à la fin de sa vie.
Officier aux Indes [modifier]
Au début du mois d'octobre 1896, Churchill est transféré à Bombay, en Inde britannique. Considéré comme l'un des meilleurs joueurs de polo de son régiment, il mène son équipe à la victoire lors de nombreux tournois prestigieux[18].
Aux environs de Bangalore où il est affecté en 1896 avec les 4th Queen's Own Hussars, il dispose de temps libre qu'il met à profit pour lire. Il lit d'abord des livres d'histoire : Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain d'Edward Gibbon et l'Histoire de Thomas Babington Macaulay – des auteurs assez peu conservateurs[19]; des philosophes grecs : Platon, notamment La République, ainsi que les écrits politiques d'Aristote. Parmi les auteurs français, il lit Les Provinciales de Blaise Pascal et les Mémoires de Saint-Simon. Il lit aussi La richesse des Nations d'Adam Smith , Schopenhauer, Malthus et bien d'autres[20]. Il en tire une très profonde culture historique qui le servira toute sa vie. Il est fortement impressionné par le darwinisme[21]. Il devient alors, selon ses propres termes, « un matérialiste jusqu'au bout des doigts », et défend avec ferveur sa conception d'un monde où la vie humaine est une lutte pour l'existence, avec pour résultat la survie des plus forts[21]. Cette vision a sans doute été influencée par le livre Martyrdom of Man de William Winwood Reade, un classique de l'athéisme victorien, présentant la vision d'un univers sans Dieu dans lequel l'humanité est destinée à progresser par le biais du conflit entre les races les plus avancées et les plus rétrogrades. Churchill exprime cette philosophie de vie et de l'histoire dans son premier et unique roman, Savrola. Toutefois, cet agnosticisme est peu affiché et il participe parfois à des services religieux. Il a également eu une action importante en faveur du christianisme anglican dans le Commonwealth, notamment à Bangalore où l'Église anglicane a joué un rôle de premier plan à ses côtés dans les cantonments.
Premiers combats au Malakand [modifier]
En 1897, Churchill part à nouveau à la fois pour des reportages et, si possible, pour combattre durant la guerre gréco-turque : le conflit prend toutefois fin avant son arrivée. Lors d'une permission en Angleterre, il apprend que trois brigades de l'armée britannique vont se battre contre une tribu de pachtounes, et demande à son supérieur hiérarchique s'il peut se joindre au combat. Placé sous les ordres du général Jeffery, commandant de la deuxième brigade opérant au Malakand, dans l'actuel Pakistan, il est envoyé avec quinze éclaireurs reconnaître la vallée des Mamund, où, rencontrant une tribu ennemie, ils descendent de leurs montures et ouvrent le feu. Après une heure de tirs, des renforts du 35e Sikhs arrivent et les tirs cessent peu à peu ; la brigade et les Sikhs reprennent leur avance. Plus tard des centaines d'hommes de la tribu leur tendent une embuscade et ouvrent le feu, les forçant à battre en retraite. Quatre hommes, qui transportent un officier blessé, doivent l'abandonner devant l'âpreté du combat. L'homme laissé à l'arrière est tailladé à mort sous les yeux de Churchill. Il écrit à propos de l'événement : « j'ai oublié tout le reste, à l'exception de la volonté de tuer cet homme[22] ». Les troupes sikhs diminuent, et le commandant suppléant ordonne à Churchill de mettre le reste des hommes en sécurité. Churchill demande une confirmation écrite pour ne pas être accusé de désertion[23] et, ayant reçu la note demandée, rapidement signée, il escalade la colline puis alerte une des autres brigades, qui engage l'ennemi. Les combats dans la zone durent encore deux semaines avant que les morts ne puissent être récupérés. Churchill écrit dans son journal : « que cela en valait la peine je ne peux pas dire[22],[24] ». Son compte-rendu de la bataille est l'un de ses premiers récits publiés, pour lequel il reçoit cinq livres sterling par colonne dans le Daily Telegraph. Un compte-rendu du siège de Malakand est publié en décembre 1900 sous le titre de The Story of the Malakand Field Force et lui rapporte 600 livres sterling. Au cours de cette campagne, il écrit également des articles pour le journal The Pioneer[Je 7]. Sa grande récompense, alors que jusque là il n'a presque toujours reçu que des reproches, tant de ses parents que de ses enseignants, est qu'il se voit décerner des éloges publics et privés. Le Prince de Galles, ami de sa mère et futur Édouard VII, lui écrit : « je ne puis résister à l'envie de vous écrire quelques lignes pour vous féliciter du succès de votre livre »[25].
De la campagne du Soudan au premier échec politique à Oldham [modifier]
Churchill est transféré en Égypte en 1898, où il visite Louxor, avant de rejoindre un détachement du 21e Lancers servant au Soudan sous le commandement du général Herbert Kitchener. Durant son service, il rencontre deux officiers avec lesquels il est amené à travailler plus tard, au cours de la Première Guerre mondiale : Douglas Haig, alors capitaine et David Beatty, alors lieutenant d'une canonnière[Je 8]. Au Soudan, il participe à ce qui est décrit comme la dernière véritable charge de cavalerie britannique, à la bataille d'Omdurman, en septembre 1898. Il travaille également comme correspondant de guerre pour le Morning Post. En octobre, rentré en Grande-Bretagne, il commence son ouvrage en deux volumes The River War, un livre sur la reconquête du Soudan publié l'année suivante.
Churchill démissionne de l'armée britannique le 5 mai 1899 pour se présenter au Parlement comme candidat conservateur à Oldham, lors de l'élection partielle de la même année, mais il perd en n'étant que troisième pour deux sièges à pourvoir[Je 9],[26].
La guerre des Boers et la notoriété [modifier]
Après l'échec électoral d'Oldham, Churchill cherche une autre occasion de faire progresser sa carrière. Le 12 octobre 1899, la Seconde Guerre des Boers entre la Grande-Bretagne et les républiques boers éclate. Il obtient une commission pour agir en tant que correspondant de guerre pour le Morning Post avec un salaire de 250 £ par mois. Il a hâte de naviguer sur le même bateau que le nouveau commandant britannique, sir Redvers Buller. Après quelques semaines dans les zones exposées, il accompagne une expédition d'éclaireurs dans un train blindé, au cours de laquelle il est capturé et envoyé dans un camp de prisonniers de guerre à Pretoria. Son attitude pendant l'embuscade du train fait évoquer une éventuelle obtention de la Croix de Victoria, plus haute distinction de la Grande-Bretagne décernée pour bravoure face à l'ennemi, mais cela ne se produit pas[21]. Cette même attitude lui vaut plus tard d'être emprisonné, alors qu'il n'est que civil. Les dirigeants boers se félicitent d'avoir ainsi pû s'emparer d'un Lord. Dans London to Ladysmith via Pretoria, un recueil de ses rapports écrits tout au long de cette guerre, il décrit l'expérience :
« J'avais eu, durant les quatre dernières années, l'avantage, si c'est un avantage, de plusieurs expériences étranges et variées, desquelles l'étudiant des réalités pourrait tirer profit et enseignement. Mais rien n'était aussi saisissant que cela : attendre et lutter dans ces boîtes en fer résonnantes, déchirées, avec les explosions répétées des obus et de l'artillerie, le bruit des projectiles frappant les wagons, le sifflement alors qu'ils passaient dans l'air, le grognement et le halètement du moteur — pauvre chose torturée, martelée par au moins douze obus, dont chacun, en pénétrant dans la chaudière, aurait pu mettre fin à tout cela − l'attente de la destruction apparemment proche, la prise de conscience de l'impuissance, et les alternances d'espoir et désespoir − tout cela en soixante-dix minutes montre en main, avec seulement dix centimètres d'un blindage de fer tordu pour faire la différence entre le danger, la captivité et la honte, d'un côté − la sécurité, la liberté et le triomphe, de l'autre[27]. »
Plaidant de son statut civil auprès de Piet Joubert pour demander sa libération, celle-ci lui est plusieurs fois refusée. Il s'échappe du camp de prisonniers quelques heures avant que sa libération ne lui soit finalement accordée, et parcourt près de 480 km jusqu'à la ville portugaise de Lourenço Marques dans la baie de Delagoa[Je 10]. Quittant Pretoria vers l'est, il est un temps caché dans une mine des environs de l'actuelle Witbank par un responsable de mines anglais, d'où il gagne ensuite Lourenço Marques dissimulé dans un train emportant des balles de laine[28]. Son évasion lui vaut un moment l'attention du public en tant que héros national mineur en Grande-Bretagne, bien qu'au lieu de rentrer chez lui, il ait rejoint l'armée du général Buller dans sa marche pour soulager les Britanniques présents au siège de Ladysmith et prendre Pretoria[Je 11]. Cette fois-ci, bien que poursuivant son activité de correspondant de guerre, il reçoit un commandement dans le South African Light Horse. Il s'illustre notamment à la bataille de Spion Kop, et fait partie des premières troupes britanniques à entrer à Ladysmith et Pretoria. Son cousin Charles Spencer-Churchill et lui sont en mesure de prendre de l'avance sur le reste des troupes à Pretoria, et où ils demandent et obtiennent la capitulation des cinquante-deux gardes boers du camp de prisonniers[Je 12].
En juin 1900, après s'être une dernière fois fait remarquer à la bataille de Diamond Hill, Churchill retourne en Angleterre à bord du RMS Dunottar Castle, le même navire qui l'a emmené en Afrique du Sud, huit mois plus tôt. Il publie London to Ladysmith et un deuxième volume sur ses expériences de la guerre des Boers, La Marche de Ian Hamilton[29]. Cette fois, il est élu en 1900 à Oldham, lors des élections générales, à la Chambre des Communes, et entreprend une tournée de conférences en Grande-Bretagne, suivie par des tournées aux États-Unis et au Canada. Ses revenus dépassent désormais 5 000 £ annuels[Je 13].
Ayant quitté l'armée régulière en 1900, Churchill rejoint l'Imperial Yeomanry en janvier 1902 en tant que capitaine des Queen's Own Oxfordshire Hussars. En avril 1905, il est promu major et nommé au commandement de l'escadron Henley du Queen's Own Oxfordshire Hussars[30]. C'est également à cette époque qu'il rencontre sa future femme.
Churchill le début de carrière politique [modifier]
« La politique est presqu'aussi excitante que la guerre, et tout aussi dangereuse – [à la] guerre vous pouvez être tué une fois seulement, en politique plusieurs.
'Winston Churchill 1906 [31] »
Un jeune conservateur contestataire au Parlement [modifier]
Après l'échec de 1899, Churchill se représente pour le siège d'Oldham aux élections générales de 1900. Soutenu par sa notoriété familiale et son statut de héros de la guerre des Boers, il remporte le siège. Il entame alors une tournée en Grande-Bretagne, aux États-Unis et au Canada où il participe à des conférences, qui lui rapportent 10 000 £. Au Parlement, il s'associe à une faction du Parti conservateur dirigée par Lord Hugh Cecil : les Hughligans, qui sont opposés au leadership de Balfour. Au cours de sa première session parlementaire, il s'oppose aux dépenses militaires du gouvernement[Je 14] et à la proposition de Joseph Chamberlain d'augmenter les droits de douane pour dans son esprit, protéger l'industrie anglaise. A cette même époque, il lit une étude de Rowentree sur la pauvreté en Angleterre qui le touche beaucoup[Je 15]. De 1903 à 1905, Churchill s'attache également à écrire Lord Randolph Churchill, une biographie de son père en deux volumes, publiée en 1906, qui reçoit de nombreuses critiques élogieuses[Je 16].
dDe 1903 à 1905, Le pays traverse une phase où les conservateurs autour de Joseph Chamberlain préconisent une politique protectionnisme basée sur la préférence impériale et se heurtent à l'opposition des libéraux. Churchill se fait un des champions du libre-échange et en mars 1904, attaque une loi protectionniste sur le sucre. Son discours est remarqué par le chef du parti libéral '[[Henry Campbell-Bannerman] qui lui envoie une invitation qu'il accepte. Pour Roy Jenkins ce choix est un peu paradoxal. En effet l'homme qui l'invite alors considéré comme un « Little Englander » (petit anglais) alors qu'au parti libéral d'alors il y a des « liberal imperialists » (Asquith, Grey, Haldane) dont on pourrait le croire plus proche [Je 17]. Quoi qu'il en soit, il décide, à la Pentecôte 1904, de quitter son parti afin de rejoindre les bancs du Parti libéral. Restant député d'Oldham jusqu'à la fin du mandat, mais cette fois en tant que libéral. En décembre 1905, les libéraux renversent le gouvernement et Henry Campbell-Bannerman devient Premier ministre . Il nomme Churchill Sous-secrétaire d'État aux Colonies, avec pour mission de s'occuper principalement de l'Afrique du Sud après la guerre des Boers. A ce poste, il doit défendre Alfred Milner pour avoir admis des chinois en Afrique DuSud sans base légale. Dans cette défense, il manque de préscience car il dit d'un homme qui aura une position au Conseil de guerre après 1916 quand cela lui sera refusé qu'il est un homme du passé [Je 18]
Passage au parti libéral, réforme sociale et bras de fer avec l'aristocratie [modifier]
Rejeté par les conservateurs d'Oldham notamment en raison de son soutien au libre-échange, Churchill est invité à se présenter pour les libéraux dans la circonscription de Manchester Nord-Ouest. Il remporte le siège aux élections générales de 1906 avec une majorité de 1 214 voix, et représente la circonscription pendant deux ans, jusqu'en 1908. Lorsque Herbert Henry Asquith devient la même année Premier ministre à la place de Campbell-Bannerman, Churchill est promu au Cabinet en tant que ministre du Commerce[26]. Comme le veut la loi à l'époque, il est obligé de solliciter un nouveau mandat lors d'une élection partielle ; Churchill perd son siège, mais revient rapidement député de la circonscription de Dundee.
Comme ministre du Commerce, il se joint au nouveau Chancelier Lloyd George pour s'opposer au Premier Lord de l'Amirauté Reginald McKenna, et à son programme coûteux de construction de vaisseaux de guerre dreadnought, ainsi que pour soutenir les réformes libérales[32]. En 1908, il présente le projet de loi qui impose pour la première fois un salaire minimum en Grande-Bretagne[Je 19]. En 1909, il crée les bourses de l'emploi pour aider les chômeurs à trouver du travail[Je 19]. Il participe aussi à la rédaction de la première loi sur les pensions de chômage, et du National Insurance Act de 1911, fondement de la sécurité sociale au Royaume-Uni[Je 20]. Pour Élie Halévy Churchill et LLoyd George veulent que le parti libéral adopte ce programme pour empêcher les travaillistes de gagner du terrain sur la gauche[33].
Ce programme se heurte à une vive opposition de l'aristocratie car le People's Budget[Je 21] de 1909 comporte une augmentation des droits de succession. Si cette réforme qui ne touche que ceux qui gagnent plus de 3 000 £ par an ne concerne que 11 500 Anglais ce sont précisément ceux qui gouvernent[34]. Aussi, la Chambre des Lords met son veto. Churchill est alors attaqué par les milieux conservateurs qui se répandent en propos hostiles tant envers lui qu'envers sa famille qui n'aurait « jamais donné naissance à un gentleman »[35]. Pour résoudre la crise le Premier ministre demande la dissolution du Parlement. Les libéraux réélus sont majoritaires avec le soutien du parti travailliste et d'un parti irlandais. La Chambre des Lords sous la pression de Lloyd George adopte durant l'été 1911 une loi qui limite ses pouvoirs[36].
Ministre de l'Intérieur [modifier]
Churchill est réélu en 1909 et fait part de son désir de briguer soit le poste de Premier Lord de l'Amirauté soit celui de ministre de l'intérieur[36]. Les libéraux en raison de son image de fermeté le nomment au poste de ministre de l'Intérieur. En fait, il s'agit d'un poste à haut risque pour lui, car s'il est maintenant détesté par les conservateurs, la gauche du parti libéral ne l'aime pas plus. Pour les uns, c'est un traître à l'aristocratie, et pour les autres, c'est un aristocrate qui fait semblant d'être social[37]. Churchill voit son action à ce poste mise à mal en trois occasions : le conflit minier combrien, le siège de Sidney Street et les premières actions des suffragettes.
En 1910, un certain nombre de mineurs de charbon dans la vallée de Rhondda commencent la manifestation connue sous le nom d'« émeute de Tonypandy »[32]. Le chef de police de Glamorgan demande à ce que des troupes soient envoyées afin d'aider la police à réprimer les émeutes. Churchill, apprenant que celles-ci sont déjà en route, leur permet d'aller jusqu'à Swindon et Cardiff, mais interdit leur déploiement. Le 9 novembre, le Times critique cette décision. En dépit de cela, la rumeur dans les milieux ouvriers et travaillistes persiste que Churchill a ordonné aux troupes d'attaquer : sa réputation au Pays de Galles et dans les milieux travaillistes y est alors définitivement ternie[38]. Bref, pour la gauche il a été trop dur et pour la droite trop mou. Lui estime qu'il a fait son travail[39].
Au début du mois de janvier 1911, Churchill fait une apparition controversée au siège de Sidney Street, une opération ayant pour but d'arrêter les auteurs d'un braquage, des révolutionnaires armés et retranchés, semblables à ceux de la bande à Bonnot, à Londres. Il y a une certaine incertitude quant à savoir s'il y a donné des commandements opérationnels. Sa présence, photographiée, attire beaucoup de critiques. Après enquête, Arthur Balfour fait remarquer, « lui [Churchill] et un photographe risquaient tous les deux leurs précieuses vies. Je comprends ce que faisait le photographe, mais qu'y faisait le très honorable gentleman[40]? » Un biographe, Roy Jenkins, suggère qu'il y est tout simplement allé parce qu'« il n'a pas pu résister à l'envie d'aller voir par lui-même » et qu'il n'a pas donné d'ordre[Je 22]. En réalité, derrière ce problème de forme se cache un problème plus politique. En effet, l'affaire à lieu dans le quartier de Whitechapel où résident de nombreux réfugiés politiques. Joseph Staline y réside en juin 1907[41]. Les libéraux ont refusé en 1905 de restreindre cette forme d'immigration et les hommes cernés sont membres d'un gang dirigé par un réfugié letton d'où le fait que Churchill, là encore, est accusé tant par la droite qui le trouve trop laxiste que par la gauche[41].
La solution que propose Churchill à la question des suffragettes est un référendum, mais cette idée n'obtient pas l'approbation de Herbert Henry Asquith, et le droit de vote des femmes reste en suspens jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale[Je 23].
Tous ces évènement font que le Premier ministre le nomme Premier Lord de l'Amirauté où il a besoin d'un homme capable de s'imposer à l'état-major de la Marine.
Premier Lord de l'Amirauté [modifier]
Le Premier Lord et la préparation de la guerre [modifier]
Début 1911, Churchill est nommé Premier Lord de l'Amirauté. Son premier geste est de prendre pour conseiller l'ancien amiral John Arbuthnot Fisher, le concepteur des Dreadnoughts, qui le pousse à accélérer le passage de la propulsion au charbon à celle au fuel, sur les bâtiments de la Royal Navy[42]. Il s'occupe ensuite de trouver un successeur au Premier Lord naval sir Arthur Wilson. En fait, il a été mis à ce poste en grande partie pour cela. En effet, sir Arthur Wilson s'oppose à la création d'un état-major de guerre naval[43]. Il nomme à sa place sir Francis Bridgeman, et comme Lord naval en second, le prince Louis Alexandre de Battenberg. Après avoir proposé à l'Allemagne des « vacances navales », c'est-à-dire une trève dans la construction de bateaux de guerre, devant le refus de l'empereur, il présente un budget naval en forte augmentation. Il se heurte à l'opposition de Lloyd George alors ministre des finances, et plus généralement des libéraux. Après tractation, Churchill obtient satisfaction et peut lancer de nouveaux cuirassés. Il favorise le développement de l'aviation navale, prend lui-même des leçons pour être pilote[44] et initie le développement des chars d'assaut .
Churchill reste attaqué à la fois par les conservateurs et par des membres son propre parti. Aussi, quand le Premier ministre Herbert Henry Asquith propose la Home Rule, c'est-à-dire un projet, sinon d'indépendance, du moins de large autonomie de l'Irlande en 1912, il le soutient sans réserve. À cela plusieurs raisons. D'une part, il faut satisfaire les députés irlandais qui ont permis la victoire des libéraux dans le bras de fer concernant la Chambre des lords, d'autre part, dés 1910, il s'est déclaré favorable au projet[45], Comme Asquith a désigné Churchill comme son principal porte-parole sur le sujet, l'essentiel de la polémique avec les conservateurs et les protestants de Ulster repose sur ses épaules, ce qui renforce le ressentiment des milieux conservateurs et de leur chef Andrew Bonar Law à son égard[45].
Pour son biographe William Manchester, il fait une erreur en empêchant en juillet 1914 les Turcs de prendre possession de deux bateaux qu'ils ont payé, les poussant ainsi dans les bras des Allemands [46]. En juillet 1914, Churchill recevant Albert Ballin, président de la Hamburg America Line et chef du lobby maritime allemand, très inquiet de l'aggravation de la crise, l'implore « presque les larmes aux yeux de ne pas faire la guerre » [47]. Le 1er août, il prévient le Premier ministre Asquith qu'il va rappeler 40 000 réservistes. Le chancelier de l'Échiquier Lloyd George s'y oppose violemment, considérant cette décision comme une provocation contre l'Allemagne[46]. Cependant, avec l'accord tacite d'Asquith, Churchill passe outre : tous deux savent qu'Andrew Bonar Law, le leader conservateur, est partisan de l'intervention aux côtés de la France[48]. Aussi, quand le Cabinet se réunit de nouveau, les opposants à l'intervention se soumettent ou démissionnent, comme le fait John Simon. Cette mobilisation préventive a grandement facilité l'envoi d'un ultimatum à l'Allemagne par Sir Edward Grey, le Secrétaire d'État des Affaires étrangères, qui exige l'évacuation de la Belgique par l'armée allemande, qui vient alors d'attaquer ce pays[49].
Les débuts de la guerre [modifier]
Si Churchill est un des seuls ministres à s'être réjoui du début du conflit, très vite il doit déchanter.
Un sous-marin allemand coule trois croiseurs anglais au large de la Hollande tandis qu'un autre qui a pu pénétrer dans la base navale de Scapa Flow, en coule trois autres. Churchill ayant fait sortir la flotte de cette base pour la renforcer, trois croiseurs allemands bombardent des ports anglais. Enfin un escadre allemande sillonne l'océan pacifique librement et coule de nombreux bateaux de commerce[50]. Lorsqu'une escadre anglaise commandée par l'amiral Cradok veut les arrêter, elle est coulée[50]. Churchill doit faire face à une opinion hostile. Le Premier Lord naval Louis Alexandre de Battenberg ayant des origines allemandes, le public s'en prend à lui et Churchill et Asquith l'incitent à démissionner[51]. Pour le remplacer, Churchill, malgré les réticences du roi George V qui a longtemps servi dans la marine, choisit John Arbuthnot Fisher[50].
Le 5 octobre 1914, Churchill , qui aime l'action, se rend dans la place forte d'Anvers où l'armée belge soutient un siège ponctué de plusieurs sorties contre une importante armée allemande. Mais le roi Albert Ier et le gouvernement belge souhaitent évacuer. Une brigade des Royal Marines se trouve sur place et, grâce aux sollicitations de Churchill, les 1re et 2e Naval Brigades viennent également soutenir les Belges. Finalement, malgré l'appui de canons de l'artillerie de marine anglaise montés par les Belges sur des wagons, les trois lignes de défense de la ville succombent et Anvers est évacuée par l'armée belge le 10 octobre ; 500 hommes périssent. À l'époque, on accuse Churchill d'avoir gaspillé des ressources[52] ; il est plus que probable que ses actions ont prolongé la résistance d'une semaine, la Belgique ayant proposé de renoncer à Anvers le 3 octobre. Ce gain de temps a certainement permis, aussi, de sauver Calais et Dunkerque[Rh 1] en permettant à l'armée belge de faire retraite pour se regrouper avec les francos-anglais dans la région de l'Yser, où a lieu par la suite une décisive bataille d'arrêt par laquelle les alliés stoppent la course à la mer de l'armée allemande.
Au tournant de 1914-1915, les choses s'améliorent. La Royal Navy commence à renouer avec le succès : elle coule l'escadre allemande qui a ravagé le Pacifique, ainsi qu'un croiseur lourd en mer du Nord[53]. Ces succès sont en partie dus à la constitution par Churchill d'une cellule de décryptage des codes secrets[53].
L'idée d'un char de combat a déjà été avancée par Herbert George Wells en 1903[54]. Churchill fait en sorte qu'elle devienne une réalité, grâce notamment à des fonds de recherche navale[55]. L'Amirauté nomme ce projet : « la folie de Winston »[49]. Par la suite, il dirige le Landships Committee, chargé de créer le premier corps de chars d'assaut, ce qui est considéré comme un détournement de fonds[55] même si, une décennie plus tard, le développement du char de combat est porté à son actif.
Les Dardanelles [modifier]
En novembre 1914, les Français et les Anglais ont déjà perdu presqu'un million d'hommes[56]. Aussi Londres envisage une stratégie de contournement, d'autant que la Turquie est menaçante tant au Sud, du côté du Canal de Suez, qu'au nord, contre la Russie dont l'armée est en difficulté[57]. Ce dernier point pousse le ministre de la guerre Lord Kitchener, un militaire de carrière nommé ministre de la guerre, à se faire l'avocat d'un projet qui aurait également l'avantage d'entraîner la Grèce et peut-être d'autres pays des Balkans dans la guerre, ainsi que de permettre d'avoir accès au blé russe. Churchill, qui à ce moment là ne privilégie pas cette hypothèse, reçoit un message de l'amiral Sackville Carden, commandant l'escadre de Méditéranée, qui considère que les Dardanelles « pourraient être forcées par des opérations d'envergure mettant en œuvre un grand nombre de navires » [58]. À ce moment Winston Churchill se déclare favorable au projet d'autant que son premier lord naval y est favorable. L'opération est adoptée le 15 janvier 1915 en conseil de guerre[59]. Mais ensuite, rien ne va marcher comme prévu, en particulier parce que les acteurs, notamment Kitchener et le premier Lord naval Fisher, sont partagés : le premier, parce qu'il doit trancher entre les occidentaux, c'est-à-dire les militaires qui veulent se concentrer sur le front occidental, et les orientaux, qui veulent ouvrir un front en Asie mineure[60]. Le premier lord naval quant à lui hésite, après avoir donné son accord, car il a peur de devoir employer trop de bateaux loin de l'Angleterre qu'il estime devoir protéger en priorité[61]. Bref, une opération, conçue pour être menée rapidement et de façon déterminée, va se perdre dans des méandres administratifs, laissant aux adversaires le soin de préparer leurs défenses. Enfin, l'amiral qui a eu l'idée du projet flanche au moment de passer à l'action et doit être soigné[62]. Le problème est que Churchill a fait tant et si bien qu'il passe pour le principal instigateur du projet, et que l'échec va lui être imputé[63].[64] Une commission d'enquête parlementaire exonère ensuite Churchill et conclut à la responsabilité d'Asquith, qui n'a pas fait preuve lors des conseils de guerre de la fermeté nécessaire, et à celle de Kitchener[65]. Mais entre temps, Churchill a dû démissionner de l'Amirauté le 11 novembre 1915 [66]
Les conséquences des Dardanelles pour Churchill [modifier]
Il se voit attribuer une grande part de responsabilité de l'échec, et, lorsque le Premier ministre Asquith forme une coalition comprenant tous les partis, les conservateurs réclament sa rétrogradation comme condition à leur participation[Je 24]. Ce retrait de la vie politique active le conduit, pour se détendre, à se mettre à la peinture[67]. Churchill se voit attribuer la sinécure de chancelier du duché de Lancaster, poste subalterne du gouvernement.
Toutefois, le 15 novembre 1915, il démissionne, ayant le sentiment que son énergie n'est pas utilisée[Je 25] et, tout en restant député, sert pendant plusieurs mois sur le front occidental en commandant le 6e bataillon du Royal Scots Fusiliers avec le grade de colonel[Je 26]. En mars 1916, il retourne en Angleterre, car il s'impatiente en France et souhaite intervenir à nouveau à la Chambre des communes[Je 27]. La correspondance avec son épouse durant cette période de sa vie montre que si le but de sa participation au service actif est la réhabilitation de sa réputation, il est conscient du risque d'être tué. En tant que commandant, il continue à montrer l'audace dont il a fait sa marque dans ses actions militaires précédentes, bien qu'il désapprouve fortement les hécatombes ayant lieu dans de nombreuses batailles du front occidental[Je 28]. Lord Deedes a expliqué, lors d'une réunion de la Royal Historical Society en 2001, pourquoi Churchill s'est rendu sur la ligne de front : « Il était avec les Grenadier Guards, qui étaient à sec [sans alcool] au quartier général du bataillon. Ils aimaient beaucoup le thé et le lait condensé, ce qui n'avait pas beaucoup d'attrait pour Winston, mais l'alcool était autorisé dans la ligne de front, dans les tranchées. Il a donc suggéré au colonel qu'il se devait de voir la guerre de plus près et se rendre sur la ligne de front, ce qui fut vivement recommandé par le colonel, qui pensait que c'était une très bonne chose à faire[68] ».
Le ministre de Lloyd George [modifier]
Le 7 décembre 1916, David Lloyd George devient premier ministre d'un gouvernement de coalition libéral-conservateur. Winston Churchill espère en faire partie mais se heurte au veto des conservateurs d'Andrew Bonar Law[69]. Malgré cela le Premier ministre, qui comme Winston Churchill se méfie du commandement militaire, finit par le nommer ministre de l'Armement le 17 juillet 1917[70].
Ministre de l'armement puis ministre de la guerre [modifier]
En juillet 1917, il est nommé ministre de l'Armement. À ce poste, il veille à l'approvisionnement des armées et continue à plaider pour l'utilisation de tanks qui commencent à se montrer efficaces, notamment aux environs de Cambrai en 1918[71]. Pour A. J. P. Taylor, les tanks ont été plus importants au niveau psychologique que stratégique car ils ont ébranlé la foi allemande en la victoire[71].
Comme ministre de guerre à partir de janvier 1919, il fait face au mécontemment des soldats qui veulent être rapidement démobilisés[72]. Il est le principal architecte de la Ten Year Rule, ligne de conduite permettant au Trésor de diriger et de contrôler les politiques stratégique, financière et diplomatique en soutenant l'hypothèse qu'« il n'y aurait pas de grande guerre européenne pour les cinq ou dix prochaines années[73] ». Durant les négociations sur le Traité de Versailles, il s'efforce de modérer les exigences de George Clemenceau et se désole du peu d'enthousiasme de David Lloyd George pour la Société des Nations[71].
Churchill qui est opposé au bolchevisme veut faire adopter par le cabinet de guerre une politique agressive contre la Russie[74]. Mais David Lloyd George n'y est pas favorable et modère Churchill[74]. Les libéraux et les travaillistes du Labour s'y opposent aussi et le Daily Express estime que le pays a « suffisamment toléré la mégalomanie de Mr. Winston Churchill »[75] Par ailleurs, le pays veut reprendre le commerce avec la Russie et l'activisme de Churchill est perçu comme gênante [76].
Secrétaire d'État au colonies 1921 [modifier]
Il devient Secrétaire d'État aux colonies en 1921. À ce titre, il est signataire du traité anglo-irlandais de la même année, qui établit l'État libre d'Irlande. Il est impliqué dans les longues négociations du traité et, pour protéger les intérêts maritimes britanniques, conçoit une partie de l'accord de l'État libre d'Irlande afin d'inclure trois ports : Queenstown (Cobh), Berehaven et Lough Swilly, ports pouvant être utilisés comme bases atlantiques pour la Royal Navy[Je 29]. En accord avec les termes du traité anglo-irlandais du Commerce, ces bases seront restituées à la nouvellement nommée « Irlande » en 1938.
En tant que Secrétaire d'État aux Colonies, il est chargé du Proche-Orient qui vient de passer sous contrôle britannique, et prend le colonel Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d'Arabie, comme conseiller. C'est lui qui favorise le couronnement de l'émir Faysal en Irak et d' Abd-Allah en Transjordanie. Par ailleurs, en Irak, il remplace les forces terrestres anglaises par des avions de chasse, moins visibles[77]. Thomas Edward Lawrence dans son livre, les Sept piliers de la Sagesse cite Churchill de façon positive[78].
Churchill durant l'entre-deux guerres [modifier]
Retour au Parti conservateur, chancelier de l'Échiquier [modifier]
En septembre, le Parti conservateur se retire de la coalition du gouvernement suite à une réunion de députés d'arrière-ban insatisfaits de la gestion de l'affaire Chanak, ce qui précipite l'imminence des élections générales d'octobre 1922. Churchill tombe malade durant la campagne, et doit subir une appendicectomie de telle sorte qu'il lui est difficile de faire campagne. Il doit aussi composer avec les divisions internes qui assaillent le Parti libéral. Il arrive quatrième à l'élection de Dundee, perdant au profit du prohibitionniste Edwin Scrymgeour sa place de député. Churchill explique plus tard qu'il a quitté Dundee « sans bureau, sans siège, sans parti et sans attache et… sans appendice ! ». Il se présente de nouveau pour les libéraux aux élections générales de 1923, perdant à Leicester, puis comme indépendant, d'abord sans succès dans une élection partielle dans la circonscription de l'abbaye de Westminster, puis avec succès aux élections générales de 1924, à Epping. L'année suivante, il rejoint officiellement le Parti conservateur, en commentant ironiquement que « n'importe qui peut être un lâcheur, mais il faut une certaine ingéniosité pour l'être à nouveau[N 9],[79] ». Churchill qui voit dans le socialisme « l'ombre de la folie communiste »[80], est alors extrêment impopulaire dans toute la gauche anglaise. Emmanuel Shinwell, un député travailliste écrit : « lorsqu'un orateur travailliste se trouvait à court d'arguments, il lui suffisait de dire "À bas Winston Churchill !" ...[Pour] déclencher un tonnerre d'applaudissements »[80]. Il est nommé chancelier de l'Échiquier en 1924 par Stanley Baldwin, et dirige le désastreux retour à l'étalon-or en Grande-Bretagne qui aboutit à la déflation, au chômage et à la grève des mineurs, prémices de la grève générale de 1926[81]. Sa décision, annoncée dans le budget de 1924, vient après une longue consultation avec divers économistes, y compris John Maynard Keynes, le Secrétaire permanent au Trésor, Sir Otto Niemeyer et le conseil d'administration de la Banque d'Angleterre. Cette décision incite Keynes à écrire The Economic Consequences of Mr. Churchill, faisant valoir que le retour à l'étalon-or avec sa parité d'avant-guerre en 1925, 1 £ = 4 86 $, conduirait à une dépression mondiale. Toutefois, la décision est généralement considérée comme populaire et de « bonne économie » bien que Lord Beaverbrook et la fédération des industries britanniques s'y opposent[Rh 2].
Churchill, plus tard, considérera cette décision comme la plus grande erreur de sa vie. Toutefois, dès cette époque, dans les discussions avec l'ancien chancelier Reginald McKenna, il reconnaît déjà que le retour à l'étalon-or et la politique de l'argent cher est économiquement mauvais. Dans ses discussions, il maintient toutefois que cette décision est fondamentalement politique : un retour aux conditions d'avant-guerre dans lesquelles il croit[Rh 3]. Dans son discours sur le projet de loi, il déclare : « Je vais vous dire ce qu'il [le retour à l'étalon-or] va nous attacher. Il va nous attacher à la réalité ». Le retour au taux de change d'avant-guerre et à l'étalon-or déprime les industries. La plus touchée est celle du charbon. Déjà affectée par la baisse de la production depuis que les navires sont passés au pétrole, le retour aux changes d'avant-guerre crée des coûts additionnels pouvant atteindre 10 % pour l'industrie. En juillet 1925, une commission d'enquête rapporte que les mineurs s'en trouvent généralement favorisés, contrairement aux propriétaires des mines[Je 30].
Cette commission ne résout rien, et le litige impliquant les mineurs conduit à la grève générale de 1926 ; Churchill aurait alors laissé entendre que les mitrailleuses devraient être utilisées sur les mineurs. Il édite le journal du gouvernement, le British Gazette et, pendant le conflit, fait valoir que « soit le pays va briser la grève générale, soit la grève générale va briser le pays » ; il déclare que le fascisme de Benito Mussolini a « rendu un service à l'ensemble du monde [en exposant] un moyen de lutter contre les forces subversives ». De fait, il considère le régime comme un rempart contre la menace de la révolution communiste. À un certain point, Churchill va jusqu'à surnommer Mussolini le « génie romain [...] le plus grand législateur entre les hommes[Pi 1]. » Le 15 janvier 1927, au cours d'une visite à Rome, il réitère ses compliments à l'égard de Mussolini déclarant, « si j'étais italien, je suis sûr que j'aurais soutenu Mussolini depuis le début jusqu'à la fin »[82].
La philosophie de l'Histoire de Churchill [modifier]
La parution des volumes de The World Crisis (Le Monde en crise) s'échelonne entre 1923 et 1931. Une des thèses centrales des deux premiers volumes parus en 1923 peut être formulée ainsi : « durant le conflit, les professionnels de la guerre généraux et amiraux -the brass-hat-, ont eu régulièrement tort, tandis que les professionnels de la politique -the frocks- ont eu généralement raison »[83]. John Maynard Keynes, qui apprécie l'ouvrage, suggère dans une remarque les réserves qu'inspire l'ouvrage au Groupe de Bloomsbury. Pour lui, le livre provoque « un peu d'envie peut-être, devant sa conviction inébranlable que les frontières, les races, les patriotismes, et même les guerres s'il le faut, sont des vérités ultimes de l'humanité, ce qui confère dans son esprit une sorte de dignité et même de noblesse à des évènements qui ne sont pour d'autres qu'un intermède cauchemardesque, quelque chose qu'il convient d'éviter constamment » [84].
Dans Toughts and Adventure, Churchill développe une vision de l'Histoire à l'opposé de celle du Karl Marx. Pour lui, l'Histoire est d'abord faite par les grands hommes. Dans le livre précédemment cité, il écrit : « l'histoire du monde est principalement la geste des êtres exceptionnels, dont la pensée, les actions, les qualités, les vertus, les triomphes, les faiblesses ou les crimes ont dominé la fortune des hommes » [85]. De là découlent pour François Bédarida trois conséquences. Tout d'abord, l'histoire, soumise au libre choix des hommes, est imprévisible[86]. Ensuite, pour Churchill, le présent éclaire plus le passé que l'inverse. Par exemple, dans son livre sur son ancêtre, le Duc de Malborough, c'est le présent, les actions de Lloyd George ou même d'Hitler, qui lui permettent de comprendre le XVIIe siècle [87]. Enfin, comme pour le grand historien Whig, pour Lord Acton aussi, et un peu comme pour Augustin d'Hippone, l'Histoire est aussi un combat moral entre le bien et le mal. De là, pour François Bédarida « une approche à la fois idéologique et mythique » qui fait de Churchill une incarnation de « conception whig de l'histoire »[87]
Traversée du désert [modifier]
Le gouvernement conservateur est défait aux élections générales de 1929. Churchill prend du recul, fait un cycle de conférences aux États-Unis (il est présent par hasard à la tribune de la bourse de Wall Street le Jeudi noir qui plonge le monde et la Grande-Bretagne dans la crise[88]) et se laisse écarter en ne demandant pas à être élu à la commission conservatrice des affaires, la direction officielle des députés conservateurs. Au cours des deux années suivantes, il s'éloigne de la direction conservatrice sur les questions de protection tarifaire et du mouvement pour l'indépendance de l'Inde, par ses opinions politiques et ses amitiés avec les barons de la presse, de la finance et d'autres personnes dont la réputation est considérée comme douteuse. Lorsque, face à la crise, Ramsay MacDonald forme le gouvernement d'unité nationale en 1931, il n'est pas invité à s'y joindre. Sa carrière est au ralenti, c'est une période connue comme étant sa traversée du désert[89].
« Me voici, après quelque trente années à la Chambre des communes, après avoir détenu plusieurs des plus hautes fonctions de l'État. Me voici congédié, écarté, abandonné, rejeté et détesté. [Parlant des hommes politiques en vue de l'époque Ramsay MacDonald et Stanley Baldwin] il dit : deux infirmières idéales pour garder le silence dans une chambre obscure[90]. »
Il passe la majeure partie des années suivantes à se consacrer à ses écrits, dont Marlborough : His Life and Times, une biographie de son ancêtre John Churchill, 1er duc de Marlborough, A History of the English-Speaking Peoples, œuvre publiée bien après la Seconde Guerre mondiale[89], et Great Contemporaries, qui concentre de nombreux articles de journaux et des collections de discours. Il est l'un des écrivains les mieux payés de son temps[89]. Pour sa femme Clémentine, et plus tard pour Churchill lui-même, cet isolement est une chance car, eût-il été ministre, il y a peu de chances qu'il eût pu réellement peser sur le cours des événements tellement la situation politique intérieure est, selon elle, « déprimante » [91]. Trois éléments au moins expliquent son isolement et surtout la durée de sa traversée du désert : sa position sur l'Inde[92], sa position sur l'affaire de l'abdication royale qui renforce dans l'opinion l'idée que Churchill est imprévisible[93]et son opposition à l'Allemagne nazie, qui pour lui représente la principale menace (le fascisme italien ou l'Espagne franquiste dont il fallait éviter qu'ils ne renforcent l'Allemagne étant pour lui moins importants)[94] ; ce qui le met en porte-à-faux par rapport à une classe politique pacifiste[95]. Toutes ces raisons, alors qu'il est premier ministrable[96], font que lui est préféré un homme comme Neville Chamberlain.
Le statut de l'Inde [modifier]
Au cours de la première moitié des années 1930, Churchill est franchement opposé à l'octroi du statut de dominion à l'Inde. Après un voyage aux États-Unis en 1930, il aurait dit : « l'Inde est un terme géographique, [...], elle n'est pas plus une nation unie que l'Équateur[97] ». Il est l'un des fondateurs de la Ligue de défense de l'Inde, un groupe dédié à la préservation du pouvoir britannique dans le pays. Dans des discours et des articles de presse de cette période, il prévoit un taux de chômage britannique élevé et la guerre civile en Inde si l'indépendance devait être accordée[Rh 4]. Le vice-roi des Indes Edward Wood, qui avait été nommé par le précédent gouvernement conservateur, participe à la première Round Table Conference, qui se tient de novembre 1930 à janvier 1931, puis annonce la décision gouvernementale selon laquelle l'Inde devrait recevoir le statut de dominion. En cela, le gouvernement est appuyé par le Parti libéral et, au moins officiellement, par le Parti conservateur. Churchill dénonce la conférence[98]. Lors d'une réunion de l'Association conservatrice d'Essex-Ouest spécialement convoquée afin que Churchill puisse expliquer sa position, il affirme qu'« il est aussi alarmant et nauséabond de voir M. Gandhi, un avocat séditieux du Middle Temple, qui pose maintenant comme un fakir d'un type bien connu en Orient, montant à demi-nu jusqu'aux marches du palais du vice-roi [...] afin de parlementer sur un pied d'égalité avec le représentant de l'empereur-roi[99] ». Il nomme les dirigeants du Congrès indien « des brahmanes qui vocifèrent et baratinent les principes du libéralisme occidental[Rh 5] ».
Deux incidents endommagent grandement la réputation de Churchill au sein du Parti conservateur au cours de cette période et tous deux ont été considérés comme des attaques par le premier ban conservateur. Il y a d'abord le discours qu'il prononce à la veille de l'élection partielle de St-George, en avril 1931. Là où un siège conservateur est assuré, le candidat officiel du parti Duff Cooper est opposé à un conservateur indépendant. Ce dernier est appuyé par Lord Rothermere, Lord Beaverbrook et par leurs journaux respectifs. Bien que préparé avant que l'élection partielle soit prévue[Rh 6], le discours de Churchill est considéré comme une déclaration de soutien au candidat indépendant et comme un appui à la campagne des barons de la presse contre Baldwin. La position de Baldwin est renforcée lorsque Duff Cooper remporte l'élection, et que la campagne de désobéissance civile en Inde cesse avec le pacte Gandhi-Irwin. Le deuxième problème provient d'une accusation, selon laquelle Samuel Hoare et Lord Derby auraient fait pression sur la Chambre de commerce de Manchester afin qu'elle modifie le rapport transmis au Joint Select Committee, examinant la loi sur le gouvernement de l'Inde ; ils auraient ainsi violé le privilège parlementaire. Churchill évoque la question devant le Comité des privilèges de la Chambre des communes qui, après enquête, rapporte à la Chambre qu'il n'y a pas eu violation[Rh 7]. Le rapport est débattu le 13 juin. Churchill n'est pas en mesure de trouver un seul partisan et le débat prend fin sans vote sur le rapport.
Churchill rompt définitivement avec Stanley Baldwin sur le statut de l'Inde, et n'obtient aucun ministère tant que celui-ci est Premier ministre. En fait, trois choses posent problème à Churchill. Durant cette période, l'Angleterre abandonne de facto le libre-échange qui a été le pilier de sa doctrine depuis le milieu du XIXe siècle[100]. Par ailleurs, avec l'indépendance de l'Inde qu'il voit se dessiner, l'Angleterre devient une puissance moyenne ; « sans ses possessions impériales, le pays ne serait plus qu'une île obscure au large du continent européen »[101]. Enfin, Churchill cherche à revenir au pouvoir. Pour Lord Beaverbrook, l'attitude de Churchill relève du « vice de caractère » qui conduit à « accepter n'importe quoi pourvu que cela conduise au pouvoir »[101]. Certains historiens voient son attitude à l'égard de l'Inde exposée dans son livre My Early Life, publié en 1930[Rh 8]. Ils contestent également ses motivations concernant le maintien de son opposition.
Le réarmement de l'Allemagne [modifier]
À partir de 1932, quand il s'oppose à ceux qui préconisent de donner à la République de Weimar le droit de parité militaire avec la France, Churchill parle souvent des dangers de son réarmement[Rh 9]. Par la suite, en particulier dans The Gathering Storm (L'Orage Approche), il se dépeint comme étant lui-même pendant quelque temps, l'unique voix appelant la Grande-Bretagne à se renforcer pour lutter contre le bellicisme de l'Allemagne[Pi 2]. Toutefois, Lord Lloyd est le premier à souligner ce danger[102]. L'attitude de Churchill envers les dictateurs fascistes est ambigüe. En 1931, il met en garde la Société des Nations lorsqu'elle veut s'opposer à l'invasion japonaise en Mandchourie : « J'espère que nous allons essayer en Angleterre de comprendre la position du Japon, un État ancien... D'un côté, ils ont la sombre menace de la Russie soviétique. Sur l'autre, le chaos de la Chine, quatre ou cinq provinces qui sont torturées sous le régime communiste[Rh 10] ». Dans les articles de presse, il compare le gouvernement républicain espagnol à un bastion du communisme, et l'armée de Franco comme un mouvement anti-rouges[Rh 11]. Il soutient le pacte Hoare-Laval et continue jusqu'en 1937 à louanger Benito Mussolini[103] .
S'exprimant à la Chambre des communes en 1937, Churchill déclare : « Je ne prétends pas que, si j'avais à choisir entre le communisme et le nazisme, je choisirais le communisme[104] ». Dans un essai de 1935, intitulé Hitler and his Choice et republié dans Great Contemporaries en 1968, Churchill exprime l'espoir qu'Hitler, s'il en décide ainsi, et en dépit de son ascension au pouvoir dictatorial par le biais de l'action, à la haine et la cruauté, puisse encore « passer à l'Histoire comme l'homme qui a restauré l'honneur et la paix de l'esprit de la grande nation germanique, de nouveau sereine, utile et forte, et au premier plan du cercle de la famille européenne[105] ». Le premier grand discours de Churchill sur la défense, le 7 février 1934, souligne toutefois la nécessité de reconstruire la Royal Air Force et de créer un ministère de la Défense. Son second, le 13 juillet, demande instamment un pouvoir renforcé de la Société des Nations. Ces trois points restent ses thèmes primordiaux avant 1936. En 1935, il est l'un des membres fondateurs de Focus, un groupe de pression rassemblant des personnes de différentes orientations politiques et professionnelles, unies dans la recherche de « la défense de la liberté et de paix[106] ». Celui-ci conduit à la formation d'un groupe plus important, Arms and the Covenant Movement, en 1936.
Churchill est en vacances en Espagne quand les Allemands réoccupent la Rhénanie en février 1936. Il revient alors dans une Grande-Bretagne divisée : l'opposition travailliste est fermement opposée à toute sanction, tandis que le gouvernement national est désuni, entre ceux qui soutiennent des sanctions économiques, et ceux qui affirment que cela peut conduire à un recul humiliant de la Grande-Bretagne, car la France ne pourrait soutenir une intervention[N 10]. Le discours mesuré de Churchill, le 9 mars, est salué par Neville Chamberlain comme constructif. Pourtant dans les semaines suivantes, Churchill est dévoyé pour le poste de ministre pour la coordination de la défense, qui échoit au procureur général Thomas Inskip[Rh 12]. Alan Taylor commente cette décision : « une nomination correctement décrite comme la plus extraordinaire depuis que Caligula a fait de son cheval un consul[107] ». En juin 1936, Churchill organise une délégation de hauts responsables conservateurs, qui partagent ses soucis, afin de voir Baldwin, Chamberlain et Halifax. Il essaye de convaincre des délégués des deux autres partis à se joindre à eux, et, plus tard, écrit : « si les dirigeants de l'opposition des libéraux et du Labour étaient venus avec nous, cela aurait pu aboutir à une situation politique aussi puissante que les résultats des actions mises en place[108] ». Mais, vu sa composition, la réunion aboutit à peu de choses, Baldwin faisant valoir que le gouvernement fait tout ce qu'il peut étant donné le sentiment antiguerre de l'électorat.
Le 12 novembre, Churchill revient sur le sujet. Après avoir donné quelques exemples qui montrent que l'Allemagne se prépare à la guerre, il dit : « le gouvernement est incapable de prendre une décision ou de contraindre le Premier ministre à en prendre une. Alors les membres du cabinet s'embrouillent dans d'étranges paradoxes, bien décidés seulement à ne rien décider, bien résolus à ne rien résoudre ; ils mettent toute leur énergie à se laisser aller à la dérive, tous leurs efforts à être malléables, toutes leurs forces à se montrer impuissants. Des mois et des années qui vont suivre, qui sont d'un si grand prix pour la grandeur de l'Angleterre et ont peut-être même pour elle une importance vitale, nous ne ferons rien, nous les laisserons se faire dévorer par les sauterelles[108]. »
Robert Rodhe James qualifie ce discours comme l'un des plus brillants de Churchill au cours de cette période ; la réponse de Baldwin semble faible et perturbe la Chambre. L'échange renforce l'implication des membres du Arms and the Covenant Movement[Rh 13].
Crise d'abdication [modifier]
En juin 1936, Walter Monckton confirme à Churchill que les rumeurs selon lesquelles le roi Édouard VIII a l'intention d'épouser Wallis Simpson, une roturière américaine, sont crédibles, ce qui le contraindrait à abdiquer. En novembre, il refuse l'invitation de Lord Salisbury à faire partie d'une délégation de conservateurs chevronnés d'arrière-ban, allant voir Baldwin pour discuter de la question. Le 25 novembre, lui, Attlee et le leader libéral Archibald Sinclair s'entretiennent avec Baldwin, qui leur annonce officiellement l'intention du roi. On leur demande s'ils constitueraient un gouvernement si Baldwin et le gouvernement national démissionnaient, dans le cas où le roi ne respecterait pas l'avis du ministère. Attlee et Sinclair répondent qu'ils n'entreraient pas en fonction s'ils étaient invités à le faire. Churchill répond que son état d'esprit est un peu différent, mais qu'il soutiendrait le gouvernement[109].
La crise d'abdication devient publique dans les quinze premiers jours du mois de décembre 1936. À ce moment, Churchill donne officiellement son soutien au roi. La première réunion publique du Arms and the Covenant Movement a lieu le 3 décembre. Churchill était un grand orateur et écrivit plus tard que dans la réponse au discours de remerciement, il fait une déclaration « sur l'inspiration du moment », demandant un délai avant que toute décision soit prise soit par le roi soit par son cabinet[108]. Plus tard dans la nuit, Churchill examine le projet de déclaration d'abdication du roi, et en discute avec Beaverbrook et l'avocat du roi. Le 4 décembre, il rencontre le roi et l'exhorte de nouveau à retarder toute décision concernant l'abdication. Le 5 décembre, il publie une longue déclaration dénonçant la pression inconstitutionnelle que le ministère applique sur le roi, pour le forcer à prendre une décision hâtive[Rh 14]. Le 7 décembre, il tente d'intervenir aux Communes pour plaider en faveur d'un délai. Il est hué. Apparemment déstabilisé par l'hostilité de tous les membres, il quitte la salle[110].
La réputation de Churchill au Parlement, comme dans le reste de l'Angleterre, est gravement endommagée. Certains, comme Alistair Cooke, l'imaginent essayant de fonder un parti royaliste, le King's Party[111]. D'autres, comme Harold Macmillan, sont consternés par les dégâts, provoqués par l'appui de Churchill au roi, envers le Arms and the Covenant Movement[112]. Churchill lui-même écrit plus tard : « J'ai été frappé que dans l'opinion publique, cela fut presque unanimement vu comme la fin de ma vie politique[108] ». Les historiens sont divisés sur les motifs de Churchill à apporter son soutien à Édouard VIII. Certains, comme A. J. P. Taylor, voient cela comme une tentative de « renverser un gouvernement d'hommes faibles[113] ». D'autres, comme Rhode James, voient les motivations de Churchill comme honorables et désintéressées, étant très compatissant envers le roi[Rh 15].
Retour en grâce [modifier]
S'il est vrai qu'il a peu d'appui à la Chambre des communes pendant une bonne partie des années 1930, Churchill a de nombreux privilèges donnés par le gouvernement. Le « groupe de Churchill » de la deuxième moitié de la décennie consiste seulement en lui-même, Duncan Sandys et Brendan Bracken. Il est isolé des autres principales factions au sein du Parti conservateur, qui font pression pour une accélération du réarmement et une politique étrangère plus forte[N 11]. Dans un certain sens, « l'exil » est plus apparent que réel. Churchill continue d'être consulté sur de nombreuses questions par le gouvernement, et est toujours considéré comme un leader alternatif[N 12].
Même à l'époque où Churchill fait campagne contre l'indépendance de l'Inde, il reçoit des informations officielles, et par ailleurs secrètes. Dès 1932, le voisin de Churchill, le major Desmond Morton, avec l'approbation de Ramsay MacDonald, donne à Churchill des informations du même type sur la force aérienne allemande[Rh 16]. À partir de 1930, Morton dirige un département du Comité de Défense Impériale chargé de la recherche sur la capacité opérationnelle des défenses des autres nations. Lord Swinton, en tant que Secrétaire d'État de l'air, et avec l'approbation de Baldwin, lui donne accès en 1934 à tous ces renseignements.
Tout en sachant que Churchill resterait très critique envers le gouvernement, Swinton le renseigne donc, car il pense qu'un adversaire bien informé est préférable à un autre se fondant sur des rumeurs et des ouï-dire[Rh 17]. Churchill est un féroce opposant de la politique d'apaisement de Neville Chamberlain envers Adolf Hitler[Pi 3] et après la crise de Munich, au cours de laquelle la Grande-Bretagne et la France ont abandonné la Tchécoslovaquie à Hitler, il déclare franchement et prophétiquement, au cours d'un discours à la Chambre des communes : « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre, ce moment restera à jamais gravé dans vos cœurs[N 13],[114] ».
Churchill est, dans la période après les accords de Munich en faveur d'une alliance avec l'URSS. En effet, il estime qu'elle est nécessaire à la lutte contre l'Allemagne nazie. Il tente d'autant plus de faire avancer ce dossier qu'il connaît l'ambassadeur soviétique au Royaume-Uni Ivan Maisky et qu'il sait que le ministre des affaires étrangères soviétique Maxime Litvinov pousse dans ce sens[115]. Mais, Neville Chamberlain et son ministre des affaires étrangères s'opposent à une telle alliance, tout comme d'ailleurs, l'administration française. Face à cette situation[116]Joseph Staline limoge Litvinov et nomme Molotov à sa place pour mener une politique qui conduit au pacte germano-soviétique[117] le 23 août 1939.
Churchill durant la seconde guerre mondiale [modifier]
Le Premier Lord de l'Amirauté is back [modifier]
Après le pacte germano-soviétique du 23 août 1939, les événements se précipitent. L'Allemagne envahit la Pologne et le 3 septembre 1939, le Royaume-Uni déclare la guerre à l'Allemagne. Churchill est alors nommé Premier Lord de l'Amirauté et membre du Cabinet de guerre, tout comme il l'avait été pendant la première partie de la Première Guerre mondiale. La légende veut que lorsqu'il en est informé, le Conseil de l'Amirauté envoie ce message à la flotte : « Winston is back[118] ». En fait, pour François Bédarida, il n'en est rien, le biographe de Churchill Martin Gilbert n'ayant jamais trouvé trace de ce message[119]. Par contre, il est exact que la marine accueille favorablement sa nomination. Churchill est nommé en raison de la défiance des députés et d'une partie du gouvernement envers le Premier ministre Neville Chamberlain. Aussi, celui-ci juge opportun de faire entrer au gouvernement un député partisan d'une attitude plus résolue face à l'Allemagne nazie[120]. Peu de temps après sa nomination, Churchill reçoit un appel téléphonique de Franklin Delano Roosevelt l'informant que l'amiral Raeder de la marine allemande l'a averti d'un complot britannique concernant un bateau américain l'Iroquois. La chose ne va pas plus loin et marque surtout le début d'un long échange épistolaire de mille six cent quatre-vingt-huit lettres entre les deux hommes[121]. À l'Amirauté, Churchill est très occupé. En effet, durant la drôle de guerre les seules actions notables ont lieu en mer. Comme au cours de la Première Guerre mondiale la Royal Navy subit d'abord des pertes avant de connaître une première victoire sur le Graf Spee lors de la Bataille du Rio de la Plata[122]. À ce poste, Churchill montre qu'il sait se faire obéir et que son autorité n'est pas contestée[123].
Churchill préconise l'occupation préventive du port de Narvik où transite le minerai de fer de la Norvège, alors neutre, et des mines de fer de Kiruna, en Suède vers l'Allemagne. Mais, Chamberlain et une partie du Cabinet de guerre sont en désaccord sur ce qu'il convient de faire, retardant l'opération jusqu'à l'invasion allemande de la Norvège. Tout cela conduit les députés à douter de plus en plus des capacités de Chamberlain à conduire le pays en temps de guerre[124]. Suite à un vote du Parlement où il ne fait pas le plein des voix escomptées et où il est très critiqué, Neville Chamberlain se résout le 8 mai 1940 à la création d'un gouvernement d'Union nationale[125]. Mais, si les travaillistes veulent bien d'un gouvernement d'Union nationale, ils ne veulent pas de Chamberlain comme Premier ministre[126].
Churchill Premier ministre d'un gouvernement de coalition [modifier]
À partir du 8 mai 1940 et de la décision de Chamberlain de créer un cabinet d'Union nationale, les choses se précipitent. Les travaillistes réunis en congrès à Bournemouth confirment qu'ils sont prêts à participer à un gouvernement mais « sous l'autorité d'un nouveau Premier ministre »[125]. Hugh Dalton fait ajouter cette précision car il craint que Chamberlain ne s'accroche au pouvoir. De fait, lorsque le 10 mai 1940, une attaque éclair sur les Pays-Bas et la Belgique, prélude à l’invasion allemande de la France, est déclenchée par Adolf Hitler, Chamberlain semble vouloir profiter de la situation pour se maintenir au pouvoir[125]. Quoi qu'il en soit la décision travailliste l'oblige à aller remettre sa démission au roi et à suggérer le nom du successeur. Lord Halifax, le favori de Chamberlain, du Roi George VI et des conservateurs refuse le poste de Premier ministre, parce qu'il pense ne pas pouvoir gouverner efficacement en tant que membre de la Chambre des Lords estimant qu'un Premier ministre doit siéger à la Chambre des communes [127]. Reste donc Winston Churchill, ce qui n'enchante ni le roi ni l' establishment [128]. Le News Chronicle faisant état d'un sondage d'opinion montre que les partisans de Churchill se trouvent alors parmi « les membres des groupes de revenus inférieurs, les personnes de vingt-et-un ans à trente ans et les hommes... »[129]. Lorsqu'il se présente au Parlement, Churchill est moins applaudi que son prédécesseur Chamberlain qui d'ailleurs reste à la tête du parti[125]. Pour William Manchester, cette tiédeur envers Churchill tient au fait que l'establisment anglais voit en Adolf Hitler « le produit de forces sociales et historiques complexes », quand Churchill , « homme convaincu que les individus sont responsables de leur actes » le voit comme représentant les forces du Mal et voit le conflit comme le combat du Bien contre le Mal[130].
Churchill forme alors un gouvernement, rassemblant le Cabinet de guerre et les ministres, en charge des décisions stratégiques. Ce Cabinet de guerre se compose, en sus de Churchill, de deux conservateurs : Neville Chamberlin et Lord Halifax, de deux travaillistes : Clement Attlee Lord du Sceau privé, et d'Arthur Greenwood[131]. Le gouvernement lui-même est composé à la fois des membres éminents des partis conservateur et travailliste et, dans une moindre mesure, de libéraux et indépendants. Parmi les ministres, on peut citer les noms de Duff Cooper (un conservateur critique) à l'Information, d'Anthony Eden à la Guerre puis aux Affaires étrangères, de Sir Archibald Sinclair, un libéral, à l'Air, du syndicaliste Ernest Bevin au ministère du travail, d'Herbert Morrison à la production industrielle, de Hugh Dalton (travailliste) à la Guerre Économique ; A.V. Alexander (travailliste) étant Premier Lord de l'Amirauté. Les Finances sont d'abord confiées à Kingsley Wood [132] puis à John Anderson, deux conservateurs. Toutefois, concernant les problèmes économiques, les techniciens, parmi lesquels John Maynard Keynes, disposent d'une large autonomie. En février 1942 intervient un remaniement : Clement Attlee devient vice-Premier ministre, Lord Beaverbrook, chargé de la production d'avions, démissionne, Oliver Lyttelton devient ministre de la Production, Lord Cranborne ministre des colonies, et Sir James Grigg, un technocrate, remplace David Margeson au ministère de la Guerre.
Churchill, quand il est nommé premier ministre, a près de soixante cinq ans. S'il est le doyen de ses grands homologues Franklin Delano Roosevelt et Joseph Staline, malgré tout c'est à lui qu'il reste le plus d'années à vivre. Pourtant, il est doté d'une santé relativement santé fragile. Il fait une légère crise cardiaque en décembre 1941 à la Maison-Blanche, il contracte une pneumonie en décembre 1943. Cela ne l'empêche pas de parcourir plus de 160 000 km tout au long de la guerre notamment à l'occasion de rencontres avec les autres dirigeants. Pour des raisons de sécurité, il voyage habituellement en utilisant le pseudonyme de "colonel Warden"[133].
Du sang et des larmes : les débuts de la seconde guerre mondiale [modifier]
« J'aimerais dire à la Chambre, comme je l'ai dit à ceux qui ont rejoint ce gouvernement : je n'ai à offrir que du sang, des peines, des larmes et des sueurs. Vous me demandez, quelle est notre politique ? Je vous dirais : C'est faire la guerre sur mer, sur terre et dans les airs, de toute notre puissance et de toutes les forces que Dieu pourra nous donner[129]. »
Si les discours de Churchill contribuent à renforcer l'énergie des Anglais, il n'en demeure pas moins que les députés conservateurs sont des plus réservés quand il prononce ce discours le 13 mai 1940. Geoffrey Dawson le qualifie de « bon petit discours martial .[129] ». Churchill doit surtout faire face à une débâcle : les forces franco-britanniques sont rapidement en très grande difficulté ; fin mai, début juin, il doit évacuer à Dunkerque l'armée britannique pour qu'elle puisse continuer le combat ailleurs ; le 28 mai, la Belgique capitule ; le 10 juin, la Norvège capitule ; la France signe l'armistice le 22 juin 1940. Churchill quant à lui, refuse d'étudier l'éventualité d'un armistice avec le Troisième Reich[134]. Son usage de la rhétorique affermit l'opinion publique contre un règlement pacifique, et prépare les Britanniques à une longue guerre[Je 31]. Il remanie alors légèrement son gouvernement. En souvenir des difficultés rencontrées jadis il crée un ministère de la Défense dont il prend la direction. Il nomme également son ami (non ami de sa femme), l'industriel et baron de la presse Lord Beaverbrook, responsable de la production des avions. Ce dernier met toute son énergie à accélérer la production et à favoriser la conception de nouveaux avions[135].
Churchill déclare dans son discours This was their finest hour à la Chambre des communes le 18 juin 1940 : « Je pense que la bataille d'Angleterre va bientôt commencer[N 14] ». De fait, elle commence en juilllet 1940, il s'agit essentiellement d'une guerre des airs destinée à s'assurer la maîtrise de l'espace aérien du Royaume-Uni. De cette maîtrise dépend la possibilité ou non pour les allemands de débarquer en Angleterre. S'agissant d'une guerre menée par quelques milliers d'aviateurs, Churchill déclare : « Jamais dans l'histoire des conflits humains un si grand nombre d'hommes n'ont dû autant à un si petit nombre.[136] » (cette phrase est à l'origine du surnom The Few pour les pilotes de chasse Alliés). La Bataille d'Angleterre comporte plusieurs phases. Dans un premier temps, les Allemands tentent de conquérir la supériorité aérienne pour pouvoir débarquer. Puis, à partir du 7 septembre 1940 à travers le Blitz, c'est-à-dire des bombardements massifs de villes, comme celui de Coventry, ils tentent d'ébranler la volonté de résistance anglaise[137].
Sur mer, à partir de la mi-1940, commence la seconde bataille de l'Atlantique menée par les sous-marins de l'amiral Karl Dönitz. Il s'agit d'attaquer en meute les navires civils pour empêcher le ravitaillement de l'Angleterre. Avec l'occupation de la France, les sous-marins agissent à partir de bases situées en France, notamment à Bordeaux, Brest, La Rochelle, Lorient , Saint-Nazaire. En mars 1941, Churchill rédige le Battle of Atlantic Directive pour organiser et donner une nouvelle impulsion aux forces britanniques egagées dans la bataille [138].
Dés l'été 1940, Churchill qui veut protéger les lignes de communication anglaises vers les Indes et l'Asie envoie en renfort des hommes et des blindés au Moyen-Orient[139]. En mer a lieu la bataille du cap Matapan qui voit la marine anglaise vaincre la marine italienne. Dans les Balkans, les Britanniques doivent accepter la prise de la Grèce par les Allemands et évacuer la Crète vers le milieu 1941[140]. En décembre 1940, les Anglais lancent une offensive terrestre sur Tobrouk et Benghazi alors sous contrôle de l'Italie. Pour aider les Ialiens, Hitler doit envoyer des troupes de l'Afrikakorps commandée par Erwin Rommel qui inflige des défaites aux Anglais jusqu'à ce que la situation s'inverse lors de la seconde bataille d'El Alamein[141], dont Churchill dit dans un ses discours de guerre les plus mémorables : « Maintenant ce n'est pas la fin. Ce n'est même pas le commencement de la fin. Mais c'est, peut-être, la fin du commencement[N 15]. » Mais, à cette époque Churchill et l'Angleterre ne sont plus seuls, l'URSS de Staline est entrée en guerre le 22 juin 1941 et les États-Unis le 7 décembre 1941 après Pearl Harbor[142]. Dans un premier temps, l'entrée en guerre du Japon cause bien des problèmes à Churchill. En effet, les Japonais attaquent les possessions anglaises en Birmanie, en Malaisie, pendant la Bataille de Hong Kong et à Singapour. Dans un premier temps, les forces anglaises subissent de sérieux revers ne parvenant à se maintenir qu'en Birmanie. Parallèlement, Churchill enregistre la perte deux cuirassés le HMS Prince of Wales (53) et le HMS Repulse (1916), qui rend inopérante la stratégie de Singapour.
Churchill le stratège [modifier]
La stratégie de Churchill [modifier]
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Churchill est certainement le dirigeant britannique qui a, en 1940, la plus forte expérience dans le domaine de la stratégie tant par sa participation aux gouvernements anglais durant la Première Guerre mondiale que par ses réflexions élaborées lors de l'écriture des six volumes de The World in Crisis dans lequel il écrit : « la manoeuvre qui aboutit à introduire un nouvel allié à vos côtés est aussi fructueuse qu'une victoire sur le champ de bataille »[143]. Une phrase que sa femme Clémentine eût aimé qu'il la mit en pratique dans la vie politique, où, à son sens, il est surtout doué pour transformer des alliés potentiels en ennemis résolus. Les points forts de Chuchill sont de bien saisir les enjeux essentiels et sa capacité à prendre des décisions à haut risque[144]. Churchill est aussi très inventif et imaginatif. Mais, il s'agit ici aussi bien d'un point fort que d'un point faible, comme l'aurait dit en effet Franklin Delano Roosevelt : « Winston a cent idées par jour, dont trois ou quatre sont bonnes »[145]. De fait, il élabore parfois des plans chimériques et ses collaborateurs doivent déployer vraiment beaucoup d'énergie pour l'empêcher de les mettre en œuvre[146]. De plus, il se mêle de tout ; le Chief of the Imperial General Staff, Alan Brooke dit qu'il veut « coller ses doigts dans chaque gâteau avant qu'il ne soit cuit »[147].
Lorsque les États-Unis entrent dans la guerre fin 1941, les discussions stratégiques entre les deux grands alliés du camp occidental sont vives. Churchill est peu intéressé par la région Pacifique. En Europe il est favorable à une stratégie indirecte dite parfois « stratégie périphérique » d'affaiblissement de l'Allemagne, appuyée sur un emploi de la force navale. Face à cela, les États-Unis ont une approche d'attaque directe de l'Allemagne[148], et se méfient de l'approche de Churchill, qu'ils soupçonnent d'être dictée par des intérêts impériaux. Au départ, Churchill gagne et fait approuver une opération de débarquement en Afrique du Nord : l'opération Torch[149]. Ce débarquement se situe à une période clé. En effet, jusqu'à la mi-1942, les alliés ne cessent d'accumuler les défaites : chute de Singapour (15 février 1942), de Rangoon (8 mars), de Tobrouk (21 juin)[150]. Par contre, après la Seconde bataille d'El Alamein fin 1942, les choses changent et les victoires se succèdent. En janvier 1943, à la conférence de Casablanca, Churchill continue à faire prévaloir son option et se réjouit de la décision d'effectuer un débarquement en Sicile : c'est l'Operation Husky[151]. Concernant l'approche directe centrée sur l'operation Overlord, l'échec du débarquement de Dieppe en août 1942 en a montré les dangers. Néanmoins il s'y rallie et à partir de 1944, la stratégie américaine prévaut. Par contre lorsque les alliés organisent un débarquement en Provence Churchill eût préféré que l'armée alliée stationnée en Italie marche sur Vienne[152].
Controverse sur certaines décisions stratégiques : le bombardement de Dresde [modifier]
En 1942, les Alliés optent pour un bombardement stratégique de l'Allemagne en effectuant le 30 mai 1942 le bombardement de Cologne par environ mille avions alliés[152]. Churchill doute rapidement de cette stratégie qui est également très coûteuse pour l'Angleterre, et qui coûte le perte de 56 000 pilotes et membres d'équipage[153]. Le bombardement entre le 13 février et le 15 février 1945, par les Britanniques et les Américains, de la ville de Dresde entraîne une polémique. Plusieurs raisons à cela : il s'agit d'une ville avec un passé culturel important, et le bombardement fait un nombre de victimes civiles élevées alors que la fin de la guerre est proche et que la cité est bondée d'Allemands blessés et de réfugiés[154]. Cette action reste l'action des Alliés sur le front occidental la plus controversée. Churchill déclare après le bombardement, dans un télégramme top secret : « Il me semble que le moment est venu où la question du bombardement intensif des villes allemandes devrait être examinée du point de vue de nos intérêts propres. Si nous prenons le contrôle d'un pays en ruine, il y aura une grande pénurie de logement pour nous et nos alliés ... Nous devons veiller à ce que nos attaques ne nous nuisent pas, sur le long terme, plus à nous-mêmes que ce qu'elles nuisent à l'effort de guerre de l'ennemi[155][156]. »
Malgré tout, la responsabilité de la partie britannique de l'attaque incombe à Churchill, et c'est pour cette raison qu'il est critiqué pour avoir permis les bombardements. L'historien allemand Jörg Friedrich affirme que « la décision de Winston Churchill de bombarder une région d'une Allemagne sinistrée entre janvier et mai 1945 était un crime de guerre[157] », alors que le philosophe Anthony Grayling, dans des écrits de 2006, remet en question l'ensemble de la campagne de bombardement stratégique par la RAF, en exposant comme argument que bien que n'étant pas un crime de guerre, il s'agissait d'un crime moral et nuisible à l'affirmation selon laquelle les Alliés ont mené une guerre juste[158]. Certains affirment aussi que la participation de Churchill dans la décision du bombardement de Dresde est fondée sur les orientations stratégiques et les aspects tactiques pour gagner la guerre. La destruction de Dresde, qui fut immense, avait été décidée dans le but d'accélérer la défaite de l'Allemagne. L'historien britannique Frederick Taylor affirme que : « Toutes les parties ont bombardé les villes des autres pendant la guerre. Un demi-million de citoyens soviétiques, par exemple, décèdent des suites de bombardements allemands pendant l'invasion et l'occupation de la Russie. C'est à peu près équivalent au nombre de citoyens allemands qui décèdent des suites de raids des forces alliées. Mais la campagne de bombardement des Alliés est rattachée aux opérations militaires et cesse dès que les opérations militaires ont cessé[159]. »
Churchill et la guerre de l'ombre [modifier]
Churchill dés son premier passage en tant que premier Lord de l'Amirauté s'est intéressé aux problèmes de décryptage. À peine revenu aux affaires, il crée à Bletchley Park, un centre chargé de "casser" les codes ennemis et qui emploie de très nombreux scientifiques souvent étudiants ou enseignants des universités de Cambridge et d'Oxford[160]. C'est ce service qui parvient à percer le secret des machines Enigma [161]. Ces moyens de décodage lui sont d'une grande utilité tout au long de la guerre, notamment lors de la bataille de l'Atlantique, ainsi que lors du débarquement en Normandie[162]. D'une façon générale, Churchil s'est toujours intéressé au Renseignement et, dés 1909, il a soutenu la création par le gouvernement Asquith, auquel il appartenait, la création du MI5 et du MI6[163].
En sus des services traditionnels évoqués précédemment Churchill crée le MI9 chargé de récupérer les militaires ou les résistants tombés derrière les lignes ennemis[164]. En lien avec sa stratégie indirecte d'affaiblissement de l'ennemi, il crée aussi le Special Operations Executive (SOE), rattaché au ministère de la Guerre Économique dirigé par Hugh Dalton, un travailliste, ancien de la London School of Economics. Le SOE est présent dans tous les pays européens où il apporte un soutien logistique et organisationnel à la Résistance[165]. Pour ce qui est de la France, il coopère avec les principaux réseaux de résistance comme le montre l'article Liste des réseaux de la section F du SOE. En Asie, le SOE est nommé Force 136 et compte parmi ses agents l'écrivain français Pierre Boulle. Concernant la Yougoslavie, la direction du SOE du Caire, qui traite ces dossiers, est infiltrée d'après François Kersaudy par les communistes, dont le plus notable est James Klugmann[166]. Sont également créées à cette époque des troupes de Forces Spéciales comme le Special Air Service et le Combined Operations qui mène plusieurs actions commandos dont l'Opération Chariot sur Saint-Nazaire dans le cadre de la traque du cuirassé Tirpitz[167]. Enfin, pour mettre fin à la palette de moyens disponibles, Churchill crée le Political Warfare Executive chargé de la propagande. Ce service dépend et du Foreign Office (ministère des Affaires Étrangères) et du ministère de l'Information[164].
Churchill et ses principaux alliés [modifier]
Churchill, en pensant à l'alliance que son ancêtre le duc de Malborough a constitué contre Louis XIV, appelle Grande Alliance la coalition composée de l'Angleterre, des États-Unis et de l'URSS[142]. En général, les Français s'en sentent également partie.
Relations avec les États-Unis [modifier]
Les bonnes relations qu'entretient Churchill avec Franklin D. Roosevelt facilitent l'obtention par la Grande-Bretagne du ravitaillement dont elle a besoin (nourriture, pétrole et munitions) par les routes maritimes de l'Atlantique du Nord. Aussi, Churchill est soulagé lorsque Roosevelt est réélu en 1940. Ce dernier met alors immédiatement en œuvre une nouvelle méthode pour la fourniture et le transport du matériel militaire vers la Grande-Bretagne sans la nécessité d'un paiement immédiat : le prêt-bail. Après l'attaque de Pearl Harbor, la première pensée qu'a Churchill, prévoyant l'entrée en guerre des États-Unis est : « Nous avons gagné la guerre. »[168].
Churchill plaide si inlassablement sur l'idée de « Special relationship » pour caractériser la relation entre les deux pays qu'elle devient un lieu commun[169] — même si en réalité les choses sont plus complexes et que les pays ont des visions divergentes notamment sur la décolonisation. Churchill qui écrit plus tard un livre intitulé A History of the English-Speaking Peoples est également très sensible à l'idée d'une communauté constituée par ceux qui parlent la même langue. Plus généralement, il est un de ceux qui fait le plus pour élaborer la notion d'« Ouest » (ou en français d'Occident), entendu comme « foyer de la liberté et de la démocratie investi de la mission sacrée de lutter contre la tyrannie »[169]. C'est dans cette optique qu'il dresse les grands axes de la charte de l'Atlantique adoptée lors d'une rencontre avec Roosevelt au large de Terre-Neuve le 12 août 1941, c'est-à-dire avant l'entrée en guerre des États-Unis [170]. La rencontre débute par un office religieux dont Churchill a choisi les chants, dont le Onward, Christians Soldiers[170].
Relations avec l'Union soviétique [modifier]
Quand Hitler envahit l'Union soviétique, Winston Churchill, anticommuniste convaincu, déclare : « Si Hitler voulait envahir l'enfer, je pourrais trouver l'occasion de faire une recommandation favorable au diable à la chambre des Communes », en référence à sa politique à l'égard de Staline. Bientôt, de l'équipement et des blindés britanniques sont envoyés afin d'aider l'Union soviétique[171].
Le gouvernement polonais en exil et une partie des Polonais reprochent à Churchill d'avoir accepté des frontières entre la Pologne et l'Union soviétique et entre l'Allemagne et la Pologne qui ne leur conviennent pas. Cela agace Churchill qui déclare en 1944 « nous ne nous sommes jamais engagés à défendre les frontières de la Pologne de 1939 », affirmant aussi que la Russie « a droit à une frontière inexpugnable à l'ouest »[172]. En fait, Churchill cherche à éviter les mélanges de population comme il l'expose à la Chambre des communes le 15 décembre 1944 : « l'expulsion est la méthode qui, pour autant que nous ayons pu le constater, sera la plus satisfaisante et durable. Il n'y aura pas de mélange des populations causant des problèmes sans fin... Une remise à zéro sera faite. Je ne suis pas alarmé par ces transferts, qui sont plus que faisables dans des conditions modernes[173],[174] ». Cependant, l'expulsion des Allemands est réalisée par l'Union soviétique d'une manière qui aboutit à beaucoup plus de difficultés et, selon un rapport de 1966 du Ministère allemand de l'ouest des réfugiés et des personnes déplacées, à la mort de plus de 2,1 millions de personnes. Churchill s'oppose à l'annexion de la Pologne par l'Union soviétique et l'écrit amèrement dans ses livres, mais il est incapable de l'empêcher lors des différentes conférences[Je 32].
Les Polonais reprochent aussi à Churchill et au monde occidental en général la tiédeur de leur réaction au massacre de Katyń (avril-mai 1940), où des milliers de membres de l'élite polonaise sont exécutés par l'armée rouge, qui se défausse sur les nazis. Le Premier ministre, informé de l'implication des Soviétiques, la condamne en privé, mais refuse d'accuser l'URSS pour ne pas menacer la Grande Alliance[175] et empêche une investigation de la Croix-Rouge[176].
Relations avec la France [modifier]
L'Histoire des relations entre la France et le Royaume-Uni est parsemée de guerres et de conflits jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale et au-delà, notamment à propos de leurs empires coloniaux respectifs et de leur lutte séculaire pour la domination du monde. Néanmoins leur relation tortueuse, exacerbée par l'inimitié qu'entretiennent Churchill et le général de Gaulle, porte ses fruits en raison de leurs intérêts communs. En témoigne le projet d'Union franco-britannique élaboré par Jean Monnet et Churchill en 1940 qui vise à fusionner les deux pays et leurs territoires, projet avorté suite à la démission de Paul Reynaud et à la nomination du maréchal Pétain comme président du Conseil, le 16 juin 1940, suivi de l'armistice[177] ; ou encore le fait que l'acte fondateur de la Résistance française a lieu dans la capitale britannique.
Churchill, pense que de Gaulle est « un homme prétentieux, et même dangereux ». Franklin Delano Roosevelt se range derrière cet avis, affirmant que « de Gaulle est peut-être un honnête homme mais il a des tendances messianiques, il croit avoir le peuple de France derrière lui, ce dont je doute[178] ». C'est la raison pour laquelle les deux hommes cherchent à se débarrasser politiquement du général, notamment en imaginant lui offrir le poste de gouverneur de Madagascar, et en mettant à sa place le général Henri Giraud, qu'ils jugent plus malléable[178]. Le projet est avorté lorsqu'Atlee et Eden, ayant eu vent de la nouvelle, s'opposent à toute action contre de Gaulle, argumentant qu'ils ne peuvent se permettre de perdre l'appui des Forces françaises libres.
Le général, quant à lui, estime que c'est la France et non pas sa personne qui est ainsi bafouée. Il veut à tout prix la faire apparaître comme vainqueur à la fin de la guerre, aux côtés des États-Unis, du Royaume-Uni et de l'URSS. Ses alliés n'ont pas le même point de vue et l'écartent délibérément de la conférence de Yalta, ce qui rend encore plus difficiles leurs relations d'autant plus que Churchill et Roosevelt craignent que de Gaulle décide finalement de s'allier aux Soviétiques, plutôt qu'à eux-mêmes dans le futur. Néanmoins le Premier ministre comprend que le soutien d'une autre puissance coloniale européenne est un atout majeur au sein du futur Conseil de sécurité des Nations unies[179].
Churchill et les conférences structurant le monde de l'après-guerre [modifier]
- Bloc de l'Ouest, pays de l'OTAN
- Bloc de l'Est, pays du pacte de Varsovie
- Rideau de fer
- Pays neutres
- Mouvement des non-alignés
- (L'Albanie finira par rompre avec l'URSS pour s'aligner sur la Chine populaire.)
Churchill participe à douze conférences inter-alliées stratégiques avec Roosevelt, auxquelles participe aussi parfois Staline. Certaines d'entre elles marquent profondément le monde de l'après-guerre.
La Conférence Arcadia, du 22 décembre 1941 au 15 janvier 1942, décide de la stratégie « L'Allemagne d'abord » et proclame la Déclaration des Nations unies qui doit aboutir à la création de l'Organisation des Nations unies. Par ailleurs, il est décidé de continuer l'effort en matière d'arme atomique, d'un plan de production d'avions et de tanks, et de la création à Washington d'un « Comité des chefs d'état-major combiné ». Enfin, Churchill et Roosevelt ont de longues conversations concernant l'Empire britannique en général et l'Inde en particulier[180].
Lors de la Conférence de Québec du 17 au 24 août il est surtout décidé que le débarquement de Normandie aurait lieu en mai 1944. Churchill accepte qu'il soit dirigé par un américain, en contrepartie il obtient que le général britannique Henry Maitland Wilson commande en Méditerranée, et que Louis Mountbatten soit promu commandant suprême allié pour l'Asie du Sud-Est[181]. Avec le président américain Franklin D. Roosevelt, il signe une version plus modérée du plan Morgenthau original, dans laquelle ils s'engagent à transformer l'Allemagne, après la capitulation inconditionnelle, « en un pays d'un style essentiellement agricole et pastoral[182] ».
C'est à la Conférence de Téhéran, fin novembre, début décembre 1943, qu'il prend conscience que le Royaume-Uni n'est qu'une petite nation. Il écrit à Violet Bonham Carter « j'étais là assis avec le grand ours russe à ma gauche, et à ma droite le gros buffle américain. Entre les deux se tenait le pauvre petit bourricot anglais » [183].
Lors d'une conférence russo-anglaise, dite Tolstoi, qui dure du 9 au 19 octobre 1944, Il glisse à Staline un « vilain petit document » où est inscrit « 1) Roumanie : 90% URSS, 2) Grèce : 90% Grande-Bretagne, 3) Yougoslavie : 50% -50%, 4) Hongrie : 50%-50%, 5) Bulgarie 90% URSS » que Staline approuve[116]. Churchill, fidèle à la tradition stratégique anglaise, est soucieux du sort de la Grèce où le Special Operations Executive est très actif. Début 1944, après maintes péripéties, il parvient à maintenir le pays dans le bloc occidental [184].
Lors de la Conférence de Yalta du 4 au 11 février 1945, Churchil est inquiet et nerveux car il sait qu'il existe des fissures au sein du camp occidental et notamment entre lui, partisan de la real-politik, et Roosevelt, plus idéaliste. Malgré tout, Yalta pour François Bédarida « ne fait qu'entérimer la carte de guerre à laquelle sont parvenus les belligérants en 1945 »[185]. Churchill est accueilli avec réserve dans les milieux officiels britanniques qui lui reprochent d'avoir trop cédé aux Soviétiques notamment sur la Pologne[186]. Il fait observer à un ami, Harold Nicolson, que « les bellicistes du temps de Munich sont devenus des partisans de l'apaisement, ce sont les anciens apeasers qui sont devenus bellicistes »[187].
À la Conférence de Potsdam du 17 juillet au 2 août 1945, les propositions des nouvelles frontières de l'Europe et des colonies sont officiellement acceptées par Harry S. Truman, Churchill et Staline. Churchill est extrêmement favorable à Truman durant ses premiers jours au pouvoir, disant de lui qu'il est « le type de leader dont le monde a besoin, lorsque celui-ci a le plus besoin de leader[Rh 18] ». Notons que Churchill au début de la conférence est assisté par Clement Attlee, qui une fois Churchill battu, représente seul la Grande-Bretagne au moment de la signature.
Un manque de vision sur le devenir économique du pays [modifier]
Churchill se passionne pour les affaires liées à la guerre, à la géopolitique et à la diplomatie, et laisse les affaires intérieures à Sir John Anderson (un conservateur) et aux travaillistes[188]. Par ailleurs, tout comme les autres personnalités politiques de son gouvernement de coalition, il n'a ni objectifs économiques de guerre ni vision de l'économie d'après guerre. Pour Robert Skidelsky, c'est précisément l'échec du gouvernement à définir une vision économique du monde qui précipite la rupture de la coalition conservatrice-travailliste et cause la défaite des conservateurs et de Churchill en 1945. Durant la guerre, l'indifférence de la classe politique et de Churchill envers l'économie laisse une grande latitude aux experts économiques qui vont pouvoir faire avancer leurs propres projets[189].
Lorsqu'en 1942 William Beveridge présente son plan sur la sécurité sociale, Keynes obtient du Trésor la constitution d'un groupe de travail composé de lui-même, de Lionel Robbins et d'un actuaire afin de « reprofiler » le projet de façon à le rendre financièrement acceptable[189], mais les politiques, dont Churchill, s'impliquent peu dans le sujet que ce soit de façon positive ou négative. De même, les négociations de Bretton Woods sont menées par John Maynard Keynes ou plutôt par l'axe Keynes-Lionel Robbins, sans réelle implication de Churchill et plus généralement du personnel politique[190].
Une des raisons à cette situation tient à ce que Churchill n'a pas de grandes connaissances ni peut-être un grand attrait pour l'économie et ce d'autant qu'il a conscience de s'être trompé dans les années 1920 lorsqu'il a fait revenir l'Angleterre à l'étalon-Or. Aussi il a tendance à faire confiance à Keynes avec qui il dîne régulièrement à The other club[191]. C'est Churchill qui, en 1942, propose au roi d'élever Keynes à la pairie[192]. Dans une intervention radiophonique de 1945, à l'occasion des élections générales, Churchill prononce un discours contre l'économie planifiée. Clement Attlee, l'opposant de Churchill, voit les sources théoriques de cette intervention dans l'essai La Route de la servitude de l'économiste libéral Friedrich Hayek[193]. En fait, Hayek et Churchill ne se sont rencontrés qu'une fois[194]. Toutefois, les conservateurs ont participé à la mise au point d'une version abrégée de l'ouvrage – on ignore l'implication réelle de Churchill en ce domaine –, qui a été publié sur du papier alloué au parti conservateur pour sa campagne, l'Angleterre souffrant alors de pénurie, le papier était contingenté[193].
Fin de la Seconde Guerre mondiale et sortie de scène [modifier]
En juin 1944, les forces alliées débarquent en Normandie et repoussent les forces nazies vers l'Allemagne au cours de l'année suivante. Le 28 mars 1945, le général Eisenhower informe Staline qu'il arrête ses troupes sur l'Elbe et que donc les deux armées devront y faire leur jonction. Si Staline approuve cette décision, Churchill est très mécontent, car d'une part, il n'a pas été informé officiellement de la décision alors qu'un tiers des unités combattantes sont britanniques ou canadiennes, et d'autre part, il désapprouve la décision sur le fond estimant que l'objectif est Berlin. Malgré tous ses efforts, la décision est maintenue[195].
Le 12 avril 1945, Franklin Delano Roosevelt meurt, ce qui provoque les larmes de Churchill. Un de ses biographes, François Kersaudy, se demande si Churchill ne s'est pas fait des illusions sur la réalité de sa relation avec Roosevelt, qu'il analyse lui comme étant pour le président américain « un éphémère mariage de convenance avec un impérialiste antédiluvien » [196].
Le 7 mai 1945, au siège du SHAEF à Reims, les Alliés acceptent la reddition de l'Allemagne nazie. Le même jour, dans un flash d'information de la BBC, John Snagge annonce que le 8 mai est la journée de la victoire en Europe[197]. Churchill annonce à la nation que l'Allemagne a capitulé, et qu'un cessez-le-feu définitif sur tous les fronts de l'Europe entre en vigueur une minute après minuit, cette nuit-là[198]. Par la suite, Churchill déclare à une foule immense à Whitehall : « Ceci est votre victoire ». Le peuple répond : « Non, c'est la vôtre », et Churchill entame le chant du Land of Hope and Glory avec la foule. Dans la soirée, il fait une autre annonce à la nation en affirmant que la défaite du Japon se concrétiserait dans les mois à venir[26].
Le 19 mai 1945, le parti travailliste décide de quitter la coalition. Churchill demande la dissolution du Parlement et annonce que les élections se tiendront le 5 juillet ; les résultats ne pourront être connus que le 26 juillet 1945 du fait de la dispersion des soldats mobilisés. Aussi, il peut assister au début de la Conférence de Potsdam qui s'ouvre le 17 juillet 1945. Il prend toutefois la précaution de s'y rendre avec Clement Attlee, le vice-Premier ministre et son futur successeur. Les résultats des élections générales de 1945[Pi 4] sont sans appel : les travaillistes obtiennent 393 sièges contre 210 aux conservateurs alliés aux libéraux [199] et Churchill, battu, remet rapidement sa démission au Roi[199]. De nombreuses raisons expliquent son échec : le désir de réforme d'après-guerre qui se répand au sein de la population, le fait qu'elle pense que l'homme qui a conduit le Royaume-Uni pendant la guerre n'est pas le mieux avisé pour conduire la nation en temps de paix[Je 33]. En effet Churchill est surtout considérré comme un Modèle:CitationWarlord (Seigneur de la guerre). Par ailleurs, les deux responsables conservateurs Brendan Bracken et Lord Beaverbrook, que Clementine Churchill n'apprécie pas, ne sont pas « des modèles de finesse politique ». Enfin, Churchill, las, est excessif dans ses discours[200]. Quoi qu'il en soit, lorsque les Japonais capitulent trois mois plus tard, le 15 août 1945, mettant définitivement fin à la guerre, Churchill n'est plus au pouvoir.
Churchill et la politique après 1945 [modifier]
Le Leader de l'opposition conservatrice [modifier]
Si sa femme accueille bien la défaite de Winston Churchill, lui est plutôt malheureux [201]. Dépressif, il se remet à la peinture à l'occassion d'un séjour sur le Lac de Côme à l'automne 1945[202].
Pendant six ans, il sert en tant que chef de l'opposition officielle et se préoccupe peu de politique intérieure préférant les affaires du monde, sur lesquelles il continue d'influer. Au cours de son voyage de mars 1946 aux États-Unis, il fait un discours sur le « rideau de fer », évoquant l'URSS et la création du bloc de l'Est. Il déclare :
« De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l'Adriatique, un rideau de fer s'est abattu sur le continent. Derrière cette ligne se trouvent toutes les capitales des anciens États d'Europe centrale et orientale. Varsovie, Berlin, Prague, Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest et Sofia ; toutes ces villes célèbres et leurs populations sont désormais dans ce que j'appellerais la sphère d'influence soviétique, et sont toutes soumises, sous une forme ou une autre, non seulement à l'influence soviétique mais aussi au contrôle très étendu et dans certains cas croissant de Moscou[N 16]. »
Churchill imprime au conservatisme anglais une ligne de centre droit, appelée par les Anglais le Butskellism, du nom d'un ministre conservateur de l'échiquier du début des années 1950 Rab Butler et de son homologue travailliste Hugh Gaitskell. Selon François Bédarida, il s'agit d'une« expression symbolique de l'hybride bipartisan entre centre droit et centre gauche » à laquelle Margaret Thatcher s'est fortement opposée plus tard[203].
Churchill et l'Europe [modifier]
Churchill est intéressé par le projet européen d'Aristide Briand dés l'entre-deux-guerres. Après la seconde guerre mondiale, il est président d'honneur du Congrès de La Haye et participe à la mise en place du Conseil de l'Europe, en 1949. Mais sa vision n'est pas celle de Jean Monnet. Aussi il approuve que son pays n'entre pas dans la Communauté européenne du charbon et de l'acier, qu'il considère comme un projet franco-allemand[Je 34] ».
Il élabore la théorie des trois cercles : le premier cercle est constitué par l'Angleterre et le Commonwealth, le deuxième par le monde anglophone autour des États-Unis et le troisième l'Europe. Il constate que l'Angleterre qui est à la croisée des trois cercles a un rôle privilégié à jouer. « Nous sommes avec l'Europe, mais sans faire partie de l'Europe [with Europe, but not of it]. Nous avons des intérêts communs mais nous ne voulons pas être absorbés » [204].
Second mandat de premier ministre [modifier]
Retour au gouvernement et déclin de l'Empire britannique [modifier]
Après les élections générales de 1951, Churchill devient de nouveau Premier ministre. Son troisième gouvernement, après celui durant la guerre et le bref gouvernement de 1945, continue jusqu'à sa démission en 1955. Ses priorités nationales dans son dernier gouvernement sont éclipsées par une série de crises de politique étrangère, qui sont en partie le résultat du mouvement déjà amorcé du déclin de l'armée britannique, du prestige et du pouvoir impérial. Étant un fervent partisan de la Grande-Bretagne en tant que puissance internationale, Churchill répond souvent à de telles situtations avec des actions directes. Il envoie par exemple des troupes britanniques au Kenya pour faire face à la rébellion Mau Mau[Je 35]. Essayant de conserver ce qu'il peut de l'Empire, il déclare : « je ne présiderai pas un démembrement[Je 35] ».
Guerre en Malaisie [modifier]
Une série d'événements qui sont devenus connus sous le nom d'insurrection malaise s'ensuivent. En Malaisie, une rébellion contre la domination britannique est en cours depuis 1948[205]. Une fois de plus, le gouvernement de Churchill hérite d'une crise, et ce dernier choisit d'utiliser l'action militaire directe contre les opposants. Il tente également de construire une alliance avec ceux qui soutiennent encore les Britanniques[26],[206]. Alors que la rébellion est lentement défaite, il est cependant tout aussi clair que la domination coloniale de la Grande-Bretagne n'est plus possible[207],[205].
La santé déclinante [modifier]
En juin 1953, à l'âge de 78 ans, Churchill est victime d'un accident vasculaire cérébral alors qu'il se trouve au 10 Downing Street. La nouvelle est tenue secrète alors qu'officiellement on annonce au public et au Parlement que Churchill souffre d'épuisement. Il se rend à Chartwell où il réside durant la période de convalescence de son attaque cérébrale, celle-ci ayant altéré son élocution dans ses discours et diminué sa capacité à marcher[26]. Il revient à la politique en octobre pour prendre la parole en public lors d'une conférence du Parti conservateur à Margate[26],[Je 36]. Dans les années suivantes cependant il doit admettre la nécessité de ralentir ses activités physiques et intellectuelles. Il décide de prendre sa retraite en 1955 et est remplacé au poste de Premier ministre par Anthony Eden[208].
L’homme et sa postérité [modifier]
Le caractère [modifier]
« Par moments, l'esprit du mal s'empare de lui, et je le considère comme un petit garçon très désobéissant, très insupportable et dangereux, un petit garçon qui mériterait le fouet. Ce n'est qu'en pensant à lui de la sorte que je peux continuer à l'aimer .
Churchill n'est pas à proprement parler un homme raisonnable. Il écrit de lui « C'est lorsque je suis Jeanne d'Arc que je m'exalte »[210]. Pour un de ses biographes, William Manchester, « il était bien davantage un Élie, un Isaie : un prophète »[210]. Selon ce même biographe, une enfance malheureuse avec des parents au mieux indifférents, où seule sa nourrice, Elizabeth Everest (Woom), lui donne de l'amour parental, explique en partie la scolarité chaotique de Churchill. Il écrit à ce propos, « aussi haut qu'il s'élevât, l'homme qui avait connu, enfant, les brimades et les coups sut toujours s'identifier au perdant. Tout au fond de lui, du reste, il fut toujours un perdant. Il souffrit toute sa vie d'accès de dépression, sombrant dans les abîmes menaçants de la mélancolie »[211].
Même si son parcours scolaire est moyen (celui de Franklin Delano Roosevelt l'est aussi), il a malgré tout un certain nombre de qualités qui en font un grand politique. Il a un excellente mémoire, c'est un orateur qui sait toucher les gens, il sait prendre des décisions rapides et faire preuve de magnanimité [211] dans la victoire. Il a aussi des défauts. Ses projets parfois très aventureux peuvent tourner mal, engendrant une certaine défiance de la classe politique envers lui. De plus, il ne sait pas toujours juger les hommes et manque parfois d'« antennes »[212]pour comprendre la société anglaise. Selon William Manchester[213], son appartenance à l'aristocratie le dessert, son côté patricien [213] explique en partie les éclipses de sa carrière.
Churchill aime les parades, les bannières qui flottent au vent, le son du clairon, et se désole que la guerre soit devenue une affaire de « chimistes masqués et [de] conducteurs manœuvrant les leviers de leurs aéroplanes, de leurs mitrailleuses »[214]. Pour lui, la guerre garde un côté chevarelesque, arthurien. Pour reprendre une expression de William Manchester, elle est « comme la vie pour Peter Pan, une immense aventure »[214].
Politiquement, sa vision de la guerre et de la paix est, si l'on en croit William Manchester, totalement différente de celle de notre époque. Nous considérerions selon l'auteur cité « que la paix est la norme et la guerre une aberration primitive » [215], Churchill penserait strictement l'inverse.
De façon générale, il aime le passé et vit, non pas dans le passé, mais avec un passé toujours présent. Tant à l'écrit qu'à l'oral, son expression reste profondément victorienne avec des expressions telles que « je vous prie de.. », « je me permets de dire ». À Harold Laski qui lui reproche d'être un « vestige chevaleresque et romantique de l'impérialisme anglais du XVIIIe siècle », il rétorque « j'aime vivre dans le passé. Je n'ai pas l'impression que l'avenir réserve beaucoup d'agrément aux hommes »[216].
Il aime se déguiser, paraître, faire le spectacle. Il possède plus de chapeaux que son épouse[217], il ne se rend au parlement ou à Buckingham Palace qu'en redingote [216] et il porte les uniformes les plus variés en arborant avec délectation les décorations qui lui ont été décernées. Financièrement « c'est un spéculateur perdant-né »[218]et dans la vie courante à Chartwell, il a les pires difficultés à équilibrer et à gérer ses comptes avec rigueur. Dans le domaine littéraire Churchill a une préférence pour les auteurs anglais ; en matière de musique, il aime les chansons populaires comme Ta-ra-ra-boom-der-ay ou Hang Out the Washing on the Siegfried Line ; sur le cinéma, il a une préférence pour les mélodrames, durant lesquels il pleure beaucoup. Il a vu au moins vingt fois son film préféré Lady Hamilton avec Laurence Olivier dans le rôle de l'amiral Nelson et Vivien Leigh dans celui de Lady Hamilton[219].
Le peintre [modifier]
Winston Churchill commence à s'adonner à la peinture après sa démission en tant que Premier Lord de l'Amirauté en 1915[Je 37] asin de vaincre sa dépression, qu'il appelait le Black Dog – « chien noir ». Il est ensuite conseillé par John Lavery. Les thèmes sont des paysages anglais mais aussi des scènes du front de Flandres. Par la suite, il peint la Côte d’Azur. Il expose à Paris en 1921, à la galerie Drouet, 20 rue Royale, sous le pseudonyme de Charles Morin, et il vend quelques toiles. La même année il écrit un petit livre, Painting as a Pastime. Il adopte ensuite le pseudonyme de Charles Winter[220] et se lie d'amitié avec le peintre franco-anglais Paul Maze[221].
Selon William Rees-Mogg, si « dans sa propre vie, il a dû subir le « Black Dog » de la dépression, dans ses paysages et ses natures mortes, il n’y a aucun signe de dépression »[222]. Il est surtout connu pour ses scènes de paysage impressionnistes, dont beaucoup ont été peintes durant ses vacances dans le Sud de la France, en particulier à la villa La Pausa chez ses amis Reves, chez son ami le duc de Westminster au château Woolsack, sur les berges du lac d’Aureilhan[223], ou au Maroc. Une collection de peintures et de memorabilia est conservée au sein de la collection Reves au Dallas Museum of Art tandis que d'autres toiles sont exposées à Chartwell.
L’écrivain et l'orateur [modifier]
L'écrivain [modifier]
Malgré sa renommée et ses origines sociales, Churchill lutte toujours pour faire face à ses dépenses et à ses créanciers[224]. Notons que les députés, avant 1946, ne reçoivent qu'un salaire nominal (ils ne recevaient rien jusqu'à la loi sur le Parlement de 1911), ce qui fait que nombre d'entre eux ont une profession secondaire pour gagner leur vie. De son premier livre, The Story of the Malakand Field Force (1898), jusqu'à son deuxième mandat en tant que Premier ministre, le revenu de Churchill est presque entièrement assuré par l'écriture de livres et de chroniques pour des journaux et des magazines. Dans les années trente Churchill tire l'essentiel de ses revenus du livre sur son ancêtre le Duc de Malborough[225]. Le plus célèbre de ces articles est celui qui figure dans l'Evening Standard de 1936, avertissant de la montée en puissance d'Hitler et du danger de la politique d'apaisement.
Si Churchill a écrit seul son premier livre, dès le Monde en crise, il dicte son texte et emploie des assistants de recherche issus de l'université d'Oxford. En règle générale, le matin il travaille dans son lit, il mûrit un texte qu'il dicte tard le soir[226]. Il est à ce jour l'unique homme politique et ancien Premier ministre à recevoir, en 1953, le prix Nobel de littérature « pour sa maîtrise de la description historique et biographique ainsi que pour ses discours brillants pour la défense des valeurs humaines[227] ». Lors de l'attribution de son prix, Winston est à la fois déçu – il vise le Prix Nobel de la paix – et surpris, s'exclamant : « Tiens je ne savais pas que j'écrivais si bien[228] ! »
Deux de ses œuvres les plus célèbres, écrites après sa première période comme Premier ministre, rehaussent encore sa renommée internationale [N 17] :
- six volumes de souvenirs, The Second World War, 1948-1954.
- quatre volumes d'histoire, A History of the English-Speaking Peoples, 1956-1958 qui couvre la période qui s'étend de l'invasion de la Grande-Bretagne par César (55 av. J.-C.) au début de la Première Guerre mondiale (1914).
Il regrette dans les derniers temps de sa vie de ne pas avoir écrit les biographies de Jules César et de Napoléon Bonaparte[229].
L'orateur [modifier]
À la base, Churchill n'est pas un orateur et a même des difficultés d'élocution. Ses discours ne sont pas improvisés, un discours de quarante minutes lui demande entre six et huit heures[230]. Pour F.E. Smith, « Winston Churchill a passé les plus belles années de sa vie à écrire des discours improvisés ». De même, pour d'autres, ses bons mots sont parfois travaillés, parfois spontanés – mais dans ces cas là l'auditoire les sent souvent venir car alors « son propre rire prenait naissance quelque part du côté de ses pieds » [231]. De Clement Attlee, son adversaire travailliste qui ne déteste pas ses piques, il dit un jour qu'il est un « Mouton déguisé en mouton »[232].
Si Churchill devient un grand orateur, malgré tout, il reste meilleur dans le monologue que dans l'échange. Lord Balfour remarque un jour : « l'artillerie du Très Honorable Gentleman est forte et puissante, mais elle ne me semble guère mobile » [231]. En général, ses discours commençent sur un tempo lent et dubitatif avant de donner « libre cours, à l'essence de sa prose : un rythme hardi, pesant, houleux, retentissant, coulant, interrompu par des cadences lancinantes et éclatantes » [233].
Churchill n'aime ni l'euphémisme, ni le langage technocratique. Par exemple, il s'oppose à ce qu'on remplace "pauvres" par "économiquement faibles", ou foyer (Home) par unité d'habitation[233]. Pour lui, les mots, comme il le dit un jour à Violet Bonham-Carter, la fille d'Hernert Asquith, ont une magie et une musique propres[234]. Chez lui, la sonorité du mot est un élément important dans le choix des termes employés. Il aime les mots courts qui frappent dur[234] et aligne souvent les adjectifs par quatre avec des préférences pour « Unflinching (inébranlable), auster (austère), somber (sombre), squalid (sordide) »[234].
Sa rhétorique est parfois contestée. Pour Robert Menzies, Premier ministre d'Australie, durant une partie de la Seconde Guerre mondiale : « Sa pensée dominante est la possibilité, si attrayante à ses yeux, que les faits gênants disparaissent d'eux-mêmes. » Un autre (allié) écrit : « Il est […] l'esclave des mots que son esprit invente à partir des idées […] et il peut se convaincre lui-même de la vérité dans presque tous les cas, si à travers son mécanisme de rhétorique, il peut continuer ce parcours effréné[235]. »
Les honneurs [modifier]
Churchill, outre le prix Nobel de littérature et le fait d'être le premier citoyen d'honneur des États-Unis[236], a reçu de nombreux prix et honneurs. Il est fait Compagnon de la Libération en 1958 par le général de Gaulle. Lors d'un sondage de la BBC tenu en 2002, basé sur environ un million de votes de téléspectateurs, 100 Greatest Britons, il est proclamé « le plus grand de tous »[237].
Il est membre à titre héréditaire de la Société des Cincinnati[238].
Derniers jours et funérailles [modifier]
Après avoir quitté le poste de Premier ministre, Churchill passe moins de temps au Parlement. Il vit sa retraite à Chartwell et à son domicile londonien du 28 Hyde Park Gate, au sud-ouest de Kensington Gardens[26]. Lorsque son état mental et ses facultés physiques se dégradent, il sombre dans la dépression[26].
En 1963, le président américain John F. Kennedy, agissant en vertu de l'autorisation accordée par une loi du Congrès, le proclame citoyen d'honneur des États-Unis, mais il est dans l'impossibilité d'assister à la cérémonie à la Maison-Blanche. Le 15 janvier 1965, Churchill subit un sérieux accident vasculaire cérébral qui le laisse gravement malade. Il meurt à son domicile neuf jours plus tard, à l'âge de 90 ans, le matin du dimanche 24 janvier 1965, soit 70 ans après le lendemain de la mort de son père[Je 38]. Par décret de la reine, des obsèques nationales ont lieu à la cathédrale Saint-Paul de Londres[Pi 5]. Ce sont les premières obsèques nationales pour un non-membre de la famille royale depuis 1914, et aucun cas similaire ne s'est reproduit depuis[239]. Le cercueil parcourt ensuite la courte distance jusqu'à la gare de Londres-Waterloo où il est chargé sur un wagon spécialement préparé et peint, le Southern Railway Van S2464S, dans le cadre du cortège funéraire pour son trajet par chemin de fer jusqu'à Bladon[240]. La Royal Artillery tire dix-neuf coups de canon (pour un chef de gouvernement), et la RAF met en scène un défilé aérien de seize avions de combat English Electric Lightning. Les funérailles furent également le plus grand rassemblement de chefs d'État dans le monde jusqu'en 2005, lors des funérailles du pape Jean-Paul II[241]. Le wagon Pullman transportant sa famille en deuil est remorqué par une locomotive à vapeur Bulleid Pacifique no 34051 « Winston Churchill ». Dans les champs le long de la route, et aux stations par lesquelles le train est passé, des milliers de personnes se tiennent en silence pour lui rendre un dernier hommage. L'hymne lors des funérailles est The Battle Hymn of the Republic. À la demande de Churchill, il est enterré dans la parcelle familiale à l'église St Martin, Bladon, près de Woodstock, non loin de son lieu de naissance au Palais de Blenheim. Le train funéraire fait maintenant partie d'un projet de conservation, avec le chemin de fer Swanage rapatrié au Royaume-Uni en 2007 des États-Unis, où il a été exporté en 1965[242].
La postérité [modifier]
The Winston Churchill Memorial Trust [modifier]
Lorsque Churchill avait 88 ans, le duc d'Édimbourg lui demanda comment il aimerait qu'on se souvienne de lui. Churchill lui répondit : avec une bourse d'étude comme la bourse Rhodes, mais pour un groupe d'individus plus grand. Après sa mort, le Winston Churchill Memorial Trust est créé au Royaume-Uni et en Australie. Un Churchill Memorial Day Trust a lieu en Australie, ce qui permet d'amasser 4,3 millions de dollars australiens. Depuis ce temps, le Churchill Trust en Australie a soutenu plus de 3 000 bénéficiaires de bourses d'études dans divers domaines, où le mérite (soit sur la base de l'expérience acquise, soit en fonction du potentiel) et la propension à contribuer à la collectivité ont été les seuls critères[243].
Churchill, leader préféré des patrons en 2013 [modifier]
Dans une étude réalisée auprès des dirigeants d'entreprises de 30 pays, Churchill est considéré début 2013 comme le dirigeant préféré des patrons devant Steve Jobs. Churchill est classé parmi les "guerriers" avec Napoléon Bonaparte et Alexandre le Grand. Parmi les autres politiques, le Mahatma Gandhi et Nelson Mandela arrivés 3e et 4e sont classés parmi les pacificateurs. Margaret Thatcher est classée parmi les réformateurs et Bill Clinton parmi les bâtisseurs de consensus[244].
Œuvre de Churchill [modifier]
- The Story of the Malakand Field Force: An Episode of Frontier War, 1898.
- The River War: An Historical Account of the Reconquest of the Sudan, 1899. (Online beim Project Gutenberg)
- Savrola, 1900. (Roman)
- From London To Ladysmith via Pretoria, 1900.
- Ian Hamiltons's March, London 1900.
- Lord Randolph Churchill, 1906.
- My African Journey, 1908.
- The World Crisis. 6 vols. (1923–31); one-vol. ed. (2005). [Sur la Première Guerre mondiale.]
- My Early Life, 1930 (dt. Meine frühen Jahre, List Taschenbuch Nr. 293/294, Paul List Verlag, 4.Aufl., München 1965)
- Marlborough. His Life and Times, 1933 bis 1938, 4 Bände. (dt. Marlborough, 2 Bde., Zürich 1990)
- The Second World War. 6 vols. (1948–53)
- . Les grands contemporains, trad. de l'anglais par G. Debû, Collection Les Contemporains vus de près, Gallimard, 1939, ISBN 2070214508.
- Gilbert, Martin. In Search of Churchill: A Historian's Journey (1994). [Memoir about editing the following multi-volume work.]
- The Second World War, 6 Bände, erschienen 1948 bis 1954, ISBN 3-502-19132-8
- A History of the English-Speaking Peoples, 1956 bis 1958, 4 Bände (dt. Geschichte der englischsprachigen Völker, 5 Bde., Augsburg 1990).
- ed. Winston S. Churchill. Une biographie en 8 volumes commençant par Randolph Churchill, accompagné par 15 volumes de documents officiels et non officiels reliés à Churchill. 1966–
- I. Youth, 1874-1900 (2 vols., 1966);
- II. Young Statesman, 1901–1914 (3 vols., 1967);
- III. The Challenge of War, 1914–1916 (3 vols., 1973). (ISBN 978-0395169742 et 0395169747);
- IV. The Stricken World, 1916–1922 (2 vols., 1975);
- V. The Prophet of Truth, 1923–1939 (3 vols., 1977);
- VI. Finest Hour, 1939-1941: The Churchill War Papers (2 vols., 1983);
- VII. Road to Victory, 1941-1945 (4 vols., 1986);
- VIII. Never Despair, 1945-1965 (3 vols., 1988).
- A History of the English-Speaking Peoples, 1956 bis 1958, 4 Bände (dt. Geschichte der englischsprachigen Völker, 5 Bde., Augsburg 1990).
Lettres de Churchill
- Soames, Mary, ed. Speaking for Themselves: The Personal Letters of Winston and Clementine Churchill (1998).
Churchill l'orateur et le peintre
-
- James, Robert Rhodes, ed. Winston S. Churchill: His Complete Speeches, 1897-1963. 8 vols. London: Chelsea, 1974.
- Coombs, David, ed., with Minnie Churchill. Sir Winston Churchill: His Life through His Paintings. Fwd. by Mary Soames. Pegasus, 2003. ISBN 0762427310. [D'autres éditions sont intitulées Sir Winston Churchill's Life and His Paintings et Sir Winston Churchill: His Life and His Paintings. Comprend des illustrations d'environ 500 à 534 peintures de Churchill.]
Notes et références [modifier]
Notes [modifier]
- Pour Bédarida dans son oeuvre de 1999, Churchill a de très bonnes notes en français ; mais Michal dans Churchill, le dernier victorien p.20 parle de français simplement "suffisant".
- Voir Bédarida p.33 ; pour Michal p.9 il naît le soir du 30 novembre.
- Et non dans les toilettes comme il l'a parfois été affirmé. Voir à ce propos Michal p.11.
- Margareth Primrose est la fille d'Archibald Primrose, 5e comte de Rosebery. Voir Mary Soames : Speaking for Themselves : The Personal Letters of Winston and Clementine Churchill, p. 1.
- La baronne de St. Helier (en) est conseillère municipale à Londres, mais est surtout connue pour sa forte présence au sein de la société mondaine.
- D'après Wiliam Manchester, Randolph Churchill est entré dans la quatrième phase de la maladie en 1885 voir Manchester, 1983,tome 1, p. 180
- Il jugea parfois même certaines de ses affectations si tranquilles qu'il demanda l'autorisation de partir combattre ailleurs pendant ses permissions (voir F. Bédarida, 1999).
- Voir cette citation de Churchill de 1951 dans son livre The Second World War, Volume 5: Closing the Ring, p. 606 : « Correspondance du Premier Ministre au Secrétaire d'État aux Affaires Étrangères, le 5 février 1944 : "Your minute about raising certain legations to the status of embassy. I must say that Cuba has as good a claim as some other places –“la perla de Las Antillas.” Great offence will be given if all the others have it and this large, rich, beautiful island, the home of the cigar, is denied. Surely Cuba has much more claim than Venezuela. You will make a bitter enemy if you leave them out, and after a bit you will be forced to give them what you have given to the others." »
- « anyone can rat, but it takes a certain ingenuity to re-rat »
- Harold Nicolson résume ainsi la situation dans une lettre à sa femme le 13 mars : « Si nous envoyons un ultimatum à l'Allemagne elle aura toutes les raisons de rabattre ses troupes. Mais elle ne le fera certainement pas et nous aurons la guerre... Le peuple de ce pays (le Royaume-Uni) refuse absolument d'avoir la guerre. Nous ferions face à une manifestation générale si nous suggérions une telle chose. Nous devrons alors nous replier de façon ignominieuse. » - Diaries & Letters, 1930-1939, p. 249.
- Ces factions sont menées par Anthony Eden et Leo Amery (voir R. R. James, 1977, p. 428)
- comme la crise de l'abdication l'a montré, voir le paragraphe précédent.
- En version originale : « You were given the choice between war and dishonour. You chose dishonour, and you will have war ».
- « I expect that the Battle of Britain is about to begin » (voir R. Jenkins, 2001, p. 621)
- « This is not the end. It is not even the beginning of the end. But it is, perhaps, the end of the beginning. »
- « From Stettin in the Baltic to Trieste in the Adriatic an iron curtain has descended across the Continent. Behind that line lie all the capitals of the ancient states of Central and Eastern Europe. Varsovie, Berlin, Prague, Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest et Sofia; all these famous cities and the populations around them lie in what I must call the Soviet sphere, and all are subject, in one form or another, not only to Soviet influence but to a very high and in some cases increasing measure of control from Moscow ».
- La première n'a d'ailleurs pas été mentionnée dans les attendus du Prix Nobel de Littérature (Cf. F.Kersaudy, 2011).
Références [modifier]
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Winston Churchill » (voir la liste des auteurs)
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Sources [modifier]
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Voir aussi [modifier]
Pour aller plus loin [modifier]
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Liens externes [modifier]
- Biographie de Churchill sur le site de l'ordre de la Libération
- (en) Biographie de Churchill sur le site du Premier ministre du Royaume-Uni
- (en) Discours audio de Winston Churchill à Zurich le 19 septembre 1946
- (en) Association pour la mémoire de Winston Churchill
- (en) Discours We shall fight on the beaches, Chambre des Communes, 4 juin 1940
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- Naissance dans l'Oxfordshire
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- Décès à Londres