Winston Churchill

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Winston Churchill
Winston Churchill en 1942.
Winston Churchill en 1942.
Fonctions
63e Premier ministre du Royaume-Uni
26 octobre 19517 avril 1955
(3 ans, 5 mois et 12 jours)
Monarque George VI
Élisabeth II
Prédécesseur Clement Attlee
Successeur Anthony Eden
61e Premier ministre du Royaume-Uni
10 mai 194027 juillet 1945
(5 ans, 2 mois et 17 jours)
Monarque George VI
Prédécesseur Neville Chamberlain
Successeur Clement Attlee
Chancelier de l'Échiquier du Royaume-Uni
6 novembre 19244 juin 1929
(4 ans, 6 mois et 29 jours)
Prédécesseur Philip Snowden
Successeur Philip Snowden
Secrétaire à l’Intérieur du Royaume-Uni
10 février 191024 octobre 1911
(1 an, 8 mois et 14 jours)
Prédécesseur Herbert Gladstone
Successeur Reginald McKenna
Biographie
Nom de naissance Winston Leonard Spencer-Churchill
Date de naissance 30 novembre 1874
Lieu de naissance Palais de Blenheim (Oxfordshire, Royaume-Uni)
Date de décès 24 janvier 1965 (à 90 ans)
Lieu de décès Londres
Nationalité britannique
Parti politique Parti Conservateur
(1900–1904, 1924–1964)
Parti Libéral
(1904–1924)
Conjoint Clementine Hozier
Enfant(s) Diana Churchill
Randolph Churchill
Sarah Churchill
Marigold Churchill
Mary Soames
Diplômé de Harrow School, Académie royale militaire de Sandhurst
Profession Député, homme d'État, militaire, journaliste, historien, écrivain, peintre
Résidence 10 Downing Street (en tant que Premier ministre britannique)
Chartwell (privée)

Signature

Winston Churchill
Premiers ministres du Royaume-Uni

Winston Churchill, né le 30 novembre 1874 au palais de Blenheim (Woodstock, Oxfordshire, Royaume-Uni) et mort le 24 janvier 1965 à Londres, est un homme d'État britannique. Son action décisive en tant que Premier ministre de 1940 à 1945 du Royaume-Uni, son rôle durant la Seconde Guerre mondiale, joints à ses talents d'orateur et à ses bons mots en ont fait un des grands hommes politiques du XXe siècle. Ne disposant pas d'une fortune personnelle, il tire l'essentiel de ses revenus de sa plume. Ses dons d'écriture seront couronnés à la fin de sa vie par le prix Nobel de littérature. Il est aussi un peintre estimé. Plus qu'un simple loisir, la peinture est pour lui un refuge dans les moments difficiles.

Winston Leonard Spencer-Churchill appartient à la famille aristocratique Spencer, dont il est la plus brillante figure depuis le fondateur, son ancêtre John Churchill, 1er duc de Marlborough (1650-1722), auquel il a consacré une biographie. Fils d'un homme politique conservateur atypique n'ayant pas connu le succès escompté et mort relativement jeune, il ambitionne très vite de réussir dans ce domaine. De fait, s'il débute dans la carrière militaire et combat en Inde, au Soudan et lors de la Seconde Guerre des Boers, il y cherche surtout l'occasion de briller et de se faire connaître. Cette recherche de gloire lui vaut parfois un certain nombre d'inimitiés parmi ses pairs. Assez rapidement, en partie pour des questions financières – l'armée paie moins que le journalisme et il a besoin d'argent – il sert en tant que correspondant de guerre, écrivant des livres sur les campagnes auxquelles il participe. Bien plus tard, il sert brièvement sur le front de l'Ouest pendant la Première Guerre mondiale, comme commandant du 6e bataillon des Royal Scots Fusiliers. En 1953, la reine le fait chevalier de l'ordre de la Jarretière[1].

Il est député durant la majeure partie de sa carrière politique, longue de près de soixante années, et occupe des postes ministériels pendant près de trente ans. Avant la Première Guerre mondiale, il est ministre du Commerce, secrétaire du Home Office et Premier Lord de l'Amirauté du gouvernement libéral d'Herbert Henry Asquith. À ce titre, il participe à la création des premières lois sociales de son pays et à un mouvement visant à restreindre l'importance de la Chambre des Lords, deux éléments qui lui valent une forte inimitié de la part des conservateurs. Il reste à cette fonction jusqu'à la défaite britannique lors de la bataille des Dardanelles, dont il est tenu pour responsable, et qui provoque son éviction du gouvernement. Blanchi de ces accusations par une commission d'enquête parlementaire, il est rappelé comme ministre de l'Armement, secrétaire d'État à la Guerre et secrétaire d'État de l'air par David Lloyd George, alors Premier ministre.

Durant l'entre-deux-guerres, il quitte le Parti libéral et revient au Parti conservateur, avant de devenir chancelier de l'Échiquier. Son bilan à ce poste est mitigé. L'économie n'est pas son domaine de prédilection, à la différence de la politique étrangère et des affaires de stratégie militaire. Dans les années 1930, il n'est pas en phase avec le milieu politique d'alors, et connaît une dizaine d'années de traversée du désert au moment même où, eu égard à son âge et son expérience, il aurait dû atteindre le sommet.

Il faut attendre le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale pour que Winston Churchill redevienne ministre en tant que Premier Lord de l'Amirauté. Après la démission de Neville Chamberlain, le 10 mai 1940, il devient, plus par défaut que par adhésion, Premier ministre du Royaume-Uni. À 65 ans, un âge qui en fait le plus âgé des grands dirigeants alliés, il atteint le sommet de sa carrière politique. Il organise les forces armées britanniques et conduit le pays à la victoire contre les puissances de l'Axe[2]. Ses discours et ses paroles frappantes marquent le peuple britannique et les forces alliées.

Après avoir perdu les élections législatives de 1945, il devient chef de l'opposition conservatrice, dénonçant dès 1946 le rideau de fer. Il redevient Premier ministre en 1951, et ce, jusqu'à sa retraite, en 1955. À sa mort, la reine le gratifie d'obsèques nationales, qui seront l'occasion, avec celles du pape Jean-Paul II en 2005, de l'un des plus importants rassemblements d'hommes d'État ayant eu lieu dans le monde[3].

Sommaire

Famille et jeunes années[modifier | modifier le code]

Ancêtres[modifier | modifier le code]

Photo en noir et blanc du père de Winston Churchill, Lord Randolph Henry Spencer Churchill.
Le père de Winston Churchill, Lord Randolph Henry Spencer Churchill

Membre de la famille Spencer[4], renommée pour la participation de plusieurs de ses membres à la vie politique britannique, Winston Leonard Spencer-Churchill utilise, comme son père, le seul nom de Churchill dans la vie publique[Je 1]. Son ancêtre George Spencer a changé son nom de famille pour Spencer-Churchill lorsqu'il est devenu duc de Marlborough, en 1817, pour souligner son lien de parenté avec John Churchill, le premier duc de Marlborough. Son père, Randolph, est le fils cadet du 7e duc de la lignée. En vertu du droit d'aînesse, il n'est pas l'héritier du château familial, le palais de Blenheim, et ses enfants ne peuvent pas porter le titre de Lord[Ma 1]. En 1874, lorsque Randolph Churchill épouse Jennie Jerome, fille du millionnaire américain Leonard Jerome, c'est un homme politique prometteur. Sa carrière est cependant brève, car il meurt prématurément à 46 ans, laissant sa famille démunie[Be 1].

Par ses ascendants, Winston Churchill a des liens privilégiés avec la France, ce qui explique qu'à l'instar de sa mère[Be 2], il soit francophile et parle très tôt et assez correctement le français[N 1]. La grand-mère maternelle de Winston Churchill est une Américaine francophile et francophone[5], aimant les mondanités et ayant vécu à Paris de 1867 à 1873 où elle a connu les fastes de la cour impériale de l'impératrice Eugénie : elle y était familière au point de recevoir le surnom de « Jeannette »[réf. à confirmer][Be 3]. On compte dans la généalogie de Winston Churchill des ascendants français à la fois du côté de son père et de sa mère : son grand-père maternel est issu d'une famille huguenote française immigrée aux États-Unis[Be 3] ; du côté paternel, l'un des ancêtres des Churchill est le fils d'Othon de Leon, châtelain de Gisors, qui a servi Guillaume le Conquérant et s'est établi en Angleterre après la bataille d'Hastings à laquelle il a participé[Be 4].

Naissance[modifier | modifier le code]

Winston Leonard Spencer-Churchill naît au bout de sept mois et demi de grossesse[Be 5] dans la nuit du 29 au 30 novembre 1874, à h 30[N 2]. C'est donc un prématuré, mis au monde par sa mère dans les vestiaires[N 3] du palais de Blenheim, celui-là même où il rencontrera plus tard sa future épouse, ce qui est à l'origine de cet aphorisme resté fameux : « C'est à Blenheim que j'ai pris les deux décisions les plus importantes de ma vie, celle de naître et celle de me marier. Je n'ai regretté aucune des deux ! ». Randolph et Jennie ont un second enfant en 1880, John Strange, dont la fille Clarissa épousera Anthony Eden[Be 6]. Une rumeur court après cette naissance quant à la paternité de ce frère cadet, les parents étant séparés depuis quelque temps lors de sa venue au monde. La mère ayant la réputation d'être très frivole, on soupçonne ce deuxième enfant d'être le fils de John Strange Jocelyn, 5e comte de Roden[Be 6].

Enfance jusqu'à sept ans[modifier | modifier le code]

La mère de Winston, Lady Randolph Churchill
La mère de Winston, Lady Randolph Churchill

Comme il est d’usage dans les familles nobles de l'époque, Winston est confié à une nourrice, Elizabeth Anne Everest, qui sera ensuite celle de son frère. Ses parents ne le voient que rarement et ont des rapports distants, bien qu'aimants. Son père étant occupé par sa carrière politique, et sa mère par ses mondanités, cela renforce l'isolement du jeune Winston. Ce manque de contact avec ses parents le rapproche de sa nourrice qu'il prend l'habitude d'appeler « Woomany », et dont il garde jusqu'à la fin de sa vie un portrait dans son bureau. Il passe ses deux premières années au château familial de Marlborough. En janvier 1877, son père accompagne son grand-père à Dublin, où il vient d'être nommé vice-roi d'Irlande[Mi 1] ; Winston le suit, y passe près de trois ans avant que ses parents ne reviennent à Londres, dans la maison familiale de St James Place en mars 1880. Il y apprend à lire[Mi 2], car il ne fréquente pas l'école jusqu'à l'âge de sept ans, mais suit des cours chez lui avec l'aide de sa nourrice[Je 2].

Scolarité de sept à dix-huit ans[modifier | modifier le code]

Churchill, âgé de sept ans, en 1881.
Churchill, âgé de sept ans, en 1881.

Churchill entre à l'école à l'âge de sept ans[Be 7]. Il est placé en octobre 1881 dans la prestigieuse St. George's School d'Ascot[Be 7]. Il a très peu d'argent de poche[Mi 3] et vit très difficilement cette première séparation d'avec sa famille[Mi 3]. Sa mère, alors connue sous le nom de Lady Randolph, ne lui rend visite que très rarement, malgré les lettres dans lesquelles Winston la supplie de venir ou de lui permettre de retourner à la maison. Il a une relation distante avec son père avec lequel il note qu'il n'a presque jamais de conversation. Ce manque d'affection l'endurcit, il en est conscient et est persuadé que ce qu'il perd étant jeune le servira étant vieux[Be 8]. Le régime dur et discipliné de cette école lui déplaît et ne lui réussit pas : « très franc mais fait des bêtises » est la première appréciation que laissent les professeurs. Plus tard sa nourrice Elizabeth Anne Everest s'aperçoit que des blessures ont été infligées à Winston, et elle alerte les parents qui le changent d'école[Mi 4]. À 9 ans, en septembre 1884, il est placé dans un pensionnat moins strict, celui des Demoiselles Thomson de Brighton[Be 7] où il demeure jusqu'en 1888 sans subir de mauvais traitements. Son père décide de lui faire faire une carrière militaire, car ses résultats scolaires ne sont pas assez bons pour envisager une carrière politique ou même ecclésiastique. Lui-même a fait ses classes à Eton, la meilleure école du pays, mais Winston doit se contenter de Harrow School, la grande rivale, moins cotée. Il y entre le 17 avril 1888[Be 7] à l'âge de 14 ans et y reste jusqu'à ses 18 ans. Dans les semaines suivant son arrivée, il rejoint le Harrow Rifle Corps. Il obtient des notes élevées en anglais et en histoire et obtient un titre de champion d'escrime de l'école. À 18 ans, il prépare son entrée à l'Académie royale militaire de Sandhurst, mais le concours du Royal Military College est extrêmement difficile. Churchill paie alors ses mauvaises années d'études : il échoue deux fois de suite. Même s'il a progressé entre les deux tentatives de manière plutôt spectaculaire, il est déçu et demande à ses parents dépités d'envisager une carrière ecclésiastique. Lors de sa troisième tentative, il doit absolument réussir, sinon il devra se réorienter. Winston fait valoir à ses parents que la scolarité à Harrow n'est pas adaptée pour Standhurst puisque seuls 1 % des reçus de Sandhurst en sont issus. Ses parents soucieux de sa réussite lui paient alors des cours dans un institut privé spécialisé : le Captain James Establishment, ce qui lui réussit : il est admis à l'Académie militaire de Sandhurst le 28 juin 1893. C'est un grand jour dans la vie du jeune Churchill, même s'il n'est reçu que 92e sur 102[Je 3].

Churchill se décrit comme affligé d'un « défaut d'élocution ». Après avoir travaillé de longues années à le surmonter, il a finalement déclaré : « mon défaut n'est pas une entrave ». On présente souvent aux stagiaires orthophonistes des cassettes vidéo montrant les manies de Churchill pendant ses discours, et la Stuttering Foundation of America présente sa photo sur sa page d'accueil comme l'un de ses modèles de bègues ayant réussi. Si des écrits contemporains des années 1920, 1930 et 1940 confirment ce diagnostic de bégaiement, le Churchill Centre, cependant, réfute catégoriquement l'allégation selon laquelle Churchill ait été affecté de ce défaut : il aurait eu un bredouillement, voire un zézaiement et une certaine difficulté à prononcer la lettre « S », tout comme son père[Je 4].

Churchill, les femmes et la famille[modifier | modifier le code]

Son épouse, Clementine, en 1915.
Son épouse, Clementine, en 1915.

Churchill se marie relativement tard à presque 34 ans. Jusqu'à sa rencontre avec sa femme, il estime qu'il n'a « pas le droit de folâtrer dans les plaisantes vallées des distractions » car son seul bien est son ambition : « Et si je n'y arrivais pas ! Quelle chose affreuse ! J'en aurais le cœur brisé, car je n'ai que l'ambition à quoi me raccrocher[Ma 2] ». Il n'est pas réellement à l'aise avec les femmes – hors celles de sa famille – et pense que les Américaines (sa mère est américaine) « tyrannisent leur mari[Ma 3] ». Pour Violet Bonham Carter, « son attitude à leur égard était fondamentalement romantique (...) il les paraît de toutes les vertus cardinales[Ma 3] ». Pour son biographe William Manchester, il fait partie du « genre de phallocrates qui font une cible de choix pour les féministes[Ma 2] ». De fait, les suffragettes, notamment Emmeline Pankhurst, perturbent assez régulièrement ses meetings électoraux.

Churchill rencontre sa future épouse, Clementine Hozier, en 1904, lors d'un bal chez le comte de Crewe et sa femme Margaret Primrose[N 4]. En 1908, ils sont de nouveau réunis lors d'un dîner offert par Lady St. Helier[N 5]. Churchill et Clementine sont placés côte à côte et entament bientôt une histoire d'amour qui durera toute leur vie[So 1]. Il lui demande sa main au cours d'une « house party » au palais de Blenheim le 10 août 1908 dans le « temple de Diane », la maison d'été du palais[So 2]. Ils sont mariés le 12 septembre 1908 en l'église St. Margaret à Westminster, comble pour l'occasion, par l'évêque de St. Asaph[So 3]. En mars 1909, le couple emménage dans une maison au 33 Eccleston Square, dans le quartier de Pimlico. Clementine Churchill est libérale au sens anglo-saxon du terme. Elle est un peu jalouse de Violet Bonham Carter – fille du Premier ministre Herbert Henry Asquith et grand-mère de l'actrice Helena Bonham Carter – qui est, après elle, l'autre grande amie de Churchill[Ma 4]. Elle reste néanmoins plus pondérée que son mari et pour François Bédarida « a un bien meilleur jugement que lui aussi bien sur les hommes que sur les situations[Be 9] ». Si les femmes qui lui sont proches sont politiquement libérales, par contre, entre lui et la députée conservatrice Nancy Astor, l'inimitié est aussi forte que réciproque. Lors d'une réception donnée par sa cousine par alliance Consuelo Vanderbilt où il est arrivé à l'improviste - elle évite de les inviter ensemble - se produit une anecdote demeurée célèbre. À Nancy Astor lui disant : « Si vous étiez mon mari, j'empoisonnerais votre café ! », Churchill répond : « Et si vous étiez ma femme, je le boirais »[6].

Leur premier enfant, Diana, naît le 11 juillet 1909 à Londres. Après la grossesse, Clementine déménage dans le Sussex afin de se reposer, tandis que Diana reste à Londres avec sa nourrice[So 4]. Le 28 mai 1911, leur deuxième enfant, Randolph, naît au 33 Eccleston Square[So 5]. Un troisième enfant, Sarah, naît le 7 octobre 1914 à Admiralty House. Clementine est anxieuse, car Winston est alors à Anvers, envoyé par le Conseil des ministres pour « renforcer la résistance de la ville assiégée » après l'annonce de l'intention belge de capituler[So 6]. Clementine donne naissance à son quatrième enfant, Frances Marigold Churchill, le 15 novembre 1918, quatre jours après la fin officielle de la Première Guerre mondiale[So 7]. Celle-ci ne vit que deux ans et demi : au début du mois d'août, les enfants Churchill sont confiés à Mlle Rose, une gouvernante française, dans le comté de Kent pendant que Clementine est à Eaton Hall pour jouer au tennis avec Hugh Grosvenor, 2e duc de Westminster, et sa famille. Marigold attrape un rhume, d'abord sans gravité, mais qui évolue en septicémie. La maladie emporte Marigold le 23 août 1921. Elle est enterrée dans le cimetière de Kensal Green trois jours plus tard[So 8]. Le 15 septembre 1922 naît Mary, le dernier de leurs enfants. Après quelques jours, les Churchill achètent Chartwell, qui devient la maison de Winston jusqu'à sa mort en 1965[So 9],[7]. Les enfants, à l'exception de Mary, ne leur apportent que peu de satisfaction[Be 10].

Le soldat et le correspondant de guerre[modifier | modifier le code]

Le sous-lieutenant correspondant de guerre[modifier | modifier le code]

À l'Académie royale militaire de Sandhurst, Churchill reçoit son premier commandement dans le 4th Queen's Own Hussars en tant que sous-lieutenant le 20 février 1895[Je 5]. Il juge que son salaire de sous-lieutenant, de 300 livres sterling par an, est insuffisant pour avoir un style de vie équivalent à celui des autres officiers du régiment. Il estime avoir besoin de 500 £, soit l'équivalent d'environ 34 000 £ en 2013. Sa mère lui fournit une rente de 400 £ par an, mais il dépense plus qu'il ne gagne. Selon le biographe Roy Jenkins, c'est une des raisons pour lesquelles il devient correspondant de guerre[Je 5]. Il n'a pas l'intention de suivre une carrière classique en recherchant les promotions, mais bien d'être impliqué dans l'action. À cette fin, il utilise l'influence de sa mère et de sa famille dans la haute société pour avoir un poste dans les campagnes en cours. Ses écrits de correspondant de guerre pour plusieurs journaux de Londres[8] attirent l'attention du public, et lui valent d'importants revenus supplémentaires. Ils constituent la base de ses livres sur ces campagnes. Toutefois, comme ses écrits montrent à la fois son ambition et des critiques de l'armée, ils lui attirent une certaine hostilité et une réputation de « chasseur de médailles »[Ma 5] et de « coureur de publicité »[Ma 6]. Pour W. Manchester, « il n'éprouvait aucun intérêt pour la carrière militaire, et avait l'intention de se servir de son passage dans l'armée pour favoriser ses desseins politiques »[Ma 6].

1895, une année marquante[modifier | modifier le code]

Churchill dans son uniforme militaire en 1895

Trois événements importants pour Churchill surviennent lors de l'année 1895 : les décès de son père et de Mrs Everest, sa nourrice, ainsi que son baptême du feu à Cuba.

La mort de Randolph Henry Spencer Churchill[modifier | modifier le code]

Souffrant de syphilis (incurable à cette époque), depuis au moins 1885[N 6], le père de Winston décède le 24 janvier 1895 à l'âge de 46 ans[Mi 5]. Sa mort affecte bien sûr Winston car elle le prive d'un soutien important pour sa future carrière, mais cela marque également pour lui le début de la liberté : son père n'impose plus ses choix et Winston peut donc faire ce qu'il veut[Mi 6]. De plus, de nombreux ancêtres (mâles) du jeune Winston étant décédés à peu près à cet âge, il croit pendant longtemps que ses propres jours sont alors comptés. Aussi, lorsqu'il passe le cap des cinquante ans, il en conçoit une immense joie, et a en quelque sorte le sentiment que tout lui est permis[5]. Le jeune Winston vouait une immense admiration à son père Randolph alors même que ce dernier prenait son fils pour un attardé. Pourtant, lorsque plus tard Winston accède à de hautes fonctions gouvernementales, c'est à son père qu'il pense avec émotion[Fk 1].

La mort de Mrs Everest[modifier | modifier le code]

En juillet, un message l'informe que sa nourrice, Mrs Everest, est mourante. Il retourne alors en Angleterre et reste auprès d'elle pendant une semaine, jusqu'à sa mort le 3 juillet, à 62 ans[Mi 7]. Il écrit dans son journal : « Elle était mon amie préférée ». Dans My Early Life, il ajoute : « Elle a été ma plus chère et ma plus intime amie pendant les vingt ans que j'ai vécus »[9]. Après avoir été la nourrice dévouée de Winston et son frère, elle a été congédiée brutalement et meurt dans la misère. Churchill organise ses obsèques tandis que Lady Randolph ne se déplace même pas pour l'enterrement[Ma 7]. Il s'en souviendra lors de la loi de 1908 sur la retraite à 70 ans[Mi 8].

Le baptême du feu à Cuba[modifier | modifier le code]

Le 20 février 1895, Winston sort diplômé de Sandhurst et à une place honorable : il est vingtième[Mi 9]. Il est placé à sa demande dans le 4th Queen's Own Hussars du colonel Brabazon au camp d'Aldershot[Mi 9], car il sait que ce corps va partir pour les Indes en 1896, et il espère y faire l'expérience du combat[Mi 10]. Le jeune Winston, qui pense que les succès militaires sur le terrain sont un gage de succès politique, est impatient d'aller au combat[N 7]. Disposant de temps libre avant de rejoindre son affectation, il est envoyé avec son ami Reginald Barne, par le journal le Daily Graphic à Cuba où les Espagnols sont confrontés à une insurrection[Mi 11]. Pour ce faire, il a obtenu l'aval du commandement britannique et du directeur du service du renseignement militaire. Le trajet aller est pour lui son premier grand voyage car il n'a jusqu'alors visité que la France et la Suisse[Mi 11]. La première étape est New York, occasion pour lui de fouler le sol américain pour la première fois et de rendre visite à sa famille maternelle et ses amis[Mi 11]. Pendant son séjour, il demeure chez William Bourke Cockran, l'amant de sa mère. Bourke est un homme politique américain établi, membre de la Chambre des représentants, potentiel candidat à l'élection présidentielle. Il influence fortement Churchill dans son approche des discours et de la politique, et fait naître en lui un sentiment de tendresse envers l'Amérique[Je 6]. Arrivé à Cuba comme journaliste pour couvrir la Guerre d'indépendance cubaine, il suit les troupes du colonel Valdez[Mi 11] et à son vingt-et-unième anniversaire il s'offre un baptême du feu. Il apprécie Cuba : il la décrit comme une « ...grande, riche, belle île... »[N 8]. Il y prend goût aux habanos, ces cigares cubains qu'il fume jusqu'à la fin de sa vie.

Officier aux Indes[modifier | modifier le code]

Au début du mois d'octobre 1896, Churchill est transféré à Bombay, en Inde britannique. Considéré comme l'un des meilleurs joueurs de polo de son régiment, il mène son équipe à la victoire lors de nombreux tournois prestigieux[10].

Aux environs de Bangalore où il est affecté en 1896 avec les 4th Queen's Own Hussars, il dispose de temps libre qu'il met à profit pour lire. Il lit d'abord des livres d'histoire : Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain d'Edward Gibbon et l'Histoire de Thomas Babington Macaulay – des auteurs assez peu conservateurs[Ma 8]; des philosophes grecs : Platon, notamment La République, ainsi que les écrits politiques d'Aristote. Parmi les auteurs français, il lit Les Provinciales de Blaise Pascal et les Mémoires de Saint-Simon. Il lit aussi La richesse des Nations d'Adam Smith, Schopenhauer, Malthus et bien d'autres[Ma 9]. Il en tire une très profonde culture historique qui le servira toute sa vie. Il est fortement impressionné par le darwinisme[11]. Il devient alors, selon ses propres termes, « un matérialiste jusqu'au bout des doigts », et défend avec ferveur sa conception d'un monde où la vie humaine est une lutte pour l'existence, avec pour résultat la survie des plus forts[11]. Cette vision a sans doute été influencée par le livre Martyrdom of Man de William Winwood Reade, un classique de l'athéisme victorien, présentant la vision d'un univers sans Dieu dans lequel l'humanité est destinée à progresser par le biais du conflit entre les races les plus avancées et les plus rétrogrades. Churchill exprime cette philosophie de vie et de l'histoire dans son premier et unique roman, Savrola. Toutefois, cet agnosticisme est peu affiché et il participe parfois à des services religieux. Il a également eu une action importante en faveur du christianisme anglican dans le Commonwealth, notamment à Bangalore où l'Église anglicane a joué un rôle de premier plan à ses côtés dans les cantonments.

Premiers combats au Malakand[modifier | modifier le code]

Carte des possessions coloniales britanniques en Inde. Le Malakand est sur la frontière du nord-ouest à la limite de la zone du Grand Jeu.

En 1897, Churchill part à nouveau à la fois pour des reportages et, si possible, pour combattre durant la guerre gréco-turque : le conflit prend toutefois fin avant son arrivée. Lors d'une permission en Angleterre, il apprend que trois brigades de l'armée britannique vont se battre contre une tribu de pachtounes, et demande à son supérieur hiérarchique l'autorisation de se joindre au combat. Placé sous les ordres du général Jeffery, commandant de la deuxième brigade opérant au Malakand, dans l'actuel Pakistan, il est envoyé avec quinze éclaireurs reconnaître la vallée des Mamund, où, rencontrant une tribu ennemie, ils descendent de leurs montures et ouvrent le feu. Après une heure de tirs, des renforts du 35e Sikhs arrivent et les tirs cessent peu à peu ; la brigade et les Sikhs reprennent leur avance. Plus tard des centaines d'hommes de la tribu leur tendent une embuscade et ouvrent le feu, les forçant à battre en retraite. Quatre hommes, qui transportent un officier blessé, doivent l'abandonner devant l'âpreté du combat. L'homme laissé à l'arrière est tailladé à mort sous les yeux de Churchill. Il écrit à propos de l'événement : « j'ai oublié tout le reste, à l'exception de la volonté de tuer cet homme[12] ». Les troupes sikhs diminuent, et le commandant suppléant ordonne à Churchill de mettre le reste des hommes en sécurité. Churchill demande une confirmation écrite pour ne pas être accusé de désertion[13] et, ayant reçu la note demandée, rapidement signée, il escalade la colline puis alerte une des autres brigades, qui engage l'ennemi. Les combats dans la zone durent encore deux semaines avant que les morts ne puissent être récupérés. Churchill écrit dans son journal : « que cela en valait la peine je ne peux pas dire[12],[14] ». Son compte-rendu de la bataille est l'un de ses premiers récits publiés, pour lequel il reçoit cinq livres sterling par colonne dans le Daily Telegraph. Un compte-rendu du siège de Malakand est publié en décembre 1900 sous le titre de The Story of the Malakand Field Force et lui rapporte 600 livres sterling. Au cours de cette campagne, il écrit également des articles pour le journal The Pioneer[Je 7]. Sa grande récompense, alors que jusque-là il n'a presque toujours reçu que des reproches, tant de ses parents que de ses enseignants, est qu'il se voit décerner des éloges publics et privés. Le Prince de Galles, ami de sa mère et futur Édouard VII, lui écrit : « je ne puis résister à l'envie de vous écrire quelques lignes pour vous féliciter du succès de votre livre »[Ma 10].

De la campagne du Soudan au premier échec politique à Oldham[modifier | modifier le code]

Churchill est transféré en Égypte en 1898, où il visite Louxor, avant de rejoindre un détachement du 21st Lancers servant au Soudan sous le commandement du général Herbert Kitchener. Durant son service, il rencontre deux officiers avec lesquels il est amené à travailler plus tard, au cours de la Première Guerre mondiale : Douglas Haig, alors capitaine et David Beatty, alors lieutenant d'une canonnière[Je 8]. Au Soudan, il participe à ce qui est décrit comme la dernière véritable charge de cavalerie britannique, à la bataille d'Omdurman, en septembre 1898. Il travaille également comme correspondant de guerre pour le Morning Post. En octobre, rentré en Grande-Bretagne, il commence son ouvrage en deux volumes The River War, un livre sur la reconquête du Soudan publié l'année suivante.

Churchill démissionne de l'armée britannique le 5 mai 1899 pour se présenter au Parlement comme candidat conservateur à Oldham, lors de l'élection partielle de la même année, mais il perd en n'étant que troisième pour deux sièges à pourvoir[Je 9],[15].

La guerre des Boers et la notoriété[modifier | modifier le code]

Winston Churchill pendant la Seconde Guerre des Boers.

Après l'échec électoral d'Oldham, Churchill cherche une autre occasion de faire progresser sa carrière. Le 12 octobre 1899, la Seconde Guerre des Boers entre la Grande-Bretagne et les républiques boers éclate. Il obtient une commission pour agir en tant que correspondant de guerre pour le Morning Post avec un salaire de 250 £ par mois. Il a hâte de naviguer sur le même bateau que le nouveau commandant britannique, Redvers Buller. Après quelques semaines dans les zones exposées, il accompagne une expédition d'éclaireurs dans un train blindé, au cours de laquelle il est capturé par les hommes du raid dirigé par Piet Joubert et Louis Botha sur la colonie du Natal, et envoyé dans un camp de prisonniers de guerre à Pretoria. Son attitude pendant l'embuscade du train fait évoquer une éventuelle obtention de la Croix de Victoria, plus haute distinction de la Grande-Bretagne décernée pour bravoure face à l'ennemi, mais cela ne se produit pas[11]. Cette même attitude lui vaut plus tard d'être emprisonné, alors qu'il n'est que civil. Les dirigeants boers se félicitent d'avoir ainsi pu s'emparer d'un Lord. Dans London to Ladysmith via Pretoria, un recueil de ses rapports écrits tout au long de cette guerre, il décrit l'expérience :

« J'avais eu, durant les quatre dernières années, l'avantage, si c'est un avantage, de plusieurs expériences étranges et variées, desquelles l'étudiant des réalités pourrait tirer profit et enseignement. Mais rien n'était aussi saisissant que cela : attendre et lutter dans ces boîtes en fer résonnantes, déchirées, avec les explosions répétées des obus et de l'artillerie, le bruit des projectiles frappant les wagons, le sifflement alors qu'ils passaient dans l'air, le grognement et le halètement du moteur — pauvre chose torturée, martelée par au moins douze obus, dont chacun, en pénétrant dans la chaudière, aurait pu mettre fin à tout cela − l'attente de la destruction apparemment proche, la prise de conscience de l'impuissance, et les alternances d'espoir et désespoir − tout cela en soixante-dix minutes montre en main, avec seulement dix centimètres d'un blindage de fer tordu pour faire la différence entre le danger, la captivité et la honte, d'un côté − la sécurité, la liberté et le triomphe, de l'autre[16]. »

Il demande à plusieurs reprises sa libération à Piet Joubert en arguant de son statut civil. Finalement, il s'échappe du camp de prisonniers quelques heures avant que sa libération ne lui soit accordée, et parcourt près de 480 km jusqu'à la ville portugaise de Lourenço Marques dans la baie de Delagoa[Je 10]. Quittant Pretoria vers l'est, il est un temps caché dans une mine des environs de l'actuelle Witbank par un responsable de mines anglais ; il gagne ensuite Lourenço Marques dissimulé dans un train emportant des balles de laine[17]. Son évasion lui vaut un moment l'attention du public et en fait un quasi-héros national en Grande-Bretagne, d'autant qu'au lieu de rentrer chez lui, il rejoint l'armée du général Buller qui après avoir secouru les Britanniques encerclés à Ladysmith prend Pretoria[Je 11]. Cette fois-ci, bien que toujours correspondant de guerre, Churchill reçoit un commandement dans le South African Light Horse. Il s'illustre notamment à la bataille de Spion Kop et, avec son cousin Charles Spencer-Churchill dans la libération du camp de prisonniers de Prétoria[Je 12].

En juin 1900, après s'être une dernière fois fait remarquer à la bataille de Diamond Hill, Churchill retourne en Angleterre à bord du RMS Dunottar Castle, le même navire qui l'a emmené en Afrique du Sud, huit mois plus tôt. Il publie London to Ladysmith et un deuxième volume sur ses expériences de la guerre des Boers, La Marche de Ian Hamilton[18]. Cette fois, il est élu en 1900 à Oldham, lors des élections générales, à la Chambre des Communes, et entreprend une tournée de conférences en Grande-Bretagne, suivie par des tournées aux États-Unis et au Canada. Ses revenus dépassent désormais 5 000 £ annuels[Je 13].

Ayant quitté l'armée régulière en 1900, Churchill rejoint l'Imperial Yeomanry en janvier 1902 en tant que capitaine des Queen's Own Oxfordshire Hussars. En avril 1905, il est promu major et nommé au commandement de l'escadron Henley du Queen's Own Oxfordshire Hussars[19]. C'est également à cette époque qu'il rencontre sa future femme.

Churchill entre en politique[modifier | modifier le code]

« La politique est presque aussi excitante que la guerre, et tout aussi dangereuse – [à la] guerre vous pouvez être tué une fois seulement, en politique plusieurs. »

— Winston Churchill, 1906[20]

Un jeune conservateur contestataire au Parlement[modifier | modifier le code]

Affiche de campagne de Churchill pour les élections de 1899 à Oldham

Après son échec initial à devenir Member of Parlement en 1899, Churchill se représente pour le siège d'Oldham aux élections générales de 1900. Soutenu par sa notoriété familiale et son statut de héros de la guerre des Boers, il remporte le siège. Il entame alors une tournée en Grande-Bretagne, aux États-Unis et au Canada où il participe à des conférences, qui lui rapportent 10 000 £. Au Parlement, il s'associe à une faction du Parti conservateur dirigée par Lord Hugh Cecil, les Hughligans, qui sont opposés au leadership de Balfour. Au cours de sa première session parlementaire, il s'oppose aux dépenses militaires du gouvernement[Je 14] et à la proposition de Joseph Chamberlain d'augmenter les droits de douane pour protéger l'industrie anglaise. À cette même époque, il lit une étude de Rowentree sur la pauvreté en Angleterre qui le touche beaucoup[Je 15]. De 1903 à 1905, il s'attache également à écrire Lord Randolph Churchill, une biographie de son père en deux volumes, publiée en 1906, qui reçoit de nombreuses critiques élogieuses[Je 16].

De 1903 à 1905, le pays traverse une phase où les conservateurs, autour de Joseph Chamberlain, préconisent une politique protectionniste basée sur la préférence impériale et se heurtent à l'opposition des libéraux. Churchill se fait un des champions du libre-échange et en mars 1904, attaque une loi protectionniste sur le sucre. Son discours est remarqué par le chef du parti libéral Henry Campbell-Bannerman qui lui envoie une invitation qu'il accepte. Pour Roy Jenkins, ce choix de Churchill est un peu paradoxal. En effet l'homme qui l'invite est alors considéré comme un « Little Englander », ou anti-impérialiste, quand il y a alors au parti libéral des « liberal imperialists » tels Asquith, Grey ou Haldane, dont on pourrait le croire plus proche[Je 17]. Quoi qu'il en soit, il décide, à la Pentecôte 1904, de quitter son parti afin de rejoindre les bancs du Parti libéral, restant député d'Oldham jusqu'à la fin du mandat. En décembre 1905, les libéraux renversent le gouvernement et Henry Campbell-Bannerman devient Premier ministre. Il nomme Churchill Sous-secrétaire d'État aux Colonies, avec pour mission de s'occuper principalement de l'Afrique du Sud après la guerre des Boers. À ce poste, il doit défendre Alfred Milner accusé d'avoir admis des Chinois en Afrique du Sud sans base légale. Pour le défendre, il dit de celui qui sera membre du Cabinet de guerre de 1916 à un moment où cet honneur est formellement refusé à Churchill, qu'il est un homme du passé[Je 18].

Passage au parti libéral, réforme sociale et bras de fer avec l'aristocratie[modifier | modifier le code]

Article connexe : social-libéralisme.

Rejeté par les conservateurs d'Oldham, notamment en raison de son soutien au libre-échange, Churchill est invité à se présenter pour les libéraux dans la circonscription de Manchester Nord-Ouest. Il remporte le siège aux élections générales de 1906 avec une majorité de 1 214 voix, et représente la circonscription pendant deux ans, jusqu'en 1908. Lorsque Herbert Henry Asquith devient la même année Premier ministre à la place de Campbell-Bannerman, Churchill est promu au Cabinet en tant que ministre du Commerce[15]. Il doit en partie ce poste à un article sur les réformes sociales intitulé « Un domaine inexploré en politique » rédigé après des rencontres avec Beatrice Webb, membre influente de la Fabian Society ainsi qu'avec William Beveridge[Fk 2]. Il puise aussi son inspiration dans les idées de Lloyd George et dans l'expérience sociale allemande. Comme le veut la loi à l'époque, il est obligé de solliciter un nouveau mandat lors d'une élection partielle ; Churchill perd son siège, mais revient rapidement député de la circonscription de Dundee.

Comme ministre du Commerce, il se joint au nouveau Chancelier Lloyd George pour s'opposer au Premier Lord de l'Amirauté Reginald McKenna, et à son programme coûteux de construction de vaisseaux de guerre dreadnought, ainsi que pour soutenir les réformes libérales[21]. En 1908, il présente le projet de loi qui impose pour la première fois un salaire minimum en Grande-Bretagne[Je 19]. En 1909, il crée les bourses de l'emploi pour aider les chômeurs à trouver du travail[Je 19]. Il participe aussi à la rédaction de la première loi sur les pensions de chômage, et du National Insurance Act de 1911, fondement de la sécurité sociale au Royaume-Uni[Je 20]. Pour Élie Halévy, Churchill et Lloyd George veulent que le parti libéral adopte ce programme pour empêcher les travaillistes de gagner du terrain sur la gauche[Ma 11].

Churchill en 1904.

Ce programme se heurte à une vive opposition de l'aristocratie car le People's Budget[Je 21] de 1909 comporte une augmentation des droits de succession. Si cette réforme qui ne touche que ceux qui gagnent plus de 3 000 £ par an ne concerne que 11 500 Anglais, ce sont précisément ceux qui gouvernent[Ma 12]. Aussi, la Chambre des Lords met son veto. Churchill est alors attaqué par les milieux conservateurs qui se répandent en propos hostiles tant envers lui qu'envers sa famille qui n'aurait « jamais donné naissance à un gentleman[Ma 13] ». Pour résoudre la crise, le Premier ministre demande la dissolution du Parlement. Les libéraux réélus sont majoritaires avec le soutien du parti travailliste et d'un parti irlandais. La Chambre des Lords sous la pression de Lloyd George adopte durant l'été 1911 une loi qui limite ses pouvoirs[Ma 14].

Ministre de l'Intérieur[modifier | modifier le code]

Churchill est réélu en 1909 et fait part de son désir de briguer soit le poste de Premier Lord de l'Amirauté soit celui de ministre de l'Intérieur[Ma 14]. Les libéraux le nomment à l'Intérieur en raison de son image de fermeté. C'est un poste à haut risque pour lui, car s'il est maintenant détesté par les conservateurs, la gauche du parti libéral ne l'aime pas plus. Pour les uns, c'est un traître à l'aristocratie, et pour les autres, c'est un aristocrate qui fait semblant d'être social[Ma 15]. Churchill voit son action à ce poste mise à mal en trois occasions : le conflit minier cambrien, le siège de Sidney Street et les premières actions des suffragettes.

En 1910, un certain nombre de mineurs de charbon dans la vallée de Rhondda commencent la manifestation connue sous le nom d'« émeute de Tonypandy »[21]. Le chef de police de Glamorgan demande à ce que des troupes soient envoyées afin d'aider la police à réprimer les émeutes. Churchill, apprenant que celles-ci sont déjà en route, leur permet d'aller jusqu'à Swindon et Cardiff, mais interdit leur déploiement. Le 9 novembre, le Times critique cette décision. En dépit de cela, la rumeur dans les milieux ouvriers et travaillistes persiste que Churchill a ordonné aux troupes d'attaquer : sa réputation au Pays de Galles et dans les milieux travaillistes y est alors définitivement ternie[22]. En somme, pour la gauche il a été trop dur et pour la droite trop mou. Lui estime qu'il a fait son travail[Ma 16].

Winston Churchill (mis en évidence) à Sidney Street le 3 janvier 1911.

Au début du mois de janvier 1911, Churchill fait une apparition controversée au siège de Sidney Street, une opération ayant pour but d'arrêter les auteurs d'un braquage, des révolutionnaires armés et retranchés, semblables à ceux de la bande à Bonnot, à Londres. Il y a une certaine incertitude quant à savoir s'il y a donné des commandements opérationnels. Sa présence, photographiée, attire beaucoup de critiques. Après enquête, Arthur Balfour fait remarquer : « lui [Churchill] et un photographe risquaient tous les deux leurs précieuses vies. Je comprends ce que faisait le photographe, mais qu'y faisait le très honorable gentleman[23]? » Un biographe, Roy Jenkins, suggère qu'il y est tout simplement allé parce qu'« il n'a pas pu résister à l'envie d'aller voir par lui-même » et qu'il n'a pas donné d'ordre[Je 22]. En réalité, derrière la mise en cause de son comportement se cache un problème plus politique. En effet, l'affaire a lieu dans le quartier de Whitechapel où résident de nombreux réfugiés politiques. Joseph Staline y vit par exemple en juin 1907[Ma 17]. Les libéraux ont refusé en 1905 de restreindre cette forme d'immigration et les hommes cernés sont membres d'un gang dirigé par un réfugié letton ce qui vaut à Churchill d'être là encore critiqué tant par la droite qui le trouve trop laxiste que par la gauche[Ma 17].

La solution que propose Churchill à la question des suffragettes est un référendum, mais cette idée n'obtient pas l'approbation de Herbert Henry Asquith, et le droit de vote des femmes reste en suspens jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale[Je 23].

Tous ces évènements mènent le Premier ministre à le nommer Premier Lord de l'Amirauté où il a besoin d'un homme capable de s'imposer face à l'état-major de la Marine.

Premier Lord de l'Amirauté[modifier | modifier le code]

Le HMS Marlborough de la classe Iron Duke, lancé en 1912.

Le Premier Lord et la préparation de la guerre[modifier | modifier le code]

Début 1911, Churchill est nommé Premier Lord de l'Amirauté. Son premier geste est de prendre pour conseiller l'ancien amiral John Arbuthnot Fisher, le concepteur des dreadnoughts, qui le pousse à accélérer le passage de la propulsion au charbon à celle au fioul sur les bâtiments de la Royal Navy[24]. Pour assurer l'approvisionnement en pétrole, le gouvernement britannique devient l'actionnaire principal de l'Anglo-Persian Oil Company[25]. Fischer lui transmet aussi ses idées concernant la nécessité d'avoir des canons de plus en plus gros calibre, donnant naissance à la première classe de super-dreadnoughts de la marine britannique, la classe Queen Elizabeth[26]. Sur le plan social, il veille à l'amélioration des conditions de vie des marins non officiers. Il s'occupe ensuite de trouver un successeur au Premier Lord de la Mer, Arthur Wilson – c'est surtout pour cela que Churchill a été nommé à ce poste. En effet, Arthur Wilson s'oppose à la création d'un état-major de guerre naval[Ma 18]. Il nomme à sa place Francis Bridgeman, et comme Second Lord de la Mer, le prince Louis Alexandre de Battenberg. Fin 1913, il propose à l'Allemagne des « vacances navales », c'est-à-dire une trêve dans la construction de bateaux de guerre. Devant le refus de l'Empereur Guillaume II, il présente un projet de budget pour la marine de 50 millions de livres sterling. Pour lui « La marine anglaise est une nécessité » pour les Anglais alors que pour les Allemands, la marine est un luxe[Ma 19]. Les dépenses consacrées à la marine provoquent une polémique avec les libéraux, particulièrement avec Lloyd George alors Chancelier de l'Échiquier[Ma 18]. Après tractation, Churchill obtient satisfaction et peut lancer de nouveaux cuirassés. Il favorise également le développement de l'aviation navale, prend lui-même des leçons pour être pilote[27] et est l'artisan du développement des chars d'assaut.

Churchill reste attaqué à la fois par les conservateurs et par des membres son propre parti. Aussi, quand le Premier ministre Herbert Henry Asquith propose la Home Rule, c'est-à-dire un projet, sinon d'indépendance, du moins de large autonomie de l'Irlande en 1912, il le soutient sans réserve. Cela du fait que d'une part, il faut selon lui satisfaire les députés irlandais qui ont permis la victoire des libéraux dans le bras de fer concernant la Chambre des lords, et d'autre part car il s'est déclaré favorable au projet dès 1910[Ma 20]. Comme Asquith a désigné Churchill comme son principal porte-parole sur le sujet, l'essentiel de la polémique avec les conservateurs et les protestants d'Ulster repose sur ses épaules, ce qui renforce le ressentiment des milieux conservateurs et de leur chef Andrew Bonar Law à son égard[Ma 20].

En juillet 1914, Churchill empêche les Turcs de prendre possession de deux bateaux qu'ils ont pourtant payés, les poussant ainsi à se ranger du côté des Allemands[Ma 21]. À cette même période, Churchill reçoit Albert Ballin, président de la Hamburg America Line et chef du lobby maritime allemand, qui s'inquiète de l'aggravation de la crise et l'implore « presque les larmes aux yeux de ne pas faire la guerre »[28]. Le 1er août, il prévient le Premier ministre Asquith qu'il va rappeler 40 000 réservistes. Le chancelier de l'Échiquier Lloyd George s'y oppose violemment, considérant cette décision comme une provocation contre l'Allemagne[Ma 21]. Cependant, avec l'accord tacite d'Asquith, Churchill passe outre : tous deux savent qu'Andrew Bonar Law, le leader conservateur, est partisan de l'intervention aux côtés de la France[Ma 22]. Aussi, quand le Cabinet se réunit de nouveau, les opposants à l'intervention se soumettent ou démissionnent, comme le fait John Simon. Cette mobilisation préventive a grandement facilité l'envoi d'un ultimatum à l'Allemagne par Edward Grey, le Secrétaire d'État des Affaires étrangères, qui exige l'évacuation de la Belgique par l'armée allemande, qui vient alors de l'attaquer[Ma 23].

Les débuts de la guerre[modifier | modifier le code]

HMS Queen Elizabeth à Alexandrie, La classe Queen Elizabeth, armée de canon de 15 pouces est lancée à l'initiative de Churchill.

Si Churchill est l'un des seuls ministres à s'être réjoui du début du conflit, il doit très vite déchanter. Deux sous-marins allemands coulent chacun trois croiseurs anglais, l'un au large de la Hollande (les HMS Aboukir, Hogue, Cressy), l'autre dans la base navale de Scapa Flow (HMS Hawke, Audacious et Formidable). Churchill ayant fait sortir la flotte de cette base pour ne pas l'exposer, trois croiseurs allemands bombardent des ports anglais. Enfin, une escadre allemande sillonne l'océan Pacifique et coule de nombreux bateaux de commerce[Ma 24]. Lorsqu'une escadre anglaise composée de vieux navires, commandée par l'amiral Christopher Cradock veut les arrêter, elle est envoyée par le fond lors de la bataille de Coronel[Ma 24], l'Amirauté ayant refusé d'envoyer des renforts[29]. Churchill doit faire face à une opinion publique hostile. Le premier Lord naval Louis Alexandre de Battenberg ayant des origines allemandes, le public s'en prend à lui : Churchill et Asquith doivent l'inciter à présenter sa démission[Ma 25]. Pour le remplacer, Churchill, malgré les réticences du roi George V, qui a longtemps servi dans la marine, choisit John Arbuthnot Fisher[Ma 24].

Le 5 octobre 1914, Churchill, qui aime l'action, se rend dans la place forte d'Anvers où l'armée belge soutient un siège ponctué de plusieurs sorties contre une importante armée allemande. Le roi Albert Ier et le gouvernement belge souhaitent évacuer tandis que Churchill préfère qu'ils continuent à résister. Churchill en sus de la brigade des Royal Marines qui se trouve sur place envoie les 1re et 2e Naval Brigades. Mais, malgré l'appui de canons de l'artillerie de marine anglaise montés par les Belges sur des wagons plats, les trois lignes de défense de la ville succombent et Anvers est évacuée par l'armée belge le 10 octobre. Parmi les victimes du siège, il y a 500 Anglais. À l'époque, on accuse Churchill d'avoir gaspillé des ressources[30]. Mais il est plus que probable que ses actions ont prolongé la résistance d'Anvers d'une semaine, (la Belgique ayant proposé de renoncer à Anvers le 3 octobre) et permit de sauver Calais et Dunkerque[Rh 1]. En effet, l'armée belge a pu se regrouper avec les forces franco-anglaises dans la région de l'Yser, et participer des 17 au 30 octobre à la bataille de l'Yser qui permet aux alliés de stopper la course à la mer de l'armée allemande bien au-delà de ces deux ports.

Au tournant de 1914-1915, les choses s'améliorent. La Royal Navy commence à renouer avec le succès : elle coule l'escadre allemande qui a ravagé le Pacifique lors de la bataille des Falklands ainsi qu'un croiseur lourd en mer du Nord lors de la bataille de Dogger Bank[Be 11]. Ces succès sont en partie dus à la constitution par Churchill d'une cellule de décryptage des codes secrets, la Room 40[Be 11].

L'idée d'un char de combat a déjà été avancée par Herbert George Wells en 1903[Ma 26]. Churchill fait en sorte qu'elle devienne une réalité, grâce notamment à des fonds de recherche navale[31]. L'Amirauté nomme ce projet : « la folie de Winston »[Ma 23]. Par la suite, il dirige le Landships Committee, chargé de créer le premier corps de chars d'assaut, ce qui est considéré comme un détournement de fonds[31] même si, une décennie plus tard, le développement du char de combat est porté à son actif.

Les Dardanelles[modifier | modifier le code]

Article connexe : bataille des Dardanelles.
Localisation des Dardanelles, un des points clés de l'accès de la Russie à la Méditerranée.

En novembre 1914, les Français et les Britanniques ont déjà perdu presqu'un million d'hommes[Ma 27]. Aussi Londres envisage une stratégie de contournement, d'autant que l'Empire ottoman est menaçant tant au Sud, du côté du Canal de Suez, qu'au Nord, contre l'Empire russe dont l'armée est en difficulté[Ma 28]. Ce dernier point pousse le ministre de la guerre Lord Kitchener, un militaire de carrière, à se faire l'avocat d'un projet qui aurait également l'avantage d'entraîner la Grèce et peut-être d'autres pays des Balkans dans la guerre, ainsi que de permettre d'avoir accès au blé russe. Churchill, qui alors ne privilégie pas cette hypothèse, reçoit un message de l'amiral Sackville Carden, commandant l'escadre de Méditerranée, qui considère que les Dardanelles « pourraient être forcées par des opérations d'envergure mettant en œuvre un grand nombre de navires[Ma 29] ». À ce moment Winston Churchill se déclare favorable au projet, d'autant que son premier lord naval y est favorable. L'opération est adoptée le 15 janvier 1915 en conseil de guerre[Ma 30]. Pourtant ensuite, rien ne va se dérouler comme prévu, en particulier parce que les acteurs, notamment Kitchener et le premier Lord naval Fisher, sont partagés : le premier, parce qu'il doit trancher entre les occidentaux, c'est-à-dire les militaires qui veulent se concentrer sur le front occidental, et les orientaux, qui veulent ouvrir un front en Asie mineure[Ma 31]. Le premier lord naval quant à lui hésite, après avoir donné son accord, car il a peur de devoir employer trop de bateaux loin de l'Angleterre qu'il estime devoir protéger en priorité[Ma 32]. De ce fait, une opération conçue pour être menée rapidement et de façon déterminée, va se perdre dans des méandres administratifs, laissant aux adversaires le soin de préparer leur défense. Enfin, l'amiral Sackville Hamilton Carden qui a eu l'idée du projet flanche au moment de passer à l'action et doit être soigné[Ma 33]. Le problème est que Churchill a fait tant et si bien qu'il passe pour le principal instigateur du projet, et que l'échec va lui être imputé[32],[Ma 34]. Une commission d'enquête parlementaire exonère ensuite Churchill et conclut à la responsabilité du Premier ministre Asquith, qui n'a pas fait preuve lors des conseils de guerre de la fermeté nécessaire, et à celle de Kitchener[Ma 35]. Mais entre temps, Churchill a dû démissionner de l'Amirauté le 11 novembre 1915[Ma 36].

Les conséquences des Dardanelles pour Churchill[modifier | modifier le code]

Il se voit attribuer une grande part de responsabilité de l'échec, et, lorsque le Premier ministre Asquith forme une coalition comprenant tous les partis, les conservateurs réclament sa rétrogradation comme condition à leur participation[Je 24]. Ce retrait de la vie politique active le conduit, pour se détendre, à se mettre à la peinture[Ma 37]. Churchill se voit attribuer la sinécure de chancelier du duché de Lancaster, poste subalterne du gouvernement.

Toutefois, le 15 novembre 1915, il démissionne, ayant le sentiment que son énergie n'est pas utilisée[Je 25] et, tout en restant député, sert pendant plusieurs mois sur le front de l'Ouest en commandant le 6e bataillon du Royal Scots Fusiliers avec le grade de colonel[Je 26]. En mars 1916, il retourne en Angleterre, car il s'impatiente en France et souhaite intervenir à nouveau à la Chambre des communes[Je 27]. La correspondance avec son épouse durant cette période de sa vie montre que si le but de sa participation au service actif est la réhabilitation de sa réputation, il est conscient du risque d'être tué. En tant que commandant, il continue à montrer l'audace dont il a fait sa marque dans ses actions militaires précédentes, bien qu'il désapprouve fortement les hécatombes ayant lieu dans de nombreuses batailles du front occidental[Je 28]. Lord Deedes a expliqué, lors d'une réunion de la Royal Historical Society en 2001, pourquoi Churchill s'est rendu sur la ligne de front : « Il était avec les Grenadier Guards, qui étaient à sec [sans alcool] au quartier général du bataillon. Ils aimaient beaucoup le thé et le lait condensé, ce qui n'avait pas beaucoup d'attrait pour Winston, mais l'alcool était autorisé dans la ligne de front, dans les tranchées. Il a donc suggéré au colonel qu'il se devait de voir la guerre de plus près et se rendre là-bas, ce qui fut vivement recommandé par le colonel, qui pensait que c'était une très bonne chose à faire[33] ».

Le ministre de Lloyd George[modifier | modifier le code]

Le 7 décembre 1916, David Lloyd George devient Premier ministre d'un gouvernement de coalition libéral-conservateur. Winston Churchill espère en faire partie mais se heurte au veto des conservateurs d'Andrew Bonar Law[Ma 38]. Malgré cela le Premier ministre, qui comme Churchill se méfie du commandement militaire, finit par le nommer ministre de l'Armement le 17 juillet 1917[Ma 39].

Ministre de l'armement puis ministre de la guerre[modifier | modifier le code]

Char d'assaut anglais Mark V.

À ce poste, il veille à l'approvisionnement des armées et continue à plaider pour l'utilisation de chars qui commencent à se montrer efficaces, notamment aux environs de Cambrai en 1918[Ma 40]. Pour A. J. P. Taylor, les chars ont été plus importants au niveau psychologique que stratégique car ils ont ébranlé la foi allemande en la victoire[Ma 40].

Comme ministre de la guerre à partir de janvier 1919, il fait face au mécontentement des soldats qui veulent être rapidement démobilisés[Ma 41]. Il est le principal architecte de la Ten Year Rule, ligne de conduite permettant au Trésor de diriger et de contrôler les politiques stratégique, financière et diplomatique en soutenant l'hypothèse qu'« il n'y aurait pas de grande guerre européenne pour les cinq ou dix prochaines années[34] ». Durant les négociations sur le Traité de Versailles, il s'efforce de modérer les exigences de Georges Clemenceau et se désole du peu d'enthousiasme de David Lloyd George pour la Société des Nations[Ma 40].

Churchill, qui est opposé au bolchevisme, veut faire adopter par le cabinet de guerre une politique agressive contre la Russie[Ma 42]. Néanmoins David Lloyd George n'y est pas favorable et le modère[Ma 42]. Les libéraux et les travaillistes du Labour s'y opposent aussi et le Daily Express estime que le pays a « suffisamment toléré la mégalomanie de M. Winston Churchill[Ma 43] ». Par ailleurs, le gouvernement veut reprendre le commerce avec la Russie et l'activisme de Churchill est perçu comme gênant[Ma 44].

Secrétaire d'État aux colonies en 1921-1922[modifier | modifier le code]

Il devient Secrétaire d'État aux colonies en 1921. À ce titre, il est signataire du traité anglo-irlandais de la même année, qui établit l'État libre d'Irlande. Il est impliqué dans les longues négociations du traité et, pour protéger les intérêts maritimes britanniques, conçoit une partie de l'accord de l'État libre d'Irlande afin d'inclure trois ports : Queenstown (Cobh), Berehaven et Lough Swilly, ports pouvant être utilisés comme bases atlantiques pour la Royal Navy[Je 29]. En accord avec les termes du traité anglo-irlandais du Commerce, ces bases seront restituées à la nouvellement nommée « Irlande » en 1938. Le traité stipule également que l'État libre d'Irlande est membre du Commonwealth of Nations, terme qui pour la première fois se substitue dans un document officiel à celui d'Empire britannique[35]

En tant que Secrétaire d'État aux colonies, il est chargé du Proche-Orient qui vient de passer sous contrôle britannique, et prend le colonel Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d'Arabie, comme conseiller. C'est lui qui favorise le couronnement de l'émir Fayçal en Mésopotamie britannique et d'Abd-Allah en Transjordanie. Par ailleurs, dans ce qui deviendra l'Irak, il remplace les forces terrestres anglaises par des avions de chasse, moins visibles[Ma 45]. Il se montre par ailleurs favorable à l'utilisation d'armes chimiques sur les populations kurdes du nord de l'Irak animées par des velléités d'indépendance comme il le précise dans une note adressée au War Office en mai 1919 : "Je suis fortement en faveur de l'usage de gaz empoisonné contre des tribus non civilisées"[36]. Thomas Edward Lawrence dans son livre, Les Sept Piliers de la sagesse, cite Churchill de façon positive[Ma 46].

David Lloyd George mène une politique pro-grecque après la Première Guerre mondiale et soutient ce pays lors de la guerre gréco-turque de 1919. Churchill n'est pas favorable à cette option, car il pense que pour arriver à une paix durable dans la région, Smyrne et ses environs doivent être maintenus sous souveraineté turque[Ma 47]. Par ailleurs, il est pour l'abandon de la ville de Chanak située sur la rive asiatique des Dardanelles et pour un repli des troupes britanniques sur la rive européenne à Gallipoli. Lloyd George ne le suit pas, ce qui conduit à une forte tension entre Britanniques et Turcs qui aboutira au traité de Lausanne. Cette affaire contribue auparavant à la chute du cabinet de Lloyd George car l'opinion publique britannique, les conservateurs ainsi qu'Herbert Asquith leur reprochent à lui et Churchill d'être trop attirés par les rapports de force et de ne pas assez penser à la paix. Certains ont vu dans la déclaration d'Andrew Bonar Law, le leader des conservateurs, selon laquelle « nous ne pouvons être le gendarme du monde », « l'épitaphe de l'âge d'or de l'Empire[Ma 48] ».

Churchill durant l'entre-deux guerres[modifier | modifier le code]

Retour au Parti conservateur[modifier | modifier le code]

Stanley Baldwin, Premier ministre conservateur de 1923 à début 1924, de fin 1924 à 1929, puis de 1935 à 1937.

En septembre, le Parti conservateur se retire de la coalition du gouvernement à la suite d'une réunion de députés insatisfaits de la gestion de l'affaire Chanak, ce qui provoque les élections générales d'octobre 1922. Churchill tombe malade durant la campagne, et doit subir une appendicectomie de sorte que sa femme Clementine doit faire l'essentiel de la campagne à sa place[Ma 49]. Il doit aussi composer avec les problèmes internes du Parti libéral, divisé entre ceux qui soutiennent David Lloyd George comme lui et ceux qui soutiennent Herbert Asquith. Il arrive quatrième à l'élection de Dundee, perdant au profit d'Edmund Dene Morel sa place de député. Sa défaite ne passe pas inaperçue et Churchill préfère prendre du recul sur la Côte d'Azur[Ma 50] où il se détend en peignant des tableaux. Le vainqueur, Andrew Bonar Law, est élu en partie parce qu'il est celui qui ressemble le moins au Premier ministre précédent[Ma 51]. Néanmoins, il tombe très vite malade et est remplacé par Stanley Baldwin qui pour faire face au chômage veut instaurer des mesures protectionnistes. Churchill toujours en faveur du libre-échange se présente de nouveau pour les libéraux aux élections générales de 1923, et perd cette fois-ci à Leicester. Les travaillistes qui sont également pour le libre-échange s'allient alors aux libéraux pour former un gouvernement. Churchill n'approuvant pas ce rapprochement quitte le parti libéral et se présente comme indépendant d'abord sans succès dans une élection partielle dans la circonscription de l'abbaye de Westminster, puis avec succès aux élections générales de 1924, à Epping. Stanley Baldwin qui craint que Churchill, LLoyd Georges et F.E. Smith, trois grands orateurs, ne montent un parti du centre et ne le mettent en difficulté au parlement décide de le nommer ministre. Neville Chamberlain qui ne veut pas du poste lui suggère de nommer Churchill chancelier de l'échiquier[Ma 52]. L'année suivante, il rejoint officiellement le Parti conservateur, en commentant ironiquement que « n'importe qui peut être un lâcheur, mais il faut une certaine ingéniosité pour l'être à nouveau[N 9],[37] ».

Deux points sont ici à noter : Churchill qui voit dans le socialisme « l'ombre de la folie communiste »[Ma 53], est alors extrêmement impopulaire dans toute la gauche anglaise. Emmanuel Shinwell, un député travailliste écrit : « lorsqu'un orateur travailliste se trouvait à court d'arguments, il lui suffisait de dire "À bas Winston Churchill !" (...) [pour] déclencher un tonnerre d'applaudissements »[Ma 53]. Par ailleurs, Churchill n'est pas un homme de parti. Il écrit dans les années 1920 « tous les petits politiciens chérissaient de tout cœur les drapeaux des partis, les tribunes des partis... tout heureux de constater le retour des bons vieux jours de faction d'avant-guerre »[Ma 51] ! Plus tard, il sera marginalisé au sein du parti conservateur pour des raisons politiques, mais également parce que ce n'est pas un homme d'appareil.

Ministre des Finances 1924-1929[modifier | modifier le code]

Caricature de Churchill, David Low 1926.

Churchill est surpris d'apprendre qu'il est nommé ministre des Finances du Royaume-Uni, et demande au Premier ministre « Le foutu canard va-t-il nager[Ma 54] ? » De fait, il confie un jour à son secrétaire privé parlementaire Robert Boothby, après une réunion avec des économistes, des banquiers et des hauts fonctionnaires des finances : « si seulement c'étaient des amiraux ou des généraux. Je parle leur langue, et je peux les battre. Mais au bout d'un instant, ces types commencent à parler chinois. Et alors je suis noyé[Ma 55] ». À ce poste, Churchill dirigera le « désastreux retour à l'étalon-or qui aboutit à la déflation, au chômage et à la grève des mineurs, prémices de la grève générale de 1926 »[38] W. Manchester note qu'il est malgré tout « loin d'être le pire Chancelier de l'échiquier qu'a connu le pays ».

L'élément le plus notable de son premier budget est le retour à l'étalon-or[Je 30]. En fait, Churchill a beaucoup hésité et beaucoup consulté, car il craint pour l'industrie britannique. Il se heurte à la détermination des hauts responsables économiques et financiers Otto Niemeyer, Ralph George Hawtrey du trésor, Lord Bradbury du Joint Select Committee, chargé d'étudier la question, et Montagu Norman de la Banque d'Angleterre. Côté politique, le Premier ministre aurait été déçu que Churchill prenne une autre décision, d'autant plus que Philip Snowden, son prédécesseur travailliste, est favorable à la mesure[Je 31]. En revanche y sont opposés John Maynard Keynes et Reginald McKenna. Lors d'un dîner le 27 mars 1925 où Bradbury et Niemeyer font face à Keynes et MacKenna ce dernier affirme « qu'en matière de politique pratique Churchill n'a pas d'autre possibilité que le retour à l'or »[Je 31]. Churchill prend alors la décision qu'il considérera comme la plus grande erreur de sa vie, en ayant déjà conscience de son caractère plus politique qu'économique[Rh 2]. Dans son discours sur le projet de loi, il déclare : « Je vais vous dire ce qu'il [le retour à l'étalon-or] va nous attacher. Il va nous attacher à la réalité ». Cette décision incite Keynes à écrire The Economic Consequences of Mr. Churchill, faisant valoir que le retour à l'étalon-or avec sa parité d'avant-guerre en 1925, 1 £ = 4 86 $, conduirait à une dépression mondiale. Sont également opposés à cette décision Lord Beaverbrook et la fédération des industries britanniques[Rh 3]. Son premier projet de budget comporte aussi plusieurs mesures sociales comme l'abaissement de l'âge de la retraite, les subsides aux veuves et aux orphelins ainsi qu'un accès plus facile aux aides sociales. Elles sont financées par une baisse des impôts pour les plus pauvres et une hausse pour les revenus non salariaux ainsi qu'une baisse du budget de la Défense, Marine et aviation notamment. Il ne sera en faveur du réarmement qu'à partir des années 1930[Ma 49].

Mineurs grévistes lors de la grève générale de 1926.

Le retour au taux de change d'avant-guerre et à l'étalon-or déprime les industries. La plus touchée est celle du charbon. Déjà affectée par la baisse de la production depuis que les navires sont passés au pétrole, le retour aux changes d'avant-guerre crée des coûts additionnels pouvant atteindre 10 % pour l'industrie. En juillet 1925, les propriétaires des mines de charbon veulent imposer une baisse des salaires pour faire face à la concurrence étrangère. Le gouvernement qui craint un conflit dur nomme une commission d'enquête présidée par Herbert Samuel. Il verse en attendant une subvention aux entreprises[Je 32]. La Commission conclut que les propriétaires des mines ont réalisé d'importants bénéfices et négligé les investissements de telle sorte que le matériel est désuet et que de forts gains de productivité sont possibles. Pourtant, Baldwin ne veut pas forcer les propriétaires des mines à investir et maintient que des baisses de salaires sont nécessaires. Cela conduit à la grève générale de 1926[Ma 56]. Une fois le bras de fer commencé Churchill ne veut absolument pas capituler et Baldwin, qui ne veut pas que Churchill se mêle trop de la question, le charge de la British Gazette, un organe gouvernemental de presse temporaire chargé de faire connaître au public, alors que les journaux sont en grève et ne paraissent plus, la position du gouvernement. Churchill se met au travail avec entrain et sans aucune impartialité, car « l'État ne peut être impartial dans ses rapports entre lui-même et le groupe de sujets contre lequel il lutte[Ma 57] ». Le journal connait une forte progression de sa diffusion pour le dernier numéro correspondant au dernier jour de grève, avec 2 209 000 exemplaires diffusés. Une fois la victoire atteinte Churchill tient à ce que le gouvernement fasse preuve de magnanimité, mais du fait des réticences patronales, et malgré ses efforts, la grève est relancée dans les mines et dure jusqu'au début de l'hiver[Ma 58].

En 1927, lors d'une conférence de presse à Rome, il tient des propos favorables à Mussolini qui provoquent la fureur du rédacteur en chef du Manchester Guardian. Pour sa défense, Churchill affirme que l'Angleterre doit défendre tout régime continental opposé à son plus grand ennemi, le communisme[Ma 59].

La philosophie de l'Histoire de Churchill[modifier | modifier le code]

La parution des volumes de The World Crisis (littéralement Le Monde en crise) s'échelonne entre 1923 et 1931. Une des thèses centrales des deux premiers volumes parus en 1923 peut être formulée ainsi : « durant le conflit, les professionnels de la guerre, généraux et amiraux – the brass-hat –, ont eu régulièrement tort, tandis que les professionnels de la politique – the frocks – ont eu généralement raison[Be 12] ». John Maynard Keynes, qui apprécie l'ouvrage, suggère dans une remarque les réserves qu'il inspire au Groupe de Bloomsbury. Pour lui, le livre provoque « un peu d'envie peut-être, devant sa conviction inébranlable que les frontières, les races, les patriotismes, et même les guerres s'il le faut, sont des vérités ultimes de l'Humanité, ce qui confère dans son esprit une sorte de dignité et même de noblesse à des évènements qui ne sont pour d'autres qu'un intermède cauchemardesque, quelque chose qu'il convient d'éviter constamment[39] ».

Dans Toughts and Adventure, Churchill développe une vision de l'Histoire à l'opposé de celle de Karl Marx. Pour lui, elle est d'abord faite par les « grands hommes ». Dans le livre précédemment cité, il écrit : « l'histoire du monde est principalement le geste des êtres exceptionnels, dont la pensée, les actions, les qualités, les vertus, les triomphes, les faiblesses ou les crimes ont dominé la fortune des hommes[40] ». De là découlent selon François Bédarida trois conséquences. Tout d'abord, l'Histoire, soumise au libre choix des hommes, est imprévisible[Be 13]. Ensuite, pour Churchill, le présent éclaire plus le passé que l'inverse. Par exemple, dans son livre sur son ancêtre, le Duc de Malborough, c'est le présent, les actions de Lloyd George ou même d'Hitler, qui lui permettent de comprendre le XVIIe siècle[Be 14]. Enfin, comme pour le grand historien Whig Lord Acton, et, dans une moindre mesure, comme Augustin d'Hippone, il voit l'Histoire comme un combat moral entre le bien et le mal. De là, il s'ensuit que, pour Bédarida, Churchill adopte « une approche à la fois idéologique et mythique » dans la lignée de la « Conception whig de l'histoire »[Be 14].

Traversée du désert[modifier | modifier le code]

Churchill a écrit une biographie de son ancêtre John Churchill, 1er duc de Marlborough dans le milieu des années 1930.

Le gouvernement conservateur est défait aux élections générales de 1929. Churchill prend du recul et va faire un cycle de conférences aux États-Unis (il est présent par hasard à la tribune de la bourse de Wall Street le Jeudi noir qui plonge le monde et la Grande-Bretagne dans la crise[41]). En désaccord avec la majorité du parti conservateur sur les questions de protection tarifaire et du mouvement pour l'indépendance de l'Inde, il n'occupe rapidement plus aucune position d'influence dans le parti. Lorsque, face à la crise, Ramsay MacDonald forme le gouvernement d'unité nationale en 1931, il n'est pas invité à s'y joindre. Sa carrière est au ralenti, c'est une période connue comme étant sa traversée du désert[42].

« Me voici, après quelque trente années à la Chambre des communes, après avoir détenu plusieurs des plus hautes fonctions de l'État. Me voici congédié, écarté, abandonné, rejeté et détesté. [Parlant des hommes politiques en vue de l'époque Ramsay MacDonald et Stanley Baldwin] (...) deux infirmières idéales pour garder le silence dans une chambre obscure[Ma 60]. »

La majeure partie des années suivantes est consacrée à ses écrits, dont Marlborough : His Life and Times, une biographie de son ancêtre John Churchill, 1er duc de Marlborough, A History of the English-Speaking Peoples, œuvre publiée bien après la Seconde Guerre mondiale[42], et Great Contemporaries, une série de portraits d'hommes ou de femmes politiques contemporains comme Nancy Astor ou Ramsay MacDonald. Il est alors l'un des écrivains les mieux payés de son temps[42]. Pour sa femme Clémentine, et plus tard pour Churchill lui-même, cet isolement est une chance car, eût-il été ministre, il y a peu de chances qu'il eût pu réellement peser sur le cours des événements tellement la situation politique intérieure était, selon elle, déprimante[Wm 1]. Durant les années 1930, trois éléments au moins expliquent la persistance de sa traversée du désert : sa position sur l'Inde[Be 15], son rôle dans l'affaire de l'abdication royale qui renforce dans l'opinion l'idée que Churchill est imprévisible[Be 16], et son opposition à l'Allemagne nazie, qui pour lui représente la principale menace, le fascisme italien ou l'Espagne franquiste, dont il faut néanmoins éviter qu'ils ne renforcent l'Allemagne, étant pour lui moins importants[Wm 2]. Cela le met en porte-à-faux par rapport à une classe politique pacifiste[Wm 3]. Pour toutes ces raisons[Be 17], son parti préfère, dans la seconde moitié des années 1930, nommer au poste de Premier ministre un homme comme Neville Chamberlain.

Le statut de l'Inde[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Partition des Indes.

Au cours de la première moitié des années 1930, Churchill est franchement opposé à l'octroi du statut de dominion à l'Inde. Après un voyage aux États-Unis en 1930, il aurait dit : « l'Inde est un terme géographique, [...] elle n'est pas plus une nation unie que l'Équateur[43] ». Il est l'un des fondateurs de la Ligue de défense de l'Inde, un groupe dédié à la préservation du pouvoir britannique dans la colonie. Dans des discours et des articles de presse de cette période, il prévoit un taux de chômage britannique élevé et la guerre civile en Inde si l'indépendance devait être accordée[Rh 4]. Le vice-roi Edward Wood, qui deviendra Lord Halifax, qui avait été nommé par le précédent gouvernement conservateur, participe à la première Round Table Conference, qui se tient de novembre 1930 à janvier 1931, puis annonce la décision gouvernementale selon laquelle l'Inde devrait recevoir le statut de dominion. En cela, le gouvernement est appuyé par le Parti libéral et par la majorité du Parti conservateur. Churchill dénonce la conférence[Ma 61]. Lors d'une réunion de l'Association conservatrice d'Essex-Ouest spécialement convoquée afin que Churchill puisse expliquer sa position, il affirme : « il est aussi alarmant et nauséabond de voir M. Gandhi, un avocat séditieux du Middle Temple, qui pose maintenant comme un fakir d'un type bien connu en Orient, montant à demi-nu jusqu'aux marches du palais du vice-roi [...] afin de parlementer sur un pied d'égalité avec le représentant de l'empereur-roi[44] ». Il nomme les dirigeants du Congrès indien « des brahmanes qui vocifèrent et baratinent les principes du libéralisme occidental[Rh 5] ».

Gandhi pendant la marche du sel.

Deux incidents contribuent à affaiblir la position déjà chancelante de Churchill au sein du Parti conservateur et tous deux sont considérés comme des attaques envers la majorité des conservateurs. La veille d'une élection partielle à St-George, en avril 1931 où le candidat officiel du parti Duff Cooper est opposé à un conservateur indépendant appuyé par Lord Rothermere, Lord Beaverbrook et leurs journaux respectifs, il prononce un discours considéré comme une déclaration de soutien au candidat indépendant et comme un appui à la campagne des barons de la presse contre Baldwin. Finalement l'élection de Duff Cooper renforce Baldwin[Rh 6]d'autant que la campagne de désobéissance civile en Inde cesse avec le pacte Gandhi-Irwin (Irwin deviendra Lord Halifax). Le deuxième incident fait suite à une mise en cause de Samuel Hoare et Lord Derby selon laquelle ils auraient fait pression sur la Chambre de commerce de Manchester afin qu'elle modifie le rapport transmis au Joint Select Committee, examinant la loi sur le gouvernement de l'Inde, violant ainsi le privilège parlementaire. Churchill évoque la question devant le Comité des privilèges de la Chambre des communes qui, après enquête, rapporte à la Chambre qu'il n'y a pas eu violation[Rh 7]. Le rapport est débattu le 13 juin. Churchill n'est pas en mesure de trouver un seul partisan et le débat prend fin sans vote.

Churchill rompt définitivement avec Stanley Baldwin sur le statut de l'Inde, et n'obtient aucun ministère tant que celui-ci est Premier ministre. Par ailleurs, il se prive du soutien de personnalités progressistes du Parti conservateur tels qu'Anthony Eden, Harold Macmillan ou Duff Cooper qui auraient pu l'aider dans sa lutte contre la politique d'apaisement menée envers Hitler[45]. En fait, trois éléments posent problème à Churchill. Durant cette période, l'Angleterre abandonne de facto le libre-échange qui a été le pilier de sa doctrine depuis le milieu du XIXe siècle[Ma 62]. Par ailleurs, avec l'indépendance de l'Inde qu'il voit se dessiner, l'Angleterre devient une puissance moyenne : « sans ses possessions impériales, le pays ne serait plus qu'une île obscure au large du continent européen »[Ma 63]. Enfin, Churchill cherche à revenir au pouvoir. Pour Lord Beaverbrook, son attitude relève du « vice de caractère » qui le conduit à « accepter n'importe quoi pourvu que cela conduise au pouvoir[Ma 63] ». Pour certains historiens, l'explication de l'attitude de Churchill à l'égard de l'Inde est à chercher dans son livre My Early Life, publié en 1930[Rh 8].

Le réarmement de l'Allemagne[modifier | modifier le code]

À partir de 1932, il s'oppose à ceux qui préconisent de donner à la République de Weimar le droit de parité militaire avec la France, et parle souvent des dangers de son réarmement[Rh 9]. Sur ce point, il suit Lord Lloyd qui le premier a mis en garde contre ce problème[46]. L'attitude de Churchill envers les futurs membres de l'Axe Rome-Berlin-Tokyo est ambigüe. En 1931, il met en garde la Société des Nations lorsqu'elle veut s'opposer à l'invasion japonaise en Mandchourie : « J'espère que nous allons essayer en Angleterre de comprendre la position du Japon, un État ancien... D'un côté, il fait face à la sombre menace de la Russie soviétique. De l'autre, il y a le chaos de la Chine, avec quatre ou cinq provinces qui sont torturées sous le régime communiste[Rh 10] ». Dans les articles de presse, il compare le gouvernement républicain espagnol à un bastion du communisme, et voit l'armée de Franco comme un mouvement anti-rouges[Rh 11].

À partir de 1933, des hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères qui sont en désaccord avec la politique suivie envers l'Allemagne vont commencer à tenir Churchill informé de ce qui se passe exactement[47]. Les plus notables de ses informateurs sont Ralph Wigram, directeur du département Europe centrale, et dans une moindre mesure Robert Vansittart, ainsi que le lieutenant colonel Thor Anderson – une connaissance de sa secrétaire principale Violet Pearman. Wigram lui apprend notamment que les nazis construisent en secret des sous-marins et des avions[48]. Ces informations nourrissent son premier grand discours sur la défense du 7 février 1934, où il insiste sur la nécessité de reconstruire la Royal Air Force et de créer un ministère de la Défense. Son poids politique commence alors à reprendre de la consistance et il est rejoint par des hommes comme Leo Amery ou Robert Horne, ce qui force Baldwin à prendre l'engagement de maintenir l'aviation anglaise à parité avec l'aviation allemande ; ce sera fait après bien des avanies. Notons que Churchill n'est pas forcément un visionnaire en matière d'avions, car il n'est pas très enthousiaste pour la production des deux types d'avion qui pourtant lui permettront de gagner la bataille d'Angleterre : le Supermarine Spitfire et le Hawker Hurricane. Son second, le 13 juillet, demande instamment un pouvoir renforcé de la Société des Nations. Ces points restent ses thèmes primordiaux avant 1936.

Chaîne de montage du Messerschmitt Bf 109 en 1943

Dans un essai de 1935, intitulé Hitler and his Choice et republié dans Great Contemporaries en 1968, il exprime l'espoir qu'en dépit de son ascension au pouvoir par des méthodes dictatoriales, par la haine et la cruauté, Hitler puisse encore « passer à l'Histoire comme l'homme qui a restauré l'honneur et la tranquillité d'esprit de la grande nation germanique, de nouveau sereine, utile et forte, et au premier plan du cercle de la famille européenne[49] ». Lorsqu'Hitler peu de temps après décrète à nouveau la conscription, il espère que la France fasse usage de sa supériorité temporaire pour attaquer l'Allemagne, ce qu'elle ne fait pas comme Hitler l'a anticipé. Churchill s'oppose avec David Lloyd George au Traité naval germano-britannique de juin 1935 car pour lui, le Royaume-Uni a tort d'accepter qu'en violation des traités l'Allemagne ait autant de sous-marins que le Royaume-Uni et que sa flotte puisse se situer à 35% de son homologue britannique. En effet, la flotte britannique a un Empire à défendre et n'est pas circonscrite comme les Allemands à la mer du Nord[50]. Lors de ce pacte le Royaume-Uni ne prend pas vraiment l'aval de Paris qui ne dit rien. Par contre, il ne s'oppose pas au pacte Hoare-Laval sur l'Éthiopie, car il veut ménager l'Italie pour essayer de la couper de l'Allemagne nazie qui est son principal adversaire[51]

Quand les Allemands réoccupent la Rhénanie en février 1936, la Grande-Bretagne est divisée : l'opposition travailliste est fermement opposée à toute sanction, tandis que le gouvernement national est désuni, entre ceux qui soutiennent des sanctions économiques, et ceux qui affirment que cela peut conduire à un recul humiliant de la Grande-Bretagne, car la France ne pourrait soutenir une intervention[N 10]. Le discours mesuré de Churchill, le 9 mars, est salué par Neville Chamberlain comme constructif. Pourtant dans les semaines suivantes, il n'obtient pas le poste de ministre pour la Coordination de la Défense, qui échoit au procureur général Thomas Inskip[Rh 12]. En juin 1936, Churchill organise une délégation de hauts responsables conservateurs, qui partagent son inquiétude, afin de voir Baldwin, Chamberlain et Halifax. Il essaie de convaincre des délégués des deux autres partis de se joindre à eux, et, plus tard, écrit : « si les dirigeants de l'opposition des libéraux et du Labour étaient venus avec nous, cela aurait pu aboutir à une situation politique aussi puissante que les résultats des actions mises en place[52] ». Mais son initiative n'aboutit à rien, Baldwin faisant valoir que le gouvernement fait tout ce qu'il peut étant donné le sentiment antiguerre de l'électorat.

Le 12 novembre, Churchill revient sur le sujet dans un discours que Robert Rodhe James qualifie comme étant l'un des plus brillants de Churchill au cours de cette période[Rh 13]. Après avoir donné quelques exemples qui montrent que l'Allemagne se prépare à la guerre, il dit : « le gouvernement est incapable de prendre une décision ou de contraindre le Premier ministre à en prendre une. Les membres du cabinet s'empêtrent dans d'étranges paradoxes, bien décidés à ne rien décider, bien résolus à ne rien résoudre ; ils mettent toute leur énergie à filer à la dérive, tous leurs efforts à être malléables, toutes leurs forces à se montrer impuissantes. Les mois et les années qui vont suivre seront d'un si grand prix pour la grandeur de l'Angleterre, elles seront même d'une importance vitale, mais ils ne feront rien, ils nous laisseront nous faire dévorer par les sauterelles[52] ». En face, la réponse de Baldwin semble faible et perturbe la Chambre[Rh 13].

Crise d'abdication[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Crise d'abdication d'Édouard VIII.

En juin 1936, Walter Monckton confirme à Churchill que les rumeurs selon lesquelles le roi Édouard VIII a l'intention d'épouser Wallis Simpson, une roturière américaine, sont crédibles, ce qui le contraindrait à abdiquer. En novembre, il refuse l'invitation de Lord Salisbury à faire partie d'une délégation de conservateurs chevronnés qui veut discuter avec Baldwin de la question. Le 25 novembre, lui, Attlee et le leader libéral Archibald Sinclair s'entretiennent avec Baldwin, qui leur annonce officiellement l'intention du roi. On leur demande s'ils accepteraient de prendre la suite du gouvernement national en place s'il démissionnait en cas de refus du roi de se soumettre. Attlee et Sinclair font part de leur solidarité avec Baldwin sur cette question. Churchill répond que son état d'esprit est un peu différent, mais qu'il soutiendrait le gouvernement[53].

La crise d'abdication devient publique dans les quinze premiers jours du mois de décembre 1936. À ce moment, Churchill donne officiellement son soutien au roi. La première réunion publique du Arms and the Covenant Movement a lieu le 3 décembre. Churchill était un grand orateur et écrivit plus tard que dans la réponse au discours de remerciement, il fait une déclaration « sur l'inspiration du moment », demandant un délai avant que toute décision soit prise soit par le roi soit par son cabinet[52]. Plus tard dans la nuit, Churchill examine le projet de déclaration d'abdication, et en discute avec Beaverbrook et l'avocat du roi. Le 4 décembre, il rencontre le monarque et l'exhorte de nouveau à retarder toute décision. Le 5 décembre, il publie une longue déclaration dénonçant la pression inconstitutionnelle que le ministère applique sur le roi, pour le forcer à prendre une décision hâtive[Rh 14]. Le 7 décembre, il tente d'intervenir aux Communes pour plaider en faveur d'un délai. Il est hué. Apparemment déstabilisé par l'hostilité de tous les membres, il quitte la salle[54].

La réputation de Churchill au Parlement, comme dans le reste de l'Angleterre, est gravement compromise. Certains, comme Alistair Cooke, l'imaginent essayant de fonder un parti royaliste, le King's Party[55]. D'autres, comme Harold Macmillan, sont consternés par les dégâts, provoqués par l'appui de Churchill au roi, envers le Arms and the Covenant Movement[56]. Churchill lui-même écrit plus tard : « J'ai été frappé que dans l'opinion publique, cela fut presque unanimement vu comme la fin de ma vie politique[52] ». Les historiens sont divisés sur les motifs de Churchill à apporter son soutien à Édouard VIII. Certains, comme A. J. P. Taylor, voient cela comme une tentative de « renverser un gouvernement d'hommes faibles[57] ». D'autres, comme Rhode James, voient les motivations de Churchill comme honorables et désintéressées[Rh 15].

Loin du pouvoir mais présent[modifier | modifier le code]

Winston Churchill faisant le célèbre signe « V » signifiant « Victoire ».

S'il est vrai qu'il a peu d'appui à la Chambre des communes pendant une bonne partie des années 1930, qu'il est isolé au sein du Parti conservateur[N 11], son « exil » est plus apparent que réel. Churchill continue d'être consulté sur de nombreuses questions par le gouvernement, et est toujours considéré comme un leader alternatif[N 12].

Même à l'époque où il fait campagne contre l'indépendance de l'Inde, il reçoit des informations officielles, et par ailleurs secrètes. Dès 1932, le voisin de Churchill, le major Desmond Morton, avec l'approbation de Ramsay MacDonald, lui donne des informations du même type sur la force aérienne allemande[Rh 16]. À partir de 1930, Morton dirige un département du Comité de Défense impériale chargé de la recherche sur la capacité opérationnelle des défenses des autres nations. Lord Swinton, en tant que Secrétaire d'État de l'air, et avec l'approbation de Baldwin, lui donne accès en 1934 à tous ces renseignements. Tout en sachant que Churchill resterait très critique envers le gouvernement, Swinton le renseigne, car il pense qu'un adversaire bien informé est préférable à un autre se fondant sur des rumeurs et des ouï-dire[Rh 17].

Churchill est un féroce opposant de la politique d'apaisement de Neville Chamberlain envers Adolf Hitler et après la crise de Munich, au cours de laquelle la Grande-Bretagne et la France ont abandonné la Tchécoslovaquie à l'Allemagne, il déclare de façon prophétique au cours d'un discours à la Chambre des communes : « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre. Ce moment restera à jamais gravé dans vos cœurs[N 13],[58] ». Churchill est, alors, en faveur d'une alliance avec l'URSS. En effet, il estime qu'elle est nécessaire à la lutte contre l'Allemagne nazie. Il tente d'autant plus de faire avancer ce dossier qu'il connaît l'ambassadeur soviétique au Royaume-Uni, Ivan Maisky, et qu'il sait que le ministre des Affaires étrangères soviétique Maxime Litvinov pousse dans ce sens[Wm 4]. Mais, Neville Chamberlain et son ministre des Affaires étrangères s'opposent à une telle alliance, tout comme, d'ailleurs, l'administration française. Face à cette situation[Be 18] Joseph Staline limoge Litvinov et nomme Molotov à sa place pour mener une politique qui conduit au pacte germano-soviétique[Be 19], le 23 août 1939.

L’influence de Churchill, bien qu'il n'ait plus aucun poste officiel, s'explique par plusieurs raisons. Tout d'abord, en Angleterre, les apparences peuvent être trompeuses. Il rappelle que « des décisions politiques historiques, dont certaines figurent dans The English Constitution de Walter Bagehot ont été prises par des hommes qui n'ont jamais exercé de fonctions publiques et n'ont jamais siégé au parlement ». D'autre part, Churchill a une présence imposante, il montre qu'il est là, il sait se faire entendre, voire en imposer aux autres. Enfin, il est considéré comme faisant partie de la classe dirigeante de son pays tant en raison des postes importants qu'il a tenus, que de son ascendance. Hitler a traité avec Chamberlain qu'il n'aimait pas mais qu'il trouvait malléable ; avec Churchill, les choses sont différentes. En effet, si comme W. Manchester et Walter Lippmann, on pense que « la qualité indispensable à l'exercice des fonctions suprêmes est le tempérament, et non l'intelligence », alors, Churchill et Hitler l'ont en commun : tous deux ont un fort tempérament même s'ils n'en font pas le même usage et s'ils n'ont pas les mêmes fins. Au demeurant, ils partagent d'une certaine façon ce trait de caractère avec les deux ou trois autres « Grands » de la deuxième guerre mondiale[59].

Churchill durant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le Premier Lord de l'Amirauté « is back »[modifier | modifier le code]

Sabordage du Graf Spee Bataille du Rio de la Plata

Après le pacte germano-soviétique du 23 août 1939, les événements se précipitent. L'Allemagne envahit la Pologne le 3 septembre 1939, ce qui oblige le Royaume-Uni à lui déclarer la guerre. Churchill est alors nommé Premier Lord de l'Amirauté et membre du Cabinet de guerre, tout comme il l'avait été pendant la première partie de la Première Guerre mondiale. La légende veut que lorsqu'il en est informé, le Conseil de l'Amirauté envoie ce message à la flotte : « Winston is back[60] ». En fait, pour François Bédarida, il n'en est rien, le biographe de Churchill Martin Gilbert n'ayant jamais trouvé trace de ce message[Be 20]. En revanche, il est exact que la marine accueille favorablement sa nomination. Churchill est nommé en raison de la défiance des députés et d'une partie du gouvernement envers le Premier ministre Neville Chamberlain. Aussi, celui-ci juge opportun de faire entrer au gouvernement un député partisan d'une attitude plus résolue face à l'Allemagne nazie[Wm 5]. Peu de temps après sa nomination, Churchill reçoit un appel téléphonique de Franklin Delano Roosevelt l'informant que l'amiral Raeder de la marine allemande l'a averti d'un complot britannique visant à couler un bateau américain (l'Iroquois) et d'en faire porter la responsabilité sur les Allemands. Les Britanniques vérifient que le complot n'est pas allemand (couler le bateau pour leur en faire porter la responsabilité). Finalement rien ne se passe et l'incident marque surtout le début d'un long échange épistolaire de mille six cent quatre-vingt-huit lettres entre les deux hommes[Wm 6]. À l'Amirauté, Churchill est très occupé. En effet, durant la drôle de guerre, les seules actions notables ont lieu en mer. Comme au cours de la Première Guerre mondiale, la Royal Navy subit d'abord des pertes avant de connaître une première victoire sur le Graf Spee lors de la bataille du Rio de la Plata[Wm 7]. À ce poste, Churchill montre qu'il sait se faire obéir et que son autorité n'est pas contestée[Wm 8].

Churchill préconise l'occupation préventive du port de Narvik où transite le minerai de fer de la Norvège, alors neutre, et des mines de fer de Kiruna, en Suède vers l'Allemagne. Néanmoins, Chamberlain et une partie du Cabinet de guerre sont en désaccord sur ce qu'il convient de faire, retardant l'opération jusqu'à l'invasion allemande de la Norvège. Tout cela conduit les députés à douter de plus en plus des capacités de Chamberlain à conduire le pays en temps de guerre[Wm 9]. Après un vote du Parlement où il ne fait pas le plein des voix escomptées et où il est très critiqué, Neville Chamberlain se résout le 8 mai 1940 à la création d'un gouvernement d'union nationale[Wm 10]. Pourtant, si les travaillistes veulent bien d'un tel gouvernement, ils ne veulent pas de Chamberlain comme Premier ministre[Wm 11].

Churchill Premier ministre d'un gouvernement de coalition[modifier | modifier le code]

Churchill portant un casque lors d'un raid aérien d'avertissement dans la bataille d'Angleterre en 1940.

À partir du 8 mai 1940 et de la décision de Chamberlain de créer un cabinet d'union nationale, les choses se précipitent. Les travaillistes, réunis en congrès à Bournemouth, confirment qu'ils sont prêts à participer à un gouvernement mais « sous l'autorité d'un nouveau Premier ministre »[Wm 10]. Hugh Dalton fait ajouter cette précision car il craint que Chamberlain ne s'accroche au pouvoir. De fait, lorsque le 10 mai 1940, une attaque éclair sur les Pays-Bas et la Belgique, prélude à l’invasion allemande de la France, est déclenchée par Adolf Hitler, Chamberlain semble vouloir profiter de la situation pour se maintenir au pouvoir[Wm 10]. Quoi qu'il en soit la décision travailliste l'oblige à aller remettre sa démission au roi et à suggérer le nom du successeur. Lord Halifax, le favori de Chamberlain, du roi George VI et des conservateurs refuse le poste de Premier ministre, parce qu'il pense ne pas pouvoir gouverner efficacement en tant que membre de la Chambre des Lords, estimant qu'un Premier ministre doit siéger à la Chambre des communes[61]. Reste donc Winston Churchill, ce qui n'enchante ni le roi ni l' establishment[Wm 12]. Le News Chronicle faisant état d'un sondage d'opinion montre que les partisans de Churchill se trouvent alors parmi « les membres des groupes de revenus inférieurs, les personnes de vingt-et-un ans à trente ans et les hommes... »[Wm 13]. Lorsqu'il se présente au Parlement, Churchill est moins applaudi que son prédécesseur Chamberlain, qui d'ailleurs reste à la tête du parti[Wm 10]. Cette tiédeur envers Churchill tiendrait au fait que l'establisment anglais voit en Adolf Hitler « le produit de forces sociales et historiques complexes », quand Churchill , « homme convaincu que les individus sont responsables de leur actes », le voit comme représentant les forces du Mal et voit le conflit comme un combat manichéen[Ma 64].

Statue de Winston Churchill en face de l'abbaye de Westminster

Churchill forme alors un gouvernement, rassemblant le Cabinet de guerre et les ministres, responsables des décisions stratégiques. Ce Cabinet de guerre se compose, en sus de Churchill, de deux conservateurs : Neville Chamberlain et Lord Halifax, et de deux travaillistes : Clement Attlee, Lord du Sceau privé, et Arthur Greenwood[Be 21]. Le gouvernement lui-même est composé à la fois des membres éminents des partis conservateur et travailliste et, dans une moindre mesure, de libéraux et indépendants. Parmi les ministres, on peut citer les noms de Duff Cooper (un conservateur critique) à l'Information, d'Anthony Eden à la Guerre puis aux Affaires étrangères, de Archibald Sinclair, un libéral, à l'Air, du syndicaliste Ernest Bevin au ministère du Travail, d'Herbert Morrison à la production industrielle, de Hugh Dalton (travailliste) à la Guerre Économique ; A.V. Alexander (travailliste) étant Premier Lord de l'Amirauté. Les Finances sont d'abord confiées à Kingsley Wood[Be 22] puis à John Anderson, deux conservateurs. Toutefois, concernant les problèmes économiques, les techniciens, parmi lesquels John Maynard Keynes, disposent d'une large autonomie. En février 1942 intervient un remaniement : Clement Attlee devient vice-Premier ministre, Lord Beaverbrook, chargé de la production d'avions, démissionne, Oliver Lyttelton devient ministre de la Production, Lord Cranborne ministre des colonies, et James Grigg, un technocrate, remplace David Margeson au ministère de la Guerre.

Churchill, quand il est nommé Premier ministre, a près de soixante cinq ans. S'il est le doyen de ses grands homologues Franklin Delano Roosevelt et Joseph Staline, c'est malgré tout à lui qu'il reste le plus d'années à vivre. Pourtant, il est doté d'une santé relativement fragile. Il fait une légère crise cardiaque en décembre 1941 à la Maison-Blanche, et contracte une pneumonie en décembre 1943. Cela ne l'empêche pas de parcourir plus de 160 000 km tout au long de la guerre, notamment à l'occasion de rencontres avec les autres dirigeants. Pour des raisons de sécurité, il voyage habituellement en utilisant le pseudonyme de « colonel Warden[62] ».

« Du sang et des larmes » : les débuts de la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Supermarine Spitfire LF Mk IX, un avion clé de la bataille d'Angleterre.

« J'aimerais dire à la Chambre, comme je l'ai dit à ceux qui ont rejoint ce gouvernement : je n'ai à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur. Vous me demandez, quelle est notre politique ? Je vous dirais : C'est faire la guerre sur mer, sur terre et dans les airs, de toute notre puissance et de toutes les forces que Dieu pourra nous donner[Wm 13]. »

— Winston Churchill

Si les discours de Churchill contribuent à renforcer l'énergie des Anglais, il n'en demeure pas moins que les députés conservateurs sont des plus réservés quand il prononce ce discours le 13 mai 1940. Geoffrey Dawson le qualifie de « bon petit discours martial[Wm 13] ». Le Premier ministre doit surtout faire face à une débâcle : les forces franco-britanniques sont rapidement en très grande difficulté. De fin mai à début juin, il doit évacuer à Dunkerque l'armée britannique pour qu'elle puisse continuer le combat ailleurs ; le 28 mai, la Belgique capitule ; le 10 juin, la Norvège le fait à son tour ; la France signe l'armistice le 22 juin 1940. Churchill quant à lui, refuse d'étudier l'éventualité d'un armistice avec le Troisième Reich[63]. Son usage de la rhétorique affermit l'opinion publique contre un règlement pacifique, et prépare les Britanniques à une longue guerre[Je 33]. Il remanie alors légèrement son gouvernement. En souvenir des difficultés rencontrées jadis il crée un ministère de la Défense dont il prend la direction. Il nomme également son ami, l'industriel et baron de la presse Lord Beaverbrook, responsable de la production des avions. Celui-ci met toute son énergie à accélérer la production et à favoriser la conception de nouveaux avions[64].

Les marins du Prince of Wales évacuent leur navire en perdition le 10 décembre 1941.

Churchill déclare dans son discours This was their finest hour à la Chambre des communes le 18 juin 1940 : « Je pense que la bataille d'Angleterre va bientôt commencer[N 14] ». De fait, elle commence en juillet 1940. Il s'agit essentiellement d'une guerre des airs destinée à s'assurer la maîtrise de l'espace aérien du Royaume-Uni. De cette maîtrise dépend la possibilité ou non pour les Allemands de débarquer en Angleterre. S'agissant d'une guerre menée par quelques milliers d'aviateurs, Churchill déclare : « Jamais dans l'histoire des conflits humains un si grand nombre d'hommes n'a dû autant à un si petit nombre[65] ». Cette phrase est à l'origine du surnom The Few pour les pilotes de chasse alliés. La bataille d'Angleterre comporte plusieurs phases. Dans un premier temps, les Allemands tentent de conquérir la supériorité aérienne pour pouvoir débarquer. Puis, à partir du 7 septembre 1940 à travers le Blitz, c'est-à-dire des bombardements massifs de villes, comme celui de Coventry, ils tentent d'ébranler la volonté de résistance anglaise[Be 23].

Sur mer, à partir de la mi-1940, commence la seconde bataille de l'Atlantique menée par les sous-marins de l'amiral Karl Dönitz. Il s'agit d'attaquer en meute les navires civils pour empêcher le ravitaillement de l'Angleterre. Avec l'occupation de la France, les sous-marins agissent à partir de bases situées en France, notamment à Bordeaux, Brest, La Rochelle, Lorient, Saint-Nazaire. En mars 1941, Churchill rédige le Battle of Atlantic Directive pour organiser et donner une nouvelle impulsion aux forces britanniques engagées dans la bataille[Be 24].

Dès l'été 1940, il veut protéger les lignes de communication anglaises vers les Indes et l'Asie et envoie en renfort des hommes et des blindés au Moyen-Orient[Be 25]. En mer a lieu la bataille du cap Matapan qui voit la marine anglaise vaincre la marine italienne. Dans les Balkans, les Britanniques doivent accepter la prise de la Grèce par les Allemands et évacuer la Crète vers le milieu 1941[Be 26]. En décembre 1940, les Anglais lancent une offensive terrestre sur Tobrouk et Benghazi alors sous contrôle de l'Italie. Pour aider les Italiens, Hitler doit envoyer des troupes de l'Afrikakorps, commandées par Erwin Rommel, qui inflige des défaites aux Anglais jusqu'à ce que la situation s'inverse lors de la seconde bataille d'El Alamein[Be 27], dont Churchill dit dans un de ses discours de guerre les plus mémorables : « Maintenant ce n'est pas la fin. Ce n'est même pas le commencement de la fin. Mais c'est, peut-être, la fin du commencement[N 15] ». Néanmoins, à cette époque Churchill et l'Angleterre ne sont plus seuls, l'URSS de Staline ayant été entrainée dans la guerre le 22 juin 1941 par une attaque allemande (opération Barbarossa) et les États-Unis le 7 décembre 1941 par l'attaque de Pearl Harbor[Be 28]. Dans un premier temps, l'entrée en guerre du Japon cause bien des problèmes à Churchill. En effet, les Japonais attaquent les possessions anglaises en Birmanie, en Malaisie, pendant la bataille de Hong Kong et à Singapour. Les forces anglaises subissent de sérieux revers, ne parvenant alors à se maintenir qu'en Birmanie. Parallèlement, Churchill enregistre la perte de deux cuirassés, le HMS Prince of Wales et le HMS Repulse, ce qui rend inopérante la stratégie de Singapour.

Churchill le stratège[modifier | modifier le code]

La stratégie de Churchill[modifier | modifier le code]

Disposition des forces, à El Alamein, la première victoire des Alliés, le 23 novembre 1942.

En 1940, Churchill est certainement le dirigeant britannique ayant la plus vaste expérience dans le domaine de la stratégie, tant par sa participation aux gouvernements anglais durant la Première Guerre mondiale que par les réflexions élaborées lors de l'écriture des six volumes de The World in Crisis, dans lequel il écrit : « la manœuvre qui aboutit à introduire un nouvel allié à vos côtés est aussi fructueuse qu'une victoire sur le champ de bataille[Be 29] ». Une phrase que sa femme Clementine eût aimé qu'il la mît en pratique dans la vie politique, où, à son sens, il est surtout doué pour transformer des alliés potentiels en ennemis résolus. Les points forts de Churchill sont de bien saisir les enjeux essentiels et sa capacité à prendre des décisions à haut risque[Be 30]. Il est aussi très inventif et imaginatif. Pourtant, il s'agit ici aussi bien d'un point fort que d'un point faible, comme l'aurait dit en effet Franklin Delano Roosevelt : « Winston a cent idées par jour, dont trois ou quatre sont bonnes[Be 31] ». De fait, il élabore parfois des plans chimériques et ses collaborateurs doivent déployer beaucoup d'énergie pour l'empêcher de les mettre en œuvre[Be 32]. De plus, il se mêle de tout ; le Chief of the Imperial General Staff, Alan Brooke, dit de lui qu'il veut « coller ses doigts dans chaque gâteau avant qu'il ne soit cuit »[Be 33].

Lorsque les États-Unis entrent en guerre fin 1941, les discussions stratégiques entre les deux grands alliés du camp occidental sont vives. Churchill est peu intéressé par l'océan Pacifique et sa région. En Europe, il est favorable à une stratégie indirecte, dite parfois « stratégie périphérique », d'affaiblissement de l'Allemagne, appuyée sur un emploi de la force navale. Face à cela, les États-Unis ont une approche d'attaque plus directe[Be 34], et se méfient du point de vue de Churchill, qu'ils soupçonnent d'être dicté par des intérêts impériaux. Au départ, Churchill gagne et fait approuver une opération de débarquement en Afrique du Nord : l'opération Torch[Be 35]. Ce débarquement se situe à une période clé. En effet, jusqu'à la mi-1942, les Alliés ne cessent d'accumuler les défaites : chute de Singapour le 15 février 1942, de Rangoon le 8 mars, puis de Tobrouk le 21 juin[Be 36]. En revanche, après la Seconde bataille d'El Alamein fin 1942, les choses changent et les victoires se succèdent. En janvier 1943, à la conférence de Casablanca, Churchill continue à faire prévaloir son option et se réjouit de la décision d'effectuer un débarquement en Sicile : c'est l'Operation Husky[Be 37]. Alors que le général Eisenhower recherche un juste équilibre des forces alliées entre les armées engagées dans la conquête de l'Italie et celles devant participer à l'operation Overlord, Churchill préconise vainement de prélever des troupes pour une intervention à Rhodes. Il est en effet persuadé, à tort, qu'une telle intervention pourrait faire basculer la Turquie alors neutre, dans le camp des alliés[66]. Concernant l'approche directe centrée sur l'operation Overlord, l'échec du débarquement de Dieppe en août 1942 en a montré les dangers. Néanmoins il s'y rallie et à partir de 1944, la stratégie américaine prévaut. Néanmoins lorsque les Alliés organisent un débarquement en Provence, Churchill eût préféré que l'armée alliée stationnée en Italie marche sur Vienne[Be 38].

Controverse sur certaines décisions stratégiques : le bombardement de Dresde[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bombardement de Dresde.
Centre de Dresde après le bombardement

En 1942, les Alliés optent pour un bombardement stratégique de l'Allemagne en effectuant le 30 mai 1942 le bombardement de Cologne par environ mille avions alliés[Be 38]. Churchill doute rapidement de cette stratégie très coûteuse pour l'Angleterre, (perte de 56 000 pilotes et membres d'équipage en trois ans)[Be 39]. Le bombardement entre le 13 février et le 15 février 1945, par les Britanniques et les Américains, de la ville de Dresde entraîne une polémique. Plusieurs raisons à cela : il s'agit d'une ville avec un passé culturel important, et le bombardement fait un nombre de victimes civiles élevé alors que la fin de la guerre est proche et que la cité est bondée d'Allemands blessés comme de réfugiés[67]. Cette action reste celle des Alliés la plus controversée sur le front occidental. Churchill déclare après le bombardement, dans un télégramme top secret : « Il me semble que le moment est venu où la question du bombardement intensif des villes allemandes devrait être examinée du point de vue de nos intérêts propres. Si nous prenons le contrôle d'un pays en ruine, il y aura une grande pénurie de logements pour nous et nos alliés ... Nous devons veiller à ce que nos attaques ne nous nuisent pas, sur le long terme, plus à nous-mêmes que ce qu'elles nuisent à l'effort de guerre de l'ennemi[68],[69] ».

Malgré tout, la responsabilité de la partie britannique de l'attaque incombe à Churchill, et c'est pour cette raison qu'il est actuellement critiqué pour avoir permis les bombardements. L'historien allemand Jörg Friedrich affirme que « [sa] décision de bombarder une région d'une Allemagne sinistrée entre janvier et mai 1945 était un crime de guerre[70] », alors que le philosophe Anthony Grayling, dans des écrits de 2006, remet en question l'ensemble de la campagne de bombardement stratégique par la RAF, en exposant comme argument que bien que n'étant pas un crime de guerre, il s'agissait d'un crime moral et nuisible à l'affirmation selon laquelle les Alliés ont mené une guerre juste[71]. Certains affirment aussi que la participation de Churchill dans la décision du bombardement de Dresde est fondée sur les orientations stratégiques et les aspects tactiques pour gagner la guerre. La destruction de Dresde, qui fut immense, avait été décidée dans le but d'accélérer la défaite de l'Allemagne. L'historien britannique Frederick Taylor affirme que : « Toutes les parties ont bombardé les villes des autres pendant la guerre. Un demi-million de citoyens soviétiques, par exemple, décèdent des suites de bombardements allemands pendant l'invasion et l'occupation de la Russie. C'est à peu près équivalent au nombre de citoyens allemands qui décèdent des suites de raids des forces alliées. Mais la campagne de bombardement des Alliés est rattachée aux opérations militaires et cesse dès que les opérations militaires ont cessé[72] ».

Churchill et la guerre de l'ombre[modifier | modifier le code]

Maquis en Savoie. Les troisième et quatrième en partant de la gauche sont des membres du SOE.

Churchill, dès son premier passage en tant que premier Lord de l'Amirauté, s'est intéressé aux problèmes de décryptage. À peine revenu aux affaires, il crée à Bletchley Park un centre chargé de casser les codes ennemis et qui emploie de très nombreux scientifiques, souvent étudiants ou enseignants des universités de Cambridge et d'Oxford[Be 40]. C'est ce service qui poursuivit le travail de décryptage d'Enigma initié par le Biuro Szyfrów[Be 41]. Ces moyens de décodage lui sont d'une grande utilité tout au long de la guerre, notamment lors de la bataille de l'Atlantique, ainsi que lors du débarquement de Normandie[Be 42]. D'une façon générale, Churchill s'est toujours intéressé au renseignement et, dès 1909, a soutenu la création par le gouvernement Asquith, auquel il appartenait, la création du MI5 et du MI6[Be 43].

En sus des services traditionnels évoqués précédemment Churchill crée le MI9 chargé de récupérer les militaires ou les résistants tombés derrière les lignes ennemies[Be 44]. En lien avec sa stratégie indirecte d'affaiblissement de l'ennemi, il crée aussi le Special Operations Executive ou SOE, rattaché au ministère de la Guerre économique dirigé par Hugh Dalton, un travailliste, ancien de la London School of Economics. Le SOE est présent dans tous les pays européens, où il apporte un soutien logistique et organisationnel à la Résistance[Be 45]. En France, il coopère avec de nombreux groupes de résistance, grâce à la formation d’une centaine de réseaux chargés du recrutement et de l’entraînement, de la fourniture d’armes, des sabotages et de la préparation de la guérilla de libération[N 16]. Actif aussi en Asie, le SOE, nommé Force 136, compte parmi ses agents l'écrivain français Pierre Boulle. Concernant la Yougoslavie, la direction du SOE du Caire, qui traite ces dossiers, est infiltrée d'après François Kersaudy par les communistes, dont le plus notable est James Klugmann[Fk 3].

Sont également créées à cette époque des troupes de forces spéciales comme le Special Air Service et le Combined Operations qui mène plusieurs actions commandos, dont l'opération Chariot à Saint-Nazaire dans le cadre de la traque du cuirassé Tirpitz[73]. Enfin, pour mettre fin à la palette de moyens disponibles, Churchill crée le Political Warfare Executive, chargé de la propagande. Ce service dépend autant du Foreign Office (ministère des Affaires Étrangères) que du ministère de l'Information[Be 44].

Churchill et ses principaux alliés[modifier | modifier le code]

Churchill, en pensant à l'entente que son ancêtre le duc de Malborough a constitué contre Louis XIV, appelle « Grande Alliance » la coalition composée de l'Angleterre, des États-Unis et de l'URSS[Be 28]. En général, les Français s'en sentent également partie.

Relations avec les États-Unis[modifier | modifier le code]

Les bonnes relations qu'entretient Churchill avec Franklin D. Roosevelt facilitent l'obtention par la Grande-Bretagne du ravitaillement dont elle a besoin (nourriture, pétrole et munitions) par les routes maritimes de l'Atlantique du Nord. Aussi, il est soulagé lorsque le président américain est réélu en 1940. Roosevelt met immédiatement en œuvre une nouvelle méthode pour la fourniture et le transport du matériel militaire vers la Grande-Bretagne, sans la nécessité d'un paiement immédiat : le prêt-bail. Après l'attaque de Pearl Harbor, la première pensée qu'a Churchill, prévoyant l'entrée en guerre des États-Unis est : « Nous avons gagné la guerre[74] ».

Churchill plaide tant pour l'idée de special relationship pour caractériser la relation entre les deux pays qu'elle devient un lieu commun[Be 46], même si en réalité les choses sont plus complexes, les deux pays ayant par exemple des visions divergentes sur la décolonisation. Churchill, qui écrit plus tard un livre intitulé A History of the English-Speaking Peoples, est également très sensible à l'idée d'une communauté constituée par ceux qui parlent la même langue. Plus généralement, il est l'un de ceux qui travaillent le plus à l'adoption de la notion d'Occident, entendu comme « foyer de la liberté et de la démocratie investi de la mission sacrée de lutter contre la tyrannie[Be 46] ». C'est dans cette optique qu'il dresse les grands axes de la charte de l'Atlantique, adoptée lors d'une rencontre avec Roosevelt au large de Terre-Neuve le 12, c'est-à-dire avant l'entrée en guerre des États-Unis[Be 47]. La rencontre débute par un office religieux dont Churchill a choisi les chants, dont le Onward, Christians Soldiers[Be 47].

Relations avec l'Union soviétique[modifier | modifier le code]

Winston Churchill à la Conférence de Yalta, aux côtés de Roosevelt et Staline.

Quand Hitler envahit l'Union soviétique, Winston Churchill, anticommuniste convaincu, déclare : « Si Hitler voulait envahir l'enfer, je pourrais trouver l'occasion de faire une recommandation favorable au diable à la chambre des Communes », en référence à sa politique à l'égard de Staline. Bientôt, de l'équipement et des blindés britanniques sont envoyés, via les convois de l'Arctique, afin d'aider l'Union soviétique[75].

Le gouvernement polonais en exil et une partie des Polonais reprochent à Churchill d'avoir accepté des frontières entre la Pologne et l'Union soviétique et entre l'Allemagne et la Pologne qui ne leur conviennent pas. Cela l'agace et il déclare en 1944 « nous ne nous sommes jamais engagés à défendre les frontières de la Pologne de 1939 », affirmant aussi que la Russie « a droit à une frontière inexpugnable à l'ouest »[Be 48]. En fait, Churchill cherche à éviter les mélanges de populations comme il l'expose à la Chambre des communes le 15 décembre 1944 : « l'expulsion est la méthode qui, pour autant que nous ayons pu le constater, sera la plus satisfaisante et durable. Il n'y aura pas de mélange des populations causant des problèmes sans fin... Une remise à zéro sera faite. Je ne suis pas alarmé par ces transferts, qui sont plus que faisables dans des conditions modernes[76],[77] ». Cependant, l'expulsion des Allemands est réalisée par l'Union soviétique d'une manière qui aboutit à beaucoup plus de difficultés et, selon un rapport de 1966 du Ministère ouest-allemand des réfugiés et des personnes déplacées, à la mort de plus de 2,1 millions de personnes. Churchill s'oppose à l'annexion de la Pologne par l'Union soviétique et l'écrit amèrement dans ses livres, mais il est incapable de l'empêcher lors des différentes conférences[Je 34].

Les Polonais reprochent aussi à Churchill et au monde occidental en général la tiédeur de leur réaction face au massacre de Katyń (avril-mai 1940), où des milliers de membres de l'élite polonaise ont été exécutés par l'Armée rouge, qui s'en dédouane en accusant les nazis. Le Premier ministre, informé de l'implication des Soviétiques, la condamne en privé, mais refuse d'accuser l'URSS pour ne pas menacer la Grande Alliance[78] et empêche une investigation de la Croix-Rouge[79].

Relations avec la France[modifier | modifier le code]

Churchill et Charles de Gaulle descendant l'avenue des Champs-Élysées durant la parade célébrant l'armistice de 1918, le 11 novembre 1944 à Paris.

Churchill s'oppose au maréchal Pétain et au général Weygand sur l'idée d'armistice dès les 11-12 juin 1940 lors d'une rencontre à Briare, puis à nouveau le 13 juin à Tours[Be 49]. Le projet d'Union franco-britannique élaboré par Jean Monnet et Churchill en 1940 qui vise à fusionner les deux pays et leurs territoires est abandonné le 16 juin 1940, à la suite de la démission de Paul Reynaud et de la nomination du maréchal Pétain comme président du Conseil. Deux jours plus tard, il autorise le général de Gaulle à lancer l'Appel du 18 juin. Le 22 juin la France signe l'armistice[80] et le régime de Vichy devient l'adversaire du Royaume-Uni, lequel soutient la France libre. Le 2 juillet 1940 est lancée l'opération Catapult, visant à rallier la flotte française ou à la neutraliser.

Les relations entre deux hommes de fort caractère, ayant des idées sur l'Histoire, l'Europe et la guerre assez proches, connaissent des hauts et des bas, liés à des divergences d'intérêts[Be 50]. La presse française s'est fait l'écho dans les années 2000 d'un projet de Churchill, auquel s'est rallié Roosevelt, qui pense que « de Gaulle est peut-être un honnête homme, mais il a des tendances messianiques, il croit avoir le peuple de France derrière lui, ce dont je doute[81] ». Ils visent à se débarrasser politiquement du général, en lui offrant le poste de gouverneur de Madagascar, et à mettre à sa place le général Henri Giraud, qu'ils jugent plus malléable[81]. Le projet est abandonné lorsque Clement Attlee et Anthony Eden, ayant eu vent de la nouvelle, s'opposent à toute action contre de Gaulle, argumentant qu'ils ne peuvent se permettre de perdre l'appui des Forces françaises libres.

Si de Gaulle veut à tout prix que la France apparaisse comme victorieuse à la fin de la guerre, aux côtés des États-Unis, du Royaume-Uni et de l'URSS, ses alliés n'ont pas le même point de vue et l'écartent délibérément de la conférence de Yalta. Cela tend leurs relations, d'autant plus que Churchill et Roosevelt craignent que de Gaulle décide finalement de s'allier aux Soviétiques. Néanmoins Churchill, qui comprend que le soutien d'une autre puissance coloniale européenne est un atout majeur au sein du futur Conseil de sécurité des Nations unies, fait le nécessaire pour que la France en devienne le cinquième membre permanent[82]. Plus tard, après la guerre, de Gaulle parlera du Premier ministre britannique comme du « Grand Churchill »[Be 51].

Churchill et les conférences structurant le monde de l'après-guerre[modifier | modifier le code]

Article connexe : Conférences interalliées.
L'Europe au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

Churchill participe à douze conférences inter-alliées stratégiques avec Roosevelt, auxquelles Staline est aussi parfois présent. Certaines d'entre elles marquent profondément le monde de l'après-guerre.

La conférence Arcadia, du 22 décembre 1941 au 15 janvier 1942, décide de la stratégie « L'Allemagne d'abord » et proclame la Déclaration des Nations unies, qui doit aboutir à la création de l'Organisation des Nations unies. Par ailleurs, il est décidé de continuer l'effort en matière d'arme nucléaire, d'un plan de production d'avions et de chars d'assaut, ainsi que de la création à Washington d'un « Comité des chefs d'état-major combiné ». Enfin, Churchill et Roosevelt ont de longues conversations concernant l'Empire britannique en général et l'Inde en particulier[Fk 4].

Lors de la conférence de Québec, du 17 au 24 août, il est surtout décidé que le débarquement de Normandie aura lieu en mai 1944. Churchill accepte qu'il soit dirigé par un Américain, en contrepartie de quoi il obtient que le général britannique Henry Maitland Wilson commande en Méditerranée, et que Louis Mountbatten soit promu commandant suprême allié pour l'Asie du Sud-Est[Fk 5]. Avec le président américain Franklin D. Roosevelt, il signe une version plus modérée du plan Morgenthau original, dans laquelle ils s'engagent à transformer l'Allemagne, après la capitulation inconditionnelle, « en un pays d'un style essentiellement agricole et pastoral[83] ».

C'est à la conférence de Téhéran, de fin novembre à début décembre 1943, qu'il prend conscience que le Royaume-Uni n'est plus qu'une petite nation. Il écrit à Violet Bonham Carter « j'étais là assis avec le grand ours russe à ma gauche, et à ma droite le gros buffle américain. Entre les deux se tenait le pauvre petit bourricot anglais »[Be 52].

Lors de la conférence Tolstoï du 9 au 19 octobre 1944, Il glisse à Staline un « vilain petit document » où est inscrit « 1) Roumanie : 90% URSS, 2) Grèce : 90% Grande-Bretagne, 3) Yougoslavie : 50% -50%, 4) Hongrie : 50%-50%, 5) Bulgarie 90% URSS », que Staline approuve[Be 18]. Churchill, fidèle à la tradition stratégique anglaise, est soucieux du sort de la Grèce où le Special Operations Executive est très actif. Début 1944, après maintes péripéties, il parvient à maintenir le pays dans le bloc occidental[Be 53].

Lors de la conférence de Yalta du 4 au 11 février 1945, Churchill est inquiet et nerveux, car il sait qu'il existe des fissures au sein du camp occidental et notamment entre lui, partisan de la realpolitik, et Roosevelt, plus idéaliste. Malgré tout, Yalta pour François Bédarida « ne fait qu'entériner la carte de guerre à laquelle sont parvenus les belligérants en 1945[Be 54] ». Churchill est accueilli avec réserve dans les milieux officiels britanniques, qui lui reprochent d'avoir trop cédé aux Soviétiques, notamment sur la Pologne[Be 55]. Il fait observer à un ami, Harold Nicolson, que « les bellicistes du temps de Munich sont devenus des partisans de l'apaisement, ce sont les anciens apeasers qui sont devenus bellicistes »[Be 56].

À la conférence de Potsdam du 17 juillet au 2 août 1945, les propositions des nouvelles frontières de l'Europe et des colonies sont officiellement acceptées par Harry S. Truman, Churchill et Staline. Churchill est extrêmement favorable à Truman durant ses premiers jours au pouvoir, disant de lui qu'il est « le type de leader dont le monde a besoin, lorsque celui-ci a le plus besoin de leader[Rh 18] ». Notons que Churchill au début de la conférence est assisté par Clement Attlee, qui, une fois Churchill battu lors des élections générales, représente seul la Grande-Bretagne au moment de la signature.

Un manque de vision sur le devenir économique du pays[modifier | modifier le code]

Churchill saluant la foule à Whitehall, le jour de son discours à la nation annonçant que la guerre avec l'Allemagne a été remportée, le 8 mai 1945.

Churchill se passionne pour les affaires liées à la guerre, à la géopolitique et à la diplomatie, et laisse les affaires intérieures au conservateur John Anderson et aux travaillistes[Be 57]. Par ailleurs, tout comme les autres personnalités politiques de son gouvernement de coalition, il n'a ni objectifs économiques de guerre ni vision de l'économie d'après guerre. Pour Robert Skidelsky, c'est précisément l'échec du gouvernement à définir une vision économique du monde qui précipite la rupture de la coalition conservatrice-travailliste et cause la défaite des conservateurs, et donc de Churchill, en 1945. Durant la guerre, l'indifférence de la classe politique et de Churchill envers ce domaine laisse une grande latitude aux économistes qui vont pouvoir faire avancer leurs propres projets[Sk 1].

Lorsqu'en 1942 William Beveridge présente son plan sur la sécurité sociale, Keynes obtient du Trésor la constitution d'un groupe de travail composé de lui-même, de Lionel Robbins et d'un actuaire afin de « reprofiler » le projet de façon à le rendre financièrement acceptable[Sk 1], mais les politiques, dont Churchill, s'impliquent peu dans le sujet que ce soit pour le critiquer ou le soutenir. De même, les négociations de Bretton Woods sont menées par Keynes, ou plutôt par le tandem Keynes-Lionel Robbins, sans réelle implication du Premier ministre et plus généralement du personnel politique[Sk 2].

Une des causes de cette situation tient à ce que Churchill n'a pas de grandes connaissances, ni peut-être un grand attrait pour l'économie et ce d'autant qu'il a conscience de s'être trompé dans les années 1920, lorsqu'il a fait revenir l'Angleterre à l'étalon-or. Aussi il a tendance à faire confiance à Keynes avec qui il dîne régulièrement au The Other Club[Sk 3]. C'est Churchill qui, en 1942, propose au roi d'élever Keynes à la pairie[Sk 4]. Dans une intervention radiophonique de 1945, à l'occasion des élections générales, le Premier ministre prononce un discours contre l'économie planifiée. Clement Attlee, son opposant travailliste, voit les sources théoriques de cette intervention dans l'essai La Route de la servitude de l'économiste libéral Friedrich Hayek[84]. En fait, Hayek et Churchill ne se sont rencontrés qu'une fois[85]. Néanmoins les conservateurs ont participé à la mise au point d'une version abrégée de l'ouvrage – on ignore l'implication réelle de Churchill en ce domaine – qui a été publié sur du papier alloué au parti conservateur pour sa campagne, car l'Angleterre souffrant alors de pénurie le papier était contingenté[84].

Fin de la Seconde Guerre mondiale et sortie de scène[modifier | modifier le code]

Conférence de Potsdam : Joseph Staline, Harry S. Truman et Winston Churchill, en juillet 1945.

En juin 1944, les forces alliées débarquent en Normandie et repoussent les forces nazies vers l'Allemagne au cours de l'année suivante. Le 28 mars 1945, le général Eisenhower informe Staline qu'il arrête ses troupes sur l'Elbe, et que donc les deux armées devront y faire leur jonction. Si Staline approuve cette décision, Churchill est très mécontent, car d'une part, il n'a pas été informé officiellement de la décision alors qu'un tiers des unités combattantes sont britanniques ou canadiennes, et d'autre part, il désapprouve la décision sur le fond estimant que l'objectif est Berlin. Malgré tous ses efforts, la décision est maintenue[Fk 6].

Le 12 avril 1945, Franklin Delano Roosevelt meurt, ce qui provoque les larmes de Churchill. Un de ses biographes, François Kersaudy, se demande s'il ne s'est pas fait des illusions sur la réalité de sa relation avec Roosevelt, qu'il analyse lui comme étant pour le Président américain « un éphémère mariage de convenance avec un impérialiste antédiluvien »[Fk 7].

Le 7 mai 1945, au siège du SHAEF à Reims, les Alliés acceptent la reddition de l'Allemagne nazie. Le même jour, dans un flash d'information de la BBC, John Snagge annonce que le 8 mai est la journée de la victoire en Europe[86]. Churchill annonce à la nation que l'Allemagne a capitulé, et qu'un cessez-le-feu définitif sur tous les fronts du continent entre en vigueur une minute après minuit, cette nuit-là[87]. Par la suite, il déclare à une foule immense à Whitehall : « Ceci est votre victoire ». Le peuple répond : « Non, c'est la vôtre », et Churchill entame le chant du Land of Hope and Glory avec la foule. Dans la soirée, il fait une autre annonce à la nation en affirmant que la défaite du Japon se concrétisera dans les mois à venir[15].

Le 19 mai 1945, le Parti travailliste décide de quitter la coalition. Churchill demande la dissolution du Parlement et annonce que les élections se tiendront le 5 juillet ; les résultats ne pourront être connus que le 26 juillet 1945 du fait de la dispersion des soldats mobilisés. Aussi, il peut assister au début de la Conférence de Potsdam qui s'ouvre le 17 juillet 1945. Il prend toutefois la précaution de s'y rendre avec Clement Attlee, le vice-Premier ministre et son futur successeur. Les résultats des élections générales de 1945 sont sans appel : les travaillistes obtiennent 393 sièges contre 210 aux conservateurs alliés aux libéraux[Fk 8] et Churchill, battu, remet rapidement sa démission au roi[Fk 8]. De nombreuses raisons expliquent son échec : le désir de réforme d'après-guerre qui se répand au sein de la population, ou le fait qu'elle pense que l'homme qui a conduit le Royaume-Uni pendant la guerre n'est pas le mieux avisé pour le conduire en temps de paix[Je 35]. En effet, Churchill est surtout considéré comme un warlord, ou seigneur de guerre. Par ailleurs, les deux responsables conservateurs Brendan Bracken et Lord Beaverbrook, que Clementine Churchill n'apprécie pas, ne sont pas « des modèles de finesse politique ». Enfin, Churchill, las, est excessif dans ses discours[Fk 9]. Quoi qu'il en soit, lorsque les Japonais capitulent trois mois plus tard, le 15 août 1945, mettant définitivement fin à la guerre, il n'est déjà plus au pouvoir.

Churchill et la politique après 1945[modifier | modifier le code]

Le chef de file de l'opposition conservatrice[modifier | modifier le code]

Si sa femme accueille bien la défaite de Winston Churchill, lui est plutôt malheureux[Be 58]. Dépressif, il se remet à la peinture à l'occasion d'un séjour sur le lac de Côme à l'automne 1945[Be 59]. Pendant six ans, il sert en tant que chef de l'opposition officielle et se préoccupe peu de politique intérieure, préférant les affaires du monde sur lesquelles il continue d'influer. Au cours de son voyage de mars 1946 aux États-Unis, il fait un discours sur le « rideau de fer », évoquant l'URSS et la création du bloc de l'Est. Il déclare :

« De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l'Adriatique, un rideau de fer s'est abattu sur le continent. Derrière cette ligne se trouvent toutes les capitales des anciens États d'Europe centrale et orientale. Varsovie, Berlin, Prague, Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest et Sofia ; toutes ces villes célèbres et leurs populations sont désormais dans ce que j'appellerais la sphère d'influence soviétique, et sont toutes soumises, sous une forme ou une autre, non seulement à l'influence soviétique mais aussi au contrôle très étendu et dans certains cas croissant de Moscou[N 17]. »

Churchill imprime au conservatisme anglais une ligne de centre droit, appelée par les Anglais le butskellism, du nom des ministres Rab Butler, un conservateur, et son homologue travailliste Hugh Gaitskell. Selon François Bédarida, il s'agit d'une « expression symbolique de l'hybride bipartisan entre centre droit et centre gauche » à laquelle Margaret Thatcher s'est fortement opposée plus tard[Be 60].

Churchill et l'Europe[modifier | modifier le code]

Churchill est intéressé par le projet européen d'Aristide Briand dès l'entre-deux-guerres. Après la Seconde Guerre mondiale, il est président d'honneur du congrès de La Haye et participe à la mise en place du Conseil de l'Europe en 1949. Néanmoins sa vision n'est pas celle de Jean Monnet, aussi approuve-t-il que son pays n'entre pas dans la Communauté européenne du charbon et de l'acier, qu'il considère comme un projet franco-allemand[Je 36].

Il élabore la théorie des trois cercles : le premier cercle est constitué par l'Angleterre et le Commonwealth, le deuxième par le monde anglophone autour des États-Unis et le troisième l'Europe. Il constate que l'Angleterre, qui est à la croisée des trois cercles, a un rôle privilégié à jouer. « Nous sommes avec l'Europe, mais sans faire partie de l'Europe [with Europe, but not of it]. Nous avons des intérêts communs mais nous ne voulons pas être absorbés[Be 61] ».

Second mandat de Premier ministre[modifier | modifier le code]

Churchill avec le général américain Dwight D. Eisenhower et le Field Marshal Bernard Montgomery lors d'une réunion de l'OTAN en octobre 1951, peu de temps avant que Churchill ne redevienne Premier ministre.

Retour au gouvernement et déclin de l'Empire britannique[modifier | modifier le code]

Après les élections générales de 1951, Churchill redevient Premier ministre. Son troisième gouvernement, après celui durant la guerre et le bref gouvernement de 1945, dure jusqu'à sa démission en 1955. Ses priorités nationales sont alors éclipsées par une série de crises de politique étrangère, qui sont en partie le résultat du mouvement déjà amorcé du déclin de l'armée britannique, du prestige et du pouvoir impérial. Étant un fervent partisan de la Grande-Bretagne en tant que puissance internationale, Churchill répond souvent à de telles situations avec des actions directes. Il envoie par exemple des troupes britanniques au Kenya pour faire face à la rébellion Mau Mau[Je 37]. Essayant de conserver ce qu'il peut de l'Empire, il déclare : « je ne présiderai pas un démembrement[Je 37] ».

Guerre en Malaisie[modifier | modifier le code]

Une série d'événements qui sont devenus connus sous le nom d'insurrection malaise s'ensuivent. En Malaisie, une rébellion contre la domination britannique est en cours depuis 1948[88]. Une fois de plus, le gouvernement de Churchill hérite d'une crise, et ce dernier choisit d'utiliser l'action militaire directe contre les opposants. Il tente également de construire une alliance avec ceux qui soutiennent encore les Britanniques[15],[89]. Alors que la rébellion est lentement défaite, il est cependant tout aussi clair que la domination coloniale de la Grande-Bretagne n'est plus possible[90],[88].

La santé déclinante[modifier | modifier le code]

En juin 1953, à l'âge de 78 ans, il est victime d'un accident vasculaire cérébral alors qu'il se trouve au 10 Downing Street. La nouvelle est tenue secrète alors qu'officiellement on annonce au public et au Parlement qu'il souffre d'épuisement. Il se rend à Chartwell où il réside durant sa période de convalescence, l'attaque cérébrale ayant altéré son élocution dans ses discours et diminué sa capacité à marcher[15]. Il revient à la politique en octobre pour prendre la parole en public lors d'une conférence du Parti conservateur à Margate[15],[Je 38]. Dans les années qui suivent cependant, il doit admettre la nécessité de ralentir ses activités physiques et intellectuelles. Il décide de prendre sa retraite en 1955 et est remplacé au poste de Premier ministre par Anthony Eden[Be 62].

L’homme et sa postérité[modifier | modifier le code]

Churchill passe une grande partie de sa retraite à son domicile de Chartwell, dans le comté de Kent. Il l'achète en 1922 après la naissance de sa fille Mary.

Le caractère[modifier | modifier le code]

« Par moments, l'esprit du mal s'empare de lui, et je le considère comme un petit garçon très désobéissant, très insupportable et dangereux, un petit garçon qui mériterait le fouet. Ce n'est qu'en pensant à lui de la sorte que je peux continuer à l'aimer[Ma 65]. »

— H. G. Wells

Churchill n'est pas à proprement parler un homme raisonnable. Il écrit de lui-même : « c'est lorsque je suis Jeanne d'Arc que je m'exalte[Ma 66] ». Manchester écrit à ce propos : « il était bien davantage un Élie, un Isaïe : un prophète[Ma 66] ». Selon ce même biographe, une enfance malheureuse avec des parents au mieux indifférents, où seule sa nourrice, Elizabeth Everest, lui donne de l'amour parental, explique en partie la scolarité chaotique de Churchill. Il écrit à ce propos, « aussi haut qu'il s'élevât, l'homme qui avait connu, enfant, les brimades et les coups sut toujours s'identifier au perdant. Tout au fond de lui, du reste, il fut toujours un perdant. Il souffrit toute sa vie d'accès de dépression, sombrant dans les abîmes menaçants de la mélancolie[Ma 67] ».

Même si son parcours scolaire est moyen (celui de Franklin Delano Roosevelt l'est aussi), il a malgré tout un certain nombre de qualités qui en font un grand politique. Il a une excellente mémoire, c'est un orateur qui sait toucher les gens, il sait prendre des décisions rapides et faire preuve de magnanimité dans la victoire[Ma 67]. Il a aussi des défauts. Ses projets parfois très aventureux peuvent tourner mal, engendrant une certaine défiance de la classe politique envers lui. De plus, il ne sait pas toujours juger les hommes et manque parfois d'« antennes »[Ma 68] pour comprendre la société anglaise et son appartenance à l'aristocratie le dessert : son côté patricien explique en partie les éclipses de sa carrière[Ma 69].

Churchill aime les parades, les bannières qui flottent au vent, le son du clairon, et se désole que la guerre soit devenue une affaire de « chimistes masqués et [de] conducteurs manœuvrant les leviers de leurs aéroplanes, de leurs mitrailleuses[Ma 70] ». Pour lui, la guerre garde un côté chevaleresque, arthurien, « comme la vie pour Peter Pan, une immense aventure[Ma 70] ».

Politiquement, sa vision de la guerre et de la paix est totalement différente de celle de notre époque. Nous considérerions selon l'auteur cité « que la paix est la norme et la guerre une aberration primitive[Ma 71] », Churchill penserait strictement l'inverse. De façon générale, il aime le passé et vit, non pas dans le passé, mais avec un passé toujours présent. Tant à l'écrit qu'à l'oral, son expression reste profondément victorienne avec des expressions telles que « je vous prie de.. » ou « je me permets de dire ». À Harold Laski qui lui reproche d'être un « vestige chevaleresque et romantique de l'impérialisme anglais du XVIIIe siècle », il rétorque « j'aime vivre dans le passé. Je n'ai pas l'impression que l'avenir réserve beaucoup d'agrément aux hommes[Ma 72] ».

Il aime se déguiser, paraître, faire le spectacle. Il possède plus de chapeaux que son épouse[Ma 73], il ne se rend au Parlement ou à Buckingham Palace qu'en redingote[Ma 72] et il porte les uniformes les plus variés en arborant avec délectation les décorations qui lui ont été décernées.

Il aime le champagne, le cognac et autres boissons ainsi que la bonne chère. L'été, il apprécie de se faire inviter dans des villas sur la côte d'Azur (dans l'entre-deux-guerres il va notamment chez Maxine Elliott et chez sa cousine par alliance Consuelo Vanderbilt) ou du côté de Biarritz. Mais ce n'est pas quelqu'un porté sur la danse ou sur les jeux de l'amour et il refuse ou ne voit pas les avances qui lui sont parfois faites par des femmes – dont Daisy Fellowes[91].

Financièrement « c'est un spéculateur perdant-né »[Wm 14] et dans la vie courante à Chartwell, il a les pires difficultés à équilibrer et à gérer ses comptes. En 1938, à la suite d'une chute de la bourse à Wall Street, il connait des problèmes financiers sérieux qui l'obligent à envisager de mettre en vente Chartwell. Finalement, il arrive à trouver une solution grâce à un prêt de Henry Strakosch[92].

Dans le domaine littéraire Churchill a une préférence pour les auteurs anglais ; en matière de musique, il aime les chansons populaires comme Ta-ra-ra-boom-der-ay ou Hang Out the Washing on the Siegfried Line ; en matière de cinéma, il a une préférence pour les mélodrames, durant lesquels il pleure beaucoup. Il a vu au moins vingt fois son film préféré, Lady Hamilton, avec Laurence Olivier dans le rôle de l'amiral Nelson et Vivien Leigh dans celui de Lady Hamilton[Ma 74].

Un aspect secondaire de la personnalité de Churchill est son tempérament artistique, c'est un bon peintre et un écrivain de talent. Voir § suivants.

Le peintre[modifier | modifier le code]

Churchill avec sa cousine par alliance Consuelo à Blenheim en 1902. Il se rend plus tard parfois chez elle en France pour peindre dans l'entre-deux-guerres.

Winston Churchill commence à s'adonner à la peinture après sa démission en tant que Premier Lord de l'Amirauté en 1915[Je 39] afin de vaincre sa dépression, qu'il appelait le Black Dog, ou « chien noir ». Il est ensuite conseillé par John Lavery. Les thèmes sont des paysages anglais mais aussi des scènes du front de Flandres. Par la suite, il peint la Côte d’Azur. Il expose à Paris en 1921, à la galerie Drouet, 20 rue Royale, sous le pseudonyme de Charles Morin, et il vend quelques toiles. La même année, il écrit un petit livre, Painting as a Pastime. Il adopte ensuite le pseudonyme de Charles Winter[93] et se lie d'amitié avec le peintre franco-anglais Paul Maze[Wm 15].

Selon William Rees-Mogg, si « dans sa propre vie, il a dû subir le « Black Dog » de la dépression, dans ses paysages et ses natures mortes, il n’y a aucun signe de dépression[94] ». Il est surtout connu pour ses scènes de paysage impressionnistes, dont beaucoup ont été peintes durant ses vacances dans le sud de la France, en particulier à la villa La Pausa chez ses amis Reves, chez son ami le duc de Westminster au château Woolsack, sur les berges du lac d’Aureilhan[95], ou au Maroc. Une collection de peintures et de memorabilia est conservée au sein de la collection Reves au Dallas Museum of Art tandis que d'autres toiles sont exposées à Chartwell.

L’écrivain et l'orateur[modifier | modifier le code]

Statue de Churchill et de Franklin D. Roosevelt sur New Bond Street à Londres.
Article détaillé : Winston Churchill l'écrivain.

L'écrivain[modifier | modifier le code]

Malgré sa renommée et ses origines sociales, Churchill lutte toujours pour faire face à ses dépenses et à ses créanciers[Ma 75]. Jusqu'à la loi sur le Parlement de 1911, les députés exercent leur fonction à titre gratuit. De cette date à 1946, ils reçoivent un salaire symbolique. Aussi nombre d'entre eux doivent-ils exercer une profession pour vivre. De son premier livre, The Story of the Malakand Field Force (1898), jusqu'à son deuxième mandat en tant que Premier ministre, le revenu de Churchill est presque entièrement assuré par l'écriture de livres et de chroniques pour des journaux et des magazines. Dans les années 1930, Churchill tire l'essentiel de ses revenus du livre sur son ancêtre le duc de Malborough[Ma 76]. Le plus célèbre de ses articles est celui publié dans l'Evening Standard en 1936, avertissant de la montée en puissance d'Hitler et du danger de la politique d'apaisement.

Churchill a écrit seul son premier livre mais, à partir du Monde en crise, il dicte les suivants à des secrétaires et, pour la documentation, il emploie des assistants de recherche issus de l'université d'Oxford. Edward Marsh, son chef de cabinet, relit les manuscrits en corrigeant l'orthographe et la ponctuation. En règle générale, Churchill travaille le matin dans son lit où il mûrit un texte qu'il dicte tard le soir[Be 63]. Il est à ce jour l'unique ancien Premier ministre à recevoir, en 1953, le prix Nobel de littérature « pour sa maîtrise de la description historique et biographique ainsi que pour ses discours brillants pour la défense des valeurs humaines[96] ». Lors de l'attribution de son prix, Winston est à la fois déçu – il vise le Prix Nobel de la paix – et surpris, s'exclamant : « Tiens je ne savais pas que j'écrivais si bien[97] ! »

Parmi ses œuvres les plus célèbres qui ont contribué à sa renommée internationale[N 18], on peut citer :

Dans les toutes dernières années de sa vie, il regrette de ne pas avoir écrit les biographies de Jules César et de Napoléon Bonaparte[Ma 72].

L'orateur[modifier | modifier le code]

À l'origine, Churchill n'est pas un orateur et a même des difficultés d'élocution. Ses discours ne sont pas improvisés, un discours de quarante minutes lui demande entre six et huit heures de préparation[Ma 77]. Pour F.E. Smith, « Winston Churchill a passé les plus belles années de sa vie à écrire des discours improvisés ». De même, pour d'autres, ses bons mots sont parfois travaillés, parfois spontanés – mais dans ces cas là l'auditoire les sent souvent venir car alors « son propre rire prenait naissance quelque part du côté de ses pieds[Ma 78] ». De Clement Attlee, son adversaire travailliste qui ne déteste pas ses piques, il dit un jour qu'il est un « mouton déguisé en mouton »[Ma 79].

Si Churchill devient un grand orateur, malgré tout, il reste meilleur dans le monologue que dans l'échange. Lord Balfour remarque un jour : « l'artillerie du Très Honorable Gentleman est forte et puissante, mais elle ne me semble guère mobile[Ma 78] ». En général, ses discours commencent sur un tempo lent et dubitatif avant de donner « libre cours, à l'essence de sa prose : un rythme hardi, pesant, houleux, retentissant, coulant, interrompu par des cadences lancinantes et éclatantes[Ma 80] ».

Churchill n'aime ni l'euphémisme, ni le langage technocratique. Par exemple, il s'oppose à ce qu'on remplace « pauvres » par « économiquement faibles », ou « foyer » par « unité d'habitation »[Ma 78]. Pour lui, les mots, comme il le dit un jour à Violet Bonham-Carter, la fille d'Herbert Henry Asquith, ont une magie et une musique propres[Ma 81]. Chez lui, la sonorité du mot est un élément important dans le choix des termes employés. Il aime les mots courts qui frappent dur[Ma 81] et aligne souvent les adjectifs par quatre avec des préférences pour « unflinching (inébranlable), auster (austère), somber (sombre), et squalid (sordide) »[Ma 81].

Sa rhétorique est parfois contestée. Pour Robert Menzies, Premier ministre d'Australie, durant une partie de la Seconde Guerre mondiale : « sa pensée dominante est la possibilité, si attrayante à ses yeux, que les faits gênants disparaissent d'eux-mêmes ». Un autre, allié également, écrit : « Il est […] l'esclave des mots que son esprit invente à partir des idées […] et il peut se convaincre lui-même de la vérité dans presque tous les cas, si à travers son mécanisme de rhétorique, il peut continuer ce parcours effréné[98] ».

Les honneurs[modifier | modifier le code]

Churchill a reçu au cours de sa vie de nombreuses décorations. Sa titulature officielle est (sur le modèle anglo-saxon) : Sir Winston Churchill KG, OM, CH, TD, FRS, CP (RU), CP (Can), DL, Hon. RA. Il est en outre prix Nobel de littérature et premier citoyen d'honneur des États-Unis[99], a reçu de nombreux autres prix et honneurs. Il est fait Compagnon de la Libération en 1958 par le général de Gaulle. Lors d'un sondage de la BBC tenu en 2002, basé sur environ un million de votes de téléspectateurs, 100 Greatest Britons, il est proclamé « le plus grand de tous[100] ». Il est également membre à titre héréditaire de la Société des Cincinnati[101].

Derniers jours et funérailles[modifier | modifier le code]

Le train funéraire de Winston Churchill.

Après avoir quitté le poste de Premier ministre, Churchill passe moins de temps au Parlement. Il vit sa retraite à Chartwell et à son domicile londonien du 28 Hyde Park Gate, au sud-ouest de Kensington Gardens[15]. Lorsque son état mental et ses facultés physiques se dégradent, il sombre dans la dépression[15].

Churchill, sa femme et de nombreux membres de sa famille sont enterrés autour de l'église Saint Martin de Bladon.

En 1963, le président américain John F. Kennedy, agissant en vertu de l'autorisation accordée par une loi du Congrès, le proclame citoyen d'honneur des États-Unis, mais il est dans l'impossibilité d'assister à la cérémonie à la Maison-Blanche. Le 15 janvier 1965, Churchill subit un grave accident vasculaire cérébral qui lui sera fatal : il meurt à son domicile neuf jours plus tard, à l'âge de 90 ans, le matin du dimanche 24 janvier 1965, soit 70 ans jour pour jour après son père[Je 40]. Les obsèques nationales ont lieu à la cathédrale Saint-Paul de Londres. Ce sont les premières obsèques nationales pour une personnalité ne faisant pas partie de la famille royale depuis 1914. Le cercueil parcourt ensuite la courte distance jusqu'à la gare de Londres-Waterloo où il est chargé sur un wagon spécialement préparé et peint, le Southern Railway Van S2464S, dans le cadre du cortège funéraire pour son trajet par chemin de fer jusqu'à Bladon[102]. La Royal Artillery tire dix-neuf coups de canon, comme à son habitude pour un chef de gouvernement, et la RAF met en scène un défilé aérien de seize avions de combat English Electric Lightning. Les funérailles connaissent le plus grand rassemblement de chefs d'État dans le monde, jusqu'en 2005 lors des funérailles du pape Jean-Paul II[103]. Le wagon Pullman transportant sa famille en deuil est remorqué par une locomotive à vapeur Bulleid Pacifique no 34051 « Winston Churchill ». Dans les champs le long de la voie ferrée, et aux gares rencontrées sur le trajet, des milliers de personnes se tiennent en silence pour lui rendre un dernier hommage. L'hymne lors des funérailles est The Battle Hymn of the Republic. À sa demande, Churchill est enterré dans la parcelle familiale du cimetière de l'église St Martin de Bladon dont dépend le Palais de Blenheim, son lieu de naissance.

La postérité[modifier | modifier le code]

The Winston Churchill Memorial Trust[modifier | modifier le code]

Lorsque Churchill a 88 ans, le duc d'Édimbourg lui demande comment il aimerait qu'on se souvienne de lui. Churchill lui répond : avec une bourse d'étude comme la bourse Rhodes, mais pour un groupe d'individus plus grand. Après sa mort, le Winston Churchill Memorial Trust est créé au Royaume-Uni et en Australie. Un Churchill Memorial Day Trust a lieu en Australie, ce qui permet d'amasser 4,3 millions de dollars australiens. Depuis ce temps, le Churchill Trust en Australie a soutenu plus de 3 000 bénéficiaires de bourses d'études dans divers domaines, où le mérite (soit sur la base de l'expérience acquise, soit en fonction du potentiel) et la propension à contribuer à la collectivité ont été les seuls critères[104].

Churchill, leader préféré des patrons en 2013[modifier | modifier le code]

Dans une étude réalisée auprès des dirigeants d'entreprises de trente pays, Churchill est considéré début 2013 comme le dirigeant préféré des patrons devant Steve Jobs. Churchill est classé parmi les « guerriers » avec Napoléon Bonaparte et Alexandre le Grand. Parmi les autres politiques, le Mahatma Gandhi et Nelson Mandela, arrivés troisième et quatrième, sont classés parmi les pacificateurs. Margaret Thatcher est classée parmi les réformateurs et Bill Clinton parmi les bâtisseurs de consensus[105].

Films et séries montrant Churchill[modifier | modifier le code]

Le personnage de Churchill apparait dans de nombreux films et séries télévisées. Ont notamment joué son personnage :

Films et téléfilms sur la vie de Churchill :

Apparition du personnage Churchill :

La biographie rédigée par Randolph Churchill et Martin Gilbert[modifier | modifier le code]

Plusieurs historiens à travers le monde, ont publié des biographies de Winston Churchill. Cependant, celle réalisée par Randolph Churchill et Martin Gilbert apparaît comme la biographie officielle[107].

À la fin des années 50, le fils de Winston, Randolph, qui est un écrivain reconnu, réussit à convaincre son père de rédiger sa biographie. Randolph doit en effet accéder aux archives de son père, mais demande à ce que cet ouvrage ne soit pas publié avant sa mort.

Dans cette entreprise, Randolph est assisté de l'historien Martin Gilbert et les premiers tomes paraissent dès 1966 aux éditions Heinemann. Lorsque Randolph décède en 1968, seule la période 1874-1914 a été publiée. C'est donc Martin Gilbert qui termine seul la biographie de Winston Churchill.

Cette biographie se subdivise en 8 volumes comprenant la biographie proprement-dite fractionnée sur les périodes 1874-1900, 1901-1914, 1914-1916, 1917-1922, 1922-1939, 1939-1941, 1941-1945 et 1945-1965, ainsi que des volumes Companion qui fournissent divers documents (lettres etc.).

Œuvre de Churchill[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pour Bédarida dans son œuvre de 1999, Churchill a de très bonnes notes en français ; mais Michal dans Churchill, le dernier victorien p.20 parle de français simplement « suffisant ».
  2. Voir Bédarida p.33 ; pour Michal p.9 il naît le soir du 30 novembre.
  3. Et non dans les toilettes comme il l'a parfois été affirmé. Voir à ce propos Michal p.11.
  4. Margareth Primrose est la fille d'Archibald Primrose, 5e comte de Rosebery. Voir Mary Soames : Speaking for Themselves : The Personal Letters of Winston and Clementine Churchill, p.  1.
  5. La baronne de St. Helier est conseillère municipale à Londres, mais est surtout connue pour sa forte présence au sein de la société mondaine.
  6. Randolph Churchill serait entré dans la quatrième phase de la maladie en 1885. Voir Manchester, 1983, tome 1, p. 180
  7. Il jugea parfois même certaines de ses affectations si tranquilles qu'il demanda l'autorisation de partir combattre ailleurs pendant ses permissions (voir F. Bédarida, 1999).
  8. Voir cette citation de Churchill de 1951 dans son livre The Second World War, Volume 5: Closing the Ring, p. 606 : « Correspondance du Premier Ministre au Secrétaire d'État aux Affaires Étrangères, le 5 février 1944 : "Your minute about raising certain legations to the status of embassy. I must say that Cuba has as good a claim as some other places –“la perla de Las Antillas.” Great offence will be given if all the others have it and this large, rich, beautiful island, the home of the cigar, is denied. Surely Cuba has much more claim than Venezuela. You will make a bitter enemy if you leave them out, and after a bit you will be forced to give them what you have given to the others." »
  9. « anyone can rat, but it takes a certain ingenuity to re-rat »
  10. Harold Nicolson résume ainsi la situation dans une lettre à sa femme le 13 mars : « Si nous envoyons un ultimatum à l'Allemagne elle aura toutes les raisons de rabattre ses troupes. Mais elle ne le fera certainement pas et nous aurons la guerre... Le peuple de ce pays (le Royaume-Uni) refuse absolument d'avoir la guerre. Nous ferions face à une manifestation générale si nous suggérions une telle chose. Nous devrons alors nous replier de façon ignominieuse. » - Diaries & Letters, 1930-1939, p. 249.
  11. Ces factions sont menées par Anthony Eden et Leo Amery (voir R. R. James, 1977, p. 428)
  12. comme la crise de l'abdication l'a montré, voir le paragraphe précédent.
  13. En version originale : « You were given the choice between war and dishonour. You chose dishonour, and you will have war ».
  14. « I expect that the Battle of Britain is about to begin » (voir R. Jenkins, 2001, p. 621)
  15. « This is not the end. It is not even the beginning of the end. But it is, perhaps, the end of the beginning. »
  16. Voir à ce propos l'article Liste des réseaux de la section F du SOE.
  17. « From Stettin in the Baltic to Trieste in the Adriatic an iron curtain has descended across the Continent. Behind that line lie all the capitals of the ancient states of Central and Eastern Europe. Varsovie, Berlin, Prague, Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest et Sofia; all these famous cities and the populations around them lie in what I must call the Soviet sphere, and all are subject, in one form or another, not only to Soviet influence but to a very high and in some cases increasing measure of control from Moscow ».
  18. La première n'a d'ailleurs pas été mentionnée dans les attendus du Prix Nobel de Littérature (cf. F.Kersaudy, 2011).

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  102. (en) « Winston Churchill's funeral van project »
  103. (en) « Largest Assemblage of Statesmen at funeral since Churchill », sur BBC News,‎ 2005
  104. Voir le site officiel de la Churchill Trust
  105. « Churchill, leader modèle chez les patrons », Le Figaro,‎ 21 avril 2013 (lire en ligne)
  106. « Fiche du personnage de Winston Churchill sur l'IMDb » (consulté le 14 juin 2013)
  107. Martin Gilbert a cependant démenti que cet ouvrage contituait la biographie officielle de Winston Churchill - www.winstonchurchill.org.

Sources (bibliographie utilisée)[modifier | modifier le code]

  • François Bédarida, Churchill, Paris, Fayard,‎ 1999, 571 p.
  • Winston Churchill, Mémoires de Guerre 1941-1945 (traduit, présenté et annoté par François Kersaudy, Tallandier,‎ 2010, 635 p.
  • Winston Churchill, Mémoires de guerre 1919-1941, Paris, Tallandier,‎ 2009
  • (en) John Denson, The Costs of War : America's Pyrrhic Victories, New York, Prentice Hall, Inc.,‎ 1997, 259 p.
  • (en) Roy Jenkins, Churchill A Biography, Paris, Tallandier,‎ 2001*(en) Gilbert Martin, Winston S. Churchill: Young Statesman,‎ 1967
  • François Kersaudy, Winston Churchill : Le pouvoir de l'imagination, Paris, Tallandier,‎ 2011, 715 p.
  • William Manchester, The Last Lion : Winston Spencer Churchill, Vision of Glory 1874-1932,‎ 1983 (ISBN 0-316-54503-1)
  • William Manchester, The Last Lion : Winston Spencer Churchill, Alone 1932-1940,‎ 1988 (ISBN 0-316-54512-0)
  • William Manchester, Rêves de gloire : 1874-1932, Paris, Robert Laffont,‎ 1985
  • William Manchester, L'épreuve de la solitude : 1932-1940, Paris, Robert Laffont,‎ 1990
  • Olivier Weber, Correspondant de guerre : Préface de La Guerre de Malakand, Paris, Les Belles Lettres,‎ 2012
  • (en) Gilbert Martin, Churchill A Life,‎ 1992 (ISBN 0-8050-2396-8)
    Édition en un volume de la version en 8 volumes de la biographie.
  • (en) Robert K. Massie, Dreagnought Britain, Germany and the Coming og the Great War [Les chapitres 40 et 41 concernent Churchill à l'Amirauté.]
  • (en) Robert K. Massie, Castles of Steel : Britain, Germany and the winning of the Great War at sea, Vintage Random House,‎ 2007 (1re éd. 2003) (ISBN 978-0-099-52378-9)
  • (en) Jeremy Shearmur, « Hayek, The Road to Serfdom, and the British Conservatives », Journal of the History of Economic Thought, vol. 28, no 3,‎ 2006, p. 309-313
  • (en) Robert Skidelsky, Fighting for Britain, Macmillan,‎ 2000, 580 p.
  • (en) Richard Toye, Lloyd George and Churchill : Rivals for Greatness, Londres, Macmillan,‎ 2007 (ISBN 978-1405048965)
  • Consuelo Vanderbilt Balsan, Une duchesse américaine, Paris, Tallandier,‎ 2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Winston Churchill.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie non utilisée[modifier | modifier le code]

  • Michal Bernard et Pierre Guillemot, Churchill, le dernier victorien, Genève,‎ 1974.
  • (en) Geoffrey Best, Churchill: A Study in Greatness,‎ 2003.
  • (en) Robert Blake et Louis William Roger, Churchill: A Major New Reassessment of His Life in Peace and War, Oxford UP,‎ 1992 (ISBN 978-0198206262), 29 essais écrits par des spécialistes.
  • (en) John Charmley, Churchill : The End of Glory : A Political Biography,‎ 1993 (ISBN 978-0921912545).
  • (en) John Charmley, Churchill's Grand Alliance : The Anglo-American Special Relationship 1940-57,‎ 1996 (ISBN 978-0151275816).
  • (en) Carlo D'Este, Warlord : a life of Winston Churchill at war, 1874-1945, New York, Harper,‎ 2008, 1e éd. (ISBN 978-0-06-057573-1, LCCN 2008009272, lire en ligne).
  • (en) Sebastian Haffner, Winston Churchill,‎ 1967
  • Sebastian Haffner, Churchill, un guerrier en politique,‎ 2002
  • (en) Richard Harding Davis, Real Soldiers of Fortune,‎ 1906. Biographie de la première partie de sa vie.
  • (en) Robert Rhodes James, Churchill : A Study in Failure, 1900-1939,‎ 1970.
  • (en) François Kersaudy, Churchill and De Gaulle,‎ 1981 (ISBN 0-00-216328-4).
  • (en) Christian Krockow, Churchill, Man of the Century : [1900-1999] (ISBN 1-902809-43-2).
  • (en) John Lukacs, Churchill : Visionary, Statesman, Historian, New Haven, Yale University Press,‎ 2002.
  • John Lukacs, Le duel Churchill/Hitler, Paris, Robert Laffont,‎ 1992.
  • John Lukacs, Churchill Londres, mai 1940, Paris, Odile Jacob,‎ 2002.
  • (en) Henry Pelling, Winston Churchill,‎ 1974 (ISBN 1-84022-218-2). [biographie complète]
  • (en) Eugene L. Rasor, Winston S. Churchill, 1874-1965, A Comprehensive Historiography and Annotated Bibliography, Greenwood Press,‎ 2000. [Les entrées comprennent plusieurs milliers de livres et d'articles scientifiques.]
  • (en) Peter Stansky, Churchill, A Profile,‎ 1973. [Point de vue sur Churchill par des chercheurs.]
  • (en) Anthony Storr, Churchill's Black Dog and Other Phenomena of the Human Mind, HarperCollins Publishers Ltd. New Edition ed,‎ 1997 (ISBN 0006375669 et 9780006375661).

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