Incident du peuplier

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37° 57′ 21.59″ N 126° 40′ 21.33″ E / 37.9559972, 126.6725917 ()

Le peuplier qui fut l'objet de l'incident en 1976. Photographie prise en 1984.

L’incident du peuplier (en anglais : poplar tree incident ou axe murder incident, en coréen : 판문점 도끼만행사건, 板門店도끼蠻行事件, 도끼殺人事件) est un incident de frontière qui se déroula le 18 août 1976 dans la Joint Security Area ou JSA (« zone commune de sécurité ») située dans la zone coréenne démilitarisée (DMZ), frontière de facto entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, lorsque des soldats nord-coréens tuèrent deux officiers de l'armée de terre des États-Unis.

Contexte[modifier | modifier le code]

Dans la JSA, à proximité du pont de non-retour, sur la rive sud-coréenne de la rivière Sachon qui marque la frontière entre les deux pays, un peuplier de 30 mètres de haut bloquait la ligne de mire d'un poste d'observation de l'ONU.
À cette époque, les Nord-Coréens étaient contraints de passer par le « pont de non-retour » et de traverser la zone ennemie par le sud pour accéder à leur propre secteur dans la partie nord de la JSA.

Déroulement des faits[modifier | modifier le code]

Carte de la Joint Security Area en 1976.

Le 18 août 1976, un groupe de cinq membres du Korean Service Corps (PSC), escortés par une patrouille de l'ONU, constituée de deux capitaines (dont Bonifas) et de onze soldats américains et sud-coréens, pénètrent dans la JSA afin d'abattre l'arbre, comme convenu avec une délégation de l'armée populaire de Corée[1].

Les deux capitaines ne portaient pas d'armes de service sur eux du fait que les membres de la JSA étaient limités à cinq officiers et trente soldats armés. Immédiatement après que ceux-ci eurent commencé à abattre l'arbre, quinze à seize soldats nord-coréens sous les ordres du lieutenant Pak Chul arrivent sur les lieux et les observent pendant quinze minutes avant de demander à la patrouille onusienne de s'arrêter, déclarant que le peuplier ne pouvait pas être abattu car « le leader de Corée du Nord Kim Il-sung l'avait planté personnellement, nourri et qu'il grandissait sous sa supervision[2]. » Le capitaine Bonifas ordonne à ses hommes de continuer d'abattre l'arbre tandis que Pak envoie un messager sur le « pont de non-retour ». Immédiatement après, un camion nord-coréen arrive avec vingt soldats armés de pieds-de-biche et de gourdins. Le lieutenant Pak demande à nouveau aux Américains d'arrêter d'abattre l'arbre avant que les soldats nord-coréens n'attaquent le capitaine Bonifas et le lieutenant Barrett, blessant également tous les soldats onusiens, à l'exception d'un seul soldat[3].

Le capitaine Bonifas est assommé par Pak puis frappé à mort par au moins cinq Nord-Coréeens. Pendant ce temps, le lieutenant Barrett saute un muret et se retrouve dans un creux d'envrion 5m de profondeur, rempli d'arbres. Le creux n'était pas visible de la route à cause de la végétation. Au bout de 20 à 30 secondes, la force des Nations Unis disperse les nord-coréens, récupère le corps du capitaine Bonifas et le place dans le camion. Ils ne voient pas le Lieutenant Barrett.

Les nord-coréens sont aperçus alors qu'ils retirent les corps de cinq de leur membres. Egalement, on les voit descendre dans le creux, un par un, muni d'une hache. Ce comportement est perçu pendant 90 minutes, jusqu'à ce que la disparition du Lieutenant soit remontée. L'équipe partie rechercher le Lieutenant trouve rapidement le Lieutenant Barrett blessé par des coups de hache.

Le lieutenant est évacué par hélicoptère et son décès est constaté peu après le décollage.

L'incident a été filmé par les postes d'observation.

Réactions nord-coréennes et américaines[modifier | modifier le code]

Mémorial aux victimes de l'incident.
Inscription sur la plaque.

Les médias nord-coréens déclarent peu de temps après l'incident :

« Vers 10 h 45 aujourd'hui, les agresseurs impérialistes américains ont envoyé 14 voyous avec des hachettes dans la Joint Security Area pour couper des arbres de leur propre gré, sans le consentement au préalable des autorités nord-coréennes. Quatre personnes de notre côté sont allées sur place pour les avertir de ne pas poursuivre le travail sans notre consentement. Contre notre persuasion, ils ont attaqué nos gardes en masse et commis un acte gravement provocateur en battant nos hommes, brandissant des armes meurtrières du fait que nous étions en infériorité numérique. Nos gardes ne pouvaient que recourir à l'auto-défense dans le cadre de cette provocation téméraire[4]. »

Quatre heures après l'incident, Kim Il Sung s'adresse à une conférence du mouvement des non-alignés à Colombo au Sri Lanka lors de laquelle il présente un document décrivant l'incident comme une attaque ordonnée par les officiers américains contre les gardes nord-coréens. Il demande à ce que soit votée une résolution condamnant les États-Unis et demande la dissolution de l'United Nations Command, résolution soutenue par Cuba et qui sera adoptée.

De son côté, la CIA estime que l'attaque nord-coréenne avait été préméditée. Les forces américaines en Corée du Sud furent mises en état d'alerte DEFCON 3 le 19 août.

L'opération Paul Bunyan[modifier | modifier le code]

Ingénieurs américains abattant le peuplier lors de l'opération Paul Bunyan le 21 août 1976.

Trois jours plus tard, bien que craignant que l'opération puisse mener à une guerre avec la Corée du Nord, les États-Unis lancent l'opération Paul Bunyan le 21 août à une heure du matin afin d'abattre l'arbre, secondés par une compagnie sud-coréenne de 64 hommes et envoyant des Bell AH-1 Cobra et des avions de combats Northrop F-5 Freedom Fighter et F-4 Phantom II en escorte. L'opération fut un succès malgré l'arrivée et le déploiement par les Nord-Coréens de mitrailleuses qui évitèrent toutefois la confrontation et le fait que la souche du peuplier (6 mètres de haut) ait été délibérément laissée sur place[5].

L'incident et l'opération Paul Buyan augmentèrent significativement les tensions entre le Nord/Sud et leurs alliés respectifs, l'URSS, la République populaire de Chine et les États-Unis.

Le « pont de 72 heures »[modifier | modifier le code]

À 150 m en amont du « pont de Non-retour », les Nord-Coréens édifièrent après l'incident, le « pont de 72 heures » (appelé ainsi parce qu'il fut construit en trois jours), ceci afin de pouvoir accéder directement à leur secteur sur la JSA depuis le village de Panmunjeom, évitant de transiter par le secteur Sud-Coréen.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Negotiating With the North Koreans: The U.S. Experience at Panmunjom, consulté le 7 février 2013
  2. (en) http://www-2id.korea.army.mil/news/indianhead/indianhead060915.pdf
  3. (en) Memorial roll call for soldiers killed in infamous DMZ incident, Stars and stripes, 20 août 2006
  4. (en) U.N. Korean War Allies Association, Axe-Wielding Murder at Panmunjom. Seoul, South Korea: U.N. Korean War Allies Association, 1976. p. 7
  5. (en) Don Oberdorfer, The Two Koreas: a contemporary history. Perseus Books Group, 1997. p. 74–83

Annexes[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]