Dictature des colonels

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Drapeau du régime militaire à partir de 1970, et utilisé jusqu'en 1975
Histoire de la Grèce
Image illustrative de l'article Dictature des colonels
Préhistoire de la Grèce
3200 av. J.-C. Civilisation cycladique
2700 av. J.-C. Civilisation minoenne
1550 av. J.-C. Civilisation mycénienne
Grèce antique
1200 av. J.-C. Siècles obscurs
 800 av. J.-C. Époque archaïque
 510 av. J.-C. Époque classique
 323 av. J.-C. Époque hellénistique
 146 av. J.-C. Grèce romaine
Grèce médiévale
 330 Empire byzantin
1202 Quatrième croisade
Grèce ottomane
1453 Chute de Constantinople
1799 République des Sept-Îles
1821 Guerre d'indépendance
Grèce contemporaine
1832 Royaume de Grèce
1936 Régime du 4-Août
1941 Occupation
1946 Guerre civile
1967 Dictature des colonels
1974 République hellénique

La dictature des colonels est le nom donné au pouvoir politique en place en Grèce de 1967 à 1974, qui provoqua l'exil du roi Constantin II monté sur le trône en 1964. Cette dictature est issue du coup d'État par une junte militaire alors dominée par Yeóryos Papadópoulos.

Les origines[modifier | modifier le code]

En 1963, les élections législatives sont remportées par l'Union des Centres de Georges Papandréou, vieux routier de la scène politique grecque (il a été ministre de l'Éducation du gouvernement d'Elefthérios Venizélos, opposant au régime de Metaxas, puis chef du gouvernement en exil du roi Georges II, à Alexandrie en 1944).

Fort de sa large victoire (53 % des voix), il décide d'épurer l'armée, très marquée à l'extrême droite. L'état-major, obnubilé par la menace communiste, soucieux de plaire aux États-Unis et inquiet pour lui-même, multiplie les manœuvres de déstabilisation.

Une vie politique instable[modifier | modifier le code]

En juillet 1965, sous la pression de l'armée, le jeune roi Constantin II destitue Georges Papandreou après la tentative de ce dernier de se placer à la tête du ministère de la Défense.

Cela fut rendu possible parce qu'un membre du parti de Georges Papandreou, Constantinos Mitsotakis, fit sécession avec un nombre considérable des nouveaux élus. En Grèce, on parla d'« apostasie ». Ce même Mitsotakis devint Premier ministre en 1989.

Ce renversement de l'Union des Centres avait été rendu possible par des membres de ce même parti qui cherchaient à exercer le pouvoir pour leur propre compte. On assista alors à toute une série de gouvernements plus ou moins éphémères entre juillet 1965 et avril 1967.

Papandreou et Panagiotis Kanellopoulos, les leaders de l'Union des Centres et de l'ERE (Union Nationale Radicale, parti jusque là majoritaire), tentèrent de trouver un accord pour sortir de la crise qui menaçait de se prolonger. L'idée était de former un gouvernement qui expédierait les affaires courantes et organiserait de nouvelles élections. Cette solution ne put être mise en place à cause du coup d'État des colonels.

Le coup d'État des colonels[modifier | modifier le code]

La monarchie est alors soutenue par les États-Unis, malgré son incapacité à moderniser le pays. Des troubles se développent devant le refus du roi de confier le pouvoir à la gauche.

Parmi les nombreux troubles se situent la mort du député Gregoris Lambrakis et celle de l'étudiant Sotiris Petroulas. L'affaire Lambrakis a fait ensuite l'objet d'un livre, puis d'un film : Z.

Ces troubles politiques aboutirent au coup d'État des colonels le 21 avril 1967.

Ce 21 avril, des officiers emmenés par le colonel Geórgios Papadópoulos prennent le pouvoir par la force et abolissent la constitution. Leur tâche fut facilitée par la désorganisation du monde politique, le discrédit des institutions et l'inertie du palais royal.

En décembre 1967, le roi tenta de reprendre la main par un contre-coup d'État avec le soutien de généraux. Son échec obligea le roi Constantin II à s'exiler avec sa famille à Rome. Le Royaume de Grèce demeura cependant jusqu'en 1973 la forme officielle de l'État, les dirigeants successifs de la junte s'attribuant le titre de régents.

La junte[modifier | modifier le code]

Membres de la junte :

La dictature[modifier | modifier le code]

Pour conserver et consolider leur pouvoir, les colonels cherchèrent à éliminer toute forme d'opposition et de contestation. Dès le coup d'État, des personnalités politiques, principalement de gauche, mais aussi des libéraux et de simples défenseurs des droits de l'homme, furent persécutés. Nombre de militaires et de fonctionnaires furent révoqués afin de permettre aux colonels de disposer d'instruments de gouvernement idéologiquement conformes aux « principes du régime ». Les opposants politiques étaient mis en résidence surveillée, emprisonnés, déportés sur des îles désertes de l'Égée, mais aussi parfois torturés[1].

Des gouvernements plus ou moins fantoches se succédèrent afin de laisser croire qu'une vie politique continuait à exister et que le pouvoir n'était pas détenu par les seuls colonels et principalement par Y. Papadópoulos. Malgré la censure, de nombreuses manifestations contre le régime eurent lieu.

Ainsi, 1968 fut une année difficile pour la dictature. Aléxandros Panagoúlis tenta d'assassiner le colonel Papadópoulos. Il fut condamné à mort. Une très forte mobilisation de l'opinion publique internationale permit d'éviter son exécution. Les obsèques de Georges Papandreou, décédé en résidence surveillée, furent l'occasion de grandes manifestations contre le régime.

À l'étranger aussi, les Grecs en exil politique organisaient des manifestations contre la dictature. Ainsi, en 1969, la Grèce fut exclue du Conseil de l'Europe. Dès 1967, l'accord d'association qui liait la Grèce à la Communauté européenne avait été suspendu.

Le 29 juillet 1973, le régime organisa un plébiscite qui aboutit à l'abolition de la monarchie et à la proclamation de la République, dont Papadópoulos prit le titre de président.

La fin de la dictature[modifier | modifier le code]

La crise chypriote fut fatale au régime des colonels, déjà affaibli par une forte protestation, des étudiants principalement (occupation de l'École Polytechnique [Politechnion] à Exarcheia, évacuée par les chars le 17 novembre 1973 malgré l'opposition de son recteur Constantin Conophagos).

Les événements du Politechnion ne furent pas seulement une révolte étudiante mais une révolte populaire, dans la rue se trouvaient des gens de toutes les conditions. Le 17 novembre, les dictateurs firent marcher les chars sur l'université. Mais c'est la crise chypriote, à l'été 1974, qui provoqua la chute de la junte militaire grecque (la khounta).

Lors du coup d'État du 15 juillet 1974, l'EOKA B, une organisation paramilitaire chypriote grecque soutenue par le chef de la dictature Dimitrios Ioannidis, renversa Mgr Makarios et tenta d'instaurer une dictature à Chypre sur le modèle de celle des colonels grecs. En réaction à cette rupture du fragile équilibre qui existait entre les communautés grecque et turque, cinq jours plus tard, le 20 juillet, les troupes turques envahirent le Nord de l'île conduisant à la partition de Chypre en deux États.

Culture[modifier | modifier le code]

Les difficultés politiques liées à la dictature puis l'arrivée de la télévision portèrent un coup presque fatal au cinéma grec. En 1968, il y eut, record absolu, 137 millions d'entrées au cinéma dans le pays (soit 15 entrées par habitant) ; 70 millions en 1973 et 39 millions en 1977. En Attique, en 1969, il y avait 347 salles de cinéma et 541 cinémas en plein air ; en 1974, il ne restait que 260 salles et 330 cinémas de plein air. Les ventes de tickets de cinéma baissèrent de 10 % sur l'ensemble du pays entre 1968 et 1971 ; surtout, elles baissèrent de 20 % à Athènes ; la chute pour les films grecs étaient de 30 %. Le cinéma national s'effaçait face au cinéma étranger, en fait américain[2],[3],[4]. En 1974, les spectateurs n'étaient plus qu'un million et demi à fréquenter les salles de cinéma qui projetaient une quarantaine de films grecs[5]. À ses débuts, la télévision grecque n'émit que dans la région d'Athènes en 1966-1968. Dès ces années, la fréquentation des cinémas y baissa de 5 % en moyenne tandis qu'elle continuait à progresser dans le reste du pays. Le régime des colonels favorisa le développement de la télévision et la mise en place de programmes de qualité afin de fidéliser le téléspectateur. Dans ce but, la télévision entreprit de diffuser et rediffuser les grandes comédies du cinéma populaire des deux décennies précédentes. L'idée était de garder la population grecque chez elle et d'éviter qu'elle se réunît et discutât, aussi bien dans la salle de cinéma que dans la file d'attente[2],[6]. Dans le même but, la Fédération nationale des ciné-clubs fut démantelée[7].

Le film Z de Costa-Gavras traite de la période d'instabilité qui précéda la dictature.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Françoise Sironi et Raphaëlle Branche, « La torture aux frontières de l’humain », Revue internationale des sciences sociales, no 174 2002/4, p. 591-600. [lire en ligne] [PDF].
  2. a et b Constantinidis 2000, p. 6
  3. Sawas 2008, p. 222
  4. Démopoulos 1995, p. 66-67
  5. Démopoulos 1995, p. 24-26
  6. Sawas 2008, p. 223
  7. Démopoulos 1995, p. 27

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Stratos E. Constantinidis, « Greek Film and the National Interest: A Brief Preface », Journal of Modern Greek Studies, vol. 18, no 1,‎ mai 2000
  • (fr) Michel Démopoulos (dir.), Le Cinéma grec, Paris, Centre Georges Pompidou, coll. « cinéma/pluriel »,‎ 1995, 263 p. (ISBN 2858508135)
  • J.F. Chauvel, La Grèce à l'ombre des épées, Paris, Laffont, 1968, 281 pages.
  • Nathalie Katinakis, Mélina Mercouri et Mikis Théodorakis : les derniers héros grecs, Paris, L'Harmattan, 2011, 272 pages.
  • (fr) Stéphane Sawas, « Grèce (1967-1974) Les écrans grecs sous la dictature des colonels : la grande rupture », dans Raphaël Muller et Thomas Wieder, Cinéma et régimes autoritaires au XXe siècle : Écrans sous influence, Paris, Éditions ENS rue d'ULM et PUF, coll. « Les rencontres de Normale Sup' »,‎ 2008, 285 p. (ISBN 978-2-13-055749-4)
  • (Anonyme), Vérité sur la Grèce, L'Age d'homme - La cité, 1970.