Opération Barbarossa

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Opération Barbarossa
Concentration de véhicules et de tanks panzer III en Pologne, à la veille du déclenchement de l'opération Barbarossa.
Concentration de véhicules et de tanks panzer III en Pologne, à la veille du déclenchement de l'opération Barbarossa.
Informations générales
Date 22 juin 19415 décembre 1941
Lieu Biélorussie, Ukraine, Lituanie, Lettonie, Estonie, Ouest de l'Union soviétique
Issue Victoire opérationnelle allemande mais défaite stratégique majeure
Belligérants
Drapeau de l'URSS Union soviétique Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Drapeau : Roumanie Royaume de Roumanie
Drapeau de la Finlande Finlande
Drapeau du Royaume d'Italie Royaume d'Italie
Drapeau du Royaume de Hongrie Royaume de Hongrie
Flag of First Slovak Republic 1939-1945.svg Slovaquie
Commandants
Flag of the Soviet Union (1923-1955).svg Joseph Staline Drapeau de l'Allemagne Adolf Hitler
Forces en présence
Au 22 juin 1941 :
2 680 000 soldats[1]
puis 5 500 000
15 000-25 000 chars
35 000-40 000 avions
(11 357 prêts au combat le 22 juin 1941)
Au 22 juin 1941 :
3 800 000 soldats[1]

4 300 chars
4 389 avions
Pertes
Total : 7 500 000 dont
  • 3 137 673 morts ou disparus[1]
  • 1 336 147 blessés[1]
  • 3 355 499 prisonniers[2]
  • 17 000 chars détruits
  • 30 000 avions détruits
Total : 800 000[3] dont
  • 167 347 tués au combat[3]
  • 600 584 blessés
  • 34 527 disparus
  • La moitié des blindés et des avions engagés est hors de combat
Seconde Guerre mondiale
Batailles
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Bataille de l’Atlantique


Guerre du Pacifique


Guerre sino-japonaise


Théâtre américain

L’opération Barbarossa (en allemand : Unternehmen Barbarossa), nommée en référence à l'empereur Frédéric Barberousse, est le nom de code désignant l'invasion par le IIIe Reich de l'Union des républiques socialistes soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le 23 août 1939, l’Allemagne nazie et l’Union soviétique signent un traité de non-agression et de partage de l'Est de l'Europe.
Cependant, le 21 juillet 1940, moins d’un an après, Hitler demande à son état-major de préparer un plan d’invasion de l’Union soviétique.

Confiant, il déclenche le 22 juin 1941, le même jour que Napoléon autrefois et un an exactement après la signature de l'armistice entre la France et le IIIe Reich[4], l’opération Barbarossa ouvrant le front de l'Est, qui devient le principal théâtre d'opérations de la guerre terrestre en Europe (de 1941 à 1945, 80 % des pertes de la Wehrmacht sont subies sur le front russe[5]) et le facteur crucial dans le succès ou la défaite du Troisième Reich nazi. Les plus importantes et les plus sanglantes batailles terrestres de la Seconde Guerre mondiale vont s'y dérouler.

C'est la plus grande invasion de l'histoire militaire de par le nombre de soldats mobilisés et de pertes[6]. Ce sont près de quatre millions de soldats de l'Axe qui pénètrent en Union soviétique. En plus des troupes, l'opération Barbarossa a mobilisé 600 000 véhicules et 600 000 chevaux. Cette invasion marque aussi un tournant dans la guerre, jusqu'alors encore assez localisée et européenne. Elle va bientôt embraser le monde entier.

La Wehrmacht possède une supériorité initiale considérable en hommes (de deux contre un au minimum) et en équipements. Elle est mieux organisée, bien mieux commandée et dispose, du moins jusqu’à la gigantesque bataille de Koursk de juillet 1943, d'une incontestable supériorité tactique. Elle bénéficie de l'effet de surprise. L'Armée rouge, si elle est loin d'être préparée au choc avec l'Allemagne, décapitée par les Grandes Purges, dispose cependant d'importantes réserves humaines, d'avantages matériels certains (base industrielle, armements) et d'un patriotisme russe que Staline saura opportunément réactiver après vingt ans de répression sous la férule d'un État en guerre permanente contre sa propre société. Le nazisme, qui ne laissera aux « Untermenschen » d'autre alternative que la mort ou l'esclavage, jouera également un rôle important dans le sursaut patriotique.

Comme en 1914 au début de la Première Guerre mondiale, l'Allemagne entend agir rapidement : le plan Barbarossa fixe à quatre mois le délai nécessaire à l’anéantissement militaire de la Russie, cœur névralgique de l’Union soviétique. En pratique, l'opération Barbarossa s'étendra de juin 1941 à janvier-février 1942, l'échec allemand de la bataille de Moscou étant le dernier épisode de la première phase du conflit sur le front russe.

Les justifications de cette invasion sont historiques (l'échec du plan Schlieffen en 1914 qui a conduit au traité de Versailles, ressenti comme une humiliation par l'Allemagne de 1919), stratégiques (conquête rapide du cœur historique et économique russe comme levier de la domination globale du continent européen) et idéologiques (la mise en œuvre géopolitique du nazisme), l'aboutissement affiché de la politique nazie étant la conquête d'un espace vital à l'Est : le Lebensraum.

Situation politique et diplomatique[modifier | modifier le code]

La situation au printemps 1941 semble largement en faveur de l'Axe. La France a été vaincue en quelques semaines, le corps expéditionnaire britannique a été défait. Une partie majeure de l'Europe est occupée. À l'Est, Hitler a mis en place des régimes alliés de gré ou de force : Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Slovaquie. Le seul ennemi en guerre qui lui tienne encore tête est la Grande-Bretagne et son empire, qui résistent en grande partie grâce à une volonté collective incarnée par Winston Churchill, mais elle n'a été sauvée jusqu'alors que par son insularité. Au demeurant, la Grande-Bretagne ne constitue pas, en Europe continentale, une menace militaire terrestre suffisamment significative pour inquiéter la Wehrmacht.

Hitler connaît les risques d'attaquer l'Union soviétique, mais il estime qu'il doit agir immédiatement car, en 1941, l'Armée rouge est désorganisée et profondément affaiblie par les Grandes Purges staliniennes. Encore éloignés de la guerre, les États-Unis d'Amérique penchent cependant de plus en plus du côté des Alliés. Invaincue, la Wehrmacht, fait figure de première armée du monde en 1941. La situation semble donc favorable à la conquête du « Lebensraum ». Une seule puissance continentale peut encore empêcher cette conquête : l'Union soviétique. Depuis la signature du Pacte germano-soviétique (1939), dans lequel l'URSS voit un moyen de se protéger après les accords de Munich (Allemagne-France-Grande-Bretagne) de 1938, et grâce auquel l'Allemagne et l'Union soviétique se sont partagés le territoire de la Pologne le long de la frontière orientale actuelle, les deux pays, malgré l'opposition inconciliable des idéologies qui les dirigent, ont ostensiblement établi des relations amicales de façade et des relations commerciales qui profiteront surtout au Troisième Reich jusqu'en juin 1941. L'Allemagne signe par ailleurs un pacte de non-agression avec la Turquie le 18 juin 1941, ce qui lui permet de sécuriser un accès aux ressources pétrolifères du Caucase.

Montée de tensions[modifier | modifier le code]

L'évolution de la situation dans les Balkans, après l'occupation de la Bessarabie, destinée à donner à l'Union soviétique le contrôle de l'embouchure du Danube[7], et de la Bukovine du Nord, contribue à pousser davantage encore la Roumanie dans la sphère d'influence allemande[8], malgré des tentatives soviétiques à l'automne 1940 pour se concilier ce royaume[9]. Dans le même temps, l'URSS recherche, dans la tradition de la diplomatie russe du début du XXe siècle, un accord avec l'Italie[10], pour s'opposer à une mainmise progressive mais systématique du Reich dans les Balkans[11]. Ainsi, la diplomatie soviétique cherche-t-elle à ressusciter, malgré les réserves du roi et de ses proches, l'alliance avec la Bulgarie, dont la population affiche des sentiments pro-soviétiques sincères[12] ; ainsi, en novembre 1940, la mission diplomatique soviétique dans les Balkans, menée par des officiers généraux soviétiques, insiste-t-elle auprès du roi Boris pour que ce dernier n'adhère pas au pacte tripartite[13].

Les Allemands, de leur côté, ne voient pas d'un très bon œil les velléités soviétiques de prendre pied en Bulgarie et ne veulent à aucun prix remettre en cause leur suprématie sur le Danube, et tentent, lors du second arbitrage de Vienne, de faire du Danube un fleuve sous influence allemande exclusive, malgré les quelques contre-feux allumés par une diplomatie soviétique parfaitement consciente de cette politique[14]. En outre, à l'automne 1940, des incidents de frontière, le long du Danube, se déroulent entre la Roumanie et l'Union soviétique : occupant de manière unilatérale des petites îles sises dans les bras du delta du Danube, des bâtiments de guerre soviétiques affectés à cette mission essuient des tirs roumains, puis se retirent[9]. Dans la foulée de l'arbitrage de Vienne, les Allemands auraient en outre déclaré aux Roumains, selon des renseignements transmis à Moscou, que les cessions de territoires à l'URSS étaient temporaires et réversibles, ce qui ne manque pas de susciter des inquiétudes en Union soviétique[14].

Les derniers jours : le mois de juin 1941[modifier | modifier le code]

Lors du déclenchement des opérations, il apparaît aux responsables soviétiques, l'ambassadeur en poste à Berlin, le ministre des Affaires étrangères, que la guerre n'a pas été voulue par les diplomates. En effet, autant Ribbentrop que Schulenburg semblent désolés de devoir déclarer aux Soviétiques, non la guerre, mais que la situation créée par la politique soviétique et les mesures défensives soviétiques le long de la frontière, mettaient le Reich dans l'obligation d'engager les hostilités de manière préventive[15]. En effet, l'ambassadeur du Reich à Moscou doit remettre à Molotov, à quatre heures du matin, peu de temps après le déclenchement des hostilités, un rapport détaillé des prétendues violations soviétiques de l'accord de 1939[14].

L'invasion crée le front stratégique majeur du second conflit mondial[modifier | modifier le code]

En déclenchant l'opération Barbarossa, le régime nazi provoque l'ouverture d'un front auquel le Reich doit désormais consacrer l'essentiel de ses moyens militaires, de ses ressources industrielles et humaines. Engagée dans une guerre totale contre l'Union soviétique, l’industrie de guerre allemande « tourne » au maximum de ses capacités et ne cesse de se développer jusqu’au début de 1945. Le Reich consacre ainsi 35 % de son PNB en 1940, puis 65 % en 1944, à ses dépenses militaires. Non seulement l’Allemagne, première puissance industrielle du continent, affecte la totalité de ses ressources économiques à sa production de guerre, mais elle exploite également systématiquement à cette fin les ressources industrielles, économiques, démographiques (deux millions de prisonniers français travaillent en Allemagne) de l’Europe occupée.

Du déclenchement de « Barbarossa » aux dernières étapes de la guerre, en mai 1945, la Wehrmacht consacre l’essentiel de ses ressources en hommes et en matériels au front de l'Est, sans jamais être en mesure, à partir de l’hiver 1942-1943 (échec de Stalingrad), de prendre l’initiative, si ce n’est dans des secteurs de plus en plus étroits du front. En juillet 1943, lors de la gigantesque bataille de Koursk, à peine sept divisions et deux brigades (2,7 % des forces allemandes) étaient engagées face aux Américains et aux Britanniques dans les affrontements de la guerre du désert. Le reste (91 divisions et 3 brigades) se trouvait cantonné dans les territoires de l’Europe occupée. Les Alliés prennent pied en Afrique du Nord en novembre 1942 (débarquement de 70 000 hommes à Alger et Oran et au Maroc), en Sicile en juillet 1943 (débarquement de 160 000 hommes), en Italie à Salerne (sud de Naples) en septembre 1943 et à Anzio en janvier 1944, mais les moyens engagés pèsent de peu de poids (la Wehrmacht dispose de 23 divisions en Italie début 1944), comparés à la démesure des effectifs et des matériels présents depuis juin 1941 sur le front soviétique. Durant les quatre années que dura le conflit germano-soviétique il y eut, en permanence, une moyenne de 9 millions d'hommes simultanément impliqués dans les opérations de ce front.

Le cumul des pertes militaires de l'Union soviétique et de l'Allemagne nazie, dans sa guerre d'invasion de l'Union soviétique, se monte à 80 % du total de toutes les pertes militaires enregistrées sur le théâtre d’opération européen de 1940 à 1945. C'est sur le front russe que la Wehrmacht a les reins brisés, bien avant le débarquement des Alliés en France. Après le débarquement de Normandie d'un corps expéditionnaire en juin 1944, c’est encore à l’Est que les Allemands continuent à engager et à perdre la majorité de leurs hommes. La comparaison des pertes subies par la Wehrmacht sur les deux fronts à partir de juin 1944 montre la part presque exclusive du front russe même après ce débarquement. Du 1er juillet au 31 décembre 1944, pendant cinq mois, lors de la grande offensive soviétique contre le groupe d’armées Centre, les Allemands perdront chaque mois en moyenne 200 000 soldats et près de 4 000 Hiwis, des auxiliaires étrangers (russes) de l'armée allemande. À l’Ouest, au cours de la même période, c’est-à-dire après le débarquement allié en France, la moyenne des pertes allemandes s’élèvera à 8 000 hommes par mois soit un rapport de 1 à 25.

Les pertes en vies humaines sont colossales et les conditions de vie effroyables pour les deux camps. En 2001, les historiens russes estimaient les pertes du conflit germano-soviétique à 26,2 millions de tués (environ 16 % de la population de l’Union soviétique de 1940) dont plus de 11 millions de soldats et officiers (6,8 millions de tués directs et 3,8 millions de prisonniers de guerre décédés entre les mains de la Wehrmacht), et surtout 15,6 millions de civils puisque l’importance sans précédent des pertes civiles est d’abord la conséquence d'une guerre d’anéantissement menée en Union soviétique par le Reich nazi. Trente-quatre millions de Soviétiques ont été mobilisés dans les rangs de l'Armée rouge de 1941 à 1945. L’ampleur de l’engagement allemand a été gigantesque : quelque 20 millions d’Allemands ont porté, à un moment ou à un autre, l’uniforme de la Wehrmacht sur le front russe, de sorte que c’est toute la société allemande qui fut impliquée dans l’expérience de la guerre sur le front de l'Est. Celle-ci a été voulue, dès sa phase de préparation, comme une lutte à mort, exigeant un engagement sans limite, une obéissance absolue, la destruction totale de l’ennemi. À ce titre, la guerre totale déclenchée contre l'URSS constitue non seulement le sommet du régime nazi, mais aussi l’élément essentiel de son image dans la mémoire collective des Allemands après la guerre. Pour l’écrasante majorité des soldats allemands, l’expérience de la guerre est celle du front russe[5].

À la fin du mois de mars 1945, la totalité des pertes de l’Ostheer (le nom de la Wehrmacht sur le front russe) s’élève à 6 172 373 hommes (tués, mutilés, disparus), soit près du double de ses effectifs initiaux, au 22 juin 1941[5]. Ce chiffre représente 80 % des pertes subies par la Wehrmacht sur tous les fronts depuis le déclenchement de l’invasion de juin 1941. En mai 1945, on dénombre plus de 3 millions de prisonniers allemands détenus en Union soviétique. Tous camps confondus, les tués de l’Armée rouge, hors les 3,8 millions de prisonniers de guerre soviétiques décédés après leur capture, constituent 52 % du total des pertes militaires en Europe, ceux de la Wehrmacht 28 % (moins de 2 % pour l'armée des États-Unis). Les pertes militaires de l’Union soviétique représentent 85 % du total des pertes alliées en Europe (Royaume-Uni 3,7 % - France 2,9 % - États-Unis 2,6 %). Enfin, le front ouvert en juin 1944 en France a eu, militairement, environ 11 mois d’existence contre 47 mois pour le front russe ouvert en juin 1941.

Préparatifs allemands[modifier | modifier le code]

Le Reich prépare l'invasion de l'Union soviétique minutieusement, jusque dans ses moindre détails ; cette préparation, à la fois politique, militaire et économique, se propose non seulement de réaliser des objectifs politiques raciaux et territoriaux précisément définis, mais aussi de mettre en place la répartition des rôles entre militaires et de définir la place des acteurs économiques dans le conflit qui s'annonce.

Motivations et justifications idéologiques et politiques[modifier | modifier le code]

La volonté allemande d'écraser définitivement la Russie, adversaire oriental de l'Allemagne dans le cadre d'une guerre sur deux fronts, remonte à la Grande Guerre. Cette volonté est renforcée par la mise en place du régime communiste.

En effet, dans Mein Kampf, Hitler, qui n'est ici qu'un avatar parmi d'autres de la pensée de l'extrême-droite allemande des années 1920[16], amalgame la figure du Juif et la représentation du bolchevik, entre autres dans la figure fantasmagorique du Judéo-Bolchevik, représentation dans l'idéologie nazie du mal absolu, le Juif, « nuisible » (schädling) à la Nation allemande[17]. Cette conception, relayée par la propagande, est partagée par de nombreux officiers de la Reichswehr, puis de la Wehrmacht : des documents internes de cette institution propagent cette conception chez les officiers, qui perçoivent les territoires occupés de l'URSS à travers ces prismes[16]. Cette propagande touche non seulement les officiers, mais aussi les soldats engagés dans les opérations de 1941, qui endurent à partir de 1943 défaites et retraites sans cesser de se battre. Elle est en outre instillée dès les années 1930 dans la police allemande, sous le contrôle de Himmler à partir de 1936 ; cet arrière plan idéologique fournit la préparation psychologique des policiers ayant participé aux tueries de 1941[18].

En outre, la défense de la civilisation contre le « déluge Moscovite-asiatique »[19] joue une rôle non négligeable dans les motivations des soldats : il s'agit pour eux de reprendre le combat des Germains contre les Slaves, arriérés ; relayés par la propagande, ces stéréotypes sont fermement ancrés dans les représentations des soldats et des officiers envoyés sur le front de l'Est[20] : aux officiers qui s'offusquent de la brutalité des ordres reçus, Keitel répond que dans cette guerre « la conception militaire d'une guerre chevaleresque » n'entre pas en ligne de compte, puisqu'il s'agit de « détruire une conception du monde (Weltanschauung) »[21]. En effet, pour Hitler, mais peut-être davantage encore pour Himmler, la guerre à l'Est constitue la continuation du conflit qui oppose l'Occident au « principe asiatique » : en décembre 1941, Himmler, dans un discours à ses troupes, établit un lien entre les diverses invasions, Hunniques, mongoles et la soi-disant invasion bolchevique de l'Europe[22], la plus dangereuse de toutes les menaces, reprenant ainsi des thèses développées dans les années 1930 par Fritz Schachermeyr et Fritz Taeger[22] : aux yeux des théoriciens et des acteurs du nazisme, l'invasion de l'Union Soviétique plonge ainsi ses racines dans la plus haute Antiquité, puisqu'il s'agirait, selon ces intellectuels, du combat final entre l'Occident, représenté par le Reich, et l'Orient, qui a pris la forme du marxisme soviétique[23], combat qui mettrait fin à 6 000 ans de guerre raciale[24]. Dans cette perspective, Staline est représenté en nouvel Hannibal, repoussoir phénicien aux yeux de Goebbels, menaçant la civilisation occidentale, jusque tard dans le conflit[25].

Enfin, réparer l'humiliation de la défaite non reconnue de la Première Guerre mondiale face à l'alliance russo-franco-britannique de 1914 est aussi une motivation importante : en effet, sur le front russe, l'Allemagne et ses alliés ont signé une paix de victoire à Brest-Litovsk en mars 1918, mais ont dû évacuer les territoires qu'ils occupaient à l'hiver 1918-1919. Ainsi, pour les militaires de haut rang, qui ont tous fait la Grande Guerre, comme pour les décideurs nazis, la défaite de 1918 ne peut être que la conséquence du coup de poignard dans le dos donné par les socialistes allemands, marxistes donc nécessairement juifs, la guerre à l'Est venge donc 1918-1919[26]. Un certain nombre de théoriciens nazis font, précocement dans l'histoire du NSDAP, l'assimilation entre marxistes et Juifs, mais ne font alors que reprendre des stéréotypes largement diffusés, sinon dans la société, au moins dans les cercles conservateurs où se recrutent les officiers généraux de la Wehrmacht[16].

Ainsi est fait le lien, dans l'imaginaire nazi, entre la figure du Juif, le communisme et le Slave ; cet imaginaire est à l’œuvre dans la propagande allemande depuis 1933. Le refus de la Grande-Bretagne de mettre fin à la guerre après la défaite de la France conduit aussi Hitler à voir dans le maintien d'une URSS puissante, dans le dos de l'Allemagne, le dernier espoir des dirigeants britanniques ; l'élimination de ce facteur permettra donc d'amener la Grande-Bretagne à résipiscence ; de ce fait, l'hégémonie allemande sur l'Europe sera indiscutée et l'allié japonais en sera renforcé face aux États-Unis.

Dès le 22 juin, les propagandistes allemands développent le thème de la nécessaire lutte contre les bolcheviks, qui, alliés aux Juifs, seraient responsables de la misère que connaît le peuple russe. Jusqu'au dernier jour du conflit, la propagande allemande exploite le thème du judéo-bolchevisme jusqu'à la corde[27].

Objectifs territoriaux et projets nazis[modifier | modifier le code]

Les vastes espaces de l'Union soviétique sont destinés, dans la direction tracée autrefois par les chevaliers Teutoniques, à devenir le Lebensraum, l'espace vital allemand, une fois débarrassé de ses populations. Les populations urbaines doivent être exterminées par la famine, les populations rurales sont destinées à constituer la main-d’œuvre servile pour fournir des surplus alimentaires destinés à l'Allemagne et à la colonisation aryenne.

Dès la fin de l'année 1940, les rapports des services de renseignements soviétiques fourmillent d'indications sur les objectifs territoriaux nazis. Ainsi, en février 1941, le directeur de ces services est en mesure de fournir à Staline la nature des objectifs territoriaux allemands dans la guerre, alors en préparation, qui se dessinent à l'Est : création d'entités étatiques sensibles aux intérêts du Reich de la Baltique à la mer Noire et contrôle direct des régions industrielles[28], ce qui explique la priorité donnée à la conquête et au contrôle des bassins industriels ukrainiens. La limite de l'avancée allemande serait l'Oural, au-delà de laquelle les Soviétiques seraient repoussés[29]. Toutes les informations rapportées dans les rapports soviétiques, collectées par des informateurs auprès d'officiers allemands parfois exceptionnellement détendus[29] confirment l'importance des objectifs territoriaux assignés aux troupes qui se préparent à attaquer l'URSS et l'ampleur des moyens pour parvenir à cet objectif[29].

De plus, les préparatifs de Barbarossa redonnent de l'influence à Alfred Rosenberg, le rédacteur du Völkischer Beobachter. En effet, natif de Reval, celui-ci, au printemps 1941, joue un rôle non négligeable dans les discussions autour des projets de recomposition territoriale et raciale des zones conquises, discussions dont le Generalplan Ost constitue l'aboutissement : il propose un redécoupage des territoires en quatre Reichskommissariat, l'Ostland comprenant les pays baltes et la Biélorussie, celui d'Ukraine, le Kaukasus avec la zone autour des monts du Caucase et celui de Moskowien pour le reste de la Russie européenne. Il esquisse des politiques de court terme différentes dans chacune de ces circonscriptions : en Ukraine, il propose la création de ghettos, sur le modèle du ghetto de Lodz et la création de colonies de travail, l'Ostland doit être germanisé sans ménagement ; il ne s'étend pas sur les commissariats de Moscovie et du Caucase, mais fait parvenir aux futurs commissaires du Reich des directives dans lesquelles il insiste sur la nécessité d'une exploitation très sévère, y compris des mesures organisant une famine de masse dans les territoires placés sous leur juridiction[30].

Dans le même ordre d'idées, les planificateurs économiques de la guerre à l'Est proposent une exploitation sans merci des espaces conquis, en créant deux zones distinctes de production agricole, étanches du point de vue économique : une « zone déficitaire » (Zuchusszone), appelée « zone forestière » (Waldbauzone) ou « aire de famine » (Hungergebiet), centrée autour de Moscou et Léningrad, dont la population est promise à la mort, et une « zone de surplus » (Überschusszone), appelée « zone de terres noires » (Schwarzerderzone), comprenant l'Ukraine et le Caucase, dont la population peut espérer, en raison de son utilité dans la production de matières premières agricoles, survivre[31].

De même, Himmler voit la guerre à l'Est comme un moyen de recomposer la carte ethnique de l'Est de l'Europe au profit de l'Allemagne, en créant des colonies de peuplement dans les territoires nouvellement conquis. En effet, les concepteurs des plans, qui se succèdent à ce sujet au printemps 1941, prévoient l'expulsion des Slaves en grand nombre, entre 30 et 50 millions, vers la Sibérie[32].

Hitler et le Parti dans la phase de préparation de Barbarossa[modifier | modifier le code]

Du fait de son caractère éminemment politique, l'opération est principalement une création d'Hitler[33]. L'état-major de la Wehrmacht est alors réticent car il craint de devoir combattre sur deux fronts simultanément : un front terrestre contre l'URSS, un front maritime et aérien contre la Grande-Bretagne. Mais le Führer, auréolé du prestige des victoires fulgurantes en Pologne et surtout en France, croit en son génie politique et militaire et refuse de leur prêter l'oreille. Opposé, lui aussi, par principe, à la division de ses forces sur deux fronts qui fut, à ses yeux, la grande erreur du Reich lors de la Première Guerre mondiale, il finit par se convaincre lui-même que le Royaume-Uni est à bout de souffle et demandera la paix une fois l'Union soviétique vaincue et démantelée, car il ne veut pas différer plus longtemps sa grande conquête à l'Est. Il surestime ses forces, prenant en compte ses victoires éclairs contre la Pologne puis la France, et sous-estime celles de la Russie soviétique, du fait des piètres résultats et des fortes pertes essuyées par l'Armée rouge au cours de la guerre d'Hiver contre la Finlande : 125 000 soldats soviétiques y périrent contre 48 000 hommes pour l'armée finlandaise. La préparation de l'armée allemande souffre donc de plusieurs carences qui se révèlent fatales à terme pour la réalisation des objectifs.

Mais cette phase de préparation voit également la mise en place de quartiers généraux pour Hitler et ses fidèles directement impliqués dans la guerre à l'Est : le quartier général de Rastenburg, aménagé dans une zone de forêts en Prusse-Orientale, est occupé par Hitler le 23 juin : il comprend à la fois des maisons en bois et des bunkers en béton, reliés par des routes et des voies ferrées[34]. C'est sur ce modèle qu'Himmler fait bâtir son propre quartier général à Angerburg, à trente kilomètres de Rastenburg[34]. À cet endroit, il reçoit le résumé des rapports quotidiens des Einsatzgruppen, par l'entremise du siège central du RSHA[35].

La préparation opérationnelle[modifier | modifier le code]

Plans élaborés dès 1940[modifier | modifier le code]

La première mention d'une invasion de la Russie soviétique apparaît dans la directive no 21 du Führer, mise en circulation restreinte fin 1940[36]."Les armées allemandes précisait la directive, doivent être prêtes, avant même la conclusion de la guerre contre l'Angleterre, à écraser la Russie soviétique à la faveur d'une rapide campagne[37]". Cet directive s'appuie sur un ordre de Hitler qui ordonne, dès le 31 juillet 1940, la préparation d'une action offensive de grande envergure contre l'Union soviétique[38]. Elle indique déjà la date de l'invasion: le 15 mai 1941. Dès ce document, le plan de conquête et les objectifs à atteindre sont tracés, avec la séparation en deux du champ de bataille : le nord et le sud des marais du Pripet. Les deux groupes d'armées au nord doivent dans un premier temps détruire le maximum de forces soviétiques en appliquant les tactiques de la Blitzkrieg, puis prendre d'abord Leningrad et son port de guerre de Kronstadt, et seulement ensuite la capitale Moscou. Le groupe sud, lui, doit progresser vers Kiev, son flanc droit étant couvert par l'armée roumaine et quelques divisions allemandes. Par la suite, les opérations au sud ont pour objectif l'occupation du bassin du Donets (et au-delà le pétrole du Caucase). Le plan préparé par Hitler est axé sur la destruction des forces soviétiques sur la frontière grâce à des encerclements réalisés à toute vitesse par des unités blindées et à la capture des grands centres économiques. Il rencontre une certaine défiance de la part d'une partie de l'état-major de la Wehrmacht, davantage attaché à des stratégies plus conventionnelles, où la capture de la capitale politique, objectif symbolique, est prédominante. Même si Hitler considère ces préoccupations d'un autre temps, il concèdera la poursuite simultanée des objectifs que sont Moscou et Léningrad. Lors de la mise en œuvre de ce plan, le groupe Nord sera incapable de prendre Léningrad seul, malgré sa supériorité en effectifs et en artillerie sur la faible garnison qui protège la ville de Pierre le Grand et décidera de l'affamer.

Plan d'origine des Allemands.

Hitler décide que le premier but à atteindre est l'anéantissement de l'Armée rouge le plus tôt possible, pour l'empêcher de se replier et d'appliquer la politique russe traditionnelle de défense devant toute invasion majeure : la terre brûlée. Pour ce faire, la Wehrmacht doit encercler, chaque fois qu'il sera possible, des portions importantes des forces soviétiques pour les anéantir.

Le plan adopté est une sorte de mélange des deux stratégies. Il prévoit une attaque sur trois axes, avec du nord au sud :

L'objectif final de la campagne est d'établir, avant l'hiver, un front qui partant de Léningrad suivrait le cours de la Volga, jusqu’à son embouchure. D'ici là, l'Allemagne compte sur une destruction complète de l'Armée rouge, car les effectifs engagés seront incapables de mener les tâches d'occupation du pays conquis et la tenue de ce gigantesque front, long de plusieurs milliers de kilomètres. Le 12 août 1941, le maréchal Wilhelm Keitel, chef de l'Oberkommando de la Wehrmacht, indique dans sa directive 34a le principal objectif opérationnel de l'offensive: L'objet des opérations doit être de priver l'ennemi, avant la venue de l'hiver, de son gouvernement, de son armement et de son centre de communication dans la région de Moscou, et de l'empêcher ainsi de reconstituer ses forces et de faire fonctionner de façon ordonnée ses organes de gouvernement[37].

Cependant, devant les problèmes soulevés par la logistique de l'armée en campagne dans les plaines russes, les planificateurs militaires allemands improvisent des solutions qui, en dépit de leur efficacité, aboutit à limiter l'action des unités déployées contre l'Union Soviétique à une distance de 500 km de leurs bases de départ. De même, l'approvisionnement par chemin de fer est compliqué par les sabotages méthodiquement opérés par l'Armée Rouge en Retraite, tandis que l'écartement des voies de chemin de fer soviétique complexifie l'exploitation du réseau par la Wehrmacht[39].

Initialement fixée au 15 mai 1941, l'invasion est finalement reportée au 22 juin afin de terminer les opérations de conquête de la Grèce et de la Yougoslavie, rendues nécessaires, dans l'esprit de Hitler, par le putsch de Belgrade de mars 1941 (à la suite des déboires de Mussolini en Grèce).

Déploiements de troupes et derniers préparatifs[modifier | modifier le code]

Déployer plus de deux millions de soldats le long de la frontière est une action de longue haleine.

Dès le mois de juillet 1940, les services de renseignement soviétiques prennent conscience de l'ampleur des déploiements de troupes allemandes le long de leur frontière occidentale[40].

Dans les dernières semaines précédant le déclenchement de l'opération, des concentrations de troupes allemandes sont repérées par les services de Beria : au mois de juin, les agents de ces services en postes en Ukraine et dans les pays baltes informent le gouvernement soviétique non seulement des concentrations de troupes allemandes, mais aussi de l'impact de ces concentrations de troupes sur les transports ferroviaires[41] : le renseignement soviétique dresse au fur et à mesure des mois précédant le conflit non seulement l'inventaire des unités de plus en plus nombreuses cantonnées sur la frontière occidentale de l'Union soviétique, mais aussi la cartographie de leur déploiement et de l'implantation de leur commandement[41]. Les agents soviétiques comptent, le 9 juin 1941, par exemple, le nombre de convois militaires transitant par Königsberg en direction de l'Est : sur dix-sept trains, douze assuraient le transport d'unités mécanisées, trois le transport de chars d'assaut, un le transport d'artilleries de campagne, et un train de matériel médical ; de même, en Roumanie, des unités sont acheminées par train au plus près de la frontière soviétique[42]. un agent soviétique de retour en URSS, empruntant le train depuis Varsovie, note la présence de nombreuses unités cantonnées dans les forêts à proximité de la frontière, des convois de camions d'une longueur importante[43].

Dans les semaines précédant l'invasion, le réseau de communications est remis en état : les routes stratégiques sont réparées et pavées, le réseau ferroviaire, dans les parties de la Pologne anciennement russe occupée par le Reich, adapté pour l'écartement du matériel allemand et les ponts gardés par des unités d'artillerie légère[44]. Dans le même temps, des aérodromes sont aménagés, des dépôts d'essence et de munitions sont mis en place à proximité de la frontière[41].

De plus, au cours du printemps 1941, la Luftwaffe multiplie les vols de reconnaissance sur le territoire soviétique : le 21 juin, l'ambassadeur allemand, Schulenburg, est convoqué par Molotov qui se plaint de la quantité des vols de reconnaissance allemands violant l'espace aérien soviétique, 180 depuis le début du mois d'avril, selon la note de l'ambassade soviétique remise au ministère allemand des affaires étrangères[45]. Aux mois de mai et juin, dans les jours précédant l'invasion, ces vols de reconnaissance se font de plus en plus nombreux et comptent à leur bord des officiers supérieurs : le NKVD en dénombre 91, soit autant que dans les six mois précédents[44]. Au cours du mois de juin 1941, Göring, chef de la Luftwaffe reçoit l'ordre de transférer les quartiers généraux des flottes aériennes allemandes (Luftflotten) en Roumanie, et, ainsi, de quitter Berlin ; dans le même temps, la deuxième ligne de la Luftwaffe, sorte de réserve opérationnelle, est transférée vers l'Est, alors qu'elle se trouvait jusqu'alors en France et dans l'Ouest du Reich, tandis que son état-major est transféré à Posen[46].

Consignes et ordres donnés aux commandants[modifier | modifier le code]

Dès ses prémisses, la préparation opérationnelle est doublée de la préparation d'un certain nombre de consignes distribuées à l'ensemble des commandants de corps engagés dans les opérations militaires. Ces consignes font l'objet de discussions entre le haut-commandement et la SS durant tout le printemps 1941. En effet, le 3 mars 1941, Jodl rencontre Hitler pour lui faire état des propositions des militaires relatives à l'occupation de larges portions du territoire soviétique[47]. Ces propositions sont débattues entre les intéressés durant tout le printemps.

Tout d'abord, toutes les consignes données sont élaborées ; influencées[pas clair] par un ordre de Jodl qui suit sa discussion avec Hitler le 3 mars 1941 :

  • la zone de compétence de l'armée doit être la moins profonde possible, avec le moins possible de cadres administratifs militaires ;
  • les tribunaux militaires sont incompétents pour juger les partisans capturés, compétence qui relève du ressort de la SS ; celle-ci dispose en outre de la liberté d'action dans les zones de combat ;
  • les territoires occupés à l'Est seront placés sous l'autorité du Reichsführer SS, qui dispose d'une totale autonomie d'action ;
  • non seulement les Juifs, mais aussi les commissaires et les fonctionnaires du parti, doivent être exterminés[48].

Le 30 mars 1941, à l'OKW, Hitler présente aux généraux qui seront responsables du front certaines consignes qui seront données aux troupes : il propose aux officiers présents de mener une guerre d'extermination contre l'URSS, dont les cadres sont considérés comme des « criminels asociaux », et contre le bolchevisme désintégrateur, dont le Juif est la figure de proue[49]. Dans les deux mois précédant l'invasion, d'autres directives autorisent les exécutions de représailles de grande ampleur, accordent de fait l'impunité aux soldats auteurs d'exactions contre les civils, justifient les exécutions des commissaires[50].

Enfin, les directives distribuées au niveau des divisions comportent non seulement la seule mention explicité[pas clair] du sort réservé aux Juifs, mais fournit aussi surtout un cadre légal au comportement d'une troupe d'occupation impitoyable[26].

La guerre à l'Est est donc bien présentée comme une guerre idéologique totale contre le Judéo-bolchevisme, contre une sous-humanité (Untermenschtum[18]) ; dans ce contexte, ces ordres impitoyables tendent tous à extirper le « bolchevisme Juif »[51]. Mais ces ordres demeurent flous, sujets à interprétations par les soldats et les officiers qui sont appelés à les exécuter[18].

Préparatifs économiques de l'invasion[modifier | modifier le code]

Dans ses propos au début de l'année 1941, Hitler développe également un argumentaire économique de justification de l'invasion, mettant en exergue les immenses richesses de la Russie d'Europe, que le Reich pourrait utiliser dans des conflits à l'échelle continentale[52]. L'exploitation de ces richesses est confiée à une administration dépendante du Plan de Quatre Ans, dirigée par Göring, qui doit, dès les premiers jours de l'occupation, assurer l'approvisionnement de l'armée en nourriture, donner au Reich des moyens alimentaires supplémentaires et remettre en marche l'appareil productif des régions occupées[53]. Ainsi, en février, est mise en place la Wirtschaftsorganisation Ost, Organisation économique pour l'Est, en abrégé WO Ost, administration comptant 20 000 fonctionnaires[54]. Cette administration compte des représentants au sein de chaque groupe d'armées, réunis dans un service spécifique[53]. Divisées en direction spécialisées, la Wo Ost

Les besoins de l'armée en vue de la conquête sont établis à partir d’août 1940, puis largement couverts par le programme qui en découle. Ainsi, dans le cadre du plan Rütungsprogramm B, la Wehrmacht doit se doter d'une puissance de feu démultipliée par rapport à celle déployée en 1940 : ainsi, le nombre de Panzerdivisionnen est multiplié par deux, tandis que la dotation en obusiers de campagne des divisions d'infanterie est augmentée de façon significative[55]

Les arguments développés par Hitler ne laissent pas insensibles les responsables militaires : anticipant une victoire rapide, Halder inclut Bakou et les champs pétrolifères de la mer Caspienne[56].

Des conférences sont organisées dans le courant de mai 1941 entre les chefs des services économiques de l'OKW, les représentants des ministères économiques et la Wo Ost[57]. Dans le même temps, le secrétaire d'État à l'agriculture Herbert Backe propose une politique de réduction par la famine, conséquence de la priorité accordée aux prélèvements allemands, et par l'exil en Sibérie des populations urbaines du Nord de la Russie d'Europe (régions de Moscou), et la mise en place de deux zones de production de denrées alimentaires[58] ; est étudiée la partition du territoire à conquérir en zones géographiques étanches d'un point de vue alimentaire : une zone Nord déficitaire et une zone Sud excédentaire. Les deux zones sont définies au moyen d'instruments géométriques et non en fonction des réalités de la topographie ou des besoins de la population; Promise à la famine, la zone Nord (ou zone forestière) doit être livrée à elle-même, les productions ne devant avoir qu'un seul client, la Wehrmacht[59]. La zone Sud, par contre, est destinée à l'exploitation économique : les structures de production soviétiques doivent rester en place et leur production être en partie réservée aux producteurs, si cela maintient leur capacités productives[60].

De plus, la guerre à l'Est doit autant que possible ménager le contribuable allemand, selon une note des services de Göring[61] et se faire à coût réduit pour le Reich: les bénéfices tirés de l'exploitation des territoires à conquérir doivent être utilisés pour rembourser les dettes de guerre, générées par leur conquête[62].

Enfin, à cette préparation économique est adjoint un volet bancaire, dans lequel la Reichsbank joue un rôle essentiel. En effet, au début du mois de juin 1941, sont organisées des caisses de crédit motorisées de la Reichsbank, créditée dans un premier temps de la somme totale de 1,5 milliard de marks de campagne, émis pour l'occasion par la Reichsbank à la demande de la Wehrmacht à partir du 12 juin 1941[63]. Ces marks de campagne doivent constituer dans les zones envahies la seule monnaie ayant cours légal au fur et à mesure de l'avance des troupes allemandes, les autres pièces étant confisquées par les agents de ces caisses de campagne motorisées[64]. Dans le même temps, les responsables de la Reichsbank qui mettent au point les modalités de la circulation monétaire dans les territoires occupés, planifient la reprise par les entreprises allemandes des unités de production soviétiques : une politique de prêts, destinée à accélérer la remise en marche de ces industries, est ainsi définie : les prêts sont octroyés directement et en l'absence de toute garantie, contrairement aux usages[64].

L'ensemble des préparatifs économiques du Reich et de ses alliés, en vue de l'invasion de l'URSS, n'échappe ni aux diplomates, ni aux agents de renseignements soviétiques : en effet, au cours du printemps 1941, les responsables soviétiques sont parfaitement informés de l'ensemble des paramètres industriels de l'invasion. Ainsi, le NKGB renseigne-t-il sur la nature des productions de guerre : bombardiers tactiques et projets de bombardiers stratégiques, chars d'assaut[56].

La réalité de la préparation soviétique[modifier | modifier le code]

Char lourd KV-1 soviétique détruit près de Kaunas en juin 1941.

L'inéluctabilité d'une guerre avec une Allemagne nazie qui considère l'URSS comme son « espace vital » (en allemand Lebensraum) ne fait guère de doutes en URSS. Peu avant la signature du pacte, l'URSS rappelle ainsi à l'Allemagne qu'elle « n'a pas oublié ce que Hitler a écrit dans son livre Mein Kampf »[65]. En outre, après la défaite de la France, c'est un secret de polichinelle que l'Allemagne a déployé son armée vers l'Est, le gouvernement soviétique estimant que 94 divisions d'infanterie nazies sont désormais positionnées sur la frontière orientale de l'Allemagne[66]. Staline lui-même déclare que l'effet du pacte germano-soviétique est que « nous [soviétiques] seront épargnés par la guerre un peu plus longtemps », tandis que Hitler souligne que l'URSS est en attente « d'une situation difficile pour l'Allemagne » et que Staline se révèle « plus effronté » pendant les mois d'hiver, où il se sent à l'abri d'une attaque nazie[67]. L'effet des purges sur le commandement de l'Armée rouge avait fortement affaibli l'armée, même si ces purges ont aussi contribué à renouveler l'armée par une génération plus éduquée[68]. Le pacte germano-soviétique était en partie justifié par les Soviétiques par la volonté de bénéficier de temps pour s'armer. En juin 1941, les violations de l'espace aérien soviétique par des avions de reconnaissance allemands ne provoquent aucune réaction et malgré les signes croissants d'une attaque allemande, Staline refuse les mesures les plus élémentaires de préparation au combat, comme la création de fortifications de campagne, la dispersion des matériels et la mise en alerte de l'Armée rouge. Staline interprétait les mouvements allemands comme des provocations, auxquelles il ne fallait pas répliquer en engageant des préparatifs de combats[69]. C'est donc dans un relatif état d'impréparation que l'attaque allemande du 22 juin surprend l'URSS.

L'encadrement soviétique à la veille du déclenchement des opérations[modifier | modifier le code]

Vassili Grossman, témoin direct du front, raconte dans ses « Carnets de guerre » : "Au moment où la guerre a commencé, beaucoup de commandants en chef et de généraux étaient en villégiature à Sotchi. Beaucoup d’unités blindées étaient occupées à changer les moteurs, beaucoup d’unités d’artillerie n’avaient pas de munitions, pas plus que, dans l’aviation, on n’avait de carburant pour les avions…. Lorsque, depuis la frontière, on commença à avertir par téléphone les états-majors supérieurs que la guerre avait commencé, certains s’entendirent répondre : « Ne cédez pas à la provocation ». Ce fut une surprise, au sens le plus strict, le plus terrible du terme[70]".

Les unités sont cruellement handicapées par le manque d’officiers correctement formés. L’armée a perdu la plupart de ses représentants les plus compétents. Après la « Grande Terreur » communiste de 1936-1938 (près de 750 000 Russes fusillés, et sans doute 200 000 morts dans les camps du Goulag) une grande partie de l’encadrement de l’Armée rouge a disparu. Ont été fusillés : 11 000 officiers sur 70 000 (et plus de 20 000 sont internés dans les camps), 154 généraux de division sur 186 (82 %), 50 généraux de corps d’armées sur 57 (88 %), 13 commandants d'armée sur 15 (87 %), la quasi-totalité des maréchaux (90 %) et des amiraux (89 %). Khrouchtchev devait souligner que cette épuration massive des cadres de l'armée avait été l'une des causes principales de l'état d'impréparation des forces soviétiques en juin 1941: "Tant d'hommes avaient été exécutés que le haut commandement avait été dévasté, ainsi que tous les échelons du corps des officiers"[71]. À noter que cette épuration continuait alors même que l'invasion allemande se développait, ce qui faisait dire à Stepan Anastasovich Mikoyan : « Une grande guerre s'était engagée, notre armée souffrait de lourdes pertes et essuyait des défaites, et, dans le même temps, des chefs militaires expérimentés, au lieu d'être appelés à sauver la situation, étaient mis à mort en toute hâte… »[72].

Durant les purges ont non seulement été exécutés les militaires, mais aussi les conceptions militaires permises dans le contexte révolutionnaire des années 1920-1936 : rompant partiellement avec les conceptions héritées de Clausewitz, des théoriciens militaires, regroupés autour de Toukhatchevsky, théorisent un troisième niveau de décision militaire, à mi-chemin entre le tactique et le stratégique : le niveau opérationnel, qui permet d'associer le but à atteindre et les moyens, ceux dont disposent le commandement et ceux à mettre en œuvre pour la réalisation des buts définis[73]. Ainsi, la doctrine militaire soviétique allie la mise en place de troupes de couverture et l'ordonnancement d'unités sur de grandes profondeurs, pour permettre une contre-attaque rapide[74].

Les conséquences sur la qualité du corps des officiers sont tragiques. Au moment où l’armée française s’effondre sous les coups de l’armée allemande, à peine 7,1 % des officiers soviétiques possèdent une formation militaire développée ; près de 25 % sont dans des cours de formation accélérée et 12 % n’ont aucune formation militaire. Plus d’un tiers des officiers soviétiques est donc incapable de remplir un commandement à la veille de l’attaque allemande[75]. Le commandement est tétanisé. En outre, beaucoup des officiers en place en 1941 ont d'abord été choisis pour leur fidélité au régime et non pour leur compétence. S'ajoutant aux consignes de modération données à l'égard des préparatifs allemands, leur incompétence favorisa la désorganisation et le déploiement hasardeux des unités chargées de la défense de la frontière. Les troupes étaient, en effet, pour la plupart placées trop près de la frontière et s'appuyaient sur une ligne de fortification encore en cours de réalisation, la Ligne Molotov. Enfin, les officiers soviétiques de 1941 sont placés sous l'autorité des commissaires politiques de l'Armée rouge. Le contrôle de ces derniers sur les ordres d’opérations ne sera levé qu’à la mi-1943 (et après Stalingrad, l’Armée rouge remet en vigueur les grades et les épaulettes de l’Armée Impériale de la monarchie).

De plus, les Grandes purges ont abouti à priver l'Armée Rouge de cette doctrine et de ses cadres.

Des changements au sommet de la hiérarchie militaire soviétique[modifier | modifier le code]

En juin 1940, le remplacement de Vorochilov par Timochenko met un terme à cette hémorragie : 4 000 officiers sont libérés et rappelés par l'Armée, un certain nombre d'officiers ayant fait leurs preuves sont promus (ils forment l'épine dorsale du commandement soviétique durant le conflit), le commandement de la flotte est reconstitué, mais, par manque d'expérience, il n'est pas en mesure d'obtenir les mêmes succès que les commandants des troupes terrestres[76]. Parallèlement à ce renforcement du commandement, de nouveaux règlements sont édictés, réintroduisant la discipline, les grades et supprimant les compétences militaires du commissaire politique[77].

Timochenko se propose de revoir également la totalité du dispositif défensif et offensif soviétique : en septembre 1940, il présente ses projets de défense à Staline et insiste sur la possibilité d'une guerre contre une coalition dirigée par le Reich et comprenant l'Italie, les États balkaniques, la Hongrie, la Roumanie et la Finlande[78] : différents projets sont élaborés, axés sur une concentration des opérations soit au centre du front (Pologne, Biélorussie), soit au sud, pour s'emparer de la péninsule balkanique[79].

Dans les heures précédant l'invasion, le commandement soviétique connait une dernière mue, dans la lignée des changements de 1940 : Joukov, chef de l'armée d'Orient qui vient de vaincre l'armée japonaise en Mandchourie du Nord, promoteur de la mobilisation préventive contre le Reich, alors de plus en plus agressif, est nommé le 21 juin, commandant des fronts Sud et Sud-Est, où l'on imagine alors le principal axe de l'attaque allemande et son ancien chef d'état-major, promoteur comme lui d'une préparation accélérée du conflit, est nommé au commandement du front Nord, stationné dans les Pays baltes[80]. Aussitôt nommés, ces généraux donnent des consignes en vue d'une mobilisation accélérée des troupes de couvertures, et ordonnent la mise en place de mesures spécifiques sur les villes et les installations militaires, à mettre en place pour le petit matin du 22 juin[80].

Les services du renseignement soviétiques face aux préparatifs allemands[modifier | modifier le code]

La surprise ne fut pas totale pour le pouvoir soviétique puisqu'il a été établi que l'espion Richard Sorge et les analystes suédois menés par Arne Beurling avertirent Staline de la date exacte de l'invasion allemande. Plus de 80 avertissements furent transmis, d'une manière ou d'une autre, à Staline, qui pensait que l'attaque lui était politiquement interdite. Il semble que Staline se soit entêté dans l'idée qu'Hitler n'ouvrirait pas un second front sans en avoir fini avec l'Angleterre, conformément au conseil formulé autrefois par le chancelier allemand Bismarck intimant à l'Allemagne de ne pas avoir deux fronts simultanément à l'est et à l'ouest. Il refusa catégoriquement toute mesure risquant d'être perçue comme une provocation par le régime de Berlin[69].

De plus, les préparatifs allemands n'échappent cependant ni aux agents de renseignement soviétiques, ni aux militaires, qui, de leur côté, donnent l'ordre aux unités stationnées à la frontière occidentale de se tenir prêtes à toute initiative allemande, malgré les réserves de Staline[81] ; dans la deuxième quinzaine de juin, Joukov ordonne de camoufler pour le 1er juillet les installations militaires, les concentrations de troupes et de blindés soviétiques[82] : dans ses consignes du 19 juin, Joukov accorde une place importante aux terrains d'aviation, ordonnant des mesures à mettre en place au 1er juillet : camouflage des pistes d'atterrissage et des installations, enterrement des citernes de carburant, création de terrains factices[83]. De même, les commandants d'unités reçoivent l'ordre de se tenir prêts au combat, dans les deux ou trois heures, selon qu'ils exercent leur commandement dans des unités d'infanterie, d'artillerie ou de blindés, y compris dans le détail : plein d'essence pour les véhicules, obus à déballer des boîtes de stockage, bandes de mitrailleuses à tenir prêtes, rations de nourriture conditionnées et cuisines roulantes opérationnelles[84]

Dans le même temps, les services soviétiques sont informés de certains aspects de la préparation politique de l'invasion : les tentatives de la propagande allemande de désigner courant juin un autre adversaire que l'Union soviétique laissent de marbre les responsables du renseignement soviétiques, mais dupent Staline[85]. Cependant, ces rumeurs alimentées par la presse allemande laissent sceptiques les relais soviétiques dans le Reich[86] ; ces sources soviétiques sont conscientes du rôle dévolu à Alfred Rosenberg, qui déclare vouloir rayer de la carte le nom de Russie, comme elles sont informées de l'identité des futurs responsables nazis des territoires occupés[87]. De même, les services de renseignement s'interrogent sur l'évacuation des personnels, de leur famille et de certaines archives (d'autres sont brûlées dans la cour de l'ambassade) de l'ambassade du Reich à Moscou à partir du 10 juin, tandis que l'Intourist doit faire face à une demande exceptionnelle de billets d'avions à destination du Reich pour le mois de juin (ces demandes de billets étant liées à des demandes de visas, les services du NKVD en sont automatiquement informés)[88].

Dans le même temps, la forte activité des indépendantistes ukrainiens n'échappe pas non plus aux services soviétiques. Le directeur du KGB de la République Socialiste Soviétique d'Ukraine signale l'existence d'une bande armée d'un millier d'hommes regroupés autour de Stepan Bandera : ce millier d'hommes réfugiés dans les forêts à proximité de la frontière avec le Reich et la Roumanie attaquent les Kolkhozes ; en outre des nationalistes ukrainiens sont interceptés par des patrouilles soviétiques ; de plus, de nombreux cas de sabotages de la production agricole sont rapportés[89]. En Moldavie, des activistes entretiennent l'agitation les jours de marché, en affirmant par exemple, que l'Armée Rouge, dans sa retraite, emportera avec elle tout le bétail des paysans ; ces derniers apeurés quittent le marché et s'empressent de mettre leurs troupeaux hors d'atteinte[89].

Les services de renseignement soviétiques sont également informés par leurs homologues britanniques[90]. Parfaitement informé des concentrations de troupes allemandes, les Britanniques, sur les ordres de Eden, informent les responsables du renseignement soviétique de cet état de fait le 9 juin ; le 13 juin, Eden convoque l'ambassadeur soviétique à Londres pour le tenir informé des derniers renseignements dont il a eu connaissance, mais ce dernier reprend la position officielle soviétique, à savoir que la Grande-Bretagne souhaite faire basculer l'Union soviétique dans le conflit[91]. Cependant, à la réception de ces informations, l'ambassadeur soviétique à Londres demande, puis obtient le 15 juin 1941, après accord de Churchill, que les messages allemands interceptés et décodés par les Britanniques soient communiqués au gouvernement soviétique[92]. Le lundi 16 juin 1941, alors que, sceptique, Maisky, l'ambassadeur soviétique est convoqué, à sa grande surprise, au Foreign Office, il est abasourdi par le détail des renseignements militaires fournis par les britanniques, et câble en urgence un rapport précis de l'entretien, dressant un tableau relativement précis des mesures de concentration allemandes[93]. L'avant veille du déclenchement de l'opération, le 20 juin, alors qu'il se repose dans la campagne anglaise, Maisky est à nouveau convoqué au Foreign Office, pour recevoir les derniers renseignements britanniques sur les concentrations allemandes : sur la foi de décryptages de messages allemands, l'attaque aurait lieu le 21 ou le 22 juin[94]. Dans la semaine précédant l'attaque, la diplomatie soviétique s'accroche à l'idée d'un ultimatum allemand précédant l'attaque que le gouvernement de Moscou trouve néanmoins inéluctable[95]. Le 21 juin, alors que l'ambassadeur allemand oppose une fin de non-recevoir à toutes les demandes soviétiques, alors que Ribbentrop souhaite savoir où se trouve l'ambassadeur soviétique à Berlin[96], deux transfuges allemands porteurs d'informations importantes relatives à l'attaque du lendemain sont interceptés en territoire soviétique, l'un dans la journée du 21, l'autre quatre heures seulement avant le déclenchement des hostilités[80] ; à la réception de ces informations, malgré les dernières réserves de Staline, des ordres de mobilisation sont préparés et les troupes de couverture maintenues en état d'alerte[97].

Les mesures de concentration soviétiques[modifier | modifier le code]

Au cours des mois d'avril et mai, Joukov et Timochenko préparent des plans de mobilisation en vue de mener une guerre défensive sur les frontières soviétiques, et les mettent à jour à la mi-juin, dans des consignes diffusées aux commandants des forces de couverture, disséminées le long des frontières occidentales de l'Union soviétique, mais toutes les mesures préconisées sont écartées pour éviter qu'elles n'induisent de la part du Reich un sentiment de provocation soviétique[81]. En outre, courant juin, des unités reçoivent des ordres de transfert à proximité de la frontière allemande et en Ukraine, ces transferts devant se faire de manière discrète et devant aboutir par la mise en état de combat des zones dans lesquelles les unités ont été transférées au 1er juillet[82]. De plus, à partir du 10 juin, Joukov et Timochenko se font plus insistants auprès de Staline, à qui ils demandent de mettre les troupes stationnées en Europe en état d'alerte maximum : le 18 juin, par exemple, ces deux officiers participent à une réunion avec Staline, à qui ils présentent des cartes établies par leurs services, des concentrations de troupes du Reich et de ses alliés le long de la frontière soviétique, ce que l'homme fort de l'Union soviétique refuse dans un déchaînement de violence et de menaces contre ses généraux[98].

En outre, le jour de l'invasion, beaucoup d'unités sont paralysées par des carences en matériels de guerre. Les armes individuelles ont été distribuées en quantités insuffisantes. Déjà, en mars 1941, 30 % seulement des unités blindées disposaient des pièces de rechange nécessaires à leur fonctionnement. Un mois avant l'attaque allemande, les généraux signalaient que « l'exécution du plan pour la fourniture des équipements militaires dont l'Armée rouge a un besoin si aigu est extrêmement peu satisfaisante ».

Un complexe militaro-industriel en pleine mutation[modifier | modifier le code]

Pourtant, l'Union soviétique de 1941 est loin d'être un pays faible : l'industrialisation forcée des années 1930 lui permet de n'être dépassée que par les États-Unis en termes de production industrielle (industrie lourde principalement). Ses matériels militaires sont souvent à la pointe de l'industrie mondiale, comme les chasseurs I-16 ou le char T-26. Cependant, depuis 1939, l'industrie d'armement du pays traverse une crise de transition, les nouveaux matériels ont beaucoup de mal à entrer en production de masse. D'autant que depuis le pacte germano-soviétique le transfert vers l'est de l'appareil militaro-industriel (machines+personnel) est effectif.Le déclenchement de la guerre contraindra le système soviétique à davantage d'efficacité, comme le montre la rapide montée en puissance de nouveaux matériels de guerre performants. Considéré comme le meilleur char « tout emploi » de la Seconde Guerre mondiale, le T-34 sera le tank le plus important des forces alliées. Il influencera nettement tous les chars conçus ultérieurement. Il sera le premier char capable de rivaliser et de surpasser ses adversaires tant par sa puissance de feu que par ses performances. Quand les premiers exemplaires de série sortirent en juin 1940, il n'avait pas d'équivalent. Produit en grand nombre dans différentes usines en fonction de l'avancée de la Wehrmacht en territoire soviétique (usines de Stalingrad, de Kharkov, de Nizhnij Tagil, d’Omsk, etc.), il pesait trente-deux tonnes et emportait un équipage de quatre hommes. Il existait à peine plus de mille T-34 lorsque les Allemands attaquèrent la Russie. Seuls dix pour cent des chars soviétiques étaient alors des T-34, mais à la mi-1943 ce taux montait à soixante pour cent avant que le T-34 n'ait totalement remplacé en 1944 les modèles les plus anciens. De 1941 à 1945, dans ses différentes versions, l’industrie russe en produisit près de 52 000 exemplaires.

Panzer IV en déplacement vers les zones de stationnement précédant le déclenchement de l'opération. On voit les réserves d'essence sur le dernier char.

L'ampleur des épreuves qu'ont subi les Russes depuis la chute du tsarisme (guerre civile, collectivisation forcée, périodes de terreur, exécutions massives, déportations) ont fini par forger un peuple dur à la souffrance et ayant, malgré tout, appris à survivre dans les conditions les plus difficiles. Enfin, l'économie soviétique vit sous un régime permanent d'économie de guerre depuis l'avènement du bolchévisme, ce qui facilitera, à partir de 1942, la mobilisation totale des ressources économiques pour faire la guerre au Troisième Reich.

Les forces en présence[modifier | modifier le code]

Forces de l'Axe

Le dispositif d'invasion de l'Axe est sans équivalent dans l'histoire militaire (excepté l'immense offensive soviétique de conquête de l'Allemagne lancée le 12 janvier 1945 avec 6,7 millions de combattants). Hitler a mobilisé 3 millions de soldats du Reich qui commencent à se déployer en février, en Prusse-Orientale, en Pologne, en Slovaquie et en Moldavie.

L'Ostheer inclut également des divisions hongroises, roumaines et finlandaises (500 000 hommes pour ces trois nationalités) et, par la suite, italiennes (l’Italie aura jusqu’à 200 000 hommes sur le front) : soit 201 divisions dont 42 de pays satellites, 3 650 chars d’assaut (85 % des disponibilités en blindés du Reich), 2 770 avions, plus de 47 000 canons et mortiers de campagne.

Avec ses alliés, l'Allemagne aligne 3 800 000 soldats[99], 4 300 chars, dont 444 d'un modèle récent, le Panzer IV[100], appuyés par 4 389 avions.

L’Allemagne engage 159 divisions sur les 220 dont elle dispose alors (73 % des effectifs totaux de la Wehrmacht). Ce sont pour la plupart des troupes aguerries par les campagnes précédentes, bien équipées et bien motorisées (600 000 véhicules) grâce en particulier aux prises de guerre de la bataille de France. On note cependant l’utilisation en juin 1941 de 600 000 chevaux par les équipages du train[101].

Si ces effectifs sont sans précédent dans une guerre de conquête, ils semblent insuffisants au regard du potentiel de l'Union soviétique et des immensités russes. L'armée d'invasion compte seulement 800 chars et 30 divisions[102] de plus qu'au déclenchement du Fall Weiss contre la France. Il reste que, sur les axes de pénétration et les points de percée, la supériorité de la Wehrmacht en matériels et en effectifs est écrasante, dans un rapport de 4 à 5 contre 1 et que l'armée allemande est remarquablement rompue au combat tactique, capacité qui fait cruellement défaut aux troupes soviétiques au moins jusqu'à la bataille de Koursk. La Blitzkrieg est donc la carte maîtresse qui décide de l'issue du front que le Reich nazi décide d'ouvrir contre la Russie.

Forces soviétiques
Les chars récents équipant l'armée rouge au moment de l'invasion : de gauche à droite, un BT-7, le prototype A-20, le T-34 modèle 1940 et le T-34 modèle 1941. La découverte du T-34, non signalée par les services de renseignement de l'Abwehr, sera une surprise si frappante pour l'État-major allemand que le général Von Kleist le considèrera comme « le meilleur char du monde »[103] ; l'URSS en produira 55 000 avant la fin de la Grande guerre patriotique.

L’Armée rouge dispose au total, en juin 1941, de 209 divisions d’infanterie dont 160 sont stationnées en Russie occidentale, soit en principe 2 680 000 soldats à effectifs pleins (en 1941 la division d’infanterie allemande compte à effectif au complet 16 500 hommes contre 14 474 pour la soviétique). En réalité, 144 divisions comptent seulement la moitié de leurs effectifs et 65 un tiers. C’est donc à peine un peu plus d’un million de soldats, pris au dépourvu, qui vont devoir s’opposer à la déferlante allemande sur un front de plusieurs milliers de kilomètres. Les Soviétiques peuvent mettre en ligne 37 500 canons, 1 540 chasseurs de dernière génération, mais un nombre considérable de vieux avions (35 000-40 000) et de tanks sont déclassés. L’Armée rouge n’a plus, depuis leur dissolution par le pouvoir soviétique en 1939, de corps mécanisés à opposer à la Wehrmacht, corps blindés qui sont en grande partie une création du maréchal Mikhaïl Toukhatchevski (fusillé en juin 1937 - sa femme, sa mère et son fils, élève-officier, sont également exécutés en 1937). Enfin, l’Union soviétique doit se garder sur deux fronts : une quarantaine de divisions restent stationnées jusqu’en août 1945 en Extrême-Orient russe face aux armées japonaises qui occupent la Mandchourie.

L’état-major allemand entend profiter à plein de la faiblesse militaire de la Russie soviétique. Hitler devait ainsi déclarer au général Jodl : « Nous n'avons qu'à donner un coup de pied dans la porte et toute cette structure pourrie s'effondrera »[104]. Pourtant, d’après le rapport entre les effectifs humains engagés et le nombre d’engins, la Wehrmacht sur le front russe (l’Ostheer) était moins moderne que son adversaire direct, l’Armée rouge, même si, malgré les enseignements de Toukhatchevski, les Soviétiques, comme leurs alliés occidentaux, n’avaient pas encore appris à tirer le maximum de leur puissance matérielle. En juin 1941, sur les 3 648 chars qui se ruent sur la Russie, seuls 444 sont des modèles relativement récents (Panzer IV). Face à eux se trouvent un million d’hommes, soutenus par 4 300 chars. Si la grande majorité de ces engins étaient des modèles périmés, 1 861 d’entre eux étaient des chars T-34 et des chars lourds KV, supérieurs aux meilleurs engins produits à l’époque en Allemagne, mais handicapés par l'absence de radios en nombre suffisant.

L'invasion[modifier | modifier le code]

L'attaque initiale[modifier | modifier le code]

Les conditions sont donc très favorables pour l'Allemagne nazie. Le dimanche 22 juin 1941, l'armée allemande s'ébranle. Les unités d'assaut (élite) franchissent la frontière et attaquent les premières lignes soviétiques constituées de formations tout-venant (les troupes d'élite ne seront engagées que sur la bataille de Moscou). L'attaque terrestre est précédée par la plus gigantesque attaque aérienne de tous les temps, menée par la majorité des 2 770 avions engagés en appui de ce front. Cette attaque commence sans déclaration de guerre à h 30[105] et vise 66 aérodromes soviétiques. Elle a des résultats désastreux pour l'Armée rouge, puisqu'elle donne à la Luftwaffe la maîtrise absolue du ciel soviétique pendant plusieurs semaines. Les bombardiers allemands trouvent les avions soviétiques alignés ailes contre ailes à leur base, généralement sans camouflage ni protection. La plupart du temps, l'alerte n'a même pas été donnée et peu d'avions de chasse peuvent décoller. Les pertes de l'Armée de l'air russe sont terribles : attaquée sur 66 aérodromes, à midi elle a perdu 1 200 avions, dont 800 cloués au sol[106] ; le soir, 1 489 appareils ont été détruits au sol et 389 autres abattus en vol. La Luftwaffe ne perd que 63 avions le 22 juin et 150 en tout les deux premiers jours de l'offensive.

Déroulement de l'opération sur l'année 1941.
Ce cliché de l'un des panzers III de la 18e Panzerdivision franchissant, à l'aide du Schnorchel, la rivière du Bug occidental fut exploité dans les revues d'actualité allemandes. Le franchissement de la ligne de démarcation germano-soviétique qui séparait le Reich de l'URSS depuis l'invasion de la Pologne et son équivalente soviétique était éminemment symbolique pour l'opération Barbarossa ; la propagande se targua d'une première dans l'utilisation des véhicules amphibies.

À h 15, l'artillerie allemande se met à pilonner les positions avancées de la défense soviétique sur la frontière et, à h 45, les premières unités terrestres franchissent celle-ci. La surprise chez les Soviétiques est totale : la Stavka avait bien émis un ordre qui avertit les unités frontalières de l'imminence de la guerre, mais la plupart des unités ne l'avaient pas reçu. La première opération est menée sur le front central, par un coup de main d'un corps franc de la 3e Panzerdivision, qui s'empare du pont de Koden, sur le Bug. Dans la matinée, un pont de bateaux est lancé à Drohizyn, 80 km plus au nord. La tête de pont ainsi créée est appuyée par l'emploi de 80 chars Pz-III submersibles. À l'extrémité Nord du front, le long de l'ancienne frontière lituanienne, le 22 juin dès le déclenchement de l'invasion, un bataillon allemand tente de prendre la ville de Garsden ; jusque tard dans l'après-midi, ils doivent affronter les gardes frontières soviétiques, armés de pistolets, dans plusieurs quartiers de la ville[107].

La résistance des Soviétiques est assez décousue sur la plus grande partie du front : des groupes de soldats se rendent au premier blessé, d'autres ne cèdent rien[108]. Lorsque, à partir de h 30 du matin, les premiers pilonnages ont lieu, Staline, perplexe sur les motivations allemandes, interdit aux militaires de répliquer, ou d'ordonner les déploiements prévus par les plans de mobilisation[109], pensant n'avoir affaire qu'à une attaque locale, malgré les renseignements de Timochenko concernant toute la longueur de la frontière occidentale de l'Union Soviétique[110] ; ce n'est que tard dans la journée, après une réunion du Politburo et des échanges en parallèle entre certains de ses membres (Staline, Kaganovitch, Molotov, Malenkov et Vorochilov) et lorsque les contre-mesures prévues de longue date sont devenues inapplicables, que les unités reçoivent l'ordre de répliquer aux troupes allemandes[111].

Improvisée dans son ensemble, malgré les directives de Joukov et Timochenko, la résistance soviétique est cependant acharnée sur quelques points, comme la citadelle de Brest-Litovsk défendue par les 6e et 42e divisions de tirailleurs, qui résistent, pratiquement sans eau, jusqu’à la fin juillet, bien qu'ayant été attaquée dès le matin du 22 juin. Sans appui d'aucune sorte, les soldats soviétiques de la citadelle sont totalement encerclés et sans espoir de secours puisque la nouvelle ligne de front est à 400 km plus à l'est. Ils continuent à se battre en dépit de la disproportion des forces et de l'emploi d'artillerie de siège lourde comme les mortiers de 620 mm. La seule 45e division d'infanterie affectée à la prise de la forteresse déplorera 482 tués (dont 80 officiers) et plus de 1 000 blessés. Les Russes perdront de 2 000 à 2 500 tués et autant de prisonniers. Mais par son action, cette résistance ralentit considérablement le mouvement des unités d'infanterie qui doivent empêcher les troupes soviétiques de s'échapper de la poche de Bialystok-Minsk.

Pendant ce temps, malgré quelques contre-attaques soviétiques, les unités mécanisées du groupe d'armées Centre franchissent le Bug, et s'enfoncent dans les arrières des unités de l'Armée rouge. Les deux groupes blindés du centre mènent alors, à partir du 26 juin, deux percées parallèles, pour finalement converger sur Minsk, le 9 juillet, créant la poche connue sous le nom de Bialystok-Minsk, où plus de 400 000 soldats soviétiques et d'énormes quantités de blindés et de matériels sont pris au piège. Relevés par l'infanterie des 2e, 4e et 9e armées, les blindés allemands continuent leur progression en direction de Smolensk. Ils franchissent la Bérézina le 28 juin, ayant parcouru 600 km depuis la frontière.

Enfants pendant un raid aérien : des enfants biélorusses pendant une attaque aérienne nazie le 24 juin 1941.
Image: archive RIA Novosti.

Au Nord, le groupe d'armées de Leeb progresse très rapidement grâce à l'attaque très en profondeur du 56e corps d'armée motorisé du général Manstein, qui s'empare du pont d'Ariogala situé à 80 km dans la profondeur du dispositif soviétique, dès 19 h 0, le 22 juin et renouvela l'exploit le 26, avec celui de Dunaburg à 350 km de la frontière, malgré une contre-attaque des chars du 3e corps mécanisé soviétique contre la 6e Panzerdivision au village de Rossiény. La bataille de chars qui en résulte fait rage pendant deux jours : l'Armée rouge y engage une centaine de chars de type KV-1 et KV-2, ce qui provoque une crise dans l'armée allemande, car ce char lourd est alors invulnérable aux canons des chars et aux armes antichar allemands ; l'usage de pièces d'artillerie de 88 et 105 mm employées en tir direct permet néanmoins aux Allemands d'endiguer la résistance soviétique. L'offensive marque un temps d'arrêt, car Hitler et son état-major préfèrent que les blindés attendent l'infanterie avant de poursuivre leur progression vers Léningrad. Mais le 3 juillet, Staline parle enfin à la radio, « l'ennemi est cruel… », et partout, l'Armée Rouge se raidit.

Le groupe d'armées Sud connaît pour sa part une progression bien plus difficile. Dans ce secteur sont massés le plus gros des chars de l'Armée rouge, dont de nombreux KV-1 et T-34. Bien que manquant complètement de coordination, les contre-attaques blindées coûtent cher aux Allemands. De plus, la Roumanie n'intervient qu'à partir du mois de juillet. Le 28 juillet, la situation empire brusquement pour les Soviétiques, quand le 1er groupe blindé et la 17e armée font leur jonction à l'est d'Ouman, enfermant dans une poche la majeure partie des 6e et 12e armées soviétiques. Les troupes encerclées résistent jusqu'au 8 août, mais elles sont contraintes à la reddition. Les pertes sont terribles pour l'Armée rouge, avec environ 200 000 tués et 100 000 prisonniers.

La bataille de Smolensk[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Smolensk.
Soldat allemand équipé d'un lance-flammes. Photo identifiée en 1941.

Le 10 juillet, le groupe d'armées centre a commencé une opération d'encerclement contre les troupes défendant Smolensk, jalon important sur la route de Moscou ; le Dniepr est atteint et franchi le 11 juillet ; Smolensk tombe le 16, les troupes soviétiques étant coupées de leurs arrières. Mais cette fois, la réduction de la poche formée (323 000 soldats soviétiques) va se révéler problématique : les troupes russes continuent à résister malgré leur isolement. À la suite d'une forte contre-attaque, l'encerclement est même rompu temporairement. Les combats vont durer jusqu'au 10 septembre, l'Armée rouge ramenant constamment de nouvelles troupes fraîches. Certes, ses pertes sont là aussi très importantes, mais la progression des Allemands est enrayée, et obligée de lutter pied à pied contre des troupes déterminées, l'armée allemande subit elle aussi une véritable hécatombe avec la perte de près de 250 000 hommes (tués et blessés). 310 000 soldats et officiers soviétiques sont faits prisonniers, beaucoup seront sommairement exécutés. La bataille du chaudron de Smolensk porte à la Wehrmacht un coup dur dans sa progression vers l'est. Le général Blumentritt relève que "le comportement des troupes russes dans la défaite contrastait terriblement avec celui des Polonais ou des Occidentaux. Mêmes encerclés, les Russes s’accrochaient et combattaient".

La bataille de Kiev[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Kiev (1941).
L'encerclement de Kiev et l'opération Typhon.

À la mi-septembre, l'Armée rouge, à la suite des terribles pertes qu'elle a subies, a été contrainte de se replier sur une ligne de défense derrière la Divna et le Dniepr. Les armées allemandes ont regagné leur liberté de mouvement avec la fin de la liquidation de la poche de Smolensk. Les généraux réclament une attaque en direction de Moscou, désormais à 400 km du front. Il semble certain aux généraux allemands que, compte tenu de l'ampleur énorme de ses pertes, l'Armée rouge sera incapable de résister à une poussée dans cette direction. Hitler n'est pas de leur avis, il veut s'emparer de la région industrielle du Donbass. Il voit également la possibilité d'en finir avec les forces armées soviétiques qui ont mission de défendre l'Ukraine. Les arguments avancés par Hitler pour soutenir une avancée blindée vers le Sud sont que les lignes d'approvisionnement de l'armée centre seraient exposées sur un flanc de plus de 800 km si l'offensive continuait vers Moscou. En conséquence, il ordonne au 2e groupe blindé de Guderian de se porter vers le sud pour rejoindre le 1er groupe blindé du Generalfeldmarschall von Kleist qui remonte du sud après avoir traversé le Dniepr. Le 25 août, la 3e division blindée s'empare du point stratégique qu'est le pont sur la Desna, près de Novgorod-Severski. Lorsque les officiers d'état-major soviétiques prennent conscience du danger mortel qui se rue sur les armées du Sud, il est trop tard. Les deux pointes blindées allemandes se rejoignent à Lokhvitsa. Un gigantesque encerclement est réalisé autour de la région de Kiev et des marais du Pripet, dans lequel plus de 500 000 soldats soviétiques sont pris au piège. Kiev, « la mère des villes russes » dans la culture slave, tombe le 19 septembre et le reste de la poche suit dans le mois. Seuls 15 000 soldats et officiers parviennent à franchir le cordon allemand, dont Nikita Khrouchtchev, le général Semion Timochenko et le maréchal Boudienny. C'est le plus vaste encerclement militaire de l'Histoire. C'est aussi la plus grande défaite militaire ponctuelle de l'histoire soviétique. Au terme de la bataille de Kiev, l’armée allemande a encore 200 000 tués, blessés et disparus, mais les Soviétiques perdent près d'un million d’hommes (400 000 tués, 500 000 prisonniers exécutés sur place ou que les Allemands laisseront mourir de faim avant de déporter les survivants dans les camps d’Europe centrale).

Les principes de mobilité et d'effet de surprise, qui caractérisaient jusque ici les engagements stratégiques de la Wehrmacht sous le terme de Blitzkrieg, semblent encore prévaloir pendant l'été et l'automne 1941.

Partout, les unités de l'Armée rouge battent en retraite, dépassées par la rapidité de l'invasion. La plupart des habitants des zones envahies sont effondrés :

« La population. Ils pleurent. Qu'ils soient en route, qu'ils soient assis, qu'ils soient debout près des palissades, à peine commencent-ils à parler qu'ils pleurent, et on a soi-même envie de pleurer malgré soi. Quel malheur ! »

— Vassili Grossman.

Pourtant, on commence à voir, çà et là, des habitants réserver un accueil prévenant aux troupes allemandes.

La route du Donbass est ouverte pour le groupe d'armées sud, qui atteindra Rostov-sur-le-Don le 21 septembre, mais les divisions blindées et motorisées de la Wehrmacht sont très éprouvées par les deux féroces batailles de la fin de l'été, et ce n'est que le 30 septembre que la progression peut reprendre en direction de Moscou. La saison des boues, la rapoutitsa, rend les routes impraticables, et provoque alors un arrêt des opérations mobiles pendant près de quinze jours, obligeant à patienter jusqu'aux premières gelées pour reprendre le mouvement.

Au nord, les troupes allemandes arrivent devant les premières lignes de défense de Léningrad, au début du mois de septembre. La prise de la ville, dont la défense est organisée par Joukov, s'avère vite impossible malgré les faibles moyens de défense de l'Armée rouge. Les Allemands s'abstenant d'un assaut direct, décident de l'investir progressivement pour l'affamer, avec l'aide des Finlandais, mais la ville, malgré des pertes humaines colossales (700 000 civils périrent de faim et des bombardements), résistera en fait jusqu’à son dégagement en 1944, au cours du siège le plus long et le plus impitoyable de l'histoire moderne.

En quelques semaines à peine, les divisions allemandes ont progressé de 500 km vers le Nord, de 650 km vers l’Est, de 350 km vers le Sud-Est. De juin à octobre 1941, l’Ostheer (la Wehrmacht sur le front russe) a fait au total plus de trois millions de prisonniers. Les premiers massacres en masse de Juifs, Russes et Tsiganes débutent quelques semaines seulement après le début de l’invasion.

L'échec de la bataille de Moscou[modifier | modifier le code]

Article connexe : Bataille de Moscou.

Les Allemands trouvent un pays las du communisme soviétique[112], mais les Einsatzgruppen massacrent systématiquement les Juifs (plus de 1 500 000 personnes, essentiellement des femmes et des enfants, seront assassinées de 1941 à 1944) et multiplient les atrocités dans le cadre de ce qui ressemble à une guerre d'anéantissement.

La population devient de plus en plus hostile à un envahisseur qui apparaît comme un ennemi venu pour anéantir et non pour libérer. Si les premières villes capturées avaient semblé accueillir favorablement l'envahisseur (en Ukraine en particulier), du fait de la lassitude face à la férocité du régime stalinien et aux problèmes des nationalités, les très nombreux massacres de civils transforment rapidement cet a priori favorable. Les massacres de civils désarmés et l'intention déclarée de réduire les Slaves en esclavage retournent vite les populations. Le traitement inhumain réservé aux prisonniers de guerre a fini par filtrer. Les Allemands éprouvent des difficultés croissantes à capturer des prisonniers, les soldats soviétiques préférant lutter jusqu’à la mort plutôt que de mourir sommairement exécutés. Les opposants au régime se persuadent qu'il s'agit d'une lutte à mort où ils n'ont guère le choix du camp.

Les troupes allemandes traversent des régions affreusement pauvres et désertes, et l'étendue des espaces russes fait perdre tout son sens à la Blitzkrieg. Les lignes de communications de la Wehrmacht s'allongent démesurément. Assez rapidement, des groupes de partisans se forment sur les arrières de la Wehrmacht, obligeant celle-ci à consacrer une partie importante de ses forces au maintien de ses routes de ravitaillement. Ce dernier rencontre de nombreux problèmes, comme la différence d'écartement des voies de chemin de fer soviétiques avec celles d'Europe occidentale. Après des centaines de kilomètres parcourus dans les plaines russes, le matériel est usé et en mauvais état (surtout pendant la raspoutitsa, la période des mauvaises routes à cause des intempéries). Surtout, le manque d'hommes disponibles, compte tenu de ses pertes, commence à poser un problème à la Wehrmacht. Après plus d’un mois de combats, elle a déjà perdu plus d’hommes qu’au cours de toutes ses campagnes à l’Ouest, tout en étant très loin d’avoir atteint ses objectifs opérationnels. En septembre 1941, les divisions combattantes, alors au nombre de 142, déclarent avoir perdu près de 50 % de leurs forces initiales en hommes et en matériel et, en novembre, la plupart des formations d’infanterie ont perdu la moitié de leurs effectifs.

L'armée allemande bloquée par la boue durant l'automne 1941.

Début septembre, les Allemands, bloqués par les boues, tiennent plusieurs conseils de guerre pour envisager la suite des opérations, dont la conférence d'Orcha, à laquelle participe Hitler. Il est désormais clair que malgré les pertes colossales infligées à l'Armée rouge, celle-ci n'a pas été détruite. Sa combativité, loin de s'écrouler, semble même s'accroître. Il apparaît que seul le groupe d'armées Centre sera capable de reprendre la progression quand les routes seront de nouveau praticables. Malgré l'aide des Finlandais, le groupe Nord est incapable de mener une action de vive force contre Léningrad, il arrive tout juste à maintenir un encerclement partiel et précaire, qui laisse passer le ravitaillement pour la ville par le lac Ladoga. Le groupe d'armées Sud est soumis à une forte pression soviétique et le corps blindé de von Kleist a été contraint de passer à la défensive, voire de céder du terrain comme à Rostov-sur-le-Don, aux portes du Caucase, face aux contre-attaques de Timochenko : c'est le premier recul allemand depuis le déclenchement de l'invasion.

Devant l'échec inéluctable de Barbarossa, on prépare une opération de rechange pour essayer d'en finir avant l'hiver, l'opération Taïfun (typhon). Hitler adopte, malgré ses idées précédentes, l'idée qui veut que la prise de la capitale de l'adversaire doit briser sa volonté de résistance. Les objectifs initiaux de Barbarossa (la ligne Arkhangelsk-Kouïbychev) sont abandonnés, ce qui rend désormais impossible la destruction de l'industrie de guerre soviétique, mise à l'abri derrière l'Oural (à partir du pacte de Munich). De plus, Staline a acquis la certitude, par les renseignements fournis par le réseau Orchestre rouge et Richard Sorge, mais surtout par des communications qui ont été interceptées, que la politique d'expansion japonaise n'a plus que des visées vers le Sud-Est asiatique et que le Japon s'apprête à attaquer la flotte des États-Unis à Pearl Harbor. Les troupes fraîches et expérimentées (commandées par Joukov) qui gardent la frontière extrême-orientale en Sibérie vont pouvoir être rapatriées en Russie occidentale. De fin 1941 à début 1942, près de 400 000 « Sibériens » sont ainsi transférés vers l'ouest à bord de trains spéciaux qui mettent de une à deux semaines pour arriver à destination. Sur ce total, 250 000 soldats furent assignés à la défense de Moscou.

En octobre 1941, Adolf Hitler décide la bataille de Moscou, déclarant à ses généraux son intention de raser la ville jusqu’à ses fondations et d’en faire un immense lac artificiel. Il donne l'ordre le 14 octobre 1941 d'un double enveloppement de Moscou, avec pour objectif la jonction à Noguinsk. Le Reich regroupe tous ses moyens disponibles en vue de l'assaut. Moscou renforce ses défenses : un demi-million d’hommes et de femmes creusent 8 000 km de tranchées et 100 km de fossés antichars.

De novembre à décembre, la Wehrmacht engage 1,8 million d’hommes dans cette bataille (80 divisions mais à effectifs incomplets), soit plus de 50 % de toutes ses divisions, 30 % de son artillerie, sur un front de 600 km de large et de 250 km de profondeur. En deux semaines de combats, l’Armée rouge perd 700 000 combattants faits prisonniers (poches de Viazma, d’Orel, de Briansk, etc.), 1 200 chars et 5 000 canons. Le 7 novembre 1941, dans un discours resté célèbre, prononcé sur la place Rouge, devant les troupes qui partent au front, Staline délaisse l’idéologie et en appelle aux valeurs et aux grandes figures historiques de la nation russe. Le front de Kalinine (un « front » est un groupe d'armées dans la terminologie soviétique), au nord de Moscou, lance sa contre-attaque le 5 décembre dans une neige de plus d'un mètre d'épaisseur et par des froids de −20 °C à −30 °C. L’offensive hitlérienne est stoppée à 30 km de Moscou, non loin du faubourg de Khimki, à proximité de l'actuel aéroport international Cheremetievo), grâce également à un terrible hiver pour lequel elle n'est pas équipée. Une contre-offensive menée fin décembre par des bataillons sibériens casse enfin le front allemand et rejette de 100 à 200 km en arrière le groupe d’armées centre. Le 22 janvier, la bataille de Moscou est gagnée par Joukov. Guderian est contraint à une retraite précipitée, abandonnant une grande partie de son matériel. L’armée allemande perd encore 615 000 hommes. C’est le retour de balancier. Jusqu'en janvier 1942, la Wehrmacht recule partout.

Une étude récente[113] réévalue la bataille de Moscou et fait de celle-ci

« la bataille la plus importante de la Seconde Guerre mondiale et, de façon indiscutable, le plus vaste engagement militaire de tous les temps. En additionnant les effectifs des deux camps, environ 7 millions d'hommes furent engagés, à un moment ou à un autre, dans ces combats. Sur ces 7 millions de soldats, 2,5 millions furent tués, faits prisonniers, portés disparus ou assez grièvement blessés pour être hospitalisés, avec des pertes beaucoup plus lourdes du côté soviétique que du côté allemand. Selon les archives militaires russes, 958 000 soldats soviétiques ont péri, ce qui comprend les tués, les disparus et les hommes faits prisonniers. Étant donné le traitement que leur réservaient les Allemands, la plupart des prisonniers de guerre soviétiques étaient, de fait, condamnés à mort. De plus, 938 500 de leurs camarades furent hospitalisés pour blessures (sans oublier les maladies consécutives au froid et à l'humidité), ce qui porte le total des pertes soviétiques à 1 896 500 hommes. Pour les Allemands, le total des pertes était de 615 000 hommes. »

Collaboration avec l'occupant[modifier | modifier le code]

Auxiliaire cosaque de l'armée allemande.

Durant l'occupation de leur territoire, près de deux millions de Soviétiques se rangèrent du côté des Allemands : des Baltes, des Ukrainiens, des Russes, quelques Polonais enrôlés de force[114] entre autres, soit moins de 3 % de la population de la zone occupée par le Reich dans la partie occidentale de l'Union soviétique. Pour les enrôlés volontaires, les motivations sont nationalistes (comme dans les régions baltes), anticommunistes et antisémites. Dès la conquête de certaines villes, des pogroms furent perpétrés, par ces collaborateurs, comme à Kaunas, à Lviv[115], etc. Mais rapidement, cette violence devient multidimensionnelle et de moins en moins contrôlable par les militaires et les policiers allemands, ce qui incite Heydrich et la SS à encadrer étroitement ces collaborateurs par l'emploi localisé de ces supplétifs, par l'armement qui leur est donné, par le contrôle de leurs actions[116].

En 1943, certaines divisions allemandes comptaient plus de 20 % d'auxiliaires russes (les Hiwis). Il y eut deux divisions SS russes, la 29e division SS de grenadiers RONA et la 30e division SS de grenadiers, les deux divisions de l'armée Vlassov et le 15e SS Kosaken-Kavalerie-Korps constitué de Cosaques du Don. Beaucoup agissaient par nationalisme, les pays baltes et l'est de la Pologne, qui faisaient partie de l'Empire russe jusqu'en 1917, ayant été de nouveau annexés par l'Union soviétique en 1939.

Exemple parmi d'autres du soutien que reçurent les envahisseurs de la part de certaines populations locales à certains endroits : les milices pro-allemandes étaient assez efficaces pour rendre inutiles des représailles. Tel était le cas du district administratif autonome de Lokot, dans la région d'Orel-Koursk, au sud de Briansk. Comptant 1 700 000 habitants, ce district fut défendu par une milice intégralement russe en 1941-1942. Ici, la base de la collaboration était de nature politique (anti-communisme) et la milice de Lokot créée par le général Rudolf Schmidt de la IIe Armée Panzer conjointement avec un ingénieur russe (remplacé plus tard par le fameux Bronislaw Kaminski), fut connue sous le nom de Russkaya Osvoboditelnya Narodnaya Armiya (Armée de libération russe). Certaines de ces milices, dans les pays baltes et en Ukraine en particulier, apportèrent aux autorités d'occupation un soutien non négligeable dans la politique d'extermination des populations juives.

Un élément capital des transactions fut que les SS avaient interdiction d'opérer dans toute cette région où les Allemands acceptèrent de s'abstenir de toute action de représailles du fait des activités de la résistance qui se poursuivaient toujours. De tels arrangements, bien que généralement moins formels, étaient monnaie courante dans les régions occupées par les Allemands. Ils trouvaient des avocats fervents parmi les officiers de la Wehrmacht. Les SS s'y opposaient de façon tout aussi véhémente, car ils refusaient d'armer des « sous-hommes ». Par la suite, la situation ayant empiré pour le Reich nazi et le besoin d'effectifs devenant criant, les SS furent amenés à tempérer leur refus initial. Ils s'opposaient toujours à la création de milices, mais seulement parce qu'ils voulaient recruter tous les hommes disponibles pour leurs nombreuses unités « ethniques ».

Bilan de l'opération Barbarossa[modifier | modifier le code]

L'épuisement et le premier recul allemand à Rostov sur le Don.

Situation tactique[modifier | modifier le code]

Les Allemands réussissent à stabiliser la ligne de front de la Baltique à l’Ukraine au prix de pertes énormes en hommes et en matériels (l’essentiel des 3 500 chars engagés est resté sur le terrain, soit 50 % du matériel roulant est hors d’état de marche). Les divisions aériennes ne disposent plus que de 25 à 50 % de leurs appareils de combat. La Luftwaffe se voit disputer la maîtrise du ciel avec la montée en ligne de nouveaux chasseurs soviétiques (Mikoyan-Gourevitch MiG-1, Sturmovik « tueur de chars »). L'infanterie d'invasion ne parvient pas à maintenir le contact avec ses fers de lance blindés sur de longues distances. Compte tenu de ses pertes et de l’étendue des espaces russes, l’armée allemande doit donc renoncer à la Blitzkrieg tout en devant faire face à un adversaire qui ne cesse de se moderniser. À ce moment, il apparaît que c’est à l’impréparation des armées soviétiques de juin 1941, à l’effet de surprise, que le Reich doit d’avoir évité de graves difficultés dans ses combats contre l'Armée rouge lors de l'invasion de juin 1941.

Pour l'Allemagne, si déjà les pertes avaient été lourdes pendant la bataille de France avec près de 1 500 tués par jour du 10 mai au 22 juin 1940, c’est en Union soviétique que la Seconde Guerre mondiale commence vraiment, avec une campagne qui du 22 juin 1941 au 22 janvier 1942 voit tomber en moyenne 3 200 soldats allemands par jour. Alors que pendant les deux premières années de la guerre (1939 et 1940), 1 253 officiers « seulement » étaient morts au combat, entre juin 1941 et mars 1942 ; 15 000 officiers furent tués, ce qui indique un changement radical dans l’évolution des pertes[5]. Au cours des six premiers mois de l’invasion, les pertes de l’Ostheer (la Wehrmacht sur le front de l'Est) s’élevèrent à 750 000 hommes, qui furent portées à un million à la fin de mars 1942, dont plus d’un tiers de tués ou de disparus. Au total, lors de la première année de la campagne contre l'URSS, le Reich perd 1,3 million d’hommes, sans compter les malades, soit 40 % des 3,2 millions d’hommes de l’Ostheer. Le manque général d’hommes dans le Reich ne permet pas d’assurer les remplacements à une pareille échelle.

Sonderkraftfahrzeug 251 se concentrant dans les steppes sud de la Russie le 21 juin 1942, à la veille de l'opération Fall Blau, l'offensive allemande de l'été 1942.

À la fin de 1941, la Wehrmacht s’est enfoncée de 800 km en Union soviétique et a conquis plus de 1 500 000 km2 de territoire soviétique, comptant 65 millions d’habitants (17 millions de personnes sont parvenues à fuir). En 1942, la longueur du front russe, de la Finlande au Caucase, passe à 6 200 km. L’Allemagne occupe alors l’Ukraine, la Biélorussie, une grande partie du nord de la Russie, soit plus de la moitié de la Russie d’Europe (qui concentre 80 % des industries lourdes et de la population), acculant les Russes sur des zones moins peuplées et les privant d’une grande partie de leur potentiel économique (de 60 à 70 %). Mais le Reich a perdu ses meilleures troupes.

Les pertes de l’Armée rouge sont colossales : 1,5 million de tués, 4 millions de prisonniers dont 2 millions au moins seront anéantis. Fin 1941, les Allemands estiment avoir détruit plus de 20 000 blindés et 35 000 canons soviétiques.

L'Union soviétique en guerre totale[modifier | modifier le code]

C’est pourtant à ce moment que la société soviétique se lance dans une mobilisation de ses forces et de ses ressources, totale et éperdue, dans le cadre d'une économie de guerre d'une extrême rigueur. Le 3 septembre 1941, le pouvoir soviétique décrète la mobilisation de tous les hommes de plus de 18 ans. Dès l’automne 1941, plus de 2 000 groupes de partisans se constituent en territoire occupé. « Tout pour le front ! Tout pour la victoire ! », « Encore plus d’armes pour le front » deviennent les slogans dans les usines. Les bureaux de recrutement de l’Armée rouge sont submergés par les volontaires désireux de se battre pour « la défense du sol natal ». De nombreuses jeunes filles s’engagent dans l’Armée rouge (de 1941 à 1945 plus de 800 000 femmes ont combattu comme volontaires sur le front). La journée de travail monte à 12 heures par jour, voire davantage. Les décès par épuisement au travail ne sont pas rares dans les usines. La législation, déjà très dure, du 26 juin 1940 est encore aggravée par la loi du 26 décembre 1941, qui assimile tout changement de travail non autorisé, tout départ ou toute absence injustifiée à une désertion, passible des tribunaux militaires et sanctionnée d’une peine de 5 à 10 ans de camp (plus de 900 000 personnes furent condamnées en vertu de la loi du 26 décembre 1941). Un décret de février 1942 instaure la mobilisation totale des femmes âgées de 15 à 45 ans, femmes dont la part dans la main-d’œuvre industrielle passa de 37 à 60 % entre 1941 et 1945 (alors que Hitler était réticent à faire travailler les femmes allemandes dans les usines d'armement).

Entre juillet 1941 et janvier 1942, en Russie d’Europe, 17 millions de personnes participent dans des conditions exténuantes au démontage et au transfert de plus de 1 500 grandes entreprises industrielles dans l’Oural, la Volga, l’Asie centrale (Kazakhstan surtout) et la Sibérie ; transfert nécessitant la construction en quelques mois de plus de 10 000 km de voies ferrées. Plus de 2 600 usines auront été évacuées et reconverties dans l’industrie de guerre. Leur remise en route, en plein hiver, n’exigera pas un effort moins gigantesque. Au terme d’opérations titanesques d’une grande complexité logistique, plus de 10 millions d’ouvriers prennent le chemin de l’Oural et, dès le début de 1942, après cet effort pharaonique dont il n’existe aucun équivalent dans l’histoire industrielle de l’Europe, la production de guerre est remontée à 48 % de son niveau de 1940. Alors qu’en 1940, 358 chars de dernier modèle avaient été construits, au cours des six premiers mois de 1941 seulement leur nombre s’éleva à 1 503 et dans les six derniers mois de cette année-là, malgré l’occupation par les Allemands du cœur industriel de l'Union soviétique, 4 740 chars dernier modèle supplémentaires furent produits. Dès la fin de 1942, l'URSS dépasse l’Allemagne dans sa production d’armements alors que la Wehrmacht occupe plus de 50 % de la partie européenne du territoire soviétique. La production de blindés et d’avions est alors le double (50 000) de la production allemande, en 1944 celle de canons usinés est trois fois supérieure (122 000). Par ailleurs, depuis le 7 décembre 1941, l'Union soviétique pouvait compter sur l'aide américaine.

Interprétations historiographiques[modifier | modifier le code]

L'opération Barbarossa se solde, fin 1941/début 1942, par une défaite stratégique considérable pour l'Allemagne puisqu'il apparaît, dès ce moment, que le Troisième Reich n'avait peut-être pas les moyens de vaincre l'Union soviétique en juin 1941. En mai 1945, les fantassins soviétiques planteront leur drapeau au sommet du Reichstag, au terme d'une bataille de Berlin, qui fera 78 000 tués dans leurs rangs.

Le général Volkogonov, biographe de Staline, pouvait écrire en 1996 : « Il serait difficile de trouver pire début à une guerre que ce mois de juin 1941. Toutes les autorités politiques et militaires majeures ont pensé que l'URSS ne pourrait pas survivre plus de trois mois. Mais le peuple soviétique leur a finalement donné tort. Pourtant, le mérite de cette incroyable capacité de résistance allait être attribué à la « sage direction » de Staline, la personne même la plus directement responsable de la catastrophe[104]. » Et Stepan Mikoyan de préciser : « Nous avons gagné la guerre en dépit de la dictature de Staline[72]. »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Guerre totale

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Ouvrages[modifier | modifier le code]

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Articles[modifier | modifier le code]

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  • Yves Buffetaut, « Opération Barbarossa », Magazine Armes Militaria, hors-série no 5, 1992.
  • Johann Chapoutot, « La Charrue et l'Épée : Paysan-soldat, esclavage et colonisation nazie à l'Est (1941-1945) », Hypothèses 2006, Paris, Publications de la Sorbonne,‎ 2006 (ISBN 978-2-85944578-2, lire en ligne)Document utilisé pour la rédaction de l’article
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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  4. On notera aussi une autre date : le 22 juin 1812, Napoléon entamait la Campagne de Russie.
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  33. Hitler a mené des réunions secrètes avec des gradés de l'armée dès juillet 1940 à ce sujet : le chef d'état-major Franz Halder, passé dans le camp américain après le conflit, l'a évoqué dans ses mémoires.
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  36. Un dernier round diplomatique a tourné court le 24 novembre 1940 concernant les discussions germano-soviétiques pour faire entrer l'URSS dans l'Axe.
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