Accident aérien de Courtrai

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50° 45′ 33.8″ N 3° 18′ 41.4″ E / 50.759389, 3.3115 ()

Un MiG-23 de l'Armée de l'air soviétique similaire à celui impliqué dans l'accident (photographie datée du 1er mai 1989).

L’accident aérien de Courtrai est le crash d'un Mikoyan-Gourevitch MiG-23 de l'armée soviétique à Kooigem, près de Courtrai, en Belgique, le 4 juillet 1989[1]. Il provoque un mort au sol, l'avion n'ayant plus de pilote avant le crash[1]. Cet accident militaire provoqua une crise diplomatique entre l'URSS et la Belgique dans le cadre de la guerre froide.

Déroulement de l'accident[modifier | modifier le code]

L'accident a pour origine un vol d'entraînement de routine. Le colonel Nicolaï Skouridine, pilote de l'Armée de l'air soviétique, décolle de la base aérienne de Kołobrzeg, située sur le territoire polonais (alors République populaire de Pologne en 1989).

Peu après le décollage, l'avion étant à 300m et 300 km/h, le moteur s'arrête. Le pilote obtient immédiatement la permission de s'éjecter, mais en dirigeant son avion vers la mer, ce qu'il fait en donnant un coup de palonnier à droite. Cependant, le moteur re-démarre. Il est équipé d'un système de récupération automatique de décrochage compresseur et c'est cet équipement qui a fonctionné de manière intempestive. L'aéronef reste en l'air, volant grâce au pilote automatique en direction de l'ouest[2],[3].

Deux F-15 Eagle américains pourchassant le MiG-23 sans pilote (vue d'artiste).

Le MiG-23 sans pilote quitte l'espace aérien polonais, traverse l'espace aérien est-allemand, et pénètre l'espace aérien ouest-allemand, où il est intercepté par une patrouille de McDonnell Douglas F-15 Eagle de l'US Air Force décollant de Soesterberg Air Base[4]. Les pilotes des F-15 Eagle signalent que l'aéronef est dépourvu de pilote : « Il n'y a décidément pas de pilote dans l'avion ». Ce dernier continue sa trajectoire vers l'espace aérien néerlandais puis belge, les pilotes des avions intercepteurs n'obtenant pas l'autorisation de l'abattre par crainte des dégâts au sol, l'avion survolant une zone intensément peuplée.

L'Armée de l'air française est également mise en état d'alerte : les Mirage sont armés et obtiennent le feu vert pour détruire l'aéronef s'il pénètre sur le territoire français. À court de carburant après un vol d'environ 900 km, il s'écrase finalement sur une maison près de Courtrai, en Belgique, tuant un jeune homme de 19 ans du nom d'Yves Delaere[5],[6].

Réactions de la Belgique et suites[modifier | modifier le code]

Bien que les relations entre le bloc de l'Ouest et le bloc de l'Est se soient détendues et normalisées à la suite de l'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev en URSS, en 1985, l'accident marque une perte de confiance dans les relations Est-Ouest.

Le gouvernement belge fait ainsi part, le 6 juillet 1989, de ses protestations officielles fermes à l'URSS au sujet de l'absence d'avertissement de la part du gouvernement soviétique concernant les problèmes qu'auraient pu poser l'aéronef à la population civile. Le ministre belge des Affaires étrangères, Mark Eyskens, a exprimé « avoir été particulièrement perturbé par le fait qu'entre le moment où le MiG-23 a été repéré par les radars de l'OTAN et celui où il s'est écrasé, plus d'une heure plus tard, aucun signe d'avertissement ne soit venu du côté soviétique » et « qu'il y avait également une lenteur remarquable de la part des Soviétiques pour indiquer si l'aéronef était porteur ou non d'armes nucléaires ou chimiques[3] ».

Le 5 juillet 1989, Mikhaïl Gorbatchev, alors en visite à Paris, présente ses condoléances à propos de l'accident : « Je le regrette. Les Belges le savent, connaissent les causes de l'accident et nous leur avons transmis nos condoléances. Ce genre d'incident peut arriver, mais il vaut mieux les éviter[5]. ».

L'ambassadeur de l'URSS en Belgique affirme également que son pays indemniserait totalement la Belgique, tant pour les dommages matériels que moraux entraînés par le crash du MiG-23[6]. Le 11 juillet 1989, une commission d'enquête soviétique composée de 11 membres chargée d'élucider l'événement visite l'endroit où l'appareil s'est écrasé à Bellegem[7], à proximité de Kooigem[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Un MiG fou viole notre espace aérien et tombe à Kooigem », AFP, 4 juillet 1989.
  2. (en) The strange accident of the MiG-23, Tamas Gal et Kornel Straub, Eastern Wings, 1996
  3. a et b (en) Belgians Protest to Soviets Over Crash of Derelict MIG, The New York Times, 6 juillet 1989.
  4. (en) Steve Davies et Doug Dildy, F-15 Eagle Engaged - The World's Most Successful Jet Fighter, Osprey Publishing, Botley, Oxford, UK, 2007, pages 102-106. (ISBN 978-1-84603-169-4)
  5. a et b Les Soviétiques ont d'abord cru que le MiG fou était tombé à la mer, le pilote du MiG-23 pouvait t-il s'éjecter ?, AFP, 6 juillet 1989.
  6. a et b L'épopée du MiG fou, AFP, 5 juillet 1989
  7. (en) « ASN Wikibase Occurrence # 54536 », sur Aviation Savety (consulté en 15 août 2013)
  8. MiG fou : Soviétiques en Belgique, Belga, 12 juillet 1989