Vsevolod Meyerhold

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Vsevolod Emilievitch Meyerhold.

Vsevolod Emilievitch Meyerhold, né Karl Kasimir Theodor Meyerhold le 9 février 1874[1] à Penza en Russie et mort le 2 février 1940, est un dramaturge et metteur en scène russe. Il se convertit du luthérianisme à l'orthodoxie à l'âge de 21 ans.

Biographie[modifier | modifier le code]

Meyerhold était de famille allemande de la Volga russifiée : son père Émile possédait une usine à Penza et sa mère était née Alvina Danilovna van der Neese.

Il commence sa carrière avant la Révolution de 1905, d'abord à Moscou, puis à Saint-Pétersbourg. Il met en scène des spectacles de propagande dans des décors constructivistes.

Il met au point une méthode révolutionnaire d'entraînement de l'acteur : la biomécanique. Il rejette ainsi la méthode psychologique de Stanislavski (dont il avait été l'élève au Théâtre d'Art de Moscou), en se focalisant sur une approche purement physique. En s'inspirant du théâtre japonais, de la danse, de la commedia dell'arte, et de la rythmique de Jaques-Dalcroze, il invente un jeu d'acteur totalement nouveau qui se veut une rupture totale avec le théâtre bourgeois. Après la Révolution, il met en scène les créations de Vladimir Maïakovski, Sergueï Tretiakov, Nikolaï Erdman, notamment.

Il fait une tournée à Paris en 1930 et, à partir de 1935, au lieu de suivre les directives du régime et de revenir à un théâtre classique mêlant mélo et socialisme, il monte des pièces d'avant-garde entre constructivisme et futurisme. Cela lui vaut les foudres de Staline et finit par lui coûter la vie. « Je meurs en communiste », a-t-il pourtant pu dire. Comme le précise Béatrice Picon-Vallin dans un entretien au Monde des Livres[2] : « Pour Meyerhold, si le public change, le théâtre est transformé. Et il l'a vraiment trouvé, ce public. Jusqu'en 1926-1927, il y a énormément de spectateurs populaires dans son théâtre de Moscou. Quand le régime lui reprochera de ne pas être compris par les travailleurs, il ira jouer dans les bassins ouvriers, et il prouvera que le public est le sien. »

En 1939, il est arrêté, torturé, contraint d' « avouer » sa culpabilité — on l'accuse de trotskysme et d'espionnage — et exécuté en secret le 2 février 1940. Sa femme, entre-temps, est assassinée par des policiers. Il n'est réhabilité qu'en 1955, mais seulement d'un strict point de vue juridique. La réhabilitation esthétique prendra beaucoup plus de temps. On ne saura la vérité sur sa mort qu'en 1988, par une confirmation officielle à sa famille.

Sa tombe se trouve au nouveau cimetière Donskoï à Moscou.

Chronologie[modifier | modifier le code]

  • 1874 : 28 janvier, naissance à Penza. Participation à des spectacles amateurs. Quitte de la faculté de droit de l'université de Moscou, entre en deuxième année du cours de l'école musicale-dramatique de la société philharmonique de Moscou dans la classe de Nemirovitch-Danchenko.
  • 1898 : est accepté à la troupe du МHТ.
  • 1902 : Meyerhold quitte la troupe du MHT et préside comme metteur en scène un groupe de jeunes acteurs qui se nommeront par la suite la Société d'un nouveau drame.
  • 1902-1905 : il livre près de deux cents spectacles d'après les œuvres de Maeterlinck, Tchekhov, Gorki, Ibsen, etc. Les premiers spectacles sont créés « selon les jeux de scène du MHT », mais graduellement le metteur en scène crée sa propre langue théâtrale.
  • 1905 : ayant appris les expériences scéniques de Meyerhold, Stanislavski lui propose de continuer en commun les expériences dans le Studio de Moscou de la rue Povarskaïa. Les spectacles qu'il expérimente là-bas ne sont pas montrés et Meyerhold revient à la Société du nouveau drame.
  • 1906 : Meyerhold est invité au théâtre de Véra Komissarjevskaïa à Saint-Pétersbourg. Il produit en une saison treize spectacles qui provoquent des discussions animées.
  • 1907-1917 : Meyerhold travaille dans les Théâtres impériaux de Saint-Pétersbourg. Simultanément sous le pseudonyme de « Docteur Dapertutto », il participe à un petit studio rue Borodinskaïa, où il porte une attention particulière à l'arlequinade, le théâtre forain russe, le cirque, le mime. Il développe le travail d'un acteur possédant un corps, une voix, travail important sur les rythmes. Vers octobre 1917, Meyerhold, enthousiasmé par les nouvelles possibilités s'ouvrant à lui, se rapproche de Maïakovski.
  • 1920 : dans le programme d'Octobre Théâtral, le metteur en scène formule les tâches principales du théâtre : le service de la révolution et la rénovation complète de l'art scénique. Il déclare la guerre aux vieux théâtres académiques, croyant que de tels collectifs, comme un Petit théâtre ou MHT, sont incapables de trouver le terrain d'entente avec une nouvelle validité. Il crée la théorie du nouveau modèle théâtral. Il ouvre à Moscou le théâtre de la RSFSR 1er avec une jeune troupe qu'il intitule Le théâtre de l'acteur (qui plus tard deviendra le théâtre GITIS).
  • 1923 : création du théâtre de Meyerhold où ses acteurs passent par l'enseignement spécial dans l'atelier d'État expérimental théâtral (dont l'objet principal est la biomécanique : Meyerhold aspire à donner au spectacle l'exactitude géométrique de la forme, la facilité acrobatique et l'adresse, le maintien sportif).
  • 1922-24 : Meyerhold dirige le théâtre de la Révolution.
  • 1930 : début de la persécution du metteur en scène dans la presse, son art est qualifié d'étranger au peuple soviétique et hostile au monde soviétique.
Photos de Meyerhold au moment de son arrestation.
  • 1938 : fermeture du théâtre Meyerhold. Stanislavski invite le metteur en scène disgracié à diriger l'opéra.
  • 1939 : juillet, Meyerhold est arrêté.
  • 1940 : février, exécution de Meyerhold.
  • 1955 : la Cour suprême de l'URSS réhabilite Meyerhold à titre posthume.

Famille[modifier | modifier le code]

Il épouse en 1896 Olga Mundt (1874-1940) dont il a trois filles:

  • Maria (1897-1929), épouse Evgueni Stanislavovitch Bieletski
  • Tatiana (1902-1986), épouse Alexeï Petrovitch Vorobiev
  • Irina (1905-1981), épouse l'acteur Vassili Vassilievitch Merkouriev: parmi leurs trois enfants, leur fils Piotr sera acteur et interprète Meyerhold au cinéma (1980) et à la télévision (2005, série télévisée Essénine)

Il se sépare de sa première épouse pour vivre à partir de 1922 avec Zinaïda Reich (1894-1939), première épouse de Serge Essénine.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gérard Abensour, Vsévolod Meyerhold ou l'invention de la mise en scène, éditions Fayard. (ISBN 2-213-59859-2)
  • Vsevolod Meyerhold, Écrits sur le théâtre, tome II, traduction, préface et notes de Béatrice Picon-Vallin, éditions L'Âge d'homme, réédition revue et augmentée, 2009.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 9 février 1874 dans le calendrier grégorien, ou 28 janvier 1874 dans le calendrier julien, utilisé en Russie à cette époque.
  2. « Béatrice Picon-Vallin « Meyerhold n'a jamais renoncé à son utopie » », lemonde.fr, 3 juillet 2009

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]