Histoire du Maroc

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Habité dès la préhistoire par des populations berbères, le territoire marocain a connu des peuplements phéniciens, carthaginois, romains, vandales, byzantins avant d'être islamisé par les Arabes. C'est en 788, lors de son exil qu'Idris Ier, fuyant les persécutions du califat des Abbassides, a donné naissance à un État dans ce Maghreb el-Aqça (Maghreb extrême)[1]. Depuis, le Maroc a toujours gardé, si ce n'est une indépendance absolue, du moins une très forte autonomie[2].

L'attrait des richesses provenant du commerce du Sud (le Sahara) vers le Nord (l'Occident) va attirer les convoitises de diverses tribus avec pour ville carrefour Marrakech (la porte du désert) qui deviendra naturellement la capitale de diverses dynasties, en particulier celles venant du Sud (Almoravides, Almohades, Saadiens) ; c'est la raison pour laquelle, toute l'histoire du Maroc (des Idrissides aux Alaouites) fut marquée par le commerce des richesses du Sud vers le Nord. L'histoire et l'origine du Maroc furent, sont et seront marquées par le lien avec le Sahara[3].

Sommaire

Les premières traces de peuplement[modifier | modifier le code]

L'Homme a laissé de nombreuses traces au cours de toute la période préhistorique, marque d'un peuplement très ancien, sans doute facilité par un climat plus favorable qu'aujourd'hui[4],[5].

À l'Acheuléen (Paléolithique inférieur), des indices datant d'au moins 700 000 ans traduisent une première activité humaine. Ces hommes vivaient principalement de la cueillette et de la chasse. Les outils de cette époque sont les galets aménagés, le biface, les hachereaux découverts notamment dans les régions de Casablanca et de Salé. Découverte en 1999 de la statuette de la Vénus de Tan-Tan.

Le Moustérien (Paléolithique moyen) entre 120 000 et 40 000 ans avant l'ère chrétienne, se caractérise par l'évolution de l'outillage. Cette période a livré des racloirs et des grattoirs, en particulier au sein de l'industrie lithique de Jbel Irhoud.

La période de l'Atérien est connue uniquement en Afrique du Nord. Cette période se caractérise par la maîtrise de la production d'outils présentant des pédoncules destinés à faciliter l'emmanchement. Cette période a aussi connu un changement climatique, puisque la faune et la flore se raréfient, laissant place au désert qui coupe aujourd'hui l'Afrique en deux.

Peuplement ibéromaurisien

Le Paléolithique supérieur est marqué par l'arrivée d'Homo sapiens, porteur de l'industrie ibéromaurusienne. À Taforalt (Oujda), les outils retrouvés datent de 30 à 20 000 ans av. J.-C.. Des rites funéraires sont identifiés : les morts ont le corps en décubitus latéral et les os peints.

Ces populations se maintiennent jusque vers 9 000 ans av. J.-C.. puis elles vont être éliminées ou absorbées par l'arrivée des premiers ancêtres des populations berbères actuelles : les capsiens (nom issu de la ville antique de Capsa, aujourd'hui Gafsa) arrivent de l'est (comme le montrent les études linguistiques, qui classent dans la même famille l'égyptien et le berbère).

Des sites néolithiques, montrant l'apparition d'une sédentarisation et la naissance de l'agriculture sont découverts près de Skhirat (Nécropole de Rouazi-Skhirat) et de Tetouan (grottes de Kaf Taht el Ghar et de Ghar Kahal)

Antiquité[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Maurétanie Tingitane.

Les Phéniciens, commerçants entreprenants originaires du pays de Canaan, installent leur premiers établissements sur les côtes marocaines dès le XIe siècle av. J.-C. et fondent des comptoirs comme Tingi (Tanger), Lixus (près de Larache), Thymiateria (Mehdia), Azama (Azemmour) et Cerné (qui serait localisée à Dakhla). C'est à partir de la fondation de Carthage (en Tunisie, Maghreb de l'Est) que la région commence à être réellement mise en valeur et explorée par de grands navigateurs comme Hannon. L'influence de la civilisation carthaginoise se fera sentir près de mille ans sur le territoire du Maroc actuel : en effet à partir du VIe siècle, les Carthaginois en quête de métaux précieux (extraits des mines de l'Atlas et de la vallée pré-saharienne du Drâa), de murex (un coquillage très présent aux Îles Purpuraires d'Essaouira et utilisé pour produire la teinture pourpre prisée chez les Anciens) et de bois rares, vont commercer avec les populations locales et introduire des éléments culturels propres à la société phénicienne.

Pièce de monnaie à l'effigie de Juba II
Buste de Ptolémée de Maurétanie, v. 30–40 ap. J.-C., musée du Louvre

C'est à partir du IVe siècle av. J.-C. qu'apparaît dans le nord-ouest du Maroc actuel la première organisation politique du pays : le royaume de Maurétanie, qui résulte de la fédération de différentes tribus berbères imprégnées des valeurs phénico-puniques d'État unitaire[6]. La Maurétanie connaît dès lors une organisation centralisée autour du roi (qui porte le titre d'aguellid comme les rois de Numidie), détenteur du pouvoir exécutif, militaire et fiscal. Les cités sont administrées par des magistrats appelés suffètes et conservent leur organisation politique héritée de l'époque carthaginoise. Les chefs des tribus vassales sont tenus de fournir des contingents variables de guerriers pour constituer l'armée de l'aguellid qui possède également des unités de mercenaires originaires de l'ensemble du bassin méditerranéen. Le punique, variété carthaginoise du phénicien, est la langue officielle utilisée pour les documents administratifs, les rapports diplomatiques et les cultes de Baal et de Tanit.

Maurétanie Tingitane à l'ouest, Maurétanie Césarienne au centre-ouest, Numidie au centre-est et Africa à l'est.

Lorsque les Romains arrivent vers le IIe siècle av. J.-C., après la destruction de Carthage, ils s'allient au roi Bocchus de Maurétanie. Cette stratégie leur permet de prendre à revers leur ennemi, le roi numide Jugurtha, gendre de Bocchus. Celui-ci y gagne le titre d'Ami du peuple romain décerné par la République romaine ainsi que l'estime du consul Caius Marius.

La Maurétanie devient un royaume vassal, un « État-client », qui, s'il dépend étroitement de Rome et prendra part à toutes les querelles internes de l'Empire, reste de fait autonome. Le roi Juba II (25 av. J.-C.) se distingue par son ouverture à toutes les cultures du monde méditerranéen et par son intérêt pour les arts, les belles lettres, ainsi que pour certaines disciplines scientifiques comme la géographie (Juba II fait explorer le Haut-Atlas, une partie des régions désertiques sahariennes, ainsi que l'archipel des îles Canaries). Il épouse avec la bienveillante bénédiction d'Auguste Cléopâtre Séléné, fille de Marc-Antoine et de Cléopâtre VII. Une civilisation maurétanienne émerge alors, combinant avec originalité l'apport carthaginois et les influences hellénistiques et égyptiennes, avec un art et une esthétique qui s'expriment dans l'urbanisme des cités comme Tamuda, Lixus, Césarée de Maurétanie et Rusibis, et dans la construction de monuments funéraires tels que le Mausolée royal de Maurétanie.

En 40, la Maurétanie perd son dernier roi Ptolémée. Caligula, qui l'a fait assassiner à Lyon, fait face à la guerre d'Aedemon (un esclave affranchi de Ptolémée) : Il faudra quatre ans pour mater cette révolte des partisans de l'ancienne monarchie maurétanienne et en 46, l'empereur Claude annexe le royaume qui devient la province de Maurétanie Tingitane avec pour chef-lieu la cité de Tingi. La domination romaine se limite aux plaines du nord (jusqu'à la région de Volubilis près de Meknès) et l'Empire ne cherche pas à contrôler la région brutalement : il semble que les tribus pacifiques comme celle des Baquates, sont imbriquées dans le territoire de la province. Pour autant Rome doit lutter sans cesse contre les Berbères des montagnes de l'Atlas et ceux des plaines atlantiques, comme les Autololes issus du grand peuple gétule, qui mènent selon Pline l'Ancien des raids jusqu'à Sala[7].

Détail de l'arc de Bénévent : le panneau de la soumission de la Mésopotamie, où apparaît Lusius Quietus aux côtés de l'empereur Trajan
Stèle latine provenant de la cité romaine de Sala Colonia (Chellah, à côté de Rabat)

La Maurétanie Tingitane est une province militaire relevant directement du gouvernement impérial, administrée par un procurateur issu de l'ordre équestre romain (chevalier). Le procurateur dispose d'une armée de 10 000 hommes comportant dix cohortes d'infanterie et cinq ailes de cavalerie, dont les effectifs sont recrutés en Hispanie, en Gaule, en Britannia, en Illyrie et en Syrie. Ces unités sont principalement réparties dans le triangle Tingi-Sala-Volubilis, dispositif appuyé par d'importants camps militaires comme Oppidum Novum (Ksar el Kébir), Thamusida (près de Kénitra), Tocolosida au sud de Volubilis, et par les structures défensives de la région de Banasa dans la vallée de l'Oued Sebou.

Des troupes berbères sont également recrutées par les Romains, mais pour aller défendre les frontières de l'Empire sur le Rhin, le Danube et l'Euphrate. Le plus connu des Africains au service de Rome est le général Lusius Quietus. Ce dernier, fils d'un chef tribal maure, fait carrière dans l'armée impériale romaine et se couvre de gloire au cours des campagnes militaires contre les Daces et les Parthes, conquit la Médie, l'Arménie et la Babylonie et écrase les révoltes anti-romaines de Judée. Sa puissance et son prestige deviennent tels qu'il brigue la succession de l'empereur Trajan, avec l'appui d'une partie du Sénat de Rome[8]. L'élimination de Lusius Quietus par Hadrien provoque des troubles en Maurétanie Tingitane, sa province d'origine où il jouissait d'une extrême popularité.

La cavalerie maure attaquant les Daces sous les ordres de Lusius Quietus, bas-relief de la Colonne Trajane à Rome.
Mosaïque romaine du char d'Amphitryon à Volubilis.

Les colonies et les municipes de la Tingitane adoptent le schéma romain classique, avec avenues rectilignes, forum, arc de triomphe, basilique et capitole, et temple dédié au culte de la Triade capitoline (Jupiter, Junon, Minerve). Des quartiers résidentiels destinés aux classes sociales favorisées sont également bâtis à proximité des monuments officiels. La cité de Volubilis, la plus connue de la Maurétanie Tingitane, compte à son apogée jusqu'à 12 000 habitants, dont une forte proportion de Maures romanisés ainsi que des Romains originaires d'Italie et d'Hispanie, des Grecs, des Judéens et des Orientaux venus des provinces asiatiques de l'Empire.

Certaines familles de l'aristocratie locale réalisent de brillantes carrières, au point d'envoyer leurs membres siéger au Sénat romain. Les campagnes proches sont mises en valeur par les grands propriétaires terriens également issus de ce patriciat provincial. La richesse agricole principale de la Tingitane est l'huile d'olive, largement exportée dans le reste de l'Empire. Les plaines produisent aussi du blé et des fruits, et les forêts sont exploitées pour le bois de cèdre et de thuya. Toutes ces substances sont acheminées vers les ports comme Tingi et Sala qui connaissent une très forte activité commerciale[9].

Vue d'ensemble de la cité romaine de Volubilis

Au même titre que le reste de l'Afrique du Nord, la Maurétanie Tingitane va connaître la christianisation. Des dizaines d'évêchés couvrent la région, s'adressant d'abord aux populations romaines puis aux romanisés. C'est en 298, à Tanger, sous Dioclétien que saint Marcel, centurion romain, est décapité[10]. Deux évêchés ont été identifiés en Tingitane (à Tanger et à Lixus), mais il est possible qu'il y en ait eu quatre. La diffusion du christianisme demeure cependant très faible en comparaison des autres provinces d'Afrique. La petite communauté chrétienne de Tingitane semble fidèle au catholicisme romain et reste en dehors de la querelle du donatisme qui agite les provinces voisines.

Au IIIe siècle, l'Empire romain recule territorialement. C'est notamment le cas en Afrique du Nord et particulièrement à l'ouest : la Maurétanie Tingitane se trouve réduite à Tingi et à la côte nord. Elle est d'ailleurs rattachée administrativement au diocèse d'Hispanie. Les cités de la province sont presque toutes évacuées par les autorités officielles (Volubilis comprise) en 285 sous le règne de Dioclétien. Au sud du fleuve Loukkos les Romains conservent toutefois Sala et les îles purpuraires de Mogador. Les raisons de ce repli sont mal connues : pression des Berbères montagnards et des tribus du Sud ? Crise économique plus violente dans cette région ? Anarchie causée par les conflits internes à l'Empire ?

Profitant de ce grave affaiblissement de l'Empire romain d'Occident, une coalition de barbares en majorité germaniques, formée de Suèves, de Vandales et d'Alains traverse le Rhin en 406. Les Vandales descendent alors en Espagne et passent en Afrique en 429. Menés par leur roi Genséric, ils s'installent dans la région pour plus d'un siècle, et fondent un puissant royaume centré autour de Carthage. Il faut attendre 533-534, pour que s'engage la campagne d'Afrique décidée par l'empereur byzantin Justinien Ier et commandée par le général Bélisaire. Le corps expéditionnaire byzantin anéantit victorieusement le royaume vandale et déporte ses élites en Asie mineure. La pacification du territoire reconquis est plus laborieuse à l'intérieur des terres et se heurte à la pugnacité des Maures, notamment ceux de l'ouest de l'Afrique du Nord[11]. La Maurétanie Tingitane n'est pas réellement concernée par l'expansion du royaume vandale d'Afrique, qui ne contrôle en effet localement que quelques points du détroit de Gibraltar et des côtes méditerranéennes du Rif, et concentre plutôt ses efforts à l'est. Quand la région passe sous domination byzantine en 534, les Maures habitués à une indépendance réelle depuis plus d'un siècle résistent farouchement autour du prince Garmel, et harcèlent avec succès les légions de Bélisaire[6].

Les Byzantins organisent malgré tout l'extrême Nord marocain, autour de Tanger, Ceuta et Lixus, en province de Maurétanie Seconde, administrée par un comes (comte) dont le pouvoir s'étend également sur le sud de l'Espagne pris aux Wisigoths (préfecture de Bétique). Les comtes de Maurétanie Seconde relèvent de l'exarque de Carthage qui incarne la plus haute autorité administrative et militaire byzantine en Afrique du Nord. La province connaît un renouveau économique et démographique non négligeable. La présence fragile des Romains orientaux de Constantinople, bien que menacée en permanence à la fois par le royaume wisigoth d'Espagne et par les Maures, subsiste néanmoins jusqu'à la conquête arabo-musulmane au début du VIIIe siècle.

Conquête arabo-musulmane[modifier | modifier le code]

Article connexe : Conquête musulmane du Maghreb.
Monnaie idrisside, année 840, marque de la création d'un État indépendant.

La grande révolte berbère (739-743)[modifier | modifier le code]

Dès les débuts de la conquête musulmane du Maghreb, les Kharijites originellement basés en Irak envoient des représentants au Maghreb pour tenter de rallier les populations berbères. Les Berbères accoutumés au système de communauté égalitaire et supportant mal la domination arabe, finissent par trouver dans le kharijisme un redoutable moyen de contestation politique. En 739 Maysara, mandaté par les populations du Maghreb Al Aqsa, conduit à Damas une délégation auprès du calife Hicham pour présenter les doléances des Berbères : égalité dans le partage du butin et arrêt de la pratique qui consiste à éventrer les brebis pour obtenir la fourrure des fœtus (le mouton étant un élément essentiel de l'économie pastorale des tribus berbères)[12].

Les plaintes parviennent au calife omeyyade qui ne donne pas suite, ce qui déclenche une insurrection à Tanger. Maysara s’empare de la ville, tue le gouverneur Omar Ibn Abdallah et se proclame calife. Il réussit à empêcher le débarquement d’une armée arabe envoyée d’Espagne. Le gouverneur d'Espagne Uqba ibn al-Hajjaj intervient en personne mais ne parvient pas à reprendre Tanger, tandis que Maysara s'empare du Souss dont il tue le gouverneur. Puis Maysara, se conduisant comme un tyran, est déposé et tué par les siens, et remplacé par Khalid ibn Hamid al-Zanati. Sous son commandement, les Berbères sont victorieux d’une armée arabe sur les bords du Chelif, au début de 740[13].

Les troupes arabes ayant été battues, Hichām envoie des troupes de Syrie dirigées par le général Kulthum ibn Iyad. Elles sont battues par les Berbères sur les rive du Sebou en octobre 741[13]. Le gouverneur égyptien Handhala Ibn Safwan intervient à son tour et arrête les deux armées kharidjites au cours de deux batailles à Al-Qarn et à El-Asnam (actuelle Algérie) alors qu'elles menaçaient Kairouan (actuelle Tunisie) (printemps 742)[14].

Quand survient la chute des Omeyyades de Syrie (750), l'ouest de l'Empire échappe totalement au pouvoir central damascène. L'Espagne revient aux émirs omeyyades de Cordoue et le Maghreb se morcelle en plusieurs petits États indépendants (de 745 à 755).

Dynastie idrisside (789-985)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dynastie Idrisside.
Carte de l'Empire Idrisside

L'histoire des Idrissides commence, lorsqu'un prince arabe chiite de la famille de `Ali (quatrième calife de l'islam), Idris Ibn 'abd Allah al-Kamil et son affranchi Rachid Ben Morched El Koreichi, se réfugient dans le Moyen Atlas. Fuyant la menace des Abbassides (qui avaient massacré des Alides et leurs partisans chiites lors de la bataille de Fakh près de La Mecque), ils séjournent en Égypte avant de s'installer à Walilah (Volubilis), sous la protection de la tribu berbère des Awarbas. Réussissant à rallier les tribus à sa cause, Idriss est investi Imam et fonde la ville de Fès en 789 sous le nom d'Idriss Ier. C'est le début de la dynastie des Idrissides.

Mosquée Al Qaraouiyyine de Fès, abritant une université fondée au IXe siècle sous le règne des Idrissides

Idris Ier est assassiné par un émissaire du calife abbasside Haroun al-Rachid de Bagdad, un certain Sulayman al Zindhi. Ne se doutant que la femme d'Idris Ier (Kenza) est enceinte, Haroun al-Rachid pense que la menace de l'émergence d'un pouvoir alide à l'ouest du Maghreb est vaincue. Mais quelques mois plus tard, naît Idris II. Son éducation a été confiée à l'affranchi de son père Rachid qui assure une sorte de régence.

Onze années plus tard, il est proclamé Imam des croyants de Fès. Au fil du temps, sa sagesse et son sens pour la politique s'affirment, il réussit à fédérer plus de tribus, le nombre de ses fidèles s'accroît et la puissance de son armée désormais professionnelle (dans laquelle s'engagent des soldats qaisites issus des tribus du nord de la péninsule arabique) se développe. Le royaume idrisside englobe ainsi toute la portion de territoire s'étendant de Tlemcen à l'est jusqu'au Souss au sud et au Gharb à l'ouest. Il semble que la dynastie idrisside, du moins à ses débuts, ait professé le chiisme et plus précisément le zaïdisme, réputé être le plus modéré des rites chiites[15]. Les princes idrissides successifs passeront cependant au sunnisme, notamment sous l'influence de leurs voisins omeyyades[16].

Se considérant à l'étroit à Walilah, Idriss II quitte l'antique cité romaine pour Fès, où il fonde le quartier des Kairouanais sur la rive gauche (Idris Ier s'était établi sur la rive droite, le quartier des Andalous). Les Kairouanais sont issus de puissantes familles arabes orientales et arabo-perses (originaires du Khorassan) établies en Ifriqya depuis l'époque abbasside. Elles sont expulsées de Kairouan en raison des persécutions politiques que leur infligent les Aghlabides. Les Andalous qui s'installent à Fès sont quant à eux des opposants aux Omeyyades, originaires des faubourgs cordouans (notamment du faubourg du Rabad, d'où le nom de Rabadis attribué aux éléments de cette première vague d'immigration en provenance d'Al-Andalus)[17]. Le royaume idrisside connaît une importante phase d'urbanisation, illustrée par la création de villes nouvelles comme Salé, Wazzequr, Tamdoult et Basra, cette dernière inspirée de la Basra irakienne. Ces nouveaux centres sont des foyers de diffusion de culture arabe et des vecteurs d'islamisation en pays profondément berbère[18].

À cette même époque, les Vikings venus de la lointaine Scandinavie et menés par Hasting et le prince suédois Björn Ironside, attirés par les ressources potentielles autour du détroit de Gibraltar et de la Méditerranée occidentale, se signalent par leurs incursions dévastatrices sur les côtes nord du Maroc (notamment dans les régions d'Asilah et de Nador)[19]. L'historien et géographe andalou Al-Bakri désignera les envahisseurs vikings par le terme de Majus et relatera particulièrement leurs exactions contre l’Émirat de Nekor dans le Rif[20].

En 985, les Idrissides perdent tout pouvoir politique au Maroc et sont massivement exilés en Al-Andalus. Installés à Malaga, ils récupèrent peu à peu leur puissance, au point d'engendrer une dynastie pendant l'époque des taïfas, les Hammudites. Ces derniers vont jusqu'à revendiquer la fonction califale à Cordoue en remplacement des Omeyyades déchus en 1016[21].

Omeyyades, Fatimides et factions zénètes (Xe-XIe siècle)[modifier | modifier le code]

Califat fatimide au cours de son extension maximale à la fin du Xe siècle
Abd al-Rahman III, calife omeyyade d'Al-Andalus, ennemi implacable des Fatimides au Maghreb

En 920, une armée au service des Fatimides dirigée par Messala ibn Habbous, émir des Meknassas et gouverneur de Tahert, envahit le Maroc et prend Fès, soumettant le roi idrisside Yahia IV[22]. L'avènement de Hasan al-Hajjam en 925 voit le Maroc s'émanciper des Fatimides avant qu'il retombe de nouveau dans leurs mains en 927, et ce jusqu'en 937. Les Idrissides, cependant, ne réussissent pas à réunifier leur royaume qui tombe aux mains des tribus zénètes.

En 932, les Idrissides perdent Tlemcen au profit des Meknassas pour le compte des califes fatimides. La ville restera aux mains des Fatimides jusqu'en 955, date de sa prise par les troupes omeyyades, avant de retomber aux mains des Fatimides en 973.

Au milieu du Xe siècle, depuis leur forteresse de Hajar Annasr, les Idrissides ne contrôlent plus que le nord-ouest du pays[23],[24].

En 974, une intervention omeyyade enlève toute indépendance aux Idrissides et en fait leurs vassaux. En 977, c'est par le biais de leurs vassaux zirides, dirigés par Bologhine ibn Ziri, que les Fatimides tentent de nouveau de conquérir le Maroc, s'avançant jusqu'à la péninsule tingitane ; ils sont cependant contraints de reculer devant l'armée omeyyade venue d'Andalousie à la demande des Maghraouas[25].

À partir de 985, date de la destruction du dernier bastion de l'État idrisside par les Omeyyades, le Maroc est contrôlé par les Meknassas, les Maghraouas et les Ifrenides, dont les allégeances oscillent entre les califes cordouans et fatimides. Les trois factions zénètes, entrées en conflit les unes contre les autres, exercent alternativement le commandement à Fès, alors que les Ifrenides avancent jusqu'à l'intérieur du territoire des Berghouatas[26].

Jusqu'au milieu du XIe siècle et la réunification par les Almoravides, le Maghreb occidental est partagé entre les différents groupes tribaux zénètes, luttant à la fois les uns contre les autres et contre les Sanhajas ; cette instabilité ne permet à aucune de ces trois tribus de constituer une dynastie durable.

Autres États indépendants entre le VIIIe et le XIe siècle[modifier | modifier le code]

Émirat de Nekor (710-1019)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Émirat de Nekor.

Royaume des Berghouata (744-1058)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Berghouata.

Les Berghouatas, confédération de tribus issues essentiellement des Masmoudas, forment un royaume puissant entre le VIIIe et le XIe siècle[27]. Suite à la grande révolte kharijite de Maysara, ils établissent un émirat indépendant dans la région de Tamesna, sur les côtes de l’Atlantique entre Safi et Salé, sous l’égide de Tarif al-Matghari.

L'État berghouata, dirigé par un pouvoir royal théocratique, fixe les rituels d'un nouveau culte empruntant à la fois à l'islam, au judaïsme et aux antiques croyances locales, et adopte un livre saint inspiré du Coran[28].

Les Berghouata maintiennent leur suprématie dans la région des plaines atlantiques durant quatre siècles et entretiennent des relations diplomatiques et commerciales avec le califat omeyyade de Cordoue qui voit probablement en eux des alliés potentiels contre les Fatimides et leurs alliés zénètes. Il semble que, sur les vingt-neuf tribus constitutives de ce royaume, douze aient adopté réellement la religion barghwata, les dix-sept autres étant demeurées fidèles au kharijisme[29].

Émirat de Sijilmassa (758-1055)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Émirat de Sijilmassa.
Ruines de Sijilmassa

Un émirat fondé par les Zénètes émerge dans la région du Tafilalet à partir de 758[30]. Dirigée par la dynastie des Midrarides (dont le fondateur est Samgou Ibn Wassoul al Miknassi)[31], cette entité politique et théocratique à forte structure tribale prend pour capitale la cité de Sijilmassa. Le royaume midraride professe officiellement le kharidjisme de rite sufrite mais finit par reconnaître à partir de 883 la suprématie religieuse du califat sunnite des Abbassides de Baghdad. Les Midrarides se consacrent cependant à maintenir une alliance avec les autres États kharidjites, comme le royaume des Rostémides de Tahert dirigé par une dynastie d'origine persane[32]. Sijilmassa établit également un fructueux commerce caravanier de l'or avec le royaume du Ghana, à l'époque maître des plus importants gisements aurifères de l'Afrique de l'Ouest.

L'émirat de Sijilmassa atteint ainsi son apogée au IXe siècle grâce à son rôle de plaque tournante du trafic des métaux précieux, et sa renommée s'étend ainsi jusqu'aux pays méditerranéens et à tout l'Orient abbasside. C'est précisément cette position de débouché de l'or africain qui excite les convoitises des Omeyyades de Cordoue et des Fatimides qui s'affrontent pour sa domination. Ce sont finalement les Almoravides qui s'emparent du royaume midraride en 1055. Par la suite, la fondation de Marrakech éclipse définitivement le prestige de Sijilmassa.

Les dynasties berbères[modifier | modifier le code]

Dynastie almoravide (v.1060-1147)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Almoravides.
Carte de l'empire des Almoravides
Dinar d'or almoravide frappé à Séville sous le règne d'Ali Ben Youssef(1116)

Les Almoravides sont issus des tribus berbères sanhadjas des Lamtounas et des Guzzalas qui nomadisaient dans le désert saharien entre l'Adrar mauritanien et le Tafilalet[33],[34],[35]. Ces tribus guerrières se structurent au sein d'un puissant mouvement religieux, sous l'impulsion du prédicateur Abdullah Ibn Yassin. Leur but est d'instaurer l'islam sunnite de rite malékite dans toute l'étendue de l'Occident musulman (Al-Andalus et Afrique du Nord)[35]. Ainsi leur vient leur nom d'al-Murabitoun, c'est-à-dire les combattants du ribat, une forteresse de la guerre sainte dressée contre leurs ennemis animistes. Les Almoravides sont victorieux dans leur guerre contre les royaumes noirs du Tekrour et du Ghana. Ils s'emparent ainsi du Ghana et de sa capitale Aoudaghost, avec tout l'or que produit ce pays et parviennent à remonter les pistes caravanières vers le nord, jusqu'au Tafilalet dans les années 1050, où ils mettent fin à l'existence du royaume de Sijilmassa. Leurs chefs sont successivement Abu Bakr Ibn Omar Elmtouni puis Youssef Ibn Tachfin[35] .

Vue intérieure de la coupole almoravide de Qubbat Barudiyin (1120) à Marrakech

La guerre éclate entre les Almoravides et les Zénètes. Les Banou Ifren et les Maghraouas perdent alors tout pouvoir après la victoire finale des Almoravides. C'est Youssef Ibn Tachfin qui fonde Marrakech en 1062, au départ simple campement nomade destiné à devenir la capitale d'un empire. Les Almoravides font disparaître dans les régions qu'ils contrôlent toutes les doctrines qu'ils suspectent d'hérésie. C'est ainsi qu'ils suppriment le chiisme, dernier legs fatimide dans le Souss[36], et qu'ils détruisent le royaume berghouata qui prospérait dans les plaines centrales de la Tamesna (correspondant aux actuelles régions de Doukkala, de Chaouia et de Casablanca) et du Tadla. Partout les Almoravides imposent le sunnisme malékite le plus strict, tel qu'enseigné par les écoles théologiques de Médine et de Kairouan. Cette unification religieuse se double d'une unification politique. Les Almoravides étendent ainsi leurs conquêtes jusqu'au Maghreb central, à la limite du royaume hammadide.

En 1086, Youssef Ibn Tachfin, appelé par les rois des taïfas d'Al Andalus, franchit le détroit de Gibraltar à la tête de ses forces sahariennes composées de nomades Sanhadjas et de guerriers africains du Bilad as-Sûdan, et parvient ainsi à briser l'offensive du roi de Castille Alphonse VI à Zallaqa (bataille de Sagrajas). Les Almoravides mettent fin au règne des roitelets, exilent l'émir de Séville Al Mutamid Ibn Abbad et celui de Grenade, Abdallah ben Bologhin, à Aghmat près de Marrakech. Ils unifient ainsi Al-Andalus, qui est incorporée à leur empire à partir de 1090. Ils ne parviennent cependant à récupérer Tolède tombée aux mains des Castillans en 1085. Youssef Ibn Tachfin, qui a pris le titre d’Émir des Musulmans (mais non celui de calife, considérant ce privilège dévolu aux Abbassides), règne sur un ensemble géopolitique s'étendant du Sénégal jusqu'aux abords des Pyrénées et des côtes atlantiques jusqu'à Alger.

Troupes chrétiennes et musulmanes en Al-Andalus au XIIe siècle

Cette domination almoravide se manifeste par une symbiose des identités andalouse, ouest-maghrébine et saharienne, préparant la voie à l'émergence d'une civilisation hispano-mauresque originale à cheval sur la péninsule ibérique et le Maghreb occidental. Les édifices subsistant à Marrakech, Tlemcen et Alger montrent ainsi une forte influence de l'école artistique cordouane adaptée aux canons esthétiques nord-africains. Dans le domaine économique, l'État almoravide se distingue par sa maîtrise des flux de l'or, dont il contrôle les zones de production et les voies d'acheminement, du Ghana jusqu'au bassin méditerranéen. Le dinar d'or almoravide, appelé marabotin, circule sur tous les grands marchés commerciaux comme devise de référence.

Après la mort de Youssef Ibn Tachfin en 1106, son fils Ali Ben Youssef lui succède[35], mais la dynastie est déjà contestée aussi bien en Espagne qu'en Afrique. La famille régnante prend en effet goût aux plaisirs et aux délices d'une vie de cour raffinée héritée des califes de Cordoue et des émirs taïfas d'Al Andalus. Dans le même temps, les populations subissent la dictature rigoriste des cadis malékites et les exactions locales des chefs militaires d'origine sanhadja qui s'appuient parfois sur des milices de mercenaires chrétiens comme celle du chevalier catalan Reverter. Une telle conjoncture politique favorise un mécontentement généralisé dans l'ensemble de l'empire almoravide gravement affaibli.

Dynastie almohade (1147-1269)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Almohades.
Carte de l'empire des Almohades

Mohammad Ibn Toumert, futur Mahdi est fils d'un amghar, chef de village de la tribu des Harga, dans le Haut Atlas. Très précocement animé par un zèle religieux, il entreprit dès sa jeunesse de multiples voyages l’amenant à visiter Bagdad, Le Caire et peut-être même Damas où il découvre tout l'ampleur de la tradition musulmane, et notamment le soufisme. Au cours de ce périple, Ibn Toumert rencontre probablement le fameux mystique persan Ghazali, dont les œuvres avaient été condamnées par les cadis almoravides en Occident d'Islam. Rapidement, il entretient une profonde aversion pour l'étroitesse du malékisme régnant en maître en sa patrie. C'est en 1117 qu'il regagne le Maghreb, via Tripoli, puis Tunis et enfin Béjaïa où ses prêches pieuses galvanisent les foules. À Melalla, il se lie d’amitié avec Abd al-Mumin, un Zénète, qui devient son meilleur disciple[37].

C'est à Tinmel, au cœur de la très isolée vallée du N'fis qu’il établit sa « capitale ». Ses prêches rencontrent un écho considérable et il clame ouvertement son intention de liguer toutes les tribus insoumises des montagnes contre les Almoravides. Son aura grandissante suscite de jour en jour davantage d'inquiétudes de la part des Almoravides qui lancent contre lui en 1121 une expédition militaire commandée par le gouverneur du Souss, Abou Bakr Ben Mohammed El-Lamtouni. L'expédition est écrasée.

À la suite de cette déconvenue, ses désirs s'estompent un temps mais en 1127 (ou 1129), une nouvelle expédition parvient dans les contreforts du Haut-Atlas aux environs d’Aghmat dans l'espoir de frapper un grand coup en pays Hintata, fief de la doctrine « Unitaire ». Mais Abd El Moumen et El Béchir contrarient ce plan et profitant de l'effet de surprise, ils parviennent même à assiéger ponctuellement Marrakech, capitale almoravide. Cependant, leurs faiblesses en combat de plaine les poussent à se retrancher en toute hâte (El Béchir mourut). Quelques mois plus tard, en septembre 1130, Ibn Toumert décède.

Intérieur de la mosquée de Tinmel, fief originel de la doctrine almohade

Abd El Moumen succède d'abord secrètement au fondateur de la secte et privilégie une politique d'alliance avec les tribus de l'Atlas. Pour ce faire, il joue non seulement de ses origines zénètes mais aussi de ce qui restait de cercles d'initiés qu'avait fondé son prédécesseur. Dès 1140, une intense campagne permet aux Almohades de s'attirer les faveurs des oasis du sud. Taza puis Tétouan sont les premières grandes cités à tomber. À la faveur du décès d’Ali Ben Youssef en 1143, il s'empare de Melilla et d'Al-Hoceima, faisant ainsi du nord du Maroc sa véritable base logistique. La mort du redoutable chef mercenaire chrétien Reverter en 1145 suivie la même année de celle de Tachfin Ben Ali permet aux Almohades les prises respectives d’Oran, de Tlemcen, d'Oujda et de Guercif.

S'ensuit ensuite le long et éprouvant siège de Fès qui durera neuf mois durant lesquels Abd El Moumen se charge personnellement de prendre Meknès, Salé et Sebta. La conquête du Maroc s'achèvera finalement en mars 1147 par la prise de Marrakech, capitale du désormais déchu empire almoravide et dont le dernier roi Ishaq Ben Ali sera ce jour-là impitoyablement tué. Pour fêter cette victoire, Abd El Moumen fait bâtir la très célèbre Koutoubia sur les ruines de l'ancien Dar El Hajar.

Bab Agnaw, porte d'entrée de la Casbah de Marrakech où se situait la résidence des califes almohades
Vue du minaret de la mosquée almohade de la Koutoubia

De manière assez inédite, les premiers efforts militaires d'Abd El Moumen désormais « intronisé » se tournent vers l'est du Maghreb, sous la menace des Normands de Sicile menés par Roger II (qui ont pris le contrôle de Djerba et Mahdia et menacent la prospère Bejaïa) et des tribus bédouines hilaliennes envoyées depuis la Haute-Égypte par les souverains fatimides du Caire, furieux de voir Zirides et Hammadides échapper à leur contrôle. Les opérations lancées s'avèrent largement fructueuses puisque les bédouins sont complètement écrasés à Béjaïa puis Sétif en 1152. En 1159, une puissante armée terrestre est levée depuis Salé, secondée par une flotte de soixante-dix navires, obligeant les Normands à se retrancher sur Sfax et Tripoli. Ainsi l'empire almohade s'étendait-il à la fin des années 1150 de l'océan Atlantique jusqu'à la Tripolitaine de Libye.

En Andalousie la fin de la période almoravide a permis la résurgence des royaumes de taïfas et un regain de vigueur des chrétiens. En 1144 ils prennent même le contrôle de Cordoue. À l'ouest, Lisbonne et Santarem sont prises également. Almeria est également prise par les Aragonais pour une décennie entière. Directement menacées, les taïfas se voient obligés de faire de nouvel appel aux maîtres du Maghreb.

Ainsi, avant la prise de Marrakech par les Almohades, Jerez et Cadix s'offrent à ces derniers. Dans le sillage de la prise de Marrakech, des corps expéditionnaires permettent la conquête de tout le Sud de la péninsule (Grenade, Séville, Cordoue…) puis de Badajoz. En 1157, Almeria est reprise. Abd El Moumen décèdera finalement en 1163 à Salé. Son fils Abu Yaqub Yusuf lui succède, d'abord reconnu à Séville puis à Marrakech. Il s'efforcera jusqu'à son décès en 1184 de régner en véritable « despote éclairé », soucieux de desserrer l'étau d'orthodoxie religieuse pesant sur le Maghreb[38].

Histoire de Bayâd et Ryâd, manuscrit avec miniature de style andalou-maghrébin d'époque almohade

Sous son impulsion fleurissent des arts autrement plus épanouis que sous la dynastie précédente. L’architecture en particulier atteint son apogée, se traduisant par la construction de la Giralda à Séville, honorée du statut de capitale andalouse, ainsi que de la Tour Hassan à Rabat (dont le minaret ne fut jamais achevé) et de la Koutoubia à Marrakech, toutes trois bâties sur un modèle sensiblement équivalent. Dans d’autres registres, le palais de l’Alhambra est érigé sur les hauteurs de Grenade et les Jardins de l'Agdal sont plantés à Marrakech (cf. l'article Art almoravide et almohade). C’est également sous les Almohades que vécurent le brillant philosophe Averroès (de son vrai nom Ibn Rûshd ابن رشد), de même qu'Ibn Tufayl ainsi que Maïmonide, qui ira néanmoins s’exiler au Caire afin de pouvoir pratiquer librement sa religion (il était de confession hébraïque)[39].

À la mort d’Abu Yaqub Yusuf, les Almoravides demeurés maîtres des Baléares s’en vont porter le glaive là où jadis sévissaient les Normands. Ils arrachent Alger, Miliana, Gafsa et Tripoli aux Almohades et subventionnent des tribus arabes d’Ifriqiya qui s’en iront mener des razzias dans tout le Maghreb médian et descendront même jusque dans les oasis du Drâa. Matées par les vigilantes milices d’un certain gouverneur Abu Yusf, ces tribus bédouines seront par la suite sédentarisées dans l’Ouest marocain, dans l’ancien pays bergouata où elles contribueront à l’effort d’arabisation des plaines du Gharb et de la Chaouia. Après la victoire d’Alarcos durant laquelle Alphonse VIII est battu par le souverain Abu Yusuf Yaqub al-Mansur, les derniers fauteurs de troubles almoravides sont écrasés dans le Sud tunisien. C’est l’âge d’or almohade.

Tour Hassan construite par le calife almohade Yacoub El Mansour à Rabat

Muhammad an-Nasir succède à son père en 1199. Le 16 juillet 1212, son armée de 200 000 hommes est mise en déroute par une coalition de près de 220 000 chrétiens venus de France, d’Aragon et de Catalogne, de León et de Castille répondant à l'appel à la Croisade contre les Almohades lancée par le pape Innocent III. C’est la bataille de Las Navas de Tolosa que l’histoire retiendra comme l’événement charnière de la Reconquista.

L’autorité des Almohades sur leur empire sera durablement affaiblie par cette débâcle, au point que le Muhammad an-Nasir renoncera à son trône l’année suivante, le cédant à son fils. À 16 ans, Yusuf al-Mustansir accède donc au trône. Dépourvu d’autorité, il voit rapidement le Maghreb médian lui échapper. Il en va de même en Andalousie où le gouverneur almohade de Murcie réclame une régence et franchit le détroit pour le faire savoir. À Séville, Al-Mamoun fait sensiblement de même. Les taïfas renaissent de leurs cendres et imposent le malékisme. À Marrakech même les cheikhs souhaitent procéder à l’élection d’un nouveau calife, ne laissant d’autre alternative au jeune souverain que la fuite pour un temps. Son fils, Abd al-Wahid al-Makhlu lui succède en 1223. Il mourra étranglé l’année même.

Les cheikhs de Marrakech procéderont alors à l’élection d’Abu Muhammad al-Adil. Les Hafsides, du nom d’Abû Muhammad ben ach-Chaykh Abî Hafs, autrefois vizir de Muhammad an-Nasir déclarent leur indépendance en 1226, sous l’impulsion de Abû Zakariyâ Yahyâ. La mort d’Abu Muhammad al-Adil marquera le début de l’ingérence du Royaume de Castille dans les affaires marocaines. Ferdinand III de Castille soutiendra Abu al-Ala Idris al-Mamun tandis que les cheikhs de la hiérarchie soutiendront le fils de Muhammad an-Nasir, Yahya al-Mutasim. C’est le premier qui prend pour un temps l’ascendant, parvenant à s'emparer de Marrakech et à massacrer les cheikhs. Il renie la doctrine religieuse almohade au profit du malékisme et consent en paiement de sa dette à l'égard des Castillans de construire l’église Notre-Dame de Marrakech en 1230. L’édifice est détruit deux ans plus tard.

En 1233, son fils Abd al-Wahid ar-Rachid reprend Marrakech et chasse de Fès les Bani Marin futurs Mérinides (ces derniers faisaient payer à la ville et à sa voisine Taza un tribut depuis 1216), permettant de réunifier le Maroc. En Andalousie, Cordoue tombe aux mains de Ferdinand III de Castille dès 1236. Valence lui emboîtera le pas deux ans plus tard, puis ce sera au tour de Séville en 1248. Entre temps, Abu al-Hasan as-Said al-Mutadid parviendra à rétablir un semblant d’unité sur le Maroc mais accumulera les échecs face aux Mérinides dont l’avancée est irrésistible sur le Maroc septentrional. Pour une trentaine d’année, les Almohades survivront, repliés sur la plaine du Haouz et payant un tribut à leurs voisins septentrionaux. En 1269, Marrakech tombe, suivie en 1276 de Tinmel, fief originel de la dynastie. La chute de Tinmel marque la fin du califat almohade, qui fut la puissance majeure de l'Occident musulman.

Le Maroc au cours des Croisades[modifier | modifier le code]

Le califat almohade, sous le règne d'Abu Yusuf Yaqub al-Mansur, établit un partenariat stratégique avec l'Égypte du sultan Saladin. Le point d'orgue de cette relation est l'ambassade d'Abou al Harith Abderrahman Ibn Moukid envoyé par Saladin auprès de la Cour almohade de Marrakech. Cette mission débouche sur une alliance entre Almohades et Ayyoubides, qui se concrétise par la participation de la flotte marocaine aux opérations maritimes contre les Croisés (sur les côtes du Proche-Orient et même en mer Rouge, où les navires almohades prêtés à al-Adel mettent en échec l'expédition contre La Mecque organisée par Renaud de Châtillon en 1182)[40]. À la suite de la prise de Jérusalem par Saladin en 1187, plusieurs familles originaires du Maroc et du Maghreb viennent participer au repeuplement de la ville sainte d'Al-Qods. Ces populations établissent ainsi un quartier qui prit par la suite le nom de « quartier des Magharibas (Marocains) »[41] ; de nombreux Palestiniens descendent de ces Marocains installés en Terre sainte.

Dynastie mérinide (1269-1465)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mérinides.
Carte de l'Empire mérinide et de ses extensions

Contrairement aux deux dynasties précédentes, la montée en puissance des Mérinides n’est pas à mettre sur le compte d’une démarche personnelle associable à un individu mais plutôt à l’affirmation collective d’une tribu. L’autre rupture que marque l’accession au pouvoir des Mérinides est l’abandon du leitmotiv de la purification religieuse au profit d’une conception de la conquête du pouvoir plus classique, plus conforme à l’identité tribale des protagonistes.

La medersa mérinide de Salé, construite par le sultan Abu al-Hasan ben Uthman en 1341

La tribu en question est une tribu zénète dont les origines sont issues des Wassin [42]. Toujours est-il que les Beni Merin (ou Bani Marin) constituent tout au long du XIIe siècle l’archétype d’une tribu berbère caractéristique, nomadisant entre le bassin de la Haute-Moulouya à l’ouest (entre Guercif et Missour) et le Tell algérien, au sud de Sidi bel Abbès à l’est.

La première occurrence de la tribu des Beni Merin dans l'historiographie marocaine coïncide avec leur participation en tant que groupe à la bataille d'Alarcos (1196), bataille finalement remportée par le camp almohade. C’est à cette occasion que s’illustre Abd al-Haqq considéré comme le véritable fondateur de la dynastie mérinide. De retour au pays, la tribu retombe dans un anonymat relatif jusqu’à la cinglante défaite almohade de Las Navas de Tolosa à l’issue de laquelle les troupes mérinides iront défaire 10 000 soldats almohades. À la suite de ce succès, les Mérinides s’installent temporairement dans le Rif, soutenus par des Miknassas sédentarisés au nord de Taza.

Dès 1216, ils se faisaient payer tribut par les cités de Fès et Taza. Les Almohades soucieux de restaurer leur autorité sur tout leur territoire lancent de nombreuses contre-offensives, le plus souvent vaines. C’est au cours d’une de ces manœuvres que décède Abd al-Haqq. Son fils Uthman ben Abd al-Haqq lui succède. Dès 1227, toutes les tribus entre le Bou Regreg et la Moulouya ont fait allégeance aux Mérinides. En 1240, Uthman ben Abd al-Haqq décède, assassiné par son esclave chrétien. C’est son frère Muhammad ben Abd al-Haqq qui lui succède, assiégeant avec un succès relatif Meknès. Il décède en 1244, tué par des milices chrétiennes au service des Almohades.

Au milieu de la décennie 1240, les troupes almohades sont mises en déroutes à Guercif. Les Mérinides s’engouffrent alors dans la très stratégique Trouée de Taza, tremplin qui leur permit d’entreprendre le siège de Fès en août 1248 et d’envisager la prise de toute la moitié nord du Maroc. Mais la moitié sud n’est pas en reste. Abu Yahya ben Abd al-Haqq ayant précédemment succédé joue des amitiés traditionnelles des Beni Merin avec les Béni-Ouaraïn du Moyen Atlas et d’autres tribus du Tafilalet pour contrôler les oasis et détourner les revenus du commerce transsaharien de Marrakech vers Fès, désignée comme capitale mérinide.

En 1258, Abu Yusuf Yaqub Ben Abd Al-Haqq succède à son frère enterré dans l’antique Nécropole de Chella qu’il avait commencé à réhabiliter[43]. Le début de son règne est marqué par une lutte avec son neveu qui réclamait la succession. Ce dernier parvient à prendre Salé. La situation à l’embouchure du Bou Regreg profite à la Castille qui prendra la cité en otage durant deux semaines. L’ouest du Rif est également en proie à de nombreuses insurrections ghomaras tandis que Ceuta et Tanger sont alors aux mains d’un sultan indépendant, un dénommé El Asefi. Rapidement le nouveau souverain exprime son désir d’en finir rapidement avec les Almohades retranchés dans le Haouz, l’est des Doukkala et une partie du Souss. Une première tentative en ce sens se solda par un échec en 1262. Les Almohades pressent alors les Abdalwadides d’attaquer leurs rivaux Mérinides par surprise. Yghomracen, célèbre souverain abdalwadide est défait en 1268. L’année suivante, Marrakech est définitivement prise par les Mérinides[44].

Nécropole mérinide de Chellah, qui abrite notamment la tombe du Sultan noir

Durant les années qui suivent, il boute les Castillans hors de tous leurs établissements atlantiques jusqu’à Tanger. En 1276, Fès, nouvelle capitale du royaume se voit augmentée d’un nouveau quartier administratif et militaire, à l’écart de l’ancienne ville, où se côtoient notamment le nouveau palais royal et le Mellah. C’est Fès El Jedid. Globalement la ville connaîtra sous l’ère mérinide un second âge d’or, après celui connu sous les Idrissides. Après la pacification totale du territoire et la prise de Sijilmassa aux Abdalwadides, le sultan franchit le détroit et tente de reconstituer la grande Andalousie musulmane des Almohades. Les campagnes militaires espagnoles des Mérinides sont complexes mais n’accouchent que de peu de résultats concrets. À la suite du siège de Xérès, un traité de paix stipule le retour de nombreux documents et ouvrages d’art andalous (tombés aux mains des chrétiens lors des prises de Séville et Cordoue) vers Fès. En 1286, Abu Yusuf Yaqub Ben Abd Al-Haqq décède à Algésiras. Il est inhumé à Chella.

Minaret des ruines de Mansourah à Tlemcen en Algérie, mosquée bâtie sous le sultan Abu Yaqub Yusuf an-Nasr.

Son fils Abu Yaqub Yusuf[43], plus tard dit an-nāsr, lui succède et se voit confronté dès son intronisation à un durcissement des révoltes dans le Drâa et à Marrakech et à un désaveu de certains membres de sa famille, s’alliant tantôt avec les Abdalwadides ou les révolté. Il rend Cadix aux Nasrides de Grenade en guise de bonne volonté mais six ans plus tard, en 1291, ces derniers, alliés aux Castillans dont ils sont les vassaux, entreprennent de bouter définitivement les Mérinides de la péninsule ibérique. Après quatre mois de siège, Tarifa est prise par les Castillans. Mais Abu Yaqub Yusuf an-Nasr est plutôt préoccupé par Tlemcen, capitale des éternels rivaux des Beni Merin que sont les Abdalwadides. Il se dirige vers Tlemcen à la tête d’une armée cosmopolite puisqu’essentiellement composée de mercenaires chrétiens (Castillans et Aragonais principalement), de Turkmènes oghouzes et de Kurdes. Le siège durera huit ans et se poursuivra jusqu’à l’assassinat du souverain, des mains d’un des eunuques de son harem, en 1307.

Jusqu’à l’avènement d’Abu al-Hasan ben Uthman en 1331, la dynastie est marquée par une forme de décadence dont les principaux symptômes sont la multiplication :

– des querelles de succession ;
– des révoltes populaires (des difficultés dans le Rif, à Ceuta et Tanger se surajoutèrent au climat insurrectionnel croissant à Marrakech et dans le Souss) ;
– des révoltes du corps militaire (mutineries)

En 1331 donc, Abu al-Hasan ben Uthman (surnommé le « Sultan noir ») succède à son père, quelques mois seulement après avoir obtenu son pardon. Rapidement, l’obsession de ses aînés pour Tlemcen le rattrape. Il entame un nouveau siège sur la ville qui s’avérera vain. Il évince ceux qui dans son entourage familial le jalousent mais sait faire preuve d’une grande dextérité dans sa gestion des ambitions tribales. Tlemcen tombe enfin en 1337. Abu al-Hasan ben Uthman est auréolé de gloire. Cette victoire lui ouvre la voie du Maghreb médian mais avant de s’engouffrer dans cette brèche ouverte en direction d’Ifriqiya, le souverain tient à venger la mort de son fils Abu Malik, surpris par les Castillans après son succès à Gibraltar en 1333. La bataille de Tarifa, le 30 octobre 1340 se solde par une lourde défaite qui signe la fin définitive des ambitions marocaines en terre espagnole. Sept années plus tard, le sultan et ses armées parviennent à soumettre l’Ifriqiya. L’année suivante pourtant, les Mérinides essuient une cuisante défaite à Kairouan. L’écho de la déconvenue est grand, au point que naît et se répand une folle rumeur selon laquelle Abu l’Hassan serait mort au combat. À Tlemcen, Abu Inan Faris est alors intronisé. C’est de sa volonté qu’émanera la construction de la medersa Bou Inania de Fès.

Il a d’ailleurs également parachevé la construction de la Medersa Bou Inania de Meknès, entamé par son aîné. Ce dernier tentera un vain retour via Alger puis Sijilmassa. Il est finalement défait et tué par les armées de son fils sur les rives de Oum Errabiaa. Abu Inan Faris, profondément chagriné par ce décès, tentera alors de faire asseoir son autorité sur l’ensemble du royaume, de nouveau fragilisé par la recrudescence des volontés insurrectionnelles. Il s’entoure à ces fins d’Ibn Khaldoun, penseur de génie et véritable précurseur de la sociologie moderne. Son neveu, maître de Fès, est exécuté, mais à l’occasion de ce déplacement au Maroc, c’est Tlemcen qui se soulève. Une intense campagne permet un certain regain de vigueur des Mérinides mais Abu Inan est étranglé des mains d’un de ses vizirs, un certain al-Foudoudi, le 3 décembre 1358, neuf ans seulement après son accession au pouvoir.

Monnaie d'or du sultan Abu Inan Faris (1348-1358)

L’anarchie est alors à son paroxysme. C’est le premier grand déclin de la dynastie. Chaque vizir tente de porter sur le trône le prétendant le plus faible et manipulable. Les richesses patiemment accumulées par les souverains précédents sont pillées. Un premier prétendant venu de Castille parvient à se soustraire pour un temps à ce diktat des vizirs. Il s’appelle Abû Ziyân Muhammad ben Ya`qûb plus simplement appelé Muhammad ben Yaqub. Reconnu et acclamé dans le nord du Maroc, il règne à partir de 1362 sur un royaume dont seule la moitié nord est demeurée loyale à l’autorité mérinide. Tout au long de son bref règne, il tentera de faire évincer un à un les vizirs jugés encombrants mais c’est des mains d’un de ces derniers, le grand vizir Omar, qu’il périra en 1366.

Omar désincarcère alors le fils d’Abu l’Hasan, Abu Faris Abd al-Aziz ben Ali ou plus simplement Abd al Aziz. Après avoir réussi le tour de force d’évincer bon nombre de vizirs dont celui qui l’a porté au pouvoir, il parvient à mater le pouvoir parallèle en place à Marrakech (pouvoir dit d’Abou l'Fadel, vaincu en 1368). Il parvient à asseoir son autorité en pays Hintata, puis dans le Souss et à Sijilmassa. En 1370, Tlemcen, où s’était reconstitué le pouvoir abdalwadide, retombe aux mains des Mérinides. Mais deux ans plus tard seulement, il s’éteint. Le royaume est à nouveau scindé en deux, les zaouias prenant le pouvoir à Marrakech. La peste noire se fait dévastatrice.

S’ensuivent 21 années de déclin durant lesquelles se multiplient les intrigues dynastiques, les coups politiques des différents vizirs, les ingérences nasrides et de vaines tentatives de coup d’éclat militaires face à Tlemcen. Durant les deux périodes de déclin, la pratique de la course se développe, tant dans le nord, dans les environs de Tanger et Ceuta, que sur la côte atlantique.

En 1399, alors que le Maroc est en proie à une anarchie des plus totales, le roi Henri III de Castille arme une expédition navale destinée à annihiler la pratique de la course depuis Tétouan. En fait, la ville est non seulement mise à sac mais également totalement vidée de sa population (la moitié est déportée en Castille). En 1415, c’est au tour de Ceuta de tomber aux mains des navires de Jean Ier, roi du Portugal, lui aussi en croisade contre la course.

Ibn Battuta, grand voyageur tangérois de l'ère mérinide qui visita trois continents

La dynastie mérinide connait un tragique déclin[45]. Abu Said Uthman ben Ahmad dit Abu Said succède à Abu Amir Abd Allah dans des circonstances troubles. En 1421 Abu Muhammad Abd al-Haqq succède à Abu Said alors qu’il n’a qu’un an; cette accession au trône appela bien sûr une régence. Les vizirs wattassides s’avèreront incontournables et s'accapareront le pouvoir pendant près de 40 ans, à l'issue desquelles ils seront massacrés, en 1459, par Abd al-Haqq qui reconquiert le pouvoir par l'occasion. Une révolte populaire éclate néanmoins à Fès en 1465 et Abd a-Haqq est égorgé ; cet épisode marque la fin du règne des Mérinides.

Anarchie mérinide et restauration idrisside (1465-1471)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Période d'anarchie wattasside.

En 1465, à la suite de la chute du régime mérinide à l'issue de la révolte de Fès, le chérif Mohammed ibn Ali est proclamé sultan ; c'est un descendant des Idrissides, de la branche des Amrani-Jouti ; le pouvoir du sultan Mohammed est toutefois limité à la région de Fès[46], plongeant le reste du pays dans l'anarchie et l'exposant aux velléités expansionnistes européennes. Pendant ce temps, Mohammed ach-Chaykh, un des deux survivants du massacre de 1459, prépare sa reprise du pouvoir, qu'il accomplira finalement en 1471 mettant fin à l'éphémère gouvernement idrisside[47].

Dynastie wattasside (1471-1554)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Wattassides.
Le Maroc au début du XVIe siècle : en rouge, le domaine des Wattasides

Les Wattassides ou Ouattassides ou Banû Watâs sont une tribu de Berbères zénètes comme les Mérinides. Cette tribu, qui serait initialement originaire de l'actuelle Libye, était établie dans le Rif, au bord de la Méditerranée. De leur forteresse de Tazouta, entre Melilla et la Moulouya, les Beni Wattas ont peu à peu étendu leur puissance aux dépens de la famille régnante mérinide (voir l'article détaillé sur les Wattassides).

Ces deux familles étant apparentées, les Mérinides ont recruté de nombreux vizirs chez les Wattassides. Les vizirs wattassides s'imposent peu à peu au pouvoir. Le dernier sultan mérinide est détrôné en 1465. Il s'ensuit une période de confusion qui dure jusqu'en 1472. Le Maroc se trouve coupé en deux avec à Marrakech la dynastie arabe émergente des Saadiens, et à Fès le sultanat wattasside déclinant. Plus au nord, à Tétouan et à Chaouen, apparaît une principauté à dominante andalouse peuplée par les réfugiés du royaume de Grenade (conquis par les Espagnols catholiques en 1492) et dirigée par une femme nommée Sayyida al-Hurra[48]. Sayyida al-Hurra (ou Sitt al-Hurra) mène une lutte implacable contre les Portugais qui occupent Ceuta depuis 1415, et contracte une alliance matrimoniale avec les Wattassides en épousant le sultan Abu al-Abbas Ahmad ben Muhammad. Sur le plan stratégique elle joint ses forces à celles de l'amiral turc Arudj Barberousse qui lutte contre les Espagnols en Méditerranée occidentale.

En 1472, les sultans wattassides de Fès ont perdu tous leurs territoires stratégiques et n'ont plus le contrôle du détroit de Gibraltar. Les Portugais prennent possession de Tanger en 1471 [49] puis cèdent la ville à l'Angleterre en 1661 comme dot apportée par Catherine de Bragance à son époux Charles II d'Angleterre. La domination anglaise sur Tanger, relativement courte (1661-1684), sera contestée en permanence par le Parlement de Londres malgré l'octroi d'une charte civique à la colonie par Charles II, et cela en raison des difficultés financières qu'entraîne l'entretien de sa garnison soumise en permanence à la pression des assauts marocains. L'évacuation de Tanger est finalement décidée et confiée à l'amiral Lord Dartmouth [50], les troupes de Moulay Ismail prennent alors possession de la ville après 193 années d'une triple domination étrangère (portugaise, espagnole, anglaise).

Ancienne colonie portugaise de Mazagan à El Jadida, récupérée par le Maroc en 1769

Durant la domination portugaise (1471-1661, avec un intermède espagnol entre 1580 et 1640), Tanger constitue la capitale de l'Algarve d'Afrique, car il existe alors deux Algarves, celle d'Europe et celle d'Afrique, toutes deux considérées comme territoires relevant personnellement de la maison d'Aviz puis de la maison de Bragance (le roi du Portugal porte aussi le titre de roi des Algarves).

Sous les règnes successifs d'Alphonse V, Jean II et Manuel Ier (période marquant l'apogée de l'expansion portugaise) l'Algarve africaine englobe presque tout le littoral atlantique marocain, à l'exception de Rabat et de Salé. Les Portugais contrôlent la portion côtière s'étendant de Ceuta à Agadir et à Boujdour, avec pour points de jalon les places fortes de Tanger, Asilah, Larache, Azemmour, Mazagan, Safi et Castelo Real de Mogador. D'Azemmour est originaire Estevanico (de son vrai nom Mustapha Zemmouri), un Marocain réduit en esclavage par les Portugais puis revendu aux Espagnols, et qui s'illustrera par sa découverte et son exploration du continent américain jusqu'aux confins du Mexique et de l'Arizona dans les rangs des conquistadors hispaniques[51].

Les possessions de la Couronne lusitane constituent des fronteiras, équivalent portugais des presidios espagnols, et sont utilisées comme escales sur la route maritime du Brésil et de l'Inde portugaise. Néanmoins la plus grande partie du Maroc portugais est reconquise par les Saadiens en 1541. La dernière fronteira est celle de Mazagan, récupérée par les Marocains en 1769. Les Espagnols pour leur part s'attribuent la côte méditerranéenne avec les présides de Melilla et le rocher de Vélez de la Gomera, ainsi que la région de Tarfaya faisant face aux îles Canaries. Ils prennent également le contrôle de Ceuta à l'issue de la débâcle portugaise à la bataille des Trois Rois qui se solde par l'établissement de l'Union ibérique (1580)[52].

Les Wattassides affaiblis donnent finalement le pouvoir à une dynastie se réclamant d'une origine arabe chérifienne (les Saadiens) en 1554[53].

Les dynasties chérifiennes[modifier | modifier le code]

Dynastie saadienne (1554-1659)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Saadiens.
Carte de l'Empire saadien
Cour intérieure de la Medersa Ben Youssef à Marrakech, époque saadienne

Les Saadiens, appelés parfois Zaydanides[54], constituent une dynastie arabe chérifienne originaire de la vallée du Draâ. Elle arrive au pouvoir en 1511 avec le sultan Muhammad al-Mahdi al-Qaim bi-Amr Allah et choisit Marrakech pour capitale définitive après Taroudant. À partir de 1554 elle contrôle entièrement le Maroc, alors que le Maghreb central et oriental est sous la domination des Ottomans. Mohammed ech-Cheikh est un adversaire résolu du sultan-calife ottoman Soliman le Magnifique. Pour conjurer la menace exercée par les gouverneurs turcs d’Alger, le sultan saadien n’hésite pas à chercher l’alliance des Espagnols qui occupent Oran et lui permettent de s’emparer de Tlemcen.

Cependant en 1554 les troupes turques de Salah Raïs bousculent le dispositif saadien établi autour de Tlemcen, et poussent l'offensive jusqu'à Fès avec l'intention d'occuper la moitié nord du Maroc et de l'incorporer à l'Empire ottoman[55]. Alors que l'armée commandée par le pacha d'Alger s'apprête à pénétrer dans la vallée du Sebou, une sortie des forces espagnoles du comte d'Alcaudete, gouverneur d'Oran, oblige les Ottomans à évacuer précipitamment leur éphémère conquête marocaine et à revenir défendre l'Ouest algérien menacé par les Espagnols. Ce retrait turc est profitable aux Saadiens qui récupèrent ainsi Fès et les marches orientales du nord-est marocain. Charles Quint a également évité de voir les Ottomans atteindre la rive sud du détroit de Gibraltar et devenir ainsi des voisins directs de l'Espagne[56].

L'alliance stratégique hispano-saadienne a montré ainsi son efficacité. Mais la diplomatie pro-espagnole de Mohammed ech-Cheikh lui vaut l’inimitié tenace de la Sublime Porte. En effet, en 1557 des assassins à la solde du beylerbey d’Alger Hassan Pacha décapitent le sultan marocain et envoient sa tête en trophée à Istanbul, où Soliman la fera accrocher aux remparts de la forteresse du Bosphore[57]. Ce meurtre n’a cependant pas d’incidence sur le front militaire et consolide même les assises de la dynastie saadienne.

Le sultan Abdelmalik reconquit Fès grâce aux troupes ottomanes janissaires de Ramadan Pacha qui constituent un modèle de réorganisation de la nouvelle armée marocaine sous le règne des Saadiens (miniature turque du XVIe siècle)
Le sultan Ahmed al-Mansur Saadi, dont le règne marque l’apogée de la dynastie saadienne.

Désignés et légitimés par les confréries mystiques et notamment par les cheikhs des zaouïas de la Chadilya et de la Jazoulya, les Saadiens doivent réunifier le Maroc en proie aux divisions intestines, et faire face aux ambitions du jeune roi Sébastien Ier de Portugal désireux de mener sa croisade personnelle en Afrique. Le 4 août 1578 à Ksar El Kébir (bataille des Trois Rois), une grande armée portugaise composée de soldats originaires de presque toute la chrétienté occidentale catholique (chevaliers et fantassins portugais, miliciens des provinces espagnoles, lansquenets allemands et flamands et mercenaires italiens des troupes papales) est complètement anéantie par les forces militaires de l'Empire saadien qui s'offrent une victoire au retentissement considérable[58]. À l’issue de cette bataille, la dynastie se concentre sur la frange nord-orientale du Maroc afin de protéger le pays des invasions ottomanes, comme en témoignent les importants borjs et ouvrages de fortification militaire de Fès et de Taza.

Abd el-Ouahed ben Messaoud, ambassadeur du sultan al-Mansur en Angleterre, vers 1600

Malgré leur opposition politique à la Sublime Porte, les Saadiens organisent leur makhzen et leur armée sur le modèle ottoman. L’administration adopte les titres de pachas et de beys, et les sultans se dotent d’une garde d’élite composée de peiks et de solaks, qui s'inspire fortement des janissaires turcs. Un khalifa représentant du sultan[59] exerce le pouvoir de vice-roi depuis Fès sur les provinces du nord et des marches orientales. Beaucoup de fonctionnaires issus du makhzen saadien sont des renégats d'origine chrétienne et des Andalous chargés de surveiller la perception des impôts et de veiller à la loyauté des populations susceptibles de se révolter contre le pouvoir du sultan.

Gravure figurant Tombouctou, grande cité des Songhaï, capitale du pachalik du Soudan marocain à partir de 1591
Vue de Marrakech et du palais El Badi au début du XVIIe siècle

L’influence turque[60] s’explique par l’exil des princes Abu Marwan Abd al-Malik et Ahmed (futur Ahmed al-Mansur Saadi) à Alger et à Istanbul durant le règne de leur demi-frère Abdallah el-Ghalib, qui avait voulu les éliminer afin d’être l’unique représentant de la dynastie. Le soutien du sultan ottoman Murad III aux prétentions des deux princes saadiens peut paraître paradoxal en raison de la nature conflictuelle des relations maroco-turques, mais Abd al-Malik puis son frère savent exploiter intelligemment cet appui pour récupérer le trône et éliminer leur neveu Mohammed el-Mottouakil (fils d’al-Ghalib) qui de son côté s’était allié au Portugal. La mort de Murad III en 1595 met fin par ailleurs aux appétits hégémoniques de la Sublime Porte et renforce ainsi l’indépendance marocaine[61].

Si les Turcs sont surtout présents dans l’état-major et dans l’artillerie, l’essentiel de l’armée saadienne est composé de renégats et de tribus militaires arabes Cheragas ainsi que de contingents du Souss (les Ehl el-Souss, constituant l’ossature militaire de la dynastie)[62]. Cette force considérable, estimée à 40 000 hommes par l’historien Henri Terrasse[63], fait du sultan Ahmed al-Mansur le plus puissant chef politique et militaire de cette partie de l’Afrique.

Le sultan envoie un de ses plus brillants officiers, le pacha Djoudar, à la conquête de l’Empire songhaï du Mali qui devient après la bataille de Tondibi et la défaite des Songhaï, le pachalik marocain de Tombouctou et du Bilad as-Sûdan (le Soudan occidental nigérien, par opposition au Soudan oriental nilotique), incluant les prestigieuses cités de Gao et de Djenné. Dans cette nouvelle province de l'Empire saadien en Afrique occidentale, l'ordre est assuré par un important dispositif de garnisons (les soldats de l'armée marocaine du Soudan finissent d'ailleurs par épouser les femmes songhaï, donnant naissance à une nouvelle ethnie issue de ce métissage, les Arma). Sur le plan religieux, la primauté du califat saadien est reconnue jusqu’au Tchad par Idriss III Alaoma, souverain du royaume du Kanem-Bornou[64]. Cette allégeance spirituelle marque une victoire indéniable pour le sultan al-Mansur sur la scène africaine au détriment de l’Empire ottoman qui entendait user également de son statut de puissance califale auprès des royaumes musulmans du Sahel.

L'Empire songhaï détruit et son souverain Askia Ishaq II renversé, l’or de la vallée du fleuve Niger prend le chemin des oasis marocaines puis de Marrakech par le circuit de caravanes sous forte escorte armée. Grâce à cet or malien, le sultan al-Mansur se lance dans une politique de grand prestige, achève son immense et luxueux palais El Badi siège d'une vie de Cour très fastueuse, et l’on voit même la reine de France Catherine de Médicis tenter de recourir à un emprunt de 20 000 ducats auprès du richissime souverain saadien[65]. De son côté la reine Élisabeth Ire d’Angleterre veut nouer une alliance stratégique anti-espagnole avec le puissant califat saadien, afin de contrer les ambitions de Philippe II. Cette politique se concrétise par l’attaque conjointe anglo-marocaine contre Cadix (1596) et par l’échange d’ambassadeurs entre les Cours royales de Londres et de Marrakech en 1600.

Mais cette page brillante s’achève par le décès d’Ahmed à Fès en 1603. Dès 1612, les pachas de Tombouctou cessent d'obéir directement au sultan, et l’or du Mali ne parvient plus jusqu’à Marrakech. La dynastie s’éteint en 1659 à la mort du sultan Ahmed el-Abbas, qui met fin à une longue guerre opposant les différents héritiers de la famille saadienne[66]. À la veille de la disparition de la dynastie saadienne, le Maroc se fractionne en plusieurs pouvoirs locaux, dont certains ambitionnent de dépasser leur cadre régional et de s’imposer à l’échelle nationale. Parmi ces différents pouvoirs, les plus remarquables sont la zaouia de Dila, basée dans le Moyen-Atlas et qui étend son hégémonie jusqu'à Fès, et dont la force repose sur les tribus berbères des montagnes, notamment les Sanhadjas; et la zaouia d’Illigh qui fonde le royaume du Tazeroualt dans le Souss, et draine une grande partie du commerce caravanier du Sahara et du Soudan marocain.

À côté des États théocratiques soufis de Dila et du Tazeroualt, le chef de guerre El-Ayachi, meneur du jihad dans les provinces atlantiques, se taille un fief important dans le Gharb. Les villes côtières où domine l'élément andalou et morisque s’érigent également en entités politiques indépendantes, comme la République de Salé et la principauté des Naqsides à Tétouan. Enfin, à Marrakech et dans le Haouz émerge la seigneurie des maires du palais saadiens, ultime vestige de la dynastie agonisante. Mais de tous les protagonistes en présence, ce sont les Alaouites, émirs du Tafilalet qui s’imposent grâce à une conquête méthodique et graduelle du Maroc, mettant à profit les faiblesses internes et les dissensions de leurs adversaires. La dynastie alaouite parvient ainsi au pouvoir sur l’ensemble du territoire au milieu du XVIIe siècle.

L'arrivée des Andalous et des Morisques[modifier | modifier le code]

Après les premiers succès de la Reconquista, des musulmans andalous commencent à se replier vers le Maroc en nombre croissant; ainsi dès le XIIe siècle certains Andalous décident de quitter l'Espagne maure mais la majorité sont contraints principalement en deux temps : à la chute de Grenade en 1492, et en 1609 avec l'expulsion des Morisques suivi du repli vers le Maghreb.

Dès avant 1492, la proximité géographique du Maroc avec l'Espagne andalouse et l'appartenance d'Al Andalus à la sphère de domination géopolitique almoravide, almohade puis mérinide, ont naturellement induit des échanges constants et variés entre les deux pays. La proximité du Maroc et la volonté de retour en Espagne entraînent une importante concentration de populations andalouses sur les rives Nord du Maroc. Les Rois catholiques espagnols désireux d'établir un glacis de protection de la péninsule Ibérique attaquent les régions septentrionales du Maroc et du Maghreb, et s'emparent des villes de Melilla en 1497 et de Peñón de Vélez de la Gomera en 1508, afin de prévenir toute velléité de revanche et un éventuel appui marocain ou ottoman aux exilés.

L'arrivée massive des Andalous, que le Maroc devra intégrer dans son tissu social et économique, marque un tournant majeur dans la culture, la philosophie, les arts, la politique et divers aspects de la civilisation marocaine. De nombreux intellectuels et artistes andalous rejoignent les Cours royales et califales du Maghreb, ce mouvement étant initié par le célèbre philosphe Averroes de Cordoue (décédé à Marrakech en 1198) et par le dernier poète arabe classique de l'Espagne musulmane, Ibn al-Khatib de Grenade qui finit sa vie à Fès au temps des Mérinides.

Jan Janszoon (alias Murat Reis), renégat hollandais et amiral de la flotte des Corsaires de Salé, 1650, peinture de Pier Francesco Mola

Les Moriscos installés à Rabat (appelé la Nouvelle-Salé) et Salé (Salé l'Ancienne) forment un État corsaire à partir de 1627, la République du Bouregreg dite aussi République des Deux Rives. Cette entité politique, comparable par certains aspects aux Régences barbaresques du Maghreb central et oriental sous domination ottomane, subsiste de courses commerciales fructueuses qui amènent ses caïds gouvernants à négocier avec les principales puissances européennes. La témérité des capitaines salétins est en effet réputée, et quelques-uns d'entre eux mènent des raids audacieux jusqu'en Islande voire même jusqu'en Amérique du Nord (jusqu'à Terre-Neuve notamment)[67]. Après une période d'indépendance au début du XVIIe siècle, le sultan alaouite Moulay Rachid met fin à l'existence de la république salétine et l'annexe à l'Empire chérifien.

De même, la ville de Tétouan, peuplée majoritairement « d'Andalous » depuis sa reconstruction à la fin du XVe siècle, forme une principauté de facto indépendante, gouvernée par la famille Naqsis pendant la première moitié du XVIIe siècle, dans le contexte d'affaiblissement du makhzen saadien et de morcellement territorial du pays. La principauté accueille des dizaines de milliers de Morisques à la suite de leur expulsion d'Espagne en 1609[68]. De structure sociale comparable à celle de Rabat, la course y représente une activité de première importance par le biais de son port de Martil, en aval du fleuve éponyme qui l'y relie.

Au Maroc, la guerre de course décline à la fin du XVIIIe siècle, avec arrêt définitif en 1829, à la suite des attaques de représailles de la flotte autrichienne contre Tétouan et Asilah (bombardements ayant suivi la capture d'un navire autrichien par des corsaires marocains[69]). Les capitaines salétins sont souvent d'origine morisque, mais d'autres sont des renégats européens (le plus célèbre étant le Hollandais Jan Janszoon devenu le grand amiral Mourad Raïs), des Marocains de la proche région de Salé ou encore des Turcs venus d'Alger et de Tripoli et bénéficiant d'une solide expérience de la guerre maritime.

Dynastie alaouite (de 1664 à nos jours)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dynastie alaouite.
Empire chérifien alaouite vers 1700

L'un des plus illustres Alaouites est le sultan Moulay Ismaïl, deuxième souverain de la dynastie, à qui les chroniqueurs et les témoins d'époque s'accordent à donner 26 ans lors de son avènement (1672). Il est le demi-frère de Moulay M'hammed et de Moulay Rachid, né d'une esclave noire dont il gardera un teint mat prononcé. Son règne se situe entre 1672 et 1727. Moulay Ismaïl succède à son demi-frère Rachid, mort accidentellement à Marrakech.

Le sultan impose son autorité sur l'ensemble de l'Empire chérifien grâce à une armée composée de milices d'esclaves-soldats noirs originaires d'Afrique occidentale et du pachalik marocain de Tombouctou (les Abid al-Bukhari, combattants d'élite dévoués à la personne exclusive du sultan et comparables aux janissaires de l'Empire ottoman, aux gholams de l'Iran séfévide ou encore aux mamelouks du Caire et de Bagdad). Les troupes de Moulay Ismail incluent aussi des tribus arabes guich (Oudayas, Cherrardas, Cheragas) cantonnées aux abords des villes impériales et des points stratégiques importants.

Dans le système guich, les tribus bénéficient d'exonérations fiscales et de terres agricoles en échange de leur service dans l'armée du sultan, cela aboutissant à la formation d'une caste militaire toute puissante au sein de laquelle le makhzen recrute également une grande partie de son personnel administratif. L'État ismaïlien est donc un pouvoir très solidement établi qui contrôle le pays depuis Meknès, nouvelle capitale impériale en remplacement de Fès et de Marrakech. Sous le règne d'Ismaïl Meknès se dote d'une cité interdite à la manière marocaine (dont l'organisation et la fonction présentent des similitudes avec la Cité interdite de Pékin), avec ses ensembles de palais, de bassins, de mosquées, de jardins et de forteresses. Cette structure gigantesque est destinée à abriter le souverain, sa Cour, son harem, sa garde personnelle et l'ensemble des hauts fonctionnaires et dignitaires de son administration.

Porte de Bab Mansour el Aleuj dans la Cité impériale de Meknès, achevée en 1732.
Moulay Rachid, premier sultan de la dynastie alaouite en 1664
Moulay Ismail, sultan du Maroc de 1672 à 1727.

Ismaïl est souvent comparé à son alter ego européen Louis XIV; par ailleurs le sultan marocain entretient une correspondance suivie avec le roi de France, auquel il demande la main de sa fille, Marie Anne princesse de Conti, néanmoins sans succès. L'ambassadeur marocain en France en 1699, l'amiral des mers marocaines Abdellah Benaïcha, est l'auteur du premier essai en langue arabe décrivant Versailles et les splendeurs de la Cour royale française. Il suivait de quelques années le baron François Pidou de Saint-Olon, ambassadeur de France à Meknès en 1693, auteur d'une relation (rapport diplomatique) sur l'Empire de Fez et de Maroc.

Les rapports entre les deux pays connaissent une phase de déclin en raison de l'échec des rachats des captifs chrétiens par les missions religieuses catholiques, et en raison également du sort des galériens musulmans retenus en France. Le rapprochement entre la France et le Maroc avait été motivé par l'opposition des deux pays envers l'Espagne de Charles II, mais l'accession au trône espagnol de Philippe V (Philippe de France, comte d'Anjou), petit-fils de Louis XIV, met fin à cette entente. Par conséquent les liens diplomatiques officiels sont rompus entre Meknès d'une part et Paris et Madrid d'autre part en 1718. Ils ne seront rétablis qu'en 1767. Ismaïl considère en effet la monarchie hispano-française des Bourbons comme désormais entièrement hostile aux intérêts du Maroc. La France est donc supplantée dans l'Empire chérifien par l'Angleterre, ce qu'illustre la brillante ambassade britannique du commodore Charles Stewart et de John Windus à Meknès en 1721[70],[71].

Abdelkader Perez, amiral de la flotte marocaine au début du XVIIIe siècle
Mohammed Ben Hadou, diplomate et dignitaire du makhzen sous le règne de Moulay Ismail

Ismaïl mène une guerre continuelle contre les tribus rebelles du Moyen et du Haut-Atlas (qu'il finit par soumettre) mais aussi contre les ennemis extérieurs : les Espagnols qui occupent Larache et Assilah, les Anglais de la colonie britannique de Tanger jusqu'en 1684, et les Ottomans de la Régence d'Alger qui convoitent incessamment Oujda et les provinces orientales. Le sultan étend l'autorité chérifienne sur la Mauritanie jusqu'au fleuve Sénégal grâce au concours des émirs maures et hassanis de l'Adrar, du Trarza et du Brakna, réaffirmant la souveraineté du makhzen sur le pays de Bilad Chenguitt. À l'est, les oasis du Touat reconnaissent l'autorité du pouvoir central de Meknès. Durant les années 1700, Ismaïl livre également des campagnes militaires contre quelques-uns de ses propres fils désireux de se tailler des principautés dans le Souss, à Marrakech et dans l'Oriental.

Mohammad Temim, Ambassadeur du Maroc, à la Comédie Italienne (1682), Antoine Coypel (1661-1722), Versailles.

De 1727 à 1757 le Maroc connaît une grave crise dynastique au cours de laquelle les Abids font et défont les sultans, tandis que les tribus guich se soulèvent et razzient les villes impériales. Les autres tribus profitent de l'anarchie pour entrer en dissidence (siba). De cette période troublée émerge la personnalité du sultan Abdallah II, renversé et rétabli à plusieurs reprises entre 1729 et 1745. Sa mère la sultane douairière Khnata bent Bakkar, veuve de Moulay Ismail issue de l'une des plus prestigieuses tribus des provinces sahariennes, joue alors un rôle prédominant de régente et tente de préserver les institutions fondamentales de l'Empire[72]. Abdallah doit subir les sécessions de ses demi-frères qui fondent de véritables royaumes dans chacune des provinces, avec l'appui des différentes factions armées des Abids ou des guich. Les habitants de Salé et de Rabat renouent avec l'autonomisme corsaire, tandis que dans le Nord les pachas de la famille Rifi établissent une véritable dynastie qui contrôle Tanger et Tétouan. Les puissantes confédérations tribales berbères naguère soumises au makhzen ismailien, comme les Aït Idrassen et les Guerrouanes, rentrent en dissidence et s'emparent du trafic caravanier qui relie les centres commerciaux de l'Empire chérifien aux oasis sahariennes et au Soudan marocain dont les pachas se comportent également en princes indépendants.

Lettre de George Washington adressée à Mohammed III à l'occasion du traité de paix et d'amitié maroco-américain signé à Marrakech en 1787.

L'ordre est rétabli par Mohammed III (1757-1790) qui restaure l'unité du sultanat et l'autorité du makhzen impérial. La politique de Mohammed III se caractérise par l'ouverture diplomatique et commerciale de l'État marocain qui entend percevoir les taxes douanières afin d'alléger la pression fiscale intérieure[73]. Des traités sont conclus avec les principales puissances européennes, qui entretiennent des consulats et des maisons de commerce dans les nouveaux ports marocains fondés par Mohammed III. L'exemple le plus connu de ces nouvelles places économiques est la ville de Mogador (Essaouira), conçue et édifiée par l'ingénieur et architecte français Théodore Cornut pour le compte du souverain chérifien. Les ports d'Anfa (Casablanca) et de Fédala (Mohammédia) sont également aménagés et symbolisent le développement du littoral atlantique, libéré de toute occupation étrangère après la reconquête de Mazagan sur les Portugais qui marque la fin définitive du Maroc portugais en 1769. Mohammed III est également le premier chef d'État à reconnaître l'indépendance de la jeune république américaine des États-Unis en 1777. Le sultan établit une amitié épistolaire avec George Washington[74], ce qui vaut aux États-Unis, en vertu de la « politique de la porte ouverte », de conclure avec le Maroc un traité de paix, d'amitié et de commerce le 16 juillet 1786 (pour une durée de cinquante ans, renouvelé par le traité de Meknès de 1836)[75].

L'entrée du port d'Essaouira édifiée en 1770 par le pacha Ahmed El Inglizi, sur ordre du sultan Mohammed III, comme il est décrit dans la sculpture ornant la façade de la porte de la marine[N 1] (photo de droite)

Sur le plan intérieur, le règne est marqué par des mutineries suscitées par le corps des Abids (à Meknès en 1778), et par une grave sécheresse de six ans (1776-1782) qui génère des conséquences économiques et démographiques désastreuses. Cette conjoncture négative va en s'accentuant avec Yazid Ier (1790-1792) dont le règne s'entache de persécutions et de déprédations qui frappent les dignitaires du makhzen comme les populations citadines, ainsi que d'une guerre catastrophique contre l'Espagne de Charles IV qui s'immisce alors de plus en plus dans les affaires intérieures marocaines[76]. Sa disparition entraîne le retour des troubles de la guerre dynastique et de l'anarchie tribale. L'Empire se scinde en deux makhzens rivaux, l'un à Fès avec Sulayman Ier, l'autre à Marrakech avec Hisham. Sulayman parvient à vaincre son frère et rival de Marrakech puis réunifie le sultanat du nord au sud en 1797.

Moulay Sulayman (1792-1822) mène une politique isolationniste, à l'inverse de Mohammed III. Le sultan ferme le pays au commerce étranger, notamment européen, et supprime les postes de douane créés par son père. Sur le plan interne ses dahirs d'inspiration ouvertement salafiste provoquent des révoltes tribales et urbaines, liées à sa décision d'interdire les moussems et le maraboutisme. Les Berbères du Moyen-Atlas, notamment les Aït Oumalou, se regroupent sous la direction du chef de guerre Boubker Amhaouch et forment une grande coalition tribale à laquelle se joignent même les Rifains et la puissante zaouïa d'Ouezzane[77]. Durant les années 1810, l'armée makhzen essuie ainsi de lourdes défaites entraînant la chute de Fès et le repli du sultan sur les provinces côtières qui lui sont restées loyales. Les tribus insurgées et la ville de Fès vont jusqu'à essayer d'imposer Moulay Ibrahim le propre fils de Sulayman sur le trône chérifien, mais finissent par échouer dans leur tentative de changement du pouvoir.

Sur le plan extérieur, le sultan parvient à écarter les tentatives de pression exercées par Napoléon Ier et par son frère Joseph Bonaparte intronisé roi d'Espagne à Madrid, proches voisins de l'Empire chérifien depuis l'occupation de la péninsule Ibérique par les troupes françaises en 1808, et affiche une neutralité bienveillante à l'égard des Britanniques qui occupent les présides espagnols du Maroc en 1806. Sulayman noue des relations diplomatiques avec Saoud ben Abdelaziz, prince de l'Émirat saoudien du Najd en Arabie, manifestant un intérêt certain pour le salafisme wahhabite en pleine progression[78]. Ce rapprochement stratégique s'explique par les affinités anti-ottomanes communes au souverain alaouite et à l'émir saoudien, ainsi que par les sensibilités religieuses salafistes du sultan chérifien[79]. Profitant de sa campagne militaire contre les Ottomans d'Algérie, Moulay Sulayman parvient à expulser définitivement les troupes turques du bey de Wahran qui occupaient le Maroc oriental depuis 1790, et à rétablir ainsi son pouvoir sur le Touat et les autres oasis du Sahara central, y nommant des caïds représentants du makhzen.

Moulay Abd ar-Rahman, sultan de l'Empire chérifien, devant son palais de Meknès par Eugène Delacroix (1845)
Bataille d'Isly du 14 août 1844, victoire de l'armée commandée par le maréchal Bugeaud contre les troupes marocaines du prince Sidi Mohammed Ben Abdarrahman au cours de la campagne militaire française de 1844 au Maroc

Le sultan finit néanmoins par abdiquer en 1822 au profit de son neveu Abd ar-Rahman ibn Hicham, après la lourde défaite infligée à l'armée makhzen par la zaouia Cherradia près de Marrakech[80]. Moulay Abd ar-Rahman (1822-1859) essaie de sortir l'Empire chérifien de son isolement extérieur, mais ses volontés sont contrecarrées par les premières agressions du colonialisme européen moderne. Le règne de ce sultan correspond en effet à la conquête de l'Algérie par la France, dans laquelle le Maroc se trouve impliqué en apportant son soutien à l'émir Abd el-Kader mais se retrouve défait à la bataille d'Isly (campagne militaire française du Maroc de 1844). La fin du règne est également assombrie par la guerre hispano-marocaine de 1859-1860, provoquée par des incidents frontaliers entre la garnison de Ceuta et la tribu des Anjra. La campagne militaire espagnole se conclut par l'occupation de Tétouan par le corps expéditionnaire sous les ordres du général Leopoldo O'Donnell jusqu'en 1862.

À la suite de ce conflit catastrophique pour le makhzen, qui doit payer au gouvernement espagnol une indemnité de guerre de plusieurs millions de livres sterling empruntées auprès des banques britanniques, Mohammed IV (1859-1873) successeur de Moulay Abd al-Rahman amorce une politique de modernisation urgente de l'Empire chérifien. L'armée est le premier champ de ces réformes structurelles. Le système des tribus guich est aboli et remplacé par un recrutement au sein de toutes les tribus nouaïbs (soumises à l'impôt régulier) qui doivent fournir des tabors (unités) d'askars (soldats). L'instruction de ces troupes est confiée à des conseillers militaires européens, à l'instar de l’Écossais Sir Harry Mac-Lean (qui obtient le titre de caïd pour l'organisation des Harrabas, régiment d'élite du sultan formé sur le modèle britannique)[81], et l'armement est acheté auprès d'entreprises étrangères telles que la firme allemande Krupp[82].

Hassan Ier, sultan de 1873 à 1894

Parallèlement à cette modernisation de l'armée, des industries sont créées (fabriques de munitions, de sucre, de papier), des progrès techniques sont enregistrés comme l'installation de la première imprimerie moderne arabe du Maroc à Fès en 1865. Mais cette politique entraîne de considérables dépenses qui nécessitent d'importants financements. Le makhzen se voit donc contraint de lever des taxes supplémentaires non conformes à la Loi islamique, rapidement impopulaires et désapprouvés par les oulémas. Les tensions liées à cette décision éclatent au lendemain de la mort de Mohammed IV et à l'avènement de son successeur Hassan Ier en 1873. Elles prennent dans les villes la forme d'émeutes sociales violemment réprimées, dont la révolte des tanneurs de Fès est un exemple illustratif[83].

Le règne de Hassan Ier correspond à la volonté du sultan de concilier les exigences d'une modernisation de l'État aux complexités sociales et politiques du Maroc. Ce règne s'inscrit de plus dans la perspective des rivalités impérialistes européennes qui deviennent plus pressantes encore à la suite de la Conférence de Madrid de 1880, qui préfigure le futur partage de l'Empire chérifien sur l'échiquier international. À l'instar de la Turquie, de l'Iran ou de la Chine de cette époque, le Maroc devient un « homme malade » selon l'expression consacrée dans les milieux colonialistes.

Par le biais des concessions économiques et du système des emprunts bancaires, chacune des puissances européennes intéressées, notamment la France, l'Espagne, le Royaume-Uni puis l'Allemagne, espère préparer la voie à une conquête totale du pays. L'habileté du makhzen est de savoir tenir à distance les convoitises conjuguées de l'impérialisme européen et de jouer des rivalités entre les puissances. Mais le décès de Hassan Ier, survenu au cours d'une expédition dans le Tadla en 1894, laisse le pouvoir au très jeune Abd-al-Aziz, fils d'une favorite circassienne du harem impérial du nom de Reqiya et originaire d'Istanbul[84], qui par ses intrigues et son influence favorise l'ascension du grand-vizir Ahmed ben Moussa[85].

La mort de Hassan Ier en 1894, à la une du Journal illustré.
Abd al Aziz, sultan de 1894 à 1908

Une véritable régence est alors exercée jusqu'en 1900 par le grand-vizir Ben Moussa, issu de l'ancienne corporation des Abid al-Bukhari du Palais impérial. Le grand-vizir sait continuer intelligemment la politique pragmatique de Hassan Ier, mais sa disparition entraîne une aggravation de l'anarchie et des pressions étrangères, de même qu'une rivalité entre Moulay Abd al-Aziz et son frère Moulay Abd al-Hafid, qui finit par éclater en guerre de course au pouvoir. Après la victoire d'Abd al-Hafid, des intellectuels réformateurs influencés par la révolution des Jeunes-Turcs dans l'Empire ottoman et par la Nahda venue d'Egypte et du Levant, et dont les idées sont exprimées par le journal tangérois Lisan Al-Maghrib, tentent de soumettre au nouveau sultan un projet de Constitution chérifienne le 11 octobre 1908[86]. Cependant la crise profonde des institutions du sultanat et la pression accrue de l'impérialisme européen rendent impossible l'aboutissement du projet constitutionnel.

La faiblesse du makhzen permet en outre à un aventurier du nom de Jilali Ben Driss plus connu comme étant le rogui Bou Hmara de se faire passer pour un fils de Hassan Ier, et de se faire reconnaître comme sultan à Taza et dans l'ensemble du nord-est du Maroc pendant quelques années avant d'être finalement capturé et exécuté en 1909. Un autre chef rebelle, el-Raisuni, établit son fief dans la région des Jebalas et à Asilah d'où il rejette l'autorité du gouvernement impérial de Fès et provoque par ses enlèvements de ressortissants américains l'intervention personnelle du président des États-Unis Theodore Roosevelt, qui menace le makhzen d'envoyer des navires de l'US Navy débarquer des troupes à Tanger[87].

La pression coloniale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Maroc précolonial.

Puissances en présence[modifier | modifier le code]

Carte de la Barbarie en 1843 (partie Nord du Maghreb) selon le géographe Alexandre Vuillemin
Palais de la Bahia édifié à Marrakech à la fin du XIXe siècle par le grand-vizir Ba H'mad

Durant le XIXe siècle, les puissances coloniales européennes tentent d'asseoir leur influence en Afrique du Nord. Lors de la conquête de l'Algérie, la France obtient du Maroc une promesse de neutralité (1832). Mais en 1839, le sultan Abd el-Rahman soutient l'action de l'émir algérien Abd el-Kader, le conflit algérien s'étend dans les provinces marocaines. L'armée marocaine est défaite par les troupes françaises du maréchal Bugeaud à la bataille d'Isly le 17 août 1844. Le traité de Tanger, du 10 septembre 1844, met hors la loi Abd el-Kader et définit pour la première fois une délimitation entre les deux pays,de la Méditerranée jusqu'à l'oasis de Figuig.

Le Royaume-Uni cherche à accroître sa puissance économique et signe en 1856 un traité commercial à son avantage. L'Espagne pousse son désir de reconquête. Répondant aux succès des colonisations accomplies par la France, elle prend possession des îles Jaafarines, petit archipel méditerranéen au large des côtes marocaines, en mai 1848. Elle déclenche et gagne par la suite la guerre hispano-marocaine de Tétouan en 1859-1860[88]. Cette défaite impose au Maroc de lourdes pertes humaines ainsi qu'une importante indemnité de guerre empruntée auprès des Britanniques, ce qui aggrave une situation économique déjà fragile.

La France quant à elle, désireuse de constituer en Afrique du Nord un territoire homogène signe, en 1863, une convention franco-marocaine. Les avantages accordés à la France et le Royaume-Uni sont élargis à tous les pays européens lors de la Conférence de Madrid de 1880. Le sultan Moulay Hassan à la tête du pays durant cette période (1873 - 1894) tente de le moderniser comme son prédécesseur Mohammed IV, et joue sur les rivalités européennes (opposant notamment la France au Royaume-Uni, à l'Allemagne et à l'Espagne) pour conserver son indépendance. Mais à son décès, et encore plus à la mort du grand-vizir régent Ahmed ben Moussa (dit « Ba Ahmad ») en 1900, les manœuvres coloniales reprennent de plus belle autour du Maroc. Si l'Espagne est présente dans une partie du Sahara atlantique (Rio de Oro) à partir de 1884, la France quant à elle occupe et annexe un grand nombre de régions marocaines orientales et surtout sud-orientales au département d'Oran et aux territoires sahariens de l'Algérie française entre 1902 et 1904. C'est ainsi que Lalla Maghnia et le Sahara central touchant la frontière du Mali, le Touat, Tidikelt, la Saoura, Béchar, Jorf Torba, Abbadia, Métarfa, Hassi Regel, N'khaila, El Hamira, Kenadsa et Timimoun, passent peu à peu sous contrôle français. En effet, depuis sa conquête et sa colonisation de l'Algérie, la France entreprend de sécuriser les confins algéro-marocains et lorgne sur l'Empire chérifien qui est alors l'un des derniers Etats indépendants du continent africain au même titre que l'Éthiopie et le Liberia. Les commerçants et entrepreneurs français établis au Maroc se montrent très actifs et en concurrence avec les Allemands[89], notamment à Casablanca, un port au développement récent qui sera promis à une grande expansion au temps du protectorat.

La politique menée par Abd al-Aziz conduit le pays à une quasi-faillite, et accélère le processus de domination précoloniale puis coloniale qui sera confirmé durant le court règne de Moulay Abd el-Hafid entre 1908 et 1912.

Crise de Tanger[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Crise de Tanger.
Café maure à Tanger au XIXe siècle (Marià Fortuny,1868)

En 1904, un accord conclu entre les partenaires de l'Entente cordiale, la France et le Royaume-Uni, laisse à la France le Maroc comme zone d'influence, le Royaume-Uni se concentrant sur l'Égypte; le nord du Maroc est concédé à l'Espagne. Grâce à cet accord, la France a toute liberté d'agir au Maroc; en échange, elle concède à la Grande-Bretagne le droit d'instaurer sa tutelle sur l'Égypte où la France conservait de fortes positions économiques et financières, dont la présidence de la Compagnie du Canal de Suez. Un accord similaire avait été conclu avec l'Italie en 1902, qui accordait une totale liberté d'action aux Italiens en Libye en échange de leur désintéressement du Maroc. L'empereur Guillaume II et le chancelier Bülow protestent contre les ambitions de la France au Maroc. Conformément à sa nouvelle doctrine de Weltpolitik, l'Allemagne veut avoir sa part des conquêtes coloniales.

Le 31 mars 1905, en vue de prévenir la mainmise de la France sur le Maroc, Guillaume II débarque théâtralement à Tanger, traverse la ville à cheval, à la tête d'un imposant cortège, va à la rencontre du sultan Abd al-Aziz pour l'assurer de son appui et lui faire part de son désaccord face aux droits concédés à la France sur le Maroc. Il est prêt à entrer en guerre si la France ne renonce pas à ses ambitions marocaines. Le sultan Abd el-Aziz impressionné par ce discours décide de refuser toutes les réformes préconisées par l'ambassadeur Eugène Regnault.

La France hésite, mais ne s'estimant pas prête pour la guerre, accepte la demande de réconciliation de l'Allemagne. Ce « coup de Tanger » entraîne une poussée de germanophobie en France et la démission du ministre français des Affaires étrangères, Théophile Delcassé.

Conférence d'Algésiras[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Maroc précolonial.
Article détaillé : Conférence d'Algésiras.

Du 7 janvier au 6 avril 1906, à la suite de l'affaire de Tanger, se tient à Algésiras, au sud de l'Espagne, une conférence internationale sur le Maroc afin d'apaiser les tensions entre les différentes puissances qui se disputent le pays. Elle rassemble les principaux pays européens (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Autriche-Hongrie, Espagne, Russie, Suède, Belgique, Portugal, Pays-Bas) ainsi que les États-Unis. Cette conférence confirme l'indépendance de l'Empire chérifien, mais rappelle le droit d'accès de toutes les entreprises occidentales au marché marocain, et reconnaît à l'Allemagne un droit de regard sur les affaires marocaines. Toutefois, au grand dam de Guillaume II, la France et l'Espagne se voient confier la sécurité des ports marocains et un Français est chargé de présider la Banque d'État du Maroc. La police franco-espagnole des ports, dirigée par un officier helvétique, est créée officiellement pour assurer l'ordre dans l'ensemble des ports marocains ouverts au commerce extérieur[90].

En 1909, l'Espagne étend sa zone d'influence à tout le Rif, afin de contrôler ses mines de fer. Les troupes du général Diaz-Ordonez se heurtent néanmoins à une résistance efficace des tribus locales menées par le Chérif Améziane.

Incident d'Agadir (1911)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Coup d'Agadir.
Entrée des troupes coloniales françaises commandées par le général Charles Mangin à Marrakech en septembre 1912

En juillet 1911, l'Allemagne provoque un incident militaire et diplomatique avec la France, appelé coup d'Agadir (ou crise d'Agadir), en envoyant une canonnière (navire léger armé de canons) de sa marine impériale de guerre dans la baie d'Agadir. Aux termes d'âpres négociations, les Allemands renoncent à être présents au Maroc en échange de territoires du Congo en Afrique-Équatoriale française cédés au Cameroun allemand. Un traité franco-allemand est signé le 4 novembre 1911, entérinant cet accord et laissant définitivement les mains libres à la France dans l'Empire chérifien. Tout est désormais en place pour que la France puisse installer son protectorat conjointement avec l'Espagne sur le Maroc.

Les protectorats français et espagnol (1912 - 1956)[modifier | modifier le code]

Le sultan Moulay Hafid, le grand-vizir Mohammed el Mokri, le pacha de Fès Mohamed Ben Bouchta El Baghdadi, le conseiller du makhzen Si Kaddour ben Ghabrit, avec les généraux Lyautey et Moinier, 8 août 1912.
Moulay Youssef, sultan de 1912 à 1927
Le pacha El Glaoui et son frère reçoivent la croix de la Légion d'honneur des mains du maréchal Lyautey.
Pavillon marchand du protectorat français du Maroc
Carte des différentes parties du Maroc colonial(1912-1956) (protectorats français et espagnol, zone internationale de Tanger, territoires annexés directement)
Pavillon marchand du protectorat espagnol du Maroc

Depuis 1902, la pénétration économique et militaire européenne s’est intensifiée (la France occupe dès 1907 Casablanca et les plaines occidentales du Maroc), au point que le sultan Moulay Abd al-Hafid est contraint de signer en 1912 le traité de protectorat que constitue la convention de Fès.

Le traité institue, à partir du 30 mars 1912 le régime du protectorat français. En octobre de la même année, le sous-protectorat espagnol est mis en place sur le Nord du Maroc et inclut également les territoires sahariens de Tarfaya et du Río de Oro.

En zone française le pouvoir exécutif est incarné par le résident général, représentant de la France, qui dispose d'une assez large liberté de manœuvre. Le sultan et son makhzen sont maintenus comme éléments symboliques de l'Empire chérifien, l'autorité réelle étant exercée par le résident et ses fonctionnaires et officiers (contrôleurs civils et militaires). À la suite du départ de Lyautey en 1925, la résidence devient néanmoins sensible aux pressions exercées par les puissants lobbys coloniaux, représentés par les patrons de la grande industrie et par les Chambres françaises d'agriculture du Maroc.

Le Maroc connaît en effet une expansion économique importante, illustrée par le développement fulgurant de Casablanca et l'élaboration et la construction de nombreuses infrastructures (routes, voies ferrées, barrages, usines, création de villes nouvelles). Par conséquent, se forme un puissant milieu capitaliste européen qui dispose de groupes de pression parfaitement organisés, aussi bien à Rabat qu'à Paris. Un tel essor économique accroît évidemment le fossé des inégalités, et à l'exception d'une poignée de dignitaires locaux (tels que le célèbre pacha de Marrakech Thami El Glaoui, qui jouera un rôle primordial dans les événements de 1953), le peuple marocain subit le sort dramatique d'oppression et d'exploitation partagé par tous les autres peuples colonisés. Une politique de colonisation de peuplement inspirée par les départements français d'Algérie se met également en place, encouragée par les résidents successifs et par les milieux d'affaire français. À la veille de l'indépendance en 1956, la population européenne du protectorat s'élève ainsi à plus de 500 000 personnes[91] [92]. C'est de cette époque coloniale charnière que datent les entreprises-clés de l'économie marocaine, tels que le groupe ONA et l'Office chérifien des phosphates, et plus généralement plusieurs données sociales et politiques du Maroc contemporain.

La zone espagnole dispose d'une organisation assez semblable à la zone française, avec un haut-commissaire nommé par Madrid. Le sultan est représenté par un khalifa, lequel réside à Tétouan, capitale du protectorat hispanique. Ce territoire ne connaît pas de développement économique comparable à la zone française, mais joue un rôle décisif dans l'avenir de l'Espagne. C'est en effet depuis Tétouan et Melilla qu'éclate le coup d'État (pronunciamento) du général Franco, commandant des troupes coloniales du Maroc (Légion espagnole des tercios et unités regulares) contre la République espagnole le 17 juillet 1936. Cet événement déclenche la guerre civile opposant les nationalistes aux républicains, conflit particulièrement sanglant et dévastateur qui se solde par la victoire des partisans de Franco en 1939.

La ville de Tanger quant à elle constitue une zone internationale au statut particulier défini en 1923. Cette entité territoriale est régie par une commission de puissances étrangères où siègent les États-Unis et la plupart des principaux pays européens. Le mendoub, haut fonctionnaire du makhzen, est le délégué du sultan et à ce titre le représentant officiel de l'Empire chérifien, mais le pouvoir appartient en réalité aux membres de la commission internationale. La France, l'Espagne, le Royaume-Uni et l'Italie sont les pays les plus influents et les plus représentés dans la gestion de la zone internationale.

La Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Première Guerre mondiale.

En 1915, Hubert Lyautey reçoit l'ordre de Paris de retirer les troupes de l'intérieur pour les envoyer en France. Cette évacuation semble prématurée dans la mesure où la pacification se heurte encore à des mouvements rebelles soutenus par les Allemands. L'amghar Mouha ou Hammou Zayani à la tête des Zayans parvient ainsi à anéantir toute une colonne de l'armée française dans la poche de Khénifra en novembre 1914 (bataille d'Elhri). Plus au sud en 1915, le cheikh Ahmed al-Hiba fils de Ma El Aïnin galvanise la résistance des tribus et parvient à tenir toute la zone du Souss et de l'Anti-Atlas malgré les offensives des forces coloniales. L'Allemagne leur fournit du matériel par l'intermédiaire de la zone espagnole (l'Espagne étant neutre durant le conflit). La campagne de pacification du Maroc ne s'achève définitivement qu'en 1934, avec la soumission des tribus Aït Atta du Jbel Saghro, aux confins du Haut et de l'Anti-Atlas, et des vallées du Draâ et du Dadès.

La guerre du Rif[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Guerre du Rif et République du Rif.
Drapeau de la République du Rif

En 1921, la tribu berbère des Beni Ouriaghel de la région d'Al-Hoceïma, sous la conduite d'Abdelkrim al-Khattabi, se soulève contre les Espagnols. Le général Manuel Fernández Silvestre dispose alors d'une puissante armée forte d'environ 60000 soldats pour réprimer cette révolte. En juin la presque totalité de cette armée espagnole est anéantie à la bataille d'Anoual. Cette défaite pousse le général à se suicider.

En février 1922, Abdelkrim al-Khattabi proclame la République confédérée des Tribus du Rif. Les Rifains espèrent alors rallier les tribus de la zone française. Le gouvernement d'Ajdir bénéficie au niveau international du soutien symbolique du Komintern et de la neutralité bienveillante du Royaume-Uni. Le prestige d'Abdelkrim est célébré du Maghreb jusqu'au Machrek et en Turquie, où l'opinion le compare à Mustafa Kemal Ataturk[93]. Il sera également cité comme référence par les plus célèbres leaders révolutionnaires du XXe siècle, tels que Mao Zedong, Ho Chi Minh et Che Guevara[94].

Les troupes d'Abdelkrim, équipées du matériel abandonné des Espagnols, menacent dès lors directement Fès, cœur spirituel du Maroc sous domination française. Face à leur avancée, la puissance coloniale française envoie le maréchal Philippe Pétain, rendu célèbre par la bataille de Verdun, mener l'offensive militaire sur le Rif à la tête de 250 000 soldats et auxiliaires et d'une quarantaine d'escadrilles d'aviation. Le résident général Lyautey, jugé trop attentiste, est contraint de démissionner puis est rappelé à Paris en 1925. S'ensuit une répression sur les Rifains, où bombardements terrestres et aériens, usage d'armes chimiques de fabrication allemande (y compris sur des populations civiles) et supériorité numérique obligent les troupes d'Abdelkrim à se rendre en mai 1926.

Abd el-Krim est exilé dans un premier temps à La Réunion jusqu'en 1948, puis s'établit en Égypte où il prend la tête du Comité de Libération du Maghreb (qui réunit également Allal El Fassi et Habib Bourguiba), et ce jusqu'à son décès en 1963, pour lequel le raïs égyptien Gamal Abdel Nasser fera organiser des funérailles nationales[95]. Si la reddition de 1926 marque la fin de l'expérience rifaine, une résistance politique issue des milieux citadins marque le pas dès le début des années 1930 avec la création du Comité d'Action Marocain, embryon du mouvement nationaliste.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Seconde Guerre mondiale.
Goumier marocain en 1944

La promulgation en mai 1930 du dahir berbère va, à partir le la médina de Salé, provoquer la réaction pacifique de la jeunesse nationaliste dans tout le pays, avec la récitation du latif dans les mosquées et la signature de télégrammes de protestation contre ledit dahir le 28 août 1930, avant de passer à une coordination nationale de la protestation par la création d'un Comité d'Action Marocain dès 1934. Interdit en 1937, tous ses initiateurs sont pourchassés, emprisonnés ou exilés. Parmi eux il faut citer Allal El Fassi (exilé au Gabon), Mohamed Hassan Ouazzani (placé sous résidence surveillée), Ahmed Balafrej, qui sont les fondateurs historiques du mouvement pour l'indépendance. L'affaire du dahir berbère aura tout de même déclenché une vaste mobilisation médiatique dans le monde musulman, grâce notamment à l'action de l'émir druze libanais Chekib Arslan, fervent militant de la cause arabe et ami personnel de nombreux leaders nationalistes marocains[96].

La Seconde Guerre mondiale se déclenche en Europe alors que l'opposition nationaliste au Maroc est décimée par la répression. Il est à noter que ses dirigeants n'ont jamais appelé à pactiser avec les forces de l'Axe germano-italo-japonais contre l'occupant français. Mieux ils ont attendu, et profité du débarquement américain de 1942 au Maroc pour reprendre leur mouvement public de revendication.

La défaite de la France a pour conséquence de placer l'administration coloniale sous les ordres du régime de Vichy pro-hitlérien et collaborationniste qui veut obliger le sultan Mohammed Ben Youssef (Mohammed V), souverain chérifien depuis 1927, à appliquer les lois antisémites d'inspiration nazie aux Marocains de confession juive. Mais le sultan s'y refusera et cette attitude ainsi que son soutien indéfectible à la cause de la France libre lui vaudront la reconnaissance de Charles de Gaulle lors de la victoire alliée de 1945, reconnaissance symbolisée par la dignité de compagnon de la Libération conférée au sultan marocain.

Janvier 1943: Entretiens du sultan Mohamed V et du président américain Roosevelt et du Premier ministre britannique Winston Churchill à Anfa.
Officiers allemands de la Commission allemande d'armistice du protectorat français capturés par les Américains à Fédala lors du débarquement allié au Maroc

En novembre 1942 a lieu le débarquement américain sur les côtes marocaines, à Port-Lyautey (Kénitra), Fédala (Mohammedia), Casablanca et Safi. Il s'agit de l'opération Torch, supervisée par les généraux Eisenhower et Patton. Les forces fidèles à l'État français sont rapidement mises en déroutes, et le protectorat français du Maroc quitte le camp de Vichy et de l'Axe pour celui des Alliés. Il s'ensuit en janvier 1943 la conférence de Casablanca, qui rassemble le président américain Franklin Roosevelt et le Premier ministre britannique Winston Churchill, ainsi que le chef de la France libre, le général de Gaulle, et son rival en Afrique française du Nord le général Henri Giraud. Cette conférence, malgré l'absence remarquée de Staline, marque un tournant dans le déroulement de la guerre. Les dirigeants alliés annoncent en effet la poursuite du conflit jusqu'à capitulation inconditionnelle de l'Allemagne nazie, de l'Italie fasciste et du Japon impérial, ainsi qu'une aide matérielle importante à l'URSS et l'ouverture de nouveaux fronts en Europe occidentale avec les débarquements projetés en Sicile (opération Husky) et en Normandie (opération Overlord). Localement la conférence a également un impact déterminant. Le sultan Mohammed Ben Youssef est en effet invité à Anfa par Roosevelt et Churchill, et reçu avec tous les honneurs dus à un chef d'État à part entière. L'impact d'un tel événement influe sur la structuration forte du mouvement nationaliste marocain qui réclame désormais ouvertement l'indépendance et l'abrogation du traité de Fès.

Le souverain chérifien, à la suite de la victoire alliée, donne son appui à la « France libre », et soutient l'organisation et le recrutement des forces françaises en Afrique du Nord. Le Maroc paie un lourd tribut à la guerre européenne : entre 25000 et 30000 hommes tombent pour la libération de la France. Les goumiers marocains s'illustreront notamment au cours de la campagne de Tunisie, de la campagne d'Italie, du débarquement en Provence, puis au cours de la campagne d'Allemagne.

En conséquent un puissant esprit de contestation nationaliste se développe dans le pays. L'invasion de la France par les Allemands puis, en 1942, le débarquement américain sur les côtes marocaines, avaient atteint l'autorité de la métropole et jeté le discrédit sur le résident Charles Noguès, qui avait autorisé l'installation d'une délégation de la Commission allemande d'armistice à Casablanca en 1940, dans le cadre de la collaboration entre les autorités françaises de Vichy et le IIIème Reich. En 1943, le parti de l'Istiqlal (Indépendance) est créé par le principal courant nationaliste marocain qui publie le Manifeste de l'Indépendance le 11 janvier 1944.

Mohamed Hassan El Ouazzani, alors en exil intérieur au Sud marocain, rival d'Allal El Fassi depuis 1934, fonde son propre parti, le modeste PDI (Parti démocratique de l'indépendance). L'Istiqlal et, dans la mesure de ses moyens le PDI, vont organiser des réseaux clandestins à travers de nombreuses régions avec comme objectif ultime l'obtention finale de l'indépendance. Dans la zone espagnole s'active le Parti de la Réforme nationale d'Abdelkhalek Torrès, en liaison permanente avec les mouvements nationalistes arabes du Moyen-Orient.

A partir des années 1950, le mouvement national marocain prend la forme d'une lutte armée avec la création de l'Armée de libération nationale qui établit des foyers de guérilla principalement dans les régions montagneuses du Moyen-Atlas, du Pré-Rif, du Rif et de la frontière algérienne. Dans les villes se développent des organisations de lutte adaptées au milieu urbain, telles que le Croissant noir. Les actions combinées des organisations nationalistes aboutissent aux représailles des autorités françaises, qui s'enchaînent sur un cycle de violences qui culmineront après la déposition du sultan Mohammed Ben Youssef par le résident général Augustin Guillaume. Ce coup de force du 20 août 1953 est soutenu par les colons conservateurs, les grands notables marocains liés à la France comme le pacha El Glaoui, et le parti extrémiste Présence française qui assassine les personnalités françaises favorables à l'indépendance marocaine telles que Jacques Lemaigre Dubreuil[97].

De l'idée d'indépendance à l'indépendance réelle[modifier | modifier le code]

Ahmed Balafrej et Mohamed Ghali El Fassi (debout) avec le leader panarabiste libanais Chekib Arslan (assis), important soutien de la cause nationale marocaine, en 1930.
Les émeutes de Casablanca le (21 juillet 1955) contre les colons français pour l'indépendance du Maroc
Fontaine hommage, rappelant les négociations pour l'indépendance du Maroc, dans le parc de verdure d'Aix-les-Bains.
La revue Maghreb publiée à Paris, tribune des revendications nationalistes marocaines depuis les années 1930
  • 28 août 1930 : signature à Salé du manifeste contre le Dahir Berbère promulgué en mai 1930 et première prise de conscience politique des nationalistes.
  • 1934 : création de l'Action marocaine.
  • 18 novembre 1933 : célébration à Fès de la première fête du trône.
  • 1937 : scission de l'Action marocaine : Mohamed Hassan El Ouazzani fonde le mouvement populaire qui deviendra après la Seconde Guerre mondiale en 1946, le Parti démocratique de l'indépendance (PDI) tandis qu'Allal El Fassi crée le Parti national, qui se transformera en Parti de l'Istiqlal (PI) en décembre 1943.
  • 11 janvier 1944 : signature du Manifeste de l'indépendance par 67 leaders nationalistes toutes tendances confondues, les manifestations de soutien sont sévèrement réprimées et de nombreux leaders emprisonnés.
  • 1947 : le sultan Mohammed Ben Youssef prononce le discours de Tanger, réclamant l'indépendance du pays et son intégrité territoriale. Ce discours provoque le limogeage de Labonne considéré comme trop tolérant envers les nationalistes. Il est remplacé par le général Alphonse Juin, qui inaugure une logique de confrontation avec le sultan et l'ensemble du mouvement nationaliste marocain.
  • 1950 : expansion du gisement de minerai de fer de l'Omnium nord-africain, première entreprise marocaine et huitième française[98].
  • 20 août 1953 : exil du sultan Mohammed Ben Youssef et de la famille royale en Corse puis à Madagascar (Antsirabé). Un nouveau sultan âgé de 70 ans, Mohammed ben Arafa est élu par les oulémas avec l'appui du pacha de Marrakech, Thami El Glaoui. Cette décision engendre des émeutes populaires à Casablanca, durement réprimées. L'Espagne de Franco, non prévenue de cette manœuvre, refuse de reconnaître sa légitimité.
  • 1953 : le général Augustin Guillaume, successeur de Juin au poste de résident, pour sa première visite officielle à Agadir échappe de peu à un accueil aux cocktails Molotov préparé par le PDI.
  • 20 août 1953 : Déclenchement de la Révolution du Roi et du Peuple[99].
  • mai 1954 : le général Guillaume est remplacé par un civil, Francis Lacoste.
  • 23 août 1955 : rencontre franco-marocaine à Aix-les Bains au cours de laquelle il est décidé de déposer Ibn Arafa.

Edgar Faure, président du Conseil, négocie avec Mohammed Ben Arafa : des pré-pourparlers de négociation sont menés à Aix-les-Bains (Savoie) entre le 22 et le 26 août entre, côté marocain : Si El-Hadj El-Mokri, Grand Vizir, Si Kolti, délégué du Grand Vizir aux PTT, Si Thami El-Mosbi, délégué du Grand Vizir aux Finances, Si Berrada, Vizir adjoint au Grand Vizir pour les affaires économiques, Si Abderrahaman El-Hajoui, directeur adjoint au protocole et S.E. Hadj Fatemi Ben Slimane, ancien pacha de Fès, et côté français : Edgar Faure, président du Conseil, Antoine Pinay, ministre des Affaires étrangères, Robert Schumann, garde des Sceaux, Pierre July, ministre des Affaires marocaines et tunisiennes et le général Koenig, ministre de la Défense nationale. Le sultan Moulay Ben Arafa démissionne le 1er octobre 1955.

  • 6 novembre 1955 : le gouvernement français reconnaît le principe de l'indépendance du Maroc[100],[101].
  • 16 novembre 1955 : retour triomphal de Mohammed Ben Youssef, futur roi Mohammed V, à Rabat-Salé.
  • 18 novembre 1955 : Sidi Mohammed Ben Youssef célèbre la fête du Trône à la Tour Hassan de Rabat
  • 15 février 1956 : visite de SM Mohammed V en France. Ouverture des négociations franco-marocaines sur l'indépendance du Maroc et l'abrogation du traité de Fès de 1912 établissant le protectorat français sur le Maroc. Le parti de l'Istiqlal représenté par Abderrahim Bouabid, Mohamed Lyazidi et Mehdi Ben Barka ainsi que le PDI (Parti pour la démocratie et l'indépendance) représenté par Abdelhadi Boutaleb et Ahmed Cherkaoui participent à ces négociations.
  • 2 mars 1956 : Mohammed V annonce au peuple marocain l'indépendance du Maroc. Le sultan Sidi Mohammed ben Youssef prend le titre de roi en 1957, son fils Hassan II lui succède en 1961, puis son petit-fils, en 1999, Mohammed VI.
  • 7 avril 1956 : un accord est signé à Madrid entre Mohammed V et le général Franco mettant fin à la souveraineté espagnole sur le nord du pays. Le 20 octobre, la zone de Tanger, qui était soumise à un statut international particulier, est elle aussi réintégrée au Maroc.

Le Maroc moderne (depuis 1956)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire du Maroc depuis 1956.

Règne de Mohammed V[modifier | modifier le code]

Premier gouvernement marocain de l'indépendance, dirigé par Mbarek Bekkaï (1956)

L'Espagne à son tour reconnaît l'indépendance du pays le 7 avril 1956[101] avant de restituer le protectorat de Tétouan. Enfin le statut international de Tanger est aboli le 29 octobre de la même année[101] et la ville réintègre officiellement le Maroc.

Durant les premières années après l’indépendance jusqu'en 1960, la politique marocaine consiste à reconstituer le « Grand Maroc » (ou du moins l'Empire chérifien dans ses frontières antérieures à 1912) englobant la Mauritanie, une partie de l'Algérie, le nord-ouest du Mali, voire éventuellement l'archipel des îles Canaries, projet dans lequel le roi ne voulait pas être débordé par le parti de l’Istiqlal. Après le retrait d'Allal El Fassi, l'abandon de cette idéologie se confirme par la reconnaissance officielle par Rabat de la République islamique de Mauritanie nouvellement indépendante. Le gouvernement d'Abdallah Ibrahim (1958-1960), d'orientation socialiste, marque la volonté d'émancipation du Maroc qui se traduit diplomatiquement par son adhésion à la Ligue arabe et par son soutien au panafricanisme, et financièrement par l'abandon du franc marocain, indexé sur le cours du franc français, au profit du dirham. L'opposition à la France et à sa politique coloniale, notamment durant la guerre d'Algérie, conduit également le Maroc à abriter d'importantes bases du FLN algérien, ainsi que le commandement de la Wilaya V (état-major de l'armée des frontières, connu comme étant le clan d'Oujda et regroupant les futurs dirigeants de l'Algérie indépendante, tels que Houari Boumédiène et Abdelaziz Bouteflika).

Règne de Hassan II[modifier | modifier le code]

Le prince hériter Moulay Hassan (futur Hassan II) et son père Mohammed V en 1950
Hassan II, roi de 1961 à 1999

Le 3 mars 1961, à la mort de son père, Hassan II est proclamé roi du Maroc. Les années 1960 sont marquées par un climat politique particulièrement tendu. En 1965 disparaît à Paris Mehdi Ben Barka, chef de l'opposition de gauche issue de la scission avec l'Istiqlal (Union nationale des forces populaires), et qui en tant que leader du tiers-monde, devait présider la Conférence tricontinentale de La Havane en 1966. Toujours en 1965, Casablanca est agitée par de graves émeutes sociales violemment réprimées. Le régime instaure un état d'exception jusqu'en 1970. Cette décennie ouvre ainsi la période des années de plomb au Maroc.

La tension politique latente, consécutive à l'état d'exception, se manifeste par les tentatives de coups d’État militaires du général Medbouh et du colonel M'hamed Ababou contre le palais de Skhirat (1971), ainsi que par l'attaque du général Oufkir contre le Boeing royal en plein vol (coup d'État des aviateurs de 1972). En 1973, afin d'atténuer ces tensions politico-sociales, Hassan II procède à la « marocanisation » des derniers domaines agricoles et des entreprises à capitaux encore détenus par des colons français. Il envoie également un corps expéditionnaire marocain combattre aux côtés des autres armées arabes durant la guerre du Kippour contre Israël, et qui s'illustrera sous les ordres du colonel Abdelkader El Allam au cours de l'offensive du plateau du Golan.

Mais c'est surtout vers les territoires du Sahara occidental sous domination espagnole (que les Marocains revendiquent comme Provinces du Sud) que se porte l'attention du monarque, à partir de 1975.

En 1969, l'Espagne rétrocède l'enclave d'Ifni, onze ans après le territoire de Tarfaya, mais la décolonisation du Sahara est incomplète, puisque le Rio de Oro et le Seguia el-Hamra connaissent encore l'occupation coloniale espagnole et la répression franquiste. C'est précisément au lendemain de la disparition du Caudillo espagnol que le Maroc entame une récupération planifiée de ces territoires, connue sous le nom de Marche verte.

1963 : guerre des Sables[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre des sables.

La guerre des sables d'octobre 1963 est un conflit militaire opposant le Maroc et l’Algérie peu après l’indépendance de celle-ci. Après plusieurs mois d'incidents frontaliers, la guerre ouverte éclate dans la région algérienne de Tindouf et Hassi-Beïda, puis s'étend à Figuig au Maroc. Les combats cessent le 5 novembre, et l'Organisation de l'unité africaine obtient un cessez-le-feu définitif le 20 février 1964, laissant la frontière inchangée[102],[103],[104].

Conflit du Sahara[modifier | modifier le code]

1980-90 : instabilité sociale[modifier | modifier le code]

Logo de l'Union du Maghreb arabe lancée par la réunion de Marrakech de 1989

Depuis les dernières décennies post-coloniales, le Maroc penche pour une politique nationale agricole tandis que son voisin algérien se tourne vers l'industrialisation et la planification socialiste. Cette décision ne suffit pas à enrayer les inégalités sociales qui déclencheront la colère de la population à travers les émeutes de 1981 à Casablanca et de 1984 à Marrakech et dans le Nord (Tétouan, Al Hoceima, Nador). Les campagnes agricoles sont victimes d'une longue période de sécheresse, tandis que la chute des cours du phosphate et la politique de rigueur budgétaire imposée par le FMI assombrissent la conjoncture économique. Durant les années 1980, le roi Hassan II annonce la candidature marocaine à l'adhésion à la Communauté européenne[105], qui est déclinée par la Commission de Bruxelles. Le Maroc obtiendra en revanche un statut de partenaire avancé auprès des institutions européennes et sera un acteur incontournable du dialogue euro-méditerranéen.

En revanche, l'année 1988 est celle de la réconciliation officielle entre le Maroc et l'Algérie, concrétisée par le rétablissement des relations diplomatiques et la réouverture des frontières, cette dernière mesure prenant fin en 1994. En 1989 à Marrakech une réunion des cinq chefs d'État maghrébins marque la naissance de l'Union du Maghreb arabe, regroupant le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie[106], et prévoyant à terme l'émergence d'un marché unique et la libre circulation des biens et des personnes. La crise latente entre Rabat et Alger via le conflit au Sahara empêche cependant la réalisation de ces objectifs.

En 1984 avait déjà eu lieu une tentative de fusion maroco-libyenne à la suite du traité d'Oujda[107] pour compenser le retrait du Maroc des instances de l'OUA (à la suite de la reconnaissance officielle du mouvement sahraoui par l'organisation panafricaine). Mais cette union binationale échoue en 1986 à la suite de la visite au Maroc du Premier ministre israélien Shimon Peres, accueilli à Ifrane par le roi, et au bombardement aérien de la Libye par les États-Unis alliés du Maroc. L'hostilité de l'administration Reagan à l'égard du régime de la Jamahiriya de Mouammar Kadhafi entérine donc la fin de l'union maroco-libyenne[108].

1991 à 1999[modifier | modifier le code]

Le Maroc se distingue comme faisant partie des pays arabes ayant envoyé un contingent au Koweït aux côtés des Occidentaux pendant la guerre du Golfe, malgré les fortes manifestations populaires dans les rues marocaines en faveur de l'Irak.

Sur le plan intérieur, les années 1990 voient s'amorcer une relative libéralisation du régime par le roi Hassan II, politique qui culmine avec la tenue des élections démocratiques de 1997 et la formation d'un gouvernement dit d'alternance, présidé par Abderrahman El Youssoufi de l'USFP (socialiste). Les prérogatives royales restent néanmoins confirmées par les référendums constitutionnels de 1992 et 1996.

Règne de Mohammed VI[modifier | modifier le code]

Mohammed VI, roi du Maroc depuis 1999

En 1999, Mohammed VI succède à Hassan II et maintient El Youssoufi au poste de Premier ministre jusqu'en 2002. Succèdent à El Youssoufi Driss Jettou puis Abbas El Fassi à partir des élections législatives de 2007 qui ont vu la victoire de l'Istiqlal.

Au début du XXIe siècle, le Maroc se trouve confronté à un certain nombre de crises et de défis : conflit de l'îlot Persil avec l'Espagne en 2002, terrorisme avec les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca[109],[110],et l'attentat du 28 avril 2011 à Marrakech[111],[112],[113],[114] et émeutes sociales de Sidi Ifni en 2008, qui font ressortir toutes les problématiques de ses enjeux nationaux et internationaux.

Le Maroc est touché en 2011 par les remous du Printemps arabe et connaît une série de manifestations populaires. Le roi fait alors approuver une nouvelle Constitution par référendum, qui redéfinit entre autres le rôle du gouvernement et officialise l'usage de la langue amazigh au côté de l'arabe. Les élections législatives qui s'ensuivent sont remportées par les islamistes modérés du PJD. Abdel-Ilah Benkiran issu du PJD est nommé chef d'un gouvernement de coalition suite à ce scrutin.

Article connexe : Politique du Maroc.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'inscription en arabe ornant la façade de la Porte Marine d'Essaouira dit : « Louange à Dieu. Cette porte, ordonnée par le glorieux des rois, Sidi Mohammed ben Abdallah, a été Construite par son serviteur Ahmed Laâlaj en l'an 1184H/1770 »

Références[modifier | modifier le code]

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  7. Gabriel Camps, Les Gétules, guerriers nomades dans l'Africa romaine - Clio - Voyage Culturel
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  108. Z. Daoud, Les Années Lamalif, p. 322 et 354
  109. « attentats du 16 mai 2003 à Casablanca »
  110. « Casa au paradis »
  111. http://www.leparisien.fr/international/marrakech-sept-francais-sont-morts-dans-l-attentat-29-04-2011-1428538.php
  112. Explosion dans un café à Marrakech: L'analyse des premiers indices recueillis sur les lieux confirme la thèse de l'attentat (Intérieur)
  113. Attentat de Marrakech : le bilan passe à seize morts
  114. Marrakech : Mohamed VI se rend sur les lieux de l'attentat

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources arabes anciennes[modifier | modifier le code]

Études contemporaines[modifier | modifier le code]

  • Eugène Aubin (préf. Jean-François Durand), Le Maroc dans la tourmente : 1902-1903 [« Le Maroc aujourd'hui »] (1re éd. 1904, rééd. 2004 et 2009) [détail des éditions] [présentations]
  • Henri Terrasse, Histoire du Maroc des origines à l'établissement du Protectorat français, Éditions Atlantides, Casablanca, 1949 ; réédition Éditions Frontispice, Casablanca, 2005
  • Abdelkhaleq Berramdane, Le Maroc et l'Occident : 1800-1974, Éditions Khartala, 1990 (ISBN 2865371719)
  • Jean Brignon, Guy Martinet, Bernard Rosenberg, Histoire du Maroc, Hatier, 1967 (ASIN: B000EFNOV8)
  • Jacques Benoist-Méchin, Histoire des Alaouites (1268-1971), Perrin, 1994.
  • Bernard Lugan, Histoire du Maroc, Perrin, 2000 (ISBN 2-262-01644-5)
  • Daniel Rivet, Histoire du Maroc, de Moulay Idrîs à Mohammed VI, Fayard, 2006.
  • Bernard Rosenberger, Le Maroc au XVIe siècle. Au seuil de la modernité., Fondation des Trois Cultures, 2008, (ISBN 9954-0-1368-7)
  • Michel Abitbol, Histoire du Maroc, Paris, Perrin,‎ 2009 [détail des éditions]
  • Charles Saint-Prot, Jean-Yves de Cara, Frédéric Rouvillois, dir., Le Maroc en marche, Paris, CNRS éditions, 2009.
  • David Bensoussan, Il était une fois le Maroc : témoignages du passé judéo-marocain, www.iuniverse.com, (ISBN 978-1-4759-2608-8), 620p. ebook (ISBN 978-1-4759-2609-5).
  • Charles Saint-Prot, Mohammed V ou la monarchie populaire, Paris, Le Rocher, 2012

Liens externes[modifier | modifier le code]

Cartes repères
Les différents groupes berbères du Maroc et du Maghreb
  • Histoire des Berbères selon Ibn Khaldoun, tome 1 traduit par le baron de Slane] : livre d'Ibn Khaldoun, [lire en ligne]
Fondation du Maroc
  • Histoire de la Fondation du Maroc, [lire en ligne]
  • Structure politique du Maroc: Rôle des Idrissides dans la Fondation du Pays, [lire en ligne]
Islamisation du Maghreb et du Maroc
Histoire du Maroc
  • Itinéraire culturel des Almoravides et des Almohades au Maghreb et dans la péninsule Ibérique, [lire en ligne]
  • Histoire du Maroc, site internet d'histoire et de culture.
  • David Bensoussan, Il était une fois le Maroc - Témoignages du passé judéo-marocain, Éditions Du Lys, Montréal, 2010 (ISBN 2-922505-14-6)