Garamantes

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Les Garamantes sont un ancien peuple de berbères lybiens situé entre la Libye et l'Atlas plus particulièrement autour des oasis de Germa (nom moderne de leur capitale, Garama) et de Mourzouk. Leur nom signifierait « les gens de la cité ». Ils faisaient partie de cet ensemble de populations à peau foncée qui se distinguent des populations soudanaises et méditerranéennes. Il est probable qu'ils nomadisaient encore plus au Sud, jusqu'au lac Tchad, au fleuve Niger et la région de Gao. Ce royaume a existé de 500 av. J.-C. à 600.

Historiens anciens[modifier | modifier le code]

En 203, Septime Sévère conquiert la capitale des Garamantes, Garama (zone en rose clair).

Au Ve siècle av. J.-C., les Garamantes sont déjà mentionnés par Hérodote, qui les localise à l’intérieur de la Libye, à trente jours de la Méditerranée : « CLXXIV. Au-dessus de ces peuples, vers le midi, dans un pays rempli de bêtes féroces, sont les Garamantes, qui fuient le commerce et la société de tous les hommes : ils n’ont aucune sorte d’armes, et ne savent pas même se défendre[1]. » Toutefois, Hérodote ajoute qu'ils font de l'agriculture et ont de grandes plantations de palmiers-dattiers. Ils avaient des chariots rapides attelés à quatre chevaux, sur lesquels ils pourchassaient les « Éthiopiens » (comme l’on appelait alors les Africains noirs) et les Troglodytes.

Les Garamantes étaient en relation avec les pays formant actuellement le Soudan et le Niger, faisant le commerce d’ivoire, de métaux précieux, d’épices, de sel et d’esclaves à destination de Carthage. Ils ont été recrutés comme cavaliers dans l’armée carthaginoise des mercenaires.

Cornelius Balbus mène une expédition contre eux et les écrase en -21/-20. Ils s’allient ensuite à Tacfarinas et aux Musulames. Enfin, en 70 ils participent au pillage de Leptis Magna, mais en 69, la victoire remportée contre eux par Valerus Festus permet d’établir un protectorat romain.

Carte du Proche Orient vers 600, avant les conquêtes arabes.

Selon Pline l'Ancien, les Garamantes « ne contractent point de mariages, et les femmes sont communes[2]Tite-Live et Strabon localisent vaguement les Garamantes entre les Gétules au Nord et les « Éthiopiens » au Sud.

Selon des documents byzantins, le roi des Garamantes aurait signé un traité de paix avec Byzance en 569 et se serait converti au christianisme. En 668, selon des documents musulmans, le roi des Garamantes aurait été emprisonné et enchaîné. L’ensemble de la région est ensuite islamisée.

Découvertes archéologiques[modifier | modifier le code]

En 2011, des observations par satellite permettent de découvrir un grand nombre de ruines appartenant à la civilisation Garamante, comprenant des tombes, des fortifications et des cimetières. On découvre aussi un réseau de tunnels et de puits au moyen desquels les Garamantes accédaient à l’eau de la nappe phréatique[3].

Il en ressort que cette culture était bien plus avancée et historiquement plus importante que ce que laissent entendre les historiens anciens. Les Garamantes formaient, sinon un État organisé, au moins au réseau de chefferies avec des villes et villages fédérés. Ils avaient une langue écrite et des techniques avancées. Ils ont été des pionniers dans l’aménagement, l’irrigation et l'urbanisation des oasis, ainsi que des maîtres du commerce transsaharien[4].

Ce royaume qui dura plus d’un millénaire, d'environ 500 avant notre ère à 600 après J.C., s’étendait à son apogée sur un territoire de 650 000 km2. Son déclin pourrait avoir été causé par l’intensification de la désertification et par la surexploitation des ressources hydriques[5].

Présence dans la fiction[modifier | modifier le code]

Dans l’Énéide (VI, 794-795), Virgile cite les Garamantes comme l’un des peuples conquis, représentant l’étendue de la domination future (car encore à venir dans le temps du récit, aux temps mythiques d'Enée) d’Auguste : « super et Garamantas et Indos / proferet imperium » (sur les Garamantes et les Indiens, il étendra l’empire).

Dans Salammbô, Gustave Flaubert décrit les Garamantes dans les armées carthaginoises de mercenaires, anthropophages en cas de nécessité :

« Le soir du neuvième jour, trois Ibériens moururent. Leurs compagnons, effrayés, quittèrent la place. On les dépouilla ; et ces corps nus et blancs restèrent sur le sable, au soleil. Alors des Garamantes se mirent lentement à rôder tout autour. C’étaient des hommes accoutumés à l’existence des solitudes et qui ne respectaient aucun dieu. Enfin le plus vieux de la troupe fit un signe, et se baissant vers les cadavres, avec leurs couteaux ils en prirent des lanières ; puis, accroupis sur les talons, ils mangeaient. Les autres regardaient de loin ; on poussa des cris d’horreur ; —beaucoup cependant, au fond de l’âme, jalousaient leur courage[6] »

Dans « L’Immortel », Jorge Luis Borges met en scène un tribun d’une légion romaine stationné à Thèbes en Égypte, qui part dans le désert à la recherche d'une légendaire cité des immortels. Au cours de ce voyage épuisant, il dit avoir traversé « le pays des Troglodytes, qui dévorent des serpents et manquent de l’usage de la parole ; celui des Garamantes, qui ont leurs femmes en commun et qui se nourrissent de la chair des lions[7]. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Hérodote, Histoire, IV, 183
  2. Pline, Histoire naturelle, VI.5.5
  3. Des châteaux dans le désert
  4. (en)Castles in the desert – Satellites reveal lost cities of Libya
  5. (en) Fall of Gaddafi opens a new era for the Sahara's lost civilisation, The Guardian, 5 novembre 2011.
  6. Salammbô. Chap. XIV. Le Défilé de la Hache.
  7. L'Aleph, p. 8.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]