Moïse Maïmonide

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Moïse Maïmonide

Philosophie cordouan

Philosophie médiévale

Description de cette image, également commentée ci-après

Moïse Maïmonide (selon une représentation artistique fréquente)

Naissance 30 mars 1138 (Cordoue, al-Andalus)[1]
Décès 13 décembre 1204 (Fostat, Égypte)
École/tradition Philosophie juive, péripatétisme
Principaux intérêts Médecine,Métaphysique, éthique, théologie
Idées remarquables Accord entre la Loi et la raison
Œuvres principales Le Guide des égarés
Mishné Torah
Influencé par Talmud, Aristote, Al-Farabi, Avicenne,
A influencé Thomas d'Aquin, Maître Eckhart, Pic de la Mirandole, Bodin, Spinoza, Mendelssohn, Lumières juives, Hermann Cohen, Léo Strauss, Thomas Piketty et bien d'autres.
Signature de Maïmonide.

Moïse Maïmonide[2] est un rabbin andalou du XIIe siècle (Cordoue, 30 mars 1138 - Fostat, 13 décembre 1204).

Médecin, philosophe juif, commentateur de la Mishna, jurisconsulte en matière de loi juive et dirigeant de la communauté juive d'Égypte, il excelle dans tous ces domaines et est considéré comme le « second Moïse du judaïsme ». Il influence également le monde non-juif, notamment Thomas d'Aquin, qui le surnomme « l'Aigle de la Synagogue »[réf. nécessaire].

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Statue de Maïmonide dans l’ancienne Juderia de Cordoue.

Moshe ben Maïmon naît en 1138 à Cordoue, qui est alors sous domination almoravide[3],[4]. Sa famille a pris le nom d’Ibn Abdallah d’après l’aïeul Ovadia (Ovadia et Abdallah signifient « serviteur de Dieu » en hébreu et en arabe respectivement), et siège au tribunal rabbinique de la ville depuis sept générations. Une tradition fait remonter leur ascendance à Juda Hanassi (toutefois, elle pourrait simplement indiquer qu’il y eut entre l’ancêtre de Maïmonide, Ovadia, et son père, Maïmon ben Yossef HaDayan, sept générations, de même qu'il y en eut sept entre Juda Hanassi et son ancêtre Hillel l’Ancien).

Le père de Maïmonide est une autorité respectée, consultée de part et d’autre de la communauté juive arabophone. Sa mère meurt alors qu’il est encore jeune. Il a également un jeune frère, David.
Maïmonide apprend auprès de son père la doctrine et les enseignements de Joseph ibn Migas (ce dernier meurt lorsque Maïmonide est âgé de trois ans).

Vers l'âge de 13 ans, il fut contraint à l'exil lors de la prise de Cordoue par les Almohades[5]. La famille Maïmon émigra vers le Maghreb occidental almohade (actuel Maroc), où le jeune Moïse s'instruisit en sciences juives et profanes. Il lut Aristote, Hippocrate et bien d'autres et prit connaissance des écrits d'Averroès à la fin de sa vie, il est donc possible qu'il ait été influencé par lui.

Cependant, Fès devint rapidement elle aussi le théâtre de disputes sur fond d'intolérance religieuse, et vers 1165 la famille Maïmon dut émigrer en Palestine. C'est là que mourut le Rav Maïmon en 1170, après avoir encouragé sa famille à descendre en Égypte, où Maïmonide fut prié par toutes les communautés de devenir leur rabbin. Il n'avait que quarante-deux ans, mais le karaïsme dominait en Égypte, et seul un homme de sa stature serait capable d'y faire face.

À la mort dans un naufrage de son frère David, dont le commerce de perles assurait leur subsistance, il refusa de « se faire une couronne de la Torah », et exerça la médecine pour subvenir à ses besoins. Son cabinet était ouvert à tous, juif, chrétien, musulman, riche ou indigent. Il parvenait encore à donner de magistrales leçons de philosophies, suivies de tous, et des cours d'études sacrées. Il devint rapidement médecin attitré du secrétaire de Saladin, ce qui lui valut autant d'inimitiés des médecins égyptiens que de membres de la communauté juive qui le soupçonnaient de vivre comme un converso.

Cette assertion, fausse, provient de ses rivaux, mais aussi de son disciple préféré, Joseph ibn Aqnin, auquel Maïmonide destina le Guide des égarés. Joseph avait transitoirement feint d'embrasser l'islam, avant de fuir, et de se rendre en Égypte, où il trouverait refuge auprès d'un érudit réputé nommé Moussa bin Maimun. Bien qu'il n'y ait pas eu de mauvaise intention de sa part, il est fort probable qu'il porta une grande créance à cette hypothèse, y donnant par là même beaucoup plus de crédit.

Par ailleurs, dans son Épître aux Juifs du Yémen, Maïmonide écrit effectivement qu'il n'y a ni honte ni disgrâce à se convertir sous la contrainte, et que mieux vaut un Juif converti mais vivant, pour autant qu'il continue à pratiquer sa religion en secret, qu'un Juif mort. Quant à Maïmonide lui-même, sa personnalité était trop forte, et son prestige trop grand pour qu'il dût y recourir : le Roi Richard lui-même souhaita l'attacher à sa cour, offre que Maïmonide déclina.

Il mourut à Fostat, mais fut enterré à Tibériade, aux côtés de son père. Son fils Avraham Maïmonide fut également médecin et philosophe.

Sa première grande œuvre fut le Commentaire sur la Mishna. En théologie, il est notamment l'auteur du Mishné Torah, ouvrage monumental rédigé en hébreu, et non en arabe ou en araméen comme il était d'usage, et destiné à remédier à la dispersion millénaire des règles de la pratique juive (Mishna). Son œuvre dans ce domaine constitue encore le socle de la loi rabbinique.

Comme philosophe, il introduisit la logique aristotélicienne dans la pensée juive et ouvrit des pistes dans les domaines de la psychologie et de l'éthique. Mais son apport essentiel consiste en une conciliation de la science et de la religion qu'il expose dans son Guide des égarés écrit cette fois en arabe. Maïmonide estime que la recherche sans préjugés de la « vérité scientifique », loin d'exclure Dieu, amène à mieux connaître sa perfection - pensée que l'on retrouve d'une certaine manière chez un autre Cordouan musulman, Averroès.

Maïmonide fut un professeur à l'université d'Al Quaraouiyine à Fès, une des plus anciennes universités au monde.

Influence[modifier | modifier le code]

Maïmonide fut l'un des rares penseurs du judaïsme médiéval dont l'influence rayonna au-delà des cercles juifs.

Cette influence, perdura jusqu'aux Lumières : Spinoza, Moïse Mendelssohn, considéré par certains comme son successeur (pour certains, il serait même « le troisième Moïse », cf. épitaphe). De nos jours, il est l'un des philosophes juifs les plus respectés et ses théories reprennent force et vigueur dans la pensée juive contemporaine. Au cours des siècles suivants, l'influence de Maïmonide fut source de conflits entre maïmonidiens et antimaïmonidiens. Mais la plupart des penseurs restent partagés, reconnaissant le génie de l'homme et sa vision aristotélicienne du monde, mais rejetant les éléments qu'ils considèrent comme en désaccord avec la tradition.

Le plus important critique de la philosophie maïmonidienne, et aristotélicienne en général, fut Hasdaï Crescas, l'auteur de Or Hashem. Sa critique entraîna de nombreux savants du XVe siècle à défendre les travaux de Maïmonide.

Article connexe : Philosophie juive.

Médecin[modifier | modifier le code]

Maïmonide commence à pratiquer la médecine à la mort de son frère, David, lors d'un naufrage dans l'océan Indien. Il s'investit dans la médecine, tant et si bien qu'il ne tarde pas à être appointé médecin personnel d'Al-Afdhal, fils de Saladin. C'est à la demande d'Al-Afdhal que Maïmonide réalise la plupart de ses traités médicaux, notamment le Traité sur l'asthme, la Guérison par l'esprit, et d'autres.

Cette position, qu'occupe le meilleur de son temps, ainsi qu'il le décrit à Samuel ibn Tibbon, lui vaut un prestige considérable dans la communauté juive, mais aussi la jalousie des médecins musulmans. Si Maïmonide est circonspect sur les désagréments qu'il eut à subir, la postérité abonde en légendes où il est typiquement celui qui, contraint à mesurer son art en poisons et drogues à ses adversaires, ne veut ni mourir ni tuer, se bornant à concocter des antidotes, alors que la peur et le doute brûlent ses rivaux.

Néanmoins, il eut à en subir de vrais dommages, notamment les accusations calomnieuses d'avoir renié l'islam après avoir feint de l'embrasser (cf. supra), ce qui aurait bien pu lui coûter la tête. On retrouve ce genre d'histoire dans diverses biographies romancées de Maïmonide, une étude des œuvres de Maïmonide suffit à éclairer sa position à ce sujet ; il n'adhère aucunement à l'islam qu'il considère comme héritier de diverses croyances de l'époque, mais n'est pas considéré comme un mouvement idolâtre car monothéiste (voir lettre à un élève musulman converti) ce qui ne l'empêche pas de débattre avec ses homologues musulmans. Dans sa conception, un juif ne peut et ne doit renier sa foi même si cela lui coute la vie (voir La lettre du Yémen) à plus forte raison pour une personne de son rang, une faute publique est alors bien plus grave et déshonorante. (voir aussi michné Thora à ce sujet, son œuvre magistrale). Une légende apocryphe inspirée de l'histoire de Rabbi Shimon bar Yohaï raconte qu'il dut se cacher sept ans dans une grotte pour échapper à leur vindicte.

C'est précisément l'un de ses adversaires qui apporte une preuve de son indéniable succès : le roi Richard Cœur de Lion lui aurait demandé de se mettre à son service.

La médecine ne fut cependant pas l'apanage de Maïmonide, d'autres érudits du judaïsme, comme Juda Halevi avant lui, Abraham Maïmonide, Moshe ben Nahman, Joseph ibn Caspi, Lévi ben Guershom, Moïse Narboni, Salomon ben Adret et d'autres après lui furent médecins et vécurent de leur art, considérant que seul un corps sain peut œuvrer à sanctifier le monde. Cependant, aucun n'atteint la réputation de Maïmonide.

Magie et médecine naturelle[modifier | modifier le code]

Maïmonide ne voit dans la maladie que l'interruption d'un processus biologique normal, qui peut certes résulter de la volonté de Dieu, mais elle n'est pas de répandre la maladie, sinon, argumente-t-il, pourquoi aurait-il créé les plantes médicinales et autres moyens de guérison?

Il ne croit pas davantage au mauvais œil, cette malédiction humaine affaiblissant la personne sujette de leur inimitié. Qu'importe si des Sages du Talmud y croient, d'autres Sages du Talmud s'y opposent, dont Rabbi Akiva, ce qui prouve que le peuple d'Israël a été affecté par les pratiques magiques des peuplades environnantes, allant jusqu'à interpréter des passages bibliques dans ce sens, alors que la Bible ne les mentionne nulle part de façon explicite.

Un autre trait marquant de Maïmonide est sa conception expérimentale, clinique avant la lettre, de la médecine. Bien qu'instruit des théories et pratiques de ses prédécesseurs, il ne se fie pas nécessairement à leur parole, et n'hésite pas à mettre en doute des remèdes établis, ainsi que son propre jugement lorsque l'état du malade ne s'améliore pas.

Une hygiène rigoureuse[modifier | modifier le code]

En fait de médecine, Maïmonide prône avant tout une hygiène de vie. S'assurant qu'une plainte ne résulte pas d'un trouble psychosomatique, il recommande, comme s'il s'agissait d'une prescription religieuse (et il s'agit effectivement d'une prescription religieuse), de maintenir la santé de son corps, et d'éviter toute substance pouvant y nuire (les Juifs orthodoxes s'appuient sur ce précepte pour interdire les drogues, et certains le tabac). Il est recommandé de manger et boire sans excès des mets digestes, de quitter la table en ayant encore un peu faim, d'éviter les aliments trop fermentés, de réfréner le nombre de rapports sexuels (Maïmonide vit en Orient, et le harem y est monnaie courante. S'adressant à des personnages importants et susceptibles, il leur suggère subtilement de « modérer leur activité physique »), d'avoir un cycle de sommeil régulier et harmonieux, d'éviter la sieste diurne, et d'attendre quelques heures après le repas du soir avant d'aller dormir.
L'occlusion intestinale étant une cause de mort fréquente, Maïmonide recommande de déféquer une fois par jour au moins, avec laxatifs si nécessaire.

Le choix des médicaments doit également être graduel. Une diète rigoureuse si le mal est léger. Des drogues ressemblant à des aliments sinon, et ne réserver les « drogues infectes » que dans les cas désespérés.

Ces principes peuvent sembler désuets de nos jours, et dictés par le bon sens, mais le « bon sens » de l'époque était celui de Galien, et recommandait des remèdes basés sur une compréhension sympathique, presque magique, de la maladie.

La prière médicale[modifier | modifier le code]

La paternité de cette prière, qui orne le cabinet de bien des médecins et chirurgiens-dentistes juifs, n'est pas unanimement attribuée au « sage de Fostat », encore qu'elle soit rédigée dans son style. Fred Rosner (in la Médecine tirée du Mishneh Torah), par exemple, estime qu'elle ne peut être antérieure à 1783.

« Mon Dieu, remplis mon âme d'amour pour l'Art et pour toutes les créatures. N'admets pas que la soif du gain et la recherche de la gloire m'influencent dans l'exercice de mon Art, car les ennemis de la vérité et de l'amour des hommes pourraient facilement m'abuser et m'éloigner du noble devoir de faire du bien à tes enfants. Soutiens la force de mon cœur pour qu'il soit toujours prêt à servir le pauvre et le riche, l'ami et l'ennemi, le bon et le mauvais.

Fais que je ne voie que l'homme dans celui qui souffre. Fais que mon esprit reste clair auprès du lit du malade et qu'il ne soit distrait par aucune chose étrangère afin qu'il ait présent tout ce que l'expérience et la science lui ont enseigné, car grandes et sublimes sont les recherches scientifiques qui ont pour but de conserver la santé et la vie de toutes les créatures.

Fais que mes malades aient confiance en moi et mon Art pour qu'ils suivent mes conseils et mes prescriptions. Éloigne de leur lit les charlatans, l'armée des parents aux mille conseils, et les gardes qui savent toujours tout: car c'est une engeance dangereuse qui, par vanité, fait échouer les meilleures intentions de l'Art et conduit souvent les créatures à la mort. Si les ignorants me blâment et me raillent, fais que l'amour de mon Art, comme une cuirasse, me rende invulnérable, pour que je puisse persévérer dans le vrai, sans égard au prestige, au renom et à l'âge de mes ennemis. Prête-moi, mon Dieu, l'indulgence et la patience auprès des malades entêtés et grossiers.

Fais que je sois modéré en tout, mais insatiable dans mon amour de la science. Éloigne de moi l'idée que je peux tout. Donne-moi la force, la volonté et l'occasion d'élargir de plus en plus mes connaissances. Je peux aujourd'hui découvrir dans mon savoir des choses que je ne soupçonnais pas hier, car l'Art est grand mais l'esprit de l'homme pénètre toujours plus avant. »

Philosophe[modifier | modifier le code]

« Il n’y a aucun moyen de percevoir Dieu autrement que par ses œuvres ; ce sont elles qui indiquent son existence et ce qu’il faut croire à son égard, je veux dire ce qu’il faut affirmer ou nier de lui. Il faut donc nécessairement examiner les êtres dans leur réalité, afin que de chaque branche de science, nous puissions tirer des principes vrais et certains pour nous servir dans nos recherches métaphysiques. Combien de principes ne puise-t-on pas, en effet, dans la nature des nombres et dans les propriétés des figures géométriques, principes par lesquels nous sommes conduits à connaître certaines choses que nous devons écarter de la Divinité et dont la négation nous conduit à divers sujets métaphysiques ! Quant aux choses de l’astronomie et de la physique, il n’y aura, je pense, aucun doute que ce ne soient des choses nécessaires pour comprendre la relation de l’univers au gouvernement de Dieu, telle qu’elle est en réalité et non conformément aux imaginations »

— Moïse Maïmonide, Guide des égarés ( des perplexes pour une traduction plus fidèle).

Outre son petit lexique des termes philosophiques (Peroush Milei HaHigayon), les principales contributions de Maïmonide à la philosophie juive, et à la philosophie en général, furent le monumental Guide des Egarés et le Traité des Huit Chapitres, introduction philosophique au Traité des Pères. Ces œuvres exercèrent une influence durable sur la philosophie scolastique, et ses plus grandes figures, Albert le Grand, Thomas d'Aquin et Duns Scot. Lui-même peut être considéré comme un scolastique juif. Davantage éduqué dans la lecture des travaux des grands penseurs musulmans que dans le contact personnel avec leurs auteurs, il développa, outre une connaissance intime de la philosophie arabe, une maîtrise des doctrines d'Aristote. Toute son œuvre vise à réconcilier la philosophie aristotélicienne et la science avec les enseignements de la tradition juive.

Controverse contemporaine sur le racisme[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, le nom du grand rabbin Maïmonide se retrouve également mêlé aux controverses contemporaines sur le racisme, à l'aide de cette citation  : « tous les hommes qui n'ont aucune croyance religieuse, ni spéculative, ni traditionnelle, comme les derniers des Turcs à l'extrême nord, les nègres à l'extrême sud et ceux qui leur ressemblent dans nos climats. Ceux-là sont à considérer comme des animaux irraisonnables; je ne les place point au rang des hommes, car ils occupent parmi les êtres un rang inférieur à celui de l'homme et supérieur à celui du singe, puisqu'ils ont la figure et les linéaments de l’homme et un discernement au-dessus de celui du singe[6] ».

Cette prise de position du grand rabbin serait également à rapprocher de la malédiction du fils de Cham que l'on retrouve énoncé dans la Torah et selon ses contempteurs, celle ci s'inscrirait dans un courant de pensée du Talmud.[réf. nécessaire]


Les 13 principes de la foi[modifier | modifier le code]

Énoncés pour la première fois dans son Commentaire sur la Mishna (traité Sanhédrin 10:1), ils furent soumis à des critiques ardentes, comme pratiquement tous ses écrits.

Ils furent néanmoins rapidement considérés comme fondamentaux, et ont été versifiés sous forme de l'hymne Ygdal. On les connaît néanmoins sous leur forme originale, Ani Maamin ... (« Je crois »).

Énumération des principes[modifier | modifier le code]

  1. Je crois d'une foi entière que le Créateur, que Son Nom soit béni, est le Créateur et Maître de toutes les créatures, et que Lui seul fit, fait, fera toutes choses.
    • Dieu peut tout, sait tout, et Il n'a pas de limite - Il Est sans limites, et aucune limite ne L'entrave, ce qui explique qu'Il puisse S'occuper du monde et de chacun simultanément. C'est Lui qui a créé le mal (Isaïe l'écrit explicitement).
  2. Je crois d'une foi entière que le Créateur, que Son Nom soit béni, est Un et Unique; Il est Un dans une Unité comme il n'y en a nulle autre; et Lui seul fut, est, sera notre Dieu.
    • Dieu est Un. Il Est non pas Un et Unique, mais l'Un et l'Unique - fondement du monothéisme, pour lequel non seulement il n'y a qu'Un Créateur du monde, mais en outre, Il ne fait qu'Un avec le Dieu providentiel garant de la morale, et du libre arbitre de l'homme. S'Il Est nommé par différents Noms, c'est que les hommes, incapables de Le comprendre, car Il les trancende complètement, sont obligés d'exprimer Ses différents aspects dans le monde.
  3. Je crois d'une foi entière que le Créateur, que Son Nom soit béni, est incorporel; qu'Il est libre de toute représentation et propriété anthropomorphique, et qu'Il n'a aucune ressemblance.
    • Dieu est non-physique, incorporel et éternel, c'est-à-dire intemporel - Toutes les sentences anthropomorphistes dans la Bible et la littérature rabbinique sont des à-peu-près du langage, ou des métaphores; il serait impossible de parler au commun de Dieu sans elles.
  4. Je crois d'une foi entière que le Créateur, que Son Nom soit béni, est le premier et le dernier.
    • Il est antérieur au monde, lequel n'est donc pas éternel, contrairement à ce que pense Aristote.
  5. Je crois d'une foi entière que le Créateur, que Son Nom soit béni, est le Seul auquel l'on peut adresser ses prières, et qu'il est inapproprié d'adresser ses prières à quiconque d'autre.
    • Ce fut la faute des gens de la génération d'Enosh, et les sources de l'idolâtrie, selon la Bible,lorsque les gens commencèrent à prier des corps célestes, comme le soleil, ou séparés, comme des anges,d'intercéder auprès de Lui en leur faveur
  6. Je crois d'une foi entière que tous les mots des Prophètes sont vérité.
  7. Je crois d'une foi entière que la prophétie de Moïse notre maître, la paix soit sur lui, était vraie, et qu'il fut le père de tous les Prophètes, ceux qui l'ont précédé et ceux qui l'ont suivi.
    • La Bible hébraïque - et beaucoup de croyances rapportées dans la Mishna et le Talmud - est considérée comme fruit d'une révélation divine, ainsi que les dits des prophètes (même si, par ailleurs, Maïmonide rationalise la prophétie, sa thèse étant que le prophète parfait ne fait qu'un avec le philosophe parfait) - L'expression de cette relation, et ce qu'on entend exactement par « divin » lorsqu'on parle d'un livre, est, a toujours été, et sera encore source de dissensions au sein des Juifs, menant à divers courants théologiques.
  8. Je crois d'une foi entière que toute la Tora que nous possédons actuellement fut donnée à Moïse notre maître, que la paix soit sur lui.
  9. Je crois d'une foi entière que cette Tora ne sera pas changée, et qu'il n'y aura aucune autre Tora donnée par le Créateur, que Son Nom soit béni.
  10. Je crois d'une foi entière que le Créateur, que Son Nom soit béni, connaît tous les actes et toutes les pensées des humains, ainsi qu'il est dit (Psaumes 33:15) : « C'est Lui qui façonne les cœurs de tous, Lui qui perçoit tous leurs actes »
    • Allusion à la philosophie d'Aristote, qui professe que Dieu ne connaît pas le particulier, et que Ses actes intéressent la collectivité, et non l'individu. Cependant, Sa prescience n'exclut en rien le fait qu'Il nous ait donné le libre arbitre, sans quoi l'article suivant n'aurait pas de sens
  11. Je crois d'une foi entière que le Créateur, que Son Nom soit béni, récompense ceux qui suivent Ses commandements, et punit ceux qui les transgressent.
    • L'âme est pure à la naissance, et les êtres humains ont un libre arbitre, avec tant un yetzer ha'tov (« bon penchant ») qu'yetzer ha'ra (mauvais penchant), qui les entraîne à faire des « bonnes » ou « mauvaises » actions. Encore tout n'est-il pas manichéen : le yetser hara peut conduire à de bonnes actions, et inversement; « l'enfer est pavé de bonnes intentions »etc.
    • Par ailleurs, les gens peuvent « revenir » de leurs péchés par des actes et des paroles, sans intermédiaires, par la prière (tefilla), la pénitence (teshouva), et la tsedaka, si cela s'accompagne d'une sincère décision de ne plus commettre ces actes inacceptables et si l'on fait amende honorable envers ceux et celles qu'on a lésés. « Il y a toujours moyen de revenir à Dieu. »
  12. Je crois d'une foi entière à la venue du Messie, et même s'il tarde, j'attendrai chaque jour sa venue.
    • Il y aura un mashia'h (Messie), ou peut-être une ère messianique.
    • Il eut par ailleurs une grande portée dans l'histoire des Juifs, puisqu'il fut utilisé par les polémistes chrétiens (souvent des Juifs apostats contre les Juifs eux-mêmes, et entraîna la rédaction des Ikkarim de Joseph Albo
  13. Je crois d'une foi entière que la résurrection des morts se produira au moment voulu par le Créateur, que Son Nom soit béni, et que Son souvenir soit exalté pour toujours, à jamais.

Influence sur la halakha[modifier | modifier le code]

Article connexe : Mishné Torah.

Nommant son grand-œuvre d'après un verset du Deutéronome, Maïmonide, se basant sur les travaux du Rif, rassemble, avec une grande systématisation, toutes les décisions halakhiques et législatives dispersées dans le Talmud, et y joint les opinions des Gueonim.

Rédigé en Hébreu, son ambition avouée est de permettre à tout Juif de connaître la conduite à tenir, quand bien même il ignorerait tout de la Tora ou du Talmud. Dans sa lettre à R' Pinhas haDayan, il se défendra de vouloir supprimer l'étude du Talmud. Par ailleurs, dans un souci de concision, Maïmonide n'inclut pas les références (ni, disent certains, toutes les opinions, n'hésitant pas à se poser en juge de ce qui est valable ou non en matière de Halakha).

Pour ces raisons, bien que le Mishné Tora soit actuellement considéré comme précurseur des « Quatre Colonnes » (Arbaa Tourim) et du Choulhan Aroukh, il rencontra en son temps un succès magistral, mais aussi une résistance farouche, et les controverses entre « maïmonidiens » et « antimaïmonidiens » devaient se poursuivre des siècles durant.

Les plus grands contradicteurs de Maïmonide furent les rabbins de Provence, en particulier Rav Abraham ben David de Posquières (RabaD). Cependant, il ne faut pas y voir d'attaque au sens propre. En objectant les positions de Maïmonide, RabaD ne veut ni remettre son avis en doute, ni exposer ses opinions personnelles. Il veut simplement montrer qu'il peut exister une opinion s'opposant à celle de Maïmonide. Il y a si bien réussi que sa critique se trouve en marge de pratiquement toutes les éditions du Mishné Tora.

Le Traité de logique ou les mots de la logique[modifier | modifier le code]

Maïmonide écrivit vers sa vingtième année un traité de logique aristotélicienne très inspiré par Al-Farabi. Cet ouvrage, chef-d'œuvre de concision, est un exemple de pédagogie. Le traité est rédigé en arabe. Il fut dans les années qui suivirent la mort du maître survenue en 1204 traduit en hébreu[3]. Il expose l’essentiel de la logique aristotélicienne telle que l’enseignaient les grands penseurs persans, Avicenne et surtout Alfarabi, « le deuxième Maître », le premier étant évidemment Aristote. Dans son édition du Traité, Rémi Brague souligne qu’Alfarabi est le seul philosophe s’y trouvant nommé. Dans les versions hébraïques, le Traité s'intitule Les Mots de la logique. Maïmonide explique à l’honnête homme le sens technique des mots utilisés par le logicien. Partant des mots, dûment inventoriés, pour aller aux choses désignées, le Traité tient du lexique mais il reste un exposé ordonné, où les chapitres se succèdent rationnellement. Un chapitre présente une grappe de notions associées. Le sens des mots y est expliqué avec concision et illustré par des exemples clairs. À la fin de chaque chapitre, Maïmonide dresse soigneusement la liste des mots étudiés. L’ouvrage est un modèle, un chef d’œuvre de clarté et de concision.

Textes traduits en français[modifier | modifier le code]

  • Le Guide des égarés (1190), trad. de l’arabe par Salomon Munk, Lagrasse, Verdier, 2012, ISBN 2864325616 (éd. revue, complétée et mise à jour), ou éd. A. Franck, Paris, 1856, disponible sur Archive: vol.1, vol.2 et vol.3.
  • Michné Torah (vers 1187), trad. de l’hébreu par Binyamin Appelbaum, Paris, Editions du Beth Loubavitch (traduction en cours, plusieurs volumes déjà parus).
  • Le Livre de la connaissance (premier des quatorze livres du Mishné Torah), trad. de Valentin Nikiprowetsky et André Zaoui, Paris, PUF, « Quadrige », 1996.
  • Traité d’éthique (« Huit chapitres »), trad. de Rémi Brague, Paris, Desclée De Brouwer, 2001.
  • Traité de logique, trad. de Rémi Brague, Paris, Desclée De Brouwer, 1996
  • Épîtres (sur la persécution, au Yémen [1172], sur la résurrection [1191], trad. de Jean de Hulster, Paris, Gallimard, « Tel », 1993.
  • Lettre sur l’astrologie, trad. de l’hébreu par René Lévy, Paris, Allia, 2001.
  • Commentaires du « Traité des pères », par Maïmonide, Rachi, Rabbénou Yona, le Maharal de Prague et R. Hayim de Volozyne, trad. de l’hébreu par Éric Smilévitch, Lagrasse, Verdier/poche, 1990.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Maurice-Ruben Hayoun, Maïmonide ou l'autre Moïse. 1138-1204, Paris, éditions Jean-Claude Lattès, 1994, collection Agora, p. 21.
  2. hébreu : הרב משה בן מימון HaRav Moshé ben Maïmon, acronyme ה)רמב"ם) (Ha)Rambam ; arabe :أبو عمران موسى بن ميمون بن عبد الله القرطبي اليهودي Abou Imrane Moussa ibn Maïmoun ibn Abdallah al-Kourtoubi al-Yahoudi « Moïse fils de Maïmoun ibn Abdallah le cordouan juif » ; grec: Μωυσής Μαϊμονίδης Moyses Maïmonides
  3. a et b (en) « Le Guide des Égarés », Bibliothèque Numérique Mondiale (consulté le 22 janvier 2013)
  4. Une épître attribuée à son petit-fils David HaNaggid donne le 14 nissan 4895 (1135 selon le calendrier julien) comme date de naissance. Il est actuellement admis qu’il s’agit d’une erreur de copiste et qu’il ne faut pas lire ד'תתצ"ה (A.M. 4895, soit 1135 E.C.) mais ד'תתצ"ח (A.M. 4898, soit 1138 E.C.) - (he) Yossef Qafih, Le Guide des Égarés de notre maître Moshe ben Maïmon : Traduit en hébreu, expliqué et préparé d’après des manuscrits et des versions imprimées, Jérusalem, Mossad Harav Kook,‎ 1976 (lire en ligne), « Préface du Rav Kappa'h »
  5. Biographie du Rambam, Rabbi Moïse Maïmonide, 14 Nissan 4895 - 20 Tevet 4965 1135-1204, par Elisabeth Benhamou. Pour échapper à l'intolérance de ce nouveau pouvoir, la famille du jeune Maïmonide se réfugia dans le sud de l'Espagne, puis au Maroc, avant d'embarquer pour Israël et enfin l’Égypte.
  6. Guide des égarés, livre III, chapitre 51, traduction S. Munk, éd. Verdier, coll. « Les dix paroles », p. 615-616

Source[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Emmanuel Lévinas, « Actualité de Maïmonide », article de Paix et Droit, nº 4, avril 1935 – disponible sur Gallica
  • Rouah Hen. L’Esprit de grâce, Introduction à la philosophie de Maïmonide, trad. de l’hébreu et présenté par Éric Smilévitch, Lagrasse, Verdier, 1994, ISBN 2-86432-194-7
  • Leo Strauss, Maïmonide, éd. Presses Universitaires de France, 1988, Collection Épiméthée, ISBN 2-13-041827-9
  • Maurice-Ruben Hayoun, Maïmonide ou l'autre Moïse. 1138-1204, Paris, éditions Jean-Claude Lattès, 1994, collection Agora, ISBN 2-266-13945-2
  • Philippe Haddad, L'Aigle de Dieu "Paris 2002" chez Jean-Cyrille Godefroy ; plaidoyer pour le dialogue interreligieux.
  • René Lévy, La Divine Insouciance. Études des doctrines de la providence d'après Maïmonide, Lagrasse, Verdier, coll. « Philosophie », 2009, ISBN 2-86432-560-8
  • Danièle Iancu-Agou et Elie Nicolas (collectif), Des Tibbonides à Maïmonide : rayonnement des Juifs andalous en pays d'Oc médiéval, éd. du Cerf, 2009, Collection Nouvelle gallia judaica, ISBN 2-204-08810-2
  • Herbert Le Porrier, Le Médecin de Cordoue, Seuil 1974 (Prix des libraires), J'ai Lu 1976, autobiographie fictive romancée
  • Jacques Attali, La Confrérie des Éveillés (roman historique imaginant les jeunes Maïmonide et Averroès à la poursuite d'un fabuleux ouvrage d'Aristote, avec à leurs trousses les membres d'une mystérieuse secte)
  • Jean-Francois Monteil « De la traduction en hébreu d'un texte arabe de Maimonide ; le chapitre II du Maqala fi sina at al-Mantiq ou Traite de Logique » Cahiers de Tunisie 49 (1997): 127-139.
  • (en) Jean-Francois Monteil Something new about Maimonides’ Treatise on logic. On a difference between the canonical text of the Treatise on logic and the three Hebrew translations. mindnewcontinent

Liens externes[modifier | modifier le code]