Cléopâtre VII

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Cléopâtre.
Cléopâtre VII Théa Philopator
Buste de Cléopâtre VII, Altes Museum, Berlin.
Buste de Cléopâtre VII, Altes Museum, Berlin.
Fonctions
Reine d'Égypte
5130 avant notre ère
Prédécesseur Ptolémée XII
Successeur Ptolémée XV
Biographie
Titre complet Reine d'Égypte
Dynastie Dynastie ptolémaïque
Date de naissance v. -69
Lieu de naissance Alexandrie[1]
Royaume ptolémaïque
Date de décès 12 août 30 av. J.-C.
Lieu de décès Alexandrie
Royaume ptolémaïque
Père Ptolémée XII Aulète
Mère Cléopâtre VI Tryphène
Grand-père paternel Ptolémée IX Sôter II
Conjoint Ptolémée XIII
Son 1er frère
Deuxième conjoint Ptolémée XIV
Son 2e frère
Troisième conjoint Jules César (amant)
Enfant(s) avec le 3e conjoint Ptolémée XV Philopator Caesar
dit Césarion
Quatrième conjoint Marc Antoine
Enfant(s) avec le 4e conjoint Alexandre Hélios
Cléopâtre Séléné
Ptolémée Philadelphe
Stèle figurant Cléopâtre VII faisant offrande à Isis - Musée du Louvre

Cléopâtre VII Théa Philopator (en grec, Κλεοπάτρα Φιλοπάτωρ) (v. -69 / 12 août 30 av. J.-C.) est une reine d'Égypte antique de la famille des Ptolémées qui gouverne son pays entre -51 et -30, successivement avec ses frères et époux Ptolémée XIII et Ptolémée XIV puis avec le général romain Marc Antoine. Elle est connue pour ses relations avec Jules César et Marc Antoine.

Cléopâtre est un personnage dont la légende s'est emparée, de son vivant même, et le tragique de sa mort n'a fait que renforcer la tendance au romanesque qui entoure le personnage et qui parfois gêne l'historien dans une approche objective de cette reine d'Égypte, sans doute la femme la plus célèbre de l'Antiquité.

Nous disposons de peu de sources et les principales, Plutarque, Suétone et Appien, n'évoquent Cléopâtre que pour sa place dans l'histoire romaine[2]. C'est pourquoi nous ne savons pratiquement rien de ce qu'elle fait à Rome aux lendemains de l'assassinat de César, ni à Alexandrie durant l'absence de Marc Antoine entre -40 et -37.

De plus, l'historiographie antique lui est globalement défavorable car inspirée par le vainqueur de Cléopâtre, l'empereur Auguste, et son entourage dont l'intérêt est de la noircir afin d'en faire l'adversaire malfaisant de Rome et le mauvais génie de Marc Antoine[3]. Ainsi ce jugement de l'historien du Ier siècle, Flavius Josèphe : « Elle fit d'Antoine l'ennemi de sa patrie par la corruption de ses charmes amoureux »[4]. La légende noire propagée par l'idéologie augustéenne est relayée ensuite par les poètes (Horace, Properce, Lucain) et historiens romains (Eutrope, Dion Cassius et Tite-Live) qui voient en elle quatre dangers : reine (remettant en cause la République romaine), femme de caractère et séductrice (pouvant mettre en danger la virilité et la virtus romaine), ambitieuse (menaçant la liberté) et étrangère (origine grecque et orientalité associées à la débauche et la luxure mettant en cause la « romanité », notamment la vertu de pudicitia (en))[5]. Cela explique la prudence des historiens actuels et l'enthousiasme des cinéastes ou romanciers pour un tel personnage.

Généalogie[modifier | modifier le code]

Voir l’article annexe : Arbre généalogique des Lagides.
Relief du grand temple d'Hathor de Dendérah, représentant la reine Cléopâtre et son fils Césarion

Cléopâtre est née au cours de l'hiver -69/-68[6] probablement à Alexandrie. Elle appartient à la dynastie des Lagides, dynastie macédonienne qui gouverne l'Égypte depuis la fin du IVe siècle[7]. Cléopâtre est l'une des trois filles (connues) du roi d'Égypte Ptolémée XII Aulète, et vraisemblablement d'une concubine, puisque Strabon affirme que Ptolémée XII n'eut qu'une seule fille légitime[8], Bérénice IV, qui régna de -58 à -55. Cependant cette éventuelle bâtardise n'est pas certaine car elle n'apparaît jamais dans les insultes et attaques dont la reine est l'objet plus tard.

De toute manière, être une fille illégitime, si c'est le cas, n'est pas un handicap, Ptolémée XII étant lui-même un fils illégitime de Ptolémée IX. Mais Cléopâtre entretient elle-même le mystère sur ses origines maternelles, laissant planer le doute sur une possible ascendance égyptienne. C'est l'un des facteurs, outre le fait qu'elle parle égyptien, qu'avancent certains historiens pour expliquer le curieux titre de la reine, philopatris (« qui aime sa patrie »)[9], lequel surprend dans une dynastie qui privilégie plutôt les liens dynastiques (« qui aime son père… sa mère… sa sœur… », etc.) que l'attachement aux pays et aux peuples qu'elle gouverne. Mais peut-être ne faut-il y voir qu'une attention plus marquée, rare chez ses prédécesseurs si l'on excepte Ptolémée VIII dit Physcon, à l'Égypte indigène. À moins que philopatris n'évoque l'origine macédonienne de la dynastie lagide. Une autre hypothèse consiste à dire que cette « patrie » n'est autre qu'Alexandrie, ce qui insisterait sur le fait que Cléopâtre est une « créole » macédonienne et non pas une Égyptienne : en effet, Alexandrie (fondation d'Alexandre le Grand) est alors considérée comme extérieure et indépendante de l'Égypte à laquelle elle n'est réunie que du fait de ses souverains. De cela découle l'expression « d'Alexandrie près de l'Égypte » alors courante et qui marque cette situation.

La jeunesse[modifier | modifier le code]

Nous ignorons tout de son enfance et de ses années d'adolescence. Tout au plus pouvons-nous imaginer qu'elle dut observer les événements du règne chaotique de son père avec une grande acuité. La désaffection entre la population égyptienne et la dynastie lagide est patente sous le règne de Ptolémée XII. Les causes sont nombreuses : dégénérescence physique et morale des souverains, centralisation outrancière, corruption et cupidité des administrateurs. La multiplication des révoltes indigènes, la perte de Chypre et de la Cyrénaïque, la dévaluation de la tétradrachme (une première depuis Ptolémée Ier) dont la valeur en argent passe de 90 % à 33 %, font de ce règne l'un des plus calamiteux de la dynastie.

La puissance de Rome, qui intervient militairement pour rétablir Ptolémée XII en -55 renversé par sa fille aînée Bérénice IV trois ans plus tôt, est certainement un élément compris et assimilé par la jeune Cléopâtre. Rétabli par Gabinius[10], le gouverneur de Syrie, Ptolémée XII se lance dans une série de massacres, de proscriptions et d'assassinats (dont sa propre fille Bérénice, la demi-sœur de Cléopâtre). Cette politique ne rend pas son autorité à un roi fantoche qui ne se maintient que par la présence romaine, laquelle de plus grève les finances du pays. Les tribulations du règne précédent apprennent ainsi à la future reine à utiliser tous les moyens pour se débarrasser de ses adversaires ou de ceux qui gênent ses projets, comme son jeune frère Ptolémée XIV en -44.

La femme[modifier | modifier le code]

Il est difficile de cerner la véritable personnalité de Cléopâtre, qu'un certain romantisme a contribué à déformer, mais elle possède à l'évidence beaucoup de courage et se révèle suffisamment puissante pour inquiéter les Romains.

Aucune source sûre ne vient nous éclairer sur son aspect physique qui échappe à un classement esthétique banal. Le buste de Cherchell, réalisé bien après sa mort, à l'occasion du mariage de sa fille, Cléopâtre Séléné, avec le roi Juba II de Maurétanie, est idéalisé. Certains auteurs antiques insistent sur sa beauté presque divine[11]. Les quelques pièces de monnaies en notre possession[12] donnent l'image d'une femme aux traits lourds et au nez assez proéminent. Nous savons qu'elle a une présence forte et du charme, qu'elle dégage une puissante séduction et que cela est complété par une voix ensorcelante ainsi qu'un esprit brillant et cultivé[13].

En effet, alors que l'éducation des filles (même de familles royales) est négligée dans le monde grec ou hellénistique, Cléopâtre bénéficie apparemment de l'enseignement de pédagogues cultivés. Plutarque insiste sur ses qualités intellectuelles[14]. C'est ainsi que Cléopâtre est une véritable polyglotte[15] et parle, outre le grec, l'égyptien (première et dernière de sa dynastie à faire cet effort, encore qu'il y ait un doute pour Ptolémée VIII dit Physcon), l'araméen, l'éthiopien, le mède, l'arabe, sans doute aussi l'hébreu ainsi que la langue des Troglodytes, un peuple vivant au Sud de la Libye. De tels dons ne la laissent sans doute pas longtemps démunie face au latin, encore que des Romains aussi cultivés que César parlent un grec parfait. Plusieurs traités de métrologie, d'alchimie, de gynécologie ou de cosmétique (le Kosmètikon) lui sont attribués, mais ils sont jugés apocryphes par les historiens modernes[16].

Règne[modifier | modifier le code]

Statue de Cléopâtre VII portant la corne d'abondance - Musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg
Cléopâtre VII
Période Période lagide
Dynastie Dynastie des Ptolémées
Fonction Pharaonne
Prédécesseur Ptolémée XII Aulète
Prise du pouvoir Mort de son père
Dates de règne -51 à -30 associée à Ptolémée XIII puis Ptolémée XIV et Ptolémée XV
Durée du règne
Successeur
Passation du pouvoir
Sépulture Non trouvé
Date de découverte Inconnue
Découvreur Inconnu
Fouillée par ?

L'accès au pouvoir[modifier | modifier le code]

Le testament du roi Ptolémée XII, mort en mars 51 av. J.-C., désigne comme successeurs Cléopâtre et un frère cadet de celle-ci, Ptolémée XIII, d'une dizaine d'années environ, à qui elle est nominalement mariée car selon la coutume ptolémaïque, elle ne peut régner seule[17]. Rien ne prouve que Cléopâtre ait voulu exercer la totalité du pouvoir à l'époque, en tout cas les titulatures de cette période lui accordent toujours la seconde place. Ces trois premières années de règne sont difficiles du fait des difficultés économiques : disette des années -50/-48, crues insuffisantes du Nil et lutte politique entre l'eunuque Pothin et le général Achillas qui cherchent à opposer le frère et la sœur.

À l'automne -49 les relations se dégradent totalement entre les deux souverains. Les causes de cette rupture sont ignorées. Toujours est-il qu'à partir de cette date le nom de la reine figure dans les textes officiels avant celui de Ptolémée XIII. En fait c'est une véritable guerre qui éclate entre les deux monarques puisqu'à l'été -48 ils se font face à Péluse. Il semble que Cléopâtre se trouve en difficulté car elle doit fuir en Syrie[18] puis à Ascalon, où elle trouve de l'aide.

César et Cléopâtre[modifier | modifier le code]

L’assassinat de Pompée[modifier | modifier le code]

La mort de Pompée

C'est alors qu'intervient la puissance romaine. En effet Pompée, vaincu par Jules César à Pharsale au début du mois de juin 48 av. J.-C., tente de trouver refuge en Égypte[19]. Appien affirme que Ptolémée XIII et Cléopâtre avaient aidé Pompée par l'envoi d'une flotte de soixante navires[20]. Le jeune roi Ptolémée XIII et ses conseillers jugent sa cause perdue et pensent s'attirer les bonnes grâces du vainqueur en le faisant assassiner[21], dès qu'il pose le pied sur le sol égyptien le 30 juillet 48 av. J.-C., sous les yeux de son entourage. César, qui débarque deux jours plus tard, est semble-t-il furieux de ce lâche forfait (il fait enterrer la tête de Pompée dans le bosquet de Némésis en bordure du mur est de l'enceinte d'Alexandrie) et n'éprouve pour le pharaon que mépris.

La rencontre avec César[modifier | modifier le code]

Cléopâtre et César par Jean-Léon Gérôme, 1866
Le fils de Cléopâtre et de Jules César, Césarion sur le temple de Dendérah

Quelles étaient les intentions de César en débarquant en Égypte ? Il est difficile de se prononcer clairement. Il y a des raisons politiques, César ayant certainement l'intention d'annexer l'Égypte, mais aussi des raisons plus privées, bien qu'il évoque les vents contraires pour différer son retour. En effet, il tente d'obtenir le remboursement de dettes que Ptolémée XII avait contractées auprès d'un banquier romain et qu'il a reprises à son compte. Il juge pour cela indispensable de réconcilier le couple royal et tente de s'y employer à la fin de l'année -48. Les deux souverains sont convoqués au palais royal d'Alexandrie. Ptolémée XIII s'y rend après diverses tergiversations ainsi que Cléopâtre. C'est à ce moment que se déroule, s'il est authentique, l'épisode du tapis dans lequel la reine se serait fait enrouler afin de parvenir auprès de César[22]. Celui-ci tente d'imposer le « statu quo ante », c’est-à-dire le retour au testament de Ptolémée XII, ce qu'accepte Cléopâtre mais pas son frère, guère impressionné par les faibles effectifs de César (environ 7 000 hommes). Celui-ci se retrouve même prisonnier à Alexandrie à la fin de -48, sans renforts. Seule la noyade de Ptolémée XIII dans le Nil le 15 janvier 47 av. J.-C. met fin au conflit.

César renonce semble-t-il à son projet d'annexion à ce moment. Est-ce la romance avec la reine de trente ans plus jeune devenue son alliée[23], les difficultés militaires rencontrées lors de l'hiver -48/-47 ou son voyage sur le Nil[24] qui lui firent renoncer à l'annexion pour lui préférer une alliance ? Difficile d'être affirmatif, mais il est un motif qui peut expliquer ce changement. En cette période troublée (César n'a pas encore réduit les derniers partisans de Pompée) un gouverneur d'Égypte ambitieux pouvait affamer Rome en la privant du blé égyptien et s'en faire un tremplin pour ses ambitions politiques. Auguste plus tard interdit aux sénateurs l'accès de l'Égypte afin d'éviter d'inutiles tentations. Maintenir une dynastie discréditée tout en gardant le contrôle militaire du pays (trois légions romaines restent après le départ de César) est par conséquent la solution, peut-être provisoire dans l'esprit du conquérant, la plus commode.

Le séjour à Rome[modifier | modifier le code]

Cléopâtre épouse alors un autre de ses frères cadets, Ptolémée XIV, sur l'injonction de César. Cependant elle est la seule à détenir réellement le pouvoir (sous protectorat romain) et le protocole enregistre cette prépondérance en plaçant le nom de la reine en tête des actes officiels. Sa liaison avec César n'est un mystère pour personne. Ce dernier cependant doit bientôt quitter Alexandrie pour combattre le roi du Pont, Pharnace II, puis les derniers partisans de Pompée en Afrique. De retour à Rome, il convoque les souverains lagides en -46. Les raisons de cette convocation sont imprécises. César, lui-même marié, souhaite-t-il retrouver sa maîtresse, qu'il loge dans sa propriété de la rive droite du Tibre ? Veut-il impressionner par l'éclat des quatre triomphes qu'il célèbre durant l'été -46 ? A-t-il comme objectif de montrer ce qu'il en coûte de se révolter contre Rome en faisant figurer dans son triomphe la sœur de Cléopâtre et de Ptolémée XIV, Arsinoé, qui s'était fait reconnaître reine par les troupes de Ptolémée XIII ? Souhaite-t-il garder en otage les deux souverains d'un État dont les ressources en blé sont vitales à Rome[25] ? Difficile de trancher pour une hypothèse plutôt qu'une autre. Toujours est-il que l'Égypte est administrée pendant ce temps par les officiers de ses troupes restés à Alexandrie.

On connaît peu de choses sur ce séjour de deux ans à Rome, sinon qu'il y eut en fait deux séjours : un premier dans la villa du Trastevere de César, puis, après un bref retour en Égypte, un second, probablement dans les anciens jardins appartenant à son amie Claudia, la femme de Catulle[26]. Le seul geste officiel de César en sa faveur est de faire placer une statue dorée de la reine dans le sanctuaire de Vénus Genetrix[27], ancêtre mythique de la gens Iulia dont il est issu. Nous savons cependant qu'elle rencontre de nombreux hommes politiques romains dont Cicéron qui n'hésite pas à écrire à Atticus : Je déteste la reine ![28].

Aux yeux de la morale romaine, Cléopâtre reste la prostituée de César. Même si elle est reine ou déesse en sa demeure, elle incarne une conquête romaine ou une esclave qui ne doit pas offrir de descendance à César. Pline la surnommera même la « regina meretrix », la reine putain. De nombreuses lampes à huile sont illustrées de scènes la caricaturant. On la voit ainsi s’accoupler avec un crocodile en tenant une palme de victoire[29].

Cléopâtre seule souveraine[modifier | modifier le code]

Une drachme de Cléopatre VII, Syrie

Imaginer que la présence de Cléopâtre à Rome s'explique par le rôle actif qu'elle y aurait joué et prêter à César l'intention de transporter à Alexandrie sa capitale (selon Suétone) est très excessif. Il parait difficile d'imaginer César gouvernant l'Italie depuis l'Égypte alors que la situation politique demeure trouble. Dans son testament, il ne fait aucune allusion à Césarion (dont la date précise de naissance reste sujette à caution, sans doute est-il né après la mort de César[30]), né de Cléopâtre, mais fait d'Octave son héritier. Il est donc certain que César vivant est plus un obstacle au projet de restauration de la puissance lagide que nourrit Cléopâtre. Aussi sa mort est-elle une surprise mais aussi une chance que la reine va exploiter.

Assassinat de César en 44 av. J.-C.

Au début de l'année -44 César est assassiné. Profitant de la situation confuse qui s'ensuit, Cléopâtre quitte alors Rome à la mi-avril, fait escale en Grèce, puis fait voile vers Alexandrie où elle arrive en juillet 44 av. J.-C.. Elle entreprend de rétablir l'autorité de l'Égypte sur Chypre, qui avait été cédée à Rome par Ptolémée XII en -59.

À peine de retour dans son pays elle fait assassiner Ptolémée XIV, à la fois monarque inutile et rival potentiel. La naissance de son fils lui assure un successeur éventuel et elle prend donc seule le titre de reine.

Des années difficiles[modifier | modifier le code]

Cléopâtre, enfin seule souveraine d'Égypte, même si c'est au nom de son fils, est confrontée à des années difficiles. En -43 une famine s'abat sur son pays, puis la crue du Nil fait défaut deux années consécutives (-42/-41). Il semble que la reine se soit préoccupée essentiellement de l'approvisionnement de sa capitale, vrai centre de son pouvoir mais prompte à se rebeller. De plus, il lui faut compter avec les trois légions romaines installées par son défunt amant, qui se livrent à des exactions jusqu'à leur départ en -43.

La guerre que se livrent les assassins de César, Cassius et Brutus et ses héritiers, Octave et Marc Antoine, oblige la reine à des contorsions diplomatiques. En effet, Brutus tient la Grèce ainsi que l'Asie Mineure, tandis que Cassius s'installe en Syrie. Le gouverneur de Cléopâtre à Chypre, Sérapion, aide donc Cassius avec sans aucun doute l'assentiment de la reine quels que soient les sentiments que lui inspire l'un des assassins de César. Sérapion est officiellement désavoué plus tard.

Dans le même temps, Cléopâtre envoie une flotte aux partisans de César, qui reconnaissent Césarion pour roi. Cette flotte est victime d'une tempête au large de la Libye mais le geste place la reine dans le camp des vainqueurs quand en -42 les républicains sont écrasés à Philippes. De plus, elle renvoie les légions (vers -43)[31] qui stationnent en Égypte contre Cassius. Elle espère que celles-ci vont s'opposer à ce dernier mais en fait elles se rallient à sa cause. Cassius, semble-t-il, envisage de s'emparer d'Alexandrie quand le débarquement en Grèce d'Antoine et d'Octave l'oblige à renoncer à ses projets[32].

Marc Antoine et Cléopatre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Marc Antoine.

La rencontre avec Marc Antoine[modifier | modifier le code]

Le banquet de Cléopâtre par Giambattista Tiepolo, 1744.

Nous ignorons depuis quand Cléopâtre, âgée de 29 ans en -41, et le général romain, qui a une petite quarantaine d'années, se connaissent. Nous savons que Marc Antoine était l'un des officiers qui avaient participé au rétablissement de Ptolémée XII en -55] mais il est peu probable qu'ils se soient fréquentés, Cléopâtre n'ayant à l'époque qu'une quinzaine d'années, même si Appien indique qu'Antoine avait remarqué la future reine[33]. Nous ne possédons aucun témoignage certain sur cette possible rencontre. Il est plus vraisemblable qu'ils se soient fréquentés lors du séjour à Rome de Cléopâtre. Pourtant lors de leur rencontre en -41 ils semblent assez mal se connaître.

Dans le partage du monde romain intervenu après l'écrasement des républicains, l'orient est dévolu à Antoine. Il reprend alors le projet de César avant sa mort, c'est-à-dire une grande expédition contre les Parthes. Pour cela il convoque[34] les souverains des royaumes clients à Tarse, en Cilicie, y compris la reine d'Égypte[35]. Celle-ci connaît au moins un des défauts de l'officier, sa vanité et son amour du faste, aussi arrive-t-elle dans un navire à la poupe dorée et aux voiles pourpres, siégeant sous un dais d'or entourée d'un équipage déguisé en nymphes, Néréides et Amours. Puis elle invite Marc Antoine à son bord pour un somptueux banquet. Commence alors une liaison de dix ans, sans doute l'une des plus célèbres de l'Histoire même s'il est difficile de savoir quelle est la part de calcul dans l'attitude d'Antoine, lequel a besoin de l'Égypte pour ses projets.

La reconstitution d'un grand royaume lagide[modifier | modifier le code]

Dans un premier temps, Marc Antoine suit Cléopâtre à Alexandrie, où il passe l'hiver -41/-40, laissant son armée[36]. C'est à ce moment qu'une vaste offensive des Parthes leur permet de s'emparer de la Syrie, du sud de l'Asie Mineure, et de la Cilicie. Antigone Mattathias, un prince de la famille des Hasmonéens, hostile aux Romains, est installé sur le trône de Jérusalem. Marc Antoine mène une courte contre-offensive depuis Tyr puis est obligé de rentrer à Rome (été -40) où s'affrontent ses partisans et ceux d'Octave[37]. Il conclut avec ce dernier la paix de Brindes en octobre 40 av. J.-C. et épouse sa sœur, Octavie[38]. Pendant ce temps à Alexandrie Cléopâtre accouche de jumeaux : un garçon Alexandre Hélios, et une fille Cléopâtre Séléné.

La séparation dure trois ans, du printemps -40 à l'automne -37, et nous ne savons rien ou presque de l'action de la reine durant cette période. Au retour d'Antoine, les deux amants se retrouvent à Antioche à l'automne -37 ; celui-ci entame une politique nouvelle. Alors que ses officiers et ses alliés ont chassé les Parthes, il substitue là où c'est possible des États clients, qui lui sont fidèles, à une administration directe de Rome. C'est ainsi qu'Hérode devient roi de Judée avec l'appui direct d'Antoine. C'est un phénomène identique qui se déroule en Galatie, dans le Pont et en Cappadoce. Cléopâtre en tire un bénéfice immédiat puisqu'elle se voit confirmer la possession de Chypre, qui est en fait effective depuis -44, mais aussi de villes de la côte syrienne, du royaume de Chalcis, au Liban actuel, et de la côte cilicienne. Elle reconstitue ainsi une partie de la thalassocratie des premiers rois lagides.

La guerre contre les Parthes[modifier | modifier le code]

En -37/-36 Marc Antoine entame une campagne contre les Parthes qui tourne au désastre, en grande partie causé par un hiver rigoureux dans les montagnes d'Arménie et du nord-ouest de l'Iran actuel. Antoine lui-même en réchappe de peu. Cléopâtre est restée à Alexandrie pour accoucher d'un troisième enfant du couple, Ptolémée Philadelphe[39]. Après -37, on commence à voir à Rome dans l'alliance entre Antoine et Cléopâtre une menace contre l'Empire et contre Octave. Celui-ci envoie sa sœur Octavie, la femme légitime d'Antoine et la mère de ses deux filles, Antonia Major l'Aînée (la future grand-mère de Néron), et Antonia Minor la jeune (future mère de Germanicus et de Claude) au début du printemps -35 rejoindre son mari. Antoine ordonne à sa femme, lorsque celle-ci parvient à Athènes, de rebrousser chemin. Octavie, sans montrer extérieurement le moindre signe de contrariété, ordonne aux troupes qui l'accompagnent, des renforts de son frère pour son époux, de poursuivre leur chemin vers Alexandrie.

Antoine projette en effet de faire oublier son échec militaire de -36 et lance en -35 une seconde expédition plus chanceuse. L'Arménie et la Médie font acte d'allégeance et Antoine célèbre un triomphe, non à Rome, mais à Alexandrie où Cléopâtre et ses enfants sont associés. Un peu plus tard Césarion est proclamé roi des rois, Alexandre Hélios reçoit en partage l'Arménie et les terres au-delà de l'Euphrate, Ptolémée Philadelphe quant à lui se voit confier, nominativement bien sûr car il a environ deux ans, la Syrie et l'Asie Mineure. Enfin Cléopâtre Séléné se retrouve à la tête de la Cyrénaïque. Il semble que le caractère hasardeux et chimérique de ces projets grandioses et irréalistes, une partie non négligeable de ces royaumes ne sont pas réellement sous le contrôle de Marc Antoine, n'échappe pas à Cléopâtre qui se contente plus prosaïquement de réclamer à son amant, en vain, la Judée.

L'échec final[modifier | modifier le code]

Actium[modifier | modifier le code]

Les relations avec Octave s'enveniment de nouveau en -32 et l'affrontement devient inévitable. Nul doute qu'Octave craint Marc Antoine et sa popularité, encore forte au Sénat, mais le triomphe d'Antoine en -35[40] et la désignation de Ptolémée XV Césarion comme roi des rois lui font envisager un danger plus vaste encore. Après tout, ce jeune homme est le seul fils de César, et il pourrait un jour lui venir l'idée, si les circonstances s'y prêtent, de venir réclamer son héritage paternel. Aussi Octave va s'employer à dénigrer Marc Antoine par tous les moyens et surtout Cléopâtre, l'Égyptienne, celle qui le tient sous ses charmes et qui l'oblige à des abandons qu'Octave estime désastreux pour Rome. La plupart de ces accusations sont de mauvaise foi et de la propagande auprès de l'opinion publique romaine mais sont aussi pour beaucoup à l'origine de la « légende noire » de Cléopâtre chez nombre d'auteurs antiques comme Sénèque[41] et Pline l'Ancien[42]. Cléopâtre est rendue responsable de la guerre et la propagande d'Octave n'hésite pas à affirmer qu'elle souhaite régner sur Rome[43].

La guerre voit l'Égypte fournir une part importante de l'effort de guerre (plus de 200 trières) ainsi que les royaumes alliés, à l'exception notable de l'habile Hérode qui visiblement fait le pari d'une victoire d'Octave, la reine d'Égypte lorgnant sur son royaume depuis fort longtemps. Mais Marc Antoine, alors qu'il dispose des troupes les plus aguerries et de la supériorité numérique[44], mène la guerre en dépit du bon sens, sans énergie et alors qu'Octave peine à constituer son armée, il lui laisse le temps de s'organiser. De plus, l'implication de Cléopâtre dans le conflit est mal perçue par les officiers qui entourent Antoine, en particulier les anciens républicains, assassins de César, et qui se sont ralliés à lui. Ainsi Domitius Ahenobarbus refuse absolument de saluer Cléopâtre de son titre de reine et finit par faire défection[45]. Cette hostilité viscérale de certains Romains à la monarchie éloigne d'Antoine de nombreux hommes de valeur ; elle ne sera pas comprise par les historiens de culture grecque des siècles suivants, qui ne font guère de différence entre la dictature de César, le triumvirat et le principe monarchique des autres peuples[46]. Cléopâtre connaît d'ailleurs cette hostilité et ne quitte pas Marc-Antoine de toute la préparation du conflit. Elle est présente à Éphèse, à Athènes puis à Patras. Plus lucide que les officiers d'Antoine, elle comprend fort bien qu'Octave ne la dénonce que pour mieux miner le prestige d'Antoine encore important au Sénat[47].

Octave n'est pas un grand chef de guerre, mais il compte avec Agrippa, un officier compétent qui lui donne rapidement l'avantage. Lorsqu’éclate la bataille navale d’Actium (septembre 31 av. J.-C.), Cléopâtre anticipe rapidement l'issue finale de la guerre et rompt le combat avec sa flotte. Cette fuite, seul moyen de sauver ce qui peut l'être, est évidemment exploitée par Octave auprès des officiers et des hommes d'Antoine dont beaucoup changent d'allégeance.

La mort de Cléopâtre[modifier | modifier le code]

La Mort de Cléopâtre, de Reginald Arthur (1892)
Cléopâtre et Marc-Antoine

Les derniers mois sont assez mal connus. Antoine retourne en Égypte et ne prend pratiquement aucune mesure pour lutter contre l'avancée de plus en plus triomphale d'Octave. Il consume ses forces en banquets, beuveries et fêtes somptueuses sans se soucier de la situation. Que fait Cléopâtre ? Les sources manquent. Certaines affirment qu'elle cherche à séduire Octave. L'anecdote est-elle crédible ? Difficile à dire. Il semble qu'elle ait surtout cherché à mettre Césarion à l'abri en l'expédiant à Méroé, au Soudan.

Vers août 30 av. J.-C. Octave arrive à Alexandrie. À la fausse annonce du suicide de Cléopâtre, Marc Antoine met fin à ses jours en se jetant sur son épée. Mourant, il est transporté par Cléopâtre dans son propre tombeau. Celle-ci est conduite devant Octave, qui la laisse se retirer avec ses servantes. Cette attitude est curieuse de la part du futur Auguste car il semble ne prendre aucune précaution pour prévenir un suicide de la reine ; il a pourtant besoin d'elle pour figurer à son triomphe. Craint-il qu'à l'instar de sa sœur Arsinoé, figurant au triomphe de Jules César en -46, elle n'inspire aux Romains que compassion plutôt que haine[48] ? Il n'est pas impossible qu'Octave ait espéré le suicide de Cléopâtre, qui pouvait passer pour une lâcheté supplémentaire, accréditant la thèse défendue par sa propre propagande. Suétone affirme au contraire qu'Octave souhaitait maintenir la reine en vie et qu'il aurait tenté de la faire sauver[49]. Il est difficile de connaître la vérité entre les différentes versions :

Plutarque dresse un récit saisissant et mélodramatique[50] du suicide de la reine, inspiré d'Olympios, le médecin personnel de Cléopâtre, « qui avait publié un récit des évènements » : avec ses deux plus fidèles servantes, Iras et Charmiane, Cléopâtre se donne la mort, le 12 août 30 av. J.-C.[51], en se faisant porter un panier de figues contenant deux aspics venimeux. Cette version est la plus courante[52]. Pour E. Will, ce serait une nouvelle preuve de l'attachement de la reine aux traditions égyptiennes car la morsure de l’uræus passait pour conférer l'immortalité.

Certains historiens, comme M. Le Glay, ont souligné les invraisemblances de ce récit qui serait un nouvel avatar de la propagande octavienne, car d'après eux un serpent lâche tout son venin à la première morsure, donc deux cobras ne peuvent tuer trois personnes (cette hypothèse se heurte au fait que les serpents contrôlent l'injection de leur venin, un seul cobra peut parfaitement tuer trois personnes)[réf. nécessaire]. Ils pensent qu'Octave a fait exécuter Cléopâtre. En effet, E. Will néglige l'âge de Cléopâtre (39 ans) et le fait qu'elle avait alors quatre enfants. Si Césarion est exécuté sur ordre d'Octave, les trois autres enfants d'Antoine et Cléopâtre sont emmenés à Rome et élevés par Octavie, restée fidèle à la mémoire de son mari.

Cléopâtre Séléné épouse plus tard le roi et savant berbère Juba II de Maurétanie[53], orphelin de guerre élevé à Rome, comme elle, ce à quoi nous devons le beau buste de Cherchell qui représente sa mère. On ne sait pas ce que devint Alexandre Hélios, qui survécut peut-être dans l'obscurité.

D'autres historiens, comme Christoph Schäfer avancent la thèse du poison, déjà évoquée par Strabon[54]. Le poison le plus connu à l'époque était un mélange d’opium, de ciguë et d’aconitum, peut-être placé dans une épingle à cheveux maintenant le diadème souvent orné d'un double uræus, d'où la quiétude décrite sur le visage cadavérique de la reine et la confusion avec les cobras[55].

La découverte du tombeau de Cléopâtre constituerait un événement archéologique sans précédent - hormis l'exhumation de la tombe de Toutânkhamon par Howard Carter, en 1922.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Son principal mérite est de s'être rendu compte que l'Égypte ne pouvait plus se suffire à elle-même malgré son passé glorieux et ses traditions séculaires. C'est ainsi qu'il faut comprendre son implication dans les aléas de la politique de Rome, dont elle cherche à utiliser la puissance pour affermir son pouvoir et sortir son pays de la décadence, tout en maintenant son indépendance. Elle connaît les pesanteurs qui paralysent son royaume, l'instabilité qui le caractérise mais estime que, de sa précarité, l'Égypte, dont Rome a besoin, peut faire une force et tente de persuader César (sans grand succès semble-t-il) puis Antoine (avec plus de réussite au départ) qu'une alliance est préférable à une colonisation. Jamais Cléopâtre ne perd de vue qu'elle représente l'Égypte et son peuple. Elle est d'ailleurs la seule qui tente véritablement de rallier les gens de la chôra (la province par opposition à Alexandrie). Elle protège la population juive[56] pour qui le règne de Cléopâtre est une période particulièrement heureuse[57]. Elle assume aussi des rituels pharaoniques que ses prédécesseurs ont négligé et elle adopte le rituel traditionnel pour la naissance de Ptolémée-Césarion-Horus, fils de César-Amon et de Cléopâtre-Isis. Le trône pour elle est moins un patrimoine que l'on dilapide qu'une patrie que l'on dirige, ce simple fait la distingue des derniers souverains de la dynastie.

Titulature[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Titulature dans l'Égypte antique.

Tous les noms de sa titulature proviennent de la représentation de la naissance de Ptolémée XV sur le temple d'Hermonthis au sud de Thèbes. Les noms d'Horus sont suivis par des cartouches la nommant comme « Cléopâtre Philopator ».

Le personnage de Cléopâtre[modifier | modifier le code]

Outre la réflexion de Blaise Pascal, qui considérait que « Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé », la reine d'Égypte a inspiré de très nombreuses représentations. Ainsi, entre 1540 et 1905, elle a inspiré cinq ballets, 45 opéras et 77 pièces de théâtre en plus des sept films de long-métrage tournés.

Peinture[modifier | modifier le code]

La vie, et notamment la mort de Cléopâtre, a été le sujet de nombreux tableaux et dessins, notamment par Reginald Arthur, Augustin Hirschvogel, Guido Cagnacci, Johann Liss, John William Waterhouse, Jean-André Rixens et Arnaud Courlet de Vregille (ci-contre).

Article détaillé : La Mort de Cléopâtre.
Le Grand Voyage, Arnaud Courlet de Vregille (2011, acrylique, 120 x 90 cm)

Sculpture[modifier | modifier le code]

Littérature et bande dessinée[modifier | modifier le code]

  • Évocation par Plutarque dans ses Vies parallèles des hommes illustres.
  • Une nuit de Cléopâtre est une nouvelle de l'auteur français Théophile Gautier, écrite en 1845.
  • Sa présence est aussi très forte dans le livre La Momie de Anne Rice, étant l'un des personnages clés du livre.
  • Cette reine d'Égypte apparait souvent dans les albums d'Astérix. Dans la bande dessinée Astérix et Cléopâtre, René Goscinny et Albert Uderzo en font une reine pleine de charme autant que capricieuse, tout comme dans Le Fils d'Astérix.
  • Cléopâtre, l'Inimitable, par Irène Frain, 1998
  • Les Mémoires de Cléopâtre, par Margaret George, 1997, édité en France en trois tomes : La fille d'Isis, Sous le signe d'Aphrodite et La morsure du serpent. Cette œuvre retrace la vie de la reine, de son enfance à sa mort.
  • Le Trône de Cléopâtre, par Annie Jay (roman jeunesse - Hachette, le livre de poche)
  • Cléopâtre par Oscar de Wertheimer, Payot, Livre de poche, 1956
  • Cléopâtre, par Paul Gordeaux (Édition j'ai lu Paris - Minerva Genève), 1970.
  • Cléopâtre, par Marin Tassilit, (Librairie Charpentier, Ouvrages de poche, 1964)
  • Princesse Cléo, par Emmanuelle Dupal, (Les Éditeurs Réunis Inc., 2011). Cette série de romans jeunesse illustre les aventures fantastiques de la jeune Cléopâtre, adolescente fougueuse et déterminée à protéger son père, Ptolémée XII.
  • Les Enfants d'Alexandrie, par Françoise Chandernagor (Albin Michel, 2011). Premier volet du futur triptyque La Reine oubliée, où le point de vue dominant est celui de Cléopâtre-Séléné, fille d'Antoine et de Cléopâtre.
  • Le dernier rêve de Cléopâtre, par Christian Jacq (édition XO), 2012.

Théâtre[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Ô Cléopâtre, quel rêve de tes belles nuits !
A plané sur les vagues et a chanté
Et fait chanter les deux rivages !
Tous les cœurs ont alors palpité,
Toutes les langues ont chanté :
Voici la charmante du monde
Et la plus belle de tous les âges !
Ressuscitée sur une barque inspirée de tous les arts,
Aux rames douces glissant sur l’eau calme,
Berçant une belle créature qui chante :
Ô mon bien aimé, cette nuit est celle de mon amour,
Ah ! si tu partageais les joies de mon cœur.
  • La Gondole est une longue chanson du compositeur et chanteur égyptien Mohammed Abdel Wahab. Poème en langue arabe de Ali Mahmoud Taha. Traduction Berhili Abdelaziz. Extrait :
Alors que la transe s’empare de moi, j’ai dit :
Le souvenir s’est ravivé, où sont les deux pyramides ?
Où est la vallée du charme criante de sens ?
Où sont les eaux du Nil, où sont les deux rives ?
Ah si tu étais avec moi, nous glisserons dessus,
Sur un voilier escorté d'étoiles,
Où les vagues racontent dans la plus douce mélodie
Le rêve d’une nuit de celles de Cléopâtra.
Où puis-je revoir ces images !
O Sirène des mers, ô rêve imaginaire !
  • Frank Ocean dans sa chanson Pyramids utilise l'image de Cléopâtre. Il narre dans une première partie l'histoire tragique de celle-ci. Dans une seconde partie, il décrit plutôt une « Cléopâtre des temps modernes »[59].

Cinéma[modifier | modifier le code]

Cléopâtre a été représentée de nombreuses fois au cinéma et cela dès les débuts de ce nouvel art. C'est ainsi que la première actrice jouant le rôle de Cléopâtre est une Française, Jeanne d'Alcy, pour un film de Georges Méliès de deux minutes en 1899 (voir : Cléopâtre). Sur ce film, longtemps considéré disparu et retrouvé en 2005, on voit la profanation du tombeau de la reine, sa momie carbonisée et de la fumée surgir Cléopâtre, immortelle.

Deux autres films de l'époque du cinéma muet utilisent comme thèmes la fameuse reine d'Égypte et en particulier sa rencontre avec Marc Antoine. Ainsi Marc-Antoine et Cléopâtre du réalisateur italien Enrico Guazzoni en 1913 et surtout, en 1917 le réalisateur américain J. Gordon Edwards qui dans Cléopâtre offre le rôle à l'une des premières « vamps » de la Fox, Theda Bara.

L'un des premiers films du cinéma parlant est un Cléopâtre réalisé par Cecil B. De Mille en 1934, avec dans le rôle phare une actrice à la fois gracieuse et aguichante, Claudette Colbert. Le rôle est repris par Vivien Leigh en 1946 dans une adaptation anglaise, de Gabriel Pascal, de la pièce de George Bernard Shaw César et Cléopâtre.

Linda Cristal incarne la reine d'Égypte dans Les Légions de Cléopâtre (1959), de Vittorio Cottafavi. Le film suit les derniers mois de l’existence de Cléopâtre et Marc-Antoine, retranchés à Alexandrie après la défaite d'Actium.

Mais l'actrice qui incarne pour des générations de cinéphiles Cléopâtre est bien entendu Elizabeth Taylor dans le film Cléopâtre de Joseph Mankiewicz sorti en 1963, avec Rex Harrison dans le rôle de Jules César et surtout Richard Burton dans celui de Marc Antoine. La qualité du scénario et de l'interprétation, la médiatisation de la star et de ses 64 robes à l'écran, de ses amours avec Richard Burton, sans compter la quasi-faillite de la Fox entraînée par ce film, superposent sans doute pour longtemps le visage de l'actrice et celui de la reine d'Égypte.

En 1999, dans le téléfilm Cléopâtre, Leonor Varela incarne le rôle de la reine d'Égypte, aux côtés de Billy Zane et Timothy Dalton.

Le personnage de Cléopâtre apparaît aussi dans quelques films pornographiques, souvent incarné par des actrices aux canons physiques proches de celui d'Elizabeth Taylor, mais aussi dans certains films comiques ou parodiques, tels Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ de Jean Yanne en 1982, où elle est incarnée par Mimi Coutelier, et par Monica Bellucci dans le film d'Alain Chabat, Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre en 2001.

Enfin, elle est également présente dans la série Rome, interprétée par Lyndsey Marshal, où elle campe un personnage autoritaire et prêt à tout pour son royaume. Son amour pour Marc-Antoine y est passionnel, même si elle le manipule pour parvenir à ses fins.

Comédie musicale[modifier | modifier le code]

En 2009, Cléopâtre, La dernière reine d'Égypte, comédie musicale de Kamel Ouali relate la vie de Cléopâtre (interprétée par Sofia Essaïdi) de sa rencontre avec César à son suicide.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopédie Larousse
  2. Selon l'expression de Michel Chauveau (Cléopâtre au-delà du mythe, publié en 1998) lorsque Cléopâtre sort de l'ombre des dirigeants romains, « elle sort de l'histoire ».
  3. Maurice Sartre, Portrait d'une inconnue, revue L'Histoire, no 238, décembre 1999, p. 32-40.
  4. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XV, 50-56
  5. Emmanuel Laurentin, La Fabrique de l'histoire, 30 août 2011
  6. Selon Plutarque, Vie d'Antoine 86.4.
  7. Cette dynastie a été fondée par Ptolémée Ier, l'un des généraux d'Alexandre le Grand qui s'empare de l'Égypte à la mort du conquérant.
  8. Strabon, Géographie 17.1.11
  9. Maurice Sartre, Portrait d'une inconnue, l'Histoire, n°238, décembre 1999, p. 32-40.
  10. Le chef de la cavalerie de ce dernier est un certain Marc-Antoine dont Appien nous affirme qu'il ne reste pas indifférent à la future reine d'Égypte alors âgée de treize ou quatorze ans (Appien, V, I).
  11. Strabon, VII, 1, 6 à 10.
  12. Un des seuls portraits a priori ressemblants de la reine se trouve sur une pièce de monnaie à Paris au Cabinet des médailles et montre une femme au visage empâté, menton et nez proéminents.
  13. Un historien aussi sérieux que Pierre Lévêque n'hésite pas à décrire Cléopâtre, dans son ouvrage Le monde hellénistique (paru chez Armand Colin en 1969) sous l'expression poétique de reine aux larges yeux étoilés d'or.
  14. Plutarque, Vie de César, XCIX et Vie d'Antoine, XXVII
  15. La citation de Plutarque est la suivante :

    « Et de fait, on dit que sa beauté en elle-même n'était pas incomparable ni propre à émerveiller ceux qui la voyaient, mais son commerce familier avait un attrait irrésistible, et l'aspect de sa personne, joint à sa conversation séduisante et à la Grâce naturelle répandue dans ses paroles, portait en soi une sorte d'aiguillon. Quand elle parlait, le son même de sa voix donnait du plaisir. Sa langue était comme un instrument à plusieurs cordes dont elle jouait aisément dans le dialecte qu'elle voulait, car il y avait très peu de barbares avec qui elle eût besoin d'interprète : elle répondait sans aide à la plupart d'entre eux, par exemple aux Éthiopiens, aux Troglodytes, aux Hébreux, aux Arabes, aux Syriens, aux Mèdes et aux Parthes. On dit qu'elle savait encore plusieurs autres langues, tandis que les rois ses prédécesseurs n'avaient pas même pris la peine d'apprendre l'égyptien et que même quelques-uns avaient oublié le macédonien. »

  16. Gilbert Argoud, Jean-Yves Guillaumin, Sciences exactes et sciences appliquées à Alexandrie, Université de Saint-Etienne,‎ 1998 (lire en ligne), p. 50
  17. A. Weigall, Cléopâtre, Payot, 1952
  18. Appien, Guerres civiles, Livre II, XII, 84.
  19. selon Velleius Paterculus (II, 53) Pompée avait été le protecteur et le soutien de Ptolémée XII, le père de Cléopâtre et de Ptolémée XIII
  20. Appien, Guerres civiles, Livre II, X, 71
  21. Plutarque, Vie de Pompée, LXXVII
  22. Plutarque, Vie de César, LIV
  23. Suétone, Vie des douze Césars, César, LII. Suétone affirme que Cléopâtre est la plus grande passion de César mais il écrit plus d'un siècle et demi après les faits.
  24. Le voyage de César et Cléopâtre au début de l'année - 47 est attesté par de nombreux auteurs antiques (Suétone, Vie des douze Césars, 52 ; Appien, II, 13, 90 qui y fait une courte allusion renvoyant pour plus de détail à son Histoire de l'Égypte malheureusement perdu).
  25. Suétone, Vie des douze Césars, César, XXXV. Suétone affirme que César préfère maintenir deux souverains fantoches à la tête de l'Égypte plutôt que d'en faire une province où un gouverneur audacieux serait en position d'affamer Rome très dépendante de ses importations de blé égyptien.
  26. (en) Norbert Elias, Stephen Mennell, Johan Goudsblom, Norbert Elias on civilization, power, and knowledge : selected writings, University of Chicago Press,‎ 1998, p. 199
  27. Appien, Guerres civiles, II, XV, 102.
  28. Cicéron, Ad Atticum, XV, 15, 2
  29. Cyril Dumas, L'érotisme des Gaules, L'art érotique en Gaule romaine du IIe siècle av. J.-C. au IIIe siècle, 2005
  30. Plutarque fait naître Césarion en août -47 mais d'autres sources antiques indiquent qu'il est né vers avril 44 av. J.-C.. Cicéron donne cette date dans une des Lettres à Atticus, XIV, 20, 2. Cette date est généralement acceptée par les historiens contemporains tels Pierre Cosme, Auguste (Perrin, 2005) et Michel Chauveau
  31. trois ou quatre les sources sont imprécises
  32. Appien, IV, 3
  33. Appien, V, I : On dit qu'il avait conçu pour elle, et depuis longtemps, alors qu'elle n'était qu'une enfant, une sorte de désir au premier coup d'œil, lorsqu'il servait comme chef de la cavalerie sous les ordres de Gabinius à Alexandrie.
  34. L'officier que Marc-Antoine envoie à Alexandrie pour convoquer Cléopâtre est Quintus Dellius. Il trahit Antoine à la veille d'Actium et passe chez Octave avec tous les documents d'état major de son général. Il a laissé un livre, aujourd'hui perdu, mais que Plutarque à largement consulté.
  35. Appien, V, I ; Dion Cassius, XLVIII, 24.
  36. Plutarque, Vie d'Antoine, XXVIII
  37. Plutarque, Vie d'Antoine, XXX affirme que ses troubles sont l'œuvre de Fulvie (1re femme d'Antoine) et du frère d'Antoine afin d'obliger celui-ci à quitter la reine d'Égypte
  38. Fulvie sa femme vient de mourir opportunément quelque temps plus tôt
  39. Nous ignorons si c'est en -37, au retour de cette expédition que Cléopâtre et Antoine se marient ou en -34 lors du triomphe célébrée à Alexandrie. Eutrope dans son Abrégé de l'Histoire romaine, livre VII, VI, fixe même le mariage avant l'expédition contre les Parthes. Nous n'en connaissons même pas le fondement légal mais il est clair que s'il s'agit du droit pharaonique, ce qui semble probable, ce mariage est considéré comme nul par le droit romain.
  40. Plutarque, Vie d'Antoine, LIV, indique que cet évènement est très mal perçu à Rome.
  41. Sénèque écrit ainsi : Cet Antoine qui était un grand homme, une belle intelligence, qui est-ce qui l'a perdu en le faisant passer sous l'empire de mœurs étrangères, de vices qu'ignorait le romain ? Son ivrognerie et son amour pour Cléopâtre qui égalait sa passion pour le vin, lettres à Lucillius, 83, 25.
  42. Ce dernier parle de Cléopâtre comme d'une putain couronnée dans son Histoire naturelle.
  43. Eutrope, Abrégé d'Histoire romaine, livre VII, VII.
  44. Plutarque, Vie d'Antoine, LXI.
  45. Velleius Paterculus, II, 84
  46. Ainsi Appien écrit :

    « La différence ne se trouve que dans les mots, en pratique le dictateur n'était ni plus ni moins qu'un roi. »

    — Appien, II, 111.

  47. Maurice Sartre, Portrait d'une inconnue, L'Histoire, n° 238, décembre 1999, p. 32-40.
  48. thèse de l'historien Michel Chauveau dans ses ouvrages L'Égypte au temps de Cléopâtre (1997) et Cléopâtre au-delà du mythe (1998).
  49. Suétone, Auguste, XVII.
  50. Plutarque, Vie d'Antoine, LXXVII-LXXXV.
  51. Pierre Chuvin, Le crépuscule des pharaons, l'Histoire, n°238, p. 56.
  52. Eutrope Abrégé de l'Histoire romaine, Livre VII, VII ; Aurelius Victor, De Viris illustribis, Livre LXXXVII
  53. l'arrière-petit neveu d'un autre grand adversaire de Rome, le roi numide Jugurtha.
  54. il parle d'une pommade toxique qu'elle se serait appliquée, dans La Géographie, XVII
  55. Christoph Schäfer & Dietrich Mebs, Kleopatra und der Kobrabiß : das Ende eines Mythos ?, revue historique Klio, Volume 90, mars 2008, p. 347 à 359.
  56. Joseph Mélèze Modrzejewsky, La dernière chance des Juifs d'Égypte, L'Histoire n°238, p. 48-49.
  57. De nombreux témoignages montre l'attitude favorable de Cléopâtre envers les Juifs. Vers -30 elle confirme un édit remontant à Ptolémée II qui donne des privilèges à certaines synagogues.
  58. a, b et c Translittération d'après J. von Beckerath, Handbuch der ägyptischen Königsnamen (2nd edition) 244
  59. paroles sur lacoccinelle.net

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • C. Préaux, Le Monde hellénistique, PUF, 1989, 2 tomes ;
  • P.-M. Martin, Antoine et Cléopâtre, la fin d'un rêve, Albin Michel, 1991 ;
  • J. Le Gall et M. Le Glay, L'Empire romain 1. Le Haut-Empire de la bataille d'Actium à la mort de Sévère Alexandre (31 av. J.-C.-235 apr. J.-C.), PUF, 1992 ;
  • M. Chauveau, L'Égypte au temps de Cléopâtre, 180-30 av. J.-C., Collection : Le grand Livre du mois, Hachette littératures, Paris, 1997.
  • M. Chauveau, Cléopâtre, au delà du mythe, Collection : Curriculum, Liana Levi, Août 1998.
  • Edith Flamarion, Cléopâtre. Vie et mort d'un pharaon, Gallimard, collection « Découvertes », 1993 ;
  • Revue L'Histoire, numéro 238, décembre 1999 :
    • M. Sartre, Portrait d'une inconnue, p. 32-40,
    • Claude Aziza, Cléopâtre l'immortelle, p. 36 ;
  • Colleen McCullough, César et Cléopâtre, Presses de la Cité, 2002, (ISBN 2-7441-7895-0) ;
  • E. Will, Histoire politique du monde hellénistique, Seuil, collection Points Histoire, réédition 2003 ;
  • Oscar von Wertheimer Cléopâtre, Bibliothèque Historique, éditions Payot, 1935. Réédition 1981. Librairie générale française, livre de poche, 1956 ;
  • Cyril Dumas, L'érotisme des Gaules, L'art érotique en Gaule romaine du IIe siècle av. J.-C. au IIIe siècle après J.-C., Éditions du musée des Baux-de-Provence, 2005, 56 p. (ISBN 2-9525039-0-7) ;
  • David Sear, Roman coins and their values, volume 1, Spink, London 2002, p. 292 ;
  • David Sear, Greek coins ;
  • Joël Schmidt, Cléopâtre, Gallimard, 2008.
  • (de) Kleopatra. Die Ewige Diva, catalogue d'exposition, Bonn, Kunst- und Ausstellungshalle der Bundesrepublik Deutschland, 2013, 336 p.
Documentaire
  • Qui a tué Cléopâtre, documentaire de Lise Harny, diffusé sur France 5 en janvier 2011

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Cet article est reconnu comme « bon article » depuis sa version du 7 novembre 2007 (comparer avec la version actuelle).
Pour toute information complémentaire, consulter sa page de discussion et le vote l'ayant promu.