Empire allemand

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Reich allemand
Deutsches Reich (de)

1871 – 1918

Drapeau Blason
Description de cette image, également commentée ci-après

Carte du Reich allemand sous l’Empire

Informations générales
Statut Monarchie constitutionnelle
Capitale Berlin
Langue Allemand, comme seule langue officielle, avec minorités linguistiques non-officielles : polonais, lituanien, kachoube, slovince, français, sorabe et frison.
Monnaie Goldmark
Démographie
Population 41 058 792 hab. (est. 1871)
45 234 061 hab. (est. 1880)
49 428 470 hab. (est. 1890)
56 367 000 hab. (est. 1900)
64 925 993 hab. (est. 1910)
Superficie
Superficie 540 766 km² (1910)
Histoire et événements
18 janvier 1871 Unité
9 novembre 1918 Révolution allemande, proclamation de la République
28 novembre 1918 Abdication formelle

Entités précédentes :

Entités suivantes :

L’Empire fédéral allemand est un régime politique fondé le dans la galerie des Glaces du château de Versailles après la défaite française lors de la guerre franco-prussienne de 1870.

Il prend fin le , deux jours avant l'armistice qui met fin à la Première Guerre mondiale, par l'abdication de l’empereur Guillaume II et la proclamation de la république de Weimar. C'est un État-nation, le premier de l´histoire allemande, qui s’est substitué à la Confédération de l'Allemagne du Nord, sous le régime de Guillaume Ier (1871-1888), suivi de Frédéric III (1888) et enfin Guillaume II (1888-1918). Il est constitué de 25 États, dont 22 monarchies, trois républiques et une « terre d'Empire » (« solution petite-allemande »).

L'Empire allemand est parfois appelé le « Deuxième Reich »[1],[2],[3], dénomination sans doute politisée, succédant au Saint-Empire romain germanique et précédant le « Troisième Reich ».

Histoire[modifier | modifier le code]

La période de fondation[modifier | modifier le code]

L'Empire allemand résulte d'une extension de la Confédération de l'Allemagne du Nord et de son changement de dénomination.

Par les traités dits de novembre, les royaumes de Bavière et de Wurtemberg ainsi que les grands-duchés de Bade et, pour la partie située au sud du Main, de Hesse, adhérent à la Confédération.

Ces traités sont :

Le , dans une France vaincue, l’Empire allemand est proclamé dans la galerie des Glaces du château de Versailles et Guillaume Ier, roi de Prusse, devient empereur allemand. La date choisie est symbolique puisqu'elle correspond au 170e anniversaire du couronnement de Frédéric Ier comme roi en Prusse, le . On appelle « période de fondation » (Gründerzeit) la période correspondant au règne de Guillaume Ier, jusqu’en 1888, et au mandat d’Otto von Bismarck comme chancelier impérial.

Dès sa création, l’Empire est marqué par des crises graves. Bismarck voit un peu partout des ennemis du nouveau régime : les catholiques regroupés dans le parti du Zentrum et contre lequel il mène le Kulturkampf ; les Polonais de la province de Posnanie ; les Français d’Alsace-Lorraine ; la Légion guelfe (en) du Hanovre ; les socialistes qui se forment en Parti social-démocrate (SPD). Après deux attentats contre l’empereur en 1878 commis par des individus agissant seul, Bismarck fait voter par les conservateurs et les libéraux du Reichstag, le , une loi qui interdit les associations socialistes, social-démocrates ou communistes visant le « renversement de l’autorité de l’État ou de l’ordre social établis », ainsi que leurs journaux, leurs rassemblements et leurs membres qui sont menacés d’exil.

En même temps, Bismarck mène une politique sociale visant à apaiser certaines revendications sociales et à diminuer l’audience de la social-démocratie : le , la loi sur l’assurance maladie est adoptée.

La période wilhelmienne[modifier | modifier le code]

Germania, l'allégorie nationale allemande, à la rescousse de la mère patrie entrant dans la Première Guerre mondiale, sur une peinture de Friedrich August von Kaulbach en 1914. La légitimation donnée par le pangermanisme se heurte à l'esprit de revanche nourri par les Français.

Le 9 mars 1888, Guillaume Ier meurt à l’âge de quatre-vingt-onze ans. Son fils Frédéric III, déjà atteint d’une maladie incurable, lui succède sur le trône et meurt après cent jours de règne le 15 juin. Son successeur, Guillaume II, âgé de vingt-neuf ans et petits-fils de Guillaume Ier, accède alors au trône. On appellera cette année l’année des Trois Empereurs. On qualifie de wilhelmienne la deuxième phase de l’Empire, correspondant au règne de Guillaume II. Elle est marquée par la primauté de l’empereur dans la politique, notamment en politique extérieure où la prudence bismarckienne cède le pas à la Weltpolitik.

Le 18 mars 1890, Bismarck soumet une demande de mise en congé à l’empereur en raison du conflit qui les oppose en politique extérieure. Deux jours plus tard, le 20 mars 1890, il est démis de ses fonctions de chancelier impérial et de ministre-président de la Prusse, et le général Leo von Caprivi lui succède.

Le chancelier von Caprivi ne prolonge pas la loi antisocialiste.

La chute de l’Empire[modifier | modifier le code]

Deux jours avant la fin des hostilités de la Première Guerre mondiale, la révolution de Novembre provoque la chute du régime impérial. Le , le chancelier Maximilian von Baden, après avoir décrété l’abdication de l’empereur Guillaume II et la renonciation au trône du prince héritier Wilhelm (techniquement, Guillaume III), démissionne et transmet ses pouvoirs à Friedrich Ebert, chef des sociaux-démocrates majoritaires. Le même jour, la république est proclamée par Philipp Scheidemann et la république socialiste par Karl Liebknecht.

Les drapeaux[modifier | modifier le code]

La Proclamation de l’Empire au château de Versailles, dans la galerie des Glaces, le 18 janvier 1871, peinte par Anton von Werner. Bismarck est représenté au centre, en uniforme blanc.

Le drapeau de l'Empire allemand est également celui de la Confédération d'Allemagne du Nord. Il unit les couleurs de la Prusse (le noir et le blanc, originellement les couleurs de l'Ordre Teutonique) et de la Ligue hanséatique (le rouge et le blanc, originellement les couleurs du Saint-Empire romain germanique et du drapeau du Christ).

Le tricolore horizontal noir, blanc et rouge correspondait à la « politique de fer et de sang » du chancelier Otto von Bismarck.

Lors de la proclamation de l'Empire allemand, on vit le développement de nombreux drapeaux basés sur le tricolore noir, blanc et rouge, notamment des pavillons maritimes, des drapeaux coloniaux, des drapeaux officiels, des bannières royales et impériales.

Après avoir cherché à résoudre les profondes divergences d'opinion du public sur la question du drapeau, on en vint à un compromis, qui essayait d'exprimer des différences politiques inconciliables à l'aide de symboles communs. Le drapeau civil adopté fut le tricolore noir, blanc et rouge ; le drapeau d'État était le même, avec les armes de l'Empire au centre. Ces armes étaient constituées de l'aigle noir traditionnel avec des attributs rouges dans un écusson d'or.

Les bannières personnelles de la famille impériale avec le champ jaune d'or, les croix noires et l'écu médiéval au centre étaient utilisées lors des grandes occasions ou des déplacements impériaux (comme la visite de Guillaume II à Damas).

Inspiré du modèle de drapeau prussien, l'Empire allemand met la croix de Fer sur certains de ses drapeaux, dont le drapeau de l'Empereur, celui de l'État et celui de l'Armée. Sur le drapeau de l'Empereur, on peut voir la croix avec, en son centre, le blason de l'Empire et, sur ses extrémités, la devise allemande : « Gott mit uns » signifiant, « Dieu est avec nous ». Le drapeau de l'armée, ayant une croix traversante noire, tirant un peu vers la droite, et ayant en son centre un cercle dans lequel se trouve l'aigle impérial, a la croix de Fer dans un canton au couleur nationales.

États confédérés[modifier | modifier le code]

Article détaillé : États de l'Empire allemand.

Les États composant l'Empire allemand étaient :

Territoire[modifier | modifier le code]

Position de l'Empire allemand en Europe

En 1900, le Reich couvrait une superficie de 540 667 km². Il occupait le Nord et l’Ouest de l’Europe centrale, entre la mer (mer du Nord et mer Baltique) et les Alpes, entre les Vosges et le Niémen à l’Est. Il était entouré au Nord par le Danemark, à l’Est par la Russie, à l’Ouest par les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France, et au Sud par la Suisse et l’Autriche-Hongrie.

Par sa superficie, l'Empire allemand était le troisième des États européens après la Russie et l’Autriche-Hongrie (la France, amputée de l'Alsace-Lorraine, n'a plus quant à elle qu'une superficie de 530 000 km²). Mais, contrairement à la Russie, l'Allemagne avait un bon climat et une bonne gestion de son territoire et, contrairement à l'Autriche-Hongrie, l'Allemagne se trouvait sur le plateau central européen et disposait de nombreux accès maritimes.

Sa capitale était Berlin, déjà capitale du royaume de Prusse.

Sa position au centre est un avantage autant qu'un inconvénient. Le Reich est au carrefour des flux commerciaux Ouest-Est. Il contrôle donc les marchandises qui vont de Paris à Saint-Pétersbourg ou de Moscou à Amsterdam. Mais lors de la Première Guerre mondiale, l'Allemagne se trouvait dans l'étau France-Russie.

Les transformations économiques[modifier | modifier le code]

Secteur primaire[modifier | modifier le code]

L'agriculture[modifier | modifier le code]

Carte des différentes zones agricoles dans l'Empire.

L'Allemagne avait étendu son industrie au détriment de son agriculture. Elle nourrissait ses 70 millions d'habitants en important plus de 4 milliards de marchandises qu'elle payait avec les produits de ses usines et manufacturés par ses millions d'ouvriers. Sur 54 077 000 hectares de superficie, elle en avait 26 millions en culture et 7 600 000 en pâturages. Les cultures principales étaient consacrées aux céréales. Dans l'Allemagne du Sud, une place importante était donnée au maïs. Dans toutes les régions, la culture de la pomme de terre réussit bien. La culture de betterave était surtout prospère dans les duchés de Brunswick et d'Anhalt, ainsi que dans les provinces prussiennes de Saxe, de Silésie et de Hanovre. La culture des légumes était des plus avantageuse en Thuringe, en Franconie et en Souabe. Le tabac se cultivait avec succès sur les rives de la Werra et de l'Oder, dans le Palatinat et dans l'Uckermark. Le chanvre et le lin, dans le centre; le houblon en Bavière le duché de Brunswick et dans la province de Posen. On recueillait des fruits en grande quantité, surtout dans l'Allemagne du Sud et en Thuringe. Il y avait des vignobles, plus ou moins renommés, en certaines parties de la Prusse rhénane, dans la Hesse, en Bavière, dans le grand-duché de Bade et en Alsace-Lorraine.

Le développement de l'agriculture, les progrès de l'industrie et l'accroissement des populations avaient fait reculer la plupart des forêts. Cependant elles occupaient, en 1914, 13 979 850 hectares. Les essences qui y dominaient étaient le chêne et le hêtre vers la Baltique; le chêne, le bouleau, le pin et le sapin dans les régions basses de l'Allemagne du Nord. Il y avait à peu près autant de bois résineux que de bois feuillus. Vers le sud, le mélèze s'ajoute au pin et au sapin (Parmi ses plus belles forêts, l'Empire allemand comptait celles d'Alsace).

L'agriculture allemande semblait jadis condamnée à une perpétuelle médiocrité, par l'insuffisance du sol et de la main-d'œuvre. Mais les travaux d'irrigation et l'emploi des engrais chimiques permirent de tirer parti même des marais de Mecklembourg et des sables de Brandebourg. Il ne restait sans culture qu'un dixième du sol. Les champs qui produisaient l'avoine, le seigle et la pomme de terre se développèrent, empiétant sur les vastes pâturages où se multipliaient les troupeaux. Cependant le blé demeurait assez rare : il ne prospérait réellement que dans la vallée du Rhin. Un lien étroit unissait l'agriculture à l'industrie : la betterave était cultivée sur une étendue de plus de 500 000 hectares [4] pour la fabrication du sucre, l'orge pour la fabrication de la bière. La laine, fournie chaque année par les troupeaux de moutons, pesait plus de 400 000 quintaux. Chevaux, bêtes à cornes, moutons et porcs représentaient une somme de plus de 5 milliards de marks. Les terres appartiennent aux hobereaux, qui, des paysans, exigeaient un gros revenu[5].

Les mines[modifier | modifier le code]

Le sous-sol de l'Allemagne est d'une richesse singulière. Les terrains carbonifères occupent d'immenses étendues, surtout dans le bassin de la Rhur. La Silésie supérieure fournit du fer, la Prusse, du zinc, la Saxe, de l'étain et du kaolin. On trouve de l'argent dans l'Erzgebirge et de l'or dans le massif du Hartz. Les eaux de Wiesbaden, de Kreuznach, d'Aix-la-Chapelle et d'Ems sont célèbres.

Pour l'exploitation et la transformation des produits fournis par le sous-sol, c'est-à-dire pour l'ensemble de son effort industriel, l'Allemagne venait après la Grande-Bretagne, qui occupait depuis longtemps la première place en Europe. Ses mines s'étendaient à côté des gisements de houille. Avantage sans pareil pour les usines de Barmen, d'Elberfeld et d'Essen. La Silésie, la Saxe et la Westphalie constituaient 3 centres d'une importante capitale pour la métallurgie. Rothe-Erde, près d'Aix-la-Chapelle, produisait plus d'acier que n'importe quelle autre usine du globe. L'extraction, qui représentait 80 millions de tonnes en 1900, en représentait plus de 260 en 1914. La production du fer s'est multipliée par 13 dans le même temps.

Essor démographique, industriel et économique[modifier | modifier le code]

Le Reich wilhelmien[6] connaît un remarquable essor économique. La poussée démographique, le dynamisme des milieux d'affaires et l'appui de l'État jouent un rôle décisif dans un boom qui fait de l'Allemagne une puissance mondiale.

Boom démographique[modifier | modifier le code]

Carte de la densité de population dans l'Empire.

L'Empire allemand avait une population de 56,3 millions d’habitants en 1900 et de 64 903 000 habitants en 1910. Pourtant, le taux de natalité baisse : il passe de 35,6 pour mille en 1900 à 27,5 pour mille en 1913, tout comme la mortalité qui passe de 23 pour mille à 15 pour mille. La densité moyenne était de 120 habitants par km² contre 75,9 en 1871. La population est une population jeune : en 1910, 34 % des Allemands ont moins de 15 ans, alors que le quart seulement des Français appartient à cette tranche d'âge.

Les transformations économiques ont provoqué une véritable redistribution de la population. Ce sont surtout les régions rurales de l'Est et de l'Allemagne moyenne qui ont déversé leur trop-plein vers Berlin, la Rhénanie-Westphalie et les ports de la mer du Nord et de la mer Baltique.

Les migrations intérieures gonflent la population urbaine : 60 % des Allemands vivent, en 1910, dans des localités de plus de 2000 habitants. Les 48 villes de plus de 100 000 habitants (dont Berlin, Hambourg, Brême, Munich, Dresde, Stettin, Rostock et Cologne) rassemblent le cinquième de la population totale.

L'expansion économique explique le ralentissement, de plus en plus marqué, de l'émigration. Le Reich devient même un pays d'immigration : les étrangers installés en Allemagne passent de 780 000 (1900) à 1 260 000 (1910). En 1910, les Polonais constituent presque la moitié des étrangers ; 800 000 travailleurs saisonniers, des Slaves surtout, viennent fournir la main-d'œuvre nécessaire aux junkers.

La puissance industrielle allemande[modifier | modifier le code]

Carte des régions industrielles de l'Empire.

En 1871, L’Allemagne n'est pas encore une grande puissance économique. Elle a certes déjà dépassé la France mais elle est largement devancée par le Royaume-Uni et les États-Unis [7].

L’Allemagne n'est pas non plus un pays riche : ses sols sont, à quelques exceptions près, pauvres et pendant longtemps n’ont pas réussi à nourrir totalement une population rurale contrainte à l’exil. Ses ressources minières sont assez limitées, à l'exception notable du charbon, le lignite et la potasse dont l’exploitation industrielle va conférer un avantage déterminant à l'industrie du Reich : l’exploitation du cuivre du Harz sera arrêtée en 1887, les mines des monts Métallifères (Das Erzgebirge), épuisées, ne sont plus rentables. Enfin, l’insuffisance des capitaux a constitué une des faiblesses chroniques de l'économie allemande, ce qui a retardé l’effort industriel : en 1830, l’industrie allemande est encore quasi inexistante, mais 20 ans plus tard, sous l’impulsion du Zollverein qui libère les énergies, elle a déjà fait de rapides progrès.

Chantier naval et usine de la société Orenstein & Koppel à Lübeck, Allemagne. Image publiée en 1913.

Mais l’Allemagne dispose aussi de nombreux atouts. À la fin du XIXe siècle, c'est au nombre de tonnes de charbon extraites et de tonnes d'acier produites qu’on mesure la puissance industrielle d’un pays et la puissance de l’industrie allemande va être fondée sur cette industrie lourde grâce aux importantes réserves de matières premières (voir l’article sur les richesses de l’Allemagne) dont dispose le Reich[7].

Ces centres industriels éloignés les uns des autres, sont reliés entre eux par un très efficace réseau de voies de communication, chemin de fer et voies navigables (fleuves et canaux). Le Rhin navigable de Bâle à Rotterdam depuis 1850, permet aux régions du sud-ouest de l'Allemagne de recevoir le charbon de la Ruhr. Le Mittellandkanal, qui relie l’Ems à l’Elbe, unit les régions de l’Allemagne moyenne et rend possible le transport des pondéreux de la Ruhr à la Silésie en passant par Berlin.

Dès la première moitié du siècle, les souverains allemands ont su créer de nombreuses universités techniques qui forment les ingénieurs dont l’industrie a besoin et permettent une symbiose entre chercheurs et grandes entreprises : l’industrie chimique, l’optique, l’électricité sont des domaines où la recherche allemande est à la pointe du progrès.

L'usine Drewitz de la société Orenstein & Koppel à Neuendorf près de Potsdam (aujourd'hui Potsdam-Babelsberg), Allemagne. Illustration publiée en 1913

Les progrès techniques, comme l’introduction des fours Siemens-Martin et du convertisseur Bessemer, du procédé Thomas dans l’industrie sidérurgique lorraine, l’utilisation de moteurs électriques et bientôt de moteurs Diesel font baisser les coûts de production : l’Allemagne est l’un des premiers pays à employer à grande échelle ces nouvelles techniques.

Dans l’agriculture, le recours aux engrais chimiques fait augmenter les rendements et le recours aux machines libère une main-d’œuvre qu’absorbe l’industrie. Le spectre des disettes semble définitivement écarté.

Enfin, le traité de Francfort, imposant à la France le versement d’un dédommagement de 5 milliards de francs-or, va permettre par l’injection de capitaux nouveaux, la création de nouvelles entreprises. Le rythme de l’industrialisation est rapide, si bien que l’Allemagne rattrape son retard par rapport aux autres pays européens. Sur les marchés étrangers, les biens manufacturés allemands remportent un succès croissant, amenant les autorités britanniques à introduire l'étiquetage Made in Germany sur les biens importés de l'Empire allemand, après l'exemple des couteaux (fabriqués principalement à Sheffield en Grande-Bretagne et Solingen en Allemagne à l'époque).

L'économie du Reich[modifier | modifier le code]

En termes de PIB à parité de pouvoir d'achat, l'empire Allemand était la deuxième économie du monde après les États-Unis mais talonné par l'empire russe avec, en 1913, un PIB(PPA) de 237 milliards de dollars internationaux soit 8,8 % du PIB mondial pour l'Allemagne et 232 milliards de dollars internationaux soit 8,6 % pour la Russie.

La métamorphose de Berlin[modifier | modifier le code]

Peinture du château de Berlin, faite au XIXe siècle par un artiste anonyme

Berlin, qui était la capitale de la Prusse, devint capitale de la Confédération d'Allemagne du Nord puis capitale de l'Empire allemand en 1871 La ville s'était déjà embellie aux XVIIe et XVIIIe siècles, notamment avec Charlottenburg, avec le Palais de Potsdam, avec de nombreux parcs et autres embellissements. Entre 1830 et 1850, Berlin se couvre de nouveaux palais de style classique et de nombreuses académies.

En 1858, Guillaume (Ier) assure la régence de son frère malade. Il devient roi en 1861. Berlin s'agrandit alors de plusieurs faubourgs et compte 524 000 habitants. Le bourgmestre libéral, Seydel, fait tout pour favoriser une industrie berlinoise où les grands entrepreneurs tiennent le haut du pavé  : Borsig, Siemens, qui, après le télégraphe développe le principe de la dynamo, Emil Rathenau, président de la Société berlinoise d'électricité (future AEG). Le conseiller à la Construction James Hobrecht remplace le vieux mur d'enceinte par un boulevard circulaire, que les installations ferroviaires à l'ouest empêchent toutefois de boucler totalement. En 1866, le nouveau chancelier Otto von Bismarck inaugure la Nouvelle Synagogue d'Oranienburger Strasse, marquant ainsi son intérêt pour l'émancipation des Juifs, qui se traduit en 1869 par la promulgation d'une « loi sur l'égalité des confessions », étendue à l'ensemble du Reich.

Lors du versement des 5 milliards de francs-or de réparation par la France en 1871, l'économie berlinoise fait un formidable bon en avant. Le « temps des fondateurs » de l'Empire (Gründerzeit) s'ouvre sur une orgie de constructions de styles plus qu'éclectiques. Le néo-gothique et la brique triomphent : les flèches de cathédrale, les pignons crénelés qui hérissent les usines et les sièges sociaux des grandes entreprises font de leur dirigeants de véritables « junkers citadins ». Le pont d'Oberbaum, le musée de la Marche, les tribunaux et les nouvelles mairies d'arrondissement, construites vers 1900, seront de la même facture. Parfois un chef-d'œuvre émerge, comme le labyrinthe de pierre du hall d'entrée de l'hôtel de ville de Köpenick (1903) ou les délicates crènelures du tribunal administratif de Wedding (de) (1904) mélange de gothique flamboyant et de Jugendstil (style jeunesse).

Le système politique[modifier | modifier le code]

Peinture de la Bauakademie

L'Empire allemand a été organisé par la constitution du 16 avril 1871, modifiée le . Elle repose, pour une large partie, sur la constitution de la Confédération de l'Allemagne du Nord qui était une œuvre de Otto von Bismarck.

L'empereur allemand est le chef de l'armée et de la marine ; il promulgue les lois et dirige la diplomatie. Il nomme un chancelier impérial (Reichskanzler), qui n'est responsable qu'envers lui, c'est-à-dire qu'il ne dépend pas du parlement élu. C'est, en réalité, le chancelier qui est le maître absolu de l'administration impériale et du gouvernement, puisqu'il préside le Bundesrat ; ministre unique, il décide de l'orientation de la politique et il propose à l'empereur la nomination ou la révocation des secrétaires d'État, des hauts fonctionnaires qui dirigent selon ses ordres les administrations gouvernementales. Les chanceliers sont aussi ministres-présidents de la Prusse.

L´Empire est de plus composé du Bundesrat et du Reichstag.

Le Bundesrat, représenté des gouvernements des vingt-cinq États, qui compte soixante et un représentants, dont trois pour l'Alsace-Lorraine, présidée par le chancelier impérial. Elle vote les lois, élabore le budget et contrôle les finances. La Prusse y dispose d'une minorité de blocage et peut imposer son point de vue au reste de l'Empire.

Le Reichstag est élu pour trois ans, puis à partir de 1888 pour cinq ans. Il représente le peuple, est élu au suffrage universel mais n'a aucun moyen d'action sur le chancelier.

Dans les dernières semaines du régime, le parlementarisme sera instauré par la réforme d'Octobre.

La société allemande[modifier | modifier le code]

L'Empereur[modifier | modifier le code]

Guillaume II en uniforme.

Trois empereurs se succédèrent de 1871 à 1918. Guillaume Ier (1797-1888), roi de Prusse depuis 1861, n'avait tout d´abord pas voulu être empereur, s´adonna donc surtout à son royaume et ordonna à Bismarck la direction de l'Empire allemand. À sa mort, son fils Frédéric III (1831-1888) monta sur le trône mais ne régna que quelques mois. On le disait favorable au libéralisme mais frappé par la maladie il mourut avant d'entreprendre de vastes changements. Il en alla tout autrement pour Guillaume II (1859-1941). Lorsqu'il accède à la dignité impériale, il est âgé de 29 ans et régnera 30 ans sur la Prusse et le Reich. Jeune et impétueux, il aspire à gouverner par lui-même, et, en 1890, Bismarck finit par démissionner. Les chanceliers qu'il nommera par la suite ne seront que les instruments dociles de sa volonté. Dans ce Reich qui est encore une monarchie semi-féodale, l'empereur va imposer ses conceptions personnelles à des chanceliers et secrétaires d'État pusillanimes, choisis pour leur connaissance de la bureaucratie plus que pour leurs qualités politiques.

Personnalité complexe, esprit doué mais impulsif, vaniteux, despotique, il ne supporte pas ceux qui osent le critiquer et entend tout régenter : le conflit avec Bismarck était donc inévitable. Complexé par un bras gauche atrophié, Guillaume II essaie de compenser ce handicap par une agitation fébrile et brouillonne (il voyage constamment, prononce d'innombrables discours, change d'uniforme plusieurs fois par jour…), et par l'affirmation incessante de la grandeur de l'Allemagne pour laquelle il revendique une « place au soleil ». Personnalité « médiatique » avant l'heure, il est omniprésent, par ses discours, ses interviews retentissantes et par le culte dont il fait l'objet : portraits, souvenirs commémoratifs, et jusqu'à son port de moustaches que ses sujets s'empressent d'imiter.

Plus que tout autre souverain allemand, Guillaume II aura su être en adéquation avec les aspirations de son peuple et s'identifier au désir de reconnaissance et aussi d'expansion de la nouvelle Allemagne impériale (à qui on a pu donner le nom d'Allemagne wilhelmienne, Wilhelm signifiant Guillaume). Il a su cristalliser sur sa personne les peurs et les désirs de ses sujets, et a, aux yeux de l'étranger, souvent personnifié un aspect agressif du nationalisme allemand[5].

Les princes souverains[modifier | modifier le code]

4 royaumes, 6 grands-duchés, 5 duchés et 7 principautés, ont, dans ce nouveau Reich, conservé d'importantes prérogatives. Si Berlin va progressivement devenir la capitale politique et économique de l'Allemagne, les capitales des États souverains perpétuent la tradition culturelle des Residenzstädte. Les rois de Saxe essayèrent de maintenir la grande tradition qui avait fait de Dresde un des plus importants centres artistiques d'Allemagne. le duc de Saxe-Meiningen pouvait se vanter d'accueillir dans sa résidence une des meilleures troupes de théâtre d'Allemagne. Munich était un des centres artistiques et intellectuels de tout premier plan qui cherchait à contrebalancer l'influence de Berlin.

Mais à côté de ces États brillants, dans lesquels se développait une vie politique active, existaient des États beaucoup plus rétrogrades, comme les deux duchés de Mecklembourg (Schwerin et Strelitz), restés à l'écart des grandes transformations politiques et économiques du XIXe siècle.

Si les princes régnants surent demeurer très populaires parmi leurs sujets, c'est qu'ils incarnaient une légitimité parfois teintée du particularisme, comme en Bavière, et qu'ils perpétuaient aussi une tradition culturelle qui s'opposait aux appétits hégémoniques de la Prusse. Par l'intermédiaire du Bundesrat, ils surent mettre en échec les velléités centralisatrices du Reich.

Néanmoins, les grandes mutations que connut l'Allemagne dans les deux dernières décennies du siècle se firent sans eux. L'essor industriel, le développement des grands centres urbains, l'expansion commerciale ont modelé une Allemagne nouvelle, fort différente des traditions archaïques et désuètes que pouvait incarner l'Allemagne des Princes.

La vie industrielle[modifier | modifier le code]

De toutes parts, l'Allemagne donnait l'impression d'un continu développement matériel. En 1914, rien que dans les provinces du Rhin et de la Westphalie, plus de 142 000 ouvriers travaillaient aux hauts-fourneaux, plus de 60 000 à la fabrication des machines, plus de 135 000 à l'industrie du textile, plus de 40 000 à la verrerie, plus de 30 000 à l'industrie chimique. Sans compter ceux des papeteries des tanneries et des brasseries. Le débit des brasseries est le plus "colossal". En 1884, on fabriquait 4 millions d'hectolitres de bière; en 1914, 15 millions. Jadis, chaque habitant buvait 67 litres de bière; à la veille de la Grande Guerre, 150 litres. Dans un rayon de dix lieues s'accumulait la richesse et s'entassait la population. Voici le nombre d'habitants par ville, de Westphalie-Rhénanie, en 1914 :

Düsseldorf Elberfeld Barmen Crefeld Dortmund Bochum Duisburg Hagen Mulheim Munchen-Gladbach Oberhausen Solingen Remscheid Essen
253 700 162 000 156 210 110 400 175 530 118 200 192 300 77 700 93 630 60 700 52 200 50 400 64 400 231 300

Il ne faut pas oublier qu'autour de ces grandes villes se trouvaient maints villages atteignant aisément 4 000 habitants, voire 6 000.

Dans ce pays qui frémissait et retentissait de vie industrielle, il restait encore de la vie végétale. Partout où pouvait pousser un arbre, un arbre poussait, tranquille, vénéré, choyé, surtout dans ses vieux ans. Certaines villes, en se développant, atteignaient la forêt, mais sans toucher à la forêt : Hambourg, Francfort, Düsseldorf. La cité des hommes veut voisiner d'aussi près que possible avec la cité des arbres, afin d'en respirer l'âme fraîche et réconfortante. Et que de squares, de parcs, de massifs, de bassins ombragés, de parterre de gazon, de corbeilles, de plantes grimpantes, de balcons fleuris ! À Düsseldorf, on pouvait faire le tour de la ville sans que l'œil ne cesse d'avoir un reposoir de verdure[5].

L'armée, la marine et l'aviation[modifier | modifier le code]

L’armée impériale[modifier | modifier le code]

Photographie de la "Dicke Bertha"
Article détaillé : Deutsches Heer.

Lors des guerres contre la France, l’Autriche et le Danemark, l’armée allemande était majoritairement constituée de soldats prussiens. La Prusse, état fondateur de l’Empire, était un pays à forte tradition militaire, d’ailleurs Mirabeau a dit : « La Prusse n’est pas un État qui possède une armée, c’est une armée qui a conquis une nation ».

De Sadowa à Paris, l’armée prussienne était reconnaissable grâce uniforme de couleur « bleu prussien ». Son équipement, moderne, comporte un casque de cuir bouilli, appelé aussi « casque à pointe », des effets faciles à enfiler, un équipement individuel qui s’enlève très rapidement quand on défait la boucle du ceinturon, un fusil Dreyse moderne fonctionnant par une culasse à un coup et une percussion à aiguille. L’état-major sait utiliser les chemins de fer, y compris au profit du ravitaillement.

Casque d'un officier prussien des dragons entre 1860 et 1870

Après la période d’unification, la nouvelle Deutsches Heer ne combat plus en Europe jusqu’à la Grande Guerre. Mais elle combat dans les colonies, notamment en Chine pour lutter contre la révolte des Boxers. Ou bien elle parade, comme à Damas, au Maroc et, bien sûr, à Berlin.

Mais la diminution de son activité permet son amélioration. En effet, les ingénieurs militaires améliorent les armes, les tenues et l’artillerie. Vers 1910, on parle de nouveaux engins militaires comme les tanks et les avions.

Quand l’ordre de mobilisation générale est proclamé en 1914, l’armée a changé. Les soldats ont perdu leur rigide élégance prussienne pour adopter une silhouette plus rustique. En 1916, il est bien équipé malgré la pénurie qui sévit au pays. Vêtu de gros drap vert pâle, idéal pour le camouflage, ainsi que de bonnes bottes, il est protégé par un casque d’acier et un masque anti-gaz. Son fusil Mauser 1898 calibre 7,92 mm est ultramoderne. Les fantassins possédaient aussi des lance-flammes, invention d’un capitaine de pompiers. Arme à tir très court, il cause de cruelles blessures et terrorise les soldats.

Les chars, sous-estimés par les généraux allemands en 1914, ne sont fabriqués qu’en très faible quantité. Mais vers 1916-1917, ils sont améliorés et sont devenus de redoutables armes au sein des armées alliées. L’artillerie joue un rôle important dans la guerre. Extrêmement développée en Allemagne, elle fut, avec l'obusier de 120 mm, redoutée des ennemis du Reich. Des canons énormes comme la Grosse Bertha font des ravages sur les champs de batailles. Mais il y avait des petits engins, les lance-mines qui sont des armes à bon marché qui servent d’artillerie légère. Leurs tirs sont courts et courbes. Enfin, l’aviation développée vers le début de la guerre n’est encore qu’au stade expérimental. Ce sont des hommes qui lancent de petites grenades à partir de l’appareil[5].

La marine allemande[modifier | modifier le code]

  • La marine marchande :

La marine marchande est passée de 970 000 tonnes en 1900 à 3 millions de tonnes en 1914. Elle compte 5 000 navires, dont plus de 2 000 à vapeur (l'Allemagne a deux flottes à demeure en Extrême-Orient, pour desservir les côtes de la Chine et de l'Indochine). Pour le commerce, l'Allemagne vient immédiatement après la Grande-Bretagne : importations : 9 milliards par an en 1900, 20 milliards en 1914; exportations : 7 milliards par an en 1900, 18 milliards en 1914. Elle a dépensé plus de 1 milliard 500 millions de marks pour ses ports. Hambourg est reliée à toutes les parties du monde par 72 lignes de navigation allemande. Elle a 20 kilomètres de quais et 160 kilomètres de voies ferrées. La Compagnie transatlantique Hambourg-America devient la plus importante des compagnies de navigation[5].

  • La marine de guerre :
Article détaillé : Kaiserliche Marine.

Avant la guerre contre la France, en 1870, la marine allemande ne constituait pas encore une arme redoutable. Pourtant la Confédération de l'Allemagne du Nord achetait pour sa Norddeutsche Bundesmarine à la Grande-Bretagne tout son matériel maritime et même son matériel de guerre, à l'exception des canons. Dès 1871, von Moltke, entrant en lutte avec la plupart de ses généraux, qui voulaient réduire la marine à la stricte défense des côtes, se résolut à l'affranchir de la servitude que l'armée de terre prétendait lui imposer. Malgré l'autorité du vieux maréchal, la doctrine contraire prévalut encore pour quelque temps. De 1873 à 1888, l'Allemagne organisa une marine défensive; à partir de 1889, une marine offensive. Cette marine fut dirigée par le général von Stoch, puis par le général Leo von Caprivi. En vain, Bismarck, gagné aux idées nouvelles s'écria : "Il nous faut des bâtiments de haute mer et un canal de la Baltique à la Mer du Nord qui leur livre l'espace !". Le général von Caprivi se contenta d'organiser la défense des côtes, mais il organisa bien et créa de bons torpilleurs. Guillaume II eut là un solide point de départ pour ses hardis projets. Sans s'arrêter aux difficultés, il sépara l'administration du haut commandement, pour le plus grand bien de l'une et de l'autre. Il institua un cabinet maritime sur lequel il exerçait une surveillance personnelle et il y annexa un service spécial appelé "Bureau des Renseignements" : service d'espionnage où, selon la coutume allemande, sont employés des officiers de réel mérite.

Grâce au développement de l'industrie, le recrutement des marins devenait toujours plus facile. Bien différents des anciens bateaux qui exigeaient des hommes de mer doués et expérimentés, les cuirassés avaient surtout besoin de mécaniciens, d'électriciens, d'ajusteurs, en mot, d'ouvriers d'élite. L'Allemagne n'avait rien qui ressemble à l'inscription maritime.

Organisés avec méthode, les arsenaux et les écoles fournirent le matériel, les équipages et les officiers que l'Empereur souhaitait. Dès qu'il fut en possession de ces bons résultats, il s'appliqua à les développer. Il avait à vaincre la vieille jalousie de l'armée, l'opposition du Parlement, l'hostilité de la plupart des partis politiques. À tous, il s'efforça de prouver que l'agriculture, le commerce et l'industrie avaient tout à attendre d'une marine de premier ordre. Le canal de la Baltique à la Mer du Nord, creusé aussi vite que possible, avait été inauguré avec éclat. Ni la Grande-Bretagne, ni la France ne parurent d'abord s'inquiéter de cette œuvre stratégique, pourtant si importante. Elles ne comprirent le danger que le jour où elles virent l’amiral von Tirpitz, le confident de Guillaume II, déposer au Reichstag un projet qui, d'un seul coup, doublait la marine de guerre (29 octobre 1899).

Pour entraîner de nouveau l'opinion, le Gouvernement allemand usa de tous les moyens : articles de journaux ou de revues, brochures, livres, conférences. Il fit remonter les torpilleurs dans les fleuves, aussi haut que la profondeur de l'eau le permettait, afin de frapper l'imagination des "terriens". Le Reichstag donna son adhésion au projet. En Allemagne, les crédits furent votés, non pas pour une seule année, comme en France, mais pour plusieurs années. Le Ministère de la Marine connaissait donc les fonds dont il peut disposer. Ainsi, les constructions s'échelonnent avec méthode. Dès qu'un navire était arrivé à la limite d'âge, il était immédiatement remplacé. Une mise à la réforme déclenchait une mise en chantier. Les dépenses pour la marine augmentaient sans cesse. L'Allemagne possédait, en 1914 : 27 cuirassés, 12 croiseurs cuirassés, 9 garde-côtes, 38 navires éclaireurs, 10 canonnières, 8 vaisseaux-écoles, 13 navires spéciaux, 201 torpilleurs et 12 sous-marins. L'Empire avait 3 arsenaux : Kiel, Wilhelmshafen et Danzig (chantier de construction). Il usait de divers établissements privés. Dans la marine le service était obligatoire, comme dans l'armée, de 17 à 45 ans : 3 ans dans la marine active, 4 dans la réserve et le reste dans la Seewehr et le Landsturm. Les hommes étaient répartis dans des divisions (Abteilungen) qui comprenaient la section des matelots et celle des chantiers. Les sous-officiers (Deckoffiziere) devaient subir des examens très sérieux. Les officiers sortaient d'une école spéciale de cadets. Ils y étaient resté 3 ans, puis avaient subi un examen et avaient été nommés lieutenants. Les fortifications, établies sur le rivage et armées avec soin, étaient reliées par un chemin de fer stratégique. Le commandement et l'administration formaient toujours deux services séparés. L'un achetait, préparait, construisait; l'autre utilisait et dirigeait. À la tête de le l'un était un sous-secrétaire d'État ; à la tête de l’autre, un amiral relevant directement de l'Empereur.

Le cuirassé Oldenburg, l'empereur Guillaume II.

Jamais l'Allemagne ne s'était beaucoup préoccupée de la « guerre de course ». Elle soignait particulièrement son escadre cuirassée, en mettant à profit les ressources de son admirable métallurgie. Ses navires étaient répartis méthodiquement en division, où les unités étaient toutes semblables. Dans ses ports et ses arsenaux régnaient la même méthode et la même discipline. Pour qu'une expérience consommée appuie l'instruction théorique des officiers et des marins, on leur ordonnait de manœuvrer sur des mers difficiles et même dans des conditions périlleuses. Guillaume II, en mettant le yachting à la mode, faisait du sport un instrument de progrès.

L'association maritime, Flottenverein, soutenue par les pouvoirs publics, ne négligeait pour faire connaître et aimer la marine dans tout le pays. Les maîtres d'école conduisaient les écoliers dans les musées de marine; là, ils leur donnaient force explications de nature à leur inspirer le goût des expéditions lointaines.

En février 1914, l’amiral von Tirpitz, secrétaire d'État (ministre) de la Marine, avait insisté sur le rôle représentatif que devaient tenir les bâtiments de guerre, « portant l'autorité du pavillon national partout où pénètre le commerce ». L'Allemagne voulait avoir une flotte supplémentaire de croiseurs cuirassés, de croiseurs légers, de torpilleurs et de bâtiments de service, prête à appuyer la propagande de représentant commerciaux. Tirpitz ajouta que l'effort de l'Allemagne devait tendre à renforcer beaucoup plus activement ses forces en service dans les eaux étrangères.

L'effectif, prévu par la loi navale de 1912, et qui devait être réalisé en 1920, comprenait 8 grands croiseurs et 10 petits croiseurs. D'après cette même lois navale, l'administration de la marine devait mettre en chantier, chaque année, de 1912 à 1917, 1 grand croiseur et 2 petits. Le secrétaire d'État avait demandé qu'on accrût le nombre de mises en chantier annuelles. L'augmentation du programme naval est un nouveau succès pour l'activité et les efforts continus de la Ligue navale. Placée, dès son début, sous le patronage de l'Empereur et sous la direction du prince Henri de Prusse, cette Ligue ne néglige rien pour aider l'Empereur à tenir l'engagement fameux : "Comme mon grand-père à travaillé pour refaire notre armée, je travaillerais sans trêve à refaire notre marine, afin qu'elle devienne comparable à l'armée de terre et permette à l'Empire de s'élever à un nouveau degré de puissance".

En 1914, la flotte allemande est la plus puissante du monde, après la flotte anglaise. Mais contrairement à la Grande-Bretagne, l'Allemagne ne possédait que 13 dreadnoughts et 5 croiseurs de bataille[5].

L'aviation allemande[modifier | modifier le code]

L'Allemagne, s'inspirant d'une aviation française, adoptait le dirigeable de forme rigide. Au commencement de 1914, elle a 7 Zeppelin de 20 000 mètres cubes, 1 Siemens-Schuckert et 6 Parseval, en tout 14 dirigeables. Le cube total s'élève à 203 000 mètres cube. Certains moteurs sont de 600 et même de 800 chevaux. La vitesse des dirigeables atteignait 80 à 95 kilomètres à l'heure. Ils disposaient de 8 tonnes de charge utile, dont une tonne et demie réservée aux projectiles. Ils faisaient tomber des projectiles de 600 et même de 800 kilos, sans interrompre leur marche. Ils pouvaient porter 12 à 25 hommes. Leur nacelle de 60 mètres allait de la gondole antérieure à la gondole postérieure, destinées toutes deux à recevoir les moteurs. Elle était disposée, en temps de guerre, de la façon la plus commode pour la manœuvre et l'offensive. Pour la défense, les hommes avaient, dans leur nacelle, des mitrailleuses. Au-dessus du ballon, une longue passerelle portait d'autres mitrailleuses lançant 600 balles à la minute. À travers le ballon, une longue cheminée permettait de communiquer de la nacelle à la plate forme supérieure.

En sept ans, 12 Zeppelin furent détruits. À chaque catastrophe, 2 Zeppelin nouveaux étaient commandés. En septembre 1913, l'un d'eux s'est perdu en mer dans des conditions dramatiques : 16 hommes périrent. Immédiatement, on construisit un nouveau Zeppelin II, dans lequel on supprima la quille ainsi que le passage d'air entre le moteur et le ballon : la carapace fit corps avec les moteurs, les nacelles, le réservoir à combustible. Ce Zeppelin II ainsi construit, prit feu et explosa. Immédiatement, 10 "anciens" Zeppelin étaient mis en construction.

Les hangars allemands formaient un vaste réseau : chacun d'eux avait une longueur de 135 à 180 mètres. Il existait un groupe central autour de Berlin : Johannisthal, Tegel et Blesdorf; puis une série intermédiaire : Potsdam, Bitterfeld, Leipzig et Gotha; enfin, le long de la frontière française, du nord au sud : Hamm, Dusseldorf, Cologne, Francfort-sur-le-Main, Mannheim, Baden-Baden, Strasbourg, puis, plus en avant, Metz. Ces hangars étaient, depuis 1914, construits sur de grandes plates-formes tournantes, qui, en décrivant un quart de cercle, leur permettaient de faire toujours face, par une de leurs extrémités, au vent favorable pour l'entrée ou la sortie.

L'Albatros, un des plus célèbres avions allemands de la Grande Guerre

L'Allemagne comptait beaucoup sur le rôle nocturne de ses dirigeables. Dans leurs manœuvres, tantôt ils éclairaient la route devant une armée en marche, tantôt ils mettaient subitement l'ennemi en pleine lumière.

En voyant l'héroïque succès de l'aviation en France, l'Allemagne s'était appliquée, avec méthode et opiniâtreté, à se munir aussi de cette nouvelle arme. Ses moteurs, d'abord inférieurs aux moteurs français, atteignaient le chiffre de 200 chevaux. Elle faisait non seulement armer, mais blinder ses appareils. À vrai dire, beaucoup d'aviateurs expérimentés restent persuadés que la vitesse de l'appareil constitue sa meilleure défense. Jusqu'en 1914, l'Allemagne n'avait pas créé, pour l'aviation, d'école militaire d'État. Elle laissait cette initiative aux constructeurs privés. À Halberstadt, par exemple, à côté de l'école civile, se trouvait une maison où les officiers aviateurs habitaient et où ils suivaient des cours de géographie, de météorologie et de mécanique. À bord des avions, la télégraphie sans fil donna de bons résultats. Les aviateurs s'exerçaient à parcourir de grandes étendues sans escale, à poursuivre les aéroplanes et, dans des manœuvres de nuit, à surprendre l'ennemi pour le détruire ou le déconcerter[5].

L'éducation[modifier | modifier le code]

Goethe, fondateur du romantisme allemand.

Jusqu'en 1870, l'enseignement supérieur allemand faisait contrepoids à l'autorité militaire. L'Allemagne gardait un peu de cette élévation de pensée qu'on trouve chez Herder, Schiller et Goethe. Mais, depuis 1871, l'enseignement supérieur s'est pénétré dans la doctrine bismarckienne : la valeur d'une nation est toute dans sa force militaire, industrielle et commerciale. L'Allemagne, qui au commencement du XIXe siècle, paraissait le temple des méditations idéales, tendait à devenir de plus en plus un laboratoire d'industriels, de chimistes et de commerçants. Aux jeunes gens qui terminaient leurs études, on donnait un enseignement moral où la religion remplaçait la philosophie. On exigeait qu'il puissent, sans broncher, réciter le catéchisme et chanter un certain nombre de cantiques. On estimait qu'un jeune homme de vingt ans ne peut rien comprendre aux divers systèmes des philosophes et que par conséquent, en s'appliquant à la philosophie, il risquerait de fausser l'esprit. Les maîtres prêchent d'exemple. Certes, les universités allemandes comptaient des professeurs non-croyants, mais aucun d'eux n'avait jamais refusé de payer l'"impôt religieux".

La philosophie, qui n'avait pas de place dans l'enseignement secondaire, en avait-elle dans l'enseignement supérieur ? Oui, mais si restreinte ! Une seule catégorie d'étudiant était interrogée sur les systèmes philosophiques. Ce sont les étudiants en théologie ! Quant aux étudiants en sciences, pendant les cinq ou six derniers mois de leur dernière année de cours, c'est-à-dire vers leur 25 ans, ils assistent à quelques leçons de philosophie, très incomplètes. Toutes les doctrines des philosophes anglais, et même des philosophes allemands, leur demeuraient à peu près inconnues. Ils ne songeaient qu'aux réalités fructueuses de l'existence. Si dans leur mémoire restait quelque chose du grec et du latin, c'était un mauvais souvenir. De même que la doctrine morale des étudiants se réduisait au catéchisme, leur conception politique se réduisait à l'impérialisme. Ils reprenaient fidèlement les opinions conventionnelles de leurs pères. Rare étaient ceux d'entre eux qui s'affranchissaient d'un loyalisme servile. L'immense majorité de ces jeunes gens pensaient que tout était pour le mieux dans la meilleures des Allemagnes et se souciaient fort peu des nouveautés, quelles qu'elles étaient. Songez aux traditions qui se perpétuaient chez les étudiants allemands ! Voici, par exemple, les délégués des corporations universitaires qui, dans une cérémonie, défilaient gravement, vêtus de costumes sang de bœuf, vert épinard ou bleu de Prusse, coiffés d'un petit bonnet à ganse d'or, chaussés de bottes gigantesques et armés de rapières démesurées[5].

Les universités allemandes[modifier | modifier le code]

Carte postale avec l'Université de Berlin en 1900.

Les universités allemandes différaient des universités françaises de l'époque. L'État continuait à les soutenir, mais elles se gouvernaient seules. Elles se divisaient en 4 facultés : Droit, Médecine, Théologie et Philosophie. La philosophie comprenait la littérature et les sciences naturelles. Une cinquième faculté fut créée plus tardivement, celle des Sciences politiques et administratives. Mais elle n'octroyait pas de grade. Les professeurs des facultés formaient le Sénat académique. Ils élisaient tous les ans leur recteur. Les étudiants avaient le droit d'être jugés par ce Sénat. Tel était le fondement de la liberté, dans la Civitas universitatis. L'étudiant était inviolable à la police. Il ne pouvait être, même pour crime, livré au tribunaux qu'après une décision du Sénat académique. Devant le Sénat, la parole de l'étudiant faisait foi, sans autre preuve ni témoignage.

Les plus célèbres universités allemandes sont celles de Halle, de Leipzig, de Iéna, de Munich et de Bonn. Elles sont jadis travaillé d'une façon virile et constante à l'œuvre d'unification nationale. Le général prussien Scharnhorst déclara : « La maison des Hohenzollern a pour garde d'honneur l'université de Berlin. » On avait même pu dire que la Germania avait été créée par des professeurs. Dans leurs villes universitaires, les étudiants allemands arboraient des casquettes violettes, blanches, vertes et écarlates. Presque tous s'imposaient l'air raide de l'officier allemand et saluaient comme lui, en joignant les talons et en imprimant à leur buste un triple balancement automatique.

Le Kaiser Guillaume II aux couleurs du corps de Borussia.

Ce n'était pas d'après leurs études qu'ils associaient. C'était d'après la richesse de leurs parents et leur pays d'origine. De là, les noms de leurs corporations : Brunswiga, Allemania, Bremensia, Saxonia, Hanovera (corporation dont Bismarck fit partie), Borussia (corporation à laquelle Guillaume II et tous ses fils ont appartenu et où l'on entre qu'avec l'approbation de l'Empereur). Chaque corporation se reconnaissait à la couleur de sa casquette. Dans ces corporations d'étudiants appartenant aux diverses facultés, il y avait, en principe, un avantage intellectuel : chacun d'eux pouvait, par la conversion, mettre à profit, pour élargir son esprit, les études spéciales de ses camarades, en une sorte de frottement encyclopédique. Certaines de ces associations étaient fort riches. La Bremensia n'admettait que les fils des plus considérables négociants de Brême; la Saxonia, que les héritiers des familles aristocratiques et ploutocratiques. Pour entrer dans la Saxonia, un étudiant doit prouver que sa pension est de 600 marks par mois. Pourtant, d'ordinaire, les étudiants n'ont pas trop à se plaindre de la cherté croissante de la vie. Une chambre très confortable se paie 20 ou 25 marks par mois; une assez bonne table, 2 marks par jour. En somme, avec une mensualité de 100 marks, un étudiant vivrait. Mais il ne s'agit pas seulement de vivre, il s'agit aussi de boire. Seule peut-être, l'autorisation de boire est sans limites et sans "défenses". En toute autre matière, les défenses se multiplient : défense de porter un parapluie; défense de sortir un paquet à la main; interdiction, sous peine d'une amende de 10 marks, de boire dans une autre brasserie et de manger dans une "restauration" que celle de la corporation; interdiction, sous peine d'une amende de 5 marks, de sortir sans sa casquette; interdiction, sous peine de ne pas porter la casquette pendant cinq, six ou sept semaines, si l'étudiant a été rencontré en galante compagnie. Étaient punis de prison ceux qui manquaient à la discipline universitaire, donnaient un soufflet à un camarade ou se battaient en duel dans des conditions différentes que celles que fixaient le règlement. Le cachot avait pour mobilier un banc, une table, un lit de fer, une poêle et une cuvette. Les murs, blanchis à la chaux, étaient du haut en bas illustrés d'inscriptions et de dessins où figuraient l'étudiant type : casquette aplatie et pipe interminable. Les prisonniers pouvait recevoir ses amis et des cadeaux.

On ne devenait un véritable étudiant qu'à partir du jour où on s'est battu. Auparavant, on n'était qu'un "renard". Le "renard" buvait la bière dans les chopes d'un quart de litre. Il n'avait pas droit au "demi". "Renard, avance à l'ordre" lui disait l'étudiant. Et le renard accourait, joignait les talons, écoutait respectueusement, obéissait. Aussi, aspirait-il à son premier duel. Les duels entre étudiants, ne résultant pas d'une querelle et mettant aux prises des amis intimes, devraient s'appeler des tournois. Comme il fallait qu'il y ait quelques duels chaque semaine, les corporations s'adressaient de mutuels défis. Les adversaires choisis, de taille et de vigueur à peu près semblable, étaient, dans une salle ad hoc, mis en face l'un de l'autre, cuirassés et matelassés de pied en cap. Leur cou était protégé par une épaisse cravate; leurs yeux, par de solides lunettes. Ils ne pouvaient recevoir d'estafilade qu'au visage. Lorsque la joue et le nez est ensanglanté, un chirurgien arrivait avec un liquide antiseptique et une aiguille, puis recousait la peau à gros points. C'étaient les balafres de ces combats singuliers que l'on remarquait chez les magistrats, les officiers, les conseillers et les fonctionnaires allemands. Pour les étudiant il y avait un code de la boisson, comme il y avait un code du duel. Amende à qui ne fermait pas sa chope; amende à qui s'était oublié de dire "la bière est bonne" alors qu'il faut dire divine; Amende à qui ne vidait pas sa chope d'un trait, dès qu'on lui lançait un certain prosit : chacun d'eux réussissait à avaler 15 ou 20 litres en une soirée. Le gouvernement voyait d'un œil favorable toutes ces traditions. Pourtant, les étudiants ne se préoccupaient guère des discussions qui agitaient le Parlement et le pays[5].

L'enseignement primaire[modifier | modifier le code]

Photographie d'écoliers allemands d'une Bürgerschule, en 1905.

L'Allemagne n'avait pas, pour l'instruction publique, un régime unique comme pour l'armée. Les États dont elle s'organisaient suivant leurs traditions ou leurs besoins. Cependant l'instruction publique, particulièrement l'enseignement primaire, offrait, dans tout l'Empire, certain caractères généraux. La loi, très rigoureusement appliquée, implique l'obligation scolaire : les illettrés étaient extrêmement rares. Mais, si l'enseignement était obligatoire, il n'était ni laïc, ni gratuit, ni égalitaire. Les enfants de la bourgeoisie étaient élevés à part. En Saxe, par exemple, dans toute commune qui comptait au moins 1000 habitants, il y avait 2 écoles primaires bien distinctes. La Bezirksschule (école du district), destinée au peuple : l'écolage y était de 1,50 marks par mois, payables par quinzaine; une famille, quel que fut le nombre d'enfants fréquentant la même école, ne payait que pour un seul. La Bürgerschule (école des bourgeois), au programme de laquelle figurait les langues étrangères, particulièrement le français, avait un écolage de 6 marks par mois, payable en un seul versement. L'argent ainsi payés servait à l'entretien des écoles. Aussi, beaucoup d'entre elles ont une propreté et même un confort remarquable.

L'élève reste à l'école de 6 à 14 ans. La totalité des vacances par an ne devait pas dépasser les 8 semaines. Les inspecteurs primaires avaient le droit de fixer les dates de ces vacances suivant les travaux, particulièrement les travaux agricoles. Cette date variait naturellement d'après les productions des contrées, voire des communes. Ici, on avait besoin des enfants en septembre, pour la cueillette du houblon; là, on en avait besoin pour les vendanges ou la récoltes des pommes de terre. Les grandes vacances proprement dites sont de 5 semaines de suite. L'examen de sortie, pour les écoles primaires, comprenait une rédaction, des exercices de calculs et de géométrie : il correspondait au certificat d'étude primaire en France, à l'époque. La pédagogie allemande n'admettait pas de composition durant le courant de l'année : ni classement, ni prix d'aucune sorte. L'année scolaire commence à Pâques. Dans les régimes scolaires allemands, Pâques était un point de départ à cause des actes religieux, première communion ou confirmation. Toutes le écoles étaient rattachées à l'église ou au temple, suivant que la commune était à majorité catholique ou protestante. Le curé ou le pasteur avaient droit d'inspection. Ajoutons que tout instituteur était payé par la commune. De là une double subordination, contre laquelle les congrès et les associations d'instituteurs s'élèvent fréquemment, mais sans résultats.

Pour entrer à l'école, les jeunes gens qui se destinaient à l'enseignement suivaient les cours, non pas d'une école communale, mais d'une Realschule, c'est-à-dire d'une école où l'on distribuait un enseignement spécial, professionnel, moderne et pratique. Quant aux futures institutrices pour se préparer à l'école normale, elles suivaient les cours de la Bürgerschule (école des bourgeois), puis ceux d'une école supérieure. Dans tous ces établissements, les frais d'études étaient assez élevés. L'âge minimum pour l'examen de concours aux écoles normale est de 14 ans. La durée de études est de 5 ans. Les frais d'étude sont de 150 marks. De plus, comme les écoles normales allemandes n'ont pas en général d'internat, les élèves doivent prendre pension au-dehors. Ces frais additionnés supposent, chez les familles des élèves-maîtres, une réelle aisance. Après avoir subi le dernier examen de l'école, l'élève-maître peut être nommé "délégué" dans une école au traitement annuel de 900 marks. S'il ne trouvait pas de place dans une école publique, il entrait comme professeur dans une privée ou dans une famille. Deux ans après sa sortie de l'école, il subissait l'examen constatant les aptitudes pédagogiques, examen où toutes les matières de l'enseignement étaient passées en revue en des épreuves écrites ou orales. S'il était reçu, il pouvait alors, mais alors seulement, être nommé instituteur. Son temps de délégation ne comptait pour la retraite. Parfois candidats et candidates attendaient leur nomination pendant 4 ou 5 ans. Les associations d'instituteurs allemands réclamaient un traitement de minimum de 1350 marks. Des avantages importants leur étaient faits pour les retraites. La caisse des retraites était constituée par l'État, l'instituteur n'y versait rien, il touchait son traitement intégral; si après 10 ans d'enseignement, il ne pouvait plus faire classe, il avait une retraite égale au quart de son traitement[5].

L'enseignement secondaire[modifier | modifier le code]

L'enseignement professionnel[modifier | modifier le code]

La Weltpolitik de Guillaume II[modifier | modifier le code]

Une du journal satirique français, Le Petit Journal, du 6 novembre 1898.

Après le départ de Bismarck en 1890, Guillaume II a le champ libre pour appliquer ses idées en matière de colonisation. Il veut faire de l'Allemagne, comme le Royaume-Uni et la France, un empire mondial. Pour ce faire, il dispose des relais d'opinion que constituent les associations pangermaniste (le Alldeutscher Verband fut fondé en 1891), le Flottenverein et les associations coloniales. Le Reich veut d'abord mener une politique active en direction des pays d'outre-mer, se détournant par là de la politique bismarckienne qui avait réussi à imposer l'hégémonie allemande en Europe et à modérer les ardeurs brouillonnes colonialistes.

Avec la Weltpolitik, les priorités semblent s'inverser : la Wilhelmstrasse semble négliger le système d'alliances européennes au profit de coûteuses aventures exotiques au succès incertain.

C'est vers la Chine, le Maroc, l'Afrique du Sud et la Turquie que se tournent les intérêts allemands.

En Chine, où l'Allemagne possède depuis 1898 quelques comptoirs, la révolte des Boxers et l'assassinat du chargé des affaires allemand, fournit à Berlin l'occasion d'une démonstration militaire qui accroît son prestige : le corps expéditionnaire européen envoyé en Chine pour réduire cette révolte est placé sous le commandement d'un proche de Guillaume II, le comte Waldersee.

Alors que la compétition coloniale exacerbe la rivalité franco-britannique, les relations entre le Royaume-Uni et le Reich se détendent, Londres cherchant à rompre sa Splandid isolation : les deux puissances envisagent même une alliance, mais les intérêts allemands et britanniques sont déjà trop éloignés pour qu'un accord aboutisse. En Afrique du Sud, l'Allemagne, après avoir en 1896 assuré de son soutien le président Krüger, renonce en 1898 à soutenir le Transvaal et reste neutre pendant la Seconde Guerre des Boers, espérant obtenir des Britanniques des compensations territoriales en Afrique centrale.

Mais c'est dans l'Empire ottoman que la politique allemande remporte les succès les plus visibles. En 1898, Guillaume II y effectue une visite d'État. À Damas, il tient un discours où il assure « les 300 millions de musulmans dispersés dans le monde » du soutien de l'empereur allemand, propos qui éveillent la méfiance des Britanniques et des Russes qui considèrent le Proche-Orient comme leur chasse gardée. C'est au Reich que l'Empire ottoman confie la construction du chemin de fer de Bagdad, entreprise gigantesque que l'Allemagne devra mener seule, face à l'hostilité des autres grandes puissances qui lui refuseront tout appui financier.

Au Maroc, État indépendant que convoite la France, des commerçants allemands se sont installés. Cette colonie, qui ne dépasse pas les 150 personnes est cependant très active et les négociants allemands implantés au Maroc espèrent bien que le Reich défendra leurs intérêts lorsque la question d'un partage des influences européennes au Maroc sera à l'ordre du jour. La Wilhelmstrasse, consciente des devoirs qu'imposent à l'Allemagne son nouveau statut, espère bien participer au règlement de la question marocaine, soutenue par une opinion publique sans cesse entretenue par les associations pangermanistes les plus militantes dans l'idée que le Reich peut acquérir des territoires dans cette région du monde.

La Weltpolitik va donc obtenir quelques résultats, modestes par rapport à ceux de la France et de la Grande-Bretagne, et surtout lourds de conséquences pour l'équilibre européen. Les quelques succès engrangés à travers le monde ne peuvent compenser la détérioration de la position de l'Allemagne en Europe.

Colonies[modifier | modifier le code]

Carte des possessions territoriales, à l'apogée, de l'Empire allemand (en 1914)
Article détaillé : Empire colonial allemand.

À partir de 1883, l'Allemagne a conquis des territoires en Afrique, en Asie et en Océanie, qui seront appelés territoires de protectorats (Schutzgebiete) :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopédie Larousse
  2. Encyclopædia Universalis
  3. Digithèque MJP de l'université de Perpignan
  4. Hitier Henri. L'évolution de l'agriculture. In: Annales de Géographie. 1901, t. 10, n°54. page 392.
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Émile Hinzelin, Histoire Universelle illustrée des pays et des peuples, Tome V, L'Allemagne, 1913
  6. Reich signifie empire et Wilhelm signifie Guillaume en allemand.
  7. a et b Cf. Paul Kennedy, Naissance et déclin des grandes puissances, Payot & Rivages.

Lien externe[modifier | modifier le code]