Empire du Ghana

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Carte de l'empire du Ghana à son apogée

L'empire du Ghana, qui a existé de 300 environ à 1240, fut le premier des trois grands empires marquant la période impériale ouest-africaine.

Il connut son apogée au Xe siècle, et s'étendait alors dans une région qui englobait une partie des actuels Mauritanie et Mali. Il comprenait alors, outre le Ouagadou, les provinces du Tekrour, du Sosso, du Mandé et de Diarra, les régions aurifères du Bouré et du Bambouk et Oualata. En 990, il annexe Aoudaghost, grande cité berbère, centre névralgique des échanges entre le nord et le sud[1].

Désigné par ses habitants comme l'Empire Ouagadou, il se fit connaître en Europe et en Arabie comme l'Empire du Ghana. Le royaume du Ghana s'est constitué au VIIIe siècle avec l’exportation d’or et de sel, important pour la conservation des aliments. L'empire déclina à partir du XIe siècle, passant successivement sous domination almoravides, puis Sosso, enfin de l'empire du Mali.

Sa capitale était Koumbi-Saleh.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

La toute première référence au Ghana est attribué à l’astronome arabe Muhammad al-Fazari, au VIIe siècle, cité par Al-Mas'ûdî dans son ouvrage Muruj adh-dhahab (Les prairies d'or). Il y parle du « Ghana, pays de l’or »[2].

Al-Bakri, dans sa Description géographique du monde connu écrite au XIe siècle, précise que « Ghana est le nom que portent les rois de ce peuple ; le nom de leur pays est Awkar »[3]. Cependant, dans le texte, il utilise systématiquement le terme de Ghana pour évoquer le pays. Les européens et occidentaux ont, de la même façon, généralisé l'appellation « empire du Ghana » en référence au titre du roi. Le terme de Ghana, viendrait du sonninké nwana signifiant « héros ». Les habitants du royaume et de l'empire, employait quant à eux, selon la tradition orale, le terme de « Wagadou » (ou « Ouagadou »). Le terme Wagadou signifie « ville des troupeaux » ; le mot dou est un terme de la langue Mandé qui signifie « ville » et que l'on retrouve dans nombre de lieux d'Afrique de l'Ouest (telle la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou); le mot waga signifie approximativement « troupeau ».

Évolution de l'empire[modifier | modifier le code]

Les origines du royaume[modifier | modifier le code]

Deux thèses existent sur les origines du royaume de Wagadou, qui deviendra plus tard un empire.

Selon la tradition orale ouest-africaine, le Wagadou, noyau de l'empire aurait été fondé vers le IIIe siècle av. J.-C. et une population armée venu de l’Est et conduite par un dénommé Dinga Cissé.

Selon les sources médiévales rédigées par des chroniqueurs arabophones, le royaume aurait été fondé par les Soninkés, peuple animiste vivant à la limite sud du Sahara. Le royaume de Ghana s’agrandit par la suite pour devenir un empire en dominant les dirigeants des chefferies situées aux alentours.

D’après le « Tarikh es-Soudan », "histoire du Soudan" en français, le Ghana aurait été fondé au IIIe siècle par le peuple noir de cultivateurs, les Soninkés. En 734, les premiers arabo-berbères pénètrent au Ghana, où les souverains soninkés sont au pouvoir. L’occupation du Maghreb par les Arabes favorise le trafic de l’or et des esclaves entre le Ghana et le Sijilmassa, et du même coup, son expansion et sa richesse.

Vers l'apogée, sous la dynastie des Cissé Tounkara[modifier | modifier le code]

Carte des principales routes du commerce transsaharien entre l'an 1000 et 1500. Les principales régions aurifères sont indiqués en marron.

Mais à la fin du VIIIe siècle un soninké légendaire, le roi du Wagadou Kaya Magan Cissé[4] refoule les étrangers berbères. Au début du règne du premier souverain des Cissé Tounkara, son royaume ne s’étend que sur le Wagadou et sur l’Awkar (ou Aoukar), mais quelques années plus tard, il réalise l’unité de tous les Soninkés.

Ghâna est le nom que porte le souverain. Ce terme viendrait du soninké nwana signifiant héro. Il est aussi appelé Kaya-Maga (ou plus précisément Kanηe Mahan). Mahmud Kati dans son Tarikh el-fettach livre une explication étymologique précise de terme qui signifierait en soninké « roi de l’or » ou « maître de l’or »[5]. En effet, dans cette région, les pépites sont considérées comme maléfiques et seul le roi a le pouvoir d’en conjurer le sort.[réf. nécessaire] Pour Charles Monteil, il s'agit d'une interprétation erronée. Pour lui le terme de "Kaya Magan" signifierai "grand chasseur"[6] ».

L’or est étroitement lié à la naissance et à l’importance du Ghana. La généralisation de l’utilisation du dromadaire à partir de la fin du IIe siècle facilite les liaisons avec l’Afrique du Nord. Le « pays de l’or » correspond aux régions aurifères du Bambouk et du Bouré, sur laquelle s’étend l’autorité des souverains du Ghana, dont la capitale a été localisée à Koumbi Saleh, au sud de l’actuelle Mauritanie.

À la fin du IXe siècle, les souverains de Ghana étendent leur autorité à l’ouest sur la région aurifère du Galam et sur le Tekrour, à proximité de Djenné et de Tombouctou, et au nord sur certaines tribus berbères du Sahara.

Au Xe siècle, les Berbères d’Aoudaghost se révoltent contre l’autorité du tounka (roi) de Ghana, qui est mis à mort par le chef des insurgés. Vers 990, un successeur du roi de Ghana assassiné s’empare du royaume d’Aoudaghost, qui est placé sous l’autorité d’un fonctionnaire.

L’apogée du Ghana se situe au XIe siècle. Le pays est richissime. La fédération de royaumes s’est peu à peu centralisée autour du roi, détenteur de tous les pouvoirs religieux, militaires et judiciaires. La capitale du royaume, Koumbi Saleh, peuplée de 20 000 habitants[réf. nécessaire], est partagée entre les musulmans et les Soninkés, animistes.

Le déclin[modifier | modifier le code]

Etats successeurs de l'empire du Ghana.jpg

Le Royaume du Ghana se trouve affaibli par la poussée des musulmans Sahariens Almoravides (XIe siècle) et la destruction partielle de Koumbi Saleh (1076) mais c'est surtout la sécheresse liée à une exploitation intensive des ressources forestières qui conduit à la dispersion des Soninkés (selon la légende, cette sécheresse est liée à la mort du serpent Bida).

Le royaume du Ghana décline alors progressivement : les royaumes de Diarra, de Sosso, du Mali acquièrent leur indépendance et le vaste empire du Ghana ne se limite bientôt plus qu'à son noyau originel, le petit royaume du Ouagadou[1].

Soumaoro Kanté, à la tête du royaume de Sosso, s'empare du Ghana en 1203. Il perd définitivement son indépendance après son intégration dans l’Empire du Mali de Sundjata Keïta après 1240.

Organisation de l'empire à son apogée[modifier | modifier le code]

Succession et funérailles du roi[modifier | modifier le code]

La succession du Ghana se faisait de manière matrilinéaire : le successeur du roi était ainsi le premier fils de sa sœur[7] préservant ainsi avec certitude la lignée familiale. Car, comme l'écrit Al-Bakri, les habitants du Ghana pensent que "le souverain a la certitude que son neveu est bien le fils de sa soeur; mais il ne peut pas être assuré que celui qu'il regarde comme son propre fils le soit en réalité"[8]. Dans la langue wolof cette sœur est appelée Linguère. Sa première fille devient Linguère impériale à son tour.

Al-Bakri écrit que lorsque le roi décèdait, un grand dôme était construit en bois, à l'endroit qui allait servir de tombeau, au sein duquel le cadavre était placé sur un grand canapé garni de coussins et tapis. Les parures, les armes, les plats et les tasses qu'il avait utilisés étaient placés à côté du corps, ainsi que des mets et des boissons. Plusieurs des cuisiniers et fabricants de boissons étaient également enfermés au sein du dôme. L'édifice était alors recouvert de nattes, de toiles, et enfin de terre jusqu'à faire du dôme une colline. Un fossé était creusé tout autour du cette colline, ne laissant qu'un passage d'accès unique[9].

Organisation religieuse[modifier | modifier le code]

L'animisme était la religion officielle. Les habitants de l'empire du Ghana avait pour adoration le serpent Bida.

L'islam était également toléré et pratiqué par de nombreux étrangers du Maghreb et par quelques autochtones. Kan Mer, fils de l'empereur Bessi, se convertit à l'islam[1]. Al-Bakri précise d'ailleurs que l'intendant du trésor était systématiquement choisi parmi les musulmans, tout comme l'étaient la plupart des ministres[10]. Selon ces écrits (mais également ceux, plus tardifs, d'Ibn Battûta et d'Ibn Khaldoun) les animistes devaient se mettre à genoux et s'asperger la tête de poussière. En revanche, les musulmans saluaient quant à eux le roi en battant des mains[11].

La capitale Koumbi Saleh était constituée de deux quartiers : l'un animiste, l'autre musulman possédant 12 mosquées[12].

La capitale Koumbi Saleh[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Koumbi Saleh.

L'organisation de la capitale a été décrite par Al-Bakri à partir de récits qu'il aurait collecté auprès de voyageurs et de marchands. Il écrit ainsi que " Ghâna se compose de deux villes situées dans une plaine[13]. Celle habitée par les musulmans est très grande et renferme douze mosquées, dans une desquelles on célèbre la prière du vendredi. (...) Dans les environs se trouvent plusieurs puits d’eau douce, qui fournissent la boisson des habitants et auprès desquels on cultive des légumes."

« La ville habitée par le roi est à six milles de celle-ci et porte le nom d'El Ghaba "la forêt, le bocage". Le territoire qui les sépare est couvert d’habitations. Les édifices sont construits avec des pierres et du bois d’acacia. La demeure du roi se compose d’un château et de plusieurs huttes aux toits arrondis et le tout est entouré d'une clôture semblable à un mur."

« La ville du roi est entourée de huttes, de massifs d’arbres et de bocage, qui servent de demeures aux magiciens de la nation, chargés du culte religieux ; c’est là qu’ils ont placé leurs idoles et les tombeaux de leurs souverains. Des hommes préposés à la garde de ces bois empêchent qui que ce soit d’y entrer ou de prendre connaissance de ce qui s’y passe. C’est là aussi que se trouvent les prisons du roi[14]

Le site archéologique de Koumbi Saleh a été découvert en 1914 par Bonnel de Mezière. Il a fait l'objet de fouilles en 1939, par Thomassey, Mauny et Lazartigues, puis de nouveau en 1960 par Serge Robert et Sophie berthier. Il a été inscrit en 2001 à la liste indicative de L'Unesco[15].

Armée[modifier | modifier le code]

Selon Al-Bakri, l'armée du Ghana était composée de 200 000 guerriers, dont plus de 40 000 archers[16]. Elle était composée de la garde impériale, mais également de nombreux hommes issus des territoires vassaux. Il y avait des cavaliers (les chevaux y étaient "d'une très petite taille") ainsi que des chameliers berbères[17].

Justice[modifier | modifier le code]

Selon Al-Boukri, le tribunal royal était situé dans le quartier animiste de Kombi Saleh où résidait le roi. Les prisons du roi étaient situées dans les bois de ce même quartier. Il y précise que "dès qu'un homme y est enfermé, on n'entend plus parler de lui"[10].

Toujours selon Al-Boukri, le roi donnait régulièrement des audiences au peuple afin d'en écouter les griefs et d'y remédier. Pour cela, dit Al-Boukri, "il s'assied dans un pavillon autour duquel sont rangés 10 chevaux couverts de caparaçons d'or; derrière lui se tiennent 10 pages portant des boucliers et des épées montées en or; à sa droite sont les fils des princes de son empire, vêtus d'habits magnifiques et ayant les cheveux tressés et entremêlés avec de l'or. Le gouverneur de la ville est assis par terre devant le roi, et tout autour se tiennent les vizirs dans la même position. La porte du pavillon est gardée par des chiens d'une race excellente, qui ne quittent presque jamais le lieu où se trouve le roi; ils portent des colliers d'or et d'argent, garnis de grelots des mêmes métaux. L'ouverture de la séance royale est annoncée par le bruit d'une espèce de tambour, qu'ils nomment deba , et qui est formé d'un long morceau de bois creusé. Au son de cet instrument le peuple s'assemble"[18].

La justice était régulièrement rendue avec l'épreuve de l'eau. Al-Boukri écrit ainsi que "l'homme qui nie une dette, qui est accusé de meurtre ou de tout autre crime, est amené devant le prévôt, qui prend un morceau très mince d'une espèce de bois, dont le goût est âcre et amer; il le fait infuser dans autant d'eau que cela lui plaît, et il oblige l'accusé d'en boire. Si l'estomac de cet homme rejette le breuvage, on reconnait que l'accusation est mal fondée; si au contraire la liqueur y reste, on regarde le prisonnier comme coupable"[19].

Les différents souverains au cours du temps[modifier | modifier le code]

Rois de Awkar[modifier | modifier le code]

"Ghanas" du Wagadou[modifier | modifier le code]

  • Majan Dyabe Cisse ou Dinga Cisse : 750 approx.
  • Ghanas aux noms inconnu : aprox. 750-1040
  • Bassi : 1040-1062
  • Menin : 1062-1076

Occupation Almoravide[modifier | modifier le code]

"Ghanas" du Wagadou[modifier | modifier le code]

Dynastie des Diarisso :

  • Kambine Diaresso : 1087-1090
  • Suleiman : 1090-1100
  • Bannu Bubu : 1100-1120
  • Majan Wagadou : 1120-1130
  • Gane : 1130-1140
  • Musa : 1140-1160
  • Birama : 1160-1180

Occupation Kaniaga[modifier | modifier le code]

  • Diara Kante : 1180-1202
  • Soumaba Cisse, vasal de Soumaoro Kante : 1203-1235

Aliance avec l'empire du Mali[modifier | modifier le code]

  • Soumaba Cisse allié à Sundjata Keita : 1235-1240

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c "Manuel d'histoire 8e année", Éditions Jamana, 2008, pp 23-24, ISBN 2-915032-02-5
  2. « The Cambridge History of Africa Volume 2 : From c.500 BC to AD 1050, p651 », sur GoogleBooks (consulté en 10 mai 2013)
  3. Al-Bakri, Description géographique du monde connu (lire en ligne), p. 381
  4. (ou : Kaya Magan) Gravrand, Henry, "La civilisation Sereer, Cosaan : les origines", Nouvelles Éditions africaines, 1983, pp 75-76, ISBN 2-7236-0877-8
  5. « p75 de la traduction de "Tarikh el-Fettach" », sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
  6. (fr) Monteil, Charles, "Mythe de Wagadou" [in] Bulletin de IFAN, no XXIX, B, 1-2, pp 134-149, Dakar, 1953, [in] "Les épopées d'Afrique noire", p 84, KARTHALA Éditions (2009), (ISBN 2811131418) [1]
  7. Villages de l’ancien Tekrour Par Bruno A. Chavane - page 38 Comparaison entre le Wagadou et le Tekrour - L'usage et les règlements exigent que le roi ait pour successeur le fils de sa sœur
  8. « p382 de "Description de l'Afrique septentrionale" de Al-Bakri(numérisation), extrait de "Description géographique du monde connu" », sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
  9. « p385 de "Description de l'Afrique septentrionale" de Al-Bakri(numérisation), extrait de "Description géographique du monde connu" », sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
  10. a et b « p383 de "Description de l'Afrique septentrionale" de Al-Bakri (numérisation), extrait de "Description géographique du monde connu" », sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
  11. « p384 de "Description de l'Afrique septentrionale" de Al-Bakri (numérisation), extrait de "Description géographique du monde connu" », sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
  12. « p382 de "Description de l'Afrique septentrionale" de Al-Bakri (numérisation), extrait de "Description géographique du monde connu" », sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
  13. Par Ghana, Al-Bakri évoque en fait ici précisément la capitale Koumi-Saleh. Les deux villes dont il parle sont les deux communes qui la composent.
  14. « pp. 382-383 de "Description de l'Afrique septentrionale" de Al-Bakri (numérisation), extrait de "Description géographique du monde connu" », sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
  15. « Site archéologique de Kumbi Saleh », sur http://whc.unesco.org/ (consulté en 13 mai 2013)
  16. « p387 de "Description de l'Afrique septentrionale" de Al-Bakri (numérisation), extrait de "Description géographique du monde connu" », sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
  17. "Manuel d'histoire 8e année", Éditions Jamana, 2008, p.26, ISBN 2-915032-02-5
  18. « pp 383-385 de "Description de l'Afrique septentrionale" de Al-Bakri (numérisation), extrait de "Description géographique du monde connu" », sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)
  19. « p.391 de "Description de l'Afrique septentrionale" de Al-Bakri (numérisation), extrait de "Description géographique du monde connu" », sur Bnf (consulté en 11 mai 2013)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]