Gétules

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Les Gétules (en latin : Gaetuli) est le nom d'un ancien peuple établi en Afrique du Nord[1] durant la protohistoire.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Gétules sont apparus en Afrique du Nord au cours du IIIe millénaire av. J.‑C.. Ils s'établissent sur un large territoire au sud des provinces romaines d'Africa et de Maurétanie[2].

Selon l'historien Jehan Desanges, le terme « Gétules » désignerait plus un mode de vie qu'un peuple précis et homogène, preuve de la « grande souplesse onomastique » (Yves Mondéran) des peuples berbères dans les sources romaines mais aussi de la réalité du terme qui n'est ni ethnique, ni politique.

Le peuple gétule, descendant direct de la branche de la civilisation capsienne ayant émigré au Sahara vers 3000 av. J.-C. est certainement le peuple qui a dominé de la façon la plus certaine l'Algérie durant les 1500 ans de son antiquité. Ils étaient selon l'historien grec Strabon le peuple le plus nombreux d'Afrique du Nord, mais également le moins connu.

Parmi les plus anciennes références aux Gétules, ce sont vraisemblablement celles des Carthaginois qui indiquent que le prince des Gétules proposa d'épouser Élyssa (ou Didon pour les Romains), la reine fondatrice de Carthage (actuelle Tunisie) vers l'an 815 av. J.-C..

Toutefois, des références en Égypte ancienne de certaines tribus gétules remontent jusqu'à 1350 av. J.-C. environ sous le règne d'Akhénaton de la XVIIIe dynastie qui parlent de commerce de bétail avec ce peuple. Les Gétules sont probablement à l'origine également du calendrier berbère qui commence vers 943-949 avant J.-C. Le début de ce calendrier ferait suite à la victoire d'une coalition de Gétules sur les Égyptiens. Cette coalition, formée par les tribus gétules d'Afrique du Nord est partie du sud-ouest algérien, renforçant ses effectifs en cours de route partout où elle passait en Afrique du Nord. La coalition dirigée par Sheshonq (nom berbère : Sheshnaq) a vaincu le pharaon Psousennès II. À la suite de cette victoire Sheshnaq épouse la fille du pharaon, s'installe sur le trône d'Égypte sous le nom de Sheshonq en 952 avant J.-C., et fonde ainsi la XXIIe dynastie. Il installe sa résidence à Busbatis, et détache tout de suite des régiments à Fayoum, une ville où plusieurs unités guerrières égyptiennes sont basées. Ces dernières se rallient finalement à lui le confirmant ainsi sur le trône. Sheshnaq aurait poursuivi ensuite sa percée vers le Moyen-Orient après avoir renforcé de cette façon sa coalition en Égypte, il se mit à conquérir plusieurs territoires en Syrie, Palestine, Phénicie (actuel Liban) et dans le royaume d'Israël où il s'empare de Ghaza et pille Jérusalem. Cet événement est mentionné dans l'Ancien Testament qui évoque le pillage de ce chef gétule de la tribu des Machaouach.

Remarquables cavaliers, les Gétules sont des nomades qui se concentrent dans les oasis du Sahara central algérien. Il est probable que les Gétules ont découvert le cheval par le biais des Égyptiens, qui l'ont eux-mêmes découvert par le biais des peuples d'Asie centrale. Il est également probable que, contrairement à leurs ancêtres Capsiens, les Gétules furent poussés à suivre un lent flux migratoire vers le Nord à cause de la désertification progressive du Sahara et de leur pression démographique. En tout état de cause au fil des siècles les Gétules développent une cavalerie efficace, et deviennent nomade, migrant du Sahara vers le Nord de l'Afrique en suivant deux routes principales. L'une est celle des Gétules orientaux qui les mène vers Chella, l'actuelle Salé au Maroc, et l'autre est la route vers Madaure (actuelle Mdaourouch, à l'est de l'Algérie département de Souk Ahras). Les Gétules concentrés autour de ce qui est aujourd'hui les territoires des Nememchas dans l'actuel Souk Ahras et Tébessa sont le premier peuple nomade en Algérie à remonter du désert vers le Nord en exerçant une pression sur leurs occupants. Les Gétules pasteurs nomades et guerriers se sont longtemps contentés de mener des razzias contre les populations sédentarisées du Nord.

Lorsque la Première Guerre punique éclate en 264 av. J.-C. le général carthaginois Hannibal Gisco les engage comme mercenaires. La principale raison est que la marine carthaginoise est dans un état si lamentable qu'Hannibal décide de prendre la route des colonnes d'Hercule. Pour cela, il engage la cavalerie gétule qui se révèle non seulement apte à traverser l'Afrique du Nord, mais aussi d'une efficacité redoutable dans les campagnes d'Hannibal sur le continent européen, à commencer par ses campagnes en Ibérie.

Deux siècles plus tard, les Gétules ont acquis une grande expérience guerrière, mais surtout développé l'art de négocier leurs services comme mercenaires. C'est alors qu'en 107 av. J.-C. le roi numide Jugurtha, combattant l'armée romaine, fait à son tour appel à eux. Avant d'accepter, ces derniers proposent à Rome un autre contrat et c'est le consul Marius qui offre à ces derniers la promesse de terres numides ainsi que la citoyenneté romaine, ce qui a pour effet de rallier les Gétules. En 103 av. J.-C., Jugurtha est vaincu. Les Gétules obtiennent alors la citoyenneté romaine en grand nombre et de grandes propriétés confisquées aux Numides défaits. Rome qui cherche à profiter de cette opération offre aux Gétules des terres en bordure de la Maurétanie pour consolider leur frontière.

La sédentarisation soudaine des Gétules sur les terres confisquées n'est pas facilement acceptée par les populations numides défaites. Les Gétules continuent de soutenir les Romains pendant près d'un siècle pour écraser les révoltes populaires, allant jusqu'à participer en 19 av. J.-C. à la répression d'une révolte aux côtés de Lucius Cornelius Balbus Minor. Cette révolte enflamme toute l'Afrique du Nord de la Maurétanie à la Cyrénaïque en passant par les territoires garamantes au Sahara et numides dans le Nord, mais Balbus et ses alliés gétules réussissent à l'écraser.

Après un siècle de sédentarisation, la pratique de la cavalerie gétule finit par disparaître, et le peuple gétule avec elle. La distribution des terres éparpille la population, et sa sédentarisation contribue à la disparition de sa cavalerie. Le peuple gétule se fond ainsi dans les populations du nord de l'Algérie. Rome réussit de cette manière son objectif en amadouant les Gétules et en les poussant à la disparition par la sédentarisation, car il ne fait aucun doute que les Gétules constitueraient une menace sérieuse pour la colonisation romaine au Maghreb, et ce particulièrement à ses frontières sud. À partir de l'an 250 après J.-C. environ, plus aucune référence n'existe au sujet de la culture et du peuple gétule.Selon l'historien Jehan Desanges, le terme « Gétules » désignerait d'ailleurs plus un mode de vie qu'un peuple précis et homogène, preuve supplémentaire de la « grande souplesse onomastique » (Yves Mondéran) des peuples berbères dans les sources romaines mais aussi que la réalité du terme n'est ni ethnique, ni politique.


On a pu parler à propos des Gétules de petit nomadisme selon Gabriel Camps [3], car ils sont présents sur de vastes régions du nord-ouest de l'Afrique, au sud de la Numidie et de la Maurétanie, durant l'Antiquité et l'occupation romaine de l'Afrique. Strabon[4] en fait des voisins méridionaux des Garamantes.

En l'an 6 de notre ère, ils se révoltent contre Juba II et semblent soutenir les Romains dans la guerre qui les oppose à Jugurtha. Virgile fait d'ailleurs de leur roi - légendaire ? - Iarbas et de ses hommes les représentants d'un peuple de guerriers redoutables[5] et Strabon les qualifie de « plus puissante des nations lybiques »[4]. La colonie de Madaure fut fondée, à en suivre Apulée, pour surveiller ces populations.

L'auteur romain Pline l'Ancien, mentionne la puissance de deux tribus gétules : les Baniurae et les Autotoles (parfois nommés Autololes ou Galaules).

Les Baniurae occupent la vallée du Sébou et menacent la colonie romaine de Banasa, non loin de l'actuel Sidi Kassem de l'actuel Maroc. Les Autololes sont originaires de la vallée de l'actuel oued Bou Regreg de l'actuel Maroc. Pline l'Ancien les décrit comme des barbares particulièrement dangereux et toujours prêts à piller. Salluste, dans son œuvre La Guerre de Jugurtha, les présente avec les Libyens antiques comme « rudes, grossiers, nourris de la chair des fauves, mangeant de l'herbe comme des bêtes ».

Le pays des Gétules est connu dans les sources latines pour sa pourpre[6] et ses fauves[7].

Origine[modifier | modifier le code]

Selon le chercheur Émile Félix Gautier les Zénètes pénètrent au Maghreb, à la fin de l'Antiquité, et leur migration se concrétise vers le Ve siècle, tandis que Gabriel Camps prétend que Les Zénètes prennent la place des Gétules[8] et distingue les Gétules des Numides et des Maures.

Mais, les chercheurs de l'époque coloniale en Algérie n'ont pas approché les Zénètes et ils n'ont pas vu la dimension linguistique du peuple Zénète, selon Rachid Bellil[9]. Quelques rares travaux sur la linguistique berbère révèlent l'importance de l'origine berbère des Zénètes. Et, selon Ibn Khaldoun et d'autres historiens contemporains les Zénètes n'ont pas fait une immigration au Ve siècle et pensent donc que les Zénètes font partie des plus anciennes tribus berbères[10].

L'historien Ernest Mercier désigne les Gétules par les deux confédérations berbères Zénètes[11] et Sanhadja[11]. Léon l'Africain ajoute aux Zénètes et aux Sanhadja les Houaras, les Goumara, les Masmoudas dans la liste des tribus Gétules[12].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Histoire ancienne de l'Afrique du Nord. Tome V. Stéphane Gsell. Librairie Hachette. 1927.
  2. L'Afrique et son environnement européen et asiatique. Jean Jolly. L'Harmattan. 2008. Cartes pages 14 à 23.
  3. Berbères. Aux marges de l’histoire, Gabriel Camps, Toulouse, 1980.
  4. a et b Strabon, Géographie, XVII, 3, 19
  5. Énéide, IV - 36, 40, 196ss et 326
  6. Ovide, Fastes, II,319
  7. Énéide, V,352
  8. Berbères : aux marges de l'histoire. Par Gabriel Camps. Publié par Éditions des Hespérides, 1980. page 128
  9. Les oasis du Gourara (Sahara algérien) : Le Temps Des Saints. Par Rachid Bellil, Institut national des langues et civilisations orientales Centre de recherche berbère. Édition : illustrated. Publié par Peeters Publishers, 1999. ISBN 9042907215
  10. Les oasis du Gourara (Sahara algérien), Rachid Bellil, p. 66
  11. a et b Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'à la conquête française (1830). Paris. Édition Ernest Leroux, Tome I, Page 44
  12. Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'à la conquête française (1830). Paris. Édition Ernest Leroux, Tome I, Page 182 ( note de page)

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • G. Camps, « Gudâla/Guezula », dans Encyclopédie berbère, vol.21 (Edisud 1999), p.3223-3224
  • J. Desanges, « Gétules », dans Encyclopédie berbère, vol.20 (Edisud 1998), p.3063-3065
  • Yves Moderan, « Les Maures et l’Afrique romaine (IVe ‑ VIIe siècles) », Paris, É.F.R, 2003.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]