Figuig

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Figuig
فجيج
ⵉⴼⵉⵢⵢⵉⵢ (Ifiyyey)
فكيك
Vue de Figuig
Vue de Figuig
Administration
Pays Drapeau du Maroc Maroc
Province Figuig
Code postal 61000
Démographie
Population 12 516 hab.
Géographie
Coordonnées 32° 06′ 00″ N 1° 14′ 00″ O / 32.1, -1.23333332° 06′ 00″ Nord 1° 14′ 00″ Ouest / 32.1, -1.233333  
Altitude 900 m
Divers
Site(s) touristique(s) Gravures rupestres de la région de Figuig
Localisation

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Figuig

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Liens
Site web http://www.ville-figuig.info

Figuig, فجيج ou فكيك en arabe, ou Ifiyyey en berbère (ⵉⴼⵉⵢⵢⵉⵢ en caractères tifinagh) est une ville située à l'extrême-est du Maroc, à la jonction entre les hauts plateaux et le nord du Sahara, à quelque 368 km au sud de Oujda et à 7 km de la ville algérienne de Beni Ounif. Elle est cernée de trois côtés par l'Algérie. La frontière entre les deux pays est, pour le moment, fermée. La ville-palmeraies est nichée au cœur d'un cercle de petites montagnes qui forment une sorte de corolle de fleurs tout autour d'elle. Les dattes satisfaisaient aux besoins premiers des habitants jusqu'à la perte d'immenses territoires dans et au-delà de la corolle. Son climat est de type semi aride méditerranéen, à aride; mais l'intérieur de l'oasis forme un microclimat très contrasté avec les territoires environnants. Malgré son ancienneté et sa beauté, elle reste isolée et manque d'infrastructures.

Figuig connut l'existence d'une ébauche d'université sous l'impulsion de Abdeljabbar el Figuigui puis de son fils, Mohammed Ben Abdeljabbar el Figuigui au XVe siècle, au sein de laquelle étaient enseignés l'algèbre et la théologie islamique. Son autre fils, Ibrahim Ben Abdeljebbar El figuigui, est connu pour avoir composé ce que certains considèrent comme le premier recueil de cynégétique moderne: Rawdat Al soulwan (Le jardin de consolation).

Étymologie[modifier | modifier le code]

Son nom proviendrait du mot arabe fejj (col) selon beaucoup d'historiens. Cette version est contestée par la majorité des chercheurs en langues berbères. Mais ces derniers allaient contre l'orthodoxie des recherches arabisantes qui, elles, avaient tendance à tout faire entrer dans le moule de la langue pour des raisons idéologiques. En fait, pour les autochtones de Figuig, le nom de la ville est Ifiyyey; et non pas Fijij, Figuig, ou Fikik, non-plus. Même si l'on voulait faire remonter le nom berbère au mot arabe, il y aurait plusieurs invraisemblances dans le chemin[1]. Une version parmi d'autres, qui paraîtrait assez consistante, est que le mot proviendrait tout simplement du verbe berbère afey (courir). À Figuig, on parle plutôt de ajenna n Ifiyyey (le dessus de Figuig) et de attay n Ifiyyey (le bas de Figuig). Cela ferait penser, logiquement, que "Ifiyyey" n'est, ni plus ni moins, que la falaise au milieu de la ville. Et comme une falaise oblige les hommes à courir ou précipiter le pas en la descendant, on aurait appelé l'endroit Ifiyyey. L'adjectif tiré du verbe afey étant ifyey, le substantif qui en est tiré est automatiquement Ifiyyey selon la grammaire berbère locale. La forme Ifeggeg est possible dans d'autres dialectes berbères, puisque le figuiguien se dit une variante en -ey à la place de -eg, d'où probablement le mot figuig comme compression de Ifeggeg, afeggeg, oufeggeg, ou autre; les voyelles ne changeant pas tellement le sens d'un mot chez les Berbères. Deux termes viennent étayer cette version : les mots Azrou et Imouzzar qui désignent deux chemins praticables le long de la falaise. Ces deux mots auraient pour origine linguistique le verbe berbère zzar (devancer, aller en premier). Azrou, prononcé sans emphase de la lettre « z », serait un substantif. Donc une piste de course ou, plus précisément, un raccourci. Le mot Imouzzar serait un autre substantif désignant la même chose; avec la nuance que, cette fois-ci, c'est pour des courses qui se feraient à plusieurs. Imouzzar est tiré d'une déclinaison du verbe ezzar en mmezzar, qui en est une forme intransitive et réfléchie (mutualité de l'action : se faire la course). Elle prend alors le sens de faire la course, forcément, contre quelqu'un. Cependant, la forme Azro, dans sa vraie prononciation actuelle, avec un « z » emphatique, et un "o" grave, serait plutôt tiré de la racine zer ( Emphase du Z)(Synonyme de voir, rendre visite, visiter). Ce qui donnerait au mot, vue l'endroit, le sens de perchoir, de promontoire, ou de belvédère, tout court. Soit, encore une allusion à l'escarpement géographique de l'endroit.

Organisation[modifier | modifier le code]

La ville est formée actuellement de sept ksours, qui sont :

  • Zenaga (Iznayen, iznaguen : isen'hajen. les sen'haja, ou Sanhadja) ;
  • Loudaghir (At Addi : addi est un nom propre) ;
  • Laâbidate (At ennej : ceux d'en haut) ;
  • Oulad Slimane (At Slimane : nom propre) ;
  • Hamam Tahtani (At wadday : ceux d'en bas) ;
  • Hamam Foukani (At Amer : nom propre) ;
  • El Maïz (At Lemaïz: probablement le nom d'une montagne aux environs).

Ce sont d'anciens groupes de population qui étaient totalement autonomes dans leurs ksours éparpillés le long de l'oued Zouzfana. Chacune avait ses propres lois et coutumes. Puis à l'époque de la grande invasion des tribus arabes chassées par les Fatimides de l'Égypte, tous les anciens ksars se sont regroupés à l'endroit actuel, pour mieux se défendre et garder leur caractère culturel et politique.

Ajouté à cela, il y a la Zaouia de Sid Cheikh, connue localement sous le nom d'Aït Wajdal ou de Sidi Abdelkader Mohammed, une tribu de marabouts d'origine arabe qui avait bien implanté son pouvoir moral dans tout le sud oranais depuis quelques siècles, principalement chez les tribus des Laamours de l'ouest (Gherarba), notamment Ch'aamba, et les berbères des oasis. Le plus connu de la tribu est un natif de Figuig : le Cheikh Bouhamama (Bou'amama), qui a combattu les Français dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Cette tribu a des membres dans tous les ksours, en plus des lieux saints qui sont parfois en dehors des agglomérations.

Deux anciens ksours, aujourd'hui disparus, étaient :

  • le ksar d'aït Meh'rez, dont on peut encore voir les ruines, tout près du village administratif, au lieu-dit 'Tasqaqt n ouydi' (Ruelle du chien); à la limite nord de ce qui est, actuellement, le collège: Sidi Abdeljebbar.
  • le ksar d'aït Jaber, dont les ruines sont visibles tout près du lieu-dit Ajdir (Monticule, en français), la zone de partage des eaux de Tzadert (Menaçante d'effondrement, en Français): La source qui était la cause principale des conflits du début de l'ère moderne.

Leurs populations étaient en majorité des nouveaux venus à Figuig, à la suite des guerres de succession des sultans alaouites. Ces populations, meh'erzis, s'étaient opposées à Moulay Rachid qui les avaient pourchassé dans tout le sud-est du Maroc. Une partie d'eux est arrivées à Figuig. Ils avaient, donc, conclu un pacte de l'amane (pacte d'accueil et de défense mutuelle très courant dans les sociétés musulmanes de l'époque) avec le ksar Zenaga. À la suite de Moulay Rachid, Moulay Ismael s'allia avec les ouled Jaber, toujours pour museler la résistance des ouled Meh'rez dans le sud-est marocain. Le ksar meh'rez finit par être détruit; avec l'aide du ksar Loudaghir. Par la suite, le ksar des ouled Jaber fut détruit par les Zenagas.

Les populations de ces ksours sont réparties aujourd'hui, par ordre d'importance, entre Zenaga, Loudaghirs, Laabidate, et Aït Lamaïz.

Démographie[modifier | modifier le code]

Pierre tombale du cimetière juif de Figuig

La population est constituée majoritairement de berbères, notamment des tribus de Senhaja (Zenaga) (berbères du sud) et des Zenata (berbères du nord) et des tribus arabes nomades de Beni Hilal et Beni Selim. Les arabes de Figuig sont tous berbérisés. À part les familles non Figuigui; à savoir, celles qui se sont stabilisé à Figuig récemment parmi les tribus Laamours, surtout, et celles des employés affectés à Figuig; tous les habitants parlent berbère, y compris les familles chourafas, d'origine arabe pourtant. Une importante composante de noirs berbères d'origine, ou ayant fait patie de l'armée Alboukhari du sultan alaouite Moulay Ismail ou de celle de Yacob al Mansour Almohades, ou probablement issue de la traite des noirs, est à signaler à Figuig.

Les Juifs ont, eux, tous quitté la ville vers la France, les grandes villes du Maroc ou Israël, avant l'indépendance du Maroc. La ville de Figuig possède deux anciens cimetières juifs. Ils sont abandonnés à ce jour. Celui de Zenaga étant mieux préservé que celui de Ouled Sliman, qui a perdu son enceinte.

Les chourafa ou chérifiens ont toujours eu un ascendant administratif et religieux, dont la jurisprudence. Aux berbères revenaient l'agriculture et le commerce caravanier. Les minorités noires et juives s'occupaient, elles, surtout de l'artisanat.

Histoire[modifier | modifier le code]

La présence humaine est attestée dans la région de Figuig depuis l'Antiquité par de multiples sites de gravures rupestres le long du parcours de Zouzefana. C'est le Figuig de la littérature coloniale qui englobait tout le bassin de l'oued. Pour l'anecdote, la nomination Zouzfana proviendrait vraisemblablement d'une princesse ou notable de la période romaine nommée Josephina. Il est plus probable qu'il viendrait du nom Sidi Youssef dans sa version romanisée, Joseph; qui serait rattaché au suffixe ine (in aux masculin) pour l'appartenance, ce qui signifierait: la vallée de Joseph; à moins que ce ne soit vraiment une femme qui est enterré au lieu-dit Tamezzought. Mais, il n y a aucune étude sur le sujet, d'autan qu'il y a beaucoup de lieux datant de la période anté-islamique et qui seraient sacralisés comme marabouts dans le Grand Maghreb. Les gravures dont il est question dans ce paraghraphe, ne laissent aucun doute sur l'identité des populations qui ont habité la région depuis, à savoir les Berbères. Elles sont composées d'images d'animaux parsemées de mots ou de signes en caractères Tifinagh. Les sites connus jusqu'à maintenant sont ceux de Tadrart n Hammou Hakkou Cheda (col de Zenaga), Ighzer Acherquiy, et El Arja[2].

La période suivante manque cruellement de documentation dans l'histoire officielle. On ne peut que se fier à la mémoire collective et à l'approche ethnologique pour espérer retrouver des informations dignes de ce nom. Ce qui pourrait aider à reconstituer une vraie histoire des Berbères dans la région. Les histoires suggèrent souvent des sociétés bien organisées sur un modèle matriarcal fort jusqu'à l'arrivée de l'islam. Dans le conte Leïla d Amar(Leïla et Amar), Leïla a tué 99 hommes et son amour Amar. Dans celui de Lalla Mehaya (L'altesse Mehaya), Mehaya a fini par percer un trou dans la montagne juste avec ses cheveux enduits de henné, et enfin, dans ceux de Mamma Tamza (l'Ogresse ou la Lionne, matriarche) c'est-elle la plus forte. L'ogre, lui, est souvent présenté comme un personnage dénué de toute forme d'intelligence. Il fait figure d'idiot.

L'arrivée de l'Islam dans la région s'est faite sans heurts. Beaucoup d'historiens s'accordent que l'islam a été diffusé dans la région par des autochtones: des moines chrétiens, fort probablement des survivants du manichéisme au Grand-Maghreb, convertis pendant leur pèlerinage à Jérusalem. De ce point de vue aussi, il n'y a pas de textes précis qui confirmerait des faits précis. Ce qui est normal, puisque la société berbère avait déjà oublié l'usage de l'écrit à cause de la domination romaine et vandale.

À part des passages dans les écrits d'Ibn Khaldoun et de Léon l'Africain, et quelques indices sur l'appartenance de Figuig, à un moment de son histoire au Royaume Zianide, on ne connait que peu de choses sur le Moyen Âge dans la région.

Il y a surement eu domination de Figuig par les Saadites sous le Sultan Mohammed El Sheikh es'saadi. Cependant l'époque moderne, à vrai dire, n'a commencé qu'après un bref passage des Turcs d'Algérie (Six mois, précisément). Puis, il y a eu les tentatives d'incursions de la part des sultans Alaouites. Spécialement, Moulay Ismael qui installa les Ouled Jaber. L'autre étant Moulay Slimane, pour une bref période, en 1805[3]. Ce qui a le plus marqué la période, ce sont les conflits sanguinaires déclenchés après la destruction du ksar des Ouled Jaber. Des conflits, pour la domination des sources d'eau, Tzadert tout particulièrement, vers la fin XVIII, début XIXe siècle.

En 1903, les Figuiguis se sont livrés à deux batailles contre les troupes françaises venues d'Algérie. La littérature est, de ce côté-là, abondante. Vaincus lors de la seconde bataille, ils ont dû payer un lourd tribut. Le 16e jour (Tanettaout) du cycle hydrique (Kharouba) vient de là.

La période suivante a été, sciemment et conjoncturellement, dédiée à un encerclement de la zone habitée. D'abord par les Français, qui ont imposé un tracé de frontières qui limita Figuig aux seuls ksars et à l'espace aride qui les sépare de l'oued Zouzfana, le vivrier des habitants. S'ensuivra une période d'« usufruit », accordée aux Figuiguis selon la volonté du colon, et parsemée de périodes plus ou moins longues d'interdictions. Les querelles frontalières algéro-marocaines d'après-indépendance (Guerre des sables en 1963) ont aggravé l'état des choses. Ce qui débouchera à l'automne 1976, sur l'interdiction totale de l'accès à l'oued. Toutes les palmeraies étant laissées à l'abandon par le pouvoir algérien. Elles ont fini par disparaître. Le résultat a été, un fort exode des habitants de Figuig, ceux du côté marocain, vers la France et les grandes villes du Maroc.

Un autre épisode digne d'être cité a été l'expédition punitive des armées de Hassan II en 1973 contre les habitants de Figuig, accusés, à tort ou à raison, de connivence avec la tendance insurrectionnelle/ présumée putschiste, du leader Mohamed Basri (dit le Fqih) au sein de l'union nationale des forces populaires de l'époque (l'USFP actuel).

Climat[modifier | modifier le code]

Situé aux abords du Sahara, le climat qui règne à Figuig est de type désertique. Les températures en été sont très chaudes (jusqu'à 45°) avec des minimales nocturnes et matinales comprises entre 22° et 25°.

La ville est aussi située à proximité des montagnes de l'Atlas, ce qui se traduit par des températures relativement fraîches à froides en hiver comprises entre 10° et 25°. Il peut parfois neiger en hiver (mais cela reste tout de même peu courant).

Des vents violents peuvent se produire, produisant ainsi des tempêtes de sable.

Relevé météorologique de Figuig (alt : 900 m).
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 12,2 10,1 12,7 14,4 15,4 20,1 25,7 23,5 20,2 19,3 17,8 14,4 17,1
Température moyenne (°C) 16,6 15,8 17,1 20,6 23,7 25,2 30,8 27,4 26,6 22,2 20,4 18,8 22,1
Température maximale moyenne (°C) 25,2 23,1 26,7 30,6 35,8 37,3 43,4 40,3 37,9 33,7 30,2 26,6 32,5
Source : Le climat à Figuig, (en °C, moyennes mensuelles) worldweather.org


Personnalités[modifier | modifier le code]

Jumelage[modifier | modifier le code]

Notes et Références[modifier | modifier le code]

  1. . Voir à ce sujet : Maarten G. Kossmann, Grammaire du parler berbère de Figuig, Éd.Peeters, 1997
  2. « Les gravures rupestres dans l'écriture de l'histoire » (version du 5 décembre 2012 sur l'Internet Archive), site officiel de la ville de Figuig
  3. Histoire du Maroc par Jean Brignon, p. 264.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • H. de la Croix de Castries, « Notes sur FIGUIG », Société de Géographie (1882)
  • E.B., « Figuig », Encyclopédie berbère, vol.18, Edisud (1997)
  • L'environnement et le développement de la Palmeraie de Figuig - Actes du colloque 17/22 août 1997- Association ANNAHDA Figuig (ouvrage bilingue français/arabe)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]