Histoire de la Mauritanie

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L'histoire de la Mauritanie commence avec la définition des frontières du pays en 1904 par la France et l'Espagne. Son tracé n'a pas été établi en fonction des populations et par conséquent certaines ont été divisées. Le brassage ethnique a toujours existé en Mauritanie et ses premiers habitants étaient d'origines diverses subsahariennes (Mali, Niger, Ghana, Sénégal).

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Bifaces du paléolithique inférieur (Musée d'Histoire naturelle de Milan)

Antiquité[modifier | modifier le code]

Outre une épigraphie peu abondante, les premières traces d'histoire humaine dans l'espace saharien occidental se rattachent à la culture Biafane, cette population négroïde est présente en Afrique de l'ouest et parlait des langues inconnues, peut être reste-t-il certaines expression dans le dialecte berbéro-arabe des Imraguens, la tribu de pêcheurs du Banc d'Arguin.

Cette population négroïde était alors présente dans tout l'espace saharien, et elle se maintient dans l'oasis de Zagora dans le sud marocain, la population hartanya est sans doute issue d'un brassage entre les esclaves importés, des populations soninkés, peuls ou wolofs et cette première population.

Les Biafans sont "berbérisées", sans doute au cours de l'âge du bronze méditerranéen, en parallèle de la "celtisation" de l'Europe occidentale (1800-1200 av. N-E), et les tribus Sanhajas qui contrôlent l'espace saharien atlantique durant l'époque romaine, sont issues de cette fusion entre le pastoralisme amazigh venu des régions atlasiques et les communautés autonomes, concentrées dans les oasis, qui sont leur tributaires.

Au VIIIe siècle, les Sanhaja sont organisés en différentes confédération, et commencent à recevoir une influence monothéiste venue des "émirats" zénètes de Sijilmasa, des Berghwatta, de Nekour, de Aghmat, sans doute un christianisme teinté de coranisation se mêle-t-il alors au judaïsme prosélyte.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Le haut Moyen Âge est une période de refroidissement climatique, propice au développement de l'économie d'oasis dattières couplées au développement du grand commerce chamelier. Les routes commerciales qui relient la méditerranée occidentale et la Gaule, aussi bien que l'Ifriqya et le Moyen-Orient aux cités africaines pourvoyeuses d'esclaves et d'or (Tekrour sur le Sénégal) Ghana à Koumbi, sont donc une source de revenu pour les confédérations nomades et leurs tributaires sédentaires.

Les cités caravanières d'Awdaghost et de Oualata dans le Hudh ont dû voir le jour dans ce contexte primitif, elles passent sous contrôle de "l'empire" soninké de Ghana.

Le mouvement almoravide, le califat almohade et l'empire des Malinkés[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Almoravides, Almohades et Malinkés.

Les tribus Sanhajas s'unissent sous la férule d'un certain Abû Bakr Ibn Umar, un chef de tribu ambitieux et d'un juriste malékite, Abd Allah Ibn Yasîn qui, de retour de pèlerinage, apporte avec lui une idéologie réformatrice, centrée autour de monastères combattants, les Ribât, pour instaurer le sunnisme et la jurisprudence malékite au maghreb tout entier.

Peut être le premier de ses Ribât fut il fondé sur une île Imraguen de la côte, en tout cas, son disciple Abû Bakr décide parvient à unifier vers 1045 les Sanhaja du Tagant, du Hodh et du Sénégal, il prend Awdaghost, puis Koumbi, fonde un autre Ribât sur une île du fleuve Sénégal et prend le contrôle des oasis de l'Adrar, en fondant la cité-capitale d'Azougui.

En 1055, il remonte les routes commerciales et soumet les Zénètes de Sijilmassa, franchit ensuite l'Atlas, écrase ceux d'Aghmat et fonde non loin d'elle, sur le Tensift, aux débouchés des cols du Test (vers le Souss) et du Tishka (vers le Draa), une cité-capitale à Amur N'Akush : Marrakech, il laisse alors le pouvoir à son lieutenant Yussuf ibn Tashfin et revient combattre dans l'espace Mauritanien ; l'empire almoravide, issu de ces murabitun se détourne des terres sahariennes, et perd peu à peu son influence sur les Sanhaja, qui rejettent toute obédience.

Un siècle plus tard, une confrérie Zénète prend le contrôle du Maghreb tout entier, mais se soucie peu du Sahara, qui passe sous l'influence plus proche de l'empire Soussou de Soumaoro Kanté, puis celui du Mali, de Sunjata Keita, les cités de Oualata, Awdaghost, Azougui, talonnées par les célèbres Chinguetti, Ouadane et Tichitt, ou encore Rashid et Qçar al-Barka se développent et prennent un rôle majeur dans le très intense commerce caravanier qui relie Djenné dans le delta intérieur du Niger, aux cités almohades puis Mérinides du "royaume de Marrakech".

Les Banî Hassan, l'empire Songhai et les Saadiens[modifier | modifier le code]

Vers 1350, Ibn Battuta apporte de précieux renseignement sur la situation du commerce caravanier et l'état culturel.

Nous sommes dans le contexte de l'arrivée des tribus arabes, issues d'un brassage entre les célèbres Hillaliens, qui, installés au Maghreb tunisien et central commencent à entrer au Maghreb et au Sahara atlantique, et les Banî Hassan, venus du Yemen, installés à Sijilmasa, Zagora, Skoura et dans toute la Mauritanie.

Les Saadiens qui prennent le contrôle de Marrakech vers 1560 sont eux-mêmes rattachés aux Banî Hassan.

En 1442, les premiers navigateurs portugais découvrent le Cap Blanc et Arguin. Ils implantent un comptoir pour le commerce de l’or, des esclaves, ainsi que de la gomme arabique. Le commerce transsaharien est ainsi détourné au profit des Européens.

Ahmad le Victorieux, surnommé également le Doré, entreprend, avec une armée de mercenaires dirigés par le Castillan Junder, vers 1590, il descend les routes caravanières vers le sud, et vient détruire l'empire Songhai, qui avait pris la succession du Mali et unifié l'ensemble du Sahel, de Dakar à Niamey, autour de sa capitale Gao, en parallèle, les Berbères Touaregs avaient fondé la place commerciale de Tombouctou au XIVe siècle. L'empire de Marrakech récupère aussi Djenné et fonde trois "pachalik" dont un, Gao, se maintiendra jusqu'en 1912, une population marocaine vient d'installer sans se mélanger complètement aux arabes pâturant entre le Hodh et le Niger depuis déjà deux siècles et demi.

Époque moderne[modifier | modifier le code]

L'espace Mauritanien commence à décliner inexorablement, et c'est finalement avec les dynasties Peuls du XVIIIe et XIXe siècle que le commerce transsaharien perd définitivement sa raison d'être, la colonie française du Sénégal, de Côte d'Ivoire ou du Dahomey captant désormais tout le commerce.

Les esclaves et la gomme arabique y sont les principales marchandises convoitées.

À partir du XIXe siècle, le processus de colonisation débute. Installés au Sénégal, les Français profitent des conflits entre les émirats pour les soumettre et ainsi réaliser l’unité de l’Empire français entre l’Algérie et l’Afrique Occidentale Française. La lutte pour la possession du Maroc voisin est également un enjeu important qui s’ajoute à la volonté de pacifier la vallée du Sénégal, soumise aux rezzous des Maures.

Entre 1902 et 1934, la Mauritanie est conquise par l'armée coloniale française, la cité de Rashid est rasée, et partagée avec l'Espagne au nord. En 1920, elle est distinguée comme entité dans le cadre de l'Afrique-Occidentale française, et toute référence à l'empire de Maroc ou à celui du Soudan disparaît. En 1939, on lui adjoint la région de Oualata et de Nama, jusqu'alors sous administration de Bamako. Sa capitale reste Saint Louis, sur le fleuve sénégal, et en réalité, les colons français ne traversent que ponctuellement le fleuve, à Rosso, à Bogué et à Kahédi essentiellement, toutes les régions peules et Hassanya sont laissées à l'écart du développement colonial.

Babana Horma fut le premier député représentant la Mauritanie à l'Assemblée française suite aux élections législatives de 1946, N'Diaye Sidi El Moktar lui succéda de 1951 à 1959.

cf le site détaillé : "Tentative d'histoire de la Mauritanie" )

La Mauritanie indépendante[modifier | modifier le code]

La Mauritanie a obtenu son indépendance de la France le . Le pays fut gouverné jusqu'en 1978 par Moktar Ould Daddah, (Ould signifie « fils de ») qui avait instauré un régime civil de parti unique. Originaire de Boutilimit, Daddah avait une vision idéologique de la Mauritanie, vision qui lui valait la réputation d'avoir un nationalisme et une volonté de faire sortir le pays du désert et de la misère. Le régime restera très apprécié et regretté par l'ensemble de la population mauritanienne[réf. nécessaire].

Le président Ould Daddah est renversé, en 1978, par une junte militaire que dirige le colonel Ould Walata, lui-même renversé en 1980 par le colonel Ould Haidalla et ce dernier, renversé par Ould Taya en décembre 1984.

Le président Maaouiya Ould Taya a fait l'objet de trois coups d'État (les , et ). Les deux premiers ont échoué ; Le troisième, mené par le Colonel Ely Ould Mohamed Vall, directeur de la sûreté nationale, et le colonel Ould Abdel Aziz, chef de la garde présidentielle, a remis au pouvoir une junte appelée Conseil militaire pour la justice et la démocratie, qui s'est engagée « à créer les conditions favorables d'un jeu démocratique ouvert et transparent sur lequel la société civile et les acteurs politiques auront à se prononcer librement ».

Elle a annexé le tiers sud de l'ancien Sahara espagnol (désormais le Sahara occidental) en 1976 mais elle l'abandonna après trois ans de raids du Front Polisario qui revendiquait la souveraineté de ce territoire.

En 1991, les partis d'opposition furent légalisés et une nouvelle constitution fut mise en place. Depuis, trois élections présidentielles multipartites ont eu lieu mais sont largement considérées comme faussées ; la Mauritanie reste donc en réalité un état à parti unique.

En absence des données officielles fiables, selon le world Factbook (CIA), les différents groupes de populations se repartissent entre 40 % d'ethnies métisses Maures/Noirs, 30 % d'ethnies Maures et 30 % d'ethnies Noires.

Les tribus Maures de l'est du pays, dites Arabes dans le jargon local, comportent un métissage important. Bien qu'une très grande majorité de la population soit d'origine plutôt africaine et non-sémitique mais parlant l'arabe, la Mauritanie fait partie de la « Ligue arabe ».

Il semble que l'acculturation des populations habitant ce territoire produite par l'islamisation et l'enseignement de l'arabe a conduit à une confusion d'identité dans la conscience collective de cette jeune nation, confusion entre d'une part langue liturgique et pratiques religieuses et d'autre part identité ethnique et traditions ancestrales.

L'esclavage a été officiellement aboli à quatre reprises (la dernière fois en 1980, avec un succès mitigé) mais les ségrégations raciales, tribales ou de castes y subsistent[1],[2]. En 2007 a été votée une loi criminalisant l'esclavage, et des actions sont prévues par le gouvernement pour lutter contre ses séquelles, car l'ethnie haratine des anciens esclaves reste parmi la plus défavorisée.

La Mauritanie s'est attirée les foudres de certains pays arabes en établissant ces dernières années des relations diplomatiques avec Israël, dans une timide tentative de normalisation et ouverture extérieure (le pays n'a aucun différend avec Israël et essaye même de forger une alliance stratégique avec les États-Unis). Ce choix de politique étrangère, reste le moins compris et le plus contesté par l'opinion publique du pays, toujours une république « islamique ». L'arrivée du président actuel Ould Abdel Aziz, le 18 Juin 2009, fût marquée notamment par la coupure de ces relations diplomatiques avec Israël.


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (ar)(fr) Histoire de la Mauritanie : essais et synthèses, Université de Nouakchott, Laboratoire d'études et de recherches historiques (LERHI), Université de Provence (Aix-Marseille I), Institut de recherches et d'études sur le monde arabe (IREMAM), Institut d'histoire comparéé des civilisations (IHCC), 1999
  • (fr) Geneviève Désiré-Vuillemin, Histoire de la Mauritanie : des origines à l'Indépendance, Éd. Karhala, Paris, 1997, 652 p. (ISBN 978-2-86537-788-6)
  • (fr) Abdel Wedoud Ould Cheik, Éléments d'histoire de la Mauritanie, Institut Mauritanien de Recherche Scientifique, Centre culturel français Antoine de Saint-Exupéry, Nouakchott, 1991, 135 p.
  • (en) Anthony G. Pazzanita, Historical dictionary of Mauritania, Scarecrow Press, Lanham (Md.), Londres, 1996, XXVIII-314 p. (ISBN 978-0-8108-3095-0)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. La déclaration du 5 juillet 1980 proclame la volonté du gouvernement d’en finir avec l’esclavage et l’ordonnance 81 234, du 9 novembre 1981, prononce son abolition définitive par le gouvernement de l'époque. (…)L’ordonnance de novembre 1981, proclame bien que « l’esclavage sous toutes ses formes est aboli définitivement sur toute l’étendue du territoire de la République Islamique de Mauritanie » (article 1er). L’article 2 précise : « Cette abolition donnera lieu à une compensation au profit des ayants droit ». http://www.iabolish.com/sos/report-2001-French.rtf
  2. L’esclavage fut légalement aboli en 1981 sous la présidence de Mohammed Khouna Ould Haidalla, à la suite d’un mouvement de grande ampleur déclenché en signe de protestation contre la vente publique d’une femme, Mme B’Barka, en 1980. Après le renversement du Président Haidalla en décembre 1984, l’attitude du gouvernement a surtout été caractérisée par l’obstruction à la mise en œuvre de cette abolition officielle et par une certaine complaisance L’esclavage en Mauritanie, une question politique et juridique Amnisty Belgique