Chevalier romain

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Chevaliers romains.

Les chevaliers (en latin : eques, equitis) sont un groupe de citoyens de la Rome antique appartenant à l’ordre équestre (equester ordo), sous la Royauté, la République et l'Empire.

Choisis par les censeurs, ce sont les plus fortunés (au moins 400 000 sesterces du IIe siècle av. J.-C. jusqu'au début de l'Empire) et les plus honorables des citoyens (en dehors des sénateurs). Cette appartenance pouvait être théoriquement remise en cause à chaque censure. En pratique elle était héréditaire.

Le chevalier se reconnaît à la bande de pourpre étroite cousue sur sa tunique (tunique dite angusticlave), et au port de l'anneau d'or.

Les chevaliers se virent attribuer un poids politique supplémentaire au motif qu'ils étaient capables financièrement de s'équiper pour servir dans l'armée à cheval. De plus l'appartenance à l'ordre équestre était nécessaire pour accéder aux postes d’officier dans l'armée.

Origine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grades de l'armée romaine.

Selon la tradition romaine, l'ordre équestre aurait été créé par Servius Tullius au VIe siècle av. J.-C. lorsqu'il institua les Comices centuriates. L'objectif est de favoriser les plus riches des citoyens. Les 18 centuries équestres sont les premières unités de vote dans les comices centuriates, suivent ensuite les 172 centuries pédestres et enfin une centurie spéciale.

Comment être chevalier[modifier | modifier le code]

L’accès à l’ordre équestre dépend de trois prérequis :

  • la possession d'une fortune de base de 400 000 sesterces (ce qui représentait un ou deux grands domaines)
  • la réputation d'un homme honorable (ne pas exercer de métier infamant, être fiable…)
  • le refus d'accomplir les magistratures.

Ces trois conditions remplies, le censeur inscrit dans un registre le nouveau chevalier (eques equo publico), lequel reçoit ses attributs vestimentaires (l'anneau et la tunique) ainsi que le cheval public (lat. equus publicus).

À partir du Ier siècle av. J.-C., l'ordre équestre permet aux citoyens les plus riches l'accès à certaines magistratures, auquel cas ils rendent leur cheval public et abandonnent leur statut de chevalier (une des conditions n'est en effet plus remplie). Ce sont des hommes nouveaux (lat. homo novus) dans les hautes sphères dirigeantes de l'État.

Carrière[modifier | modifier le code]

Ce qui définit le plus sûrement cette couche sociale, c’est la carrière suivie par ses membres. Elle comprenait quatre types de charges.

  1. Les trois milices équestres (3 fois 3 ans) : préfet de cohorte auxiliaire ; tribun de légion ; préfet d’aile. Cet ordre n’est devenu strict qu’à partir de l’époque flavienne.
  2. Les procuratelles. Les procurateurs remplissaient les fonctions de chefs de services administratifs à Rome, au palais impérial (procuratelles palatine). Hors de la Ville ils gouvernaient les provinces impériales procuratoriennes (petites provinces peu romanisées où ne stationnaient que des troupes auxiliaires) ou géraient les finances impériales.

Ils étaient répartis en trois niveaux en fonction de leur salaire. On distingue les fonctions sexagénaires (60 000 sesterces/an), centenaires (100 000 sest./an), ducénaires (200 000 sest./an) et tricénaires (300 000 sest./an) à partir de Marc Aurèle.

  1. Les grandes préfectures. On reconnaît, dans l’ordre hiérarchique :
    • les préfets des flottes italiennes de Ravenne (mer Adriatique) et de Misène (mer Tyrrhénienne). Leur importance est mineure car les attaques se font sur terre ; leur rôle est donc de surveiller les côtes italiennes (contre les pirates) et de protéger les convois de l'annone.
    • le préfet des vigiles qui est à la tête des 7 cohortes de vigiles (sapeurs pompiers de Rome).
    • le préfet de l'annone est responsable du ravitaillement de Rome en huile (en provenance de Bétique notamment) et en blé (venant principalement d'Égypte)
    • le préfet d’Égypte gouverne cette région qui n'est pas une province mais propriété personnelle de l'empereur
    • le préfet du prétoire est à la tête des 9 ou 10 cohortes prétoriennes. Ce sont elles qui assurent la protection rapprochée de l'empereur à l'intérieur et en dehors de Rome. Depuis Claude, ce sont également elles qui proclament le nouvel empereur.
  2. Les sacerdoces équestres de la Ville de Rome : haruspices, luperques, etc. En outre, les chevaliers formaient un milieu ouvert vers le haut (par accès à l’ordre sénatorial) et vers le bas (par recrutement dans le groupe des notables municipaux).
  3. Les rangs suivent l'évolution de la carrière : d'abord vir egregius (homme remarquable), vir perfectissimus (homme très parfait) et enfin vir eminentissimus (homme très éminent) qui constitue le sommet. Le salaire annuel respectif est de 60, 100 et 300 000 sesterces, ce qui reste inférieur au seuil sénatorial de 400 000 sesterces par an.

La République romaine[modifier | modifier le code]

Sous la république les comices centuriates, qui représentent le peuple en armes, élisent les magistrats supérieurs (à Imperium c'est-à-dire à pouvoir civil et militaire) : Consulat et Préture. Et tous les cinq ans les deux censeurs.

À la création des comices centuriates, les centuries de l'ordre équestre ajoutées aux centuries de première classe donnaient la majorité absolue aux plus riches des citoyens. Au fil des réformes leur mainmise sur le vote diminua.

Toutefois pour être élu à une magistrature du cursus honorum, il fallait être membre de l’ordre équestre, c’est-à-dire être inscrit au cens équestre. La division entre chevaliers et reste de la population vient s'ajouter à celle existante entre plébéiens et patriciens.

Le rôle des chevaliers change en -133 quand Caius Gracchus reprend le projet de son frère, Tiberius Gracchus tribun de la plèbe, de redistribuer les terres agricoles. Il confie alors les tribunaux aux chevaliers, lesquels ne participaient pas jusqu'alors à la vie politique.

Article connexe : Question agraire.

L'Empire romain[modifier | modifier le code]

Sous le règne d'Auguste, la classe des chevaliers devient une noblesse de fonctionnaires (commandement de la garde prétorienne, préfets, fonctionnaires divers). Ils sont officiers dans l'armée, peuvent commander en chef les troupes auxiliaires (le gouvernement de l'Égypte est dévolu à l'un d'entre eux), administrer les biens, immenses, du prince ou assurer l'intendance des armées. Des centaines d'entre eux sont appelés à siéger, comme jurés, dans les tribunaux publics de Rome et exercent certaines charges administratives dans la capitale : les préfectures des vigiles (police nocturne, chargée également de la lutte contre les incendies), de l'annone et, surtout, du prétoire, c'est-à-dire de la garde personnelle d'Auguste. Il trouvera dans l'un d'eux, Mécène, un bon diplomate pour administrer les territoires de l'Orient.

En 6, un chevalier est nommé préfet des vigiles. À la tête de sept cohortes de vigiles, sa tâche est de coordonner la lutte contre les incendies dans la ville de Rome en plus de la police des rues durant la nuit. Les membres de ces cohortes sont des soldats recrutés parmi les affranchis. Mais le chef de la police demeure un sénateur.

C'est aussi dans l'ordre des chevaliers que l'on recrute, entre 8 et 14, le Præfectus annonæ (Préfet de l'annone), un préfet impérial permanent qui a comme mission de s'assurer de l'approvisionnement en grains de Rome.

Les Julio-Claudiens[modifier | modifier le code]

Sous les Julio-Claudiens, les empereurs poursuivent le programme d'Auguste, sans véritable conquête. Ils annexent des royaumes alliés ou clients : la Commagène, la Maurétanie, le Bassin de Londres, la Thrace et la Judée. De nouvelles provinces apparaissent, notamment dans le massif alpin et en Maurétanie, et sont confiés aux chevaliers les pouvoirs nécessaires pour rendre la justice. Sous le règne de Caligula, on compte environ 20 000 chevaliers dont 5 000 résident dans la région de Rome.

C'est pendant le règne de Claude (41-54) que de nouvelles carrières s'ouvrirent aux chevaliers. On leur confia des provinces, tandis que, par ailleurs, il réprimait durement les complots de l'aristocratie sénatoriale.

Les Antonins[modifier | modifier le code]

Sous le règne d'Hadrien (117-138) les chevaliers prennent la place des affranchis lors de la réforme de la Chancellerie. Les chevaliers sont considérés comme des nobles dont la richesse s'enracine précisément dans les provinces.

Pendant le règne de Commode (161-192), les chevaliers donnèrent leur appui politique à l'empereur détesté par le sénat (l'ordre équestre est alors de plus en plus prépondérant et c’est en son sein que sont recrutés les chefs militaires et les hauts fonctionnaires). Le chevalier Perennis gouverna au nom de l'empereur de 182 à 185. Jaloux, les sénateurs l'accusèrent de prétendre au trône et il succomba aux mains de l'armée de Bretagne et du chambellan M. Aurelius Cleander.

La crise du IIIe siècle[modifier | modifier le code]

Après l’assassinat de Commode en 192 et l’arrivée au pouvoir des Sévères en 193, une nouvelle conception de l’État se fait jour. Elle est systématisée par Dioclétien (284-305). Le pouvoir impérial s'affiche désormais comme un pouvoir sacré, séparé du commun des mortels par un cérémonial emprunté aux monarchies orientales, ce qui met fin à la fiction du principat augustéen. Le rôle du Sénat est par conséquence marginalisé, puisqu'il cesse d'être la source de la légitimité impériale. Les chevaliers retirent un grand bénéfice de cette évolution en accaparant notamment tous les grands commandements militaires et les hautes fonctions administratives. Désormais, le plus important des fonctionnaires équestres, le préfet du prétoire, fait office de « premier ministre » de l'empereur.

Constantin et le déclin de l’ordre équestre[modifier | modifier le code]

L’empereur Constantin, dans les années 320-350 renverse l'évolution politique favorisant les chevaliers. En effet, il porte les effectifs du Sénat à 2 000 membres en y intégrant les membres les plus en vue de l’ordre équestre, et surtout transfère la plupart des fonctions équestres à des sénateurs. Le préfet du prétoire devient notamment un sénateur, ce qui condamne l’ordre équestre à une place subalterne dans l’organisation de l’État. Désormais le passage par le Sénat est obligatoire pour accéder aux plus hautes fonctions.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L'ordre équestre. Histoire d'une aristocratie (IIe siècle av. J.-C. - IIIe siècle ap. J.-C.), Actes du colloque international Bruxelles-Leuven, 5-7 octobre 1995 (« Collection de l'École française de Rome », 257), Paris, De Boccard, 1999, 694 p., 9 pl.

Articles connexes[modifier | modifier le code]