Palmyre

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Site de Palmyre *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Le temple de Bel avec l'agora en avant-plan.
Le temple de Bel avec l'agora en avant-plan.
Coordonnées 34° 33′ 15″ N 38° 16′ 00″ E / 34.55417, 38.26667 ()34° 33′ 15″ Nord 38° 16′ 00″ Est / 34.55417, 38.26667 ()  
Pays Syrie Syrie
Type Culturel
Critères (i) (ii) (iv)
Superficie 0,36 ha
Numéro
d’identification
23
Zone géographique États arabes **
Année d’inscription 1980 (4e session)
Classement en péril 2013
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

Palmyre (en grec ancien Παλμύρα / Palmúra) est une oasis du désert de Syrie, à 210 km au nord-est de Damas. Son nom sémitique, attesté déjà dans les archives de Mari (XVIIIe siècle av. J.-C.), est Tadmor[1] ou Tedmor[2] (تدمر). C’est toujours son nom actuel.

Vue générale du site.
Ville moderne de Tadmor.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'origine de Palmyre[modifier | modifier le code]

L’histoire de Palmyre à l’âge du bronze est mal connue : la ville se développa sur un tell qui fut au Ier siècle av. J.-C. recouvert par la terrasse du sanctuaire de Bēl. Quand les Séleucides prirent le contrôle de la Syrie en 323 av. J.-C., la ville devint indépendante. Mais de la fin du IVe siècle av. J.-C. jusqu'en 41 av. J.-C., la situation de la ville ne nous est pas connue.

La Bible attribue la construction de Palmyre au roi Salomon (« Et il bâtit Tadmor dans le désert » (II Chr VIII:4)).

Palmyre gréco-romaine[modifier | modifier le code]

La ville faisait partie d’un réseau marchand reliant la Syrie à la Mésopotamie et à la côte méditerranéenne. Le nom de Palmyre est mentionné pour la première fois dans les sources gréco-romaines en 41 av. J.-C., quand Marc Antoine lança ses troupes contre elle, pour leur procurer du butin. En 41 av. J.-C., en effet les Romains essayèrent de piller Palmyre mais ils échouèrent, les habitants de la ville s’étant réfugiés avec leurs biens de l’autre côté de l’Euphrate. On en déduit que les Palmyréniens de cette époque étaient encore pour l’essentiel des nomades, vivant de l’élevage et du commerce caravanier.

Intégrée à l’Empire romain sous Tibère, en 19 ap. J.-C. dans le cadre de la province romaine de Syrie, Palmyre entretint d'étroites relations avec la principauté des Sampsigéramides qui s'étendait autour d’Aréthuse et d’Émèse, cette dernière constituant le débouché naturel vers la mer pour le commerce de Palmyre. Dans une inscription provenant du temple de Bel à Palmyre, Sampsigéramos II est d'ailleurs désigné comme « roi suprême »[3]. Palmyre atteignit ensuite son apogée sous Hadrien, qui la visita en 129 apr. J.-C. ; à cette occasion, elle prit le titre d’Hadriana Palmyra, épithète qui traduit habituellement une aide matérielle puissante de l'empereur, sans qu'il faille y voir l'octroi juridique d'un statut de cité libre[4]. C’était une ville splendide, qui se développa jusque sous les Sévères. En 212 apr. J.-C., l’empereur Caracalla promut Palmyre et sa voisine Émèse au statut de colonie romaine[5]. L’armée romaine y entretenait une garnison de soldats auxiliaires dans un camp au nord de la ville.

Buste funéraire d’Aqmat, fille d’Hagagu, descendant de Zebida, descendant de Ma’an, fin du IIe siècle, British Museum.
En jaune, l’Empire de Palmyre vers 260.

Au cours de la crise du IIIe siècle, Palmyre échappa aux invasions perses qui ravagèrent la Syrie en 252 et 260 apr. J.-C. Après 260 apr. J.-C., ce fut un notable de Palmyre, Odénat, qui fut chargé par l’empereur Gallien de coordonner la défense de l’Orient. Quand sa veuve Zénobie tenta de prendre le pouvoir comme impératrice avec son fils Wahballat, Palmyre se retrouva impliquée un peu malgré elle dans une guerre civile romaine. En 272 apr. J.-C., vaincue par Aurélien à Antioche puis à Émèse, Zénobie se replia avec ses troupes sur Palmyre, où Aurélien vint la poursuivre. Dans un premier temps les notables de Palmyre se rallièrent à Aurélien et chassèrent Zénobie, qui fut arrêtée. Aurélien laissa à Palmyre une petite garnison et rentra en Italie. À ce moment éclata dans la cité une révolte qui tenta de remettre le pouvoir à Antiochos, le père de Zénobie. Aurélien revint sur ses pas, mata la révolte et ne semble pas avoir exercé de représailles sur la ville. Le sanctuaire d'Hélios fut cependant pillé[6] ; l’empereur réquisitionna tout le quartier ouest de la ville pour y installer à demeure la Ire Légion illyrienne.

Au IVe siècle et par la suite, Palmyre ne fut plus la prospère cité caravanière d’autrefois. C’est une ville de garnison, occupée par la Ie Légion illyrienne, étape d’une route militaire reliant la région de Damas à l’Euphrate, la Strata Diocletiana. La partie monumentale de la ville fut protégée par un rempart qui laissait en dehors tout le quartier sud (entre le wadi et la source Efqa), quartier peut-être abandonné à cette date. Sous Constantin Ier les forts de la Strata Diocletiana furent pour la plupart abandonnés mais Palmyre demeura jusqu’au VIe siècle une ville romaine occupée par l’armée, tandis que la steppe tout autour était occupée par des communautés de moines monophysites, et contrôlée par les tribus arabes Ghassanides, chrétiennes et alliées de l’Empire. Des églises furent construites, tandis que d’anciens temples païens comme la cella de Baalshamin ou encore celle du sanctuaire de Bel furent convertis en églises et décorés de peintures murales.

Sous Justinien au VIe siècle l’enceinte fut renforcée de tours, et les adductions d’eau furent restaurées. La ville qui, selon Procope de Césarée, « était devenue depuis longtemps un désert », reçut une nouvelle garnison qui constituait le poste avancé de la Syrie contre les invasions des Perses.

L'urbanisme de Palmyre gréco-romaine[modifier | modifier le code]

L’ancien decumanus.

Au temps de son apogée au début du IIIe siècle, la ville de Palmyre était beaucoup plus étendue que l’actuel site archéologique, pourtant très vaste. La plupart des maisons étaient faites de briques crues, qui n’ont guère laissé de vestiges visibles. Ce que l’on voit aujourd’hui c’est le squelette de pierre de la ville, c’est-à-dire les monuments publics, ou parfois simplement les colonnes qui entouraient l’atrium des demeures les plus riches, tandis que le reste a disparu.

Les vestiges de la Palmyre hellénistique ont été identifiés au sud du wādi. La ville se développa d’abord à l’emplacement du sanctuaire de Bel puis, quand le grand parvis fut construit au Ier siècle, elle s’étendit entre le sanctuaire de Bel et la source Efqa au sud-ouest (là où aujourd’hui il n’y a plus que les jardins de l’oasis). Autour de la ville vinrent se fixer des familles arabes d’origine nomade, chacune autour de son sanctuaire tribal, comme celui de Baalshamin ou, tout à l’ouest sur la route d’Émèse, celui d’Allat. Au cours du IIe siècle ces banlieues furent intégrées au tissu urbain avec la construction du quartier monumental structuré autour de la grande colonnade.

Pendant cette période prospère, Palmyre était une ville ouverte, dépourvue de remparts. Il existait un mur (traditionnellement appelé « mur de la douane ») entourant un très vaste secteur tout autour de la ville, mais ce mur de pierres ou de briques crues selon les secteurs n’avait aucune fonction militaire ou de prestige : c’était une simple limite administrative, un péage municipal pour le paiement des taxes fixées par le texte intitulé « Tarif de Palmyre », promulgué le 18 avril 137 sous l’empereur Hadrien[7]. À la fin du IIIe siècle, un rempart défensif fut construit à la hâte en remployant des pierres prélevées sur des monuments funéraires, et ne protégeant que le quartier monumental, tandis que le reste de la ville était sans doute abandonné.

La société palmyrénienne[modifier | modifier le code]

Stèle d'Atenatan Gurai (mort en 133). Ny Carlsberg Glyptothek, Copenhague.
Stèle de la « Beauté de Palmyre » (morte vers 200). Ny Carlsberg Glyptothek, Copenhague.

Les très nombreuses inscriptions retrouvées sur place permettent de connaître l’organisation de la cité à l’époque romaine. Palmyre adopta les institutions grecques : elle était gouvernée par une boulè, assemblée des principaux propriétaires terriens, et un démos (peuple) constitué des citoyens. Les responsabilités particulières étaient confiées à des magistrats pris dans la boulè, tels que les stratèges ou les agoranomes. Un curateur ou logistès, sorte de contrôleur des finances, était chargé d'apurer les comptes civiques, dès avant la création de la colonie de Palmyre.

Ces institutions étaient demeurées en place jusqu’au IVe siècle, y compris, semble-t-il, pendant la crise du IIIe siècle, quand Odénat fut salué du titre de resh (en grec « exarque ») de Palmyre : il dut s’agir d’un commandement militaire. Quant au titre de « Roi des rois » porté plus tard par ce même Odénat, et repris par sa veuve Zénobie et son fils Wahballat, il ne signifiait pas pour autant que Palmyre ait changé de régime, puisque les inscriptions montrent qu’à cette époque c’est toujours la boulè et le démos qui font les lois.

À côté de ces institutions civiles, les élites de la cité étaient organisées en collèges de prêtres pour le culte rendu aux principaux dieux. Le plus prestigieux de ces collèges était celui des prêtres de Bel, présidé par le symposiarque (« chef du banquet »).

Les commerçants et les artisans de Palmyre étaient organisés eux aussi en corporations : on connaît celles des corroyeurs, des orfèvres, des tanneurs, des fabricants de radeaux d’outres (radeaux pneumatiques nommés keleks utilisés jusqu’au IXe siècle pour transporter des marchandises qui descendaient l’Euphrate ou le Tigre)[8]. Palmyre a aussi développé une activité florissante de tissage de soie, laine, coton et lin.

Le commerce caravanier[modifier | modifier le code]

Palmyre fut du Ier siècle au IIIe siècle la plus grande puissance commerciale du Proche-Orient, prenant le relais de Pétra, la cité caravanière des Nabatéens. Palmyre exploitait une route caravanière qui, passant par des caravansérails dans la steppe, gagnait les bords de l’Euphrate et les longeait jusqu’à la région de Babylone. De là ces caravanes gagnaient le royaume de Mésène à l’embouchure du Tigre et de l’Euphrate. Des navires partaient de là pour gagner l’Inde ou d’autres ports de l’Océan Indien. On a récemment retrouvé une tablette votive laissée par un Palmyrénien nommé Abgar, en 256 apr. J.-C., sur l’île de Socotra au large de la Somalie.

Les caravanes de Palmyre étaient des entreprises saisonnières et annuelles. Les différents marchands s'associaient pour grouper leurs expéditions, sous la responsabilité d'un « synodiarque » ou « chef de caravane », puissant commerçant qui prenait en charge une partie des frais. Si des caravansérails ont été identifiés par les archéologues aux sorties de la ville, c’est au cœur du quartier monumental que se trouvait le centre commercial, une place entourée de boutiques et nommée « agora » de Palmyre.

Dalle funéraire portant une inscription : « [au mois de] Nisan, l’an [3]08. Ceci est la tombe de Zabdibôl, fils de (...) ’Ataraùri des Benê Komrê, qu’il a faite pour lui et ses enfants. » Calcaire, an 4 av. J.-C. Musée du Louvre. Provenance : Palmyre.
Inscription palmyrénienne. Musée du Louvre.

Des communautés de commerçants palmyréniens expatriés étaient installées à demeure dans les différentes étapes de ce réseau commercial. On connaît grâce aux inscriptions l’existence de cette diaspora à Séleucie du Tigre (au sud de l’actuelle Bagdad) au Ier siècle, puis à Ctésiphon (capitale des Parthes, face à Séleucie), à Vologésias, cité commerciale fondée par les Parthes sans doute non loin du site de Babylone, et surtout à Spasinou Charax (ou Charax de Mésène), capitale du royaume de Mésène. Là, la communauté palmyrénienne était si implantée et si influente que des Palmyréniens pouvaient y occuper des fonctions officielles auprès du roi. D’autres Palmyréniens étaient implantés en Égypte sur les bords de la mer Rouge. Enfin, il existait une communauté palmyrénienne à Rome même, installée au IIe siècle dans le quartier du Trastevere.

Ce trafic caravanier s'est poursuivi jusqu’aux années 260 apr. J.-C., y compris quand la Mésène et la Mésopotamie étaient sous la domination des Perses Sassanides. C’est après l’assassinat d’Odénat en 267-268, et la tentative de prise du pouvoir par Zénobie que les caravanes cessèrent d’être attestées. Beaucoup plus tard au VIe siècle, c’est la ville de la Mecque dans le Hedjaz qui prendrait la succession de Palmyre comme plaque tournante du commerce caravanier.

Les marchandises exotiques dont Palmyre faisait ainsi commerce du Ier au IIIe siècle étaient mal connues dans le détail. Il est certain qu’il s’agissait pour l’essentiel de marchandises précieuses, représentant une grande valeur sous un faible volume, comme les tissus de luxe (notamment la soie), les perles, les pierres précieuses, les épices. Les Palmyréniens eux-mêmes, du moins les plus riches, étaient grands amateurs de ces produits. Les reliefs représentant les riches Palmyréniens en costume parthe montrent que ces costumes étaient couverts de rangées de perles, qui ne viennent guère à cette époque que de l’Inde ou de l’île de Ceylan. D’autre part, on a retrouvé dans les tombes de Palmyre des fragments de soieries chinoises, provenant du Hunan parfois brodées de dragons, et du cachemire d'Afghanistan[9].

Les guerriers de Palmyre[modifier | modifier le code]

Pour protéger ces caravanes, les Palmyréniens se faisaient aussi soldats. Le territoire de Palmyre, au nord de la ville, possédait au IIe siècle de véritables haras dans la steppe où l’on élevait des chevaux, à des fins qui ne pouvaient être que militaires. La ville elle-même avait une garnison de l’armée régulière romaine, mais les bédouins ou les paysans du territoire de la cité formaient des guerriers montés sur des chevaux ou des chameaux et combattant à la lance ou à l’arc.

Ces guerriers arabes furent enrôlés dans l’armée romaine, surtout à l’époque des Sévères. Certains furent incorporés à l’armée régulière, comme la XXe Cohorte des Palmyréniens, unité de cavalerie qui formait la garnison de Doura Europos aux bords de l’Euphrate sous Sévère Alexandre. D’autres, servant comme numeri, troupes informelles commandées par des officiers romains mais gardant leur équipement traditionnel, furent basés sur les bords du Danube ou encore, pour des méharistes, dans la province de Numidie (en Algérie actuelle). Il n’est pas douteux que cette cavalerie palmyrénienne ait constitué une grande partie des forces militaires d’Odénat puis de Zénobie.

Les dieux de Palmyre[modifier | modifier le code]

La triade palmyrénienne : de gauche à droite, le dieu de la Lune Aglibôl, le « Seigneur des Cieux », Baalshamin, dieu solaire, et « l’Ange du Seigneur », Malakbêl, Musée du Louvre.
La procession du Bétyle sur un chameau.

Selon Jean Starcky, les Palmyréniens de l’époque hellénistique adoraient une divinité suprême nommée Bôl (« le Seigneur » dans le dialecte araméen de Palmyre). Très tôt, sous l’influence de Babylone, ce dieu suprême fut désigné comme Bel, forme babylonienne. D’autres dieux lui étaient associés comme Aglibôl (dont le nom conserve la forme ancienne) et Malakbêl, littéralement « l’Ange (malak) du Seigneur (Bel) ». Ce sont là, semble-t-il, les dieux historiques de Palmyre.

Avec l’arrivée d’autres Syriens ou de nomades arabes de plus en plus nombreux, d’autres dieux vinrent ajouter leurs sanctuaires à celui de Bel, voire s’y assimilèrent. C’est ainsi qu’on éleva un temple au dieu solaire syrien Baalshamin (littéralement « le Seigneur (Baal) des Cieux (shamin) »), qui fut assimilé à Bel. D’autres Arabes édifièrent à l’ouest de la ville un sanctuaire à la déesse arabe Allat, assimilée par les Grecs à Athéna. Dans ce temple, fouillé par les archéologues polonais, ont été retrouvées deux statues d’Allat : la première, du Ier siècle, représente la déesse comme un lion protégeant une gazelle, la seconde, plus récente, est tout simplement une statue en marbre d’Athéna, dans le style de Phidias, importée de Grèce. Au sud du sanctuaire de Bel se trouvait le sanctuaire de Nébo, un dieu d’origine babylonienne (Nabû), assimilé par les Grecs à Apollon.

D’autres dieux étaient attestés à Palmyre : Arsou et Azizou, dieux chameliers protecteurs des caravanes, ainsi que le dieu Hammon, d’origine sans doute égyptienne.

Le culte le plus important était rendu à Bel, le dieu protecteur de la cité. C’est à lui que fut dédié l’immense sanctuaire de Bel, entouré de portiques, orné de dizaines de statues de bienfaiteurs ayant contribué à le construire. Ce sanctuaire, à peu près contemporain du Temple de Jérusalem bâti par Hérode Ier le Grand, lui était très comparable, tant pour les dimensions que pour la disposition générale et le style architectural. Sur l’immense parvis ouvert sur la ville par des propylées entourés de deux tours se trouvaient un bassin, un autel monumental pour les sacrifices, une salle des banquets où se réunissaient les prêtres de Bel, et surtout la cella monumentale, à laquelle sans doute seuls les prêtres pouvaient accéder. À l’intérieur, deux niches surélevées (l’équivalent du Saint des Saints) contenaient les statues divines. Concession à l’Empire romain, on y plaça au Ier siècle aussi la statue de Germanicus et de Tibère.

Le dieu était peut-être aussi présent sous la forme d’un bétyle. Une niche, creusée dans le mur extérieur de la cella, abritait sans doute une pierre sacrée à laquelle les pèlerins pouvaient ainsi accéder, comme celle de la Kaaba de la Mecque. Un bas-relief représente la procession de la pierre sacrée (ou est-ce autre chose ?), placée sur un chameau dans une qubba fermée par des tentures, et au passage de laquelle les femmes voilent complètement leur visage de manière rituelle.

La ville islamique[modifier | modifier le code]

Le château Qalat ibn Maan, vu de la ville antique
Le château Qalat ibn Maan.

Palmyre fut prise au VIIe siècle par les Musulmans, quand elle ouvrit ses portes en 634 à Khalid ibn al-Walid. Sous les califes omeyyades, la ville évolua. La construction de boutiques au beau milieu de la grande colonnade transforma cette artère principale en souk, comme dans les autres villes de Syrie. Les califes firent construire dans la steppe aux environs de Palmyre des domaines luxueux, comme Bkhara au sud-est (ancien fort romain transformé en château omeyyade), ou le magnifique palais de Hisham à Qasr el Heyr el Gharbi, à l’ouest de la ville. Palmyre elle-même eut à souffrir des guerres civiles qui aboutirent à la fin des Omeyyades.

Au temps des Croisades, Palmyre dépendit des émirs seldjoukides de Damas, puis passa au pouvoir de l’atabeg bouride Tughtekin, puis de Mohammed fils de Shirkuh, en tant qu’émir de Homs dépendant de Saladin. Ce fut quand Palmyre dépendait des Bourides de Damas qu’en 1132 le chambellan Nasir ad-Din transforma le sanctuaire de Bel en forteresse. La cella du temple fut transformée en mosquée. Au XIIIe siècle la ville passa sous le contrôle du sultan mamelouk Baybars (le texte d’un décret de Baybars relatif aux droits de pâturage des habitants de Tadmor a été retrouvé gravé sur le mur est de la cella de Bel).

La ville fut pillée par Tamerlan en 1401, mais semblait s’en être relevée. Au XVe siècle Ibn Fadlallah al-Omari décrivit Tadmor en vantant ses « vastes jardins, la prospérité de son commerce et ses curieux monuments ». Au XVIe siècle Fakhr ed-Din al Maany fit construire un château-fort, le Qalat Ibn Maan, sur la montagne qui domine la ville à l’ouest. À l’époque ottomane, Palmyre décline. Au XVIIe siècle la ville semblait avoir retrouvé ses dimensions de l’Âge du Fer : ce n’est plus qu’un village enfermé dans l’enceinte fortifiée de l’ancien sanctuaire de Bel. Tout le reste a été abandonné.

Du XVIIe siècle à nos jours[modifier | modifier le code]

Palmyre est découverte par les marchands anglais d'Alep en 1691, et des descriptions de ses vestiges, enrichies de gravures saisissantes, sont publiées par Wood en 1753[10]. Ainsi dès le XVIIe siècle, Palmyre devint célèbre en Europe. Ses magnifiques ruines, la qualité classique de son architecture remontant à l’époque romaine (IIe siècle), formèrent un contraste saisissant avec le désert alentour.

Au XIXe siècle les Ottomans y installèrent une petite garnison, tandis que les archéologues venus d’Europe et des États-Unis commencèrent l’étude systématique des ruines et des inscriptions.

Après la Première Guerre mondiale, la Syrie est occupée par les Français dans le cadre d’un mandat de la Société des Nations. L’armée française implante à Palmyre une unité de méharistes et construit un terrain d’aviation pour le contrôle aérien de la steppe. Les fouilles archéologiques sont organisées sur une grande échelle : le village qui occupait le sanctuaire de Bel est détruit et la population relogée dans une ville moderne construite au nord du site archéologique, tandis que le temple antique est restauré.

Depuis l’indépendance de la Syrie, la ville moderne de Tadmor s’est considérablement développée. Le terrain d’aviation est devenu une base militaire, mais le projet d'en faire un aéroport civil pour développer le tourisme n’a jamais été mené à bien. Il y a aussi une prison. Comme dans l’Antiquité, la ville vit de l’agriculture dans l’oasis, de l’élevage bédouin dans la steppe, tandis que les profits autrefois tirés du grand commerce sont remplacés par les revenus non négligeables du tourisme.

Panorama du site de Palmyre

Description du site archéologique[modifier | modifier le code]

Vestiges de la ville gréco-romaine[modifier | modifier le code]

Temple de Ba'al (ou Bel)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Temple de Baal.

L’édifice le plus imposant de Palmyre est l’énorme temple hellénistique de Ba'al (Bēl), qui a pu être décrit comme « le plus important édifice religieux du premier siècle de notre ère au Moyen-Orient »[11]. Il est fort bien conservé, présentant des éléments architecturaux jusqu'à son sommet orné de merlons triangulaires jointifs. Le sanctuaire central (cella) a été construit au début du Ier siècle après J.-C., suivi d'un grand portique à double colonnade d'ordre corinthien. Le portique ouest et l’entrée (propylée) datent du IIe siècle. Le temple mesure 205 × 210 m.

Arc triomphal et decumanus à colonnades[modifier | modifier le code]

Partant du temple, une rue à colonnades, qui correspond à l’ancien decumanus, conduit au reste de la ville antique. Un arc monumental, datant de Septime Sévère (début du IIIe siècle) ouvre la voie triomphale et présente de riches décorations. Il reste assez peu du temple de Nabu, à part son podium, et ce que l’on appelle aujourd’hui les bains de Dioclétien.

Théâtre[modifier | modifier le code]

Le théâtre présente aujourd’hui 9 rangées de gradins, mais il devait en comporter 16 à l’origine, grâce à l’adjonction d’une structure en bois[12]. Il a été daté du début du Ier siècle de notre ère. Derrière le théâtre se trouve un petit Sénat, où les notables locaux examinaient les lois et les décisions politiques, et ce que l’on nomme « cour du Tarif », à cause d’une inscription laissant penser à la perception d’un droit de péage coutumier pour les caravanes. À proximité s’étend la grande agora (48 × 71 m), avec les restes d’une salle de banquet (triclinium). L’entrée de l’agora était décorée de statues de Septime Sévère et de sa famille.

Tétrapyle[modifier | modifier le code]

La première section des fouilles se termine par un monument en grande partie restauré, appelé tetrapylon ou tétrapyle (monument à « quatre colonnes »), qui consiste en un soubassement soutenant quatre ensembles de quatre colonnes (une seule de ces colonnes est d’origine, en granite égyptien).

Camp de Dioclétien[modifier | modifier le code]

Une rue transversale mène au camp de Dioclétien, construit par le gouverneur de Syrie Sosianus Hieroclès[13], avec le reste de la grande principia centrale (salle abritant les insignes des légions).

Camp de Dioclétien

Autres vestiges urbains[modifier | modifier le code]

Les fouilles ont permis de repérer à Palmyre de grandes maisons à péristyle dans les quartiers nord et nord-est de la ville ; on voit au sud-est de la ville antique les vestiges de luxueuses maisons décorées de mosaïques comme la Maison d'Achille, avec ses dix-sept pièces, et celle de Cassiopée[14]. Ces mosaïques, de facture très raffinée, présentent des thèmes de la mythologie grecque, et ont été réalisées par des artistes originaires d'Antioche, vers la fin du IIIe siècle apr. J.-C.[15] On voit à proximité les vestiges du temple de la déesse syrienne Allat (IIe siècle après J.-C.), la porte de Damas et le temple de Ba’al-Shamin, érigé en 17 après J.-C. et développé plus tard sous le règne d’Odénat. Un portique menant à la cella présente de notables vestiges.

Art funéraire[modifier | modifier le code]

En dehors des murs de leur cité, les Palmyréniens construisirent une série de grands monuments funéraires, qui forment maintenant la Vallée des tombes, nécropole qui s’étend sur une longueur d’un km, avec toute une série de grandes structures très richement décorées. Ces tombes, dont certaines sont en sous-sol (hypogées), ont été creusées ou construites avec des compartiments où les morts reposaient étendus. Dans l'hypogée des Trois Frères, le plus beau des tombeaux de Syrie, la riche décoration utilise en particulier la couleur bleue, coloris le plus difficile à obtenir et par conséquent le plus coûteux[16]. Des stèles calcaires, avec des bustes des défunts revêtus du costume gréco-romain, ou iranien, sculptés en haut-relief, scellaient l’ouverture rectangulaire des compartiments. Ces reliefs, qui représentent la personnalité ou l’âme du défunt, s’intègrent à la décoration murale de la chambre funéraire. Sur le couvercle des sarcophages, le personnage sculpté étendu porte toujours le long pantalon plissé sous la tunique brodée, caractéristiques du costume parthe[17].

Les stèles qui représentent des scènes de banquets correspondent au tombeau collectif d’une famille plutôt qu’à celui d'un individu.

Campagnes de fouilles[modifier | modifier le code]

Des équipes archéologiques de différents pays ont travaillé sur l’une ou l’autre partie du site. En mai 2005, c’est une équipe polonaise qui fouillait le temple de Lat, où elle a mis au jour une statue de pierre très finement détaillée de la déesse ailée de la Victoire (Nikè).

Suite aux violences en Syrie, le site archéologique de Palmyre, comme celui d'Apamée, est exposé à la destruction et aux pillages[18].

Vue panoramique du site de Palmyre

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Tadmor: Syrie », Noms Géographiques (consulté le 2012-09-22)
  2. « Tedmor: Syrie (site antique) », Noms Géographiques (consulté le 2012-09-22)
  3. Sartre 2003, p. 505.
  4. Sartre 2003, p. 609-610 et 703.
  5. Sartre 2003, p. 707.
  6. Sartre 2003, p. 982-983.
  7. Sartre 2003, p. 657, 676 et 821-823.
  8. Sartre 2003, p. 797 et 806.
  9. Sartre 2003, p. 796.
  10. Sartre 2003, p. 31.
  11. (en) Ross Burns, Monuments of Syria, London and New York,‎ 1999, p. 165
  12. (en) Ross Burns, Monuments of Syria, London and New York,‎ 1999, p. 169
  13. (en) Ross Burns, Monuments of Syria, London and New York,‎ 1999, p. 171
  14. Sartre 2003, p. 693-694.
  15. H. Stern, Les mosaïques des maisons d'Achille et de Cassiopée à Palmyre, Paris, Geuthner, 1977, p. 42.
  16. Sartre 2003, p. 859.
  17. Sartre 2003, p. 862.
  18. Syrie : les experts archéologiques inquiets, Le Figaro, 6 avril 2012.

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Annie Sartre-Fauriat et Maurice Sartre, Palmyre, la cité des caravanes, Découvertes Gallimard, 2008 (ISBN 978-2070346592)
  • Maurice Sartre, D'Alexandre à Zénobie : Histoire du Levant antique, IVe siècle av. J.-C. - IIIe siècle ap. J.-C., Fayard,‎ 2003, 1198 p. (ISBN 9-782213609218)
  • Ernest Will, Les Palmyréniens. La Venise des sables, Paris, Armand Colin, 1992
  • Gérard Degeorge (préface de Paul Veyne), Palmyre, Paris, Imprimerie nationale, 2001
  • Jacqueline Dentzer-Feydy, et Javier Teixidor, Les antiquités de Palmyre au Musée du Louvre, Paris, Réunion des musées nationaux, 1993

Liens externes[modifier | modifier le code]

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