Mamelouk

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« Mamelouk égyptien en habit ordinaire. »
(1778)

Les mamelouks (arabe : مملوك (singulier) mamlūk, مماليك (pluriel) mamālīk, possédé) sont les membres d'une milice formée d'esclaves, affranchis et recevant une solde à l'issue de leur formation, au service des califes musulmans et de l'Empire ottoman, qui, à de nombreuses reprises, a occupé le pouvoir par elle-même.

En Égypte, ils sont issus de la garde servile du sultan ayyoubide qu'ils renversent en 1250 à l'occasion de la septième croisade. L'histoire de cette dynastie non héréditaire se divise en deux lignées, les Bahrites (1250-1382) et les Burjites (1382-1517).

Ils règnent sur l'Égypte, la Syrie et le Hedjaz. En 1249, ils battent l'armée des croisés du roi de France Louis IX. Ils vainquent les Mongols à Aïn Jalut (1260), deviennent les protecteurs des Abbassides rescapés, dont ils recueillent un descendant à qui ils donnent le titre de calife. Ils conquièrent les dernières possessions des Francs au Levant[1].

Les Ottomans mettent fin à cette dynastie en 1517.

Origines[modifier | modifier le code]

Les premiers mamelouks forment, au IXe siècle, la garde des califes abbassides à Bagdad. Ils sont d'abord recrutés parmi les captifs non musulmans en provenance du Turkestan actuel, d'Europe de l'Est (Georgiens, Slaves, Grecs, Circassiens) ou de Russie méridionale (plaines du Kipchak). Au départ, la position n'est pas héréditaire. Certains mamelouks parviennent à des positions importantes de commandement. Ils sont ensuite au service de la dynastie ayyoubide.

Mamelouks d'Égypte[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

Mausolée des Mamelouks au Caire

Les 49 sultans de la dynastie mamelouke règnent sur l'État islamique le plus puissant de son époque qui s'étend sur l'Égypte, la Syrie et la péninsule Arabique de 1250 à 1517. L'avant-dernier sultan Al-Achraf Qânsûh al-Ghûri à la tête de son armée, accompagné de son gouvernement, est battu près d'Alep le 24 août 1516 par Sélim Ier dit le terrible, sultan de l'empire ottoman (1512-1520). Cette défaite, marquera la chute de l'empire mamelouke et ouvrira la porte à l'invasion ottomane[2].

Article détaillé : Bataille de Marj Dabiq.

Deux dynasties de Mamelouks se sont succédé : les mamelouks du fleuve (المماليك البحريون, mamelouks bahrites), qui sont des Turcs kiptchaks qui gouvernent de 1252 à 1382, nommés ainsi car ils sont sur l’île de Roda (بحر, bahr mer, fleuve) ; puis les mamelouks de la tour (المماليك البرجيون, mamelouks bourjites) d'origine circassienne et géorgienne, appelés ainsi car ils habitent les tours de la Citadelle (برج, burj tour) appelés aussi mamelouks circassiens car originaires de Circassie, qui gouvernent jusqu’à la prise du pouvoir par les Ottomans sous le règne du sultan Sélim Ier en 1517.

La période bahrite (1250 – 1382)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bahrites.

En 1250, à la mort d'As-Sâlih Ayyûb (12401249), les Mamelouks turcs bahrites, assassinent son héritier Al-Mu'adham. Leur chef, Al-Muizz Izz ad-Dîn Aybak épouse sa belle-mère (ou mère, suivant les sources) Chajar al-Durr, et prend le pouvoir. Il gouverne jusqu'en 1257. Le sac de Bagdad par les Mongols en 1258 aide la dynastie bahri à s'établir : elle détruit les Abbassides, qui auraient pu vouloir reprendre Le Caire.

Az-Zâhir Rukn ad-Dîn Baybars al-Bunduqdari (Baybars), un Mamelouk exilé en Syrie, retourne alors en Égypte où il règne entre 1260 et 1277, asseyant son pouvoir à la bataille d'Aïn Djalout contre les Mongols (1261). Après l'arrêt des troupes mongoles, les menaces extérieures diminuent considérablement et les incertitudes territoriales s'éteignent. La zone de contrôle des Mamelouks s'étend alors sur l’Égypte, la Syrie et l’Arabie (lieux saints de l'islam), et un protectorat est mis en place vis-à-vis du Yémen. Ils maîtrisent également le commerce dans l’océan Indien, à travers la mer Rouge. À la fin du règne de Baybars a lieu une expédition en Anatolie.

Baybars meurt en 1277. Son fils As-Said Nâsir ad-Dîn Baraka Khan ben Baybars, qu'il avait associé au pouvoir avant sa mort, monte sur le trône à l'âge de 18 ans. Ce fait est important, car il constitue une tentative d'instaurer une dynastie héréditaire, en contradiction avec les principes mamelouks. Cette volonté marquera toute la première période du sultanat.

Baraka est déposé trois ans plus tard par Al-Mansûr Sayf ad-Dîn Qala'ûn al-Alfi, qui appartient à la maison de Baybars. Il règne dix ans (1280-1290), dans un calme relatif. C’est lui qui met fin à la présence franque en Syrie (chute du dernier État franc : 1291). Comme Baybars, il tente d’établir une dynastie mais l’un de ses fils meurt tandis que l’autre est assassiné. Suivent alors 17 ans d’instabilité politique au cours desquels ont lieu les deux premiers règnes d’An-Nâsir Muhammad ben Qalâ'ûn, un autre de ses fils.

En 1309, An-Nâsir quitte son exil syrien, marche sur le Caire et s’empare une troisième fois du pouvoir grâce aux Mamelouks qu’il a recrutés et aux gouverneurs syriens. Il connaît alors un long règne de 1309 à 1340. C'est sous son règne que la population égyptienne devient en majorité musulmane, en raison notamment des pressions exercées sur les Coptes telles que l'interdiction de certaines fêtes religieuses. C'est également sous son règne qu'a lieu une première refonte de l’Iqt’a, c’est-à-dire la répartition des revenus de l’Égypte entre les émirs (chefs militaires) et le sultan. Ce nouveau système permet aux sultans de mener une politique de mécénat.

En 1341, la mort de Qala'ûn ouvre la voie à une nouvelle période d’instabilité (12 sultans en 40 ans). Ce sont en fait les émirs qui tiennent les rênes du pouvoir. En 1348 la peste noire tue un tiers de la population égyptienne. Le sultan An-Nâsir Badr ad-Dîn al-Hasan règne une seconde fois entre 1354 et 1361 ; il sera particulièrement détesté par la population égyptienne en raison de son goût pour la dépense alors que le pays vient d'être ravagé par l'épidémie.

La période burjite (1382 – 1517)[modifier | modifier le code]

Le Caire
Tombes Mameloukes
Article détaillé : Burjites.

En 1382, le sultan Az-Zâhir Sayf ad-Dîn Barquq arrive sur le trône et installe la seconde lignée, celle des Circassiens et des Géorgiens, dits burjites (de burj, « citadelle », parce qu'ils sont cantonnés dans la citadelle du Caire). Il place immédiatement des émirs de sa maison et de sa famille aux postes clés. Il est un instant écarté du pouvoir en 1389, lorsqu'un Bahrite tente de reprendre le commandement, mais retrouve son trône dès 1390. À sa mort en 1399, Barquq tente également d'établir une dynastie, en confiant le pouvoir à son fils, An-Nâsir Faraj ben Barquq, qui connaît deux règnes (1399–1405 et 1405–1412). Vers 1400, celui-ci chasse les Timourides (menés par Tamerlan) de Syrie, et subit, entre 1403 et 1406, une réplique de la peste noire qui provoque la mort de 20 % de la population. La peste précipite le renouvellement des Mamelouks, et provoque un fort déclin économique (baisse du Trésor due à une baisse des revenus fonciers) en sus du drame humain. Le Caire est ruiné.

Sous Al-Achraf Sayf ad-Dîn Barsbay, qui règne de 1422 à 1437, l’Iqt’a est à nouveau refondu : le sultan récupère la quasi-totalité des revenus fonciers et des taxes marchandes. Les Mamelouks conquièrent Chypre en 1424–1426. Mais le commerce lui-même chute : en parvenant à faire le tour de l'Afrique, les Portugais mettent fin au monopole mamelouk sur les épices.

Vers 1485–1491, les Ottomans entrent en guerre contre les Mamelouks, tandis qu’un nouvel ennemi voit le jour en Iran, la dynastie safavide. En 1516, la Syrie est envahie par Selim Ier. En août, celui-ci s’empare du Caire en vainquant le sultan Al-Achraf Qânsûh Al-Ghûrî.

Les Mamelouks après la conquête ottomane[modifier | modifier le code]

Les Ottomans maintiennent des chefs mamelouks à des positions clés en leur donnant le titre de beys. Ceci leur permet de tenter une révolte en 1766 sous la direction de Ali Bey al-Kabir. Cette révolte est maîtrisée en 1777 par les Ottomans.

En 1798, Napoléon Bonaparte écrase les Mamelouks de Mourad Bey lors de la campagne d'Égypte, à la bataille des Pyramides. Il choisit l'un d'eux, Roustam Raza, pour l'attacher à son service personnel jusqu'à la fin de son règne.

Quand ses troupes doivent se retirer en 1801, les Mamelouks doivent combattre à la fois les Ottomans et les Britanniques. En 1806, Méhémet Ali est nommé gouverneur d'Égypte par les Ottomans. Apprenant que les Mamelouks cherchent à l'assassiner, il fait massacrer leurs chefs le 1er mars 1811[3], dans une embuscade, et pourchasse le reste des troupes. C'est la fin des Mamelouks d'Égypte.

En France[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mamelouks de la Garde impériale.
Dans Dos de Mayo, Francisco Goya représente un révolté madrilène s'apprêtant à tuer un mamelouk en le jetant à bas de son cheval.

Pendant la campagne d'Égypte menée par Napoléon, une partie des mamelouks se rallie à lui et le suit en France. Ils forment un escadron de la Garde impériale, qui est par la suite rattaché au régiment des chasseurs à cheval, et servent notamment en Belgique. Ils chargent les chevaliers-gardes russes à la bataille d'Austerlitz et capturent de nombreux prisonniers parmi lesquels se trouve le prince Repnine.

Présents parmi les troupes d'occupation françaises à Madrid au moment de la révolte du 2 mai 1808 au cours de laquelle ils combattent les Madrilènes révoltés, ils sont une cause supplémentaire de la haine des Espagnols contre Napoléon, ceux-ci refusant d'être occupés par des combattants musulmans. Après la chute du Premier Empire, ils sont dispersés. Les derniers d'entre eux sont assassinés à Marseille pendant la Terreur blanche. Pendant le Second Empire, on donne le nom de « mamelouks » aux bonapartistes autoritaires.

Le système mamelouk[modifier | modifier le code]

Cavalier Mamelouk (dessin de Carle Vernet en 1810).

Le système mamelouk, en réservant les plus hautes fonctions à des hommes nés esclaves, est hautement original pour une classe dirigeante. Propre à l’Islam, ce système perdure du IXe au XIXe siècle et prend fin avec le massacre des chefs mamelouks par Méhémet Ali en 1811.

Les Mamelouks recrutent leurs futures élites parmi des enfants capturés dans des pays non musulmans, ce qui permet par exemple de contourner les règles interdisant aux musulmans de se faire la guerre entre eux[réf. nécessaire]. Ces enfants viennent notamment de territoires turcophones (plaine Kipchak, Caucase circassien) et sont sélectionnés sur des critères de capacité, d’absence de liens, et de résistance. Élevé loin de son pays d’origine, le futur Mamelouk reçoit une éducation religieuse[Laquelle ?] et militaire (furûsiyya notamment). Arrivé à l'âge adulte, le sultanat ou l'émir (chef militaire) l'affranchit et lui fournit un équipement et une solde. Il conserve toute sa vie l'esprit de corps ou asabiyya[4] qui caractérise les Mamelouks. Chaque Mamelouk, en effet, est lié à sa maison, c'est-à-dire à son chef et aux Mamelouks qui ont été formés en même temps que lui. On cite des cas où, le sultan étant mort, des Mamelouks refusent, par fidélité à leur ancien chef, d'être affranchis par son successeur et renoncent ainsi à leur carrière.

Les Mamelouks se répartissent dans des corps distincts selon leur chef. Le sultan forme les troupes d'élite tandis que les émirs se constituent des corps de Mamelouks de valeur moindre.

Ce système est très coûteux en raison des importantes pertes lors du voyage et de la nécessité de traiter avec les Byzantins et les Mongols. De plus, il faut trouver de nouveaux Mamelouks à chaque génération, car leurs enfants ne peuvent demeurer dans le corps des Mamelouks : nés musulmans et considérés comme « moins résistants » à cause de leur contact avec la société islamique, ils épousent des femmes autochtones et leur descendance se fond dans la société locale. De plus le système se dégrade au cours du temps : on passe d’une promotion tous les dix ans à une promotion tous les cinq ans sous Barquq, puis tous les quatorze mois.

Organisation militaire : la furûsiyya[modifier | modifier le code]

Le sultanat mamelouk dispose de la meilleure armée du monde islamique, notamment grâce à la pratique de la furûsiyya[5]. La furûsiyya est un ensemble de connaissances pratiques et théoriques liées au cheval : équitation, hippologie, médecine vétérinaire, art militaire. Elle comprend aussi les disciplines de la fauconnerie, de l’archerie, du maniement des armes, de la lutte, de la natation et du jeu d'échecs, tous considérés comme des arts militaires. Elle ne met pas en avant la bravoure mais la discipline et donne lieu à une importante littérature.

On compte au Caire de nombreux hippodromes (sept au moins pour la période bahrite). Cependant, dès 1340, les hippodromes commencent à se dégrader et sont au milieu du XVe siècle dans une situation désastreuse : la furûsiyya ne se pratique plus alors que dans la cour du palais. C’est d’ailleurs à cette période qu’arrivent les armes à feu, que les Mamelouks n’adoptent pas, contrairement aux Ottomans. Les hippodromes jouent un rôle essentiel en servant de lieu de réunion.

Les exercices de furûsiyya sont nombreux et comprennent des exercices à la lance ainsi que la pratique du polo, du kabak (décrit par Makrizi), du tir à l’arc, de l’escrime, du jeu de birjas, du jeu de la masse d’armes, de la lutte, de la chasse, du tir à l’arbalète, des courses de chevaux et du jeu d'échecs. Chacune de ces branches possède un maître.

Les Mamelouks consomment d'autre part de la viande de cheval et du kumis (lait de jument fermenté)[réf. nécessaire], pratiques étrangères au monde arabe.

Organisation économique[modifier | modifier le code]

Les Mamelouks pratiquent le commerce des épices avec les Européens, à travers l’Océan Indien. Cette pratique est source de grande richesse jusqu’au contournement du Cap de Bonne Espérance par les Portugais, qui provoque la fin du monopole.

Art mamelouk[modifier | modifier le code]

L'Égypte mamelouke a produit un art de tout premier ordre, en particulier dans le domaine architectural au Caire. Voir les articles Art mamelouk et Architecture mamelouke.

Autres entités au sein de l'empire ottoman[modifier | modifier le code]

Les Mamelouks de Bagdad proclament leur indépendance au XVIIIe siècle, et la conservent jusqu'en 1830.

Dans les Régences de Tunis, la Alger, et celle de Tripoli, au XVIIIe et au XIXe siècle, les mamelouks, qu'ils soient issus de la piraterie en Méditerranée ou des régions caucasiennes, forment un corps militaire fermé autour du souverain. Que ce soit le Bey de Tunis, le Dey d'Alger ou le Pacha de Tripoli, ils ont souvent recours à leurs services car les mamelouks sont jugés plus aptes et surtout plus surs que les populations autochtones. Ils accaparent la haute administration, l'armée et le gouvernement local.

En Inde[modifier | modifier le code]

En 1206, Qutb ud-Dîn Aibak, le commandant des forces mameloukes en Inde s'autoproclame sultan de Delhi. La dynastie des esclaves demeurera jusqu'en 1290.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Histoire des Arabes de 1500 à nos jours - Auteur : Eugène Rogan - Ed. Perrin - 2013 - ISBN 978-2-262-03780-2 - Page 28
  2. Histoire des Arabes de 1500 à nos jours - Auteur : Eugène Rogan - Ed. Perrin - 2013 - ISBN 978-2-262-03780-2 - Pages 27-31
  3. Conrad Malte-Brun, Géographie universelle: ou description de toutes les parties du monde, vol. 5, Garnier,‎ 1853 (lire en ligne), p. 425
  4. Asabiyya en arabe : ʿaṣabīya, عصبيّة « esprit de clan/corps ; patriotisme »
  5. Furûsiyya en arabe : furūsīya, فروسيّة « chevalerie ; équitation » dérivant de faras, فرس « jument ; cheval ».

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

La période du sultanat est très bien documentée grâce en particulier à des actes de waqf et aux témoignages des historiens. Les sources principalement utilisées sont :

  • Les écrits de l'historien Ibn Khaldoun (Tunis, 1332 - Le Caire, 1406). Dans son Histoire Universelle (Mukkadima), le Kitab al-Hibar est un exposé sur le système mamelouk.
  • Les écrits de Ibn Taghri Birdî, datant du XVe siècle, principalement sur la furûsiyya.
  • Les écrits de l'historien Makrizi.
  • Janine & Dominique Sourdel, Dictionnaire historique de l'islam, PUF, coll. « Quadrige »,‎ 2004, 1056 p. (ISBN 978-2-130-54536-1), « Mamelouks Syro-Égyptiens », p. 526-529
  • David Ayalon, Le phénomène mamelouk dans l'Orient islamique, PUF,‎ 1996, 176 p. (ISBN 9782130478065)
  • André Clot, L'Égypte des Mamelouks 1250-1517. L'empire des esclaves, Perrin,‎ 2009, 474 p. (ISBN 9782262030452)
  • M'hamed Oualdi, Esclaves et Maîtres. Les mamelouks des beys de Tunis du XVIIIe siècle aux années 1880, Publications de la Sorbonne, coll. « Bibliothèque historique des pays d'Islam »,‎ 2011, 506 p. (ISBN 978-2-859-44668-0)