Ceuta

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Ville autonome de Ceuta
(es) Ciudad Autónoma de Ceuta
Blason de Ville autonome de Ceuta
Héraldique
Drapeau de Ville autonome de Ceuta
Drapeau
Administration
Pays Drapeau de l'Espagne Espagne
Capitale Ceuta
Statut d'autonomie 14 mars 1995
Sièges au Parlement 1 députés
2 sénateurs
Président Juan Jesús Vivas Lara (PP)
ISO 3166-2:ES ES-CE
Démographie
Gentilé Ceutien, Ceutienne (en français)
ceutí (en castillan)
sebtí (en arabe)
Population 84 018 hab. (2012)
Densité 4 422 hab./km2
Géographie
Coordonnées 35° 53′ 12″ N 5° 18′ 00″ O / 35.886667, -5.3 ()35° 53′ 12″ Nord 5° 18′ 00″ Ouest / 35.886667, -5.3 ()  
Superficie 1 900 ha = 19 km2
Localisation
Localisation de Ville autonome de Ceuta
Liens
Site web http://www.ceuta.es/

Ceuta (du latin Septem Fratres[1] ; Abyla dans l'Antiquité ou Sebta سبتة en berbère et en arabe[2]) est une ville autonome Espagnole formant une encoche sur la côte nord du Maroc en Afrique. Située sur le côté méditerranéen du détroit de Gibraltar, en face de la péninsule Ibérique, à environ quinze kilomètres des côtes de la province espagnole de Cadix, elle est revendiquée par le Royaume du Maroc, alors que la ville n'est plus marocaine depuis 600 ans.

Géographie[modifier | modifier le code]

Carte de Ceuta

Ceuta est constitué en grande partie par le territoire continental terminée par la péninsule d'Almina dominé par Monte Hacho et au bout de laquelle se trouve la Punta Almina.

Histoire[modifier | modifier le code]

Fondée par les Phéniciens au VIIe siècle av. J.-C., la ville est riche d'une histoire culturelle féconde et originale du fait de sa position stratégique, et différente à son tour de la culture environnante de l'Afrique du Nord, amazigh, numide puis musulmane. Conquise par les Grecs phocéens et nommée « Hepta Adelphoi », elle serait carthaginoise à partir de 309. Après la victoire de Rome sur Carthage, les Numides occupent la ville jusqu'au règne de l'empereur Caligula, qui l'intègre à l'Empire dans l'année 40.

La Septa romaine, chrétienne et latine, dure jusqu'à la conquête musulmane, en 709, avec des parenthèses de domination vandale et byzantine. Elle appartient à la Maurétanie Tingitane, et en devient un centre commercial de premier ordre, profitant de sa situation de carrefour méditerranéen.

Les alternances dans la domination sur la ville se reflètent dans la culture prédominante à chaque époque. Sept siècles de domination musulmane effacent presque entièrement les vestiges romains et chrétiens de la ville.

Période préromaine[modifier | modifier le code]

  • VIIe siècle av. J.-C. : La ville est sous contrôle phénicien et désignée sous le nom d’Hepta Adelphoi.
  • 319 av. J.-C. : La ville est conquise par Carthage.
  • 201 av. J.-C. : Carthage perd la guerre contre Rome et la ville passe sous contrôle du royaume berbère des Numides.
  • 47 av. J.-C. : Ceuta passe sous contrôle du royaume berbère de la Maurétanie.

Domination romaine et post-romaine (40-709)[modifier | modifier le code]

Domination musulmane (709-1415)[modifier | modifier le code]

  • 709 : Ceuta est livrée aux Omeyyades par le comte Julien[3], le gouverneur local de la ville et vassal des Wisigoth de la péninsule Ibérique (il semblerait à la mort de Wittiza, qu'il ait trahi Roderic en 711 au profit du prince d'Agila en favorisant le passage des troupes musulmanes).
  • 740 : Rébellion kharidjite berbère dans l'actuel nord du Maroc contre le pouvoir arabe ; la ville est détruite.
  • 789 : La ville est prise par la dynastie des Idrissides.
  • 931 : La ville, ainsi qu'une partie du nord du Maroc, est prise par le califat de Cordoue sous Abd al-Rahman III. À l'instar du reste du califat de Cordoue, Ceuta entre dans une période de déclin.
  • 1031 : La ville passe sous le contrôle de la taïfa hammudite de Malaga.
  • 1061 : Suqut al-Bargawati, wali de Tanger et Ceuta, se proclame indépendant.
  • 1084 : La dynastie des Almoravides s'établit comme le nouveau pouvoir dans la région. Youssef Ibn Tachfin, premier souverain almoravide et sultan de Marrakech, prend la ville de Ceuta, puis après plusieurs années entreprend la conquête de tous les taïfas d'al-Andalus, et repousse les royaumes chrétiens vers le nord de la péninsule Ibérique.
  • 1147 : Ceuta est prise par le sultan almohade du Maroc qui conquiert tout le Maghreb et la moitié sud de la Péninsule ibérique.
  • 1212 : Défaite de l'empire des Almohades à la bataille de Las Navas de Tolosa : les Almohades cèdent leurs territoires ibériques aux Andalous, reconstitution des taïfas. Ceuta reste sous domination du sultan de Marrakech.
  • 1232 : Prise éphémère de la ville par la taïfa de Murcie.
  • 1233 : Ville indépendante.
  • 1236 : La ville est prise par la dynastie des Mérinides, nouvelle dynastie zeneta-musulmane ayant Fès comme capitale.
  • 1242 : La ville passe sous le contrôle éphémère de la dynastie des Hafsides de Tunis. [réf. nécessaire]
  • 1249 : La famille locale azafide expulse les Hafsides, prend le pouvoir à Ceuta et fait allégeance au sultan de Fès.
  • 1291 : Signature du traité de Monteagudo entre les royaumes de Castille et d'Aragon. Les deux royaumes se partagent les zones d'influence sur la Méditerranée : dans le traité Ceuta reviendrait à la Castille.
  • 1305 : La ville est prise par le royaume nasride de Grenade.
  • 1309 : La ville est reprise par le sultan de Fès avec l'aide du royaume d'Aragon : les Azafides sont de nouveau nommés walis de Ceuta par le sultan marocain.
  • 1340 : Le sultan marocain Abou el-Hassan ben Othman débarque à Ceuta après la défaite de ses troupes à la bataille du Salado qui signe la fin des interventions marocaines dans la Péninsule ibérique.
  • 1384 : Le royaume nasride de Grenade prend Ceuta.

Domination portugaise et espagnole[modifier | modifier le code]

Ceuta, vue depuis le belvédère d'Isabelle II, près de la frontière marocaine
  • 1415 : Le Portugal prend Ceuta au royaume du Maroc (dynastie mérinide) et débute ainsi une vaste campagne d'expéditions coloniales en Afrique.
  • 1437 : Échec d'une expédition portugaise menée par Henri le Navigateur contre Tanger. Une partie du corps expéditionnaire est fait prisonnier et l'infant Ferdinand est gardé en otage. Un traité est signé par lequel les Portugais obtiennent de pouvoir partir à condition de rendre Ceuta et de laisser l'infant en otage, pour garantir l'exécution de ce pacte. Mais l'infant meurt en captivité et le pacte n'est pas respecté.
  • 1479 : Le Portugal et la Castille signent le traité d’Alcáçovas par lequel les deux royaumes se partagent les zones d'influence sur le Maroc, alors sous domination wattasside ; la Castille y reconnaît Ceuta comme possession portugaise et confirme n'avoir aucun droit historique sur la ville.
  • 1494 : Traité de Tordesillas entre le Portugal et l'Espagne, cette dernière reconnaît de nouveau Ceuta comme possession portugaise.
  • 1509 : L'Espagne et le Portugal signent la capitulation de Cintra dans laquelle l'Espagne reconnaît n'avoir aucun droit sur les colonies portugaises dans la côte marocaine allant de Ceuta à Boujdour.
  • 1578 : Mort du roi portugais Sébastien Ier, en 1578 à la bataille des Trois Rois, sans héritier.
  • 1580 : L'Espagne remporte la bataille d'Alcántara. Philippe II d'Espagne est proclamé roi de Portugal (Philippe Ier), les possessions et colonies portugaises sont incorporées au royaume d'Espagne.
  • 1640 : Le Portugal recouvre son indépendance mais Ceuta, peuplée par une majorité de colons d'origine espagnole, reste sous la souveraineté espagnole.
  • 1668 : Le traité de Lisbonne entre le Portugal et l'Espagne garantit la séparation entre les deux pays, mais au prix de la reconnaissance officielle de l'appartenance de Ceuta à l'Espagne.
  • 1694-1724 : Le sultan Moulay Ismaïl, de la dynastie alaouite, prend plusieurs villes occupées par les Portugais et les Espagnols sur la côte atlantique de l'actuel Maroc, puis mène un long siège devant Ceuta qui se solde par un échec dû au ravitaillement de la ville par voie de mer depuis la péninsule Ibérique.
  • 1702 : La ville est attaquée par l'Angleterre ; Ceuta résiste mais Gibraltar est conquise en 1704. L'Espagne reconnaît la souveraineté britannique sur le territoire par le second traité d'Utrecht (1713) avec le Royaume-Uni.
  • 1791 : l'Espagne cède Oran et Mers-el-Kebir à la régence d'Alger et envisage de faire de même pour les possessions qui sont situées au Nord du Maroc.
  • 1808 : Les Anglais évacuent l'îlot de Tourah en 1813 à la demande du roi d'Espagne Ferdinand VII.
  • 1811 : le Cortes de Cadix déclare que les presidios menores ne font pas partie du territoire espagnol et un vote favorable à leur cession obtient la majorité des voix.
  • 1859-1860 : Profitant d'un incident frontalier aux frontières de la ville et de sa supériorité militaire vis-à-vis de son voisin, l'Espagne déclare la guerre au Maroc (guerre d'Afrique) et la remporte et élargit les frontières de Ceuta et de Melilla.
  • 1902 : Négociations entamées entre le Foreign-Office et le Makhzen pour la cession de l'îlot de Perejil.
  • 1925 : La ville devient indépendante de la province de Cadix.
  • 1936 : avec l'instauration du franquisme, on assiste à une nouvelle stratégie, qui consiste à intégrer les deux villes et les îles sous la souveraineté espagnole (españolidad). On ne parle plus de presidios mais de territorios de soberanía. La propagande franquiste a renforcé dans l'opinion publique l'idée selon laquelle Ceuta et Melilla ont toujours fait partie intégrante du territoire espagnol.
  • 1995 : Promulgation du Statut d'autonomie de la ville, suivant l'aménagement du reste des territoires d'Espagne.
  • 2007 : À la suite de l'annonce officielle de la visite du roi Juan Carlos et de la reine Sofía à Ceuta et Melilla, le roi Mohammed VI du Maroc rappelle son ambassadeur en Espagne pour consultations (jusqu'au 8 janvier 2008). Des manifestations de protestation ont lieu au Maroc pendant la visite[4].

Statut et administration[modifier | modifier le code]

Ceuta a obtenu en 1995 le statut de « ville autonome » (en espagnol : Ciudad Autónoma de Ceuta), statut intermédiaire entre la commune et la communauté autonome. Auparavant, Ceuta avait fait partie de la province de Cadix. Avant l'entrée de l'Espagne dans ce qui était alors la Communauté européenne, en 1986, la ville avait eu le statut de port franc. L'enclave est incluse dans l'Union européenne.

Démographie[modifier | modifier le code]

Plus de 50% de la population est arabe marocaine[5].

Édifices[modifier | modifier le code]

Église Saint-François d'Assise

Églises[modifier | modifier le code]

Ces églises catholiques dépendent du diocèse de Cadix et Ceuta qui, lui-même, relève de la province ecclésiastique de Séville.

Revendications marocaines[modifier | modifier le code]

Depuis son indépendance en 1956, le Maroc revendique cette enclave, tout comme Melilla et les autres Plazas de soberanía, ceci bien que dans le traité de cessation du protectorat il ne fut fait mention des deux enclaves (existantes avant ledit protectorat espagnol) ou comme n'étant pas "continental" car insulaires pour les "présides". Pour le Maroc, il s'agit d'un vestige du colonialisme et les médias marocains évoquent Ceuta comme « le préside occupé de Sebta ». L'Espagne considère pour sa part Ceuta comme faisant partie intégrante de son territoire, depuis 1995 en tant que ville autonome ou « autonomie » comme les autres régions espagnoles, et comme partie intégrante du Royaume d'Espagne depuis 1580 et 1415 par "rétroactivité hispano-portugaise" comme indiqué dans l'historique ci dessus.

Soutien et statut international[modifier | modifier le code]

De nombreux pays appartenant à l'Union africaine[6]; Ces territoires revendiqués ne font cependant pas partie des territoires non-autonomes en attente de décolonisation tels que définis par l'ONU. L'Espagne, qui l'aide à financer sa politique de lutte contre l'immigration clandestine dans cette région, et qui plus généralement considère comme dépendance européenne les dépendances des États de l'Union (îles Malouines ou Falkland, départements et territoires d'outre mer français, dépendances et îles éparses néerlandaises, françaises, britanniques, danoises, et ici même espagnoles)

Jumelages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ángeles Vicente, Ceuta, une ville entre deux langues : Une étude sociolinguistique de sa communauté musulmane, L'Harmattan,‎ 2005, 220 p. (ISBN 978-2-7475-8584-2 et 9782747585842, lire en ligne), p. 19
  2. Michel Malherbe, Quand l'histoire change les noms de lieux : Les lieux à dénominations multiples, Paris, L'Harmattan,‎ 2008, 303 p. (ISBN 978-2-296-05761-6, LCCN 2008448758, présentation en ligne, lire en ligne), p. 39
  3. L'origine de Julien n'est pas connue avec certitude, divers historiens espagnols soutiennent les possibilités qu'elle soit berbère, wisigothe ou byzantine, tandis que les sources arabes affirment qu'elle était certainement byzantine, et que Ceuta et Tanger étaient les derniers bastions de l'Empire byzantin en Afrique du Nord
  4. « Poursuite de la visite du roi d’Espagne à Ceuta », El Watan, 7 novembre 2007 [1]
  5. The battle over Ceuta, Spain's African Gibraltar - Telegraph: “Of course Ceuta should stay a part of Spain,” said Mohammad, a small businessman and one of the Muslims who make up almost half of Ceutas population.
  6. Le plan stratégique de la Commission de l'Union africaine

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Máximo Cajal, Ceuta, Melilla, Olivenza y Gibraltar. ¿Dónde acaba España?, Madrid, Siglo XXI de España, 2003. (ISBN 978-84-323-1138-3)
  • François Papet-Périn, "La mer d'Alboran ou Le contentieux territorial hispano-marocain sur les deux bornes européennes de Ceuta et Melilla". Tome 1, 794 p., tome 2, 308 p., thèse de doctorat d'histoire contemporaine soutenue en 2012 à Paris 1-Sorbonne sous la direction de Pierre Vermeren.
  • Yves Zurlo (préface de Bernard Bessière), Ceuta et Melilla : histoire, représentations et devenir de deux enclaves espagnoles, Paris, Budapest et Turin, L'Harmattan, « Recherches et documents. Espagne », 2005, 320 p. Texte remanié d'une thèse de doctorat en espagnol, soutenue en 2002. (ISBN 978-2-7475-7656-7)
  • Attilio Gaudio (préface de Henri La Bastide), Maroc du Nord Cités Andalouses et Montagnes Berbères, Paris, Nouvelles Éditions Latines, 1981. (ISBN 978-2-7233-0118-3)
  • « Mérinides et Watassides : La conquête de Ceuta par le Portugal et le début de l'expansionnisme ibérique au Maroc », dans Michel Abitbol, Histoire du Maroc, Paris, Perrin,‎ 2009 [détail des éditions], p. 133-135

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]