Bélisaire

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Bélisaire
Ce visage barbu, représenté à la droite de l'empereur sur une mosaïque célébrant la reconquête de l’Italie par l’armée byzantine (Basilique Saint-Vital de Ravenne), est probablement celui du général victorieux, Bélisaire.
Ce visage barbu, représenté à la droite de l'empereur sur une mosaïque célébrant la reconquête de l’Italie par l’armée byzantine (Basilique Saint-Vital de Ravenne), est probablement celui du général victorieux, Bélisaire.

Grade militaire Général
Faits d'armes 530 : Bataille de Dara
533 : Bataille de l'Ad Decimum
533 : Bataille de Tricaméron
De 535 à 540 : Conquête du Royaume ostrogoth
Distinctions Triomphe à Constantinople en 534
Biographie
Naissance v. 500
Décès mars 565
Constantinople

Bélisaire (grec : Belisarios, latin : Flavius Belisarius), né vers l'an 500 aux confins de l'Illyrie et de la Thrace et mort en 565 à Constantinople, est un général byzantin. Soutien fidèle de l'empereur Justinien, il maintient l'intégrité de l'empire romain d'Orient et reconquiert l'Occident.

Jeunesse et premières campagnes[modifier | modifier le code]

Bélisaire est probablement né à Germania, dans le sud-ouest de l'actuelle Bulgarie. Après avoir servi comme garde du corps de l'empereur Justin Ier, il est remarqué par l'empereur et obtient en 526 l'autorisation de former un corps de cavalerie lourde (les Bucellarii) qu'il emmène effectuer un raid victorieux contre les Gépides au-delà du Danube. Ce succès lui permet de porter le nombre des bucellarii à 1 500 hommes, qui seront le fer de lance de ses futures armées.

En 527, le nouvel empereur, Justinien, nomme Bélisaire à la tête de son armée de l'est chargée de lutter contre les incursions des Sassanides. Vainqueur des Perses à Dara en 530, il est par contre battu l'année suivante lors de la bataille de Callinicum et l'empire byzantin doit signer la paix avec les Sassanides et accepter de leur verser un tribut. En 532, il réprime dans un bain de sang, avec Narsès, un soulèvement populaire connu sous le nom de sédition Nika (victoire en grec) à cause de son cri de ralliement. Il a, à cette occasion, l'appui de l'impératrice Théodora, dont il a épousé l'amie, Antonine.

Reconquête de l'Empire romain d'Occident[modifier | modifier le code]

En récompense de ses efforts, il est nommé par Justinien à la tête de l'expédition contre les Vandales. Il débarque en Afrique à la fin de l'été 533, remporte une première victoire à la bataille de l'Ad Decimum le 13 septembre et entre dans Carthage le lendemain. Le 15 décembre, il bat une nouvelle fois les Vandales lors de la bataille de Tricamarum et cette victoire décisive conduit le roi Gélimer à faire sa reddition en mars 534, l'Afrique redevenant une province byzantine. Pour ce grand succès, Bélisaire reçoit, à son retour à Constantinople, les honneurs du triomphe, le dernier qui fut donné dans l'empire.

La même année, Amalasonte, reine des Ostrogoths, est assassinée et remplacée par Théodat, ce qui légitime l'invasion des terres gothiques par l'Empire romain d'Orient : Bélisaire débarque en Sicile en 535 avec 10 000 hommes, tandis que Mundus envahit la Dalmatie. En juin 536, Bélisaire franchit le Détroit de Messine et prend Neapolis (Naples) après un siège d'un mois. Mais les Goths déposent Théodat et élisent Vitigès, un roi plus agressif, à sa place. Bélisaire prend Rome le 9 décembre[1] 536, la garnison gothique s'enfuyant devant son armée. Sur les ordres de l'impératrice Théodora, Bélisaire dépose le pape Silvère, pour le motif de collusion avec les Ostrogoths (mais en réalité parce que l'impératrice était monophysite, dont la doctrine avait été condamnée par le pape), et le fait remplacer par Vigile.

Mais Vitigès assiège Rome en mars 537 avec 50 000 hommes. Bélisaire défend victorieusement la ville pendant un an et, en mars 538, le siège est levé quand une flotte byzantine remonte le Tibre et apporte des renforts à Bélisaire. Vitigès bat en retraite avec ses troupes, poursuivi par Bélisaire, et se réfugie à Ravenne, sa capitale, qui est à son tour longuement assiégée. Mais au printemps 540, les risques de guerre avec les Perses et les Slaves poussent l'empereur Justinien à envisager une paix avec les Goths. Bélisaire ne transmet pas l'offre de paix. Mais Vitigès propose à Bélisaire de devenir empereur d'Occident et roi des Goths. Celui-ci feint d'accepter, mais une fois entré à Ravenne avec ses meilleurs vétérans, il capture Vitigès et prend la ville.

La popularité croissante de Bélisaire, et la crainte qu'il finisse par accepter de devenir empereur d'Occident, poussent Justinien à le rappeler à l'est ; le général est envoyé se battre contre les Perses sassanides en Syrie en 541 et 542. Cette campagne peu fructueuse se termine par la négociation d'une trêve de cinq ans.

Pendant ce temps, les Ostrogoths, menés par Ildebad puis Totila, ont reconquis presque toute l'Italie. Bélisaire y est donc renvoyé en 544 mais les troupes byzantines reçoivent peu de renforts et d'approvisionnement de Constantinople, et sont réparties entre plusieurs généraux semi-indépendants, ce qui les empêche de vaincre les Goths. En 548, Bélisaire est relevé de son commandement et le général eunuque Narsès, avec une puissante armée de 20 000 hommes, est envoyé par Justinien pour le remplacer. Grâce au soutien constant de l'empereur et à son habileté stratégique, Narsès réussit à son tour à reconquérir l'Italie.

Dernières campagnes et retraite[modifier | modifier le code]

Bélisaire, gravure d' Auguste Desnoyers (1810), d'après le tableau de François Gérard (1795).

Bélisaire est écarté alors de tout poste officiel, hormis en 553 où il est envoyé par l'empereur Justinien au Deuxième concile de Constantinople pour négocier avec le pape Vigile. Mais en 559, les Huns traversent le Danube, menaçant Constantinople et, conscient des manœuvres visant à sa disgrâce, Bélisaire obtient son rappel dans la capitale où il prend le commandement de la garde impériale et préserve la ville de la déferlante des Huns en les battant dans ce qui reste sa dernière campagne militaire. En 562, il est accusé, sans doute à tort, de corruption et emprisonné mais Justinien lui pardonne peu après et le fait libérer. Il ne retrouve cependant jamais un commandement important.

Il meurt à Constantinople en mars 565 dans une relative pauvreté.

Postérité[modifier | modifier le code]

L'historien Charles Diehl écrit que Bélisaire était très populaire parmi ses soldats en raison de son physique avantageux, de son courage pendant la bataille et de sa générosité après les combats mais qu'il manquait de fermeté. Il juge Bélisaire tenace et très bon tacticien, mais considère qu'il manquait d'énergie et d'audace. Ce serait ainsi plus un général chanceux qu'un grand général[2]. D'une fidélité sans borne à l'empereur Justinien, Bélisaire n'eut jamais d'ambition politique mais subit beaucoup l'influence de sa femme, Antonine, à qui il pardonna ses nombreux excès (bien que Procope, le secrétaire particulier de Bélisaire, ait sans nul doute beaucoup exagéré à ce sujet dans son Histoire secrète)[3].

Les multiples désaveux dont fut victime ce fidèle serviteur du monarque en firent dans la littérature et la peinture un exemple de l'ingratitude des puissants de ce monde. C'est le cas en particulier dans un roman interdit de Jean-François Marmontel qui visait clairement Louis XV. Des peintres tels Durameau ou David contribuèrent à répandre la légende d'un homme condamné par Justinien à devenir un aveugle mendiant. Il s'agit certainement d'une fiction, mais elle a donné naissance à la phrase qui lui est attribuée : « Donnez une aumône à Bélisaire ! ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Biographie[modifier | modifier le code]

  • L.M. Chassin, Bélisaire, généralissime byzantin (504-565), Paris, Payot, 1957.
  • Nicolas Stratigos, « L'Empire romain d'Orient à la reconquête de Rome », Vae Victis no 5, novembre-décembre 1995.
  • Anne-Sophie Barrovecchio, « Le Complexe de Bélisaire, histoire et tradition morale », Paris, Honoré Champion, 2009.

Études[modifier | modifier le code]

Autre[modifier | modifier le code]

  • Roy Boss, Justinian's Wars: Belisarius, Narses and the Reconquest of the West, Stockport, 1993

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Bernard Mary-Lafon, Rome ancienne et moderne: depuis sa fondation jusqu'à nos jours, Furne et Cie., 1861
  2. Charles Diehl, Justinien et la civilisation byzantine au VIe siècle, Ernest Leroux éditeur, 1901, p 162.
  3. Charles Diehl, Justinien et la civilisation byzantine au VIe siècle, Ernest Leroux éditeur, 1901, p 166.