Wahhabisme

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Le wahhabisme est un mouvement politico-religieux saoudien, fondé au XVIIIe siècle par le fondamentaliste Mohammed ben Abdelwahhab. Selon sa vision puritaine et rigoriste[1] issue de l'islam sunnite hanbalite[2], l'islam devrait être ramené à sa forme originelle qu'il définit selon sa propre interprétation du Coran et des hadiths[1]. La pensée ainsi définie diffère des autres doctrines de l'Islam, très largement majoritaires[1].

Cette doctrine se définit comme étant salafiste, mais les autres courants rejettent cette affirmation[réf. nécessaire]. Bien qu'étant largement minoritaires[3], les wahhabites vont jusqu'à rejeter tous les autres courants de l'Islam qui ne suivent pas scrupuleusement leurs dogmes, les considérant comme hérétiques[4].

Parfois perçu comme une secte[5], ce courant fondamentaliste[6] est régulièrement présenté comme un mouvement ultra-orthodoxe et extrémiste[7].

Dénominations[modifier | modifier le code]

Le terme « wahhabisme », forgé sur le nom du fondateur du mouvement est initialement créé au XVIIIe siècle par les Arabes du Hedjaz et les Égyptiens qui craignent l'expansion du premier État saoudien, avant d'être ensuite repris par les diplomates européens constatant l'apparition d'un contre-pouvoir face à l'Empire ottoman. Une des premières attestions du terme dans la littérature diplomatique européenne remonte à 1803, sous la plume du consul de Russie à Istanbul Andreï Iakovlévitch Italinski (ru)[8], lorsque les Saoudiens après avoir pris Taëf, sont aux portes de La Mecque[9].

Mais les saoudiens, opposés à tout intermédiaire avec Dieu - ce compris le prophète Mahomet et a fortiori leur fondateur - rejettent eux-mêmes cette appellation et se désignent comme « muwahhidun » (« les unitaristes »), « salafi » (de al-salaf al-ṣāliḥ, « les pieux Anciens ») ou « ahl al-sunna » (« les gens de la sunna »)[9].

Histoire[modifier | modifier le code]

Débuts et ascension[modifier | modifier le code]

Mohammed ben Abdelwahhab est probablement né en 1703 dans la tribu arabe sédentaire des Banu Tamim à Uyayna (en), un village du nord de l'actuelle Arabie Saoudite. Après ses études à La Mecque et un voyage en Irak et en Iran, le jeune Mohammad Ibn Abd Al-Wahhab était rentré à son village d'Uyayna, oasis du Nejd, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Riyad et situé hors de l'espace ottoman. Devenu puritain et prônant une stricte application de l'islam, il se met à prêcher auprès des habitants de l'endroit. Mais son intégrisme est mal perçu et il se voit obligé de quitter les lieux.

Il se rend dans l'oasis d'Ad-Diriyah, à une demie journée de marche vers le sud. Là, l'émir local, Mohammad Ibn Saoud (Mohammad Al Saoud), s'intéresse à son discours et conclut avec lui un pacte qu'il scelle en lui donnant sa fille en mariage. La famille Saoud devient le bras armé du mouvement, Ibn Al-Wahhab son idéologue, version islamique de l'alliance « du sabre et du goupillon ».

Il est mort le 26 Safar 1163H (juin 1792) à Médine et a été enterré au cimetière Al Baqi.

Alliance politique avec les Saouds[modifier | modifier le code]

L'idéologie de ben Abdelwahhab permet la domination des Al Saoud sur les tribus arabes voisines en leur donnant une légitimité religieuse. Grâce au prêche (dawah) du cheikh, ainsi qu'à l'autorité et à la puissance du prince, ils réussirent à unifier les tribus arabes, ce qui permit à Mohammed Ibn Saoud de devenir l'imam du premier État saoudien et de transmette cette fonction de l'imamat à ses descendants. Charles Saint-Prot présente Mohammed ben Abdelwahhab comme le précurseur du réformisme salafiste qui se développera avec Jamal al-Din al-Afghani, Mohammed Abduh, Mohammed Rachid Rida et Abd al-Rahman al-Kawakibi à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

Guerre contre le califat musulman[modifier | modifier le code]

Mohammed 'Ali Pacha.

Le califat ottoman de l'époque s’inquiète rapidement de l'ampleur du mouvement et de la menace qu'il fait peser sur son pouvoir. À la suite du pillage et de la profanation des villes saintes de Kerbala (1801), de La Mecque et de Médine (1803-1806)[10], le sultan Mahmud II ordonna au Khédive (vice-roi) d'Égypte Mohammed 'Ali Pacha d'envoyer une armée en Arabie pour détruire cette dissidence.

Celui-ci nomme son fils Ahmed Toussoune Pacha (1793-1816), âgé de 17 ans, comme général commandant la première campagne militaire, qui quitta le port de Suez le et s'empara du port de Yanbu' la même année, de Médine en 1812 et de la Mecque en 1813.

La deuxième expédition se déroula entre 1813 et 1815. Durant cette campagne, Mohammed 'Ali Pacha accomplit le pèlerinage (Hajj) et supervisa les opérations militaires conduites par son fils Toussoune. Le troisième imam Saoud ben Abdelaziz ben Mohammed fut tué sous les murs de Ta’if en décembre 1814 et le pouvoir passa aux mains de son oncle Abdallah, car aucun de ses douze fils n'étaient de taille à le remplacer. Mais les wahhabites ne purent résister à l’offensive et furent vaincus à Koulakh le . Le quatrième imam Abdallah ben Saoud déposa les armes et accepta un humiliant traité, mais réussit à conserver le Nedjd et sa capitale Dariya.

Une troisième expédition égyptienne fut envoyé en Arabie en 1816, commandée par Ibrahim Pacha, autre fils (adoptif ?) du Khédive. Après une campagne très difficile, l'armée égyptienne détruisit la capitale Dariya le . Elle captura l'imam Soulaymân petit-fils de Mohammed ben Abdelwahhab, qui fut fusillé, et Abdallah ibn Saoud, qui fut envoyé au sultan Mahmoud II. Ce dernier le fit décapiter et exposa son corps sur la place publique à Istanbul. Mais certains membres de la famille de Saoud réussirent à fuir vers d'autres régions de l'Arabie.

L'imam Tourki ben Abdallah Al Saoud réussit à créer en 1824 le deuxième État wahhabite avec Riyad pour capitale. La famille rivale des Al-Rachid profita des luttes fratricides au sein du clan Al-Saoud pour mettre fin à ce deuxième État s'emparer du pouvoir à Riyad avec l'aide des Turcs en 1892. L'empire britannique, qui souhaitait voir le départ de l'empire ottoman de la région, instrumentalisa le wahhabisme à des fins géopolitiques. Il apporta un large soutien et un appui à ce mouvement dans sa conquête et aida le wahhabisme à se répandre. En 1902, Abdelaziz ben Abderrahman ben Fayçal Al Saoud de l'ancienne famille régnante réfugiée au Koweït, reconquit Riyad puis tout le Nedjd entre 1902 et 1912, avant d'arracher le Hedjaz et de prendre possession de La Mecque le , de Médine le 5 décembre de la même année, de Djeddah le pour finalement fonder les royaumes du Hedjaz le et du Nedjd en mai 1927, qu'il réunit le pour créer le troisième Royaume d'Arabie saoudite.

Création du premier régime wahhabite[modifier | modifier le code]

Après la disparition du Califat en 1924, la conquête du pouvoir en 1932 et l'exploitation des gisements pétrolifères d'Arabie à partir de mars 1938, la famille des Saoud et le wahhabisme prennent leur essor à la suite du pacte « pétrole contre protection » qui est conclu sur le croiseur USS Quincy le entre le roi Abdelaziz ben Abderrahman ben Fayçal Al Saoud et le président des États-Unis, Franklin Delano Roosevelt[11]. Ce pacte permet la protection militaire du régime wahhabite des Saoud par les États-Unis en échange du pétrole. Ainsi, le wahhabisme se développe avec l'apport des pétrodollars et la protection militaire des États-Unis. Ce mouvement se propage alors à l’extérieur du royaume via les médias (télévision, ouvrages, radio-cassettes et sites internet)[12].

La doctrine wahhabite[modifier | modifier le code]

Cette doctrine rejette toute interprétation du Coran et de la sunna qui diffère de celle du sens littéraliste. Les wahhabites interdisent également l'invocation des saints ou du prophète Mahomet au travers d'une intercession.

Les doctrines soi-disant salafiste et wahhabite sont souvent qualifiées d'anthropomorphistes par leurs détracteurs. Les adeptes de ces deux mouvements se défendent de cette accusation et disent suivre la doctrine des « gens de la tradition et du consensus » (ahl as-sunna wal-jama`a).

La démolition des lieux profanes[modifier | modifier le code]

Le cimetière de Médine, aujourd'hui rasé.

Justifications théologiques[modifier | modifier le code]

La plupart des musulmans non-wahhabites sont attachés aux lieux et aux mausolées associés à l'Islam ancien[13].

Les lieux saints du Hedjaz sont restés longtemps des lieux de pèlerinage en particulier la tombe du prophète Mahomet. Toutefois la doctrine wahhabite désapprouve l’intérêt des sites construits autour des défunts. La visite de sites archéologiques, religieux ou historiques, est formellement proscrite. Elle est assimilée à de l'idolâtrie par le culte wahhabite. La démolition de ces sites est un phénomène qui s'est produit surtout en Arabie saoudite, dont le régime est wahhabite. La province du Hedjaz est la plus touchée, contrairement au Nejd, qui n'a été occupé que depuis 1924 et sur une courte période au début du XIXe siècle par les Ibn Saoud et était restée dans le dévoiement de l'idéologie wahhabite. Les villes saintes de La Mecque et de Médine ont subi la destruction d'une grande partie de leur patrimoine historique et archéologique[14] .

Parmi les pratiques que le wahhabisme interdit, il y a le tawassoul, qui consiste à demander l'intercession d'un prophète ou d'un saint pour se rapprocher davantage de Dieu,. De ce fait, le wahhabisme prône la destruction de tout lieu historique, même islamique.[réf. nécessaire]

Premières destructions[modifier | modifier le code]

Les plus importantes destructions de sites ont commencé en 1806 lorsque l'armée wahhabite a occupé Médine. Les armées wahhabites ont rasé le Baqi', ou cimetière qui contenait les restes des figures centrales de l'Islam des débuts. Les mosquées ont également été visées et la tombe du prophète Mahomet faillit être démolie[15].

Mais, à la suite des protestations des musulmans non-wahhabites dans le monde, l'Empire Ottoman envoie une armée, et en 1818 Mohammed Ali Pacha reprend le Hedjaz aux Al Saoud, et ces monuments sont reconstruits, pour un coût de 700 000 Livres de l'époque[16].

Durant la Révolte arabe à la fin de la Première Guerre mondiale, les Hachémites, soutenus par l'empire britannique, s'emparent du Hedjaz. Le 21 avril 1925, les compagnons d'Abdelaziz Ibn Saoud, ou Ikhwan le reprennent, et détruisent les lieux et les monuments en rapport avec des saints ou des imams, comme ce fut le cas à La Mecque avec la démolition des tombes de la famille du prophète Mahomet [17]. Alors que certains mausolées détruits à Médine comprenaient ceux des premiers chefs chiites, ceux-ci commémorent annuellement cette destruction.

En 1994 le mufti Abdelaziz ben Baz, plus haute autorité religieuse du régime wahhabite, lance une fatwa stipulant qu'« il n'est pas permis de glorifier les bâtiments et les sites historiques. De telles actions mènent au polythéisme[18]. » Entre 500 et 600 mausolées et d'autres structures de l'Islam des origines ont été démolis[19]. Il a été estimé que 95 % des bâtiments âgés de plus de 1000 ans ont été rasés durant les 20 dernières années[20]. Toutefois les populations du Hedjaz semblent être moins convaincues de cette politique que ceux du Nejd, des voix se sont élevées pour protester contre la destruction de ces sites religieux, en particulier avec les futurs développements des mosquées de Médine et de La Mecque[21].

Sites détruits[modifier | modifier le code]

Les destructions de sites historiques et archéologiques se comptent désormais par centaines, principalement en Arabie saoudite (régime wahhabite) avec une extension dans le monde musulman :

Arabie Saoudite[modifier | modifier le code]

Mosquées
  • La mosquée de la tombe de Hamza ibn `Abd al-Muttalib, l'oncle du Prophète
  • La mosquée de Fatima Zahra, la fille du Prophète
  • La mosquée d'al-Manaratain
  • La mosquée et la tombe de `Ali al-Ouraydhi ibn Ja`far as-Sadiq, détruite le 13 août 2002[22]
  • Quatre Mosquées de la Bataille du fossé à Médine
  • La mosquée d'Abou Rashid[23]
  • La mosquée Salman al-Farsi, à Médine[23]
  • La mosquée Raj'at ash-Shams, à Médine[23]
Cimetières et tombeaux
  • Jannat al-Baqi à Médine qui aurait été entièrement rasé
  • Jannat al Mu'alla, l'ancien cimetière de La Mecque[23]
  • Tombeau de Hamida al-Barbariyya, la mère de l'Imam Musa al-Kazim
  • Tombeau d'Amina bint Wahb, la mère de Mahomet, qui fut détruit et brûlé en 1998
  • Tombeau des Banu Hashim à La Mecque[23]
  • Tombeaux de Hamza et d'autres martyrs de la bataille d'Uhud[23]
  • Tombeau d'Eve à Djeddah, scellée avec du béton en 1975[23]
  • La tombe de `Abdullah ibn `Abd al-Muttalib, le père de Mouhammad à Médine[23]
Sites religieux historiques
  • La maison de Mahomet où il serait né en 570. Au départ devenue un marché d'animaux[24]. Un bâtiment a ensuite été construit par dessus au début du XXIe siècle à la suite d'un compromis.
  • La maison de Khadija, première femme de Mahomet. Les musulmans pensent qu'il aurait reçu la plupart de ses premières révélations en ce lieu. Après sa redécouverte pendant les travaux d'extension de la Mecque en 1989, elle fut recouverte par des toilettes publiques[25]
  • La maison de Mahomet à Médine où il vécut après son départ de la Mecque.
  • La première école islamique (Dar al-Arqam) où Mahomet enseigna sa religion. Elle est maintenant sous l'extension de la Mecque[26]
Démolition en projet[modifier | modifier le code]

Concernant la mosquée de Médine où sont enterrés Mahomet, Abou Bakr et Omar ibn al-Khattâb. Le ministère saoudien des affaires islamiques a publié en 2007 un rapport soutenu par Abdul Aziz ibn Abdillah Ali ash-Shaykh, le mufti politique d'Arabie saoudite, qui statue que « le dôme vert doit être démoli et les trois tombes doivent être aplanies dans la mosquée du prophète. ». Ce point de vue a fait écho lors d'un discours du défunt Ibn 'Uthaymîn, l'un des religieux wahhabites les plus illustres d'Arabie saoudite, décédé en 2001 : « nous espérons qu'un jour nous serons en mesure de détruire le dôme vert du prophète Mahomet […][18]. ».

Extension dans le monde[modifier | modifier le code]

De par l'expansion du wahhabisme dans le monde, et l'avènement de mouvements jihadistes dans des pays instables, de nombreux monuments ont été détruits par des partisans du wahhabisme en dehors de l'Arabie saoudite[27],[28].

Afghanistan[modifier | modifier le code]

À la suite de l'envoi de Mutawas saoudiens en Afghanistan pour aider le gouvernement des talibans à former leur police de répression du vice et de promotion de la vertu, le gouvernement taliban a été convaincu de démolir les Bouddhas de Bâmiyân, sachant que toute représentation humaine est interdite par la doctrine wahhabite[27].

Mali[modifier | modifier le code]

En 2012, à la suite de l’insurrection au nord Mali, le mouvement Ançar Dine s'implante dans la région. Le mouvement fondamentaliste Ançar Dine, financé par le Qatar, second régime wahhabite, impose la charia dans la région et prône la destruction de tous les mausolées et les monuments. La ville de Tombouctou, riche en monuments, subit de lourdes destructions de son patrimoine historique, dont une partie est classée comme patrimoine mondial par l'UNESCO.

Libye[modifier | modifier le code]

Depuis la fin du régime de Mouammar Kadhafi, la Libye est le théâtre de destructions de monuments. La majorité de la population est de rite sunnite, tandis que certaines milices, financées par le Qatar, sont de rite salafistes et wahhabites. Les destructions visent principalement les monuments soufies[28].

En 2011, deux mosquées et un cimetière abritant des saints sont profanés par des militants wahhabites et salafistes[28]. Le 24 août 2012, à Zliten (160 km de la capitale), un mausolée, dédié au plus grand savant soufi de Libye, Sidi Abdel Salam al-Asmar (XVIe siècle), est réduit en cendres par des explosifs[28]. Le 25 août 2012, des militants wahhabites détruisent à coups de pelleteuse le mausolée d’Al-Chaab al-Dahmani et profanent sa tombe. Le même jour, à Misrata (200 km à l'est de Tripoli), un autre mausolée, celui du Cheikh Ahmed al-Zarrouk, connaît le même sort[28].

Critiques et controverses[modifier | modifier le code]

Controverse sémantique : wahhabisme et salafisme[modifier | modifier le code]

Le wahhabisme désigne pour ses adeptes la revivification du salafisme dans la péninsule Arabique, mais pour ses détracteurs c'est un terme péjoratif laissant sous-entendre que ce serait une nouvelle voie (minhaj en arabe) sans rapport avec les salafs, nom par lequel on désigne les premiers musulmans des trois premiers siècles après Mahomet. On doit ce néologisme (wahabiyya en arabe) à Souleyman ibn Abd al-Wahhâb, le propre frère du fondateur de cette doctrine, qui la dénonça en se fondant sur les écrits de Ibn Taymiyya dans son ouvrage intitulé Les foudres divines réfutant le wahhabisme (Al-sawaiq al-ila-hiyya fi al-radd ala al-wahabiyya)[29].

Le wahhabisme est étroitement lié à la notion de « salafisme », un courant fondamentaliste dont il se distingue difficilement et dont la description fait l'objet de débats[30].

Pour le chercheur tunisien Riadh Sidaoui, l'utilisation habituelle du terme wahhabisme est erronée, et il conviendrait de lui substituer le concept de « wahhabisme saoudien »[31]. En effet, il s'agit selon lui d'une doctrine islamique qui s'appuie sur l'alliance historique entre le pouvoir politique et financier représenté par Ibn Saoud et l'autorité religieuse représentée par Mouhammad ibn Abd al-Wahhab et cette doctrine continue à exister depuis cette alliance jusqu'à nos jours par le financement de plusieurs chaines religieuses et la formation de plusieurs immams[31]. Pour lui, le wahhabisme saoudien est donc un danger qui menace l'islam, les musulmans ainsi que l'humanité entière[32].

Critique des musulmans[modifier | modifier le code]

Dès le milieu du XVIIIe siècle à la Mecque, les maîtres et les muftis des quatre Écoles de droit sunnites avalisent une réfutation contre « l'égaré qui égare » intitulée le livre de la prévention de l'égarement et de la répression de l'ignorance[33]. Il en est de même avec les oulémas chiites zaïdites au Yémen et jafarites en Irak[34]. Les premières réfutations apparaissent au Maghreb après la prise des lieux saints par les wahhabites entre 1803 et 1806. La doctrine wahhabite fut réfutée (radd en arabe) par toutes[réf. nécessaire] les écoles chiites et sunnites avec plus ou moins de virulence selon la puissance de la dynastie Saoud protectrice, pratiquement dès sa naissance et jusqu'à la création du troisième Royaume d'Arabie saoudite en 1932.

L'organisation chiite Ahl al-bait considère pour sa part que la mouvance wahhabite n'est pas représentative de l'Islam [35].

Aspects politiques du wahhabisme[modifier | modifier le code]

Influence internationale et expansion[modifier | modifier le code]

Selon certains théologiens, ces courants se proclamant de la véritable salafiyya[36] connaissent un certain succès sur le web, notamment auprès de la jeunesse[37].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Abderrahim Lamchichi, Jihâd : un concept polysémique : Et autres essais, éd. L'Harmattan, 2006, p.204
  2. Maurice Godelier, Au fondement des sociétés humaines : Ce que nous apprend l'anthropologie, éd. Albin Michel, p.98
  3. Zidane Mériboute, Islamisme, soufisme, évangélisme: la guerre ou la paix, éd. Labor et Fides, 2011, p.133
  4. Mourad Faher, Approche critique des représentations de l'Islam contemporain, éd. L'Harmattan, 2003, p. 31
  5. Gérard Hervouet et alii, Asie centrale et Caucase : une sécurité mondialisée, éd. Presses de l'université de Laval, 2004, p. 193, note 6, extrait en ligne ; Nejatbakhshe Nasrollah, Devenir Ayatollah: Guide spirituel chiite, éd. L'Harmattan, 2008, p. 27 ; Georges Jawdat Dwailibi, La rivalité entre le clergé religieux et la famille royale au royaume d'Arabie Saoudite, éd. Publibook, 2006, p.28
  6. Ali Aouattah, Pensée et idéologie arabes : figures, courants et thèmes au XXe siècle, éd. L'Harmattan, 2011, p.12
  7. Alix Philippon, Soufisme et politique au Pakistan: le mouvement barelwi à l'heure de "la guerre contre le terrorisme", éd. Karthala, 2011, p.118
  8. « (...) mouvement qu'on appelle wahhabisme et qui compte environ 60 000 partisans. Ils projettent de se saisir des richesses des sanctuaires de La Mecque et Médine, et entendent fonder une religion monothéiste qui défie la religion mahométane. » ; cité par G. Steinberg, 2003, op. cit., p.36
  9. a et b Guido Steinberg, « Religion et Etat en Arabie saoudite », La Pensée, PUF, no 335 « L'Arabie saoudite : un royaume en péril ? »,‎ juillet-septembre 2003, p. 36
  10. Le Pacte de Nadjd, op. cit., pp 52-59.
  11. Le Pacte de Nadjd, op.cit, pages 205-216
  12. Charles Saint-Prot. Islam. l'avenir de la Tradition entre révolution et occidentalisation. Paris: Le Rocher, 2008.
  13. (en) John Renard, Seven Doors to Islam, Berkeley, University of California Press,‎ 1996, poche (ISBN 978-0-520-20417-1, LCCN 95045130), « Devotion », p. 66
  14. (en) Los Angeles Time, 17 septembre 2007
  15. (en) History of the Cemetery of Jannat al-Baqi| History of the Shrines, Al-Islam.org (Ahlul Bayt Digital Islamic Library Project). Accessed online 16 December 2008.
  16. Irfan Ahmed, « The Destruction of Holy Sites in Mecca and Medina, page 1 » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-29, Islamica Magazine (Center for Inter-Civilizational Dialogue Inc.), Issue 15. Accessed online 16 December 2008.
  17. (en) Robert Goss, Dead But Not Lost, Walnut Creek, Rowman Altamira,‎ 2005, poche (ISBN 978-0-7591-0789-2, LCCN 2004018325), « Chapter 5 », p. 204
  18. a et b « Wahabi/Saudi Government destroying Islamic heritage » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-29
  19. (en) Angel Rabasa, The Muslim World After 9/11, Santa Monica, Rand Corporation,‎ 2004 (ISBN 978-0-8330-3712-1, LCCN 2004021173), « The Middle East: Cradle of the Muslim World », p. 103, note 60.
  20. (en) The destruction of Mecca: Saudi hardliners are wiping out their own heritage
  21. (en) Destruction of Islamic Architectural Heritage in Saudi Arabia: A Wake-up Call
  22. (en) Irfan Ahmed, « The Destruction of Holy Sites in Mecca and Medina, page 2 » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-29, Islamica Magazine (Center for Inter-Civilizational Dialogue Inc.), Issue 15. Accessed online 16 December 2008.
  23. a, b, c, d, e, f, g et h (en) History of the cemetery of Jannat Al-Baqi
  24. Irfan Ahmed, « The Destruction of Holy Sites in Mecca and Medina, page 4 » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-29, Islamica Magazine (Center for Inter-Civilizational Dialogue Inc.), Issue 15. Accessed online 16 December 2008.
  25. Islamica Magazine. Accessed 16-12-08
  26. Irfan Ahmed, The Destruction of Holy Sites in Mecca and Medina, page 3, Islamica Magazine (Center for Inter-Civilizational Dialogue Inc.), Issue 15. Accessed online 16 December 2008.
  27. a et b mais il convient de souligner que les talibans n'étaient pas wahabites et ne l'ont pas fait par wahabisme Inside the Kingdom: Kings, Clerics, Modernists, Terrorists, and the Struggle for Saudi Arabia par Robert Lacey 2009 (ISBN 0670021180)
  28. a, b, c, d et e « Pourquoi les intégristes déboulonnent-ils leurs icônes ? », sur http://www.marianne2.fr/, Marianne,‎ 28 août 2012 (consulté le 5 octobre 2012)
  29. Le Pacte de Nadjd (Où comment l'islam sectaire est devenu l'islam) par Hamadi Redissi, aux éditions du Seuil (la couleur des idées), septembre 2007, ISBN 978-2-02-096081-6, page 98. L'ouvrage de Suleyman ben Abdelwahhab fut édité pour la première fois à Bombay en 1899.
  30. Cédric Baylocq Sassoubre, « Livre : Le salafisme mondialisé », in Religion.info, 02/10/2010, article en ligne
  31. a et b [Le wahhabisme saoudien est le plus dangereux des courants religieux (الوهابية السعودية أخطر الحركات الدينية), Alkhabar al ousboui, Algérie, 30 aout 2010]
  32. (ar) Intervention de Riadh Sidaoui sur la chaîne Democracy en mai 2009
  33. Le Pacte de Nadjd, op.cit, page 101
  34. Le Pacte de Nadjd, op.cit, pages 105-109
  35. http://presstv.com/detail/233420.html
  36. en arabe, as-salafiyya provient du mot salaf, « prédécesseur » ou « ancêtre »
  37. « Samir Amghar : Le Net est le principal pourvoyeur de radicalité », in Le Parisien, 20/09/2011, article en ligne

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Lacroix, Les islamistes saoudiens, Une insurrection manquée, éd. PUF, 2010

Essais[modifier | modifier le code]

  • Hamadi Redissi, Le Pacte de Nadjd ou comment l'islam sectaire est devenu l'islam, éd. Seuil, 2007

Littérature confessionnelle[modifier | modifier le code]

  • Al Oussoul Al-Thalatha, les Trois Principes Fondamentaux, de Mohammed ben Abdelwahhab, fondateur du wahhabisme;
  • Kitâb ut-Tawhîd ou Livre de l'unicité, de Mohammed ben Abdelwahhab;
  • Kashf ash-Shubuhât fit-Tawhîd, l’Élucidation des Équivoques Concernant le Tawhîd, de Mohammed ben Abdelwahhab;
  • La profession de foi d'Ibn Taymiyya (`aquidat-ul-Wasitiyya), Ibn Taymiyya, éditions Dar el muslim (2007)
  • Al fiqh Al akbar. L'imam abou hanifa. Version française : Les fondements de la foi sunnites ; éditions : Sabil ; année : 2006

Articles[modifier | modifier le code]

  • Anne-Marie Delcambre, « Les islamistes saoudiens : le wahhabisme », in Le Monde de Clio sur le site clio.fr, avril 2010, article en ligne
  • Stéphane Lacroix, « Les nouveaux intellectuels religieux saoudiens : le Wahhabisme en question », in Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, n° 123, juillet 2008, pp. 141-159, article en ligne