Histoire du Burundi

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Guerriers du roi Kasliwami en Urundi, actuellement le Burundi, entre 1906 et 1918.

Origines[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Afrique orientale allemande et Ruanda-Urundi.

Colonisation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Empire colonial belge.

En 1890, arrivant du Tanganyka, les Allemands s'installent dans la région des grands lacs et signent le 6 juin 1903 un traité de protection avec le mwami Mwezi Gisabo. Au sortir de la Première Guerre mondiale, les Allemands doivent renoncer à leurs colonies et, lors de la conférence de Versailles en 1919, le royaume de Belgique obtient un mandat sur la province du Ruanda-Urundi, constituée des Rwanda et Burundi actuels.

Indépendance[modifier | modifier le code]

Aux élections législatives du 18 septembre 1961, les Burundais choisissent l'Union pour le progrès national (UPRONA) et son chef de file le prince Louis Rwagasore, qui remporte 58 des 64 sièges de la nouvelle assemblée. L'Uprohutu (Union pour la promotion hutue, qui plus tard deviendra le Palipehutu Parti pour la libération du peuple hutu, pendant du Parmehutu au Rwanda qui a pris le pouvoir par la force deux ans plus tôt), n'obtient aucun rôle dans le nouveau paysage politique burundais. Un mois plus tard, le prince Rwagasore est assassiné le 13 octobre par Georges Kageorgis, un jeune résident grec, qui selon Ludo de Witte, est engagé par les Belges qui voulaient se venger de leur défaite et handicaper le leadership burundais[1]. L'indépendance du pays est proclamée le 1er juillet 1962, date alors choisie pour célébrer la fête nationale.

Massacres de 1972[modifier | modifier le code]

En 1965, le premier ministre hutu Pierre Ngendandumwe est assassiné. Le capitaine Michel Micombero prend le pouvoir le 28 novembre 1966, abolit la monarchie du mwami Ntare V (qui vient de déposer son père Mwambutsa IV le 8 juillet) et proclame la république. Jusqu'en 1972 la jeune armée burundaise est composée de Hutus et de Tutsis, depuis l'homme de troupe jusqu'aux officiers supérieurs. Le 29 avril 1972, des groupes hutu sous la houlette de l'organisation UBU, Umugambwe w'Abakozi b'Uburundi ou Parti des Travailleurs du Burundi, tentent de prendre le pouvoir tout en éliminant les Tutsis. Aussitôt l'insurrection déclenchée, l'ex-roi Ntare V est assassiné, ce qui met fin à toute possibilité de retour à la monarchie puisque Ntare Ndizeye était le dernier mâle de la dynastie ganwa et partant le seul prétendant légitime au trône. Les insurgés seront réprimés avec une grande férocité, au prix du massacre d'environ 100 000 personnes. Certaines organisations[Lesquelles ?] suggèrent que le nombre de victimes aurait atteint 200 000 voire 300 000, mais selon la seule étude démographique viable qui ait été faite sur le nombre de victimes de cette tragédie, en appliquant l'estimation la plus maximaliste, on atteindrait un maximum de 93 600 morts[2]. L'organisation et la planification des massacres de tutsis étant l'œuvre d'officiers et sous-officiers de l'armée, une épuration aveugle fut faite dans les rangs de ceux-ci après les massacres qui prirent place durant 2 semaines. Les partis politiques hutus souhaiteraient que cet événement soit qualifié officiellement de génocide. Cependant, les organisations des rescapés tutsi de 1972 considèrent que cette thèse du « double génocide » vise à occulter le plan d'extermination des tutsi pourtant revendiqué par l'organisation UBU. Cette organisation avait appelée les hutu à massacrer les tutsi jusqu'aux fœtus[3].

Les massacres[modifier | modifier le code]

Des tueries interethniques qui ont pris des allures génocidaires ont eu lieu en 1965, 1969, 1972, 1988, 1991, 1993.

Cassures dans l’héritage de l’État-Nation[modifier | modifier le code]

Le Burundi est peuplé par deux catégories ethniques : les Hutu (85 %), les Tutsi (15 %)[4], les Twa (pygmées) représentant moins de 1 % de la population. Cette population vit sur le même territoire sur des collines en habitat dispersé, parle la même langue (kirundi) adore le même être suprême (imana).

Ils étaient placés sous l’autorité de l’aristocratie ganwa et devaient des prestations au pouvoir. Les chefs et sous-chefs se recrutaient parmi les Hutu et les Tutsi. Ces deux groupes se répartissaient en plus de 200 clans (imiryango). Cet ancien protectorat allemand fut placé sous mandat (1924-1946) puis sous tutelle belge (1946-1962). La fin des années 1950 correspond au Burundi à la recherche de son accession à la souveraineté nationale. Pour ce faire des partis politiques furent créés, les uns étant pour l’indépendance immédiate (Unité pour le progrès national, UPRONA, les autres pour l’indépendance tardive (Parti démocrate chrétien, PDC) ou pour la libération du « menu peuple » (Union pour la promotion des Hutu, UPROHUTU). La victoire aux élections législatives fut remporté par le parti UPRONA le 18 septembre 1961. Un gouvernement dirigé par le prince Louis Rwagasore fut mis sur pied mais ce premier ministre burundais fut assassiné le 13 octobre 1961. Des querelles se produisirent entre les prétendus successeurs de Rwagasore : A. Muhirwa (ganwa), gendre du roi et ministre de l’Intérieur dans le gouvernement Rwagasore et P. Mirerekano (hutu). Chacun se considérait comme son héritier. Ces conflits vont marquer la vie politique burundaise et lui donner une nouvelle configuration dans la course au pouvoir. Jusqu’à cette date, les principales oppositions entre autorités politiques se déroulaient entre les membres de l’aristocratie ganwa, les Batare et les Bezi notamment. Cette fois-ci, la vacance du poste à la tête de l’UPRONA donna lieu à des conflits entre les Hutu et les Tutsi. D’autres querelles du même genre n’allaient pas tarder à apparaître. Il s’agit notamment de l’éclatement de l’UPRONA en deux factions (Casablanca et Monrovia), les tueries à Kamenge (Bujumbura) des syndicalistes hutu par des membres de la Jeunesse Nationaliste Rwagasore en janvier 1962. Si ces trois années d’après l’indépendance annoncent la détérioration des relations entre les différentes catégories sociales burundaises, c’est surtout l’année 1965 qui a laissé des traces indélébiles dans les annales de la cohabitation des Hutu et des Tutsi du Burundi.[style à revoir]

Assassinat de Pierre Ngendandumwe[modifier | modifier le code]

Le 15 janvier 1965, le premier ministre burundais Pierre Ngendandumwe (hutu) est assassiné et sa mort est attribuée dans les milieux hutu à des Tutsi. Quatre mois plus tard, les élections législatives se déroulent sous la bannière ethnique notamment sous l’impulsion du Parti du peuple, PP. Le climat social est surtout tendu en octobre 1965 : des militaires hutu du camp Base (Bujumbura) massacrent leurs collègues tutsi et attaquent le palais royal et la résidence du premier ministre, L. Bihumugani. Au même moment des paysans hutu des communes Busangana et Bugarama (province Muramvya) massacrent leurs voisins tutsi. L’avènement de la première république, instaurée le 28 novembre 1966 par le capitaine Michel Micombero, n’a pas pu résoudre ces antagonismes. Au lieu de s’estomper, ces divisions continuent à être cultivées et entretenues par l’élite burundaise. Une deuxième tentative de coup d’État faite en décembre 1969 échoue et se termine par une condamnation à mort des militaires hutu accusés d’être les initiateurs de ce coup de force. L’exécution du jugement provoqua une réaction des étudiants hutu vivant en Belgique : « Nous sommes déterminés, écrivent-ils, à amener le peuple à prendre conscience des réalités nationales. Et lorsque le peuple aura vu et compris toute la machination politique ingénieusement masquée par les slogans néfastes du parti fasciste et des mouvements émanant du parti, il décidera lui-même de son avenir »

C’est dans ce contexte que survinrent le « complot de 1971 » et les « événements de 1972 » qui sont marqués par des tueries dès le 29 avril 1972 des Tutsi dans le Sud du pays et à Bujumbura notamment. L’intervention de l’armée nationale est féroce. De nombreuses personnes y laissent leur vie ; d’autres prennent le chemin de l’exil vers les pays étrangers.

Régime de 1976[modifier | modifier le code]

Le régime Micombero tomba le 1er novembre 1976. Le nouveau chef de l’État, le colonel Jean-Baptiste Bagaza initia une politique économique de grande envergure, croyant de cette façon passer par la satisfaction des besoins de la population et l’instauration d’une justice sociale pour réduire ces tensions. Mais c’est sous son régime que sont nés les mouvements de libération des Hutu : Palipehutu, UBU, Tabara, Bampere. Ces organisations créèrent de vives tensions dans le pays. Au cours de cette même période surtout après 1985 le torchon brûlait entre l’État et l’Eglise catholique notamment.

La 3e république fut proclamée dans cette conjoncture : le major Pierre Buyoya remplaça Jean-Baptiste Bagaza à la tête de l’État le 3 septembre 1987. Une année après, le 15 août 1988, éclata la « crise de Ntega et Marangara ». Des initiatives diverses furent prises en vue de promouvoir l’unité nationale: accueil et réinstallation des réfugiés, gouvernement de l’unité nationale, charte de l’unité nationale. Malgré ces actions posées en vue de résoudre le problème de l’unité nationale, une nouvelle explosion de violence eut lieu encore à Bujumbura et dans le Nord-Ouest en octobre 1991 mais ne s’étendit pas sur d’autres territoires.

Intermède démocratique[modifier | modifier le code]

Une constitution est rédigée par une commission chargée d'instaurer une démocratie multipartite au Burundi. Elle est validée par la population en 1992 malgré de nombreuses hésitations de Pierre Buyoya, président depuis un coup d'État militaire en 1987.

Des élections présidentielle et législatives sont organisées respectivement le 1er juin et le 30 juin 1993; elles sont toutes remportées par le FRODEBU. Après l'élection présidentielle démocratique, le président tutsi Buyoya de l'UPRONA passe le témoin le 10 juillet 1993 au nouveau président hutu Melchior Ndadaye. Le président de la République Ndadaye nomme Sylvie Kinigi une Tutsi comme premier ministre afin de bâtir une réconciliation entre les deux composantes hutu et tutsi.

Trois mois après cette investiture, le 21 octobre 1993, un putsch militaire organisé par quelques éléments de l’armée nationale renverse les institutions et assassine Melchior Ndadaye et quelques-uns de ses proches collaborateurs : le président de l'assemblée générale, Pontien Karibwami, le vice-président de l'assemblée générale, Giles Bimazubute, le ministre de l'Intérieur, Ndayikeza Juvénal, le directeur de la documentation nationale, Richard Ndikumwami.

Guerre civile de 1993[modifier | modifier le code]

La guerre civile au Burundi commence le 21 octobre 1993 à la suite de l'assassinat par les militaires Hima Tutsi du Président Melchior Ndadaye qui venait d'être élu démocratiquement en juin 1993. Les Bahutu Barundi pensent à une récidive du Génocide de 1972 [1] qui avait fait 500 000 morts. Sans défense, car l'armée, la gendarmerie, la police, sont sous contrôle des Bahima Tutsi. Les Bahutu Barundi tentent de s'organiser. Des centaines de milliers de familles Bahutu Barundi [2] fuient le pays en direction du Zaïre (actuelle RDC Congo), du Rwanda, et de la Tanzanie. L’annonce de cette mort sur Radio Kigali fut le début de ce que les partis d'obédience tutsie ont appelé un génocide des Tutsi et du lynchage des Hutu qui y étaient opposés. L'intérim à la tête du pays fut assurée par Sylvie Kinigi premier ministre du président assassiné Ndadaye du 27 octobre 1993 au 5 février 1994. Des régions entières connurent la purification ethnique; Bujumbura qui était épargnée de ces tueries au début connut au mois de mars - avril 1994 les journées ville morte et la balkanisation des quartiers. Des milices se créèrent: les GEDEBU (Génération démocratique du Burundi), les FDD (Forces pour la défense de la démocratie) pour le camp des Hutu et les Sans Défaite et Sans Échecs pour celui des Tutsi. Le Burundi s’enlisa dans cette situation où la peur et la suspicion de l’autre faisaient partie du menu quotidien de la population. En 1996, le Dictateur Buyoya fait un coup d'État. Il s'ensuit alors la mise sur pied de la politique de regroupement consistant à mettre près de 1.4 Millions de Bahutu Barundi dans des Camps de Concentration [3]. Des centaines de milliers de Bahutu Barundi vont y périr.

Une mémoire Hutu cultivée[modifier | modifier le code]

Les événements de 1972 plus que les autres crises ont laissé des souvenirs très tristes dans les annales de l’histoire du Burundi. C’est à partir de cette date que des associations ou groupes d’individus chargés de défendre les intérêts des Hutu ont commencé à voir le jour. Déjà, l’association estudiantine des Burundais vivant à l’étranger dénommée Mouvement des étudiants progressistes barundi (MEPROBA) a dévié de ses objectifs premiers à la suite de ces événements pour embrasser des idées ethnicistes; elle est devenue Mouvement des étudiants progressistes bahutu. En 1974, des étudiants burundais vivant en Belgique créèrent le mouvement Tabara Uburundi (= au secours de la nation burundaise). D’autres groupes n’allaient pas tarder à voir le jour: UBU (Umuhari w’abakozi b’Uburundi = Front des travailleurs du Burundi), Bampere, Palipehutu (Parti pour la libération des Hutu), Frolina (Front de libération nationale). Il faut noter que pour l'UBU, c'était une seconde apparition, car il existait déjà depuis 1972, l'année de son communiqué qui appelait à l'extermination systématique des tutsi (voir Marc Manirakiza , "Burundi: de la révolution au régionalisme" (Paris-Bruxelles: Le Mat de Misaine, 1990, p 212). Dans un document qu’il a rédigé autour des années 1980, Rémi Gahutu, fondateur du Palipehutu, fait des propositions devant « sauver les Bahutu » :

a) les hutu doivent être conscients des maux dont ils souffrent (…)

b) l’unité des Hutu (…)

c) Fondation d’un parti de lutte (…)

d) la nécessité d’avoir des dirigeants dynamiques et potentiels (…)

e) l’enjeu de la revendication des hutu (réside) dans la recherche des moyens de se défendre contre les constantes attaques et provocations des Tutsi (…)

f) les hutu doivent éviter les querelles idéologiques.

Méfiance réciproque[modifier | modifier le code]

Après le coup d’État du 3 août 1987, cette même formation se méfiait du comportement qu’allait adopter les nouvelles autorités et condamnait les attitudes adoptées par la « minorité » tutsi : « Nous n’oublions pas cependant que le régime va sombrer dans les mêmes abus que quelques mois plus tard car toute ouverture démocratique entraînera une émergence des Hutu au détriment des seigneurs tutsi. Considérant toutes les discriminations dont ils ont toujours fait objet et dans le but de pouvoir retrouver leurs droits et libertés longtemps bafoués, les Hutu se sont regroupés au sein du parti pour la libération du peuple hutu (Palipehutu), parti dont les objectifs sont d’instaurer la vraie démocratie au Burundi et faire régner la paix et la justice. La minorité tutsi doit comprendre qu’il est temps de cesser cette politique discriminatoire et accepter le partage dans la gestion du patrimoine national dans l’entente et la concorde nationale (…). Comme cela a toujours été le cas, ces revendications des Hutu vont être étouffées par la minorité tutsi rendant ainsi impossible toute voie d’entente. De notre côté, il nous est difficile d’accepter toute solution à la Tutsi qui ne peut renfermer que des pièges ».

Le Palipehutu[modifier | modifier le code]

Par ailleurs, cette même formation croit que les Tutsi ont un plan bien élaboré pour exterminer les Hutu. Un message diffusé le 22 février 1989, six mois après la crise de Ntega et Marangara, note que « beaucoup de Hutu ne pensaient pas que les Tutsi auraient encore osé exterminer les Hutu. Il n’y a aucun doute à ce sujet. Les malfaiteurs tutsi ne rêvent qu’à tuer les Hutu jusqu’à ce qu’ils les exterminent ». En outre, le Palipehutu accuse les Tutsi de s’allier à des Hutu pour exterminer les autres Hutu : “Vous savez que des siècles, les Tutsi se servaient des Hutu malhonnêtes pour tuer les Hutu. Il y a toujours eu des pseudo-hutu (ingigwa-bahutu) qui étaient à la solde des Tutsi, qui se soumettaient mais cela ne leur profitait à rien car les sans-pitié ne les laissaient pas car après avoir tué ceux qui avaient été trahis, ils tuaient ceux qui avaient joué le rôle de Judas“.

Pour le Palipehutu, des Hutu qui ont des postes de responsabilité politique ne ménagent rien pour s’attirer des faveurs des Tutsi trahissant ainsi les membres de leur ethnie. Le premier ministre A. Sibomana, le secrétaire général du parti UPRONA, Nicolas Mayugi et le ministre de l’Intérieur, François Ngeze furent vivement critiqués par le Palipehutu. Des Hutu qui adoptaient un tel comportement devraient être sanctionnés par tous les Hutu. Le communiqué du Palipehutu du 20 avril 1991 est à ce sujet très significatif: “Levons-nous tous ensemble pour combattre tous ces Hutu, traîtres des leurs (banyamuryababo), les dénoncer partout pour que tout Hutu les connaisse afin que personne ne soit plus induit en erreur par ces gens. Écrivons leur nom et diffusons-les partout pour qu’ils soient rejetés dans tout le pays et dans le monde entier, pour que leurs parents sachent qu’ils ont mis au monde des êtres sans moralité qui ne les rendront aucun service si ce n’est que trahir leur ethnie. Combattons-les à temps avant que d’autres personnes ne soient atteintes par ce mal“.

Pour faire face à cette trahison faite par les Hutu vis-à-vis de leurs « frères hutu », le Palipehutu préconise une unité des Hutu, seule solution devant leur permettre d’avoir leur victoire sur les Tutsi. Radio Bohoza invite les Hutu à serrer les rangs : Il est temps de montrer à l’opinion que nous en avons assez de l’injustice et des tueries cachées derrière le concept d’unité et du fantôme parti UPRONA et ses acolytes qui sont au Burundi et à l’étranger. Serrons nos rangs et méfions-nous des enseignements de l’UPRONA. Notre plus grande mission est de nous défaire de l’UPRONA qui ne rêve que le versement du sang des Hutu et des Twa

Aussi, il serait pragmatique de commémorer la date du 29 avril, date-anniversaire du déclenchement des événements de 1972. Lutter contre devient pour eux un devoir de mémoire. Une lettre circulaire envoyée aux partisans du Palipehutu rappelle les consignes à prendre: aller à la messe, diffuser les nouvelles et relatives à ces événements à la radio et à la télévision, faire des émissions dans les radios étrangères qu’on capte facilement au Burundi (RFI, VOA, BBC…), fermer les boutiques, ne pas aller au marché, ne pas prendre de bus ou un taxi, ne pas entrer dans les bars, s’absenter du lieu de travail ou de l’école, se raser complètement la tête. Une telle organisation ne manquait pas de faire peur à ceux qui n’ y participaient pas (les Tutsi comme les Hutu) car elle était souvent accompagnée de menaces. Si des Tutsi sont pointés du doigt dans la violation des droits de l’homme, l’armée burundaise est l’institution la plus attaquée par le Palipehutu : “À l’intérieur du pays, le peuple burundais traverse des moments très difficiles qui rappellent les années 1965 et 1972. Des militaires armées en tenue de fonction ou en civile sont régulièrement lancés dans les populations tant rurales qu’urbaines enfin (sic) de semer le désordre et le désarroi (sic) pour se donner les alibis de massacres généralisés du peuple. Partout à travers le pays, l’on signale plusieurs cas de disparition de citoyens sur simple arrestation par la police politique“.

Cette situation dans laquelle cette formation veut faire vivre la population burundaise devient plus inquiétante quand le Palipehutu veut faire croire à cette dernière qu’il y a une conjugaison des efforts entre les Tutsi de la sous-région dans le but exterminer les Hutu du Burundi. Ce complot régional anti-hutu réunirait les Burundais, les Rwandais, les Ugandais, les Somaliens et les Éthiopiens : “Nous déplorons et condamnons fermement la présence de plus de 3000 nomades militaires Inyenzi-Inkotanyi en provenance de l’Ouganda, Éthiopie, Somalie et l’Est du Zaïre“. Aussi des listes des personnes hutu mortes pendant ces guerres fratricides, listes variables d’ailleurs d’une organisation à une autre, étaient souvent diffusées. Les Forces vives de la Résistance, le Palipehutu et le Frodebu ont souvent recouru à cette stratégie Ce travail de mobilisation ethnique visait à rappeler les tristes événements que le Burundi a connus et à faire croire qu’une seule catégorie de la population était touchée, qu’elle en était la seule victime et que partant il fallait qu’elle reste sur ses gardes. Pour ces organisations, il n’est pas question de soutenir la politique d’unité nationale. Le Front de libération nationale (Frolina) invitait les Hutu à combattre la politique d’unité nationale engagée par le président Buyoya : “Il est plus que temps pour les Hutu de ne plus nous laisser tromper par ce mot d’unité. Levez-vous, fortifiez-vous, fortifiez-vous, ne vous découragez pas dans vos actions et dans l’étude permanente des moyens devant nous aider à nous défaire de nos ennemis avec qui nous vivons comme des serpents“. Radio Bohoza du Palipehutu évoquait l’ancienneté d’occupation du territoire par les Hutu pour faire comprendre à son auditoire que les Tutsi ont usurpé le pouvoir: Depuis que le Burundi existe, c’est le Hutu qui a fait le défrichement et fait des cultures suivant la succession des saisons. Il vivait en bonne harmonie avec les Twa. Les Tutsi sont ensuite venus dans le pays et y ont amené du bétail. Ils ne rêvaient que semer des querelles et la zizanie dans ces populations qu’ils ont trouvé sur place. Pour ce faire, ils se sont appuyés sur le contrat de clientèle (ubugabire) car celui qui acceptait ce contrat méprisait ses frères hutu et twa. C’est de cette façon que les divisions ethniques se sont installées dans ce pays. Face à ces divisions entre les Hutu et les Twa, les Tutsi ont, grâce à leur fourberie, pris le pouvoir après avoir trompé les Hutu en leur disant que celui qui devait gouverner était celui qui était né avec des semences dans son poing (…). Burundais, Burundaises, vous venez d’entendre que dès l’arrivée des Tutsi au Burundi, les Hutu et les Twa n’ont jamais eu le temps de respirer.

Situation après 1993[modifier | modifier le code]

Transition[modifier | modifier le code]

Après les massacres de 1988 (20 000 morts), pour éviter d'autres bains de sang, le major Pierre Buyoya décide de lancer le pays dans une transition politique. En 1992, l'Uprona perd son statut de parti unique et le 1er juin 1993 Pierre Buyoya organise les premières élections pluralistes dans le pays. Il perd la présidentielle face au candidat du FRODEBU (Front pour la Démocratie au Burundi) Melchior Ndadaye. Le 26, les législatives confirment la tendance et le Frodebu devient majoritaire à l'assemblée. Le 10 juillet, Sylvie Kinigi est nommée première ministre. Les Tutsi, qui avaient la mainmise sur l'appareil d'État depuis longtemps (au moins depuis l'indépendance) alors qu'ils ne représentent que 15 % de la population, prennent peur du pouvoir que gagnent, de manière légale, les Hutu, d'autant plus qu'après avoir été considérés comme des êtres inférieurs, certains Hutu veulent une revanche. De plus certains Tutsi considèrent le pouvoir comme un de leurs attributs et refusent que de simples Hutu puissent gouverner.

Massacres de 1993[modifier | modifier le code]

Le 21 octobre 1993, des militaires de l'armée exécutent le président Melchior Ndadaye et six de ses ministres. Le pays s'embrase. Au début, des milliers de civils tutsi sont massacrés par leurs voisins hutu. Puis l'armée réagit très violemment au massacre de Tutsi, comme en 1972, et engage une répression très dure et massacre des Hutu. Au total 50 000 à 100 000 personnes (à majorité tutsi) sont tuées, certaines sources parlent de 200 à 300 000 victimes[5]. Une Commission internationale d'enquête au Burundi envoyée par l’ONU conclut dans son Rapport S/1996/682 qu'il y a eu des actes de génocide contre les tutsi. Plusieurs organisations et partis politiques souhaitent que ce génocide soit qualifié officiellement comme l’indique ledit rapport et qu'un tribunal pénal international soit mis sur pieds pour juger les auteurs. Avec l'assassinat du Président Ndadaye, des milliers de citoyens burundais avaient fui vers le Rwanda, l'ex-Zaïre et la Tanzanie. C'est le début d'une guerre civile. Le 14 janvier 1994, alors que Bujumbura vit au rythme des massacres, Cyprien Ntaryamira du FRODEBU est élu président pour calmer la situation et la première ministre Sylvie Kinigi reste en poste jusqu'à la nomination d'un uproniste, Anatole Kanyenkiko, le 11 février pour diriger un gouvernement d'Union nationale. Le pays est un champ de désolation : 800 000 exilés et 180 000 déplacés à l'intérieur du pays. Le 6 avril 1994, l'avion qui ramenait le président Ntaryamira ainsi que son collègue rwandais Juvénal Habyarimana est détruit en plein vol par un missile. Sylvestre Ntibantunganya est nommé président intermédiaire du Burundi le 30 septembre 1994. Le major Buyoya reprend le pouvoir par un coup d'État le 25 juillet 1996.

Espoir d'Arusha[modifier | modifier le code]

Le 28 août 2000 est signé à Arusha, en Tanzanie, sous l'égide de Nelson Mandela un accord de paix. L'Afrique du Sud envoie 700 militaires pour veiller à la mise en place de l'accord et assurer la sécurité des membres de l'opposition de retour d'exil. Le 10 janvier 2001, une assemblée nationale de transition est nommée et son président est Jean Minani, président du Frodebu. L'accord d'Arusha entre en vigueur le 1er novembre 2001 et prévoit, en attentant des élections législatives et municipales pour 2003 et présidentielles pour 2004, une période de transition de 3 ans avec pour les 18 premiers mois, le major Buyoya à la présidence et Domitien Ndayizeye du Frodebu au poste de vice-président avant que les rôles ne soient échangés. L'alternance prévue fut respectée par Pierre Buyoya qui céda le pouvoir au bout de dix-huit mois. Les différents portefeuilles du gouvernement sont partagés entre Uprona et Frodebu. Le 4 février 2002, le Sénat de transition élit l'uproniste Libère Bararunyeretse à sa présidence.

Nouvelle donne[modifier | modifier le code]

Malgré les critiques du comité de suivi des accords d'Arusha à l'encontre du gouvernement, en particulier en ce qui concerne la modification de la composition ethnique de l'armée et de l'administration, c'est-à-dire un rééquilibrage ethnique de ces deux institutions, l'exécutif Hutu-Tutsi fonctionne.

Cependant, le 7 juillet 2003, les forces hutu des CNDD-FDD (Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie), en coalition avec le PALIPEHUTU-FNL (Parti pour la libération du peuple hutu-Forces de libération nationale) attaquent Bujumbura. 40 000 habitants fuient la capitale. Un accord de paix (protocole de Pretoria) est néanmoins signé le 15 novembre 2003 entre le président Ndayizeye et le chef des CNDD-FDD. La principale branche de la rébellion (CNDD-FDD) entre au gouvernement, au sein duquel elle détient quatre ministères et dispose également de postes de haut rang dans les autres institutions, conformément à l'accord d'Arusha.

Le CNDD-FDD, dirigé par Pierre Nkurunziza, s'impose dès lors comme l'un des principaux acteurs politiques en obtenant la majorité absolue aux élections communales du 5 juin 2005 (1 781 sièges sur les 3 225 à pourvoir) avec 62,9 % des voix, contre 20,5 % pour le FRODEBU et seulement 5,3 % pour l'Uprona. Le CNDD-FDD, majoritairement hutu, dispose désormais de la majorité absolue dans 11 des 17 provinces du pays. Une victoire sans appel qui annonce la recomposition du paysage politique après douze années de guerre civile et met un terme au long tête-à-tête entre l'UPRONA et le FRODEBU. Mais le vote a aussi rappelé que certains rebelles (PALIPEHUTU-FNL) n'ont pas encore déposé les armes (le jour du scrutin, 6 communes ont été la cible de violences). Ces opérations d'intimidation révèlent que la trêve conclue le 15 mai 2005 à Dar es Salaam avec les forces du PALIPEHUTU-FNL reste fragile.

Le CNDD-FDD remporta également les élections législatives du 4 juillet 2005 et les sénatoriales du 29 juillet. Nkurunziza est donc élu président le 19 août et investi le 26 août 2005.

La crise de juin 2010[modifier | modifier le code]

Après cinq années, l'érosion du pouvoir conduit à un certain agacement au sein des autres groupes Hutus, le CNDD-FDD obtient une majorité des 2/3 aux élections communales du 26 mai 2010; immédiatement, les partis Hutus signataires des accords d'Arusha dénoncent des fraudes massives, tandis que l'ONU et l'Union européenne, qui supervisent le scrutin, assurent ne pas avoir observé de graves irrégularités.

Peu après, une émeute éclate dans un faubourg de Bujumbura, les manifestants ont découvert une urne remplie de bulletins non-décachetés, dans un quartier acquis aux Hutus anti-Nkurunziza, il y a plusieurs blessés. Le 2 juin, des dirigeants de l'opposition Hutu sont arrêtés, tandis que Ban Ki-moon débarque au Burundi pour appeler à la poursuite du processus électoral… il ne rencontre que le président, ce qui est vêcu par les opposants comme une trahison de la communauté internationale.

Le lendemain, les partis Hutu d'opposition (PALIPEHUTU-FNL, etc.) décident le boycott total des élections présidentielles du 26 juin, le 5 juin, l'ancien président Ndayizeye, qui faisait la course pour remplir les voies, minoritaires, de sa communauté, décide de rejoindre la contestation. Le 7 juin, le gouvernement interdit toute campagne pour l'abstention, ce qui radicalise la divergence.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Assassinat du "Lumumba burundais" : des documents accablants sur le rôle de la Belgique, www.levif.be, article du 9 janvier 2013.
  2. Evariste Ngayimpenda, Histoire du conflit politico-ethnique burundais. les premières marches du calvaire 1960-1973, Bujumbura, Éditions de la Renaissance, 2007, p. 501
  3. Marc Manirakiza, Burundi: de la révolution au régionalisme, Le Mat de Misaine, 1990, p. 121-122
  4. Eggers, E., Historical Dictionary of Burundi, ix.
  5. National Geographic France, août 2008

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]