Saadiens

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Saadiens
السعديون (ar)

1509/15541660

Drapeau
Description de cette image, également commentée ci-après

Extension maximale de l'Empire saadien,
fin du XVIe siècle - début du XVIIe siècle

Informations générales
Statut Sultanat
Capitale Marrakech
Religion Islam
Histoire et événements
1511 Appel à la guerre sainte contre les Portugais
1524 Prise de Marrakech
1554 Chute de la dynastie wattasside
1578 Bataille des trois rois
1591 Conquête de l'empire songhaï
1660 Chute de l'État saadien
Sultans
(1er) 1511-1517 Muhammad al-Mahdi al-Qaim bi-Amr Allah
(Der) 1654-1660 Ahmed el-Abbas

Entités précédentes :

Entités suivantes :


Les Saadiens (en arabe : as-saʿadiūn, السعديون) ou Zaydanides (en arabe : banū-zaydan, بنو زيدان) sont une dynastie chérifienne ayant régné sur le Maroc entre 1554 et 1660[1].

Princes de Tagmadert à partir de 1509, ils gouvernent à partir de 1511 une principauté s'étendant sur le Souss, le Tafilalet et la vallée du Drâa.

Reconnaissant d'abord l'autorité centrale des Wattassides, les deux dynasties entrent en confrontation dès 1528[2] et, suite à une bataille à l'issue indécise, se voient confirmer leur autorité sur le Sud du Maroc par le Traité de Tadla. La paix retrouvée permet aux Saadiens de concentrer leurs efforts contre les possessions portugaises[3] et de les en expulser par la suite, ce qui leur confère une plus grande popularité et les pousse à contester aux Wattassides leur trône.

Suite à la reprise du conflit interne, 19 ans plus tard[3], les Saadiens finissent par chasser les Wattassides en 1554. Ils règnent par la suite sur l'ensemble du Maroc avant d'étendre leur empire jusqu'à Tombouctou et Gao à partir de la fin du XVIe siècle.

Affaiblis par des querelles dynastiques et des conflits armés entre différents prétendants dès le début du XVIIe siècle, les Saadiens perdent progressivement le contrôle du pays au profit de chefs locaux et des confréries religieuses ; ils perdent tout pouvoir politique à partir de 1659 alors que le Maroc sombre dans l'anarchie en l'absence de pouvoir central, et ce jusqu'en 1666 avec la montée en puissance des princes alaouites du Tafilalet, qui réunifient le Maroc.

Origines[modifier | modifier le code]

Les Saadiens sont d'origine arabe. Ils prétendent au titre de chérifs en tant que descendant de Hassan ben `Alî fils aîné d'Ali et Zahra. Cette parenté prestigieuse qui était admise par tous à l'époque, a été mise en cause au XVIIe siècle ; il se pourrait qu'ils descendent non pas de Mahomet mais de sa nourrice Halima de la tribu des Banî Sa`d. De là viendrait le nom Saadiens donné à la dynastie[4].

Le fondateur de la dynastie, Muhammad al-Qâ'im, entame à l'initiative de la confrérie Chadiliya une guerre sainte contre les Portugais dès le mois d'août 1511, avec une tentative échouée contre la forteresse portugaise de Santa Cruz oo Cabo de Gué (Agadir)[5]. La lutte des princes saadiens contre la présence portugaise commence à porter ses fruits avec, suite à l'assassinat du chef guerrier pro-portugais Ibn Tasfuft, la reprise des forteresses portugaises d'Aguz et de Mogador en 1525, et de Santa Cruz, Azamor et Safim en 1541.

Le bouquet final a lieu le 4 août 1578, près de Ksar el-Kébir (ou Alcazarquivir), au nord du pays, quand Sébastien Ier (24 ans), roi de Portugal, se porte avec 16 000 hommes à la rencontre du sultan saadien Abu Marwan Abd al-Malik, lui-même à la tête de 50 000 hommes. Sébastien a un allié en la personne d'un ancien souverain du Maroc, El Motaouakil. La bataille tourne au désastre pour le Portugais et son allié. Leurs armées sont battues, Sébastien est tué, et El Motaouakil se noie dans l'oued el Makhazen. Leur adversaire n'a pas lui-même l'occasion de savourer sa victoire car il meurt de maladie au cours de la bataille. Cette bataille, appelée « bataille des Trois Rois », allait entraîner deux ans plus tard l'annexion du Portugal par l'Espagne.

Ahmed IV el-Mansour, successeur d'Abd el-Malik, va porter la dynastie saadienne à son apogée. Une expédition victorieuse contre l'empire africain du Songhaï, en 1591, va lui permettre d'enrichir sa capitale avec l'or du Soudan (différent du Soudan, c'est l'ancienne nomination arabe des pays juste en dessous du Sahara. « Soudan » en arabe veut dire « pays des noirs »). Ahmed El Mansour obtint aussi la soumission en tant que vassal du roi du Bournou : May Idriss Aluma qui le reconnut comme « Madhi suprême » et lui prêta le serment de la bay'a[6],[7].

La dynastie[modifier | modifier le code]

Les princes saadiens de Tagmadert[modifier | modifier le code]

Les sultans saadiens[modifier | modifier le code]

1603-1659 les sultans Saadiens, basés à Marrakech

1603-1627 les dirigeants Saadiens basés à Fes, avec un pouvoir local seulement

Chronologie[modifier | modifier le code]

1524 : La famille saadienne se rend maîtresse de Marrakech. Il s'agit d'une lignée chérifienne originaire de Tamegroute, un village dans la vallée du Draâ, dont l'un des chefs Abou Abdallah, disparu en 1517, avait rallié derrière lui le Sous pour lutter contre les Portugais. Le rôle grandissant des Saadiens va de pair avec l'essor des zaouias ou confréries, et l'autorité spirituelle grandissante des marabouts, phénomène fréquent en période de crise alors que l'islam paraît menacé. Mohammed el-Jazouli, chef d'une puissante zaouïa du Souss, a ainsi soutenu dès 1511 la désignation comme chef de guerre d'Abou Abdallah surnommé « Celui qui est appelé par Dieu ».

1524 - 1550 : Règne d'Ahmed al-Wattassi. Il doit reconnaître aux Saadiens une indépendance de fait dans les régions du Sud. Quand il se décide à marcher sur Marrakech en 1528, il est battu et doit se replier. Deux fils d'Abou Abdallah se partagent alors le pouvoir dans le sud du pays : Ahmed al-'A`raj règne à Marrakech, Mohammed ech-Cheikh est gouverneur du Sous.

1537 : Victorieux des Wattassides à l'Oued-el-Abid, les Saadiens obtiennent le partage du Maroc en deux royaumes dont la frontière est située à hauteur de la région du Tadla.

1541 : Les Saadiens arrachent Agadir aux Portugais et apparaissent comme les défenseurs de l'Islam alors que, trop faibles, les Wattassides cherchent à négocier avec les chrétiens. La chute d'Agadir marque le début du reflux portugais. Azemmour et Safi sont bientôt évacués et, après la prise de Fès, par les Saadiens, Ksar es-Seghir et Asilah sont abandonnés à leur tour en 1550. À cette date, les Portugais ne conservent plus que Tanger, Ceuta et Mazagan.

1548 : Fait prisonnier par les Saadiens, le sultan est libéré contre l'abandon de Meknès.

1550 : Prise de Fès par les Saadiens.

1552 : Échec des tentatives saadiennes dans l'Oranie.

Conquêtes Nord des Saadiens et route vers Tombouctou

1554 : Appuyé par les Turcs d'Alger, Bou Hassoun, un Wattasside reprend Fès mais cette restauration est éphémère car Bou Hassoun est finalement vaincu et tué dans le Tadla par le Saadien Mohammed ech-Cheikh qui récupère Fès. Les derniers Wattassides sont massacrés par des pirates alors qu'ils fuyaient le Maroc.

1554-1557 : Règne de Mohammed ech-Cheikh sur un Maroc réunifié, dont la capitale est transférée de Fès à Marrakech. Le sultan saadien, inquiet des ambitions ottomanes, se tourne alors vers l'Espagne de Philippe II et négocie secrètement avec le comte d'Alcaudete, gouverneur espagnol d'Oran, pour agir contre Alger mais les Turcs devancent l'offensive prévue et assiègent sans succès Oran, alors que les Saadiens échouent devant Tlemcen.

1557 : Mohammed ech-Cheikh est assassiné par un transfuge turc qui s'était mis à son service et sa tête est portée à Alger puis envoyée à Constantinople. Les troupes ottomanes menacent Fès après une bataille indécise livrée sur l'oued Sebou mais une sortie des forces espagnoles d'Oran les contraint au repli.

1557-1574 : Règne d'Abou Mohammed Abdallah el-Ghalib Billah. Il échoue dans sa tentative contre Mazagan et la révolte morisque de Grenade gêne sa volonté d'alliance avec l'Espagne contre la menace ottomane. Celle-ci apparaît moins dangereuse après que les flottes chrétiennes ont battu à Lépante celle du sultan, en octobre 1571.

1574-1576 : Règne de Mohammed el-Mottouakil, l'aîné des fils de Mohammed el-Ghalib alors que, selon la tradition, le frère aîné du défunt, Abu Marwan Abd al-Malik, aurait dû lui succéder. Abd al-Malik, qui a combattu dans les armées ottomanes, bénéficie du soutien du sultan turc qui cherche ainsi à installer enfin la puissance ottomane au Maroc. Abd al-Malik peut ainsi envahir le pays avec une puissante armée turque et il s'empare de Fès, puis de Marrakech après avoir battu son neveu près de Rabat. Celui-ci recherche alors l'appui du roi du Portugal Sébastien, qui espère ainsi prendre pied de nouveau sur les côtes marocaines.

1576-1578 : Règne d'Abu Marwan Abd al-Malik. Celui-ci cherche à écarter l'allié turc qui lui a permis de s'installer au pouvoir car il comprend que le sultan de Constantinople constitue la principale menace pour l'indépendance marocaine, autrement dangereuse que celle de l'Espagne de Philippe II, contrainte de disperser ses efforts d'Italie aux Pays-Bas.

1578-1603 : Règne d'Ahmed al-Mansur Saadi, le frère d'Abd el-Malik. Son règne correspond à une période de paix qui voit l'Empire ottoman renoncer à ses ambitions en direction de l'ouest, ce qui contribue à fortifier l'indépendance saadienne.

1581 : Prise des oasis du Touat qui constituaient une étape obligatoire sur la route menant vers Tombouctou et Gao, une route qui avait progressivement supplanté celle passant par le Tafilalet. Le déclin du commerce transsaharien – dont les caravanes sont maintenant concurrencées par les caravelles portugaises qui vont directement sur les côtes guinéennes –, la volonté de contrôler les salines de Teghaza dont s'est emparé l'empire songhaï de Gao, le désir de mettre la main sur les mines d'or du Soudan conduisent le Maroc à se tourner vers ces régions pour rétablir des échanges qui, pendant au moins sept siècles, s'étaient révélés très fructueux pour lui.

1603 : À la mort du sultan, emporté par une épidémie de peste, le pays voit bientôt s'affronter ses fils proclamés sultans, l'un à Fès, l'autre à Marrakech. Moulay Zaidan el-Nasir sort finalement vainqueur de la lutte l'opposant à ses frères Abou Faris et Al-Mamoun. Au cours des quarante ans qui suivent, plusieurs sultans saadiens se succèdent à Fès d'une part, à Marrakech de l'autre. Il faut attendre la victoire des Alaouites pour voir l'ordre et l'unité rétablis.

1609-1614 : Expulsion des Morisques d'Espagne. Un grand nombre d'entre eux vient s'installer au Maroc. 13000 d'entre eux s'installent dans l'embouchure du Bouregreg et y mettent en place les fondations d'une république corsaire (1627-1668) appelée à devenir fameuse et à multiplier ses expéditions dans tout l'Atlantique.

4 août 1578 : la bataille des Trois Rois[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille des Trois Rois.

Le roi du Portugal Sébastien Ier, allié au roi d'Espagne Philippe II, tente de renverser le sultan Abd al-Malik. Lors de l'affrontement à Ksar el-Kébir, les 40 000 cavaliers du sultan anéantissent les troupes portugaises. Abd al-Malik et le jeune roi Sébastien, qui ne rêvait que de croisade contre les Infidèles, sont tués dans la bataille. Philippe II prendra possession du Portugal, tandis que le frère du sultan, Ahmed al-Mansur Saadi, montera sur le trône saadien. Un tribut sera demandé au vaincu et suite à cette victoire, le blason des Saadiens est redoré.

Conquête de l'empire songhaï[modifier | modifier le code]

L'Empire Songhai est né huit siècles plus tôt, à l'époque des Mérovingiens et de Mahomet (VIIe siècle), autour de la petite ville de Koukia, dans la boucle du Niger. Il prospère rapidement grâce au commerce transsaharien, en expédiant vers l'Afrique du Nord du sel et de l'or mais aussi de l'ambre gris, de la gomme arabique, des peaux de léopards et des esclaves. Il reçoit en contrepartie du Maghreb des produits manufacturés (bijoux, armes, étoffes, miroirs…) ainsi que des produits agricoles (blé, chevaux…). Le commerce d'esclaves vers le Maroc devient plus que jamais florissant. Mais le Songhai finit par entrer en conflit avec le saadien pour la possession des mines de sel du désert.

Ils se sont convertis à l'Islam.

À la fin du XVIe siècle, le sultan saadien Ahmed IV el-Mansour, qui a déjà à son actif une victoire sur les Portugais, s'inquiète du fléchissement des livraisons d'or au Maroc, via l'oasis de Sijilmasa, au nord du Sahara. Il souhaite s'approprier ce commerce ainsi que celui, très important, du sel. À ce titre, il revendique les salines de Teghaza, en plein désert, qui font partie du Songhai. En 1589, il envoie vers le Niger une puissante expédition qui écrase l'armée d'Askia Ishaq II à la Bataille de Tondibi et occupe la région. L'Askia propose aux Saadiens un généreux tribut et le monopole du commerce du sel en échange de leur départ. Mais le sultan refuse. Son armée, commandée par un nouveau chef du nom de Mahmoud Zergoun, poursuit les troupes du Songhai et les écrase complètement pendant que l'Askia est massacré par des rebelles.

Par l'intermédiaire d'un pacha, le sultan saadien impose désormais sa domination sur toute la frange méridionale du Sahara, le Soudan (de l'expression arabe Bilad al-Sudan, qui signifie «pays des Noirs»)… Mais le commerce entre Sijilmasa et les Saadiens ne se redresse pas pour autant. Tombouctou, en déclin, tombe sous la coupe de familles afro-marocaines. Plus tard les rois Bambaras imposent leur domination sur tombouctou.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Janine et Dominique Sourdel, Dictionnaire historique de l'islam, Ed. P.U.F., (ISBN 978-2130-545361), p. 715, article Saadiens
  2. H. J. Kissling, Bertold Spuler, N. Barbour, J. S. Trimingham, F. R. C. Bagley, H. Braun, H. Hartel, The Last Great Muslim Empires, BRILL 1997, p.102 (lire en ligne)
  3. a et b Africa from the sixteenth to the eighteenth century Bethwell A. Ogot p.201
  4. Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord, des origines à 1830, éd. Payot, Paris, 1994, (ISBN 978-2228-887892), p. 573
  5. (en) Kevin Shillington, Encyclopedia of African history, Band 1, CRC Press,‎ 2005, 1824 p. (ISBN 1579584535, lire en ligne), p. 893
  6. Abitbol Michel; Histoire du Maroc ; édition Perrin ; 2009 ; 673p
  7. http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://cartographie.sciences-po.fr/sites/default/files/maps/13_1630.jpg&imgrefurl=http://cartographie.sciences-po.fr/fr/territoires-des-arts-de-lislam-les-trois-empires-orientaux-et-lexpansion-saadienne-1630&h=937&w=870&tbnid=CyGNrLxZOeQCMM:&zoom=1&tbnh=103&tbnw=96&usg=__pqy0iP-WY21k29kc4bVKFNxkwe4=&docid=bq0OUgVhleDxfM&sa=X&ei=4upBU8TQJanG0QXYrICQCA&ved=0CEUQ9QEwBQ&dur=397

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]