Arudj Barberousse

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Arudj Reïs
Gouverneur de la Régence d'Alger
Image illustrative de l'article Arudj Barberousse
Portrait d'Arudj Reïs
Biographie
Surnom Baba-Oruç
Nom turc Oruç Reis
Date de naissance 1474
Lieu de naissance Île de Lesbos (Mytilène)
Date de décès 1518
Lieu de décès Rio Salado
Fonction
Titre Beylerbey de la Régence d'Alger
Règne 1516 - 1518
Successeur Khayr ad-Din Barberousse

Arudj Reïs (turc : Oruç Reis, arabe : بابا عرّوج) dit Baba-Oruç (turc : baba, père prononcé baba-oroutch) qui par déformation donna Barberousse (1474, Lesbos - 1518, Tlemcen). Corsaire puis Bey (gouverneur) Ottoman d'Alger et Beylerbey (gouverneur en chef) de l'ouest méditerranéen de l'Algérie actuelle. Il acquit le surnom de Baba Arudj (père Arudj) après avoir transporté les réfugiés musulmans d'Espagne vers l'Afrique du nord. Il est mort en défendant Tlemcen contre les Espagnols.

Histoire[modifier | modifier le code]

Il naquit à Mola, un hameau de la pointe septentrionale de l'île de Mytilène, actuellement Lesbos[1],[2],[3],[4],[5],[6],[7]. Sa mère Katarina [8] était initialement chrétienne, d'origine peut-être grecque ou albanaise ; son père Yakup Reïs, potier de Mytilène, était peut-être grec ou Albanais, ou peut-être Romaniote converti à l'Islam ; d'autres théories soutiennent qu'il était issu d'un père turc pêcheur et d'une mère romaniote.

Yakup et Katarina eurent deux filles et quatre fils : Ishak, Arudj, Hızır (Khayr ad-Din) et Ilyas. Yacub s'établit comme potier et acheta un bateau pour transporter ses produits. Les quatre enfants aidaient dans le commerce familial. Arudj a commencé en travaillant sur le bateau, tandis que Khayr ad-Din travaillait dans la poterie. Plus tard, Arudj fut rejoint par ses frères Khayr ad-Din et Ilyas dans le commerce maritime et Ishak, l'ainé, resta à Mytilène pour gérer les affaires financières du commerce familial. Les trois frères travaillèrent comme matelots, puis comme corsaires contractuels. Arudj et Ilyas opéraient dans la région comprenant l'Anatolie, la Syrie et l’Égypte et Khayr ad-Din opérait dans la mer Égée en basant ses opérations en Thessalonique.

Arudj se distingua comme commandant maritime pendant les premières années de sa carrière et apprit à parler italien, espagnol, français, grec et arabe. Lors de son retour d'une expédition commerciale à Tripoli au Liban, Arudj et Ilyas furent attaqués par une galiote des chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem de Rhodes. Ilyas fut tué, Arudj blessé et le bateau de leur père capturé. Arudj fut pris comme prisonnier et détenu dans la citadelle de Bodrum pendant près de trois ans. Son frère Khayr ad-Din finit par connaitre l'endroit de l'emprisonnement de Arudj et l'aida à s'échapper.

Arudj corsaire[modifier | modifier le code]

Arudj partit à Antalya et le gouverneur ottoman de la ville, Shehzade Korkud, lui octroya 18 galiotes. Il fut chargé de combattre les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean qui infligeaient des dommages sérieux à la marine marchande ottomane. Plus tard, quand Shehzade Korkud devint gouverneur de Manisa, il octroya à Arudj une plus grande flotte de 24 galiotes au port d'İzmir et le chargea de participer à l'expédition navale ottomane de Puglia en Italie, où Arudj bombarda plusieurs fort côtiers et captura deux vaisseaux. Sur le chemin de retour vers Lesbos, il captura trois galiotes et un vaisseau à Eubée. Arrivé à Mytilène, il découvrit que Shehzade Korkud, frère du nouveau sultan ottoman, s'était enfui en Égypte pour échapper aux disputes de succession. Craignant des représailles à cause de son association connue avec le prince ottoman exilé, Arudj navigua vers l’Égypte où il rencontra Shehzade Korkud au Caire et parvint à obtenir audience auprès du sultan mamlouk Al-Achraf Qânsûh Al-Ghûrî. Ce dernier lui donna un autre vaisseau et le chargea d'attaquer les côtes d'Italie et les îles méditerranéennes sous contrôle chrétien. Après avoir passé l'hiver au Caire, Arudj prit les voiles depuis Alexandrie et opéra le long des côtes de Ligurie et de Sicile.

En 1503, Arudj parvint à s'emparer de 3 vaisseaux et fit de l'île de Djerba sa nouvelle base, déplaçant ainsi ses opérations vers l'est de la Méditerranée. Il fut par la suite joint par son frère Khayr ad-Din à Djerba. En 1504, les deux frères demandèrent la permission au sultan de Tunisie, Abou Abdoullah Mohammed V de la dynastie des Hafsides, d'utiliser le port stratégique de La Goulette pour leurs opérations. Ils obtinrent permission sous condition de laisser un tiers de leur butin au sultan. Au commandes de petites galiotes, Arudj captura deux galiotes de taille supérieure appartenant au Pape près de l'Île d'Elbe. Plus tard, les deux frères capturèrent un vaisseau de guerre sicilien, le Cavalleria, avec 380 soldats et 60 chevaliers espagnols d'Aragon à bord, qui étaient en transit entre Espagne et Naples. En 1505, Arudj et Khayr ad-Din attaquèrent les côtes de Calabre. Leurs exploits les rendirent célèbres et ils furent rejoints par d'autres corsaires musulmans connus, tel que Kurtoğlu (Curtogoli). En 1508, ils attaquèrent les côtes de Ligurie, notamment Diano Marina.

En 1509, Ishak quitta à son tour Mytilène pour rejoindre ses frères à la Goulette. L'aura d'Arudj s'élargit lorsqu'entre 1504 et 1510 il transporta des milliers de rescapés musulmans de l'Espagne chrétienne vers l'Afrique du nord. Ses efforts pour aider les musulmans fuyant l'inquisition en Espagne en les transportant en Afrique du nord lui ont valu le surnom honorifique Baba Arudj (père Arudj) qui par similitude phonétique évolua en Espagne, en Italie et en France en Barbarossa.

En 1510, les trois frères attaquèrent le cap de Passero en Sicile et repoussèrent une attaque espagnole à Béjaïa, Oran et Alger en Algérie. En août 1511, ils attaquèrent les régions autour de Reggio de Calabre dans le sud de l'Italie. En août 1512, le roi en exil de Béjaïa demanda aux frères de repousser les Espagnols et pendant la bataille, Arudj perdit son bras gauche. Cet incident lui valut le surnom Gümüş Kol (bras d'argent en turc), en référence à la prothèse en argent qu'il utilisa pour remplacer son bras. Dans la même année, les frères attaquèrent les côtes d'Andalousie en Espagne, capturant une galiote de la famille Lomellini de Gênes qui possédait l'île de Tabarka située dans ces eaux. Ils accostèrent par la suite à Minorque et capturèrent un fort côtier, puis continuèrent vers la Ligurie et capturèrent quatre galiotes génoises près de Gênes. Cette dernière envoya une flotte pour libérer leurs bateaux, que les frères capturèrent à leur tour. Après avoir capturé au total 23 bateaux en moins d'un mois, les frères rentrèrent à la Goulette.

À la Goulette, ils firent construire 3 galiotes de plus et une usine de production de poudre. En 1513, ils capturèrent 4 vaisseaux anglais en route pour la France, attaquèrent Valence où il capturèrent 4 vaisseaux et partirent pour Alicante, capturant une galiote espagnole près de Malaga. En 1513 et 1514, les trois frères engagèrent le combat avec des escadrons espagnols à diverses occasions et transférèrent leur base à Djijelli (Jijel) à l'est d'Alger. En 1514, armé de 12 galiotes et de 1000 soldats turcs, ils détruisirent deux forteresses espagnoles à Béjaïa, puis quand une flotte espagnole sous la commande de Miguel de Gurrea, vice-roi de Mallorque arriva en renfort, les frères naviguèrent vers Ceuta au Maroc actuel et l'attaquèrent avant de reprendre Jijel en Algérie, qui avait été prise par Gênes. Ils reprirent par la suite Mahdia en Tunisie actuelle. Il attaquèrent ensuite les côtes de Sicile, Sardaigne, les îles Baléares et l'Espagne, capturant 3 grands vaisseaux dans la dernière. En 1515, ils capturèrent plusieurs galions, une galiote et trois barques à Majorque. Durant 1515, Arudj envoya des cadeaux précieux au sultan ottoman Selim Ier qui, en retour, lui envoya deux galiotes et deux épées ornées de diamants. En 1516, joint par Kurtoğlu, les frères assiégèrent le fort d'Elbe, avant de repartir une fois de plus vers la Ligurie et d'y capturer 12 vaisseaux et d'endommager 28 autres.

Arudj Sultan d'Alger[modifier | modifier le code]

En 1516, les trois frères parvinrent à libérer Jijel et Alger des Espagnols et prirent le contrôle des villes et des régions environnantes, forçant ainsi l'ancien sultan zianide Abou Hammou Moussa III à fuir. Les Espagnols se réfugièrent à l'île de Peñón près d'Alger et demandèrent renfort auprès de l'empereur Charles Quint d'Espagne, mais la flotte espagnole de renfort ne parvint pas à déloger Arudj et ses frères d'Alger.

Arudj se proclama ainsi sultan d'Alger et consolida son territoire en s'étendant à Miliana, Médéa et Ténès. Il devint connu pour sa méthode innovante pour le transport terrestre par voile des canons en Afrique du nord. En 1517, les frères attaquèrent Capo Limiti et plus tard l'île de Capo Rizzuto en Calabre.

Alger Rejoint l'empire ottoman[modifier | modifier le code]

Pour Arudj, la meilleure protection contre les Espagnols était de se joindre à l'empire ottoman, sa patrie d'origine et le principal rival de l'Espagne de l'époque. Pour cela, il renonça à son titre de sultan aux Ottomans en 1517 et offrit Alger au sultan ottoman. Le sultan accepta Alger comme une Sanjak (province en turc) et nomma Arudj Bey (gouverneur) d'Alger et Beylerbey (gouverneur en chef) de l'ouest méditerranéen. Le sultan promit de le soutenir matériellement avec janissaires, galiotes et canons.

Affrontements finaux et décès d'Arudj et d'Ishak[modifier | modifier le code]

Les Espagnols ordonnèrent à Abou Zayan, le roi de Tlemcen et d'Oran qu'il avaient nommé, d'attaquer Arudj par voie terrestre. Arudj eut connaissance du plan et décida d'attaquer préventivement Tlemcen. Il parvint à prendre le contrôle de la ville et fit exécuter Abou Zayan en 1517. Le seul survivant de la dynastie zianide fut Sheikh Bouhammoud, qui s'enfuit à Oran et demanda assistance aux Espagnols. En mai 1518, l'empereur Charles Quint arriva à Oran et fut reçu par Sheikh Bouhammoud et le gouverneur espagnol de la ville, Diego de Córdoba, marquis de Comares, qui à la tête de 10 000 soldats espagnols et des milliers de soldats locaux, marcha vers Tlemcen. Arudj et son frère Ishak se préparèrent avec 1 500 soldats turcs et 5 000 soldats arabes et berberes. Ils défendirent Tlemcen pendant 20 jours, mais furent finalement tués dans le champ de bataille. Khayr ad-Din, le dernier des frères, hérita de la place de son aîné, de son nom (Barbarossa) et de sa mission.

Héritage[modifier | modifier le code]

Arudj établit la présence ottomane en Afrique du nord qui continua pendant 4 siècles jusqu'à l'invasion française de l’Algérie en 1830 et de la Tunisie en 1881, l'invasion italienne de la Libye en 1912 et la prise de l’Égypte et du Soudan par les Anglais en 1914 quand l'empire ottoman se joint à l’Allemagne pendant la Première Guerre mondiale. La république turque renonça enfin à ses droits dans certains territoires d’Égypte et du Soudan avec le traité de Lausanne en 1923.

Deux sous-marins de la marine turque ont été nommés après Arudj : le TCG Oruç Reis (HMS P611, 1940) et le TCG Oruçreis (S-337, 1971).

Barbarossa fut l'influence derrière le personnage du capitaine Hector Barbossa dans le film Pirates des Caraïbes. Il a été révélé que Johnny Depp joua un rôle décisif dans le choix du nom du personnage. Son nom de famille est à la fois un jeu de mots sur l'origine espagnole "Barbosa" et est basé sur Barbarossa, le corsaire ottoman[9].

Dans le manga One Piece, le nom du pirate Urouge est directement inspiré de Barbarossa.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. The early modern Ottomans: remapping the Empire, Virginia H. Aksan & Daniel Goffman, p.106, Cambridge University Press, 2007
  2. The Ottoman Empire and early modern Europe, Daniel Goffman, Cambridge University Press, p.145
  3. The last great Muslim empires: history of the Muslim world, Frank Ronald Charles Bagley et al, Brill Academic Publishers, 1997
  4. Cervantes y su mundo, Eva Reichenberger, page 134, 2005
  5. Encyclopædia Britannica, page 147, 1963
  6. Islam in the Balkans: religion and society between Europe and the Arab world, H. T. Norris, page 201, 1993
  7. The Turks: Ottomans, Hasan Celâl Güzel, Cem Oğuz, Osman Karatay, Murat Ocak, 2002
  8. Die Seeaktivitäten der muslimischen Beutefahrer als Bestandteil der staatlichen Flotte während der osmanischen Expansion im Mittelmeer im 15. und 16. Jahrhundert, p.548, Andreas Rieger, Klaus Schwarz Verlag, 1994
  9. http://www.houseofnames.com/xq/asp.fc/qx/barbosa-family-crest.htm

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]