Al-Hakam II

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Al-Hakam II
Al Hakam II
Al Hakam II
Titre
Calife de Cordoue
15 octobre 9611er octobre 976
Prédécesseur `Abd ar-Rahmān III an-Nāsir
Successeur Hichām II al-Mu'ayyad
Biographie
Date de naissance 13 janvier 915
Lieu de naissance Cordoue
Date de décès 1er octobre 976
Lieu de décès Cordoue

Abû al-`Âs al-Mustansir bi-llah al-Hakam Ibn Abd ar-Rahman (arabe : أبو العاص المستنصر بالله الحكم بن عبد الرحمن), davantage connu sous le nom de Al-Hakam II ou Alhakén II (en espagnol), est le fils de Abd ar-Rahmān III an-Nāsir. Il est né le 13 janvier 915 à Cordoue. Deuxième calife omeyyade de Cordoue. Il est mort le 1er octobre 976.

Jeunesse et accès au trône[modifier | modifier le code]

Il a succédé à son père Abderraman III à l’âge de quarante-six ans et neuf mois, en poursuivant la politique d’Abd ar-Rahman III de consolidation de la paix et de la prospérité de l’Al-Andalus. Non seulement il a maintenu le califat à l'apogée à laquelle il est arrivé sous le règne de son père, mais avec lui, il a atteint sa splendeur maximale. Al-Hakam II n’avait que huit ans lorsque son père l’a désigné comme successeur. Son éducation a été soignée, il a participé activement au gouvernement et aux campagnes militaires accompagnant le calife en toutes sortes d’occasions. Après la mort de son père, il accède au trône et a adopté le titre d'al-Mustansir bi-llah (« celui qui cherche l'aide victorieuse de Dieu ») et en dépit de son union avec Radhia, il n'a pas eu alors de fils. En arrivant au trône, il devint alors nécessaire d’avoir une descendance. Une esclave d’origine basque appelée Subh, (ou Zohbeya ou Aurora, et à qui il donnera plus tard le nom masculin de Chafar) devenue sa concubine, lui a donné des fils dont l’aîné est mort en 970.

Politique extérieure et campagnes militaires[modifier | modifier le code]

Contrairement à son père, Al-Hakam II s'est appuyé sur deux personnages de la cour : le général Ghâlib, d'origine slave et le hagîb Al-Mushafî, qui avec Subh exerça une grande influence sur le califat.

Le Maghreb[modifier | modifier le code]

Dans le Maghreb, la politique d'Al-Hakam II a été marquée par la tentative de freiner l'expansion du califat des Fatimides. La conquête de l'Égypte par le général fatimide Jawhar al-Siqilli en 969, et le transfert qui s’en est suivi de leur capitale au Maghreb à la nouvelle cité du Caire, ont incité Al-Hakam II à récupérer sa zone d'influence dans le Maghreb. Il doit cependant faire face aux derniers représentants de la dynastie Idrisside, l'émir Al-Hasan ben Kannun, dont il a obtenu la soumission en 974 grâce aux troupes commandés par le général Ghâlib, auquel il a donné une liberté totale, tant pour soudoyer que pour combattre ses ennemis. Tant et si bien qu'il a vaincu sans combattre, mais en dépensant tant et d’une manière tellement peu contrôlable que le calife envoya son intendant Muhammad Ibn Abi Amir, le futur Almanzor, pour surveiller les comptes. C’était la première expérience militaire de ce dernier.

Les royaumes chrétiens[modifier | modifier le code]

Al Andalus à l'époque d'Al-Hakam

Les premières mesures prises dès son accession au trône furent de réclamer au royaume chrétien de León les dix forteresses que son roi, Sancho Ier, avait promises à son père Abd al-Rahman III contre son appui dans le conflit dynastique qui l’opposait à Ordoño IV et qui lui a permis de récupérer le trône. Ordoño IV, l'ancien souverain chassé par Abd Al-Rahman III, décide dès lors de demander l'aide des califes ommeyyades. Il fait part de ses projets au général Ghâlib, gouverneur de Medinaceli, et désire être reçu à Cordoue. Al-Hakam II, heureux d'avoir un prétendant sous la main accepte rapidement. Sur la route, Ordoño n'hésite à montrer toute sa bonne volonté; il prie sur la tombe d'Abd Al-Rahman III, flatte les soldats puis passe deux jours dans un palais avant d'être reçu par Al-Hakam II dans son palais de Medinat Al Zahra. Durant la cérémonie d'Ordoño expose ses désirs:

« Naguère mon cousin Sancho est venu demander du secours contre moi au feu calife. Il a obtenu sa demande; il a été secouru comme on ne l'est que par les plus grands souverains de l'univers. Moi aussi, je viens demander du secours, mais il y a toutefois entre mon cousin et moi une grande différence. S'il est venu ici, c'est qu'il y a été contraint par la nécessité; ses sujets blâmaient sa conduite et le haïssaient; ils m'avaient élu à sa place sans que j'eusse ambitionné cet honneur, Dieu m'en est témoin! Je l'avais détrôné et chassé du royaume.

À force de supplications il a obtenu du feu calife une armée qui l'a rétabli; mais il n'a pas su se montrer reconnaissant pour ce service; il n'a rempli ni envers son bienfaiteur, ni envers vous, ô commandeur des croyants, mon seigneur, ce à quoi il s'était obligé. Moi au contraire, j'ai quitté mon royaume de mon plein gré, et je suis venu auprès du commandeur des croyants pour mettre à sa disposition ma personne, mes hommes et mes forteresses. J'avais donc raison de dire qu'entre mon cousin et moi il y a une grande différence, et j'ose ajouter que j'ai fait preuve de bien plus de confiance et de générosité. »

Le calife lui assure de tout son soutien et accompagné du général Ibn Tomlos, Ordoño retourne dans son palais après une majestueuse cérémonie. Peu de temps après Ordoño signa le traité selon lequel en échange de l'aide du calife il s'engagerait à ne jamais faire la guerre contre le calife et de ne jamais s'allier avec Ferdinand Gonzalez. Al Hakam lui envoie aussi comme conseiller Walid et un corps d'armée commandé par le général Ghâlib.

Les préparatifs de cette guerre inquiétaient grandement Sancho qui bien que roi était mal installé et dont la situation était très précaire. La Galice refusait de le reconnaître et savait pertinnament que si Ordoño revenait, il aurait l'appui du peuple. Très rapidement Sancho envoie à Cordoue des émissaires dire au calife qu'il était disposé à respecter le traité qu'il avait conclu avec le précédent calife[1] mais dès la mort d'Ordoño Sancho revient de nouveau sur ses engagements.

Al-Hakam furieux déclare la guerre contre les royaumes chrétiens et en 963 il attaque la Castille et prend San Estevan de Gormaz alors qu'au même moment Ghâlib remporte la bataille d'Atienza. Yahyâ ibn-Mohammed Todjîbî, le gouverneur de Saragosse reprend la ville de Calahorra qu'Al-Hakam fait entourer de fortifications. La guerre victorieuse que mène Al-Hakam oblige finalement ses ennemis à demander la paix dès 966. Cette paix conclue avec presque tous ses voisins est durable d'autant plus que peu de temps après les royaumes chrétiens entrent en guerre civile[2].

Les invasions normandes[modifier | modifier le code]

Il a dû aussi affronter l'offensive maritime des Danois qui, sous le commandement d’un certain Gundurendo, parcouraient les ports de l'Europe en semant la terreur : ils ont attaqué Lisbonne durant l'année 966, mais ils ont été mis en échec face à Silves la flotte que le calife a envoyée depuis Séville sous le commandement de l’amiral Ibn au Rumahis. Al-Hakam II a ordonné la construction à Almeria d’une flotte au style nordique avec l'intention d'entamer combat en haute mer et ne pas attendre d'être près de la côte ou sur terre ferme. Durant l'année 971 les vikings ont essayé à nouveau une incursion à Séville en remontant le Guadalquivir, Al-Hakam II a envoyé alors sa flotte d'Alméria en aide à celle de Séville, en enfermant par conséquent les bateaux vikings dans le Guadalquivir, où ils ont été totalement anéantis.

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

Le califat de Cordoue était fondé sur l'égalité de tous les groupes ethniques et religieux. L’accès aux postes de gouvernement et d’administration été ouvert à la noblesse militaire arabe, berbère, slave ou de toute autre origine. Le respect des chrétiens, des juifs et de l'immense partie la population, a favorisé l’émergence d’une bureaucratie méritocratie et d'une classe moyenne commerciale et administrative, qui ont été les bases de cet état de bien-être.

Œuvres publiques[modifier | modifier le code]

Grande mosquée de Cordoue[modifier | modifier le code]

Coupole du mihrab de la Grande mosquée de Cordoue

Il s'est consacré à la Grande mosquée de Cordoue, dont pendant le règne de son père il en était déjà en charge de ses œuvres. Il effectua la plus belle et la plus remarquable extension de cet édifice. Il abat la paroi de la qibla en étendant la salle de prière vers le sud (en direction du fleuve Guadalquivir) en y ajoutant douze nouvelles travées. Le résultat est à la hauteur du souverain. Une série de mansardes couvertes avec de belles coupoles richement décorées, Une maqsura monumentale surmontée de trois magnifiques coupoles avec présence d'arcs polylobés et entrecroisés, outre la construction du mihrab, conçu pour la première fois comme une chambre octogonale, dont le fond a été décoré avec de belles mosaïques dorées d'une grande finesse, effectuées par des maîtres artisans envoyées par l'empereur byzantin. Ce nouvel agrandissement est, à n'en pas douter, un des nombreux reflets de l’apogée architecturale et artistique atteinte alors par les omeyyades d’Occident.

La ville de Cordoue[modifier | modifier le code]

Il a doté Cordoue de nombreuses infrastructures et constructions publiques, Cordoue était la ville la plus importante d’Europe tant par sa population que par son rayonnement politique et culturel. Elle était la première ville de la Péninsule ibérique dont les rues étaient pavées, dotée de l'éclairage public nocturne et d’un système d’égouts, l’eau était distribuée par un réseau complexe et parfaitement organisée, quelque chose d’extraordinaire pour l'époque. Un poète chantait la beauté d’un chemin éclairé entre Madinat al-Zahra et Cordoue, dans l’obscurité écrit-il, il ressemblait à un collier de perles qui décorait les jardins et vergers des faubourgs de Cordoue.

Medina Al- Zahara[modifier | modifier le code]

Il termina la construction de Madinat al-Zahra, avec le même style architectural et décoratif. Il s’installait dans sa ville palatine du printemps jusqu'à l'automne, et si parfois il le faisait en hiver, c’était pour présider des réceptions solennelles ou recevoir des ambassadeurs.

Fortifications et Alcazars[modifier | modifier le code]

Il a rénové les Alcazars et construit des châteaux forts sur les différentes marches d’Al-Andalus face aux royaumes chrétiens du nord et de l’est. C’est de son époque que date la construction du château de Baños de la Encina (Jaén).

Économie[modifier | modifier le code]

Pièce en argent du règne d'Al-Hakam II, frappée à Madinat al-Zahra.

Fiscalité[modifier | modifier le code]

Les impôts légaux issus de la Zakat n'ont presque jamais suffi pour accomplir l'ambitieuse politique d'Al-Hakam II, mais l'économie était florissante grâce à la longue période de paix que le calife a su préserver et dont il a fait profiter ses sujets, ce qui a permis à l’État d’avoir des recettes supplémentaires et des comptes assainis, qui ont permis de mener à bien les nombreuses œuvres publiques sous son règne.

Agriculture[modifier | modifier le code]

La vie économique proprement dite était basée l'agriculture et le bétail. La culture de céréales et des légumes, ont été particulièrement intenses. Les excédents d’olives, de raisins et de figues ont été exportées vers l’orient. On a introduit le riz, le narjesse et le l’orange et on a construit des systèmes irrigation et des canaux. La surface cultivable a atteint probablement son extension maximale dans la péninsule sous le califat d’Al-Hakam. On a tiré profit des forêts pour la construction des bateaux, spécialement dans les chantiers navals de Tortosa. Le bétail a été entre les mains des berbères. A époque d'Abd al-Rahman II on avait introduit les premiers chameaux en Espagne, qui ont été élevés pour l'armée.

Commerce et industrie[modifier | modifier le code]

Le dominion du Maroc et d’Algérie lui a fourni la protection des caravanes et du commerce avec les royaumes du Sudan en particulier celui du Ghana, lui garantissant un approvisionnement sécurisé en or, avec lequel il frappait sa monnaie.

Les techniques d'extraction minière ont peu évolué depuis l'époque romaine, et les métaux exploités étaient les mêmes que dans l'antiquité : or, argent et cuivre. L'industrie de type artisanal s'est centrée sur la manufacture d'objets de luxe.

Culture[modifier | modifier le code]

Le développement des sciences et des lettres à l’époque des Omeyyades de Cordoue est dû aux facilités que les califes accordèrent aux savants et érudits immigrant d’Orient, La diffusion de la culture andalouse à travers l'Europe fut assurée grâce aux voyages continus des moines mozarabes de l'Espagne chrétienne, de la Marche Hispanique jusqu'en Lorraine.

La médecine resta entre les mains des Mozarabes jusqu'à la moitié du IXe siècle. À cette époque sont arrivés des praticiens d'orient qui remplacèrent les chrétiens, et un siècle plus tard, la traduction orientale du Dioscoride s'adapte à la terminologie botanique d'al-Andalus, grâce à la collaboration du médecin juif Hasdaï ibn Shaprut, du moine byzantin Nicolás et du médecin musulman Ibn Yulyul. À l’époque d’Al-Hakam II, 27 écoles publiques ont été fondées où les savants assuraient une instruction publique gratuite aux pauvres et orphelins en échange de salaires attrayants. On décréta l'enseignement obligatoire pour tous les enfants.

L'université de Cordoue attirait des savants de tous les coins du monde. Al-Hakam II créa une bibliothèque, symbole de cette culture andalouse, pluraliste, tolérante et universaliste, avec plus de 400.000 volumes[3],[4] qui comprenaient toutes les branches du savoir. Elle avait en annexe un atelier de greffe avec des copistes, miniaturistes et des relieurs, et on connaît les noms des deux copistes les plus importants : Lubna, la secrétaire Al-Hakam II, et Fatima. Selon des chroniqueurs, dans un seul faubourg de la ville, il pouvait y avoir quelque cent soixante-dix femmes se consacrant à la copie des livres, ce qui donne une idée du niveau culturel à laquelle est arrivée la femme andalouse à cette époque. Il avait aussi des agents pour chercher et acheter des livres au Caire, à Bagdad, à Damas et à Alexandrie. Il subventionnait non seulement les auteurs et les étudiants d'Al-Andalus, mais ceux d’autres pays : quand il sut qu'Abu al-Faraj al-Isfahani avait commencé son recueil anthologique de poésie et chansons arabes Kitab al-Aghani ("Livre des chansons"), il lui envoya mille pièces d'or pour en avoir une copie. L'Isfahani lui envoya un exemplaire spécial, avec la généalogie des Omeyyades, car Al-Hakam II, qui a lu et annoté beaucoup des milliers de livres de sa bibliothèque, était un généalogiste renommé, le plus important qu'il y eut dans cette discipline, et qui fait encore aujourd'hui autorité en la matière. Il se passa des siècles avant qu'une bibliothèque semblable à la sienne voie le jour en Espagne. Il était écrivain, mécène et protecteur des philosophes et des poètes, même ceux les plus polémiques et il généralisa l'enseignement en ouvrant vingt-sept écoles gratuites[5].

Succession[modifier | modifier le code]

De ce calife, intelligent, érudit, sensible et extrêmement pieux, il n’y a à regretter que son règne ne dure à peine 15 années, et qu'il commette la grande erreur de ne pas nommer un successeur formé et efficace. Sentant peut-être l’approche de son décès, suite à l'attaque cérébrale qu'il a subi en 975, le rendant hémiplégique, il s’est dépêché de nommer son fils, Hichem II comme successeur. Ce dernier, étant mineur quand il accéde au trône, s'est transformé en une marionnette utilisée par Al-Mansur et ses partisans.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Histoire des Musulmans d’Espagne : jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110) volume 2, Dozy Reinhart Pieter Anne, p.104
  2. Histoire des Musulmans d’Espagne : jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110) volume 2, Dozy Reinhart Pieter Anne, p.105
  3. Histoire des Musulmans d’Espagne : jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110) volume 2, Dozy Reinhart Pieter Anne, p.108
  4. El Renacimiento empieza en Córdoba par Identidad Andaluza identidadandaluza.wordpress.com
  5. Histoire des Musulmans d’Espagne : jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110) volume 2, Dozy Reinhart Pieter Anne, p.109

Liens externes[modifier | modifier le code]