Auguste

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Auguste
Empereur romain
Image illustrative de l'article Auguste
Statue d'Auguste dite de Prima Porta, Ier siècle av. J.-C., Musée Chiaramonti, Vatican, Rome
Règne
16 janvier 27 av. J.-C. - 19 août 14
(40 ans, 7 mois et 3 jours)
Période Julio-Claudiens
Précédé par Jules César, en tant que dictator perpetuus et père adoptif d'Auguste
Suivi de Tibère
Biographie
Nom de naissance Caius Octavius Thurinus
Naissance 23 septembre 63 av. J.-C.
Rome, Italie
Décès 19 août 14 (à 76 ans)
Nola, Italie
Inhumation Mausolée d'Auguste
Père Gaius Octavius[1]
Mère Atia Balba Caesonia[1]
Épouse (1) Clodia Pulchra (?-40 av. J.-C.)
(2) Scribonia (40 - 38 av. J.-C.)
(3) Livia Drusilla (38 av. J.-C. - 14)
Descendance Julia l'Aînée (de Scribonia)
Adoption Lucius et Caius Caesar
Agrippa Postumus et Tibère Vexilloid of the Roman Empire.svg
Liste des empereurs romains

Auguste (latin : Caius Octavius Thurinus à sa naissance, Imperator Caesar Divi Filius Augustus à sa mort), d'abord appelé Octave puis Octavien, né le 23 septembre 63 av. J.-C. à Rome et mort le 19 août 14 ap. J.-C.[2] à Nola, est le premier empereur romain et le fils adoptif de Jules César.

Petit-neveu et fils adoptif de Jules César, il arrive au pouvoir dans les proscriptions et les guerres civiles qui suivent l'assassinat de ce dernier puis l'élimination de ses propres rivaux. Il parvient à laisser à la postérité l'image du restaurateur de la paix, de la prospérité et des traditions. Par son ami et conseiller Mécène, son règne est caractérisé par une floraison remarquable des arts et des lettres, valant au « siècle d’Auguste » de rester une référence culturelle mythique.

Pour ce qui est de son apparence, on peut se référer à l'historien romain des Ier et IIe siècles, Suétone, et à son ouvrage Vie des douze Césars : « Auguste était d'une rare beauté, qui garda son charme tout le long de sa vie […] Ses yeux étaient vifs et brillants ; il voulait même faire croire qu'il y avait dans son regard une autorité divine et, comme il le fixait sur quelqu'un, il aimait à lui voir baisser la tête, comme ébloui par le soleil[3] ». Cependant, Auguste est également valétudinaire.

Biographie

À la conquête du pouvoir

Auguste est né à Rome sur le mont Palatin, sous le nom de Caius Octavius, le même nom que son père Gaius Octavius, originaire d'une famille de Velitrae, dans le Latium[4]. On lui donne dans son enfance le surnom de Thurinus (soit en l'honneur de la ville d'origine de ses ancêtres, Thurii, soit en l'honneur d'une victoire de son père à proximité de cette ville, peu après la naissance de son fils[5]). Son père est un homo novus[4] issu d'une famille de l'ordre équestre importante mais peu connue ; il est gouverneur de la province de Macédoine jusqu'à sa mort en 59 av. J.-C. Sa mère, Atia Balba Caesonia, est la nièce de Jules César[1].

Après l'assassinat de Jules César aux Ides de Mars (le 15 mars) 44 av. J.-C., alors qu'il est encore à Apollonie, il décide de rentrer à Rome pour récupérer son héritage. En effet, César, sans descendance légitime, a adopté Octave dans son testament. En débarquant à Brindisi, le jeune homme alors âgé de 19 ans affiche très tôt l'ambition de s'imposer en politique. Il revendique l'usage des tria nomina de César, Caius Iulius Caesar Octavianus, selon l'usage en vigueur à Rome qui veut que l'adopté prenne le nom de son adoptant en y ajoutant souvent un rappel de ses origines. Pour plus de facilités, notre usage veut qu'on l'appelle Octavien à son adoption, ou César dit « le Jeune » après que le sénat a ratifié officiellement son adoption par Jules César. Une comète passant dans le ciel au moment où il célèbre les Ludi Victoriae Caesaris et des jeux en l'honneur des victoires de César, que son père a promis avant sa mort, l'encouragent à continuer ses efforts, arguant que la comète est son père qui, devenant divin, part prendre sa place auprès des dieux.

Cicéron lui apporte son soutien contre l'ancien lieutenant et collègue de César au consulat pour l'année 44 av. J.-C., Marc Antoine, qui comme lui revendique l'héritage césarien. Plus grave, l'idylle entre Marc Antoine et Cléopâtre risque de mettre tout l'Empire romain sous l'influence d'une reine considérée comme barbare par le peuple malgré le prestige culturel de l'Égypte. Contre toute légalité, Cicéron fait voter au sénat les pouvoirs de propréteur pour Octave alors qu'il n'a pas exercé les charges de questeur ni de préteur et qu'il est très en dessous de l'âge minimal requis. Cicéron lance cette phrase célèbre dans sa quatorzième Philippique : « Par son courage il a surmonté son âge[6] » ( « Virtute superavit aetatem » ).

Ayant levé une armée, Octave bat d'abord Antoine à Modène dans une bataille où périssent les deux consuls en exercice Aulus Hirtius, mort au combat, et Caius Vibius Pansa Caetronianus, décédé des suites de ses blessures. Octave est alors acclamé imperator, « général victorieux », par ses troupes. Mais en dépit de l'avis de Cicéron, prêt à assumer le consulat avec Octave comme collègue, le Sénat refuse cet honneur au jeune homme au motif de son âge, ainsi que l'ovatio.

Les républicains (Brutus et Cassius) s'arment en Orient pendant que dans les îles Sextus Pompée construit sa flotte. Il y a donc un vrai danger. Devant cela, les trois césariens, Octave, Lépide et Marc Antoine, vont devoir s'entendre. En -43, les trois hommes se réconcilient et instaurent le second triumvirat qui est sanctionné par la lex Titia (novembre 43 av. J.-C.), c'est donc légalement qu'ils accèdent au pouvoir. Les triumvirs sont alors chargés de refonder les institutions. Cette loi donne un imperium consulaire pour cinq ans aux trois bénéficiaires, ils sont autorisés à prendre toutes les mesures nécessaires : convoquer le Sénat, le peuple, proposer des lois, désigner des candidats pour les magistratures et ils peuvent aussi nommer des gouverneurs qui seront alors leurs propres légats. Les comices se sont dessaisis de leur pouvoir au profit des triumvirs.

Entre novembre et décembre 43 av. J.-C., les triumvirs éliminent leurs ennemis par des proscriptions. Ainsi, 300 sénateurs et chevaliers devaient être éliminés. La plupart sont morts durant la bataille d'Actium en 31 av. J.-C. Après le triumvirat, le Sénat est vidé de l'ancienne aristocratie. Parmi ces 300 noms, une des victimes les plus illustres fut Cicéron, sa tête et ses mains furent exposées sur les rostres. Alors que Lépide reste à Rome, Octave et Antoine partent en Orient pour mener la guerre aux césaricides.

En octobre 42 av. J.-C., à la bataille de Philippes en Grèce, Octave et Antoine écrasent Brutus et Cassius, âmes de la conjuration anticésarienne de 44 av. J.-C. Cassius, vaincu par Antoine, se suicide et Brutus, vaincu trois semaines après, le 23 octobre 42 av. J.-C., se suicide à son tour. L'année suivante, le frère de Marc Antoine, Lucius Antonius, alors consul et la femme de Marc Antoine, Fulvie, s'opposent à Octave, qui décide des opérations militaires contre Pérouse. En février 40 av. J.-C., la guerre de Pérouse se termine et les Triumvirs, réconciliés grâce à l'entremise d'Asinius Pollion et de Mécène, se partagent à nouveau le monde romain : Antoine reçoit l'Orient, Octave l'Occident, et Lépide l'Afrique.

En 39 av. J.-C., Sextus Pompée est solidement ancré en Sicile et se voit reconnaître son autorité sur la Sicile, la Sardaigne et la Corse. Les relations entre Octave et Sextus se dégradent progressivement, notamment en 38 av. J.-C., quand Octave répudie son épouse, Scribonia, belle-sœur de Sextus Pompée. Octave entreprend une campagne contre Sextus en Sicile. Il confie le commandement de sa flotte à son fidèle ami Marcus Vipsanius Agrippa, qui défait finalement Sextus Pompée à Nauloque en 36 av. J.-C. Lépide, qui est alors basé en Afrique, est accusé d'avoir soutenu Sextus et de ne pas être intervenu à Nauloque. Il est alors écarté du triumvirat, ne conservant que son titre de Pontifex Maximus.

Auguste jeune, vers 30-20 av. J.-C., musée du Louvre.

L'année suivante, en 35 av. J.-C., les relations entre Antoine et Octave se détériorent rapidement. Antoine exige que les provinces anciennement attribuées à Lépide soient partagées équitablement. Il demande aussi l'autorisation de lever des légions romaines pour sa campagne en préparation contre les Parthes. Octave refuse catégoriquement les deux demandes, appuyé par un Sénat qui perçoit Antoine de plus en plus comme un étranger soumis à la reine d'Égypte, Cléopâtre, et se comportant comme un monarque oriental. Antoine oppose à Octave, l'héritier testamentaire de César, le fils illégitime de celui-ci qu'il a probablement eu avec Cléopâtre, Césarion.

En 32 av. J.-C., le triumvirat prend fin selon ce qui avait été établi en 37 av. J.-C., prorogé pour 5 nouvelles années. Les deux consuls pour 32 av. J.-C., Cn. Domitius Ahenobarbus et Caius Sosius, sont des partisans d'Antoine. Octave prend le Sénat en y entrant accompagné de quelques soldats. Les consuls et près du tiers des sénateurs (soit environ 300) se réfugient auprès d'Antoine. Du côté d'Antoine, Lucius Munatius Plancus fait défection. Le Sénat donne carte blanche par un sénatus-consulte à Octave pour lancer une campagne contre l'Égypte. En 31 av. J.-C., se vantant d'être auréolé d'un serment donné par tous les citoyens italiens et les pérégrins d'occident, il se lance dans sa campagne.

Après avoir vaincu Marc Antoine à la bataille navale d'Actium en septembre 31 av. J.-C., il devient seul détenteur du pouvoir. Il prend ensuite position autour d'Alexandrie au cours de l'année 30, année des suicides d'Antoine et de Cléopâtre.

En 28 av. J.-C., le sénat lui confère le titre de Princeps senatus, « le premier du sénat », ce qui signifie qu'il est le premier à prendre la parole devant l'assemblée et l'année suivante, il lui donne même le titre d’Augustus, qui signifie « sacré ». Nous sommes en 27 av. J.-C. et Octavien devient alors le premier empereur romain.

Octavien devient Auguste

Ce titre d'Auguste est assez particulier. Conformément à la tradition romaine, il s'agit d'un surnom ou cognomen qu'on ajoute aux prénoms, tout comme on ajoute au nom d'un général vainqueur un surnom formé sur le nom du peuple vaincu. Il est décerné au général si le territoire de Rome a été accru par la victoire. Le terme augustus est à forte connotation religieuse : avant d'être décerné à Octave, il n'est employé comme adjectif au sens de saint, consacré, vénérable, qu'à l'égard d'un dieu ou d'un temple. En effet, le terme est rattaché à l’étymologie d’augere, faire croître, que l'on retrouve dans augur, le devin, littéralement celui qui donne les présages favorables assurant l'accroissement d'une entreprise[7]. Par ce titre, on considère donc qu'Octave est doué d'une auctoritas ou autorité naturelle, et qu'il est celui qui augmente perpétuellement l’ager publicus, le territoire du peuple romain (à ne pas confondre avec l'ager romanus, le territoire de Rome).

Instauration du Principat

Denier à l'effigie d'Octave. Date : c. 36 AC. Description revers : Temple tétrastyle du divin Jules avec le fronton triangulaire orné d’un astre (sidus Iulium) et inscription dans l’architrave . Description avers : Tête nue d'Octave à droite, légèrement barbu (O°) .Traduction avers : “Imperator Cæsar Divi Filius Triumvir Iterum Rei Publicæ Constituandæ”, (Imperator Octave fils du divin Jules, triumvir pour la seconde fois pour la restauration de la République) .

Le 13 janvier 27 av. J.-C., au terme d’un long discours au Sénat, Octave se voit attribuer le pouvoir proconsulaire pour dix ans. L’empire est divisé en provinces sénatoriales (pacifiées) et impériales (où se trouvent les forces armées). Les provinces sénatoriales sont les plus anciennes : Espagne, Afrique, Sicile, Narbonnaise, Asie. Les provinces impériales sont administrées par des gouverneurs qui peuvent être des sénateurs.

Le 16 janvier, il reçoit le titre sacré d'Auguste[1], qui signifie « celui dont la parole a force d’augure », sur l’initiative du sénateur Lucius Munatius Plancus. Par ce règlement constitutionnel, le régime personnel, régime d’exception jusque-là, entre dans sa période organique. Octave, reconnu comme Princeps, ce qui signifie le « premier des citoyens », devient le chef officiel de l’État romain. Il prend le contrôle absolu de l’armée, dont il assure le financement et est protégé en permanence par la garde prétorienne, stationnée dans l’Urbs (jusqu’alors aucune troupe n’avait résidé à Rome). Par définition, le régime comporte un partage d’attributions entre le nouveau pouvoir — le Princeps — et les pouvoirs traditionnels — comices, magistratures et sénat —. En fait, politique extérieure et armée mises à part, le sénat conserve ou reçoit d’importantes prérogatives dans les domaines de l’administration civile (Rome, Italie, provinces), des finances, de la justice et de la monnaie. Auguste entend être, en face de l’armée, le seul élément civil qui compte dans l’État. Il contrôle l’élection des magistrats par un système de recommandation officielle, la commendatio : une fois qu'il a fait connaître le plaisir qu'il aurait à voir tel candidat élu, aucune opposition n'ose s'exprimer[8]. La destinatio permet également l’intervention d’un organisme spécial de chevaliers et de sénateurs répartis en dix ou quinze centuries pour la désignation des candidats, comme l'a montré l’inscription de la Tabula Hebana, cette tablette de bronze découverte à Magliano. Les comices ont perdu tout contrôle véritable[9]. L’empereur fixe un cens sénatorial porté à un million de sesterces en capital et s'arroge le droit de présenter les candidats à la qualité de sénateur[10] ; il fait entrer au sénat des provinciaux (à l’époque de César, 45 familles patriciennes sont représentées ; on n’en trouve plus qu’une seule à la fin du Ier siècle). Pour les remplacer, il y a des Gallo-romains (ceux de Lugdunum et de Vienne, très tôt), puis des Hispaniques, des Africains et même des Orientaux.

Son règne

Auguste règne de 27 av. J.-C. à 14 ap. J.-C. Il meurt à 76 ans, et laisse son trône à Tibère qui est son fils adoptif, et fils de sa troisième femme (Livie), qu'elle a eu d'un précédent mariage.

Réforme de l’armée

Auguste réforme l’armée, qui devient définitivement une armée de métier, poursuivant ainsi la réorganisation de Marius. La charte militaire (conditio militiae) lui donne son statut légal : service de 12 ans pour les prétoriens, de 16 ans pour les légionnaires (porté plus tard à 16 et 20 ans), solde, libéralités variées, dotation en argent ou en terre le jour de la libération, accompagnée de privilèges juridiques comme la collation de la cité romaine. Les effectifs sont fixés à 28 légions (25 après la bataille de Teutobourg et le désastre de Varus en 9) fortes de 5 500 fantassins et de 120 cavaliers, de corps auxiliaires de 500 ou 1 000 hommes (cavalerie, ailes, infanterie, cohortes), de la garnison de Rome et de l’Italie, formée des neuf cohortes prétoriennes (9 000 hommes au total), des trois cohortes urbaines (3 000 hommes), des sept cohortes des vigiles (police nocturne, incendies) et de la garde privée de l’empereur, formée de cavaliers espagnols, bataves ou germains. Soit 300 000 hommes auxquels viennent s’ajouter 50 000 hommes des contingents des alliés, rois vassaux ou Barbares. Auguste crée une marine de guerre, composée de deux flottes à Misène et à Ravenne qui protègent l’Italie, de deux autres flottes de moindre importance en Syrie et en Égypte, et de flottilles fluviales sur le Rhin et le Danube pour la protection des frontières.

Réforme de l’administration

Auguste enchaîne les consulats. Il monopolise ce prestigieux poste de la carrière sénatoriale et bloque les carrières de l'aristocratie qui est mécontente. En 23 av. J.-C. une tentative de complot montre qu'Auguste suscite la haine de certains. Il renonce alors au consulat, même s'il l'assume encore quelques fois plus tard. Renoncer au consulat signifie qu'Auguste perd son pouvoir à Rome, même s'il conserve ses pouvoirs sur les provinces en vertu du partage de 27 av. J.-C. C'est alors la puissance tribunitienne qui permet à Auguste de conserver un pouvoir de décisions à Rome.

En 23 av. J.-C., il reçoit la puissance tribunitienne, c'est-à-dire le droit d'imposer ses décisions au Sénat. Comme César, Auguste était patricien, il ne pouvait donc pas être tribun de la plèbe. Il sépare alors le titre de la fonction (ce qu'avait aussi fait César), lui permettant d'avoir les pouvoirs d'un tribun de la plèbe. Auguste possède ainsi le droit de proposer des lois. La puissance tribunitienne devient la base de son pouvoir à Rome. Il se fait investir de la puissance tribunitienne chaque année, ce qui permet aux historiens de dater les textes officiels (« au cours de la troisième puissance tribunitienne »). Tous les empereurs se font investir de la puissance tribunitienne dès le début de leur règne.

Auguste crée un corps de fonctionnaires, nommés et appointés par lui : préfets, procurateurs, membres des grandes commissions exécutives. Il réforme le cursus honorum des principales magistratures, reconstruisant la nouvelle classe politique et aristocratique, et formant une nouvelle classe dynastique. Ainsi les carrières sénatoriales (héritage de la République) et équestre (créée de toutes pièces) fournissent le personnel administratif nécessaire. Les provinces impériales sont administrées selon le cas par des lieutenants-légats d’ordre sénatorial ou des préfets et des procurateurs d’ordre équestre. L’empereur possède un droit de regard sur les provinces sénatoriales qui se traduit par une intervention administrative, financière et judiciaire, sous la forme de l’appel.

Auguste procède à un redressement financier en aménageant les impôts existants et en améliorant l’administration fiscale. Devant la nécessité d'augmenter les recettes publiques, il crée plusieurs impôts indirects[11]. Il contrôle sévèrement la gestion des gouverneurs sénatoriaux et met fin au pillage méthodique des provinces pratiqué à l’époque républicaine. En Sicile et en Gaule, il substitue au système de la ferme la perception directe, et dans les cas où il maintient la ferme, il l’entoure de garanties (remplacement des puissantes compagnies financières (publicains) par des fermiers d’importance sociale plus modeste et contrôle étroit exercé par des gouverneurs ou des procurateurs financiers). Auguste poursuit l’œuvre de César en matière de recensement et de cadastre, qui servent de base à la fixation de l’impôt. Il dédouble la caisse financière centrale, l’aerarium, qui subsiste pour le Sénat sous la forme de l’aerarium populi, où entrent les revenus perçus à Rome, en Italie et dans les provinces sénatoriales ; d'autre part le fiscus Caesaris devient le trésor de l'empereur, qu'alimentent les revenus des provinces impériales[12] ; enfin la caisse de la fortune particulière de l’empereur (patrimonium Caesaris) reçoit les revenus de l'Égypte, considérée comme propriété privée d'Auguste.

Les juridictions républicaines traditionnelles — assemblées législatives, magistratures, Sénat, tribunaux — sont remaniées. Les tribunaux civils et criminels sont réorganisés. Une juridiction impériale est créée, qui se manifeste sous trois formes : l’évocation à l’empereur, l’appel et la délégation de la juridiction aux fonctionnaires. En première instance, par la Cognitio Caesaris, l’empereur, partout et toujours, au civil comme au criminel, peut évoquer une affaire à son tribunal. L’appel à l’empereur est généralisé dans tout le monde romain. Juge suprême de l’empire, l’empereur délègue ses pouvoirs judiciaires à ses fonctionnaires, tant permanents (préfets tels que Préfet des vigiles et commissions exécutives à Rome et en Italie, légats et gouverneurs dans les provinces impériales) qu’extraordinaires (commissaires spéciaux). La réorganisation judiciaire se complète, notamment à Rome, par la création d’une police.

Travaux à Rome

Portrait de l'empereur Auguste

Auguste se vante, par une formule célèbre, d'avoir « trouvé une Rome de briques, et laissé une Rome de marbre. »

Sous le principat d'Auguste, Rome est divisée en 14 « régions ». Des travaux sont entrepris pour stabiliser les rives du Tibre. Afin de lutter contre les incendies, assez fréquents dans la capitale, un corps de vigiles est instauré. De nouveaux aqueducs sont construits.

Entre autres travaux publics, Auguste fait construire le forum d'Auguste. Il modifie l'aspect du vieux forum républicain dans un sens plus dynastique, en y reconstruisant la Curie (Curia Julia), en y apposant le milliaire d'or censé marquer le départ de toutes les routes principales de l'empire, et en y terminant la basilique Julia ou encore le temple du divin Jules à l'emplacement où a été brûlé le corps de son père adoptif César, désormais divinisé.

L'empereur veille aussi à la bonne marche de la religion en construisant ou en rénovant environ 80 sanctuaires ; ainsi, le temple de Mars vengeur, le temple de Jupiter Tonnant au Capitole. Auguste fait également restaurer une statue étrusque d'Apollon[13].

Une partie de sa propre maison au Palatin, qui a été touchée par la foudre, est transformée en temple d'Apollon Palatin, renforçant le caractère sacré de la demeure et de la personne du maître de Rome. Il ajoute au temple d'Apollon des portiques et une bibliothèque grecque et latine, et y fait transférer les Livres Sibyllins et un foyer dédié à Vesta. Auguste ne se fait jamais bâtir de palais, affectant un train de vie sobre dans cette maison très simple du Palatin, jadis celle habitée par l'orateur Quintus Hortensius Hortalus. Mais c'est bien à partir de son règne que le Palatin devient la colline de l'empereur, ouvrant la voie aux constructions de plus en plus grandioses de ses successeurs, notamment Tibère, Caligula, Domitien et les Sévères.

Auguste fait également reconstruire la basilique Julia qui a été incendiée. Elle est dédiée à ses fils adoptifs Lucius et Caius. En l'honneur de son épouse Livie, Auguste fait construire, entre 15 et 7 av. J.-C., à la limite du quartier populaire de Subure, le « portique de Livie », proche de l'Esquilin, au centre duquel se trouvait le petit temple de la Concordia Augusta.

En 13 av. J.-C., alors qu'il revient d'Hispanie et de Gaule après trois ans d'absence, pendant lesquels il a mené des opérations de pacification et organisé les provinces du sud de la Gaule, il fait construire à Rome, sur le Champ de Mars, un monument afin de célébrer la paix qui règne désormais sur les territoires romains : l’Ara Pacis, l’« Autel de la Paix ». La dédicace, c’est-à-dire la cérémonie de consécration solennelle aux dieux qui marque le début du fonctionnement de l'édifice, n'aura lieu que plus tard, en 9 av. J.-C. La date a son importance car c'est le jour de l'anniversaire de l'épouse d'Auguste, Livie : l'aspect dynastique s'en trouve nettement souligné.

Il fait encore exécuter d'autres travaux sous d'autres noms, sous ceux de ses petits-fils, de sa femme et de sa sœur : tels sont le portique et la basilique de Caius et de Lucius, le portique de Livie et celui d'Octavie, le théâtre de Marcellus.

C'est d'après ses exhortations que Marcius Philippus érige le temple de l'Hercule des Muses ; Lucius Cornificius, celui de Diane ; Asinius Pollion, le vestibule de la Liberté ; Lucius Munatius Plancus, le temple de Saturne; Cornelius Balbus, un théâtre ; Statilius Taurus, un amphithéâtre ; Marcus Vipsanius Agrippa, de nombreux et beaux édifices dont les thermes d'Agrippa et le premier Panthéon de Rome. Après son règne, les grands travaux d'urbanisme devinrent l'apanage de la famille impériale.

Sur le Forum Romain, deux arcs de triomphe célébrèrent les victoires du prince. Il ne reste que la base de l'un d'eux.

Un âge d’or culturel

Passée à la postérité sous le nom de « Siècle d’Auguste », cette période faste de la littérature romaine est marquée par les noms des poètes Virgile, Horace, Ovide, Tibulle, Properce, ou encore de l'historien Tite-Live. Tous ces auteurs doivent beaucoup à la protection du fidèle conseiller d'Auguste : Mécène, un nom propre devenu nom commun.

Introduits auprès du Prince par l'intermédiaire de Mécène, la plupart de ces auteurs sont des amis personnels du maître de Rome. Ils chantent sans réserves la gloire de sa personne et de sa famille, prennent parti pour lui contre Antoine. Ils soutiennent aussi sa politique traditionaliste visant à restaurer les cultes romains anciens, l'agriculture, les « mœurs des ancêtres » (mos maiorum) aux dépens des séductions de l'orientalisme et de la libéralisation des mœurs, incarnées jadis par Antoine. Telles sont du moins les apparences.

Si Auguste pardonne à Tite-Live, qu'il traite affectueusement de « pompéien », ses sympathies pour le régime républicain des anciens temps, il exile brusquement Ovide de Rome pour le restant de ses jours, en l'an 8. Diverses hypothèses ont été émises pour expliquer cette relégation ; l'une d'elles voudrait qu'Ovide ait été puni pour avoir voulu révéler l'implication de l'empereur dans la mort de Virgile[14]. Mais la relégation d'Ovide s'explique sans doute parce qu'adepte du néopythagorisme, Ovide sapait la politique de restauration des cultes traditionnels voulue par Auguste, et qu'usurpant une des prérogatives essentielles de l'empereur, il pouvait pratiquer la divination, comme la science des mathématiciens et des astrologues néopythagoriciens leur permettait de le faire. De surcroît, il se peut que les conseils sur les moyens de tromper son conjoint contenus dans L'Art d'aimer n'aient pas été du goût d'un empereur qui souhaitait restaurer les valeurs traditionnelles romaines, et qui avait déjà banni sa propre fille pour la même raison. C'est en tout cas ce que souligne Jérôme Carcopino dans ses recherches sur la question de la relégation d'Ovide à Tomis[15].

Portrait physique

Dans son ouvrage la Vie des douze Césars, Suétone livre une description très précise d'Auguste.

Forma fuit eximia et per omnes aetatis gradus uenustissima, quamquam et omnis lenocinii neglegens; in capite comendo tam incuriosus, ut raptim compluribus simul tonsoribus operam daret ac modo tonderet modo raderet barbam eoque ipso tempore aut legeret aliquid aut etiam scriberet. Vultu erat uel in sermone uel tacitus adeo tranquillo serenoque, ut quidam e primoribus Galliarum confessus sit inter suos, eo se inhibitum ac remollitum quo minus, ut destinarat, in transitu Alpium per simulationem conloquii propius admissus in praecipitium propelleret. Oculos habuit claros ac nitidos, quibus etiam existimari uolebat inesse quiddam diuini uigoris, gaudebatque, si qui sibi acrius contuenti quasi ad fulgorem solis uultum summitteret; sed in senecta sinistro minus uidit; dentes raros et exiguos et scabros; capillum leuiter inflexum et subflauum; supercilia coniuncta; mediocres aures; nasum et a summo eminentiorem et ab imo deductiorem; colorem inter aquilum candidumque

— Suétone, Vie des douze Césars, LXXIX

« Sa beauté traversa les divers degrés de l'âge en se conservant dans tout son éclat, quoiqu'il négligeât les ressources de l'art. Il s'inquiétait si peu du soin de sa chevelure, qu'il occupait à la hâte plusieurs coiffeurs à la fois, et que, tantôt il se faisait couper la barbe, tantôt il la faisait raser, sans qu'il cessât, pendant ce temps, de lire ou d'écrire. Soit qu'il parlât, soit qu'il se tût, il avait le visage tranquille et serein. Un des principaux personnages de la Gaule avoua aux siens qu'il avait conçu le projet d'aborder ce prince au passage des Alpes, comme pour s'entretenir avec lui, et de le jeter dans un précipice, mais que la douceur de son visage l'avait détourné de sa résolution. Auguste avait les yeux vifs et brillants; il voulait même que l'on crût qu'ils tenaient de la puissance divine. Quand il regardait fixement, c'était le flatter que de baisser les yeux comme devant le soleil. Son œil gauche s'affaiblit dans sa vieillesse. Ses dents étaient écartées, petites et inégales, ses cheveux légèrement bouclés et un peu blonds, ses sourcils joints, ses oreilles de moyenne grandeur, son nez aquilin et pointu, son teint entre le brun et le blanc. »

— Vie des douze Césars, LXXIX

D'autres auteurs comme le pseudo-Aurelius Victor dans Epitome soulignent l'idée que l'on baissait les yeux devant l'empereur, comme s'il émanait de lui une puissance divine. Régis F. Martin rappelle que Pline l'Ancien, dans sa description d'Auguste, attribuait ce fait non à une quelconque fascination exercée sur les autres, mais à un complexe dû à une particularité oculaire (des « yeux glauques ») qu'il ne voulait pas qu'on puisse remarquer. Il semble donc que cette donnée ait été détournée pour contribuer au mythe[16].

Suétone rapporte que l'empereur était plutôt petit, tout en rappelant que son archiviste, Julius Marathus, évaluait sa taille à cinq pieds neuf pouces, soit 1,70 m (ce qui ne peut être considéré comme une petite taille pour un peuple méditerranéen de l'époque). En raison de l'image qu'il voulait donner, il est possible qu'il ait cherché, notamment à l'aide de chaussures un peu hautes, à paraître plus grand[17].

Octave-Auguste est incontestablement valétudinaire[18]. Il souffre d'allergies saisonnières au début du printemps et à l'automne. Suétone rapporte qu'il a des problèmes d'ordre dermatologique[17]. Sa hanche, sa cuisse et sa jambe gauches le font parfois boiter ; il y remédie au moyen de sangles et d'éclisses. Son index droit est ankylosé. Il souffre de la vessie[19] (coliques néphrétiques). Il connaît aussi la frilosité et des fièvres intestinales. À l'âge de 21 ans, lors de la bataille de Philippes[20], et à 39 ans, il doit respectivement faire face à deux graves maladies, vraisemblablement un œdème de Quincke[21] et la cholécystite[22]. Mais il est couvé par ses médecins[23] et les artistes le représentent selon les canons esthétiques de la statuaire classique[24]. Sa mort est naturelle[25].

Portrait impérial

Dans le champ artistique, Auguste trouve l'inspiration dans la Grèce de l’Époque classique. C'est donc un portrait qui sera peu expressif et très idéalisé, à l'image des portraits de l'époque de Périclès. Le visage est magnifié, impassible, jeune. Il sera d'ailleurs surnommé « l'empereur qui ne vieillit pas ». Il veut faire comprendre au peuple qui est derrière lui qu’on est dans une période nouvelle, qu’il choisit une voie médiane en s’installant dans le classicisme.

Le portrait augustéen, dont on a de très nombreux exemples, peut être classifié en différents types basés sur l'indice capillaire. Les mèches du front peuvent former soit une fourche, soit une pince.

  • Le type de Béziers, à la coiffure assez gonflée, date d'environ 31 av. J.-C. et est le plus ancien.
  • Le type d'Actium, ou type d'Alcudia, date d'environ 31 av. J.-C. Il apparait au moment où Auguste commence à remporter les victoires décisives qui l’amènent au pouvoir. La mèche au-dessus du front est très gonflée et on note l’influence du portrait d’Alexandre le Grand.
  • Le type Forbes en 29 av. J.-C. possède une pince et une fourche très écartée. Le visage est un peu triste, mais il ne faut pas y voir une interprétation psychologique. La position de la tête est plus proche du type d'Actium.
  • Le type de Prima Porta, le plus canonique, est celui de son accession au pouvoir, en 27 av. J.-C. On y retrouve la fourche et la pince très rapprochées. Il aurait été réalisé presque au même moment que le type précédent, et aurait circulé en même temps, afin de véhiculer deux images. Celle de Forbes serait plus destinée à être conservée dans le cadre domestique.

Famille

Auguste a épousé en premières noces, Clodia Pulchra, la fille de Fulvie et de Publius Clodius Pulcher. Ils n'ont pas d'enfants et se séparèrent en 40 av. J.-C.

Il épouse la même année en deuxièmes noces, Scribonia, fille de Lucius Scribonius Libo et de Cornelia Sulla. Il a une fille de cette union :

Finalement, en troisièmes noces, il épouse en 38 av. J.-C. Livia Drusilla dont il n'eut pas d'enfants.

Auguste adopte par ailleurs quatre enfants :

Noms et titres

Noms

Titres et magistratures

Titulature à sa mort

À sa mort le 19 août 14, Auguste est nanti de la titulature suivante :

IMPERATOR•CAESAR•DIVI•FILIVS•AVGVSTVS, PONTIFEX•MAXIMVS, TRIBVNICIAE•POTESTATE•XXXVII, IMPERATOR•XXI, CONSVL•XIII, PATER•PATRIAE[26]

Films

Annexe

Notes et références

  1. a, b, c et d François Zosso et Christian Zingg, Les empereurs romains, p. 21.
  2. P. Petit, Histoire générale de l'Empire romain, t. I, Le Haut-Empire, éd. du Seuil, « Points Histoire », Paris, 1974, p. 26.
  3. Suétone, Vie des douze Césars: livre III, paragraphe 69.
  4. a et b (en) John Percy Vivian Dacre Balsdon et Barbara Levick, « Augustus », dans Simon Hornblower, Antony Spawforth et Esther Eidinow (dirs.), The Oxford Classical Dictionary, Oxford University Press,‎ 2012, p. 207
  5. Suétone, Vie des douze Césars, Auguste, VII, 1
  6. Cicéron, Philippiques, XIV, X, 28.
  7. Alfred Ernout et Antoine Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine, Quatrième édition, Librairie Klincksieck, 1967, p. 56-57.
  8. Eugène Albertini, L'Empire romain, PUF., 1970, p. 23-24.
  9. Paul Petit, La paix romaine, PUF, collection Nouvelle Clio – l’histoire et ses problèmes, Paris, 1967, 2e édition 1971, p. 227-228
  10. Eugène Albertini, L'Empire romain, PUF., 1970, p. 26-27.
  11. Eugène Albertini, L’Empire romain, PUF., 1970, p. 32-33.
  12. Eugène Albertini, L'Empire romain, PUF., 1970, p. 32-34.
  13. Jean-Marc Irollo, Histoire des Étrusques, p. 15.
  14. Auguste et les poètes.
  15. Jérôme Carcopino, L'exil d'Ovide, poète néopythagoricien, dans Rencontres de l'histoire et de la littérature romaines, Flammarion, 1963, p. 59 à 170.
  16. Régis F. Martin, Les douze Césars, éditions Perrin, coll. Tempus, 2007, p. 56.
  17. a et b Régis F. Martin, Les douze Césars, éditions Perrin, coll. Tempus, 2007, p. 56-57.
  18. Régis F. Martin, Les douze Césars, éditions Perrin, coll. Tempus, 2007, p. 225.
  19. Régis F. Martin, Les douze Césars, éditions Perrin, coll. Tempus, 2007, p. 58
  20. Régis F. Martin, Les douze Césars, éditions Perrin, coll. Tempus, 2007, p. 217
  21. Régis F. Martin, Les douze Césars, éditions Perrin, coll. Tempus, 2007, p. 219
  22. Régis F. Martin, Les douze Césars, éditions Perrin, coll. Tempus, 2007, p. 220
  23. Paul Petit, Histoire générale de l’Empire romain, 1. Le Haut-Empire, Seuil, 1974, (ISBN 2020049694), p. 26.
  24. Régis F. Martin, Les douze Césars, éditions Perrin, coll. Tempus, 2007, p. 59.
  25. Régis F. Martin, Les douze Césars, éditions Perrin, coll. Tempus, 2007, p. 221
  26. Auguste fut divinisé après sa mort par le Sénat.

Bibliographie

Sources antiques

Articles connexes

Liens externes