Sijilmassa

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Sijilmassa ou Sidjilmassa (en tamazight ⵙⵉⵊⵉⵍⵎⴰⵙⴰ) était une ancienne ville importante du point vue commercial au Moyen Âge, la ville se trouvait à l'emplacement actuel de la ville de Rissani au sud d'Errachidia, à 40 km au nord des célèbres dunes de Merzouga, dans la région de Tafilalet au Maroc. Actuellement, des ruines attestent de son existence.

Histoire[modifier | modifier le code]

Ruines de Sijilmassa
Routes

Sijilmassa était une cité marchande pré-saharienne où faisaient halte les grandes caravanes amenant du Bilad el Sudan (Afrique sahélienne, correspondant aux pays inclus entre le Sénégal et le Soudan actuels) et notamment de l'Empire du Ghana, de la poudre d'or, de l'ivoire, des plumes d'autruche, et des esclaves[1],[2]. Elle constituait en outre un centre important des Berbères zénètes.

En 757-758, la tribu zénète des Miknassa de rite kharidjite sufrite fonde Sijilmassa sous l'autorité de Semgou Ibn Wassoul al Miknassi[3], peu après la grande révolte berbère de 739-743 dirigée contre les gouverneurs arabes du Maghreb qui dépendaient du califat omeyyade de Damas. La ville devient la capitale d'un émirat kharijite, sous la férule des Midrarides avant d'être l'objet de conflits entre les Zirides vassaux des Fatimides et les Maghraouides inféodés aux Omeyyades de Cordoue, du fait de sa situation au débouché des pistes caravanières. Elle est finalement conquise par les Almoravides vers 1055. Sa situation commerciale continue d'être florissante jusqu'au XIVe siècle, et son ouverture sur l'ensemble du monde connu est attestée par le voyageur Ibn Battûta qui affirme avoir rencontré des Sijilmassiens au cours de son périple dans la Chine mongole des Yuan.

Du temps de sa splendeur, Sijilmassa est composée d'environ 600 kasbahs qui forment autant de quartiers. La kasbah principale abrite le palais de l'émir, la grande mosquée, un atelier de frappe monétaire ainsi qu'un immense marché de négociants, dont certains viennent d'aussi loin que l'Égypte ou l'Irak. Les Midrarides (appelés aussi Wassoulites) adoptent longtemps le rite le plus modéré du kharidjisme, le sofrisme. Ils mènent une politique d'alliance stratégique avec l'autre grande puissance kharijite du Maghreb, l'émirat rostémide de Tiaret en Algérie fondé par une dynastie d'origine persane.

Mais au début du Xe siècle, on note un assouplissement dans la pratique du sofrisme et l'émir midraride Muhammad Ibn Maymun va jusqu'à reconnaître l'autorité spirituelle du calife sunnite abbasside de Bagdad. Cela vient du fait que Sijilmassa est devenue une place de commerce de niveau international, et cultive ainsi une certaine forme de cosmopolitisme, attirant même le fondateur de la dynastie fatimide, le chef chiite ismaélien ‘Ubayd Allâh al-Mahdî qui fuyait les persécutions abbassides au Moyen-Orient. Emprisonné sur décision de l'émir midraride, Ubayd Allah est libéré en 909 par ses partisans à la tête d'une grande armée composée de Kutama du Maghreb central, avant qu'il ne proclame le califat fatimide à Kairouan. La ville est par la suite occupée directement par les Omeyyades d'Al-Andalus, sous le règne d'Al-Hakam II, qui y établissent des ateliers monétaires produisant les dinars d'or du califat ibérique.

Sijilmassa, qui perd de son importance au cours des siècles et ne cesse de décliner, éclipsée par Marrakech, est finalement rasée en 1818 par les tribus de la confédération Aït Atta sous le règne du sultan alaouite Moulay Slimane[4].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dale R. Lightfoot, James A. Miller, « Sijilmassa: The Rise and Fall of a Walled Oasis in Medieval Morocco », Annals of the Association of American Geographers, vol. 86, n° 1 (mars 1996), pp. 78-101
  • Messier Ronal A. & Mackenzie, Neil D., « Sijilmassa: an archaeological study », 1992, Bulletin d'archéologie marocaine, XIX, 2002, p. 257
  • Jean-Michel Lessard, Sijilmassa : la ville et ses relations commerciales au XIe siècle d'après El Bekri, Hespéris Tamuda, 1969, Vol.10 Fasc. 1-2, pp. 5-36
  • D. Jacques-Meunié, Le Maroc saharien des origines à 1670, Klincksieck, Paris, 1982, 2 vol.
  • D. Jacques-Meunié, « Sur l'architecture du Tafilalt et de Sijilmassa (Maroc Saharien) », dans Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1962, vol. 106, n°2, pp. 132-147 [lire en ligne (page consultée le 4 février 2010)]
  • François-Xavier Fauvelle, Larbi Erbati, Romain Mensan, Sijilmâsa : cité idéale, site insaisissable ? Ou comment une ville échappe à ses fouilleurs in Les Études et Essais du Centre Jacques Berque, N°20, avril 2014 [lire en ligne (page consultée le 11 juin 2014)]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michael Dumper et Bruce E. Stanley, Cities of the Middle East and North Africa: a historical encyclopedia, ABC-CLIO, 2007, ISBN 978-1-57607-919-5, p. 334
  2. Anthony Ham et Alison Bing, Morocco, Lonely Planet Guides, 2007, ISBN 978-1-74059-974-0, p. 361
  3. [1]
  4. Hsain Ilahiane, Ethnicities, Community Making, and Agrarian Change, University Press of America, 2004, ISBN 0-7618-2876-1, page 53

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]