Phénicie

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Localisation des principaux sites du Levant de la première moitié du Ier millénaire avant J.-C.

Les Phéniciens sont un peuple antique originaire des cités de Phénicie, région qui correspond approximativement au Liban actuel. Ces dénominations proviennent des auteurs grecs qui ont écrit à leur sujet. En effet la Phénicie a toujours été divisée entre plusieurs cités, dont les plus importantes étaient Byblos, Sidon, Tyr et Arwad, et on ne sait pas si celles-ci ont eu conscience d'une identité commune. Les historiens ont repris l'adjectif « phénicien » pour désigner la civilisation qui s'est épanouie sur place entre 1200 et 300 av. J.-C.

Les racines de la civilisation phénicienne se trouvent dans les cultures de la façade méditerranéenne du Proche-Orient du IIe millénaire av. J.‑C. Toutes les villes de la future Phénicie existent déjà. Capitales de petits royaumes, ce sont des cités marchandes importantes, et elles partagent une culture commune dont les Phéniciens sont les héritiers directs. À la suite des bouleversements qui touchent le Moyen-Orient vers 1200, une nouvelle ère s'ouvre pour elles. Dégagées de la tutelle des anciennes puissances qui les dominaient (Nouvel Empire égyptien, Empire hittite), elles disposent d'une période d'autonomie qui leur permet d'étendre considérablement leurs réseaux commerciaux, puis de se lancer dans un mouvement d'expansion sur les rives de la Méditerranée. Les Phéniciens émigrés fondent alors des cités sur différents sites de Chypre, de Sicile, de Sardaigne, de la péninsule Ibérique et d'Afrique du Nord.

À partir du VIIIe siècle av. J.-C., les cités phéniciennes perdent leur autonomie, étant successivement dominées par les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Grecs (Lagides et Séleucides), puis les Romains. Elles préservent leur importance commerciale et poursuivent leur expansion. Parallèlement, les implantations phéniciennes de la Méditerranée occidentale tombent sous la coupe de la plus puissante d'entre elles, Carthage, phénomène qui aboutit à la création d'une civilisation spécifique, dite « carthaginoise » ou « punique ». Reprenant des éléments des cultures indigènes, cette variante occidentale de la civilisation phénicienne a connu sa propre évolution. Elle s'effondre face à l'expansion romaine au IIe siècle av. J.-C., après les guerres puniques. Mais aussi bien en Phénicie qu'en Afrique du Nord, les cultures locales conservent des aspects particuliers jusqu'aux premiers siècles de notre ère.

Aux yeux de leurs voisins, les Phéniciens étaient des navigateurs remarquables et audacieux, d'excellents marchands et artisans. Il est difficile d'aller au-delà des témoignages extérieurs sur les Phéniciens, car les sources provenant de Phénicie sont très limitées : très peu de textes écrits, peu de sites fouillés. L'accomplissement le plus connu des Phéniciens est la mise au point d'un alphabet qui est sans doute à l'origine des alphabets les plus répandus dans le monde antique (alphabet grec, alphabet araméen), même s'il ne s'agit pas du premier alphabet. La civilisation des Phéniciens présente de nombreux points communs avec celles des populations qui l'ont précédée au Levant (que l'on regroupe souvent sous le terme de « Cananéens »), ce qui permet de mieux comprendre certains aspects de leurs institutions politiques et surtout de leurs croyances et pratiques religieuses.

Conditions d'étude[modifier | modifier le code]

Qui étaient les Phéniciens ?[modifier | modifier le code]

Les Phéniciens ne se sont jamais définis eux-mêmes comme un peuple  : durant toute leur histoire, ils ont été divisés entre plusieurs royaumes, et devaient plutôt s'identifier en référence à ceux-ci. Ce sont les textes grecs qui désignent ce peuple par le terme Phoinikes, et la région où ils vivent comme Phoinike, la Phénicie, et ce dès l'époque d'Homère. Aucune explication pleinement satisfaisante à l'origine de ce terme n'a pu être apportée  : il a souvent été mis en rapport avec le terme grec phoinix, « rouge pourpre », qui pourrait renvoyer à la couleur tannée de la peau des Phéniciens, ou bien à l'une de leurs productions les plus réputées, les tissus teints en pourpre[1]. Les Grecs reconnaissent aux Phéniciens qui viennent commercer en Grèce des talents évidents dans les activités marchandes, la navigation, et la qualité des productions des artisans de leur pays. Les apports des Phéniciens au monde grec (en particulier l'alphabet) se retrouvent dans plusieurs textes et des mythes, en particulier ceux relatifs aux enfants d'Agénor de Tyr : Cadmos fondateur de Thèbes, enlèvement d'Europe. Mais les textes grecs les décrivent souvent en termes négatifs, comme des gens peu scrupuleux, voleurs, un brin brigands[2]. Ces descriptions révèlent sans doute autant sur ceux dont elles parlent que sur ceux qui les écrivent  : les auteurs Grecs se confrontent à ces gens venus de l'extérieur et en exposant leurs différences par rapport à eux-mêmes. Ils forgent leur propre identité grecque face à cet « autre »[3].

Durant l'Antiquité, il n'y a pas en dehors des textes grecs un terme équivalent à Phéniciens. Les textes proche-orientaux (notamment la Bible) et égyptiens parlent souvent d'une région appelée « Canaan » et de ses habitants, les « Cananéens », à localiser dans la région levantine[4]. Mais ces termes concernent souvent la Palestine ou une partie de la Syrie, donc beaucoup plus que la Phénicie. Que reste-t-il alors aux historiens pour mieux définir les Phéniciens ? L'aire géographique est le premier critère évident : les Phéniciens occupent une région côtière, la Phénicie. Comme souvent pour essayer de distinguer les peuples dans l'Antiquité, il y a le critère de la langue : les sites de Phénicie ont livré des inscriptions en alphabet phénicien, rédigés dans une langue ouest-sémitique, le phénicien. Celle-ci se retrouve bien sur les sites de Phénicie, même si on décèle des variantes régionales suivant les différents royaumes[5]. Le fait que la religion et l'art y soient similaires renforce cette impression d'unité. Enfin, l'évolution historique de la région est à prendre en compte. Les cités de Phénicie existent toutes au IIe millénaire, et font face à partir de 1200 à des bouleversements qui marquent le début d'une nouvelle ère : l'arrivée des « Peuples de la Mer », en particulier les Philistins qui s'installent au sud de la Phénicie, puis celle des Araméens à l'est, et plus tard l'émergence des Israélites au sud. Peu après, le phénomène de l'expansion en Méditerranée ne concerne que les ports de Phénicie[6].

La redécouverte de la civilisation phénicienne[modifier | modifier le code]

Les sources grecques, romaines ainsi que bibliques ont préservé le souvenir des Phéniciens jusqu'aux érudits de l'Europe du XVIIe siècle, qui les premiers tentèrent de redécouvrir ce peuple en allant au-delà des sources antiques traditionnelles, par exemple Samuel Bochart. Cela passe d'abord par des récits de voyageurs allés au Levant, qui décrivent les monuments phéniciens encore visibles. La redécouverte d'inscriptions en alphabet phénicien sur divers sites des rives de la Méditerranée permet le progrès de la recherche. Une inscription bilingue phénicien-grec sert de base à l'abbé Jean-Jacques Barthélemy pour faire progresser le déchiffrement de cette écriture en 1758. Ses travaux ne sont pas reconnus de son vivant, et c'est le philologue allemand Wilhelm Gesenius qui lui rendit justice et lança vraiment l'épigraphie phénicienne par ses publications. Sur cette même période, plusieurs savants (M. Vargas-Machuca, A. Heeren, F.-C. Movers, etc.) entreprennent des études sur les Phéniciens, tentant d'aller au-delà des sources antiques. S'intéressant en particulier à l'influence phénicienne en Méditerranée, ils développent la théorie de Phéniciens jouant le rôle de civilisateurs, transmettant les lumières de l'Orient en Occident[7].

Ernest Renan dans les années 1870.

Les études sur l'« Orient » font en effet de considérables progrès durant la première moitié du XIXe siècle : expéditions scientifiques en Égypte, redécouverte des sites de l'Assyrie. En 1860, le philologue et historien français Ernest Renan est mandaté par Napoléon III pour une mission d'exploration en Phénicie d'un an, dans un contexte d'intervention française au Liban pour aider les communautés chrétiennes de la région. Cette mission réalisa de nombreux repérages de monuments. Dans ses interprétations, Renan resta marqué par une approche hellénocentrique, et voit l'art phénicien comme celui d'imitateurs incapables de création, opposé à celui des Grecs[8]. La seconde moitié du XIXe siècle voit l'essor de l'exploration des différents lieux d'implantation phénicienne en Méditerranée : Carthage d'abord, avec notamment les fouilles entreprises par le père Delattre, mais aussi les sites de Sardaigne, de Sicile, de la péninsule Ibérique, Chypre. Mais à la fin du siècle et au début du suivant, le regard de nombreux chercheurs à évolué par rapport à leurs prédécesseurs qui voyaient l'influence orientale partout : l'identité sémite des Phéniciens est mise en avant, et certains cherchent à minimiser leur rôle, ou à nier l'origine sémite de leurs réalisations les plus influentes. Mais cela est contrebalancé par d'autres travaux : Victor Bérard qui cherche à remettre en avant l'idée d'une influence majeure des Phéniciens dans le monde méditerranéen, et surtout Stéphane Gsell qui publie les huit volumes de son Histoire ancienne de l'Afrique du Nord, synthèse majeure sur l'histoire carthaginoise[9].

Durant la première moitié du XXe siècle, l'exploration des sites phéniciens et puniques se poursuit. L'étude de la civilisation phénicienne connaît de grands progrès après les années 1960, avec un plus grand effort pour mettre en commun les travaux des épigraphistes et des archéologues. En raison des troubles politiques qui ont lieu au Liban, les fouilles des sites de Phénicie sont rendues difficiles. C'est dans la Méditerranée occidentale que l'exploration des sites archéologiques connaît les progrès les plus remarquables[10]. En 1979 se tient à Rome le premier Congrès international des études phéniciennes et puniques, sous l'impulsion de Sabatino Moscati, cherchant à mettre en commun les travaux des spécialistes des Phéniciens et des Carthaginois venant de différents pays. Depuis, plusieurs expositions ainsi que des ouvrages collectifs permettent de faire régulièrement le point sur les avancées des chercheurs.

Les sources disponibles[modifier | modifier le code]

Les Phéniciens n'ont laissé que peu de témoignages écrits permettant de reconstituer leur histoire. La répartition géographique des inscriptions en phénicien sont d'ailleurs largement à l'avantage de l'aire carthaginoise (Tunisie et reste de l'Afrique du Nord, Sicile, Sardaigne, Malte etc.), tandis que celles provenant de Phénicie constitue un corpus très limité, et que celle provenant du reste de la Méditerranée orientale (Chypre, Syrie, monde égéen) sont guère plus abondantes. Les inscriptions les plus nombreuses sont de type funéraire (surtout dans le monde punique). On en trouve également de type votif (accompagnant des offrandes aux dieux), quelques textes royaux commémoratifs (relatifs surtout à des actes pieux comme la construction de temples). Ces textes sont généralement peu développés, fournissent surtout des informations sur la vie religieuse[11].

La reconstitution de l'histoire phénicienne passe donc par des sources textuelles extérieures, rédigées par des personnes ayant rencontré les Phéniciens. Ce type de source forme un ensemble disparate : on y trouve un récit romancé égyptien comme l'Histoire d'Ounamon, les inscriptions royales d'Assyrie ou de Babylonie, des textes économiques mésopotamiens, divers passages de la Bible hébraïque, et divers auteurs de langue grecque (Homère, Hérodote, Strabon) ou latine (surtout sur Carthage). Quelques-unes de ces œuvres reposent sur des documents phéniciens disparus qui ont été compilés et résumés, notamment dans les écrits de Flavius Josèphe ou ceux d'Eusèbe de Césarée, qui a repris des écrits de Philon de Byblos reposant eux-mêmes sur des textes phéniciens. Il s'agit donc généralement de textes biaisés, dans lesquels les Phéniciens sont présentés par le spectres des représentations de leurs voisins.

Un dernier type de sources épigraphiques mobilisable pour reconstituer l'histoire et la civilisation des Phéniciens est antérieur au développement de ceux-ci : il s'agit des sources cunéiformes provenant de sites du Proche-Orient du IIe millénaire av. J.‑C. présentant des antécédents de la civilisation phénicienne. Le corpus de texte le plus important est celui provenant du site de Ras Shamra, l'antique Ugarit, l'un des principaux ports de commerce de l'âge du bronze levantin, qui disparaît avant l'émergence de la civilisation phénicienne. Ils offrent des parallèles très utiles pour l'étude de la religion, des institutions et de l'économie phéniciennes[12].

Les fouilles archéologiques en Phénicie ont été limitées. Les sites phéniciens sont pour la plupart encore occupés de nos jours, et ne peuvent donc faire l'objet de campagnes de fouilles importantes. Seuls quelques secteurs urbains ont pu être mis au jour, notamment à Byblos et Beyrouth. Les nécropoles, situées en marge des villes, ont pu être plus aisément explorées. Seuls des petits sites abandonnés depuis l'Antiquité ont pu faire l'objet de fouilles durables (Tell Kazel, Sarafand/Sarepta, Tell Arqa, Oum el-Amed, etc.)[13]. Les fouilles des sites des implantations phéniciennes en Méditerranée sont plus nombreuses, notamment à Chypre mais surtout dans le bassin occidental (Malte, Sicile, Sardaigne, Tunisie, Maroc, péninsule Ibérique). Elles ont permis de faire considérablement progresser la connaissance de la civilisation phénicienne et punique.

Les cités de Phénicie et leur histoire[modifier | modifier le code]

Présentation générale[modifier | modifier le code]

Cadre géographique[modifier | modifier le code]

Localisation des principales villes de la Phénicie et des régions voisines durant la première moitié du Ier millénaire av. J.‑C.

La Phénicie est une mince bande côtière s'étendant approximativement de Tell Suqas au nord jusqu'à Akko (Acre) au sud. Elle est bordée par la Méditerranée à l'ouest, et des régions montagneuses à l'est, le Djébel Ansariyeh et les Monts du Liban. Les voies de communication terrestres le long du littoral sont en général aisées (même si la montagne borde parfois directement la mer), mais en revanche celle vers l'intérieur sont gênées par la présence des montagnes, et il faut passer par quelques voies de passage moins élevées, notamment la trouée de Homs qui conduit de la plaine de la Bekaa à la vallée de l'Oronte au nord. L'espace agricole utile des cités phéniciennes est souvent limité, leur arrière-pays plat étant de taille réduite, mais la présence de nombreux cours d'eau coulant depuis les montagnes devait permettre une agriculture assez prospère. Les informations sur les productions agricoles phéniciennes sont limitées, mais il faut admettre qu'elles étaient similaires à celles des autres civilisations du Levant antique : céréales, divers fruits et légumes, avec une place importante pour la vigne et l'olivier, ainsi que du petit bétail[14]. Les cèdres qui poussent dans les montagnes sont également une ressource importante pour les cités phéniciennes[15].

La fragmentation de l'espace a sans doute joué un rôle dans la fragmentation politique de la Phénicie. Celle-ci était divisée entre un chapelet de petits royaumes indépendants s'égrainant sur tout son long. Ces États sont dominés par une grande ville côtière ou insulaire développée autour d'un ou deux ports très actifs qui sont la base de sa richesse : du nord au sud Arwad, Byblos, Sidon et Tyr. La bande littorale constitue leur arrière-pays agricole, où se trouvent parfois d'autres villes importantes situées dans la mouvance de la capitale (Sarepta, Khaldé, Amrit, etc.), et où les royaumes peuvent quelquefois s'étendre loin. D'autres villes ont pu servir de centre à des entités politiques moins bien connues, comme Beyrouth (qui prend son essor aux périodes perse et surtout hellénistique), Arqa et Sumur (Tell Kazel)[16].

Organisation politique[modifier | modifier le code]

L'organisation politique de ces royaumes est mal connue. Ils avaient à leur tête des rois (mlk) se succédant suivant un principe dynastique. Ils sont surtout connus par leurs inscriptions rapportant leurs activités religieuses (construction de temples) et semblent avoir eu un rôle religieux très affirmé ; Itthobaal de Tyr est ainsi présenté comme « prêtre d'Astarté ». Les rois étaient considérés comme étant les représentants terrestre de la divinité tutélaire de leur royaume, qui les avait élu à leur fonction. Sur les sceaux, ils sont couramment représentés portant un sceptre (ḥṭr) symbolisant leur fonction. Ils servaient de chef militaire du royaume, mais leur puissance militaire limitée à sans doute réduit l'importance de ce rôle. L'autre grand aspect de la fonction royale est le rôle de juge suprême du royaume, qui devait être exercé suivant les principes de « justice » (ṣdq) et de « droiture » (mšr) présents dans plusieurs inscriptions. Ces aspects de la royauté sont similaires à ceux attestés aux périodes précédentes dans la région, notamment à Ugarit[17]. Les dignitaires assistant le souverain dans ses fonctions administratives, militaires et judiciaires sont très mal connus, seuls quelques titres étant attestés dans des textes n'indiquant pas grande chose sur la fonction réelle de leurs détenteurs. Il existait apparemment un conseil d'Anciens à Tyr, dont le rôle n'est pas clair[18],[19].

Au début de la période hellénistique (entre 330 et 250) les rois des cités phéniciennes sont destitués par les rois grecs, et ce sont les institutions constituées de magistrats qui prennent seules le relais. Elles s'inscrivent dans la continuité des institutions civiques existant déjà à l'époque monarchique, et s'inspirent sans doute aussi des institutions des cités grecques. Les textes de cette période indiquent les noms de plusieurs titres de magistrats, mais ils sont donnés en phénicien (suffètes, rab) ou en grec (archontes, dikastes), et il est difficile de faire correspondre les titres connus dans les deux langues[20]. Ces magistrats se retrouvent dans les colonies phéniciennes, en particulier à Carthage, où leurs fonctions sont un peu mieux connues grâce aux descriptions des auteurs grecs et romains, en particulier les suffètes qui constituent l'élite politique. Cette cité était dirigée par deux assemblées (ʿm) légiférant et délibérant sur les affaires les plus importantes[21].

Les villes phéniciennes[modifier | modifier le code]

Photographie aérienne de Tyr en 1934. L'île antique est reliée au continent par une bande de terre depuis le siège d'Alexandre le Grand.

L'organisation de l'habitat en Phénicie même reste mal connue, en raison du faible nombre de sites urbains fouillés et du manque de prospections au sol. Cependant les fouilles accomplies depuis les années 1990 ont permis quelques progrès dans notre connaissance de la Phénicie. Les cités étaient fondées sur des promontoires rocheux, disposant souvent de deux ports, au nord et au sud ; les îles voisines de la côte étaient également occupées sans doute parce qu'elles étaient plus faciles à défendre, en particulier Tyr et Arwad[22]. Dans le cas des sites continentaux, des villes basses s'étendaient en contrebas des villes hautes juchées sur les hauteurs rocheuses. Durant l'âge du fer, ces sites sont de dimensions modestes : 40 hectares pour Arwad et 16 hectares au mieux pour Tyr (en admettant que les deux îles soient occupées sur toute leur surface), mais 5-6 hectares pour Sidon et Byblos, 4-5 hectares pour Sarepta et 3 au maximum pour Beyrouth. Les seuls monuments connus sont des temples, aucun palais n'ayant été dégagé. Les nécropoles s'étendaient en dehors des zones habitées. Quelques quartiers d'habitation ainsi que des installations artisanales ont été dégagés à Beyrouth pour la période de domination perse[23].

Byblos (Gubla dans les textes antiques, l'actuelle Gebeil) est une des plus ancienne des cités du littoral phénicien, disposant d'un grand prestige. Il s'agit d'un centre important, où ont été retrouvés les plus anciens exemples de l'alphabet phénicien, qui pourrait avoir été inventé dans cette cité. Son importance politique et économique s'affaisse progressivement dans le courant du Ier millénaire, mais elle garde un prestige religieux et intellectuel[24],[25],[26].

Sidon, l'actuelle Saïda, a sans doute eu une grande importance politique aux débuts de la période phénicienne. Mais elle est très mal connue, les fouilles ayant surtout dégagé des nécropoles situées dans son arrière-pays. C'était une cité artisanale et marchande très active, peut-être même la première à se lancer dans des expéditions lointaines en Méditerranée. Elle était en tout cas bien connue dans le monde égéen. Elle domine d'autres cités phéniciennes importantes comme Sarepta ou Khaldé, et semble très liée avec sa voisine Tyr, avec laquelle elle est unie aux IXe ‑ VIIIe siècles. Elle reste par la suite une cité majeure, profitant notamment de ses liens avec les rois perses et grecs pour étendre son territoire[27],[28],[29].

Tyr doit son nom phénicien Sôr (aujourd'hui Sour), le « Rocher », à sa localisation sur une île rocheuse lui assurant une protection face aux invasions, avant d'être reliée à la côte par une chaussée érigée lors de son siège par les troupes d'Alexandre le Grand. Cette cité est la plus active dans les échanges internationaux et l'expansion méditerranéenne des Phéniciens durant la première moitié du Ier millénaire, et reste très importante par la suite[30],[31],[32].

Situé au nord de la Phénicie, Arwad (Rouad) est tout comme Tyr une cité insulaire, située à 2,5 kilomètres de la côte. Elle a étendu son territoire sur le littoral voisin, organisé autour de la ville d'Amrit qui fait face à Arwad. Cette cité étant en général le premier port méditerranéen rencontré par les rois venus de Mésopotamie et de Perse quand ils font route vers la Méditerranée. Comme les autres grandes villes phéniciennes, il s'agit d'un centre commercial très actif[33],[34],[35].

Beyrouth (Bérytos en grec) n'a pas une grande importance durant la majeure partie de la période phénicienne. C'est sans doute un site de taille réduite, peut-être la capitale d'un royaume sans grande importance. Son essor commence à partir de la période perse, et s'affirme à la période hellénistique, quand ses marchands sont très actifs, notamment dans le monde égéen. C'est le site phénicien urbain le mieux connu grâce aux fouilles de sauvetage qui y ont eu lieu dans les années 1990[36].

Origines et premiers développements[modifier | modifier le code]

Les racines à l'âge du bronze récent[modifier | modifier le code]

La situation géopolitique du Moyen-Orient vers 1200 av. J.-C., à la fin de l'âge du bronze récent.

Quand le phénomène phénicien commence à émerger aux environs de 1200, les villes qui en sont à l'origine ont déjà une histoire longue de plusieurs siècles : Byblos est ainsi un centre commercial très actif qui a dès la seconde moitié du IIIe millénaire des relations avec l’Égypte et la Syrie intérieure (Ebla). Les informations sur la future Phénicie se font plus précises grâce à l'abondante documentation sur l'âge du bronze récent (v. 1500-1200 av. J.-C.), quand la région est placée sous la coupe des Pharaons du Nouvel Empire égyptien. Les historiens désignent cet ensemble culturel par le terme « cananéen », qui se retrouve dans plusieurs textes de l'époque, et qui est vu comme l'ancêtre direct de la civilisation phénicienne. Les Lettres d'Amarna, correspondance diplomatique des rois égyptiens Amenhotep III et Akhénaton datée du XIVe siècle, contiennent plusieurs missives envoyées par des souverains des futures cités phéniciennes (Tyr, Byblos, Sidon)[37]. Les abondantes archives exhumées à Ugarit, datées essentiellement du XIIIe siècle, permettent de reconstituer la culture de ce royaume côtier qui illustre bien la parenté entre culture cananéenne et phénicienne : importance du commerce maritime, religion présentant des traits similaires à ceux des cités phéniciennes, premières formes d'alphabet, etc.[12] Les textes et objets retrouvés sur ce site montrent également l'existence d'un commerce maritime actif dans la Méditerranée orientale, dans lequel les cités côtières du Levant occupent déjà une place majeure, et dont les réseaux ont servi de base à ceux mis en place à l'époque phénicienne[38]. L'existence de ces réseaux se retrouve aussi dans l'épave d'Uluburun, datée de cette période, qui présente des traits similaires à ceux du commerce phénicien postérieur[39]. La prise en compte de ces antécédents permet donc de mieux comprendre la civilisation phénicienne, qui n'est pas apparue ex nihilo[40].

L'émergence des Phéniciens à la fin du IIe millénaire av. J.‑C.[modifier | modifier le code]

Les historiens considèrent que la civilisation phénicienne émerge durant la première phase de l'âge du fer (v. 1200-1000 av. J.-C.). Cette période débute par une grande crise qui affecte tout le Proche-Orient et marque la fin de l'âge du bronze récent et de ses principaux empires, les Hittites dont le royaume disparaît purement et simplement, et l’Égypte dont la sphère d'influence au Levant s'effondre. Les sites levantins de cette période présentent pour la plupart des couches de destruction illustrant une période violente. Certains comme Ugarit connaissent alors leur fin définitive. Ces destructions sont couramment attribuées à des envahisseurs venus de l'ouest, ceux qu'un texte égyptien désignent comme les « Peuples de la mer », phénomène encore très mal compris[41].

Cela ouvre en tout cas une période de recomposition politique liée à l'effondrement des grands empires du bronze récent, à l'arrivée de nouveaux peuples et à la constitution de diverses entités politiques et d'ensembles culturels au Proche-Orient : royaumes « Syro-hittites » (ou « Néo-Hittites ») en Anatolie et en Syrie, royaumes Araméens en Syrie, cités des Philistins en Palestine côtière, « proto-Israélites » en Israël, et Phéniciens sur la côte libanaise. La documentation sur les cités phéniciennes dans ces temps obscurs est très limitée, empêchant d'avoir une vision assurée de leur évolution, et notamment de l'impact qu'ont eues sur elles les invasions des Peuples de la mer. Certains spécialistes considère que les cités phéniciennes ont moins été touchées par ces attaques que les régions situées à leur nord et à leur sud, qui ont vu plus de destructions et d'installations de nouveaux venus. D'autres au contraire considèrent qu'elles ont bien subi des destructions, mais ont survécu et vite récupéré. En tout état de cause il est clair que l'impact des nouvelles arrivées a été moins fort qu'au sud où les nouveaux venus Philistins se sont établis en masse. Il semble que progressivement les cités phéniciennes, en premier lieu Tyr, aient réussi à retourner la situation militaire en leur faveur, réussissant à s'étendre au sud sur des territoires occupés par les Philistins (plaine d'Akko, Tel Dor)[42].

Une période d'indépendance[modifier | modifier le code]

La période des XIe ‑ Xe siècles est mieux connue que celle du siècle précédent, même si beaucoup de ces aspects restent obscurs, du fait du peu de sources (quelques inscriptions royales souvent courtes) provenant de Phénicie même. Sa reconstitution provient surtout de sources extérieures et souvent postérieures, les écrits de Flavius Josèphe et les textes bibliques. Elle est marquée par une montée en puissance des cités phéniciennes après la crise de la fin de l'âge du bronze récent, rendue possible par le retrait des grandes puissances. En effet, en dehors d'une expédition entreprise vers 1100 par le roi assyrien Teglath-Phalasar Ier qui dit recevoir un tribut de Byblos, Sidon et Arwad qui pourrait en fait relever plutôt de l'échange commercial. L'Histoire d'Ounamon, texte égyptien présentant les péripéties d'un envoyé du temple d'Amon venu chercher du bois à Byblos vers le même période, montre que le roi de cette cité, Zakarbaal, se comporte de façon arrogante face à un représentant des anciens maîtres de sa cité, dont il n'a aucune crainte : les cités phéniciennes sont devenues autonomes et ambitieuses. La trame politique des premiers siècles du Ier millénaire ne peut être reconstituée ; en particulier, les rapports entre les différents royaumes phéniciens ne sont pas documentés. Il est au mieux possible de repérer l'existence de quatre royaumes majeurs (Arwad, Byblos, Sidon et Tyr) et de connaître les noms de quelques-uns de leurs rois sans savoir grand-chose sur les événements[43].

Le sarcophage d'Ahiram de Byblos, musée national de Beyrouth.

Byblos est au IIe millénaire une des plus puissantes cités phéniciennes. Pour le début de la période phénicienne, la principale découverte informant sur l'histoire de cette ville est le sarcophage du roi Ahiram mis au jour dans la nécropole, dont la datation est débattue, car l'inscription qui y est inscrite (datée des alentours de 1000) serait plus récente que le sarcophage (qui pourrait remonter aux alentours de 1200). Vers le milieu du Xe siècle, une nouvelle dynastie prit le pouvoir, fondée par Yehimilk. Ses successeurs sont connus par des statues qu'ils ont offertes à des pharaons : Abibaal, Elibaal ; le dernier roi connu de cette lignée qui s'éteint vers le début du IXe siècle est Shipitbaal, connu par une inscription de construction dans le temple de la déesse tutélaire de la ville la « Dame de Byblos »[24]. Mais durant les deux premiers siècles du Ier millénaire, c'est Tyr qui devient la plus puissante des cités phéniciennes et le principal artisans de l'expansion commerciale et coloniale de cette civilisation. Son histoire est connue par des récits provenant de sources extérieures. Flavius Josèphe dans son Contre Apion et le Premier livre des Rois de la Bible hébraïque rapportent ainsi le souvenir du roi Hiram (969-936 ?), qui aurait apporté son aide matérielle au roi Salomon au moment de la construction du Temple de Jérusalem. Il lui prêta notamment ses bateaux pour aller chercher des produits dans les pays lointains d'Ophir et de Tarshish (Tartessos ?). Flavius Josèphe fait également de Hiram un grand bâtisseur, ayant notamment reconstruit le temple du dieu tutélaire de Tyr, Melqart. La réalité derrière ces traditions tardives reste à éclaircir, d'autant qu'au moins quatre rois de Tyr nommés Hiram sont connus[44]. Un autre roi de Tyr présent dans les textes bibliques et Flavius Josèphe est Ithobaal Ier (887-856 ?), qui a donné sa fille Jézabel en mariage au roi Achab d'd'Israël. Ayant apparemment régné sur Tyr et Sidon réunis, il aurait initié la fondation de deux colonies au Liban et en Afrique[45]. Son royaume s'est sans doute également étendu au sud de sa capitale, dans la plaine d'Akko et sans doute jusqu'à Dor. La puissance commerciale et la richesse de Tyr connaissent leur apogée à cette période, comme le rapporte le Livre d’Ézéchiel. La fin du IXe siècle voit ce mouvement confirmé par la fondation de colonies tyriennes importantes, en premier lieu Carthage[46].

Les Phéniciens face aux empires orientaux[modifier | modifier le code]

À partir du IXe siècle, les royaumes phéniciens font face au retour des ambitions des puissances extérieures qui cherchent à les soumettre. Grâce aux sources provenant de celles-ci, la trame historique de la période est bien mieux connue que pour les précédentes. La première phase est marquée par les expéditions des rois assyriens visant essentiellement à prélever un tribut, puis à partir de la seconde moitié du VIIIe siècle ils commencent à annexer le territoire des cités phéniciennes. Quand l'empire assyrien s'effondre à la fin du VIIe siècle, le relais est pris par les souverains de Babylone, qui sont à leur tour supplantés par les rois Perses Achéménides après 539. Cette période ne voit cependant pas de changements fondamentaux dans la société et la culture des cités phéniciennes, qui restent prospères malgré les tributs et les pillages.

La période assyrienne[modifier | modifier le code]

Carte des différentes phases d'expansion de l'empire assyrien.

C'est le roi Assurnasirpal II (883-859) qui marque le retour des troupes assyriennes sur le littoral levantin, après avoir remporté plusieurs victoires en Syrie intérieure. Il reçoit alors le tribut de Byblos, Sidon et Tyr. Sous son successeur Salmanazar III (858-824), les royaumes attaqués de Syrie et du Levant montent une coalition pour enrayer l'expansion assyrienne, qui prend forme en 853 à la bataille de Qarqar, à laquelle participent les rois de Byblos, Arwad et Arqa. Le coup d'arrêt n'est que temporaire pour le roi assyrien, qui réussit à nouveau à prélever des tributs sur les cités du Levant dans les années qui suivent. La prospérité des cités phéniciennes n'est pas brisée par ces défaites ; au contraire, la pression assyrienne et la nécessité de payer un tribut régulier pourrait avoir joué un rôle dans l'essor de la colonisation qui a lieu alors, essentiellement sous l'impulsion du royaume unissant Tyr et Sidon, durant le règne de Pygmalion (fondation de Carthage)[47].

Durant la fin du IXe siècle et la première moitié du IXe siècle, la pression de l'Assyrie retombe en raison de difficultés au centre de ce royaume. L'avènement de Teglath-Phalasar III (745-727) marque le retour des Assyriens avec de nouvelles ambitions : désormais leurs campagnes ne se soldent plus simplement par la livraison de tribut, mais aussi par l'annexion progressive des territoires conquis. C'est le littoral nord de la Phénicie qui passe le premier sous le contrôle assyrien, étant situé au débouché des routes conduisant les troupes assyriennes depuis la Syrie vers la mer. Sumur devient la capitale de la province assyrienne créée à l'occasion ; en raison de sa situation insulaire et de son importance commerciale, Arwad préserve une relative autonomie. Byblos, alors en retrait par rapport aux périodes précédentes, n'est pas annexée mais doit payer un tribut régulier. Tyr et Sidon, alors les deux plus riches cités phéniciennes, sont dans le même cas mais attirent plus l'attention des rois assyriens qui cherchent à limiter leur puissance : Sargon II (722-705) reçoit l'allégeance des cités de Chypre dépendant auparavant de Tyr, Sennachérib (704-682) enlève Sidon aux rois de Tyr et y place un roi à sa solde. Il n'empêche que celle-ci se révolte sous son successeur Assarhaddon (681-668) qui s'en empare et la pille, puis déporte une partie de sa population et y place un gouverneur. Tyr se soulève ensuite avec l'appui de l’Égypte, est à son tour défaite, et son souverain, s'il réussit à préserver son trône, et totalement subordonné au gouverneur assyrien en charge de la région. Plus grave pour la prospérité de la cité, ses navires voient leur droit de circulation limité, étant notamment privés de commercer avec l’Égypte. L'absence de cohésion entre les cités phéniciennes qui préfèrent faire allégeance aux Assyriens quand l'une de leur voisine se soulève renforce leur impuissance face aux envahisseurs. Mais leur soumission n'est jamais acquise définitivement, Assurbanipal (668-626) devant à son tour mater plusieurs révoltes en Phénicie[48].

La période babylonienne[modifier | modifier le code]

Entre 626 et 609, l'Assyrie est secoué par une révolte intérieure puis des campagnes lancées par les rois de Babylone et des Mèdes, qui parviennent à détruire son empire. C'est Babylone qui récupère les restes de l'empire assyrien, mais son roi Nabuchodonosor II (605-562) doit faire face aux tentatives de l’Égypte de reprendre le contrôle du Levant. Les royaumes phéniciens, pris entre les deux royaumes, choisissent à plusieurs reprises le second contre le premier, sans succès. Tyr résiste pendant treize années à un siège babylonien, avant de se rendre, et ses rois sont désormais choisis par ceux de Babylone, ce qui affaiblit leur autorité interne. Si on suit Flavius Josèphe, entre 564 et 556 il n'y a plus de rois dans cette cité, qui est dirigée par un collège de magistrats, les suffètes[49].

La période achéménide[modifier | modifier le code]

Détail du sarcophage d'Eshmunazar de Sidon et de son inscription, Ve siècle av. J.-C., musée du Louvre.

En 539, Babylone tombe face à Cyrus II, fondateur de l'empire perse achéménide. Tout en étant intégrées dans la satrapie de Transeuphratène dont la capitale est située à Damas[50], les villes de Phénicie conservent leur propre gouvernement dans le nouvel empire, et peuvent même tirer avantage de leurs relations avec leurs nouveaux maîtres, d'une manière générale plus souples que les précédents dans leurs relations avec leurs vassaux. Elles disposent d'une autonomie relative tant qu'elles apportent leur tribut et leurs forces navales aux rois perses. Plusieurs rois phéniciens ont ainsi pris part aux expéditions des rois perses, notamment contre l’Égypte et en Grèce durant les Guerres médiques, auxquelles participent les rois d'Arwad, de Tyr et de Sidon, même s'ils ne purent triompher de la marine grecque. Sidon en particulier semble avoir tiré profit de ses bonnes relations avec le pouvoir perse : son roi Eshmunazar (v. 475-461) a laissé une inscription sur son sarcophage dans laquelle il rapporte avoir reçu du pouvoir perse les villes de Dor et de Jaffa ainsi que la plaine de Sharon. Le commerce phénicien connaît une nouvelle phase d'expansion, même si désormais les cités coloniales ont pris en main leur propre destinée et disposent de leurs propres réseaux, que ce soit à Chypre (Kition, Idalion, Tamassos) ou dans la Méditerranée occidentale (Carthage, Utique, Cadix)[51],[52].

Dans la première moitié IVe siècle, les relations avec les rois Perses deviennent plus tendues, dans un contexte d'affaiblissement de l'influence de ceux-ci sur leurs provinces. Cette tendance s'accompagne d'une influence croissante des Grecs en Phénicie, avec Chypre pour relais. C'est à partir de celle-ci que le roi Évagoras de Salamine (410-374) s'empare temporairement de plusieurs cités phéniciennes en 391. Les marchands phéniciens sont alors de plus en plus présents dans le monde grec, et le roi Straton de Sidon (375-362) est honoré à Athènes comme étant un ami des Grecs. Quelques années après, Sidon se révolte sans succès sous le règne de son roi Tennès (357-347), et subit une dure répression, se voyant imposer un nouveau souverain[53].

La période hellénistique et la conquête romaine[modifier | modifier le code]

Les relations houleuses entre les cités phéniciennes et le pouvoir perse expliquent sans doute pourquoi celles-ci font pour la plupart un bon accueil au macédonien Alexandre le Grand quand il arrive dans la région après 333. Les Sidoniens s'emparent eux-mêmes de leur roi pro-perse pour le forcer à se soumettre. Tyr est la seule à embrasser la voie de la résistance, et doit subir un siège lourd ; Alexandre fait ériger une chaussée reliant la côte à l'île, et réussit à prendre la ville[54],[52].

Durant les guerres opposant les Diadoques, les troupes phéniciennes sont mobilisées, notamment en raison de leur puissance navale. Au début du IIIe siècle, la Phénicie est coupée en deux entre le royaume séleucide au nord (qui domine Arwad), et le royaume lagide au sud (qui domine Byblos, Beyrouth, Sidon et Tyr). Elles connaissent de grands bouleversements politiques, puisque les monarques de chacune d'entre elles sont progressivement évincés pour être remplacés par des institutions civiques similaires à celles des cités grecques. À la fin du IIe siècle, les cités phéniciennes sont finalement toutes placées sous la coupe des rois séleucides[55]. Bien que les souverains hellénistiques ne fondent sans doute jamais une colonie grecque en Phénicie (à la différence des régions voisines), les cités phéniciennes connaissent une hellénisation marquée, surtout chez les élites urbaines, et sont sans doute considérées comme faisant partie du monde grec : l'usage de l'alphabet grec se répand, la religion reprend des aspects grecs, de même que l'art ; les cités phéniciennes sont les foyers de plusieurs philosophes ou poètes de langue grecque (Zénon de Sidon, Diodore de Tyr) ; des citoyens des cités phéniciennes participent aux concours sportifs aux côtés des cités du monde grec tandis que les cités phéniciennes organisent leurs propres concours dans la plus pure tradition grecque (dédiés à l'Apollon delphique à Sidon). Il y a donc une acculturation évidente, sans doute entamée avant la période hellénistique en raison de l'ancienneté des échanges entre monde grec et phénicien. Mais les éléments culturels phéniciens restent vivaces, en particulier dans le monde rural bien moins hellénisé que les villes (par exemple le site d'Oum el-Amed)[56].

Au IIe siècle, les guerres civiles qui affectent le royaume séleucide fournissent aux cités phéniciennes l'opportunité de gagner en autonomie. C'est dans ce contexte qu'émerge le royaume des Ituréens, dans la Bekaa autour de la ville de Baalbek, qui parvient à placer Byblos sous sa coupe, avant d'être annexé par les rois Hasmonéens de Judée. Les Romains passent alors maîtres du Proche-Orient, et en 64 les cités de Phénicie sont intégrées dans la province de Syrie. L'emploi de l'alphabet phénicien est alors très limité, et il disparaît au début de notre ère, sans doute en même temps que la langue phénicienne, définitivement supplantée par le grec et l'araméen. Des noms phéniciens sont encore attestés dans des inscriptions grecques des Ier et IIe siècles ap. J.-C., dernières traces de l'usage de la langue phénicienne au Levant[57].

Marchands, navigateurs et artisans[modifier | modifier le code]

Durant l'Antiquité, les Phéniciens ont acquis auprès de leurs voisins une solide réputation de marchands, de navigateurs et d'artisans. Les deux premiers aspects ressortent en particulier dans les récits des auteurs grecs et bibliques. Le troisième dans la diffusion et l'influence de l'art phénicien. Comme toujours, ces activités étaient déjà très développés chez les « Cananéens » de l'âge du bronze. Leur nouvel essor à l'époque phénicienne a sans doute à voir avec l'impact des empires (Assyrie, Babylone, Égypte, Perse) sur les cités phéniciennes : le fructueux commerce phénicien tire en partie profit de la demande des centres des empires, les navigateurs sont mobilisés pour des expéditions militaires ou commerciales initiées par les grands rois, tandis que les artisans phéniciens exportent leurs productions vers les grandes cités des empires quand ils n'y travaillent pas directement.

De grands navigateurs[modifier | modifier le code]

Restes de l'épave d'un des deux bateaux phéniciens retrouvées dans la baie de Mazarrón, VIIe siècle av. J.-C.

Après un premier développement durant l'âge du bronze récent, la navigation à longue distance connaît un essor impressionnant durant la première moitié du Ier millénaire, qui aboutit à la mise en réseau progressive des différentes régions bordières de la Méditerranée, espace qui est caractérisé à partir de la période classique par sa « connectivité » (la possibilité de mettre en contact les différentes régions bordières), si on suit les thèses de P. Horden et N. Purcell[58]. Les marins phéniciens sont parmi les acteurs majeurs de l'unification progressive de cet espace, qui aboutit sous l'empire romain. La documentation sur la navigation phénicienne est cependant peu abondante et difficile d'accès, et c'est avant tout par les témoignages élogieux de leurs contemporains qu'on leur connaît cette qualité[59]. Les représentations de navires phéniciens restent rares, et les fouilles d'épaves sous-marines sont peu nombreuses et peu indicatives sur l'aspect des navires. Il est du reste assez difficile d'identifier l'origine de l'équipage du bateau. Mais l'analyse de la navigation phénicienne peut se servir des informations sur les autres navigateurs contemporains, en premier lieu Grecs, qui avaient un niveau technique et des pratiques similaires.

Navire de commerce phénicien, sur un bas-relief du IIe siècle av. J.-C.retrouvé à Sidon. Musée National de Beyrouth.

D'après les représentations et ce que semblent indiquer les fouilles d'épaves, les navires commerciaux de la période phénicienne avaient une coque de forme pansue (les Grecs les qualifiaient de gauloi, « ronds »). Ils avaient un mât unique portant une voile rectangulaire ou carrée. Le gouvernail consistait en une grande rame à pâles asymétriques disposée à l'arrière du navire, sur son côté gauche. L'équipage montant ce type de bateau devait consister en une vingtaine d'hommes au maximum[60]. La taille des navires de transport devait varier en fonction des besoins en cargaison et en distance à parcourir ; les bateaux connus par des épaves de l'âge du fer avaient une longueur généralement comprise entre 8 et 15 mètres, mais les plus gros ont peut-être dépassé la vingtaine de mètres. Les bateaux retrouvés dans la baie de Mazarrón (VIIe siècle) et à Rochelongue (VIIe siècle) mesuraient ainsi 8 mètres de long et transportaient autour de 2 tonnes de métal, tandis que les deux qui ont coulé au large d'Ascalon (VIIIe siècle) mesuraient environ 14 mètres de long pour une cargaison d'environ 11 tonnes de vin (ce qui correspond aux données de l'épave grecque de Kyrénia du IVe siècle)[61].

La navigation consistait surtout en du cabotage (en suivant les côtes sur de courtes distances), mais sur certains trajets la navigation en haute mer devait être privilégiée, en fonction des vents et des courants. Les voyages à longue distance devait concerner des navires de fort tonnage transportant des cargaisons diversifiées ; le cabotage sur de courtes distances entre ports voisins sur de petits navires devait être très important, les cargaisons pouvant ainsi transiter sur de longues distances en étant transbordées à plusieurs reprises le commerce étant alors surtout redistributif[62]. Différents ports émaillaient donc les routes pratiquées, et servaient de point de relais, de contact et de redistribution des produits entre les différentes régions de la Méditerranée. Les emplacements des comptoirs et colonies phéniciennes étaient donc choisis en priorité en fonction des qualités maritimes des sites, et aussi de la facilité à les défendre. Les grandes cités comme Tyr et Sidon disposaient de deux ports avec de grands bassins. Les installations portuaires de Tyr ont été étudiées par des équipes d'archéologues, qui y ont distingué plusieurs éléments qui se retrouvent sur d'autres ports phéniciens : des petits mouillages naturels, peu profonds, réservés aux bateaux de gabarit limité ; des récifs situés en mer (jusqu'à 2 km du rivage) servant de point d'ancrage pour les bateaux plus grands là où il n'y avait pas de port de taille suffisante ; des ports artificiels, comprenant des jetées s'étendant sur plus d'une centaine de mètres sur les ports les plus longs (340 m pour celle de Tyr construite à l'époque hellénistique) et donc border des eaux suffisamment profondes pour que des grands navires puissent s'y amarrer ; des rampes de mise en eau tirant parti de la présence de places rocheuses pentues, servant sans doute plutôt pour la construction navale ou pour mettre hors d'eau des bateaux qu'il fallait réparer[63].

Routes commerciales des Phéniciens.

Deux grandes routes ont pu être suivies par les navires phéniciens traversant la Méditerranée d'est en ouest : une suivant les côtes du sud par cabotage, et, sans doute plus couramment, une autre remontant depuis la Phénicie vers Chypre puis les côtes de l'Asie Mineure, avant de rejoindre depuis Rhodes la mer Ionienne pour passer entre Malte et la Sicile et accéder au Bassin occidental. Ce trajet est encore plus aisé au retour en raison de la présence de courants favorables en saison estivale. Pour aller plus loin vers l'ouest, le navire devait rejoindre les côtes de Sardaigne puis les Baléares avant de rejoindre l'Andalousie puis le détroit de Gibraltar[64].

Les exploits de certaines marins phéniciens ont eu un grand retentissement dans l'Antiquité, mais il est difficile de dire quel crédit accorder à certains de ces grands trajets.

Navire de guerre phénicien sur un fragment de bas-relief de Ninive (Assyrie), VIIe siècle av. J.-C., British Museum.

Hérodote rapporte ainsi la circumnavigation autour de l'Afrique accomplie par des marins Phéniciens à la demande du pharaon Néchao II, qui dura trois ans car les marins s'arrêtaient à chaque basse saison, notamment pour faire des cultures servant à leur approvisionnement. Le même auteur relate le périple du Carthaginois Hannon qui aurait été mandaté par sa cité pour aller explorer de nouvelles routes commerciales le long de la côte de l'Afrique occidentale, en y fondant des colonies, et pourrait être allé jusqu'au Sénégal voire au Cameroun.Des monnaies carthaginoises ont été découvertes aux Açores, où des gens de cette cité ont donc pu se rendre. Un autre de ses concitoyens, Himilcon, aurait quant à lui voyagé jusqu'en Bretagne et aux îles Cassitérides (dans les îles britanniques)[65].

Les Phéniciens ont également mis à profit leurs talents de marins pour les affaires militaires. Les rois assyriens, perses et grecs les ont mobilisé pour renforcer leurs flottes de guerre. Les galères de combat phéniciennes apparaissent dans les représentations assyriennes de la fin du VIIIe siècle et du début du VIIe siècle, qui montrent également des bateaux ronds de commerce reconvertis en bateaux militaires. Les galères sont ensuite très présentes dans les monnaies des cités phéniciennes à partir du Ve siècle. Ces bateaux sont propulsés par des rameurs disposés au pont inférieur, mais aussi par des voiles ; les mâts étaient généralement rangés pendant les combats pour faciliter les manœuvres de proximité, plus faciles si on se limitait à la propulsion par les rameurs. La proue de ces navires se terminait par un éperon en bronze, qui servait pour enfoncer les navires ennemis. À partir de l'époque perse si ce n'est avant, il s'agit de trirèmes, navires à trois rangées de rameurs, puis un peu plus tard de quadrirèmes ; les Carthaginois développent ensuite les quinquérèmes[66].

Des réseaux commerciaux très étendus[modifier | modifier le code]

Poids carré en plomb, marqué de symboles divins dont celui de Tanit, Arwad Ve ‑ IIe siècle av. J.-C., musée du Louvre.

Les Phéniciens furent très actifs dans les échanges internationaux, reprenant en cela les réseaux mis en place par leurs prédécesseurs du bronze récent et les étendant. Ils disposent d'une situation privilégiée, leur permettant de mettre en contact la Mésopotamie, la Syrie intérieure, l'Anatolie d'un côté, et de l'autre les pays situés au bord de la Méditerranée, en premier lieu l’Égypte. Le rôle majeur des marchands phéniciens (et puniques) à cette époque ressort en particulier des textes bibliques (surtout la prophétie d’Ézéchiel[67]) et chez les auteurs Grecs (Homère, Hérodote)[68]. Les fouilles archéologiques fournissent des informations complémentaires, mais les échanges de denrées périssables (vin, huile, tissus) sont seulement identifiables par leurs contenants (amphores, jarres, etc.), tandis que les métaux ont souvent été remployés[69]. Les fouilles d'épaves fournissent des informations précieuses sur les produits et les circuits[70]. L'absence de textes de la pratique provenant des activités des marchands empêche cependant de bien comprendre les modalités exactes de ces échanges.

Les aspects les mieux connus du commerce à longue distance des Phéniciens sont la nature et la provenance des produits échangés, les mieux documentés par les textes et l'archéologie :

  • Une place majeure est occupée par les métaux. Le cuivre assure la prospérité de Chypre depuis plusieurs millénaires, et se trouve dans deux autres régions majeures d'implantation des marchands phéniciens, la Sardaigne et le sud de la péninsule Ibérique, où sont également extraits de l'argent, du plomb et du fer. Il s'agit sans doute le moteur essentiel de l'expansion phénicienne en direction du Bassin occidental, tellement la demande pour ces métaux est forte au Moyen-Orient. Les métaux bruts circulent en général sous la forme de lingots, courants dans les épaves de cette période.
  • Les tissus, qui ont disparu des sites archéologiques, ont constitué une part importante des produits échangés : Ézéchiel mentionne le lin d’Égypte, des vêtements teints en bleu ou en pourpre, ces derniers étant une spécialité de l'artisanat textile phénicien.
  • Parmi les denrées alimentaires, le vin et l'huile semblent avoir occupé une place importante, car ils se conservaient mieux que les autres denrées et avaient une valeur plus importante justifiant leur transport sur de longues distances. De nombreuses amphores ont été retrouvées sur les sites archéologiques, y compris dans les épaves (notamment celles d'Ascalon).
  • D'autres produits de valeur, transformés ou bruts, circulaient également, et les textes bibliques (Ézéchiel et le passage du Premier livre des Rois sur Hiram et Salomon) en indiquent plusieurs : ivoire, bois d'ébène, parfums, résines aromatiques (encens, myrrhe), épices (cumin, poivre, safran, etc.), et également du bétail (chevaux). Les vases en matières vitreuses occupent aussi une place importante dans les échanges internationaux.
Bateaux phéniciens transportant des cèdres du Liban pour le roi assyrien, bas-relief de Khorsabad, fin du VIIIe siècle av. J.-C., musée du Louvre.
  • Le bois occupe une place à part, étant la principale matière première provenant des montagnes de leur région que les cités phéniciennes pouvaient exporter ; le cèdre du Liban est de loin le plus prisé en raison de sa solidité mais aussi de son odeur, et les rois égyptiens et assyriens s'en procurent à de nombreuses reprises par la force ou du commerce.
  • Les marchands phéniciens pratiquaient enfin le commerce des esclaves, notamment via le circuit transsaharien qui apparaît alors[71].

Les produits échangés sur de longue distance étaient donc en général des produits d'une valeur élevée justifiant un transport coûteux. Le développement du commerce maritime présente d'indéniables avantages par rapport au commerce terrestre, le transport de cargaisons lourdes étant moins complexe et coûteux sur mer que sur terre. Mais les témoignages de l'époque indiquent que les réseaux des échanges phéniciens ne s'étendaient pas seulement le long des rivages méditerranéens mais aussi vers l'intérieur du Moyen-Orient, et avaient donc un volet terrestre important. Encore à la période hellénistique, leurs réseaux des marchands phéniciens sont très importants, et connaissent un nouvel essor avec la constitution d'espaces économiques à l'intérieur des royaumes grecs ; les marchands phéniciens se font ainsi plus présents dans le monde égéen, tandis que les monnaies d'Arwad se retrouvent sur un espace allant de la péninsule Ibérique à l'ouest jusqu'à la Bactriane à l'est[72].

L'organisation du commerce phénicien reste mal connue, en l'absence de témoignages provenant du milieu des marchands. Il est probable que les marchands recouraient des prêts à la grosse aventure et des associations commerciales (ḥbr) et comme le faisaient leurs prédécesseurs d'Ugarit au bronze récent et comme il s'en retrouve dans le monde grec antique. Leurs réseaux s'appuyaient sur des sortes de succursales implantées dans les comptoirs, où la présence de quartiers marchands semble attestée[73]. Les installations commerciales phéniciennes en pays étranger s'appuient également sur les sanctuaires qui servent de point d'ancrage aux expatriés ; les associations cultuelles (marzeah) jouent ainsi un rôle important dans la cohésion du groupe des marchands phéniciens expatriés, comme cela se voit dans plusieurs cités grecques à l'époque hellénistique[74]. L'évolution majeure qui semble se produire dans les cités phéniciennes est la perte d'influence progressive du pouvoir royal dans les échanges commerciaux, les marchands gagnant une autonomie importante alors qu'auparavant ils jouaient souvent un rôle de serviteur du roi, qui organisait des expéditions commerciales majeures, comme dans le cas d'Hiram à Tyr[75]. Mais ils n'ont sans doute pas perdu totalement cette fonction, et sont également amenés à servir d'informateurs pour leur roi, leur métier reposant sur la collecte d'informations mobilisables par le pouvoir. Les auteurs grecs Homère et Hérodote donnent une image peu flatteuse de ces marchands sans attaches et ont peu de vertus, souvent présentés comme roublards, trompeurs, voire à la limite de la briganderie et de la piraterie, les sources antiques étant de toute manière rarement bien disposées envers les marchands. Hérodote rapporte aussi une forme d'échange originale pratiquée par les marchands carthaginois sur les rives atlantique de l'Afrique, un troc sans paroles : chacune des deux parties pose ce qu'il souhaite échanger sur une plage alors que l'autre est éloignée, et ne prend la contrepartie que si elle la juge équivalente à son propre apport[76].

Les moyens de paiement évoluent durant la Ier millénaire. Durant les premiers siècles, il s'agit surtout d'argent pesé, circulant sous diverses formes, comme des lingots ou des anneaux de poids standardisé. À partir du Ve siècle, les cités phéniciennes commencent à frapper des pièces de monnaie, à l'imitation des cités d'Asie mineure et de Grèce[77].

Un artisanat de qualité diversifié[modifier | modifier le code]

Amphores retrouvées dans l'épave phénicienne de la baie de Mazarrón, VIIe siècle av. J.-C.

Aux côtés de ceux des navigateurs et des marchands, les accomplissements des artisans (désignés par le terme générique ḥrš) phéniciens ont eu une grande reconnaissance dans le monde antique. De nombreux auteurs grecs vantent la grande compétence et l'ingéniosité des artisans phéniciens et puniques, plusieurs passages bibliques également, tandis que les souverains assyriens demandent comme tribut diverses productions artisanales spécifiques de l'artisanat phénicien, comme les tissus teints en pourpre et les objets en ivoire[78].

Ce milieu est cependant moins bien connu que les deux autres, en raison de leur présence élusive dans la documentation : les réalisations les plus prestigieuses des artisans sont biens connues, mais les sources sur le processus économique ayant conduit à leur réalisation est quasiment inconnu, et ne peut être reconstitué convenablement que par la comparaison avec la situation de l'artisanat dans les civilisations voisines. Il est en tout cas manifeste que l'artisanat constituait une activité majeure dans les cités phéniciennes, qui étaient d'importants centres de transformation des matières premières qu'elles importaient des régions voisines. Les artisans étaient probablement regroupés dans des quartiers spécifiques suivant leurs spécialités, notamment parce qu'il fallait concentrer les nuisances liées à leur activité (odeur du murex, feux des céramistes et forgerons). Les activités artisanales faisaient l'objet d'une forte demande de la part des élites, le palais et le temple, mais aussi des marchands qui les exportaient, et également des puissances extérieures (notamment l'Assyrie et la Perse) qui prisaient les objets de luxe phéniciens. Pour autant, il ne faut pas forcément imaginer que les artisans phéniciens aient tous été des esclaves ou du moins des dépendants économiques du milieu des élites ; au contraire, il est souvent avancé qu'ils aient connu une émancipation depuis la fin de l'âge du bronze, à laquelle aurait succédé une période de croissance du secteur « privé » de l'économie. Du reste, l'artisanat itinérant est une composante essentielle de ce secteur durant l'Antiquité, facilitant l'autonomie des artisans. Certains artisans phéniciens étaient employés à l'extérieur, comme ceux que Hiram de Tyr mandate à Jérusalem pour aider à la construction du Temple de Salomon, et il y en a également eu dans les capitales mésopotamiennes ou dans le monde égéen. Ils ont également joué un rôle important dans les colonies d'Occident et y ont exporté les savoirs et techniques phéniciens. Ce milieu artisanal spécialisé nécessitait un apprentissage long, sans doute généralement transmis de père en fils, ainsi qu'une bonne connaissance du milieu culturel de l'époque et un certain cosmopolitisme, les produits de luxe phéniciens témoignant d'un mélange d'influences de divers horizons. Une majeure partie des artisans devait cependant se consacrer à la réalisation de produits de la vie courante destinés à toutes les couches sociales de la population, mais ils nous échappent en grande partie[79].

Coquilles de Bolinus brandaris, l'un des deux murex utilisés dans l'Antiquité pour obtenir de la teinture pourpre.

Les activités pratiquées par les artisans phéniciens étaient très variées[80]. Les céramiques étaient les objets les plus courants, et sans doute la principale activité de transformation non alimentaire ; on connaît en particulier les amphores servant au transport de l'huile et du vin. Le travail de la pierre et du bois étaient également essentiels pour les réalisations courantes. Les métallurgies du cuivre, du bronze et du fer occupaient une place importante, notamment pour la réalisations d'objets de la vie courante. Un quartier de métallurgistes travaillant le fer et le cuivre des VIe ‑ IIIe siècle a été mis au jour à Byrsa (Carthage), disposant notamment de fours équipés de tuyères reliant leur foyer à des soufflets de façon à obtenir une température avoisinant les 1000°C[81]. Les orfèvres réalisaient divers types de bijoux, d'ornements et de vaisselle en or ou en bronze et autres alliages, parfois en y mêlant des pierres précieuses (cornaline, lapis-lazuli). L'industrie du verre était une caractéristique importante de l'artisanat phénicien, le travail des matières vitreuses s'étant développé depuis l'âge du bronze en Syrie et au Levant, d'autant plus que le silicate de calcium servant à la réalisation de la pâte de verre est abondant dans les sables des plages du Liban. La dernière activité artisanale caractéristique de l'artisanat phénicien est celle de la pourpre, teinture obtenue à partir du murex, mollusque abondant dans le Bassin méditerranéen ; de nombreuses nuances pouvaient être obtenues pour teindre des tissus de qualité, en lin ou en laine[82]. Enfin, il faut également prendre en compte les activités de transformation des produits agricoles, en premier lieu le pressage des olives pour obtenir de l'huile et la vinification des grappes de raisin, activités majeures de la Méditerranée antique mais mal documentées en Phénicie (une huilerie d'époque hellénistique a été fouillée à Oum el-Amed)[83]. Les produits de la pêche à destination alimentaire étaient également transformés artisanalement : salaisons, production de garum (très courante en Occident)[84].

L'expansion phénicienne en Méditerranée[modifier | modifier le code]

Origines et traits généraux[modifier | modifier le code]

L'expansion phénicienne en Méditerranée qui aboutit au processus de colonisation est indissociable de leurs entreprises commerciales, qui en sont manifestement à l'origine[85]. Il est moins évident que le manque de terres et une croissance démographique en Phénicie aient également incité à l'émigration (comme cela est souvent avancé dans le cas de la colonisation grecque). Cette expansion repose sur les réseaux commerciaux existant à l'âge du bronze récent et couvrant au moins une large partie du Bassin oriental. Avec l'effondrement dans le courant du XIIe siècle de la plupart des acteurs importants de ces échanges (Égyptiens, Mycéniens, Ugarit), les cités de Phénicie disposent du champ libre pour leurs propres entreprises commerciales à longue distance. En fait, en raison du retrait relatif de Byblos et de Sidon dans les dernières décennies du IIe millénaire, c'est Tyr qui constitue l'acteur majeur de cette expansion. En l'absence de concurrence, elle reprend peu à peu à son compte les réseaux existants et les repousse de plus en plus loin : son influence se repère surtout à Chypre, mais il semble bien que ses circuits commerciaux soient actif en direction du monde égéen (Crète et Eubée) et également du Bassin occidental (Sardaigne et même péninsule Ibérique) dès le Xe siècle[86]. Dans un second temps, Tyr se forge un véritable empire maritime visant à contrôler les circuits commerciaux méditerranéens, avec la fondation de ses premières colonies : Kition à Chypre vers 850, Myriandros en Cilicie, puis dans le Bassin occidental les sites majeurs de Carthage, Utique et Gadir (Cadix) dans les dernières années du IXe siècle, et non pas autour de 1100 comme le prétendent certaines traditions antiques sur les deux derniers[87].

Après les premiers succès de cette expérience, de nouvelles colonies sont fondées au siècle suivant : Motyé, Solonte et Palerme en Sicile, à Malte, Sulcis, Tharros et Nora en Sardaigne, peut-être Ibiza sur les îles Baléares, Almuñecar, Toscanos, Cerro del Vilar, etc. en Andalousie, puis au-delà du détroit de Gibraltar à Lixus au Maroc ou Alcacer do Sal au Portugal[88]. La géographie de ces implantations reflète clairement la volonté commerciale qui est à l'origine de leur fondation, puisqu'elles se situent à proximité de gisements métallurgiques importants ou sur les routes commerciales qui y conduisent. Sans doute conçues comme des répliques des cités de Phénicie, elles sont situées sur des sites côtiers disposant d'un port bien abrité, sur des petites îles ou des promontoires rocheux. Le fait que le grand mouvement d'expansion commerciale et coloniale coïncide avec les campagnes assyriennes contre les cités de Phénicie incite à chercher des liens entre ces deux phénomènes : certains migrants pourraient être partis dans des colonies pour échapper à la tutelle assyrienne et au tribut qu'elle imposait, mais la création de cet empire a également pu créer une demande nouvelle pour les produits importés (pour le tribut ou le commerce courant) et stimulé le commerce méditerranéen[89].

Au VIIe siècle, les colonies d'Occident connaissent une croissance importante et acquièrent une grande influence régionale, et entreprennent à leur tour de fonder des colonies ; cet essor profite en premier lieu à Carthage, qui cherche à contrôler les établissements phéniciens du bassin occidental, ce qui marque le début de son entreprise impériale[90] l'entraînant vers une confrontation avec les Grecs puis les Romains (là où l'approche traditionnelle des Phéniciens était plus coopérative), alors que ses navigateurs poussent leurs entreprises plus loin vers l'est sur les côtes atlantiques d'Afrique et d'Europe[65]. Elle ne relâche cependant pas ses liens avec ses racines phéniciennes, les contacts avec les cités de Phénicie (avant tout Tyr) étant permanents pour le reste de son histoire[91].

Les liens entre l'expansion phénicienne et la colonisation grecque vers l'ouest qui lui emboîte rapidement le pas posent plusieurs questions. Leur coïncidence incite à envisager l'histoire de la Méditerranée de cette période dans une approche plus globalisante de cet espace comme le font les spécialistes des périodes grecques archaïque et classique[92],[58], voyant la mise en relation des Bassins orientaux et occidentaux, participant notamment au développement de différentes cultures autochtones de l'Occident qui ont largement profité de leur ouverture à l'Orient (Étrurie, Tartessos) aux côtés d'implantations coloniales qui sont des sortes d'excroissances du monde oriental, développant progressivement des traits originaux. Les rapports entre Phéniciens puis Puniques et les Grecs ont fait l'objet de discussions, et a souvent été vue comme une sorte de compétition entre les deux[85]. L'expansion de Carthage en Méditerranée occidentale comprend manifestement une stratégie visant à bloquer l'influence des Grecs (Phocéens, puis Syracuse) en direction de la Sardaigne et de la péninsule Ibérique, entraînant de nombreux conflits[93]. Mais d'un autre côté les échanges entre les deux ensembles sont permanents sur toute la période ; les relations ont probablement été pacifiques dès les débuts des deux mouvements coloniaux comme l'attestent les implantations eubéennes d'Italie (Pythécusses, Cumes) où les Phéniciens sont présents, tandis que par la suite l'apparition de la rivalité entre Carthage et Syracuse en Sicile n'y a jamais arrêté les échanges pacifiques.

Géographie des implantations phéniciennes[modifier | modifier le code]

Chypre[modifier | modifier le code]

Chapiteau sculpté provenant de Larnaca (Kition) portant une représentation de la déesse Hathor, VIe siècle av. J.-C., musée du Louvre.

Durant le bronze récent, Chypre (Alashiya) entretient des relations poussées avec le Levant, servant notamment de relais avec le monde égéen. Son importance vient de ses mines de cuivre, métal qu'elle exporte massivement vers l’Égypte et le Proche-Orient. À partir du IXe siècle, elle fait l'objet d'installations phéniciennes, tout en connaissant aussi une émigration grecque. C'est sans doute vers cette période qu'est fondée Kition, colonie d'origine tyrienne, appelée à être la capitale du plus important royaume de l'île durant les siècles suivants. Deux autre sites importants présentant les traits d'une fondation phénicienne sont Amathonte et Idalion, mais de nombreux sites ont livré des objets d'origine ou d'inspiration phénicienne, y compris les cités grecques de l'île, dont la plus importante est Salamine. Politiquement, l'île est caractérisée par son éclatement entre plusieurs royaumes. Une culture mixte est née de la rencontre entre les traditions chypriotes et celles de Phénicie : elle est caractérisée comme « chypro-phénicienne », qui est surtout connue par des objets d'art présentant une forte influence phénicienne, auxquelles se joignent au fil du temps des inspirations assyriennes, égyptiennes puis grecques, que les artisans adaptent aux habitudes locales. Les divinités phéniciennes sont adorées sur plusieurs sites, et les inscriptions en alphabet phénicien constituent le corpus régional le plus important connu de cette écriture. Cette culture s'épanouit jusqu'au IIIe siècle, et laissant définitivement la place à l'hellénisation après la destruction de Kition par Ptolémée Ier en 312[94].

Monde égéen[modifier | modifier le code]

Fragment de stèle funéraire de type attique avec une inscription en phénicien, attestant de l'acculturation des Phéniciens implantés en Grèce, début du IVe siècle av. J.-C., Musée archéologique du Pirée.

Le Proche-Orient est en contact réguliers avec le monde égéen depuis l'âge du bronze récent au moins, durant la période de la civilisation mycénienne. Ces contacts se renforcent durant l'âge du fer, et les Phéniciens y jouent un rôle important même si les grecs de Chypre et d'Eubée semblent avoir également participé à ce phénomène durant les premiers siècle du Ier millénaire, les « Âges obscurs » de l'historiographie de la Grèce antique. Ces contacts progressent à la période suivante, l'époque archaïque qui commence au début du VIIIe siècle, et se voient notamment dans l'apparition de l'alphabet grec inspiré de celui des Phéniciens, et un art orientalisant fortement inspiré des traditions proche-orientales. Les principaux témoignages de cela sont les nombreux objets en provenance de l'Orient retrouvés sur les sites grecs de ces périodes (vaisselle en métal, sceaux, bijoux avant tout, aussi des céramiques). Homère puis Hérodote évoquent la présence de marchands phéniciens dans le monde égéen archaïque, venus vendre des produits, surtout des tissus, et acheter des métaux extraits à Thasos et au mont Pangée. Des colonies phéniciennes ont peut-être existé dans cette région, mais aucune n'a été mise au jour par l'archéologie. Quelques rares inscriptions attestent également de la présence de Phéniciens. La présence phénicienne en mer Égée semble surtout se développer à la fin de l'époque classique et à l'époque hellénistique, à partir du IVe siècle : les témoignages épigraphiques et littéraires sur la présence de communautés phéniciennes en Grèce sont alors plus abondants. Il s'agit là encore de marchands avant tout, mais des artisans phéniciens sont attestés. Bien que connaissant un processus d'acculturation (leurs inscriptions emploient de plus en plus l'alphabet grec, les mariages mixtes sont courants), ils préservent leur identité phénicienne en constituant des associations cultuelles pratiquant des banquets (les marzeah) et gardent toujours un lien avec la cité de leurs ancêtres[95],[96],[97].

Carthage et l'Afrique du Nord[modifier | modifier le code]

C'est sans doute vers la fin du IXe siècle ou le début du VIIIe siècle qu'il faut situer la fondation des colonies phéniciennes d'Afrique du Nord, même si certaines traditions font remonter leur origine jusqu'aux alentours de 1100. C'est au nord de l'actuelle Tunisie, sur le golfe de Tunis, que sont fondées vers cette époque deux cités phéniciennes majeures : Utique et Carthage (Qart Hadašt, la « Ville Neuve »). Au Maroc, la fondation la plus ancienne semble être Lixus, sur la côte atlantique. Par la suite, d'autres sites sont créés au voisinage des plus anciennes colonies : la tradition littéraire rapporte que des sites comme Hippone (Algérie), Accola et Hadrumète (Tunisie) et Leptis (Libye) auraient été fondés après Carthage, mais cela n'a pu être prouvé par l'archéologie ; au Maroc, les Phéniciens s'installent sur plusieurs sites de la côte atlantique, notamment à Chellah et sur l'archipel de Mogador (Essaouira) qui est le site phénicien le plus méridional qui soit connu, localisé à proximité de mines de fer ; sur la côte méditerranéenne, les Phéniciens sont sans doute installés à l'actuelle Melilla, Ceuta, l'oued Laoud, etc.[98]

Carthage et les territoires sous son influence politique et commerciale vers 265 av. J.-C., avant le début des guerres puniques.

Carthage connaît le destin le plus remarquable parmi tous les rejetons occidentaux de la civilisation phénicienne. Dès le VIIe siècle, elle commence une expansion qui l'amène à établir son hégémonie sur les autres cités phéniciennes de la Méditerranée occidentale, au moment même où la tutelle des cités de Phénicie ne peut plus s'exercer en raison de leur éloignement et de leurs défaites face aux empire orientaux, tandis que les relations avec les nouvelles colonies grecques de la région (Massalia, Alalia, Syracuse), qui étaient avant leurs comptoirs, deviennent parfois conflictuelles. Des nouvelles cités apparaissent en Tunisie et sur le littoral de l'Afrique du Nord, fondées par les Carthaginois, et apparaît alors la culture « punique » mêlant éléments phéniciens au fonds culturel autochtone. Les cités phéniciennes de Sicile, de Sardaigne puis de l'est de la péninsule Ibérique passent sous la tutelle de Carthage dans le courant du VIe siècle et rentrent alors sous l'influence culturelle punique. Des conflits contre les cités grecques, en particulier Syracuse, se produisent à plusieurs reprises dans le courant des Ve et IVe siècles. Alors que le dernier affrontement avait vu Carthage prendre l'avantage et établir son hégémonie sur la Méditerranée occidentale (mais jamais un véritable « empire » avec une domination politique directe), elle entre en rivalité à partir de 265 avec la cité de Rome, qui était auparavant son alliée contre les Grecs. Les trois conflits qui opposent les deux cités, les « guerres puniques » des historiens romains, se soldent par la défaite et la destruction de Carthage[99]. Mais celle-ci est reconstruite par la suite, et l'empreinte de l'héritage phénicien et punique reste forte dans l'Afrique romaine, où des traces de la langue punique, héritières du phénicien, sont encore attestées aux IIIe et IVe siècles ap. J.-C.[100]

Sicile, Malte, Sardaigne et péninsule Italique[modifier | modifier le code]

Localisation des principales colonies phéniciennes en Méditerranée occidentale durant le deuxième quart du Ier millénaire av. J.‑C., et d'autres villes importantes de la période.
Reconstitution de l'île de Motyé telle qu'elle devait se présenter au Ve siècle av. J.-C.

La Sicile est située à la charnière entre la Méditerranée orientale et la Méditerranée occidentale, ce qui en fait un lieu d'implantation essentiel sur les routes maritimes empruntées par les navigateurs antiques. C'est vers la fin du VIIIe siècle que les Phéniciens semblent avoir fondé sur la côte occidentale de l'île trois colonies : Panormy, l'actuelle Palerme, Solonte et Motyé, une île de 45 hectares située face à Marsala. Les sites des deux premières étant encore habités de nos jours, seule la troisième a pu faire l'objet de fouilles importantes, qui ont révélé des quartiers commerciaux, artisanaux, résidentiels, des sanctuaires et de nombreuses tombes. Jusqu'à présent, il n'y a pas de traces de fondations phéniciennes sur la côte orientale de la Sicile, alors que Thucydide rapporte qu'il y étaient implantés avant de laisser la place aux colonies grecques (Syracuse, Messine, etc.). Les cités phéniciennes de l'île passent sous le contrôle de Carthage au VIe siècle qui rentre ensuite dans une longue rivalité face à Syracuse et ses alliés. Mais les relations entre Phéniciens/Puniques et Grecs en Sicile semblent avoir été essentiellement de nature pacifique, et des échanges commerciaux et culturels ont eu lieu, comme l'attestent les traits grecs de certaines constructions et œuvres d'art exhumées sur des sites phéniciens (la statue de l'« éphèbe de Motyé »)[101].

Tout comme la Sicile, l'île de Malte a une position sur les routes maritimes qui a incité les Phéniciens à s'y installer vers la fin du VIIIe siècle, sans doute au centre de l'île autour des ville de Mdina et Rabat, qui n'ont pu être fouillées, mais dont les environs ont livré plusieurs nécropoles phéniciennes. La baie de Marsaxlokk a également connu une occupation phénicienne, et devait constituer le port principal de Malte à cette période ; le vieux temple mégalithique de Tas Silg qui la surplombe y est réaménagé pour en faire un temple à la déesse Astarté. Des sites d'époque phénicienne ont été mis au jour sur l'île de Gozo, notamment à Ras il-Wardija[102].

Ruines du site de Tharros.

La Sardaigne fait l'objet d'implantations phéniciennes dès le IXe siècle, notamment dans le village mis au jour à Sant'Imbenia. Il s'agit alors d'une installation limitée dans un site peuplé surtout d'autochtones, destinée à obtenir les minerais extraits sur l'île (cuivre, argent, étain). Au VIIIe siècle, les premières colonies phéniciennes de sont fondées : Sulcis sur l'île de Sant'Antioco, Monte Sirai, Othoca puis Tharros et Nora. La colonisation se poursuit au siècle suivant avec de nouvelles installation, apparemment sans créer de heurts avec la population indigène : les nouveaux sites sont situés sur la côte en des endroits permettant d'édifier des ports faciles d'accès et donc à l'écart des sites autochtones, et les Phéniciens ne cherchent pas à prendre le contrôle des mines, se contentant de leur commercialisation. À partir du VIe siècle, la situation change avec la conquête militaire de l'île par Carthage puis une nouvelle vague d'immigration, depuis l'Afrique du Nord. Cela se traduit par une évolution culturelle de l'île, qui devient « sardo-punique », ce qui se voit notamment dans le culte religieux et les pratiques funéraires[103].

La péninsule Italique n'a pas connu de fondation de colonies phéniciennes, alors que les Grecs, en premier lieu les Eubéens, s'y implantent au VIIIe siècle (Pithécusses, Cumes). Il est d'ailleurs probable que de nombreux objets de type phénicien retrouvés sur les sites de la péninsule aient été importés par des marchands grecs. Ils sont attestés en particulier en Italie centrale, où s’épanouissent alors les cités étrusques dont les élites recherchent pour des besoin de prestige des objets de type oriental, avec lesquels elles se font enterrer. Des artisans phéniciens sont sans doute installés dans certaines de cités au VIIe siècle, car on y trouve des activités de travail de l'ivoire ou d'orfèvrerie similaires à celle du Levant. D'autres objets phéniciens moins luxueux se retrouvent également sur des sites étrusques, comme des céramiques et des amulettes, témoignant de flux d'échanges constants et importants. Par exemple, le port de Pyrgi, dans le royaume de Caere, comprenait un sanctuaire dédié à la déesse phénicienne Astarté, assimilée à la déesse locale Uni, comme l'indique une inscription en étrusque et phénicien. Tirant profit de ces relations, les Carthaginois et les Étrusques furent à plusieurs reprises alliés face aux cités grecques, à la bataille d'Alalia en 540 et durant les divers conflits entre Carthage et Syracuse[104].

Péninsule Ibérique[modifier | modifier le code]

Le site archéologique du Castillo de Doña Blanca, près de Cadix.
Félin ailé en bronze, à l'origine une partie d'un meuble, provenant d'un site indéterminé d'Andalousie et témoignant de l'influence orientale sur l'art de cette culture à l'époque des implantations phéniciennes. Vers 700-575 av. J.-C., J. Paul Getty Museum (Los Angeles).

Les fouilles archéologiques semblent indiquer que les Phéniciens s'installent sur des sites de la péninsule Ibérique vers la fin du IXe siècle ou le début du VIIIe siècle, et non pas autour de 1100 comme le prétendent des traditions postérieures rapportées par des auteurs grecs. Leur venue résulte de la présence dans cette région de riches mines de cuivre, d'argent et de plomb, situées en Andalousie La principale fondation phénicienne est là aussi d'origine tyrienne, sur des îles de la baie de Cadix (Gadir en phénicien). Le site le mieux connu de cet ensemble est le site du Castillo de Doña Blanca, situé sur le continent sur la rive nord de l'estuaire du Guadalete. Les sites de la baie de Cadix sont situés au contact de la culture qui se développe alors dans la vallée du Guadalquivir et autour de Huelva, que les auteurs antiques désignent sous le nom de Tartessos, où l'influence phénicienne est très forte (art « orientalisant »). La seconde vague de fondations phéniciennes sur la péninsule Ibérique concerne le littoral sud à l'est du détroit de Gibraltar : Toscanos, Almuñecar, Malaga, jusqu'à Guardamar del Segura près d'Almeria. La présence phénicienne est décelable jusqu'en Catalogne, et une colonie était également présente à Ibiza, qui se développa à l'époque punique (nécropole de Puig d'es-Molins, sanctuaires d'Isla Plana et de Cueva d'es-Cuyram). Les marchands de Cadix fondent eux-mêmes leurs propres colonies sur le littoral atlantique, notamment sur les côtes du Portugal (Alcacer do Sol) et du Maroc (Mogador). L'influence carthaginoise se développe progressivement sur la partie occidentale des implantations phéniciennes de la péninsule Ibérique, mais n'atteint l'aire d'influence de Cadix que tardivement, au moment des conquêtes des Barcides du IIIe siècle[105].

Des influences différenciées[modifier | modifier le code]

L'expansion phénicienne dans le Bassin méditerranéen eut un impact sur les sociétés avec lesquels les Phéniciens furent en contact, entraînant parfois de grands changements dans les sociétés concernées. Cela ressort avant tout dans les influences artistiques que l'on a qualifiées d'« art orientalisant »[106].

D'un niveau technique généralement plus avancé que les populations qu'ils rencontrent en Méditerranée occidentale, souvent mieux organisés, les Phéniciens ont une grande influence culturelle tandis qu'à l'inverse ils ont peu repris aux populations autochtones. Ils ont servi de lien entre le monde proche-oriental et ses traditions pluriséculaires et des sociétés qui souvent avaient des organisations politiques peu développées et ne connaissaient pas l'écriture ou la monnaie. Mais cet impact fut différent suivant les sociétés concernées et leur degré d'organisation avant l'arrivée des Phéniciens. Dans le sud de la péninsule Ibérique, il fut très important : l'orientalisation y fut forte, et la culture de Tartessos emprunta beaucoup aux techniques, à l'art et à l'architectures phéniciens durant les VIIe ‑ VIe siècles alors qu'elle était marquée par un processus de construction étatique et de hiérarchisation sociale pouvant s'inspirer des modèles organisationnels phéniciens. En Sardaigne, l'influence phénicienne semble surtout avoir concerné le milieu des élites, mais l'organisation sociale locale, moins complexe que celle du Sud ibérique, semble avoir été plus déstabilisée que stimulée par ces contacts. En Sicile intérieure, à l'écart des colonies phéniciennes occupant l'espace côtier, l'influence orientale fut négligeable. La situation en Afrique du Nord avant l'expansion carthaginoise du VIe siècle reste obscure[107]. Les conquêtes de Carthage changent progressivement le paysage culturel des régions dominées, qui sont intégrées directement dans la sphère culturelle punique.

Enfin, le cas de la Grèce présente d'autres spécificités : sortant des « Âges obscurs » autour de 800, développant à l'époque archaïque une société nouvelle avec des formes d'organisation politiques originale et connaissant ses propres expériences coloniales qui l'amène à rencontrer à les Phéniciens à l'extérieur, parfois jusqu'au Levant (à Al-Mina), elle emprunta aux Phéniciens divers aspects de leur culture qui pouvait alors lui servir, l'alphabet (avant le milieu du VIIIe siècle av. J.-C.) et des inspirations artistiques orientalisantes (surtout au VIIe siècle av. J.-C.)[95], donc des apports intellectuels et techniques qui n'ont pas influencé les dynamiques sociales de cette région. Du reste, les Phéniciens ne sont sans doute qu'un des vecteurs de cette influence, les Grecs étant depuis longtemps en contact avec le Proche-Orient et recevant des influences d'autres de ses peuples et régions à l'époque archaïque[108].

La religion phénicienne[modifier | modifier le code]

La documentation sur la religion phénicienne est diversifiée mais insuffisante pour donner un tableau d'ensemble des croyances et pratiques religieuses : peu de sanctuaires ont été mis au jour, et les inscriptions en phénicien donnent des informations limitées sur les croyances et rituels ; la documentation iconographique est plus conséquente. Il faut donc faire appel à des sources extérieures pour compléter nos connaissances : les textes bibliques fournissent quelques informations, dans divers passages évoquant de manière critique les cultes « cananéens », qui peuvent être rattachés à la Phénicie ; les auteurs Grecs et Romains rapportent des informations, notamment l'Histoire phénicienne de Philon de Byblos ou Sur la déesse syrienne de Lucien de Samosate. Les sources sur la religion d'Ugarit sont un apport essentiel, car elles fournissent un état de la religion des peuples côtiers du Levant antérieur à la période phénicienne, éclairant souvent les sources relatives à cette dernière[109]. La religion phénicienne s'ancre en effet dans le cadre des religions des peuples ouest-sémitiques du Proche-Orient (Israël antique, Araméens), qui partagent beaucoup de croyances et de pratiques.

Les divinités[modifier | modifier le code]

Statuette en bronze d'une déesse faisant un geste de bénédiction, VIIIe siècle av. J.-C., musée du Louvre.

Les Phéniciens adoraient une foule de divinités dont ils se disaient les serviteurs, et cherchaient leur bienveillance. L'univers divin phénicien est une nébuleuse dans laquelle les personnalités des divinités sont souvent assez floues, au point qu'il est courant qu'il soit difficile de distinguer deux figures divines aux traits similaires, d'autant plus que les textes montrent souvent des associations de divinités aux noms doubles (Tanit-Astarté, Eshmun-Melqart, etc.). De plus, une divinité peut avoir des personnalités multiples selon les lieux ; le cas le plus caractéristique étant les différentes divinités appelées Baal, nom signifiant « Seigneur », ainsi que leurs pendants féminins Baalat (« Dame »), connues sous une multitude de formes à tel point qu'il est difficile de le considérer comme une divinité unique mais qu'il faut plutôt y voir un ensemble de divinités autonomes[110]. Comme dans les panthéons antérieurs, les divinités étaient souvent liées à des éléments de la nature ou du cosmos : Baal est ainsi souvent vu comme un dieu de l'Orage, traditionnellement la divinité la plus importante des panthéons cananéens, il y a également un « Seigneur du Ciel » (Baal Shamem), tandis que la Lune (Yarih) et le Soleil (Shemesh) sont divinisés. Les dieux peuvent également être rattaché à des lieux ayant un caractère sacré, comme les cours d'eau et les montagnes, à l'exemple du « Seigneur (Baal) du mont Saphon » ou du « Seigneur (Baal) du mont Liban ». D'autres dieux sont liés à des activités et à la vie humaines : Reshef dieu de la guerre et de la peste, Kusor dieu des artisans, Horon dieu protecteur contre les morsures de serpent, ou le dieu-guérisseur Eshmun. Les divinités féminines ont des caractéristiques moins bien connues et sont souvent difficiles à distinguer les unes des autres, sans doute elles sont souvent liées à la fécondité ou l'amour : Astarté, Anat et Tanit sont les plus attestées dans les textes[111]. Les Phéniciens adoraient également des divinités venues d’Égypte, comme Hathor qui était assimilée à la Dame de Byblos[112].

Il n'y avait pas de panthéon phénicien unifié, mais un ensemble de panthéon locaux variant suivant les cités. Les dynasties régnantes ont des divinités tutélaires à qui elles attribuent l'origine de leur pouvoir, se voyant comme les dépositaires d'un mandat divin. Le panthéon de Byblos est ainsi dominé par la « Dame de Byblos » (Baalat Gebal), qui pourrait être une manifestation d'Astarté mais dont l'iconographie la rapproche de la déesse égytienne Hathor. Les divinités masculines de Byblos sont apparemment moins importantes : le « Seigneur du Ciel » (Baal Shamem), le « Seigneur puissant » (Baal Addir), Reshef et Adonis évoqué par Lucien de Samosate, qui est sans doute une manifestation de Baal. Le panthéon de Sidon est dominé par un couple divin constitué du « Seigneur de Sidon », apparemment ici une divinité de l'Orage, et d'Astarté. Eshmun est également très populaire dans ce royaume, où il dispose de son principal sanctuaire, au point que certains spécialistes voient plutôt en lui la divinité tutélaire sidonienne. Sarepta semble avoir pour divinité majeure Tanit-Astarté, figure associant ces deux déesses. La divinité tutélaire de Tyr est le « Dieu de la Ville », Melqart, figure qui n'apparaît pas dans la documentation antérieure. Sa parèdre est comme souvent une hypostase locale d'Astarté[113].

Les fondations phéniciennes ont à leur tour élaboré leur propre panthéon, constitué de divinités originaires de Phénicie, tout en reprenant souvent des éléments des fonds religieux indigènes et en connaissant quelques évolutions originales. Kition de Chypre est un lieu de culte majeur d'Astarté et de Reshef, mais on y retrouve aussi Melqart, Eshmun et d'autres divinités. En raison du contact avec les cités grecques de l'île, un syncrétisme se produit, identifiant notamment Astarté à Aphrodite et Reshef à Apollon. Ces figures semblent également présenter des traits liés aux traditions chypriotes plus anciennes. Les Phéniciens installés dans le monde égéen ou l’Égypte y pratiquent les cultes phéniciens manifestant leur attachement à leur cité d'origine. En Occident, les divinités phéniciennes connaissent des destins similaires, mais l'influence carthaginoise est un facteur important de l'évolution des panthéons[114]. Les deux divinités majeures de Carthage sont deux figures connues en Phénicie mais qui y sont peu populaire, et dont le succès en Occident est donc surprenant : Baal Hammon et Tanit. L'origine du premier est mal déterminée, mais avec le temps il devient un dieu universel ; la seconde semble jouer le rôle de déesse tutélaire de Carthage. Ces deux divinités ont ensuite connu un grand succès dans les autres implantations d'origine phénicienne de Méditerranée occidentale. Mais on y retrouve aussi les divinités phéniciennes plus courantes comme Astarté, Melqart ou Eshmun. En Sardaigne on trouve la présence du dieu Sid (le Sardus Pater des Romains, peut-être d'origine égyptienne[115]). Dans la cité étrusque de Pyrgi, un temple dédié à Astarté est construit, où elle est assimilée à la déesse locale Uni[116].

Monnaie de Bérytos/Beyrouth du IIe siècle, avec sur le revers le dieu Baal de Bérytos portant le trident, reprenant l'aspect de Poseidon.

Les cultes phéniciens perdurent durant la période hellénistique et aux débuts de notre ère, tout en connaissant des évolutions, liées notamment à l'hellénisation culturelle des cités de Phénicie. Les écrivains grecs antérieurs à cette période avaient déjà l'habitude d'interpréter les divinités phéniciennes en tentant de les identifier à leurs propres divinités qui s'en approchaient le plus : Astarté était ainsi identifiée à Aphrodite, Melqart à Hercule, etc. Cela se poursuit avec l'hellénisation, mais sans forcément altérer les caractéristiques des divinités phéniciennes dont le culte traditionnel semble se poursuivre sans beaucoup de changements. L'influence grecque se voit surtout dans l'iconographie des dieux. Le grand dieu de Beyrouth, un Baal local, est ainsi une divinité liée à la mer qui est identifiée à Poseidon, et est représenté sous l'aspect de ce dernier. L'Apollon de Delphes voit son culte introduit à Sidon, où de grandes fêtes lui sont dédiées. La seconde moitié du Ier millénaire voit aussi l'essor des cultes des dieux guérisseurs, notamment Eshmun assimilé à Asclépios, mais aussi des divinités égyptiennes qui sont traditionnellement bien accueillies en Phénicie (Osiris, Isis, etc.)[117]. La mythologie phénicienne n'est préservée que dans ce contexte, par les écrits de Philon de Byblos (début du Ier siècle ap. J.-C.), qui se serait appuyé sur des archives provenant de Tyr et Byblos. Il évoque des mythes relatifs à la création de l'Univers, la généalogie des dieux et leurs rivalités aux origines des arts et activités humaines. Là encore les dieux sont souvent désignés par le nom de leur équivalent grec, et l'auteur cherche à faire des correspondances avec la mythologie grecque, ce qui rend l'analyse de ces récits difficile[118].

Le culte divin : lieux, acteurs et rites[modifier | modifier le code]

Le sanctuaire d'Amrit : ancien bassin, de forme rectangulaire, avec en son centre une petite chapelle.

Le culte aux dieux phéniciens avait lieu dans différents types d'espaces considérés comme sacrés, notion fondamentale rendue par des termes construits à partir de la racine qdš (« sacré », « saint », « sanctuaire »)[119]. Les temples se présentent comme des « maisons » (bt) des divinités qui y sont vénérées. Les principaux sanctuaires des cités phéniciennes n'ont pu être dégagés, à l'exception de celui d'Eshmun près de Sidon, dont les niveaux connus datent des périodes tardives. Les temples fouillés à Sarepta, Tell Arqa, Tell Suqas, Tell Tweini ou Tell Kazel sont de dimensions modestes, disposent d'une entrée principale conduisant à cour principale ouvrant sur une ou plusieurs pièces, dont la cella où devait se trouver la statue ou le bétyle des divinités vénérées dans ces lieux. Le mobilier cultuel consiste en des banquettes, des autels, des bassins et des stèles auxquelles un culte était rendue (bétyles). Les sanctuaires d'Amrit et d'Aïn el-Haiyat sont quant à eux délimités par une enceinte sacrée enfermant un bassin au centre duquel se trouvaient une ou deux petites chapelles ; il s'agissait sans doute de sanctuaires de dieux guérisseurs. Les Phéniciens adoraient également leurs divinités dans des lieux de culte en plein air délimités par des enclos et comprenant des stèles, comme il s'en trouve en Israël[120]. En dehors de la Phénicie, le temple le plus vaste à avoir été dégagé est celui de Kition, organisé autour d'une grande salle rectangulaire à colonnes menant à la cella[121]. D'autres temples ont été mis au jour en Occident (Solonte, Sélinonte, Nora, Antas, Tas Silg, etc.), ainsi que des sanctuaires à ciel ouvert (sur des montagnes, ou des bosquets sacrés) et des grottes sacrées (à Gozo, Cueva d'es-Cuyram sur Ibiza, Grotta Regina en Sicile)[122],[123].

Le culte courant des dieux impliquait un grand nombre de personnes. Les rois phéniciens pouvaient être amenés à jouer un rôle cultuel ; un roi de Sidon se proclame même « prêtre d'Astarté », ce qui semble indiquer un rôle religieux très affirmé. Mais il existait un clergé spécialisé, les khn, « prêtres » (et aussi les khnt, « prêtresses »), qui dirigeaient le culte sacrificiel[124]. Une inscription de Kition présente les différentes catégories de personnes qui assistaient ces prêtres pour l'organisation des rituels destinés aux dieux : des chanteurs, des bouchers et des boulangers pour la préparation des aliments. On trouvait également des prêtres chargés de l'exécution de certains rituels précis, comme le sacrificateur, ou encore le « ressusciteur de la divinité » dont la fonction est imprécise. L'organisation des sacrifices est surtout connue par les tarifs sacrificiels du monde punique, régulations des sacrifices qu'offraient des personnes privées pour obtenir les faveurs divines[125]. Le culte officiel est quant à lui marqué par des sacrifices quotidiens eux aussi très réglementés, ainsi que des fêtes religieuses intervenant à des intervalles fixées par les calendriers cultuels des différentes cités, comme les Adonies de Byblos décrites par Lucien de Samosate. Les temples d'Astarté semblent également avoir compris des prostitués sacrés des deux sexes, mais l'existence et le déroulement de la prostitution sacrée au Proche-Orient sont discutés. Les particuliers pouvaient quant à eux s'organiser en associations cultuelles, les marzeah, peut-être plus spécifiquement liés au culte ancestral[126].

Stèle portant le « signe de Tanit », provenant du tophet de Nora en Sardaigne, musée archéologique de Nora.

Les rituels impliquant des sacrifices d'enfants, attestés en Phénicie et dans le monde punique, ont suscité beaucoup de commentaires, à partir de la description horrifiée qu'en donnent plusieurs termes bibliques, parlant d'un lieu appelé Tophet où des jeunes enfants sont sacrifiés au dieu Moloch. Le terme de tophet a été repris pour désigner des sanctuaires en plein air où sont disposés de nombreuses urnes et stèles et une chapelle, retrouvés sur les sites d'Occident (Afrique du Nord, Sicile, Sardaigne). Les urnes comprenaient des restes incinérés de jeunes enfants et animaux (des agneaux surtout), et les inscriptions que portent certaines d'entre elles ainsi que des stèles indiquent qu'elles étaient vouées à Baal Hammon et Tanit dans un rite sacrificiel appelé molk, pour obtenir un bienfait ou remercier la divinité. Les recherches ont démontré que les jeunes victimes avaient bien été immolées, et n'étaient pas mortes naturellement en bas-âge. Aucune explication satisfaisante n'a encore été apportée sur cette pratique. Il faut au moins admettre qu'elle était exceptionnelle et donc liée à des événements particulièrement graves et importants[127].

Croyances et pratiques funéraires[modifier | modifier le code]

Bas-relief du sarcophage d'Ahiram de Byblos : le roi défunt, sur son trône (à gauche) reçoit des offrandes disposées sur une table. Vers 1000 av. J.-C., Musée National de Beyrouth.

Les Phéniciens semblent avoir personnifié la mort sous la forme d'une divinité nommée Mot (mot signifiant simplement la « Mort »), bien connu par la mythologie d'Ugarit, qui ne recevait aucun culte. Comme dans les mythologies de leurs antécédents et des peuple voisins, les Phéniciens devaient situer le monde des morts dans un monde infernal souterrain lugubre. Les rois décédés avaient un destin spécifique, puisqu'ils pouvaient devenir des refaïm, ancêtres royaux divinisés, et recevoir un culte[128].

Les rituels funéraires sont mal connus ; les cadavres devaient être purifiés, l'embaumement ayant sans doute existé chez les élites. L'inhumation comme la crémation ont été pratiquées dans le monde phénicien et punique, sans qu'on ne sache les croyances qui présidaient au choix de l'un plutôt que de l'autre, d'autant plus que les deux formes peuvent se retrouver dans une même sépulture. Les tombeaux collectifs sont en effet courants dans les nécropoles phéniciennes, regroupant les membres d'une même famille. On les trouve sous des formes diverses : tombes à fosse, des tombes à chambre érigées en pierres brutes ou taillées, ainsi que des hypogées creusées dans la roche. Les tombes individuelles sont également courantes, qu'il s'agisse de simples fosses creusées dans la terre ou de tombes en pierre. Les élites, en particulier les souverains, enterraient leurs défunts dans des sarcophages, comme ceux d'Ahiram de Byblos ou Eshmunazar de Sidon. Les incinérations avaient lieu dans des espaces de crémation qui ont pu être repéré dans certaines nécropoles. Les restes des défunts incinérés étaient quant à eux placés dans des urnes qui étaient ensuite disposées dans des tombeaux ou tout simplement enterrées. La cérémonie de séparation marquait la fin des rituels d'enterrement. La présence d'autels ou de stèles au-dessus de tombes indique la présence de cultes funéraires, sans doute liés à un culte ancestral, courant dans le Proche-Orient antique. Le bas-relief du sarcophage d'Ahiram montre le souverain en train de recevoir des offrandes alimentaires. Le culte des ancêtres royaux devait revêtir une grande importance, en raison de leur déification[129].

L'alphabet phénicien[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Alphabet phénicien.
Les 22 lettres de l'alphabet phénicien, adaptées à partir des inscriptions des Xe ‑ IXe siècle av. J.-C.

Les Phéniciens rédigeaient leurs textes dans une écriture de type alphabétique, dans lequel les signes sont des lettres n'exprimant que des sons, et plus précisément les plus simples des sons, les consonnes. C'est donc un alphabet de type consonantique, suivant un principe repris par tous les alphabets sémitiques postérieurs, qui habituellement ne comprennent pas de signe pour noter les voyelles (celles-ci sont introduites par l'alphabet grec). Il comprend 22 signes, correspondant aux consonnes du système phonétique du phénicien, et s'écrit de gauche à droite, même si dans certaines inscriptions archaïques il est écrit de droite à gauche ou en boustrophédon[130].

Si on le replace dans son contexte d'élaboration, il s'oppose aux systèmes d'écriture dominants au IIe millénaire av. J.‑C., le cunéiforme ou les hiéroglyphes égyptiens, qui combinent logogrammes (un signe = une chose) et phonogrammes (un signe = un son, généralement une ou plusieurs syllabes). L'alphabet phénicien n'est pas la plus ancienne forme d'alphabet, puisqu'on lui connaît des antécédents remontant peut-être jusqu'au XIXe siècle, dont les plus anciens exemplaires ont été découverts en Égypte. Deux alphabets semblent s'être développés durant la première moitié du IIe millénaire : l'alphabet « Proto-Sinaïtique » qui tire son nom du fait qu'il a été d'abord découvert dans le Sinaï, mais qui est désormais connu aussi en Égypte où il pourrait être apparu[131] ; l'alphabet « Proto-Cananéen », connu sur des sites de Canaan[132]. Il s'agit d'alphabets linéaires, dans lesquels les signes sont tracés par des lignes. Leurs évolutions durant la majeure partie de la seconde moitié du IIe millénaire sont mal connues car ils sont très peu attestés. Puis vers la fin de cette période apparaît l'alphabet phénicien, forme qui est amenée à assurer le succès de l'alphabet linéaire. Entre temps, un alphabet cunéiforme a été développé à Ugarit, à partir de modèles d'alphabets linéaires qui devaient exister mais n'ont pas été préservés par les injures du temps ; d'autres types d'alphabet cunéiforme devaient exister en Phénicie même, connus par quelques trouvailles sporadiques[133].

Inscription en phénicien du roi Kilamu de Sam'al, IXe siècle av. J.-C., Pergamon Museum.
Inscription en punique du Ier siècle av. J.-C. ou du Ier siècle ap. J.-C., musée du Bardo.

L'alphabet phénicien se développe au moins à partir du XIe siècle. Les scribes phéniciens ont alors fait le choix d'abandonner l'alphabet cunéiforme écrit surtout avec un calame sur des tablettes d'argile pour l'alphabet linéaire écrit surtout à l'encre sur du parchemins ou du papyrus. Ce choix s'explique sans doute par la commodité de ces supports, mais n'arrange pas les historiens de l'écriture puisqu'il s'agit de matières périssables à la différence de l'argile, dont les exemplaires ont tous disparu. Restent donc quelques inscriptions brèves sur des supports pouvant occasionnellement traverser les siècles, surtout les tessons de céramique et la pierre (en particulier le sarcophage d'Ahiram, un des plus anciens textes phéniciens connus), voire le métal, ce qui rend limite le corpus de textes connus pour les débuts de l'alphabet phénicien. À partir du début du Ier millénaire, cette écriture se propage rapidement : on l'emploie à Chypre dès le milieu du IXe siècle, mais aussi vers la même période à Nora en Sardaigne (la stèle de Nora) ; son succès est tel qu'on la retrouve en dehors de la sphère phénicienne, dans des inscriptions royales à Sam'al (IXe siècle) et Karatepe (VIIIe siècle), royaumes de tradition néo-hittite et araméenne. Durant les siècles suivant, elle est attestée dans les régions où les Phéniciens sont installés (« colonies » de la Méditerranée occidentale, Mésopotamie, Égypte, Israël, Anatolie, monde égéen, etc.)[134]. Cette écriture connaît des évolutions affectant surtout l'aspect des lettres : on distingue ainsi le type « phénicien », utilisé en Phénicie même et durant les premières périodes de l'expansion phénicienne, tandis qu'à partir du Ve siècle une variante « punique » se développe dans la sphère carthaginoise, puis « néo-punique » qui, contrairement à ce que son nom indique, pourrait s'être développée en Phénicie avant de se diffuser en Afrique du Nord à partir du Ier siècle[135]. L'alphabet phénicien a sans doute servi de base à la diffusion du système alphabétique linéaire, adapté pour d'autres langues durant la première moitié du Ier millénaire av. J.‑C. : l'hébreu vers le Xe siècle, l'araméen dans le courant du IXe siècle, le phrygien au début siècle suivant, et le grec peu après[136].

L'art phénicien[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  98. A. Ferjaoui, « La Tunisie », dans Fontan et Le Meaux (dir.) 2007, p. 293 ; A. El Khayari, « Le Maroc », dans Fontan et Le Meaux (dir.) 2007, p. 294-295
  99. S. Moscati, « L'empire carthaginois », dans Moscati (dir.) 1997, p. 57-63 fournit un résumé utile de l'histoire de Carthage. Voir aussi Dridi 2006, p. 26-59.
  100. Dridi 2006, p. 60
  101. E. Acquaro, « Sicile », dans Moscati (dir.) 1997, p. 231-249 ; C. Greco, « La Sicile et Motyé, entre Orient et Occident », dans Fontan et Le Meaux (dir.) 2007, p. 287-288
  102. A. Ciasca, « Malte », dans Moscati (dir.) 1997, p. 254-258 ; N. Vella, « Malte », dans Fontan et Le Meaux (dir.) 2007, p. 285-286
  103. E. Acquaro, « Sardaigne », dans Moscati (dir.) 1997, p. 259-276 ; I. Montis, « La Sardaigne », dans Fontan et Le Meaux (dir.) 2007, p. 288-289
  104. E. Acquaro, « Phéniciens et Étrusques », dans Moscati (dir.) 1997, p. 611-617 ; I. Montis, « La Sardaigne », dans Fontan et Le Meaux (dir.) 2007, p. 284-285
  105. M. E. Aubet Semmler, « Espagne », dans Moscati (dir.) 1997, p. 279-304 ; A. M. Niveau de Villedary y Mariñas, « La péninsule Ibérique », dans Fontan et Le Meaux (dir.) 2007, p. 291-292
  106. S. Moscati, « L'image des Phéniciens dans le monde antique », dans Moscati (dir.) 1997, p. 622-627 ; H. Matthaüs, « Art phénicien – Art orientalisant », dans Fontan et Le Meaux (dir.) 2007, p. 127-133
  107. (es) M. Almagro-Gorbea, M. Torres et A. Mederos, « El indígena », dans Zamora (dir.) 2003, p. 241-255
  108. Voir à ce sujet les travaux de W. Burkert, notamment (en) The Orientalizing Revolution, Near Eastern Influence on Greek Culture in the Early Archaic Age, Cambridge et Londres, 1992
  109. Lipiński 1995, p. 49-58
  110. Voir les différentes entrées de (en) K. van der Toorn, B. Becking et P. W. van der Horst (dir.), Dictionary of Deities and Demons in the Bible, Leyde, Boston et Cologne, 1999, p. 132-156
  111. S. Ribichini, « Les croyances et la vie religieuse », dans Moscati (dir.) 1997, p. 122-125 ; Lipiński 1995, p. 65-66
  112. Lipiński 1995, p. 319-329
  113. S. Ribichini, « Les croyances et la vie religieuse », dans Moscati (dir.) 1997, p. 125-130 ; P. Xella, « Religion et panthéon, iconographie et mythologie », dans Fontan et Le Meaux (dir.) 2007, p. 49-52
  114. Dridi 2005, p. 169-175
  115. Lipiński 1995, p. 329-350
  116. S. Ribichini, « Les croyances et la vie religieuse », dans Moscati (dir.) 1997, p. 130-133 ; P. Xella, « Religion et panthéon, iconographie et mythologie », dans Fontan et Le Meaux (dir.) 2007, p. 52-55
  117. Baslez et Briquel-Chatonnet 2003, p. 208-209
  118. S. Ribichini, « Les croyances et la vie religieuse », dans Moscati (dir.) 1997, p. 134-135
  119. Lipiński 1995, p. 417-420
  120. S. F. Bondì, « L'urbanisme et l'architecture », dans Moscati (dir.) 1997, p. 318-319. Fontan et Le Meaux (dir.) 2007, p. 58-63.
  121. S. F. Bondì, « L'urbanisme et l'architecture », dans Moscati (dir.) 1997, p. 322
  122. S. F. Bondì, « L'urbanisme et l'architecture », dans Moscati (dir.) 1997, p. 322-348 ; Dridi 2006, p. 186-189
  123. Lipiński 1995, p. 422-438
  124. Lipiński 1995, p. 451-463 ; (it) M. G. Amadasi Guzzo, « Il sacerdote », dans Zamora (dir.) 2003, p. 45-53
  125. Lipiński 1995, p. 463-476
  126. S. Ribichini, « Les croyances et la vie religieuse », dans Moscati (dir.) 1997, p. 135-139
  127. S. Ribichini, « Les croyances et la vie religieuse », dans Moscati (dir.) 1997, p. 139-141 ; P. Xella, « Religion et panthéon, iconographie et mythologie », dans Fontan et Le Meaux (dir.) 2007, p. 56-57 ; Lipiński 1995, p. 438-450 et 476-483 ; Dridi 2006, p. 189-194
  128. S. Ribichini, « Les croyances et la vie religieuse », dans Moscati (dir.) 1997, p. 141-142
  129. C. Doumet-Serhal, « Les nécropoles phéniciennes », dans Fontan et Le Meaux (dir.) 2007, p. 65-71
  130. Hackett 2008, p. 83-86
  131. (en)D. Pardee, « Proto-Sinaitic », dans OEANE 1995 vol. 4, p. 354-355
  132. (en) D. Pardee, « Proto-Canaanite », dans OEANE 1995 vol. 4, p. 252-254
  133. D. Pardee, « Aux origines de l'alphabet », dans Dossiers d'Archéologie HS 10, 2004, p. 34-39 ; (en) J. Lam, « The Origin and Development of the Alphabet », dans C. Woods (dir.), Visible Language: Inventions of Writing in the Ancient Middle East and Beyond, Chicago, p. 189-195
  134. P. Bordreuil, « L'alphabet phénicien : legs, héritages, adaptation, diffusion, transmission », dans Fontan et Le Meaux (dir.) 2007, p. 78-80
  135. (en) M. G. Amadasi-Guzzo, « Phoenician-Punic », dans OEANE 1995 vol. 4, p. 321-322
  136. P. Bordreuil, « L'alphabet phénicien : legs, héritages, adaptation, diffusion, transmission », dans Fontan et Le Meaux (dir.) 2007, p. 81

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Outils de travail[modifier | modifier le code]

  • (en) Trevor Bryce et al., The Routledge Handbook of the Peoples and Places of Ancient Western Asia, Oxon et New York, Routledge,‎ 2009
  • (en) Eric M. Meyers (dir.), Oxford Encyclopaedia of Archaeology in the Near East, 5 vol., Oxford et New York, Oxford University Press,‎ 1997 (ISBN 0-19-506512-3)
  • Edward Lipiński (dir.), Dictionnaire de la civilisation phénicienne et punique, Turnhout, Brepols,‎ 1992

Généralités[modifier | modifier le code]

  • Sabatino Moscati (dir.), Les Phéniciens, Paris, Stock,‎ 1997 (1re éd. 1988)
  • Françoise Briquel-Chatonnet et Éric Gubel, Les Phéniciens : aux origines du Liban, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes » (no 358),‎ 1998
  • Michel Gras, Pierre Rouillard et Javier Teixidor, L'univers phénicien, Paris, Hachette, coll. « Pluriel »,‎ 2006 (1re éd. 1989)
  • Élisabeth Fontan et Hélène Le Meaux (dir.), La Méditerranée des Phéniciens : de Tyr à Carthage, Paris, Somogy et Institut du monde arabe,‎ 2007
  • (es) José Ántonio Zamora (dir.), El hombre fenicio : estudios y materiales, Rome, Consejo superior de investigaciones científicas, Escuela española de historia y arqueología en Roma, coll. « Serie arqueológica »,‎ 2003
  • Josette Elayi, Histoire de la Phénicie, Paris, Perrin, coll. « Pour l'histoire »,‎ 2013

Autres études[modifier | modifier le code]

  • (en) Jo Ann Hackett, « Phoenician and Punic », dans Roger D. Woodard (dir.), The Ancient Languages of Syria-Palestine and Arabia, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 2008, p. 82-102
  • Marie-Françoise Baslez et Françoise Briquel-Chatonnet, « Les Phéniciens dans les royaumes hellénistiques d'Orient (323-55) », dans Marie-Thérèse Le Dinahet (dir.), L'Orient méditerranéen de la mort d'Alexandre au Ier siècle avant notre ère. Anatolie, Chypre, Égypte, Syrie, Nantes, Éditions du Temps,‎ 2003, p. 197-212
  • Edward Lipiński, Dieux et déesses de l'univers phénicien et punique, Louvain, Peeters,‎ 1995
  • Sergio Ribichini, « Mythes et rites des Phéniciens et des Carthaginois », dans Gregorio del Olmo Lete (dir.), Mythologie et religion des Sémites occidentaux : II: Émar, Ougarit, Israël, Phénicie, Aram, Arabie, Louvain, Peeters, coll. « Orientalia Lovaniensia Analecta »,‎ 2008 (ISBN 978-90-429-1897-9), p. 265-372
  • Hédi Dridi, Carthage et le monde punique, Paris, Les Belles Lettres,‎ 2006 (ISBN 2251410333)
  • Serge Lancel, Carthage, Paris, Fayard,‎ 1992 (ISBN 9973194209)
  • (es) Juan Pablo Vita et José Ángel Zamora (dir.), Nuevas perspectivas I : La investigación fenicia y púnica. Cuadernos de Arqueología Mediterránea 13, Barcelone, Publicaciones del Laboratorio de Arqueología de la Universidad Pompeu Fabra de Barcelona – IEIOP,‎ 2006

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]