Abd al-Mumin (calife)

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`Abdul-Mu'min ben `Alī al-Kūmī, `Abd al Mu'min ben `Alī al Kūmī ou Abdelmoumen (arabe : عبد المؤمن بن علي الكومي), né vers 1100 près du port d'Honaïne, dans l'actuelle Algérie alors sous contrôle almoravide, et décédé en 1163 à Salé, est le premier calife de la dynastie des Almohades, régnant de 1147 à sa mort.

En mourant, Ibn Toumert laisse à ses disciples dont Abd-al Mumin un mouvement religieux organisé et doté d'une puissante armée formée de plusieurs tribus masmoudiennes du Haut Atlas marocain[1]. Ce Berbère zénète, surnommé le « flambeau des Almohades » par Ibn Toumert[2], est le fondateur du royaume des Almohades[3]. Il transforme la structure politique en monarchie héréditaire et s'appuie sur sa tribu d'origine les Koumya de la région de Nedroma et les Hilaliens qu'il les intègre dans l'armée régulière[4].

En 1128, Abd al Mu'min cache pendant trois ans la mort d'Ibn Toumert[5], le temps d'asseoir son autorité politique au sein des Masmoudas jusqu'à ce qu'il parvienne à épouser la fille du cheikh Abou-Hafs, émir de la tribu des Hintata et chef des Almohades[6]. Étant parvenu, avec l'aide de son beau-père, à faire exécuter les dernières volontés d'Ibn Toumert, il devient le grand cheikh et calife des Almohades[6]. Il prend la tête du mouvement religieux et de troupes organisés par Ibn Toumert et soutenus par plusieurs tribus de l'actuel Maroc. En mars-avril 1147, il fait massacrer Ishaq Ben Ali, dernier souverain almoravide et étend la puissance almohade à tout le Maghreb[7].

L'Algérie nouvelle le revendique comme un héros national[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

La vie d'Abd al-Mumin est entourée de légendes, comme celle de nombreux personnages historiques.

Il est né au pied du mont Tadjra près d'Honaïne, fils d'un potier du pays des Trara[8], à l'ouest de l'actuelle Algérie, entre 1094 et 1104. Durant sa jeunesse, il étudie à l'école du village, puis dans une mosquée de Tlemcen. « Il était, dit el-Baïdaq, doué d'une vive intelligence ; pendant le temps qu'il faut à un homme pour saisir une question, il en comprenait dix ». Le jeune étudiant veut perfectionner ses qualités à l'école des maîtres réputés, aussi se décide-t-il à se rendre en Orient, vers Bagdad, sous la conduite de son oncle. Il ne dépasse cependant pas Bejaïa, la capitale hammadide[9].

Dans un village voisin nommé Mellala, il rencontre Ibn Toumert, après que celui-ci a été expulsé de Béjaïa où il était venu prêcher sa doctrine rigoriste, peu appréciée des habitants de la ville.

La rencontre d'Ibn Toumert et d'Abd al-Mumin prend avec le recul un caractère miraculeux[réf. nécessaire]. Celui-ci est hanté par des songes, dont la signification l'inquiète ; celui-là sentit de l'Élu[pas clair]. « Voici, prophétisa Ibn Tûmart, qu'est venu le temps de la victoire. Et il n'est point de victoire sans l'assistance d'Allah, le puissant, le sage [Coran]. Demain viendra près de vous un homme en quête de science : bonheur à qui le reconnaîtra, malheur à qui le désavouera[10] ! » À son entrée, Ibn Toumert prononce le nom du père et du village du nouveau venu et l'invite à ne pas poursuivre en Orient une science qu'il pourrait trouver sur place.

Quand le soir tombe, Ibn Toumert prit par la main Abd al-Mumin et ils s'en allèrent. Au milieu de la nuit, Ibn Toumert l'appela : « « Abu Bakr [el-Baïdaq], donne-moi le livre qui se trouve dans l'étui rouge ! » Je le lui remis et il ajouta : « Allume-nous une lampe ! » Il se mit à lire ce livre à celui qui devait être le Calife après lui, et tandis que je tenais la lampe, je l'entendais qui disait : « La mission sur quoi repose la vie de la religion ne triomphera que par Abd al-Mumin, le flambeau des Almohades ! » Le futur Calife, entendant ces paroles, se mit à pleurer et dit : « Ô fakîh, je n'étais nullement qualifié pour ce rôle ; je ne suis qu'un homme qui recherche ce qui pourra le purifier de ses péchés. Ce qui te purifiera de tes péchés, repartit l'Impeccable [Ibn Toumert], ce sera le rôle que tu joueras dans la réforme de ce bas monde. » Et il lui remit le livre en lui disant : « Heureux les peuples dont tu seras chef, et malheur à ceux qui s'opposeront à toi, du premier au dernier »[10] ».

Pour l'ordre de bataille, les tribus étaient classées selon un ordre hiérarchique minutieux. Abd al-Mumin fait partie de la tribu en première ligne[11].

Plusieurs années après la mort de son maître spirituel, Abd al-Mumin prend en 1130 le titre de calife (héritier), à l'instar d'Abou Bakr qui avait pris le titre de calife du prophète de l'islam, Mahomet, et de commandeur des croyants.

Des campagnes l'amènent du sud du Maroc jusqu'à la côte méditerranéenne, en restant toujours dans les montagnes de l'Atlas pour échapper aux armées des Almoravides. L'émir almoravide Tachfin Ben Ali, poursuivi, tente de s'échapper par la mer mais se tue en tombant d'une falaise ; son cadavre est décapité et sa dépouille embaumée pour être envoyée comme trophée à Tinmel. Abd al-Mumin, après le long siège de Fès et la prise de Tlemcen, met fin à cette dynastie en conquérant leur capitale Marrakech en 1147 et en tuant le jeune héritier Ibrahim Ben Tachfin.

Après avoir ruiné Tlemcen et fait massacrer ses habitants, il relève les murs et invite d'autres populations à s'y fixer[12]; Ensuite, il se dirigea avec son armée jusqu'à l'actuelle Libye.

Conquêtes[modifier | modifier le code]

Porte de la casbah des Oudayas à Rabat

Il demande et obtient le soutien à son beau-père et doit recourir au soutien de sa tribu d'origine pour protéger son pouvoir et sa qualité de calife[13]. Après avoir consolidé son gouvernement, il décide de conquérir les pays de l'est du Maghreb, y compris l'Ifriqiya alors en proie à l'anarchie et dont une partie se trouve sous le joug des Normands de Sicile du roi Guillaume le Mauvais, mis en difficulté par des révoltes internes et la rébellion du gouverneur Omar de Sfax.

Abd al-Mumin envahit d'abord le territoire de l'actuelle Algérie, en 1152-1153, défait les tribus arabo-musulmanes qui s'opposent à son passage puis vainc le prince hammadide, qui règne à Bejaïa (Kabylie), et annexe ses États. Sept ans après, en 1159-1160, il s'empare de l'Ifriqiya. Le 12 juillet 1159, il entre devant Tunis, tandis que sa flotte, forte de 70 vaisseaux, croise dans le golfe de Tunis ; une délégation de notables de la ville vient au-devant du conquérant et sollicite l'aman ; le calife promet de respecter la vie et les biens des messagers présents, mais exige des autres habitants la moitié de leurs biens.

Son empire s'étend jusqu'à Tripoli et en Andalousie, jusque dans la vallée du Guadalquivir : Grenade, Cordoue et Séville tombent ainsi entre ses mains. Il ne lui reste plus alors qu'à mater la révolte de chrétiens d'Andalousie menés par un certain Muhammad ibn Mardanis. Abd al-Mumin fait reconnaître son fils Abu Yaqub Yusuf comme héritier et, aidé par celui-ci, fait construire une forteresse sur la rive gauche du Bouregreg, en face de la ville de Salé, pour préparer la flotte destinée à envahir l'Espagne. Cette forteresse est nommée le « camp de la victoire » (Ribat El Fath), la future Rabat. Abd al-Mumin meurt cependant en 1163 avant d'avoir pu achever son entreprise.

Durant son règne, il est appuyé par quatre principaux vizirs : Abû Ja`far (1146-1157), Abû as-Salâm (1157-1158), Abû Hafs (1158-1160) et Abû al-`Alâ (1160-1163).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Louis Piesse, Itinéraire historique et descriptif de l'Algérie : comprenant le Tell et le Sahara, Paris, Hachette, coll. « Guides-Joanne »,‎ 1862 (lire en ligne), « Introduction », p. 148
  2. Évariste Lévi-Provençal (dir.), Mémorial Henri Basset : nouvelles études nord-africaines et orientales, Librairie orientaliste Paul Geuthner,‎ 1928 (présentation en ligne), « Ibn Tumart et Abd Al-Mu'min. Le « Fakih du Sus » et le « flambeau des Almohades » »
  3. a et b « ‘Abd al-Mu'min », sur Encyclopædia Universalis
  4. Collectif coordonné par Hassan Ramaoun, L'Algérie : histoire, société et culture, Casbah Éditions,‎ 2000, 351 p. (ISBN 9961-64-189-2), p. 21
  5. « ʿAbd al-Muʾmin », sur Encyclopædia Britannica Online
  6. a et b Ibn Khaldoun (trad. William MacGuckin Slane), Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale, vol. I, Alger, Imprimerie du Gouvernement,‎ 1852 (lire en ligne), « Notice des Beni-Faten. Tribu berbère descendue de Daris et D'el-Abter », p. 254
  7. Ibn Khaldoun (trad. William MacGuckin Slane), op. cit., vol. II, Alger, Imprimerie du Gouvernement,‎ 1854 (lire en ligne), « Règne d'Abd-el-Moumen, lieutenant et successeur du Mehdi », p. 181
  8. Ibn Khaldoun donne sa famille à « Tagrart, château situé sur la montagne qui domine Honein du côté de l'orient », in Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale, traduction du baron de Slane -Alger 1852- tome I, p.252
  9. Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord. Des origines à 1830, Paris, Payot, coll. « Grande Bibliothèque Payot »,‎ 1994 (ISBN 978-2-228-88789-2), « Abd al-Moumin », p. 439
  10. a et b Traduction de Lévi-Provençal, citée par Charles-André Julien, op. cit., « Abd al-Moumin », p. 439
  11. Charles-André Julien, op. cit., « L'organisation de la communauté », p. 446
  12. Louis Piesse, op. cit. (lire en ligne), « Les Almohades », p. 237-238
  13. Ibn Khaldoun, op. cit., vol. I (lire en ligne), « Notice des Beni-Faten. Tribu berbère descendue de Daris et D'el-Abter. », p. 251-253

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]