Idrissides

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Idrissides

الأدارسة (Al-Adarissah) (ar)
ⵉⴷⵔⵉⵙⵉⵢⵏ (Idrisiyn) (ber)

789985

Description de cette image, également commentée ci-après

Carte de l'Empire Idrisside, montrant son extension maximale au début du IXe siècle

Informations générales
Statut Sultanat
Capitale Uili, puis Fès
Religion Islam chiite
Histoire et événements
789 Instauration de la dynastie et prise de Tlemcen
920 Premières incursions des Fatimides
Années 930 Perte du Rif au profit des Omeyyades de Cordoue
985 Assassinat du dernier Idrisside
Sultans
(1er) 789-791 Idris Ier
(Der) 974-985 Al-Hasan ben Kannun

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Les Idrissides ou Idrisides (arabe : الأدارسة ou al-adārisa) sont une dynastie islamique chiite zaïdite[1],[2],[3] ayant régné entre 789 et 985 sur le Maroc. La dynastie doit son nom à Idris Ier, arrière-petit-fils d'Al-Hassan ibn Ali, rattaché au chiisme zaïdite ; il se fait reconnaître comme imam par la tribu berbère des Awarbas, après leur avoir été présenté par leur chef Abū Laylā Isḥāq Ibn Muḥammad Ibn ‘Abd al-Ḥamīd[4].

Tout en contribuant à l'islamisation des tribus berbères, les Idrissides combattent, selon Ibn Khaldoun, le kharidjisme, le judaïsme et le christianisme[5].

Dans un royaume à dominante urbaine, ce sont les villes qui ont servi de point d'ancrage pour la diffusion de la civilisation musulmane dans les zones rurales.


Contexte historique du Maghreb[modifier | modifier le code]

Note géographique[6] : le terme Maghreb désigne une partie de l'actuel Maghreb et comprend aussi le Maghreb Al Aqsa. Le traducteur d'Ibn Khaldoun dit que le Maghreb occidental est l'actuel Maroc. Le Maghreb central serait l'actuelle Algérie (provinces d'Alger et d'Oran) et l'Ifriqiya (Tunisie actuelle et une partie de la Libye qui comprend Tripoli, sous les hafsides il y avait en plus les provinces du Zab, de Constantine, de Béjaia,). Ibn Khaldoun remplace parfois Maghreb Aksa par Maghreb. Aussi il donne comme limite Asfi (Safi) comme limite occidentale, mais aussi il borne ce territoire par la chaîne de l'Atlas jusqu'à Agadir. Aussi, ce territoire est situé entre la Moulouya à l'est, l'océan Atlantique à l'ouest, la Méditerranée au nord et le Sous au sud.[évasif]

Ibn Khaldoun dans son introduction sur la dynastie Idrisides[7] précise que les Berbères de Tanger ont accueilli Idris, puis ce dernier séjourne à Ulili (Volubilis) et il fonde la dynastie idrisside. Les autres successeurs ont Fès comme capitale et ont l'appui de toutes les provinces(selon Slane et Ibn Khaldoun). Le royaume se morcelle à cause des rivalités au sein de la famille. Les Idrissides sont attaqués par les Zirides et les Omeyades et, à la fin, ils perdent leurs États. En 757-758, les Miknissa, qui sont des kharidjites sufrites, fondent Sijilmassa sous les ordres d'Aiça Ibn Yezid Al Saoud. Et en 787-788, Ibn Rustem( royaume de Tiaret) demande la paix du gouvernement de Kairouan Aghlabides, Rouh, fils de Hatem. En 801, les Aghlabides renforcent leur autorité sous Ibrahim ibn Al Aghleb (Ibrahim Ier), après les grandes révoltes berbères kharidjites qui ont duré presque un siècle.

Cependant, les royaumes des Berghouata et de Sijilmassa disparaîtront et resteront un siècle sous la domination des Rostémides d'Algérie [8] . Tout le Maghreb reste sous la domination arabe jusqu'à la montée de la tribu Kutama en 908-909 en Basse Kabylie. Le pouvoir sera dans les mains des Berbères en Ifriqiya et dans tout le Maghreb après cette date. Les Berbères fondent plusieurs royaumes et États indépendants par la suite[9].

La ville de Tlemcen fut la capitale du royaume des Ifrénides[10] composé de sufrites. Idris Ier s'installe dans cette ville durant trois années. Vers la fin du VIIIe siècle, l'historien Ibn as Saghir indique des guerres entre Idrissides et Rostémides. Le royaume d'Abd al Wahheb el-Rostémi comprenait Tlemcen[11]. Mais Ibn Khaldoun livre une autre dynastie Sulimanides (frère d'Idris Ier, mais il ne précise pas la date et ne donne pas beaucoup d'informations sur le règne).

D'autres sources indiquent que les Rostémides avaient des territoires dans l'actuel Maroc [12] et d'autres encore [13] indiquent que les Bourghouata étaient souverains de 816 à 1078. Le royaume de Sijilmassa était aussi indépendant sous les Banou Madrar de 758 à 977. Le royaume des Sulimanides comprenait Tlemcen et Ténès de 802 à 904. Le royaume de Banou Saleh (situé dans une partie du Nord du Maroc) de 710 à 1015. Enfin les Rostémides n'avaient pas de territoires au Maroc.

Durant les Fatimides, plusieurs combats furent signalés et des soumissions des Idrissides par Ibn Khaldoun[14].

Histoire[modifier | modifier le code]

Selon Ibn Khaldoun, en 786, Hussain, arrière-petit-fils du calife Ali ibn Abi Talib, prend les armes à la Mecque contre le Khalif Al-Hadi. Parmi les révoltés, il y avait Yahya, fils d'Idris. Il s'enfuit vers Daylem en Égypte. Ensuite, son père Idris réussit à rejoindre l'Égypte. Un affranchi de Saleh (fils du Khalif Al Mansour) fournira des chevaux à Idris pour l'aider à s'échapper au Maghreb. En 788 à 789, Idris et son affranchi Rached arrivent sains et saufs à Ulili (ville ancienne sur le mont Zerhun à six ou sept lieues de Fès au Maroc).

Idris demande la protection du chef de la tribu des Awraba Ishaq b. Muhammed b. Humayd et il se proclame calife du Maghreb[réf. nécessaire]. Plusieurs confédérations berbères (Zouagha, Luwata, Sedrata, Ghiata, Nefzaoua, Miknassa, Ghomara) se rallient à la cause d'Idris. Par la suite, toutes les tribus berbères prêtent serment de fidélité à Idris. Le frère de ce dernier, Suliman se fixe à Tlemcen et dans ses environs. Idris parvint à dominer tout le Maghreb[réf. nécessaire] et il réussit à contrer les Berbères païens, juifs et chrétiens. Il obligea toutes les tribus à professer l'islam.

En 789 à 790, Idris rassemble son armée et vint aux portes de Tlemcen, qui était sous le contrôle des Maghraouas et des Ifrenides. Ces derniers font leur soumission à Idris. La version d'Ibn Khaldoun nous indique que l'émir de Tlemcen était Muhammed b. Kahzer b. Sulat entre 789 et 790. Cependant, l'auteur indique un autre émir Abou Qurra et une autre version des faits dans d'autres chapitres. Idris construira sa première mosquée à Tlemcen. De retour à Ulili, l'imam Idris fut empoisonné par Ash-Shammakh, un déserteur de la cause Aghlabides, entre les années 791 et 792.

Par la suite, les Awraba désignent l'enfant de la concubine d'Idris, Kenza. En 804, ils jurent fidélité à la mosquée d'Ulili au Petit Prince Idris et ce dernier était sous la tutelle d'Abou Khaled Yazid b. Al Yas Al Abdi. Lorsque le fils d'Idris fut majeur, il reçoit le pouvoir de tout le Maghreb. Toutes les villes du Maghreb seront soumises à Idris II, ce que révèle Ibn Khaldoun[réf. nécessaire]. Idris II avait aussi une armée composée juste d'Arabes au nombre de 500 guerriers.

En 807- 809, Idris II tue le chef de la tribu des Awraba. Ce dernier était pour la cause des Aghlabides. La ville d'Ulili devint très petite pour les serviteurs d'Idris II. Ce dernier décide de transférer sa capitale à Fès, alors que cette ville était sous le contrôle des B. Borghos (des mages, des juifs et des chrétiens) et des B. Khayr (tribus zwaghiennes). Les deux peuplades embrassent l'islam et font profession de foi à Idris II. En 807, Idris fond la ville de Fès et entreprend de grandes constructions (quartier Adwat Al Andalous, quartier Al Qaraouiyine, mosquée des charifs, etc.). Idris II confie son autorité aux Awraba en 812 et se proclame calife. Il fera la guerre contre les Masmoudas et occupe leurs villes. En 814, Idris II parvint à prendre Tlemcen et reçoit le serment de Mahammed b. Khazer le serment d'obéissance. Idris II restera durant 3 ans à Tlemcen et il réussit à supprimer le Kharidjisme de la région et à enlever aux Abbassides tout le pays du Sous [[refnec|au Chlef]]. Les Aghlabides ne pouvaient plus s'opposer à Idris II. En 828, Idris II meurt et son fils Muhammed prend le pouvoir[15].

Le royaume Idrissides est partagé entre les frères, selon les conseils de la grande-mère Kenza. Al Quasm obtient de son frère Omar : les villes de Tanger, Basra, Ceuta, Tetouan et Hadjer An-Nasr. Omar reçoit Tikisas et Tergha y compris le commandement des tribus Sanhadjas et Ghomaras. Dawed eut le pays des Houaras, Tasul, Taza et le pouvoir sur les tribus Miknassa et Ghiata. Abdellah récolte Aghmat, Anfis, les montagnes des Masmoudas, le pays des Lamba et le reste du Sus al-Aksa. Le dernier frère, Yahia, décroche les villes d'Asilah et de Larache, le pays des Ouergha. Yahia désigne Issa au gouvernement de Chella, Salé, Azemmour, Tamesna. Aussi, Yahia remet Ulili à Hamza. Par contre Tlemcen reste aux mains du fils de Suliman b. Abdallah, qui est le frère d'Idris I.

Ce partage provoque une guerre entre les frères idrissides. Le premier conflit s'oppose entre Issa et Muhammed. Ayssa succombe et ses territoires sont livrés à Omar. Al Qasem se soulève, mais Muhammed décide de lui faire la guerre. Al Qasem s'enfuit près d'Asilah. Il construira un ribat près de la mer et il demeurera caché jusqu'à sa mort. Omar mourut à Fedj Al Férès et il sera enterré à Fès en l'an 835. Omar sera l'ancêtre des Hammudites. Muhammed fils d'Idris II mourut dans l'année 836. Le royaume idrissides revient à son fils Ali, qui avait neuf ans. Les Aurébas se chargèrent de maintenir l'ordre jusqu'à sa mort en 848-849. Alors Yahya, fils de Muhammed prend l'autorité suprême du royaume. Fès connaîtra une phase de croissance. Plusieurs monuments et constructions ont été construits. Ibn Khaldoun ne mentionne pas la date de la mort de Yahya et elle reste inconnue. Ibn Khaldoun mentionne le fils de Yahia qui s'appelle aussi Yahyia et c'est lui qui va prendre le pouvoir. Mais, le fils de Yahya osera porter atteinte à l'honneur des femmes[16], ce qui provoquera un grand scandale et une importante révolte de la part Abderhaman b.Abd Sehl Al Djudami. Yahya est vite renversé et il mourut de chagrin la même journée. Son cousin, Ali b. Omar fut proclamé souverain de toutes les provinces du Maghreb après cet événement, lui qui dirigeait le Rif avant la révolte. Ali se rend à Fès et obtient le serment de fidélité.

Après cela, Abdarrazzaq, un sufrite, se révolte et regroupe tous les Medyuna et s'empare de Fès. Ali b. Omar s'enfuit aussitôt chez les Aurébas. Fès est divisée jusqu'à ce qu'Assaram, fils d'Al Qasem vienne délivrer la ville ou le quartier des mains des révoltés. Thaleba b. Abdellah, descendant de l'émir Muhelleb b. Abi Sufra devient le commandant du quartier des Kairouanides de Fès. Puis Abbud et après lui, c'est Muhareb b. Abbud qui a commandé Fès ou son quartier. Ensuite, Yahya b. Al Qasem continuera à gouverner le Maghreb jusqu'à 904- 905.

À l'arrivée des Fatimides en 920-921, ces derniers décident de conquérir le Maghreb. Alors, ils donnent à Messala b. Habbus émir des Miknassa le gouvernement de Tiaret et lui délivre de mandat de pourchasser les Idrissides. Messala réussit à vaincre l'armée idrissides composée d'Arabes et de Berbères. Il entame ensuite le siège de Fès. Yahya b.Idris consent à acheter sa liberté et obtient la gouvernance de Fès sous le drapeau Fatimide. Toutes les autres provinces du Maghreb sont données par le vainqueur à son cousin Mussa b. Afya le miknassi. Ce dernier était souverain de Tasul et Taza. Un litige éclate entre Yahia b. Idris et Mussa b. Afya. Ce litige se termine par l'arrestation de Yahya b. Idris par les Fatimides et sa fortune est saisite. Yahya essayera de passer en Ifriqiya, mais il sera emprisonné pendant deux années. Et par la suite, il retrouve sa liberté et il décide de vivre à Mahdia en 942. Yahia b. Idris mourut pendant le siège d'Abu Yazid. Ibn Abi'l Afya obtient le gouvernement du Maghreb.

En 925, Al Hassen, dit Al Haddjam, fils de Muhammed b. Al Qasem b. Idris expulse Rihan la tribu Kutama de Fès. Cela provoquera la guerre entre Al Haddjam et Musa Ibn Abi'l Afya. Minhal, fils de Afya et deux-mille miknassi furent tués dans la bataille. Dès qu'Yahyia pénètre la ville de Fès, Hamed b. Hamdan de la tribu Aurébas le met en prison et le livre à Musa. Al Hadjjam mourut lors de son évasion de prison, il fera une chute du haut de la muraille de la prison. Après la chute des Idrissides, les frères d'Al Haddjam s'évadent vers Basra dans le Rif.

En 929, Ibrahim b. Muhammed b. Al Qasem devient le chef, il construit le château de Hadjer An-Nasr dans le Rif. Dans la même période, les fils d'Omar b.Idris s'emparent des terres des Ghumaras, de Tikisas à Ceuta et à Tanger.

En 931, les Omeyades sous An Nacer prennent Ceuta. Abu'l Aych, fils d'Idris b.Omar livre la ville de Ceuta aux Omeyades. Aussitôt après la mort d'Ibrahim b. Muhammed, Al Qasem, dit Al Kunnun, devient le chef des Idrissides et avait le consentement des tribus Ghumaras. Ce chef décide de rejeter l'autorité d’Ibn Abi'l Afya, car ce dernier devint profatimides.

Les Omeyades à cette époque avaient l'autorité sur le Maghreb et ils ont réussi à prendre les campagnes des Zénètes dans le Rif. Cependant, les Banou Ifren s'emparent de Fès et l'abandonnent après aux Maghraouas. Alors que les Idrissides contrôlaient seulement le Rif avec les tribus Ghumara.

Les Omeyades finissent de conquérir les territoires idrissides du Rif et ils déportent les descendants de Muhammed et d'Omar vers l'Espagne puis vers Alexandrie. Un certain nombre de la famille des idrissides réussit à passer en Espagne dans le contingent berbère de la tribu Ghumara. Cela a permis la fondation du royaume Hammudites.

Al Hassen b. Kennun fut autorisé par Al Aziz le calife fatimide à rejoindre le Maghreb, mais il sera tué lors de l'expédition par Al Mansour b. Abi Amer. Et cet acte sera le symbole de la fin de la dynastie idrisside dans le Maghreb.

La fondation de Fès[modifier | modifier le code]

L'histoire de la fondation de Fès était sujette à polémique entre les différents historiens. Mais, la nouvelle approche du jeune historien marocain, Chafik T. Benchekroun[17], a réussi à démêler bon nombre d'incompréhensions et d'incertitudes:

Évariste Lévi-Provençal a soutenu que Fès (l’actuelle ʻudwat al-Andalus) doit avoir été fondée par Idrīs I, et non par Idrīs II selon une tradition historiographique tenace[18]. Quoiqu’il faille reconnaître cette avancée de l’histoire sur la tradition, Chafik T. Benchekroun pense qu'il est possible de se montrer encore plus précis sur l’histoire de la fondation de Fès. Car, à bien considérer les recherches entreprises par Georges Colin sur la numismatique idrisside[19], il est déductible que les dernières monnaies frappées au nom d'Idrīs I le furent en 179H (même après sa mort, en 175H, on continua à frapper à son nom durant quatre années), et les premières au nom d'Idrīs II en cette même année (179H./795)[20](il n’avait alors que trois à cinq ans, selon les sources). L’atelier de Tudġa fournit des dirhams au nom d'Idrīs I, datant respectivement de 174, 175, 177, 178, 179[21], c’est-à-dire soit du vivant d'Idrīs I, soit jusqu’à quatre ans après sa mort. Le descendant alide a eu pour capitale Volubilis, et en effet des pièces de monnaie frappées à son nom à Volubilis ont été retrouvées, elles datent respectivement de 173H./789-90, 174H./790-91 et 176H./792-93 c’est-à-dire du vivant d'Idrīs I, et environ un an après sa mort[21]. Alors que pour Fès, la plus ancienne pièce de monnaie disponible date de 185H./801, et surtout est anonyme[22]. Henri-Michel Lavoix dit, en 1891, que c’est un certain Tiesenhausen qui aurait le premier découvert cette monnaie. En tout, il existe au moins trois monnaies frappées à Fès avant sa date traditionnelle de fondation, la première date de 185H./801, la deuxième de 189H./805, la dernière de 18?./796 à 806 (pièce en partie illisible). La plus ancienne de ces dates (185H./801) se révèle d’autant plus intéressante, selon Chafik T, Benchekroun, qu’un grand auteur comme Ḥasan al-Wazzān (Léon l’Africain) la présente comme la véritable année de fondation de Fès[17]. Cet auteur est d’une objectivité rare. Loin de Fès (il écrit à Rome), il affirme, à titre d’exemple, à raison que les Idrissides étaient des chiites (alors que tous ses contemporains s’obstinaient à les voir comme des sunnites malékites). Cette date se situe donc environ dix ans après la mort d'Idrīs I, à une époque où son successeur officiel n’avait pas encore dix ans et où une sorte de « régence » semble avoir été effectuée par Rāšid, le fidèle serviteur d'Idrīs I, et tout aussi fidèle précepteur et mentor d'Idrīs II (voir plus haut). Arrivé à ce stade, M. Benchekroun fait savoir qu'il a découvert que Rāšid a déjà fait frapper des monnaies à son nom à Volubilis sous le nom de Rāšid Ibn Qādim[23]. Deux fulūs ont été retrouvés, l’un frappé à Volubilis, l’autre frappé à Tāhirt (ce qui envisagerait une conquête temporaire de cette ville voisine de Tlemcen par Rāšid, d’où la volonté fébrile d’Ibrāhīm Ibn al-Aġlab de déstabiliser l’entité chiite, et ses complots successifs qui finiront par l’assassinat du mystérieux « régent »…). C'est Georges Séraphin Colin qui présente ces deux fulūs (sans dates), dans un article de la revue Hespéris publié en 1936. L’un est frappé à Volubilis, l’autre à Tāhirt par un certain Rāšid Ibn Qādim. Ce dernier, toujours selon Chafik T. Benchekroun, ne peut-être que le Rāšid de toutes les sources qui a gouverné (et régné ?) comme « régent » entre les deux Idrīs. Car, il faut dire que la plus récente pièce connue à avoir été frappée à Volubilis date de 199H./814-5 et porte le nom d'Idrīs II. Toutefois, Georges Colin suppose que c’est impossible que ce Rāšid Ibn Qādim soit le fameux Rāšid vu que Muḥammad al-Kattānī affirme que Rāšid s’appelait Ibn Mensa ou Ibn Muršid… Cependant, rétorque M. Benchekroun, il omet de dire que ce Muḥammad al-Kattānī est un hagiographe qui a écrit au XIXe siècle (c’est-à-dire onze siècles après les faits, 1 100 ans) et il prétend donner le nom complet de Rāšid alors qu'aucun auteur médiéval ne s'en montre capable... Donc, d’où cet hagiographe du XIXe siècle a-t-il rapporté ces informations ? De plus, l’un des noms qu’il avance est apparemment inventé, car, en plus de bien rimer (Rāšid Ibn Muršid) Muršid veut dire guide… Rāšid ayant guidé le futur Idrīs I de La Mecque jusqu’à Volubilis[24]Donc, conclut Chafik T. Benchekroun, Rāšid était investi durant sa régence d’une autorité suffisamment puissante pour pouvoir frapper monnaie à son nom, même dans la capitale qu’était Volubilis... Voilà ce qu’il est possible de déduire de ces informations laconiques : 1) Les monnaies existantes au nom d'Idrīs I lui sont soit contemporaines soit postérieures de un à quatre ans, et concernent soit sa capitale Volubilis, soit d’autres villes lointaines comme Tudġa, mais jamais Fès. 2) La plus ancienne monnaie frappée à Fès est surtout et avant tout anonyme, de surcroît, elle date d’environ dix ans après la mort d'Idrīs I, et de deux ans avant la bayʻa prématurée du futur Idrīs II alors âgé d’environ dix ans. 3) À l’époque où cette pièce de monnaie a été frappée, c’est Rāšid, l’ancien compagnon (affranchi ou « client ») d'Idrīs Ibn ʻAbd Allāh qui assurait la « régence » depuis une dizaine d’années, en attendant la majorité du futur Idrīs II. Rāšid a déjà frappé monnaie à son nom dans la capitale qu’était Volubilis, et donc jouissait d’une autorité souveraine.

Tous ces derniers éléments réunis peuvent permettre de penser, selon M. Benchekroun, à la probable éventualité qui voudrait que Rāšid, l’ancien affranchi et donc ancien esclave[25], ait pu être celui qui a fondé Fès

Ceci est incontestable, si les premières monnaies frappées à Fès (étant sûrement contemporaines à sa fondation) datent, comme celle que possède l’université de Kharkhov, d’environ 801, ou d’un peu plus tôt. Car, il faut le répéter une nouvelle fois, aux environs de 801, Idrīs I est mort depuis dix ans (donc Idrīs I ne peut avoir fondé Fès), et le jeune et futur Idrīs II est un enfant qui a au maximum dix ans (donc il ne peut lui aussi avoir fondé Fès, sauf si c’est réalisé symboliquement en son nom). Donc, celui qui gouverne réellement à l’époque, qui est le « régent » en quelque sorte, l’ancien esclave, Rāšid, ne peut être que le seul, capable et habilité, à pouvoir légitimement prendre la décision de fonder une ville, en l’occurrence, ici, la ville de Fès.

Ces dernières affirmations paraîtraient très solides s’il n’existait, aux dires de Lévi-Provençal, trois sources médiévales prétendant que Fès aurait été bâtie en 172H par Idrīs I, toujours selon Lévi-Provençal. Ces sources seraient a-Rāzī (Andalou du IVè H./Xe siècle, mais dont les propos, perdus, ne sont cités qu’au XIIIe siècle par Ibn al-Abbār), Ibn Saʻīd (XIIIe siècle) et l’auteur anonyme de la Zahra al-manṯūra (XIVe siècle), mais ce dernier aurait copié a-Rāzī, selon Lévi-Provençal lui-même, ce qui réduit ces sources de trois à deux[26]. Ces deux sources sont alors méticuleusement disséquées par Chafik T. Benchekroun, car la façon évasive avec laquelle elles ont été présentées par Lévi-Provençal invite à les revisiter de fond en comble. En suivant la démarche entreprise par Ismāʻīl al-ʻArabī[27] M. Benchekroun analyse ces deux sources l’une après l’autre:

1) A-Rāzī : L’œuvre d’Abū Bakr Muḥammad a-Rāzī (mort en 344H./955) est perdue et seules des bribes en sont citées chez des auteurs postérieurs. Les quelques phrases qui importent ici sont citées par Ibn al-Abbār (VIIè H./XIIIè)[28]: « … a-Rāzī raconte qu'Idrīs Ibn ʻAbd Allāh arriva au Maġrib en l’an soixante-douze (sous-entendu 172) durant le mois de ramaḍān en fuyant Abū Ğaʻfar (le calife abbasside al-Manṣūr), c’est alors qu’il arriva à un endroit appelé Ulīlī sur la rivière a-Zaytūn. Des tribus berbères se réunirent autour de lui et le choisirent à leur tête, et elles construisirent la ville de Fās… ». Chose très importante, a-Rāzī ne dit pas qu'Idrīs Ibn ʻAbd Allāh a fondé Fès, mais que ce sont les tribus berbères qui construisirent la ville, et de plus sans donner la date de fondation de cette ville. La seule date qu’il avance est celle de l’arrivée d'Idrīs Ibn ʻAbd Allāh à Volubilis, c'est-à-dire la date de 172H. La même date que Lévi-Provençal avance comme celle de la fondation de Fès[29] Donc Lévi-Provençal a fait dire à a- Rāzī quelque chose qu’il n’a pas dit. Tout au mieux l’aurait-il sous-entendu. Ce a-Rāzī qui est loin d’être un historien infaillible vu qu’il est le seul à avancer la date de 174H[30]comme celle de décès d'Idrīs Ibn ʻAbd Allāh alors que tous les autres auteurs avancent les dates de 175H ou encore postérieurement de 177H. Ce a-Rāzī qui prétend que Muḥammad Ibn Idrīs passa son règne dans le lucre et le stupre alors qu’il le confond avec Yaḥyā Ibn Yaḥyā Ibn Idrīs[31]. Ce a-Rāzī qui prétend que ce même Muḥammad Ibn Idrīs n’eut pas de descendance[32] alors que deux de ses fils (‘Alī Ibn Muḥammad et Yaḥyā Ibn Muḥammad) régnèrent sur Fès après lui, dont ‘Alī Ibn Muḥammad qui lui succéda immédiatement et dont il existe plusieurs pièces de monnaie datées à son nom qui corroborent le récit unanime de tous les autres auteurs… Ce a-Rāzī qui prétend qu’Idrīs Ibn ʻAbd Allāh fuyait les troupes du calife Abū Ğaʻfar (le calife abbasside al-Manṣūr), alors qu’il fuyait en réalité celles du calife al-Hādī vu que sa fuite se passe entre 169H./786 et 172H./788 et que le calife al-Manṣūr régna entre 754 et 775... Ce a-Rāzī qui prétend que les Rabaḍīs de Cordoue furent accueillis à Fès à l'époque d'al-Qāsim Ibn Idrīs (?) et non sous Idrīs II[33]… Tous ces arguments présentés, Chafik T. Benchekroun se demande: faut-il vraiment faire dire à a-Rāzī quelque chose qu’il n’a pas dit sur un sujet qu’il semble ne pas du tout maitriser[34]?.


2) Ibn Saʻīd al-Maġribī: A l’instar des propos d’a-Rāzī, ceux d’Ibn Saʻīd traitant de la fondation de Fès sont perdus, mais son cités par al-Qalqašandī[35](1355/1356-16 juillet 1418). Cette fois ci, ce sont des paroles claires et assurées. Al-Qalqašandī prétend qu’Ibn Saʻīd a écrit[36]: « …Fès est divisée en deux villes, l’une fondée par Idrīs Ibn ʻAbd Allāh, l’un des souverains idrissides au Maġrib, elle est connue pour être la rive des Andalous, l’autre fut fondée après elle et est connue pour être la rive des Kairouanais… ». Cependant, immédiatement après, ce même al-Qalqašandī cite al-Ḥimyarī pour dire que la rive des Andalous a été fondée en 192H et celle des Kairouanais en 193H[30] De surcroît, fait remarquer M. Benchekroun, al- Qalqašandī prétend citer ce passage d'Ibn Saʻīd[37] à partir de son Muġrib fi ḥulā al- Maġrib alors qu'il ne s'y trouve pas le moins du monde, en tous cas dans les manuscrits disponibles aujourd'hui et qui sont réputés comme complets... Mais, le plus troublant, continue Chafik T. Benchekroun[17] est que dans un autre ouvrage d’Ibn Saʻīd, Kitāb al-Badīʻ (كتاب البديع), l’auteur affirme que la construction de Fès commença au mois de rabīʻ al-awwal 192H et fut terminée en rabīʻ a-tānī 193H[30]… La deuxième source présentée par Lévi-Provençal comme autre argument fort qui appuie sa théorie s’effondre donc également.

Car, se demande M. Benchekroun, pourquoi, dès son arrivée, Idrīs I aurait-il tenu à bâtir une ville aussi proche de sa capitale, alors que cette dernière (Volubilis) devait être encore très spacieuse (le prétexte d’étroitesse de Volubilis n’est évoqué que sous Idrīs II, suite à la forte affluence que connaît la ville) ? Et surtout, pourquoi aucune monnaie n’est frappée à Fès sous Idrīs I et même, chose encore plus troublante, durant dix ans après sa mort (alors que des monnaies lui étant contemporaines existent à son nom pour des villes aussi éloignées de Volubilis que l’est Tudġa, aux portes du désert) ? Cela ne voudrait-il pas tout simplement dire que Fès n’existait pas à cette époque ? De plus, si Fès avait été fondée dès 172H, une mosquée y aurait dû être indiscutablement construite (Idrīs I fait bâtir une mosquée à Tlemcen en 174H[38]et une mosquée se trouve à Volubilis avant la bay’a d’Idrīs II[39])...ceci alors que plusieurs sources affirment en chœur que les premières mosquées de la ville furent fondées par Idrīs II. D’ailleurs, que ce soit sous le règne d’Idrīs I ou durant les dix années qui suivent sa mort, aucune source n’évoque un quelconque événement ou personnage qui aurait été lié à Fès… Mieux, Fès elle-même n’est jamais évoquée… Une des sources les plus importantes et les plus anciennes sur Idrīs Ibn ʻAbd Allāh, Aḥmad Ibn Sahl a-Rāzī, qui écrit au tout début du IVè H./Xe siècle, n'évoque tout simplement jamais Fès, comme si, logiquement, elle n'existait pas encore à l'époque d'Idrīs I...

Arrivé à ce point, M. Benchekroun essaye alors d’expliquer ces ténèbres historiographiques sur l’histoire de la fondation de Fès. La cause unique de ce quiproquo insoluble serait-elle à mettre sur le dos du malheureux copiste qui aurait remplacé sab’îin par tis’îin[40]? La nouvelle perspective qui signifierait la possible fondation de Fès par Rāšid peut éclairer d’une toute autre lumière la question. La supposition voudrait qu’en admettant que Fès ait été fondée par Rāšid, aux alentours de 184-5H./800-1, après sa mort, un à deux ans plus tard, le jeune Idrīs II et son entourage arabe, vivant dans un climat de suspicion de plus en plus dangereux à Volubilis (assassinat du « régent » Rāšid, bayʻa précipitée par son entourage, exécution du chef des Awraba…), ils aient décidé de se choisir une nouvelle capitale pas trop éloignée de l’ancienne (afin de garder une vigilance méfiante sur les versatiles Volubilitains) ; leur choix idéal s’arrête évidemment sur la toute proche Madīnat Fās fondée par leur regretté « régent » Rāšid. Mais pour affirmer leur volonté de créer une nouvelle capitale, ils décident de s’installer sur la rive faisant immédiatement face à Madīnat Fās qu’ils décident d’appeler al-ʻĀliya (comme le témoignent les monnaies frappées à cette époque). Car, Ibn ‘Iḏārī, par exemple, insiste bien sur le fait qu'Idrīs II a fondé sa ville dans la ʻUdwat al-Qarawiyyīn qui n'était que marécages à l'époque, sans souffler un traître mot sur la rive opposée[41]. Ceci expliquerait peut-être (en partie) l’histoire légendaire de l’ancienne Sāf qui doit être refondée par un illustre roi et devenir Fās[42]. De plus, Ibn Abi Zarʻ dit que sur les lieux de fondation de Fès se trouvait une ancienne ville détruite nommée Madīnat Sāf qui a été refondée par Idrīs II sous le nom de Madīnat Fās. Ceci alors que la plus ancienne monnaie de Fès (185H./801) porte l’inscription de Madīnat Fās (qui n’a donc pas été fondée par Idrīs II) et que la plus ancienne monnaie de la rive gauche de Fès (fondée par Idrīs II) porte l’inscription d’al-‘Āliya… Le récit légendaire Ibn Abi Zarʻ contiendrait alors au moins un soupçon de vérité : sa Madīnat Sāf antique refondée en Madînat Fās par Idrīs II serait la Madīnat Fās de Rāšid refondée en al-‘Āliya par Idrīs II. Surtout que l'écho d'une fondation de Fès en deux temps par deux souverains successifs est parvenu jusqu'à Ḥasan al-Wazzān (Léon l'Africain, qui écrit au début du XVIe siècle). En effet, il est le premier historien à affirmer clairement et directement (sans être cité par personne, comme les a-Rāzī et Ibn Saʻīd) que : « ...l'on construisit au bord de la rivière, à l'Est, une petite ville qui compta environ 3 000 feux et qui fut, relativement à son importance, pourvue de tout le nécessaire. Idrīs (II) vint à mourir. L'un de ses fils bâtit à l'Ouest une autre ville, de petites dimensions, située elle aussi sur le cours de la rivière. »[43]. Le texte est clair comme de l'eau de roche. Il faut juste y remplacer, selon Chafik T. Benchekroun, Idrīs II par Rāšid vu que Ḥasan al-Wazzān lui-même dit que Fès fut fondée en 185H./801, et qu'à cette époque le futur Idrīs II avait au moins dix ans...

Récit du frère d'Idris, Suliman[modifier | modifier le code]

Selon Ibn Khaldoun dans son appendice IV, Suliman s'échappe vers le Maghreb lors des Abbassides, il arrive à Tiaret après la mort de son frère Idris I et il voulut prendre le pouvoir. Mais les Berbères résistent aux menaces de Suliman et les Aghlabides décrètent l'ordre de l'arrêter. Suliman se rend à Tlemcen et fut maître de toutes les tribus Zénètes de cette localité.

Son fils Muhammed b. Suliman succède et ses enfants se partagent tout le Maghreb central après la mort de leur père. Le gouvernement de Tlemcen était sous la responsabilité de Ahmed, fils de Muhammed puis à Muhammed fils d'Ahmed, ensuite à Al Qasem fils de Muhammed fils d'Ahmed. Aysa, fils de Muhammed, obtient Archgul (ville et île sur la Tafna, rivière à huit lieues de Tlemcen) et il s'allie aux Fatimides. Le frère de Aysa, Idris obtient la possession des Dejrawa. Son fils Abu'l Aych Aysa lui succède. Après la mort de Abu'l Aych Aysa, Al Hasen b. Abi'l Aych prend le pouvoir chez les Dejrawas. Après cela, c'est au tour d'Ibrahim puis à ses fils (Yahya, Ibrahim et Idris). Idris reçoit Archgul, par contre, son frère Yahya s'allie aux Omeyades au temps de Abderhaman An Nacer. Cela provoque le mécontentement des Fatimides en 935. Yahyia sera arrêté par le général Misur.

La ville des Dejrawa qui abrite Al Hasen b. Abi'l Aych sera assiégée par Ibn Abi'l Afya, représentant des Omeyades au Maghreb central. La ville sera prise par les Omeyades. Puis Al Hasen s'évade pour rejoindre son cousin Idris, fils d'Ibrahim, chef d'Archgul. Al Buri, fils de Musa b. Abi'l Afya prendra cette ville.

Ténès sera le siège d'Ibrahim, fils de Muhammed, puis elle sera sous les mains de son fils Muhammed, du même nom, puis à Ibrahim (même nom), ensuite à Yahya et à Ali. Ce dernier est vaincu par les Zirides pendant le règne de Ziri ibn Menad en 953. Ali se réfugie alors chez les Maghraouides. Al Khir b. Muhammed bem Khazer des Maghraouis aidera Hamza et Yahiya, fils d'Ali a passé en Espagne.

Ahmed fils de Suliman, fils d'Ibrahim fut un chef du Maghreb central. Et parmi les descendants de Muhammed, fils de Suliman, il y a Ituwich, fils de Hatech, fils d'Al Hasen, fils de Muhammed, fils de Suliman, et Hammud, fils d'Ali, fils de Muhammed, fils de Suliman.

Ibn Khaldoun relève que Souk Hamza à Bougie, selon Ibn Hazm, ne porte pas le nom d'un idrisside, mais d'un Arabe de la tribu Sulaym. Il ajoute que Jawhar al-Siqilli, général fatimide, emmena les fils de Hamza à Kairouan.

Récit d'Umm Al Benin[modifier | modifier le code]

Selon Ibn Khaldoun, Oum al-Banin (qui veut dire mère de tous les enfants) est une femme qui est venu de Kairouan, elle était de la tribu arabe de Quraych. Mais selon b. Abi Zera, propos rapporté par Ibn Khaldoun, elle s'appelait Fatima et était berbère de la tribu des Houaras. Cette femme fut riche et elle vint s'établir à Fès. Elle sera la fondatrice de la grande mosquée Al Quaraouiyine en 859 et fera creuser un puits pour l'usage public.

Période préfatimide[modifier | modifier le code]

La dynastie Idrisside est sortie victorieuse après la guerre fratricide entre les fils d'Idris II contre les divisions et le séparatisme pour redevenir unie sous le commandement de Muhammad ben Idris. Mais son règne est bref et la mort l'emporte en 836[44]

Le jour même et à l'âge de neuf ans et quatre mois, son fils, connu plus tard sous le nom de Ali Haïdara, prend le titre d'émir. C'était un homme d'une grande noblesse et doté d'une grande intelligence, ces aspects sont apparus pendant son règne. Il a réorganisé le pays et a créé des institutions, il a réintroduit la justice et a été fortement soutenu par son entourage. Il a apporté à la population la sécurité et la prospérité et c'est resté ainsi jusqu'à ce qu'il décède en 848. Son fils Ahmed Mezouar a quitté Fès pour le pays jbala et sur la demande des Beni Arouss il envoya son fils Sellam. La descendance de l'émir Ali ben muhammad se succéda dans le pays de beni arouss. Le règne est maintenant dans les mains de son frère Yahya ben Muhammad, qui a commencé par organiser l'administration du pays. Il a découpé le pays et envoyé ses oncles et frères administrer les régions et s'est reposé sur eux. Ils se sont mal comportés et se sont approprié le commandement des tribus et leur ont déclaré "nous ne sommes les fils que d'un seul père".

L'émir s'est particulièrement intéressé au bien-être de ses citoyens et a construit des jardins, des hammams et des commerces, c'est d'ailleurs pendant son règne que la célèbre mosquée Quaraouiyine fut bâtie. Après sa mort, c'est son fils Yahya ben Yahya qui prit le règne et c'est à cette époque que la dynastie est entrée dans une période d'affaiblissement car il était corrompu, frivole et de mauvaise foi. Il s'est épris d'une jolie juive nommé Hana et a voulu abuser d'elle dans un hamman, lorsqu'elle appela au secours, on vint la secourir et on accusa l'émir d'adultère. C'est cette action qui changea l'estime de la population de Fès et à leur tête Abd Er-rahmane ben Abi Sahl Al-Jidami qui voulait le tuer. Mais sa femme, la princesse Atika fille de Ali ben Omar ben Idris a facilité sa fuite de la rive Kairouaniase à la rive Andalouse tout en refusant d'y aller avec lui. Lorsqu'il arriva sain et sauf, il fut atteint par de lourds remords et par la honte de ce scandale et mourut la nuit même.

Les actions de Yahya, ont mené Fès pour la première fois à être dirigé par un étranger à la dynastie (Abd Er-rahmane ben Abi Sahl Al-Jidami). Ce qui a eu pour conséquence que les marocains ont commencé à se permettre de s'insurger et à les combattre malgré l'aura de respect qu'ils avaient car étant les neveux de Mahomet.

Lorsque Yahya mourut, et bien qu'elle eut été maltraitée, et au vu de ce qu'il est advenu de la maison des Idrissides (dirigé par Abd Er-rahmane ben Abi Sahl Al-Jidami, chef de la garde), elle commença à écrire à Ali ben Umar en l'informant de la situation à Fès et en le priant d'accourir vers la ville avant que ça ne s'aggrave. Le prince était dans le pays du Rif et des Sanhaja, lorsque la missive arriva, il mit immédiatement son armée en marche et se dirigea vers Fès. Il entra sur la rive kairouanaise et Abd Er-rahmane ben Abi Sahl Al-Jidami prit aussitôt la fuite. La population de Fès était heureuse de cette arrivée car elle n'avait pas oublié ce que les Idrissides avaient fait pour eux et pour tout le pays, car pour la première fois cette région avait une existence et ils ont mis fin aux velléités des Abbassides et des étrangers sur les villes marocaines. Ce sont également eux qui ont mis les Berbères directement face à l'islam et le résultat et que toutes les régions sous leur domination ont été islamisées, mettant fin au judaïsme, christianisme et même à la magie.

Lorsque Ali ben Umar est rentré, les gens de Fès ont accouru vers lui et lui prêtèrent serment.

L'émir est resté dans sa nouvelle capitale, et était occupée à améliorer le quotidien de ses citoyens. Une rébellion s'est organisé dans les montagnes de Bouiblanes sous les ordres de Abderazak Al-fihri Assafri qui faisait partie de la famille de Huesca en Andalousie[réf. nécessaire]. Lorsqu'il eut construit son château et mis sur pied une armée, il marcha vers Fès pour la prendre. Lorsqu'il arriva, Ali ben Umar est sorti pour le combattre et une bataille féroce s'ensuivit qui vit la défaite de Ali qui fuit vers l'Andalousie. Cet ainsi qu'Abderazak Al-fihri Assafri entra dans le quartier des Andalous tandis que le quartier des kairouanais lui a résisté. Alors que tout montrait que la fin des Idrissides était venue, on vit jouer la sacralité du serment prononcé par la population de Fès à la dynastie car ils ne se sont pas juste contentés de combattre Abderazak Al-fihri Assafri, ils ont envoyé une lettre à Yahya ben al-Qasim le pressant de venir mettre un terme à la présence de cet étranger dans la maison Idrisside.

Yahya ben al-Qasim est accouru vers Fès et s'est installé dans le quartier des Kairouanais avant d'attaquer avec vigueur l'intrus en le chassant définitivement du quartier andalou.

Après avoir arrangé la situation à Fès, il mit sur pied une armée pour combattre les Assafris. Il fut tué en 904 par Rabii ben Soulaïmane.

Yahya ben Idris ben Umar prit le commandement de la dynastie, il était par ailleurs le plus apte à prendre le pouvoir, c'était aussi un homme d'islam, de justice. Sous son règne la dynastie rentrera dans une nouvelle période en ce qui concerne ses relations avec l'étranger.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Le , à Volubilis Idris Ier est proclamé imam du Maroc[45].

En 791, l'état marocain est créé. Idriss Ier, descendant de `Ali, gendre de Mahomet, fuit l'Arabie pour échapper au massacre de sa famille et vient s'installer à Volubilis (Walili) après une halte à Tlemcen-Agadir où il fit bâtir la mosquée d'Agadir (790)[46], et fonde la cité de Fès qui après sa mort en 792 sera désignée capitale du royaume par son fils successeur Idriss II, ce dernier s'occupe de la construction de la ville jusqu'en 803 et meurt en 828.

L'administration du royaume est confiée à ses fils, puis à ses frères. La vie économique à Fès est prospère, en 857 et 859, la cité se prévaut des prodigieuses mosquées Quaraouiyine et des Andalous. Au début du Xe siècle les Idrisides sont indiqués califes à Cordoue jusqu'à ce que la division de l'Espagne cause leur décadence et leur disparition en 1055.

En plus des querelles internes, la dynastie dut faire face aux Fatimides à l'est, puis aux Omeyyades de Cordoue au nord. Ils essayèrent de jouer de la rivalité entre ces deux grandes dynasties. Le dernier Idrisside se rendit aux Omeyyades.

Quelques décennies plus tard, des descendants de la famille qui s'étaient maintenus en Andalousie donnèrent naissance, à l'époque des taïfas, à la principauté des Hammudites.

Les Idrissides régnèrent sur Tlemcen durant 140 ans[47].

Liste des émirs idrissides (789-985)[modifier | modifier le code]

Les fondateurs[modifier | modifier le code]

Les émirs[modifier | modifier le code]

Généalogie idrisside Simplifiée

Rameaux notoires de la dynastie idrisside[modifier | modifier le code]

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Époque moderne[modifier | modifier le code]


Précédé par Idrissides Suivi par
Omeyyades de Damas
Icone-Islam.svg Idrîssides Transparent.gif
Ifrenides
Maghraouas
Meknassas

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Introduction to Islamic theology and law, By Ignác Goldziher, Bernard Lewis, pg.218
  2. Encyclopedia of Religion and Ethics, Part 24, By James Hastings, pg.844
  3. The Idrisids
  4. Abou Obeid Allah al-Bakri, Description de l’Afrique septentrionale (tr. De Slane), Maisonneuve & Larose, 1962, p. 123, de l’original en arabe.
  5. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, p. 998
  6. selon la table géographique de Slane, p. 1553, Histoire des Berbères, Berti, 2003, Alger
  7. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, Vol 1, page XXI de l'introduction livre en ligne
  8. Histoire religieuse de l'Algérie : l'identité et la religion face à la modernité par Chems-Eddine Chitour, page 87
  9. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, vol. 1, ancienne version, page 225 livre en ligne
  10. Les Civilisations de l'Afrique du Nord : Berbères-Arabes Turcs. Par Victor Piquet, page 73
  11. Le Royaume rostemide : le premier État algérien Par Chikh Békri, page 171
  12. L'Occident de la fin du Ve siècle à la fin du IXe siècle par Gabriel Fournier, page 187
  13. Hukam, Firas Tayyeb
  14. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères partie Almohades, page 333, édition berti 2003, Alger
  15. Ibn Khaldoun, Histoire des berbères, page 998, édition Berti, Alger, 2003
  16. note, Al Bakri parle d'une juive, selon le traducteur d'Ibn Khaldoun
  17. a, b et c Chafik T. Benchekroun, "Les Idrissides : l'histoire contre son histoire", al-Masaq (Publication of the Society of The Medieval Mediterranean), 23/3-3 (2011), p. 171-188.
  18. E. Lévi-Provençal, Les historiens des Chorfas suivi de La fondation de Fès, Maisonneuve, Paris, 2001. Il faut noter, chose surprenante, que 78 ans avant Lévi-Provençal, en 1860, Auguste Beaumier affirmait (sans avancer aucune preuve, et peut-être en confondant les deux Idrīs) que Fès avait été fondée par Idrīs I. Voir Histoire des souverains du Maghreb, trad. Beaumier, Paris, 1860, p. I de l’avertissement : « …Edriss, cinquième descendant d’Ali, gendre du Prophète, qui, en l’an 788 de Jésus-Christ, chassé de l’Arabie, arrive dans le Maroc, y propage l’islamisme, bâtit Fès et fonde la dynastie des Edrissites… ». Il faut tout aussi noter que jusqu’à aujourd’hui de nombreux auteurs continue à écrire que Fès a été fondée par Idrīs II en 808, comme par exemple Jean-Louis Miège (Le Maroc, Que sais-je, P.U.F., 2001 (1ère édition, 1950)) qui dit (p. 23) : « …Moulay Idriss II, élargit son domaine. Mais surtout il fonda en 808, la ville de Fès. ». Un historien plus récent comme Christophe Picard affirme que Fès fut fondée en 804. Voir sa préface au grand ouvrage d’Henri Pirenne. Mahomet et Charlemagne, Quadrige/PUF, Paris, 2005, p. XXVIII. Ceci alors qu’une historienne comme Maya Shatzmiller dit qu’elle fut fondée en 810. Voir : L’historiographie mérinide Ibn Khaldûn et ses contemporains, E. J. Brill, Leiden, 1982, p. 26.
  19. Georges Colin, Monnaies de la période idrisite trouvées à Volubilis, Hespéris, XXII, Fasc II, 1936.
  20. Un dirham unique existe au nom d'Idrīs II frappé à Tudġa en 179 de l'Hégire et que ni Eustache ni Brèthes ne mentionnent. Il était en vente sur un site internet spécialisé en numismatique arabo-islamique (vcoins.com).
  21. a et b Georges Colin, idem.
  22. Voir : Henri-Michel Lavoix, Catalogue des monnaies musulmanes de la Bibliothèque nationale : Espagne et Afrique, Paris, 1887-1896, p. XLIV, (pour ces dernières monnaies essentielles les pages 377-8).
  23. Georges Colin, idem, p. 118.
  24. Voir pour cette version apocryphe : Muḥammad al-Kattānī, al-Azhār al-‘Aṭira, lith. Fès, 1314, p. 99-100.
  25. L’historien espagnol Ambrosio Huici Miranda traduit aussi mawlā par affranchi (liberto). Voir : Ibn Abi Zar’, Rawd al-Qirtas, traducido y anotado por Ambrosio Huici Miranda, J. Nacher, Valence, 1964, p.31.
  26. E. Lévi-Provençal, Les Historiens des Chorfas suivi de La fondation de Fès, Maisonneuve, Paris, 2001, p. 12-16.
  27. Ismāʻīl al-ʻArabī, Dawlat al-adārisa mulūk Tilimsān wa Fās wa Qurtuba, Dār al-Ġarb al-islāmī, Beyrouth, 1983, p. 93-98.
  28. Il faut noter qu'Ibn al-Abbār cite ce passage dans la partie consacrée à Idrīs II et n'en parle pas du tout dans la partie, antérieure, consacrée à Idrīs I (où il devrait logiquement se trouver). Voir:Ibn al-Abbār, Al-ḥulla a-sayrāe, texte révisé par Ḥusayn Muenis, Dār al-Ma'ārif, Le Caire, 1985, tome I, p. 54-55. Ainsi que :Ismāʻīl al-ʻArabī, idem, p. 93.
  29. Dans sa biographie de Hārūn a-Rašīd, André Clot parle avec une assurance déconcertante de la fondation de Fès par Idrīs I en affirmant que cela fut « un choix délibéré » parce que le nouveau souverain ne voulait plus rester avec les Berbères à Volubilis. Et ce sans citer aucune source... De plus il commet de graves fautes dans la chronologie idrisside (il dit par exemple que les Rabaḍīs cordouans arrivèrent à Fès en 814, alors que cela arriva quatre ans plus tard selon toutes les sources connues...). Voir : Haroun al-Rachid et le temps des Mille et Une Nuits, Fayard, Paris, 1986, p. 112.
  30. a, b et c Ismāʻīl al-ʻArabī, idem.
  31. Ismāʻīl al-ʻArabī, idem, p. 94.
  32. Ismāʻīl al-ʻArabī, idem, p. 95.
  33. Ibn al-Abbār, idem, p. 194.
  34. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Bechekroun_14.
  35. Herman Beck affirme que ces propos d’Ibn Saʻīd furent aussi cités par Ibn Faḍl Allāh al-‘Umarī dans ses Masālik al-Abṣār, mais il est difficile de se procurer cet ouvrage rare (surtout que Beck ne donne pas de référence). Herman L. Beck, L’Image d’Idrîs II, ses descendants de Fâs et la politique sharifienne des sultans marinides, 1989, p. 45.
  36. Ismāʻīl al-ʻArabī, idem, p. 96.
  37. al-Qalqašandī, Subḥ al-aʻšā fī ṣināʻat al-inšā, Dār al-kutub al-ʻilmiya, Beyrouth, sans date, tome V, p. 148.
  38. Šihāb a-Dīne a-Nāṣirī, al-Istiqṣā li-aḫbār al-Maġrib al-aqṣā, Dār al-kutub al-ʻilmiya, Beyrouth, 2007, tome I, p. 127.
  39. Histoire des souverains du Maghreb, trad. Beaumier, Paris, 1860, p. 29.
  40. E. Lévi-Provençal, Les historiens des Chorfas suivi de La fondation de Fès, Maisonneuve, Paris, 2001, p. 12 à 16.
  41. Ibn ‘Iḏārī al-Murrākušī, Al-Bayān al-muġrib fī aḫbār al-Andalus wa al-Maġrib, Dār a-taqāfa, Beyrouth, 1948, tome I, p. 211.
  42. Ibn Abi Zarʻ, Rawd al-Qirtas, traducido y anotado por Ambrosio Huici Miranda, J. Nacher, Valencia, 1964, p. 89.
  43. Léon l’Africain, Description de l’Afrique, Maisonneuve, Paris, 1981, p. 181.
  44. Dynastie Idrisside au Maroc et en Andalousie Dr Nasrallah Édité Dar Nahda al-arabia
  45. Encyclopédie de l'islam Brill Archive, 1980
  46. http://zianides.free.fr/modules.php?name=Content&pa=showpage&pid=42
  47. http://books.google.com/books?id=n7gBAAAAYAAJ&printsec=frontcover&dq=Itin%C3%A9raire+historique+et+descriptif+de+l%27Alg%C3%A9rie:+comprenant+le+Tell+et+le+...++Par+Louis+Piesse&as_brr=3&hl=fr#v=onepage&q=&f=false version en ligne page 236

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, Édition Berti, Alger, 2003 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord, des origines à 1830, édition originale 1931, réédition Payot, Paris, 1994 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Chafik T. Benchekroun, "Les Idrissides : l'histoire contre son histoire", al-Masaq (Publication of the Society of The Medieval Mediterranean), 23/3-3 (2011), p. 171-188.
  • « Idris Ier et la naissance du premier royaume chérifien du Maroc », dans Michel Abitbol, Histoire du Maroc, Paris, Perrin,‎ 2009 [détail des éditions], p. 40-54
  • C. El Briga, « Idrisides », dans : Encyclopédie berbère, vol.24, Edisud 2001, p. 3637-3638

Liens externes[modifier | modifier le code]