Histoire de la Guinée-Bissau

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La Guinée-Bissau fut occupée puis colonisée par le Portugal de 1446 à 1974. Depuis l’indépendance jusqu'en 1994, elle est gouvernée par un parti unique, puis João Bernardo Vieira installe le multipartisme.

Histoire pré-coloniale[modifier | modifier le code]

Du XIe siècle au XVIe siècle, la région de l'actuelle Guinée-Bissau est partiellement sous le contrôle d'un vaste État, l'Empire du Mali, puissance avec laquelle doivent alors compter le Maroc et l'Égypte. À partir du XIIIe siècle, le royaume mandingue de Gabou exerce une forte influence sur la région.

Domination portugaise[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guinée portugaise.

Les premiers contacts européens avec les côtes de ce qui allait devenir la Guinée-Bissau sont établis, en 1446, par le navigateur portugais Nuno Tristão, tué en y prenant pied. Le Portugal établit quelques comptoirs sur cette côte, nommée par les navigateurs Rios da Guiné de Cabo Verde.

En 1630, une capitainerie générale de la Guinée portugaise est mise en place, pour administrer le territoire. Avec la coopération de certaines tribus locales, le Portugal participe au commerce triangulaire et exporte de nombreux esclaves vers les Amériques, en passant par le Cap-Vert. Cacheu devient l’un des principaux centres de commerce des esclaves. La traite décline au XIXe siècle et Bissau, construite en 1765 pour être un fort militaire et un centre négrier, devient une place de commerce.

XIXe et XXe siècles[modifier | modifier le code]

Le Portugal ne s’intéressa guère à l’intérieur des terres avant la seconde moitié du XIXe siècle. Il perdit une partie de la Guinée au profit de la France, y compris la Casamance, qui fut un temps le centre des intérêts commerciaux portugais dans la région. Un conflit avec la Grande-Bretagne à propos des îles de Bolama fut arbitré en faveur du Portugal, avec la participation du président des États-Unis Ulysses Grant.

Avant la Première Guerre mondiale, les forces portugaises soumirent les tribus animistes, avec le soutien d’une partie de la population musulmane, et fixèrent les frontières du pays. L’intérieur de la Guinée portugaise fut maîtrisé après 30 ans de combats qui se conclurent par la reddition des Bijagos en 1936. La capitale administrative passa de Bolama à Bissau en 1941. En 1952, un amendement constitutionnel modifia le statut de la colonie de la Guinée portugaise, qui devint une province d’outre-mer du Portugal.

Combat pour l’indépendance[modifier | modifier le code]

En 1956, Amílcar Cabral et Rafael Barbosa fondèrent clandestinement le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC). Le PAIGC déplaça ses quartiers à Conakry, en Guinée française, en 1960 et entama une rébellion armée contre le Portugal l’année suivante. Il remporta rapidement des victoire et contrôlait la majeure partie du pays en 1968. Il instaura un pouvoir civil et organisa des élections législatives dans les zones passées sous son contrôle, tandis que les forces et les civils portugais étaient confinés à leurs garnisons et aux grandes villes.

Amílcar Cabral mourut assassiné à Conakry en 1973 et la direction du parti revint à Aristides Pereira, qui devint plus tard le premier président du Cap-Vert. L’Assemblée nationale du PAIGC se réunit à Boe et déclara l’indépendance de la Guinée-Bissau le 24 septembre 1973. Les Nations unies reconnurent l’indépendance en novembre de la même année par le vote 93-7 de l’Assemblée générale[1]. Fait sans précédent, le vote dénonça une agression et occupation illicite par le Portugal et intervint avant le retrait et la reconnaissance de l’indépendance par ce dernier.

Indépendance[modifier | modifier le code]

Le Portugal accorda officiellement l’indépendance à la Guinée-Bissau le 10 septembre 1974, après la révolution des œillets et la chute de la dictature d’Antonio Salazar, en avril de la même année. Luís Cabral, demi-frère d’Amílcar Cabral, devint président de la Guinée-Bissau. Il sera renversé en 1980 par un coup d’État mené par le premier ministre et ancien commandant des forces armées, João Bernardo Vieira.

Présidence de Vieira[modifier | modifier le code]

Le Conseil révolutionnaire dirigé par Vieira fut au pouvoir en tant que gouvernement provisoire de novembre 1980 à mars 1984, date à laquelle le Conseil fut dissous et l’Assemblé nationale populaire reconstituée. L’assemblée, à parti unique, approuva la nouvelle constitution, élut Vieira à la président pour un mandat de cinq ans et élut le Conseil d’État, branche exécutive du pouvoir. Le président cumulait les charges de chef de l’État, chef du gouvernement et commandant en chef des forces armées.

Le gouvernement Vieira fut victime de tentatives de coup d’État en 1983, 1985 et 1993. En 1986, le premier vice-président Paulo Correira fut exécuté avec cinq autres personnalités pour trahison, à la suite d’un long procès.

Guerre civile et démocratisation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre civile de Guinée-Bissau.

En 1994, vingt ans après l’indépendance, la Guinée-Bissau vécut ses premières élections présidentielle et législatives multipartites. Quatre ans plus tard, en 1998, un soulèvement militaire dirigé par le général Ansoumane Mané plongea le pays dans la guerre civile et le président fut renversé par la junte le 7 mai 1999. En février 2000, Kumba Ialá, leader de l’opposition, fut élu à l’issue de deux tours d’élection présidentielle qualifiée de transparente par les observateurs. Il établit un gouvernement provisoire, mais le retour à la démocratie fut compliqué par une économie dévastée par la guerre civile et la propension de l’armée à s’immiscer dans les affaires gouvernementales. Le poids des anciens combattants qui ont obtenu l'indépendance de leur pays est en effet tel que l'armée est le véritable socle du pouvoir politique[2].

En septembre 2003, un coup d’État mené par le Général Veríssimo Correia Seabra déposa Ialá. Reportées plusieurs fois, les élections législatives eurent finalement lieu en avril 2004. Seabra fut tué en octobre de la même année par des factions mutinées. D’après le premier ministre Carlos Gomes, les mutins étaient des soldats au service de l’ONU rentrés du Libéria et insatisfaits de n’avoir pas encore été payés. Vieira fut réélu président le 24 juillet 2005.

Le 12 avril 2012, un coup d'État mené par l'armée dépose le premier ministre Carlos Gomes Júnior dans le contexte d'une élection présidentielle contestée. La CEDEAO et la CPLP prennent des positions fortes contre ce coup d'état et examinent les possibilitiés d'intervention politique et militaire[3].

Sources et références[modifier | modifier le code]

  1. ODS HOME PAGE
  2. András István Türke, La géopolitique des premières missions de l'Union européenne en Afrique, Editions L'Harmattan,‎ 2013, p. 175
  3. Público (Lisbonne),14, 15 et 17 avril 2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Karine Abdel Malek, Le Processus d'accès à l'indépendance de la Guinée-Bissau, in Bulletin de l'Association des anciens élèves de l'Institut national de langues et de cultures orientales, N°1, avril 1998, p. 53-60
  • (en) Richard Lobban et Peter Karibe Mendy, Historical dictionary of the Republic of Guinea-Bissau, Scarecrow Press, Lanham (Md.), Londres, 1997 (3e éd.), XXIII-411 p. (ISBN 0-8108-3226-7)
  • René Pélissier, Naissance de la « Guiné » : Portugais et Africains en Sénégambie, 1841-1936, Pélissier, Orgeval, 1989, 485 p. (ISBN 2-902804-08-3)
  • (pt) Zamora Induta, Guiné, 24 anos de independência, 1974-1998, Hugin, Lisbonne, 2001, 196 p. (ISBN 972-794-078-1)
  • (pt) Fernando Amaro Monteiro et Teresa Vázquez Rocha, A Guiné do século XVII ao século XIX : o testemunho dos manuscritos, Ed. Prefácio, Lisbonne, 2004, 287 p. (ISBN 972-8816-61-8)
  • (pt) Gomes Eanes de Zurara, Crónica dos feitos de Guiné (préface, sélection et notes de Álvaro Júlio da Costa Pimpão), Livraria Clássica Editora A.M. Teixeira, Lisbonne, 1942, 85 p.