Boabdil

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Histoire d'al-Andalus
Gazelle sur une poterie à l'Alhambra
711 - 756 La Conquête

756 - 1031 Les Omeyyades de Cordoue


1031-1086 Les Taïfas


1086-1147 Les Almoravides


1147-1226 Les Almohades


1238 - 1492 Le royaume de Grenade


Reconquista
Thèmes connexes
Souverains d'al-Andalus
Sciences et techniques
Cartes d'al-Andalus

Abû `Abd Allâh “az-Zughbî” Mohammed ben Abî al-Hasan `Alî[1] est le vingt-deuxième émir nasride de Grenade. Il est surnommé Az-Zughbî[2] (l'infortuné) et appelé Boabdil (déformation castillane de Abû Abdil-lah) [3] ou El Chico[4] (Le Jeune) par les Castillans.

Il est né à Grenade en 1452. Il est le fils de Abû al-Hasan `Alî dit El viejo[5] (L'Ancien). Il lui succède en 1482. Il règne sous le nom de Muhammad XII az-Zughbî sur le Royaume de Grenade et en est le dernier souverain. Le royaume disparaît en 1492. Selon les écrits de l'historien tlemcénien Al-Maqqari, ( à ce jour, seule source historiquement admise) il décède en 1533 à Fès.

Les Espagnols s'en souviennent aussi sous le nom de El Moro, le Maure, ramenant ainsi les conquérants initiaux à leur ultime représentant.

Sommaire

[modifier] Biographie

Au XVe siècle, l'étendue des territoires soumis à l'Islam en Espagne se réduit de plus en plus et Grenade reste le dernier bastion que les Rois catholiques aimeraient conquérir. Une intrigue amoureuse au sérail du roi de Grenade facilite leur tâche. Le roi Abû al-Hasan `Alî (1464-1482) s'est en effet épris d'une belle chrétienne, Isabelle de Solis qui une fois convertie à l'islam prend le nom de Zoraya, et il envisage de répudier la reine `Aïcha, dont il a eu un fils, Az-Zughbî. `Aïcha s'enfuit avec son fils, détrône son mari et le remplace par Boabdil, le Petit Roi « el Rey Chico ». Les grandes familles maures prennent parti pour ou contre celui-ci. De leur côté, les Espagnols attisent ces rivalités qui les servent.

[modifier] Premier règne (1482 - 1484)

En 1482 Boabdil évince son père Abû al-Hasan `Alî et monte sur le trône.

[modifier] La grande défaite chrétienne de l'Axarquía

Au printemps 1483, le marquis de Cadix et le grand maître de l'Ordre de Santiago, Don Alonso Cárdenas, autour desquels s'est regroupée l'élite de la noblesse chrétienne andalouse, décident de lancer une expédition dans la région du littoral située entre Málaga et Vélez-Málaga appelée Ach-Charqiyya[6] par les arabes et l'Axarquía dans des chroniques castillanes, sur le conseil d'un musulman renégat d'Osuna. Trois mille cavaliers et mille fantassins partent d'Antequera le 19 mars. Arrivés à la côte méditerranéenne, ils prennent la direction de Málaga. Dans cette terre âpre des Montagnes de Málaga se produit la contre-attaque musulmane dans la nuit de jeudi à vendredi 21 mars 1483[7]. Les chrétiens sont complètement mis en déroute. Les chroniques castillanes elles-mêmes admettent avoir perdu mille huit cents morts et prisonniers dont d'illustres nobles castillans[8].

La bataille de l'Axarquía est la dernière victoire des musulmans dans l'histoire d'al-Ándalus.

[modifier] La bataille de Lucena

Un mois après la défaite chrétienne dans les Montagnes de Málaga, Boabdil, avide de gloire, décide de faire une incursion en territoire chrétien. Son objectif est une place mal défendue, Lucena, dont le gouverneur, Diego Fernández de Cordoue, n'est âgé que de dix-neuf ans. Mais un musulman grenadin trahit les siens en révélant aux habitants de Lucena ce projet d'attaque. Ceux-ci fortifient la ville très rapidement. Le 20 avril 1483, Boabdil à la tête de sept cents cavaliers et de neuf mille fantassins, est repoussé devant les murs de Lucena. Il subit de nombreuses pertes dues à la surprenante intervention de l'armée du comte de Cabra qui avait été averti de la manœuvre des Nasrides. Après plusieurs escarmouches ils mettent en déroute Boabdil qui se montre un piètre commandant. L'armée musulmane est presque détruite.

Pendant la bataille le vaillant capitaine de Loja,`Alî al-Attar, beau-père de Boabdil, et plusieurs membres de l'aristocratie grenadine perdent la vie. Boabdil lui-même est tombé entre les mains des chrétiens. Ceux-ci, dans un premier temps ne le reconnaissent pas. Boabdil a été enfermé dans la forteresse de Porcuna. Cet épisode marque le début de la chute de Grenade. Les conditions admises par Boabdil pour obtenir sa libération sont les plus humiliantes accordées par un souverain d'al-Andalus. Il a promis de livrer un impôt de douze mille doublons de Jaén, l'équivalent de quatorze mille ducats ; de restituer les trois mille captifs chrétiens castillans ; de livrer comme otage son fils, le prince héritier Ahmad, son frère Yûsuf et dix jeunes aristocrates grenadins. Il accepte d'être le vassal des rois de Castille et il demande à la Castille de lui venir en aide pour reprendre son trône[9].

Dès qu'il est informé de la catastrophe de Lucena, Abû al-Hasan, qui dispose du soutien de nombreux habitants de Grenade se hâte de reprendre son trône.

[modifier] Captivité en Castille (1484 - 1487)

Pendant sa captivité, son père Abû al-Hasan `Alî jusqu'en 1485, puis son oncle Muhammad XIII az-Zaghall prennent successivement le pouvoir.

Ferdinand d'Aragon le libère et l'aide à reprendre le trône en 1487, à la condition que Grenade devienne vassale de l'Espagne et qu'il renonce à défendre Malaga en passe d'être attaquée par les Catholiques. En outre, il donne son premier-né de 2 ans en otage, promet le paiement de 14.000 ducats d'or et la libération de 7.000 prisonniers espagnols

[modifier] L'assaut contre Malaga

Au printemps 1487, à la tête de 70.000 hommes, Fernando décide de joindre à la couronne la deuxième ville du royaume : Malaga. Les chrétiens encerclent la ville. Le chef de la garnison nasride, Ahmad at-Tagrî, prend le commandement de la ville à partir du 6 mai. Il est déterminé à combattre jusqu'au bout. Soumis au feu des bombardes castillanes, les musulmans se défendent de leur mieux. En juillet, les vivres arrivent à manquer. Les habitants de Málaga sont obligés de manger des chevaux, ânes, mulets et chiens.

Une subite épidémie réduit considérablement les effectifs des assiégeants. A ce moment critique, Fernando demande à son épouse de faire acte de présence pour remonter le moral de ses troupes. Celle-ci fait son apparition dans une armure scintillante entourée de six cent lanciers, tandis que cent navires chargés de ravitailler les armées bloquèrent le port de Malaga

Mohammed az-Zughbî (Boabdil) se conforme à l'accord secret signé avec les Rois Catholiques (prix de leur aide pour le remettre sur le trône) et en conséquence n'intervient pas pour défendre Málaga.

En revanche, son oncle Muhammad XIII az-Zaghall qui s'est exilé à Almeria après la chute de Baza, essaie sans succès une manœuvre de diversion pour défendre Malaga en lançant quelques détachements de volontaires nasrides d'Adra, sur les chrétiens aux alentours de Vélez-Málaga.

Málaga capitule au bout de trois mois et demi de siège, le 18 août 1487. Les quinze mille prisonniers musulmans sont dans un véritable état d'inanition[9].

[modifier] Relations des Nasrides avec les autres musulmans (1485 - 1489)

Encerclés par l'ennemi chrétien, à partir de 1485 les Grenadins se retournent vers leurs anciens alliés, les souverains maghrébins de Fès et Tlemcen à qui ils demandent une aide efficace. Le sultan Mérinide Mohammed ben Yahyâ qui règne à Fès a signé en 1479 un traité avec la Castille, lui reconnaissant des droits exclusifs sur la côte Africaine. Les Zianides de Tlemcen sont trop occupés par leurs deux voisins Mérinides et Hafsides. les Hafsides à Tunis s'efforcent d'avoir les meilleurs relations avec la Castille pour pouvoir se protéger contre les Mamelouks d'Égypte.

En 1487, une ambassade grenadine a sollicité aide au sultan mamelouk Qâ'it Bay. Celui-ci a menacé l'Église catholique. Il lui demande d'intervenir auprès de la Castille pour qu'elle renonce à ses attaques contre Grenade. Au cas contraire, Qâ'it Bay ferait subir des représailles aux membres du clergé de l'Église de la Résurrection à Jérusalem. Il interdirait aux européens l'accès à ce sanctuaire et s'il était nécessaire, il le ferait détruire. Mais les menaces de Qâ'it Bay sont en réalité purement verbales. Le sultan mamelouk et la Castille ont établi des relations commerciales en pleine guerre de Grenade. Le 2 janvier 1488, Ferdinand avait demandé au pape l'autorisation pour vendre du blé « au sultan de Babylone » (Qâ'it Bay) afin d'aider ses sujets menacés par la famine. Le montant de la vente serait utilisé pour couvrir les frais de la guerre contre Grenade. En seconde intention, Ferdinand voulait aider le sultan du Caire car il le considérait comme le seul chef musulman capable de résister aux Ottomans dont la puissance ne cessait de croître. Aucune aide efficace n'était donc prévisible de la part d'aucun de ces souverains. Ils se contentèrent de recevoir les fugitifs qui cherchaient à échapper à la répression religieuse[9].

[modifier] Second règne (1487 - 1492)

Mohammed az-Zughbî (Boabdil) revient au pouvoir pour voir la fin du royaume de Grenade.

Une fois libéré, Boabdil refuse de soumettre la ville. Fin 1487, Almeria et Guadix tombent. En 1489, Almunecar et Salobrena tombent à leur tour.

La puissante famille des Abencérages est accusée d'être vendue aux chrétiens et de vouloir renverser Boabdil. Selon Gines Perez De Hita, historien de la fin du XVe siècle, trente-six Abencérages auraient été exterminés par Boabdil dans une salle du palais.

Article détaillé : Abencérages.
Boabdil remettant les clés de Grenade à Ferdinand et Isabelle (Tableau de Francisco Pradilla y Ortiz)

[modifier] La chute de Grenade

Boabdil reste le seul souverain. Au printemps 1491, les chrétiens reprennent les hostilités contre Grenade avec une armée puissante de dix mille cavaliers et de quarante mille fantassins. Le 26 avril commence le siège final de la capitale nasride. Ce jour là, la Reine Isabelle Ire de Castille a juré de ne pas se baigner et de ne pas changer de vêtements jusqu'à la prise de Grenade. Au début du siège, le campement des Castillans a été détruit par le feu. Isabelle a alors fait construire dans la vallée du Genil un campement fixe. Elle a fait appeler cette ville Sitiadora[10].

Depuis leur capitale assiégée les Grenadins n'ont essayé que quelques rares sorties pendant les six mois suivants. Ils ne disposaient pas plus que d'une cavalerie et d'une infanterie impuissantes en face à l'artillerie castillane qui ouvrait des brèches dans les murailles de la ville. Fin 1491[11], la situation dans Grenade devient très précaire quand le blé, l'orge, le millet, l'huile viennent à manquer. Le passage par l'Alpujarra est devenu impraticable parce que la neige a commencé à tomber et a coupé les communications avec cette région méridionale. Boabdil entame des conversations secrètes pour ne rendre la ville que fin mars 1492 alors que depuis décembre 1491, les Castillans exigent une reddition immédiate.

Dans la nuit du 1er au 2 janvier 1492, guidés par Ibn Kumasa et Abû al-Qasim al-Mulihe, deux vizirs de Boabdil, le grand commandeur de León, Don Gutiérrez de Cárdenas et quelques fonctionnaires castillans entrent secrètement dans Grenade par un chemin peu fréquenté. Au petit jour, Boabdil livre les clés de l'Alhambra à Don Gutiérrez dans la Tour Comares. La capitulation officielle date donc du 2 janvier 1492[12].

Le comte de Tendilla et ses troupes entrent ensuite dans l'Alhambra en suivant le même itinéraire. La bannière de Castille et la croix sont hissées sur l'une des tours de la forteresse de l'Alhambra qu'on appelle encore aujourd'hui la Tour de la Bougie. Boabdil laisse sa ville et ses palais intacts aux mains de ses adversaires, moyennant un traité de capitulation qui garantit les droits des habitants : ceux-ci peuvent rester en conservant leur religion, leurs autorités juridico-religieuses, leurs biens et même leurs armes (sauf les armes à feu).

Boabdil fait excaver les tombes de ses ancêtres Mohammad II, Yusef I, Yusef III et Abu Saad pour qu'elles ne soient pas profanées par les chrétiens. Il les fera transférer dans le cimetière de la mosquée de Mondújar.

La légende dit que sur le chemin de l’exil, au lieu-dit : " le dernier soupir du maure ", Boabdil se retourna vers la capitale de son royaume perdu et pleura. Sa mère Aixa Fatima lui lança : " pleure comme une femme ce que tu n’as pas su défendre comme un homme ! ".

Dans ses écrits, Christophe Colomb dit avoir assisté à la reddition et au départ de Boabdil.

[modifier] La fin (1492 - 1494 ou 1533)

Exilé dans le sud à Laujar de Andarax dans les montagnes des Alpurrajas où Ferdinand lui a accordé une seigneurie, il perd sa femme Morayma qui sera également enterrée dans la mosquée de Mondujar. Trahi par son vizir Yusef Aben Comixa qui vend sans son consentement la seigneurie pour 80000 ducats à Ferdinand; Boabdil est contraint d'embarquer en Octobre 1493 du port d'Adra pour rejoindre les côtes africaines.

Selon la légende, une fois embarqué, Boabdil regarde dans la direction de la côte, lance son épée dans les flots et promet de revenir un jour la chercher.

Il serait allé vivre à Fès au Maroc avec sa mère, sa soeur et ses 2 fils Ahmed et Yusef. Selon l'historien algérien Al-Maqqarî, il meurt en 1533/1534[13] et ses descendants vivent à Fès en 1627/1628[14] dans des conditions difficiles.

Selon un document sans référence consultable sur le net, il meurt en 1494 à Tlemcen. Une pierre tombale portant son épitaphe sera retrouvée en 1848 dans la nécropole royale zianide de Tlemcen, avant d'être perdue en 1898 après avoir été présentée à l'exposition universelle de Paris en 1889[réf. nécessaire]. Mais il semblerait qu'il s'agisse plutôt de celle de son oncle Muhammad XIII az-Zaghall.[réf. nécessaire]

Enfin, certains situent sa mort à Marrakech (Maroc). Le chroniqueur espagnol Marmol écrit « Boabdil mourut prés de l’Oued el Assouad (la rivière noire) au gué dit de Waqûba, dans la guerre qui a opposé les Mérinides de Fez au royaume chérifien de Marrakech».[réf. nécessaire]

Toutefois, dans ce Maghreb complexe où informations, oui-dire, rumeurs, imprécisions historiques et propagandes se chevauchent, il est nécessaire de se baser sur des archives authentifiées et indiscutables. C'est pourquoi, à ce jour, les écrits du Tlemcenien Al Maqqari sur Boabdil sont les plus vraisemblables.

Sa fille Aixa fut capturée par les espagnols et baptisée Isabel. Le roi Ferdinand célèbra la conquète de Granade en la prenant comme maitresse. Puis elle devint la mère d'un de ses fils illégitimes, Miguel Fernández, chevalier de Granade (1495-1575). Plus tard, elle fut rejetée par le roi et devint nonne utilisant le nom "Soeur Isabel de Granade".

[modifier] Les légendes

Dans la mémoire populaire espagnole, Boabdil est devenu un héros romantique de la Reconquista, compte tenu des événements déroulés à la perte de son royaume. Son nom est donc fréquemment présent autour de Grenade.

  • Le massacre des Abencérages dans la salle dite des Abencérages à l'Alhambra
Article détaillé : Abencérages.
Article détaillé : Soupir du Maure.
Article détaillé : Colline de la Sabika.


En 1485, Abû al-Hasan `Alî décède et son frère Muhammad XIII az-Zaghall assure à son tour l'intérim jusqu'à la libération de Boabdil.

Précédé par Mohammed XII az-Zughbî (Boabdil) (El Chico) (restauré) Suivi par
Muhammad XIII az-Zaghall
Nasrides Royaume de Grenade
(1487-1492)
Ferdinand II d'Aragon
Isabelle Ire de Castille

[modifier] Notes

  1. arabe : ʾabū ʿabd allāh az-zuḡbī muḥammad ben abī al-ḥasan ʿalī,
    أبو عبد الله “الرغبي” محمد بن أبي الحسن علي
  2. arabe maghrébin : رغبي, infortuné
  3. Boabdil par déformation de (A)bû Abd Allâh ou (A)bû Abdil-lah par les Castillans.
  4. espagnol : chico, enfant, jeune sans doute par opposition avec son père surnommé El Viejo, le vieux
  5. espagnol : viejo, vieux
  6. arabe : aš-šarqīya, الشرقية, L'orientale
  7. 11 safar 888 A.H.
  8. (es) Carpeta Didáctica : al-Andalus Al-Ándalus III: el Sultanato De Granada (1232-1492) y Una Breve Reseña Sobre la Alhambra
  9. abc (es) Carpeta Didáctica, ibidem
  10. espagnol : Sitiadora, lieu où se trouve une place forte
  11. muharram 897 A.H.
  12. 28 safar 897 A.H.
  13. En 940 A.H.
  14. En 1037 A.H.

[modifier] Articles connexes

[modifier] Liens et documents externes

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