Charites

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Dans la mythologie grecque, les Charites (en grec ancien Χάριτες / Khárites), assimilées aux Grâces par les Romains, sont des déesses personnifiant la vie dans toute sa plénitude, et plus spécifiquement la séduction, la beauté, la nature, la créativité humaine et la fécondité. Selon Hésiode et Pindare[1], elles sont les filles de Zeus et d'Eurynomé (ou d'Eunomie). Certaines traditions tardives en font plutôt les filles d'Hélios (le Soleil) et d'Églé, ou de Dionysos et de Coronis (ou d'Héra).

Quant à Homère[2], il nomme Charis comme l'épouse d'Héphaïstos et présente Pasithée comme une des Charites[3], fille de Dionysos et d'Héra. Héra la promet en mariage à Hypnos à condition qu'il veuille bien l'aider à endormir Zeus[4].

Dans les temps primitifs, on n'honorait à Sparte que deux Charites, Kléta (L'Illustre) et Phaenna (L'Éclatante), qui, chez les Athéniens, portaient les noms d'Auxo (Celle qui fait croître) et Hégémone (Celle qui met en route). Le premier surtout de ces noms, Auxo, permet d'affirmer leur caractère de déesses de la végétation, sans doute aussi de la fécondité. C'est Hésiode qui porte leur nombre à trois. Dans l'antique cité des Minyens, à Orchomène de Béotie, elles étaient trois, Euphrosyne, Thalie, Aglaé, et étaient adorées comme divinités des eaux dans le fleuve Céphise, comme le rappelle Pindare au début de la XIVe Olympique.

Pausanias fournit une longue digression au cours de sa Description de la Grèce (livre 9, chapitre 35, 1-7) sur les différentes traditions attachées aux Charites en Grèce continentale et en Ionie.

Symbolique des Grâces[modifier | modifier le code]

En grec ancien, la racine du nom des Charites est celle du verbe χαίρω, se réjouir, être joyeux. Cette joie vivante, force élémentaire qui nous maintient dans l'être et le bonheur, est celle que les Grecs se souhaitaient en se saluant du seul mot de χαῖρε ! réjouis-toi !

  • Euphrosyne est la joie poussée à son sommet, l’allégresse, la joie de vivre que l'on ressent dans un banquet (tel le banquet éternel des dieux auquel les hommes participaient au début du récit de la Théogonie) ;
  • Thalie est la personnification de l’abondance, voire la surabondance, le trop-plein de vie, qui se prodigue comme un don ;
  • Aglaé est la beauté dans ce qu'elle a de plus éblouissant, la splendeur. Il s'agit de la plus jeune, elle passe selon Hésiode pour l'épouse d'Héphaïstos à la place d'Aphrodite. Enfin, Aglaé est aussi la messagère d'Aphrodite.

Ensemble, elles personnifient le mode de vie festif, de dépense, qui permet de vivre la vie dans ce qu'elle a de plus intense. Les Charites sont la vie telle que l'entendaient les Grecs. Ainsi, chez eux, tout ce qui est reçu est une charis, une grâce (ou une gratification) : dans une société fondée sur le don (ce qu'exprime en grec ancien le verbe χαρίζομαι accorder une grâce) et le contre-don, elles sont donc intégrées au système de valeurs, en plus d'être un idéal de vie festive.[réf. nécessaire]

Comme tous les dieux et déesses, elles sont éternellement jeunes et belles, à l'âge que les Grecs considéraient comme celui de la plénitude, entre quinze et vingt ans.

Elles incarnent le désir de l'homme, et sont l'incarnation de la vie, mais pas dans sa différence avec la mort (thanatos), plutôt en tant qu'élément du vivant (βίος, bios) ; elles incarnent la vie (ζωή, zoé), quand celle-ci est plus intense. Elles président ainsi à toutes les activités ludiques (d'où leurs représentations en danses et en jeux), à toutes les activités gratuites : la sexualité en dehors du mariage, le festin (le repas en l'absence de faim), la danse (l'activité physique sans nécessité, pour le plaisir).

Cependant, cette forme supérieure que peut revêtir la vie ne l'est que dans l'ordre. Pour que la vie puisse s'épanouir à ce point, il est nécessaire qu'un roi règne. Ainsi, elles sont souvent représentées dansant ; la danse qu'elles exécutent est très différente de celles des Ménades qui escortent Dionysos. Elle est dirigée par Apollon qui joue de la cithare, dictant le rythme de la danse, en découpant le temps et les mouvements en périodes régulières. De même, les fêtes humaines qu'elles président ne se font qu'à certains moments de l'année, à des dates réglées à l'avance.

Les Charites ont comme divinités symétriques les Érinyes, divinités de la haine et de la vengeance, elles aussi soumises à l'ordre du roi. Dans les sociétés antiques, l'échange (le don) est requis pour arrêter le cycle de la vengeance, pour exorciser l'ambivalence de la vie : on échange des cadeaux contre la vie.

La grâce peut être de différentes sortes :

  • la grâce érotique, versée par Aphrodite, inspire le désir sexuel ;
  • la grâce du guerrier, qui est la gloire ;
  • la grâce du roi, qui inspire le respect (notre charisme).

La grâce (χάρις, charis) peut également être versée sur les hommes. Ainsi Ulysse, qui sort du bain préparé par Nausicaa, et reçoit la charis d'Athéna, prend l'apparence d'un dieu.

Attributs[modifier | modifier le code]

L'une tient des roses, l'autre, un dé à jouer, et la troisième, une branche de myrte ou les trois tiennent chacune une pomme.

Culte[modifier | modifier le code]

Les Charites font partie du cortège d'Apollon mais aussi d'Aphrodite ou de Dionysos. Elles avaient des temples à Élis, Delphes, Périnthe, mais on leur rendait un culte distinct par exemple à Orchomène (Béotie) et à Paros. Dans Argos, elles étaient associées au culte d'Héra, et leurs statues se dressaient à l'entrée de son temple, d'après la description qu'en donne Pausanias[5]. Dans ce temple, la statue d'Héra par Polyclète portait sur sa couronne les Charites et les Heures. À Délos, la statue d'Apollon présentait sur sa main tendue le groupe des trois Charites[6]. Si les Charites trouvent ainsi place dans le cortège de plusieurs grands dieux, c'est sans doute que ces dieux les ont supplantées là où elles étaient primitivement adorées comme forces primordiales[7].

Le fleuve Céphise près de Delphes leur est consacré.

Iconographie[modifier | modifier le code]

On les représente d'abord comme toutes les déesses, vêtues et voilées mais plus tard, elles apparaissent complètement nues.

Parmi leurs représentations célèbres, on peut citer :


Identifiées dans le corpus de la mythographie hellénistique, les Grâces sont indispensables dans tout cursus d'études en histoire de l'art depuis la Renaissance et la pratique du voyage en Italie.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources antiques[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pindare, Olympiques, XIV, 1 à 24.
  2. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne], XVIII, vers 382-383.
  3. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne], chant XIV, vers 275-276 ; voir Nonnos, Dionysiaca, XXXI, 103.
  4. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne], XIV, vers 264 à 276.
  5. Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], livre II, chapitre XVII, 4.
  6. Plutarque, De Musica, 14.
  7. Jacqueline Duchemin, Pindare poète et prophète, Les Belles Lettres, 1956, p. 72.

Annexes[modifier | modifier le code]

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