Entente cordiale

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Une carte postale française de 1904 montrant Britannia et Marianne dansant ensemble, symbolisant la nouvelle coopération des deux nations

L’Entente cordiale est la compréhension diplomatique par laquelle la France et le Royaume-Uni tentent de régler leurs antagonismes, en premier lieu le partage de l'Afrique, sous le règne du roi Louis-Philippe, puis sous la Troisième République.

L'expression d'« entente cordiale » est utilisée par Guizot peu après 1830 et l'avènement de Louis-Philippe d'Orléans comme roi des Français (1830-1848). Une première entente cordiale entre la France et le Royaume-Uni est concrétisée avec les deux séjours que fait la reine Victoria chez le souverain français en 1843 et 1845, au château d'Eu en Normandie.

Sous la Troisième République, un nouveau rapprochement est effectué entre les deux pays, sous le même nom d'entente cordiale : la France et le Royaume-Uni signent en 1904 une série d'accords bilatéraux désignés sous ce nom. Ces accords constituent le socle de la Triple-Entente formée avec l'Empire russe.

Volonté politique et diplomatie[modifier | modifier le code]

L'Entente cordiale est le fruit des efforts diplomatiques cherchant à dépasser les différends pour aboutir à une alliance nécessaire du Royaume-Uni et de la France. Le premier pas est le Traité de la Quadruple-Alliance (1834), signé par Talleyrand pour Louis-Philippe, qui consacre un rapprochement de fait entre la France et le Royaume-Uni. Ce n'est cependant qu'au tout début du XXe siècle, en 1904, que Paul Cambon et Léon Geoffray surent convaincre le ministre français des Affaires étrangères Delcassé, qui surmonta les réticences françaises attisées par Fachoda et appuya leur démarche de sa volonté politique. On reparla alors d'Entente cordiale.

La pierre angulaire du système de Triple-Entente[modifier | modifier le code]

Théophile Delcassé, artisan des accords d'Entente Cordiale d'avril 1904
Scouts français et britanniques portant leurs drapeaux respectifs. 1912

Le Royaume-Uni et la France signèrent le 8 avril 1904 une série d'accords bilatéraux que l'on désigne généralement sous le nom d'« Entente cordiale ». Ils y résolvaient plusieurs différends coloniaux plus ou moins anciens. Ainsi, outre la question ancienne des droits de pêche français au large de Terre-Neuve, objet du premier protocole, Royaume-Uni et France reconnaissaient par le second protocole la légitimité de la domination de la première sur l'Égypte, du protectorat (l'expression diplomatique de « droit de police » revient à reconnaître de fait le protectorat) de la seconde sur le Maroc. Enfin, le troisième protocole définissait les sphères d'influences respectives des deux nations au Siam, entérinait la souveraineté française à Madagascar et établissait les Nouvelles-Hébrides en condominium franco-britannique[1]. L'année suivante, l'attitude compréhensive du Royaume-Uni envers la position française au Maroc aida à la France à imposer à l'Allemagne le statu quo dans le royaume chérifien (conférence d'Algésiras).

Le Royaume-Uni et la Russie signèrent un accord similaire le 31 août 1907, délimitant leurs sphères d'intérêts respectives en Perse et en Afghanistan. Les deux accords, cumulés à l'alliance franco-russe de janvier 1892, constituèrent la « Triple-Entente ».

Bien que n'étant pas une alliance, l'alignement des trois puissances (complété par divers accords avec le Japon, les États-Unis d'Amérique et l'Espagne) constitua un contrepoids puissant à la « Triple Alliance » de l'Allemagne impériale, de l'Autriche-Hongrie et de l'Italie (cette dernière ayant conclu un accord additionnel secret avec la France contredisant de fait ses obligations dans l'alliance).

Après le déclenchement de la Première Guerre mondiale en août 1914, les puissances de la Triple Entente décidèrent le 4 septembre de ne pas signer de paix séparée avec l'Allemagne ou l'Autriche-Hongrie. L'armistice séparé de la Russie en décembre 1917 et la paix du Traité de Brest-Litovsk le 3 mars 1918 mirent un terme à son alignement avec les autres puissances de l'entente.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Après la Première Guerre mondiale, les empires coloniaux français et britanniques atteignirent leur apogée : un facteur-clé de la puissance de la nouvelle alliance.

Liée avant tout à la montée en puissance de l'Allemagne, manifeste notamment avec le développement d'une marine de guerre capable de menacer la suprématie navale britannique, l'Entente cordiale marqua la fin de la neutralité britannique en Europe. Elle mit un terme à un antagonisme de plusieurs siècles entre la France et l'Angleterre (puis la Grande-Bretagne et le Royaume-Uni), qui considéraient chacun l'autre pays comme leur principal ennemi, notamment pendant la période féodale (débouchant sur la guerre de Cent Ans), puis pendant presque tout le XVIIIe siècle et jusqu'en 1815.

Le Royaume-Uni et la France continuèrent à collaborer dans ce qui sera à la fin, sans succès, une politique de maintien de l'ordre pendant les années 1920 et 1930 jusqu'à la défaite écrasante de juin 1940 dans un conflit renouvelé avec l'Allemagne qui força la France à un armistice séparé, laissant le Royaume-Uni seul en Europe occidentale. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l'Entente cordiale va être pérennisée au sein du traité de Dunkerque, signé par les deux parties en 1947.

Les Bourses Entente Cordiale[modifier | modifier le code]

Les Bourses Entente Cordiale (Entente Cordiale Scholarships) attribuées en France par le British Council ont été créées en 1995 lors du Sommet franco-britannique de Londres et High Wycombe, sur l'initiative de Sir Christopher Mallaby, ambassadeur britannique en France de 1993 à 1996.

Ce prestigieux programme de financement bilatéral attribue chaque année à 25 étudiants français et britanniques confondus une bourse d'étude leur permettant d'effectuer un séjour d'un an dans une université de l'autre côté de la Manche. Elle s'adresse à des étudiants en 2e ou 3e cycle (postgraduate) et s'élève à environ 10 000 livres sterling, entièrement financés par le secteur privé.

Ces bourses sont destinées à favoriser la compréhension mutuelle et promouvoir les échanges entre les personnalités françaises et britanniques de demain.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Chassaigne, La Grande-Bretagne et le monde de 1815 à nos jours, Armand Colin, 2009, p. 41

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L'entente cordiale par un de ses artisans : trente années de souvenirs anglo-français, de Sir Thomas Barclay, société générale d'éditions illustrées, 1915.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]