Rogui Bou Hmara

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Bou Hamara بوحمارة

Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait de Bou Hmara

Nom de naissance Jilali ben Driss El Youssefi Zerhouni
Alias
Bou Hamara بوحمارة
Naissance 1860
Ouled Youssef
Décès 2 septembre 1909 (à 49 ans)
Fès
Nationalité Drapeau du Maroc Maroc
Pays de résidence Drapeau du Maroc Maroc
Profession politicien, militaire
Formation


Jilali ben Driss Zerhouni el Youssefi surnommé Rogui Bou Hmara, بوحمارة), alias l’Homme à l’Anesse, né en 1860 au village d'Ouled Youssef dans le nord du massif de Zerhoun (Maroc).

Selon Eugène Aubin dans "Le Maroc dans la tourmente" : En 1862, sous le régime de Sidi Mohamed, un individu de la fraction des Rouga, qui appartient à la tribu des Seffian, dans le Gharb, Djeloul Rogui souleva quelques partisans, tuant le Caïd et marchand vers Fès... la colonne envoyée contre lui recueillit son cadavre à la Zaouia de Moulay Idriss Zerhoun où il était réfugié. L'insurrection avait duré quarante jours. Depuis lors, tout insurgé, fut surnommé Rougui. Sobriquet malencontreux et écrasant.

Bou Hamara était un homme politique d'origine très modeste, appartenant à la famille des Ouled Abbou. Naguère, avait accompli son initiation au coran à lamssid, ses études supérieures à Fès, au corps des Tolba Mouhendissine mais aussi à Tlemcen, à Alger et vraisemblablement à Paris, où il aurait obtenu le diplome d'ingénieur topographe dans la prestigieuse École des ponts et chaussées[réf. nécessaire]. Instruit et émérite, cet homme a su acquérir de la considération et du respect de son entourage et des personnalités influentes du Makhzen.

La réussite[modifier | modifier le code]

Il devint quelque temps le secrétaire de Moulay Omar, khalife de Fès et frère de Hassan Ier, sultan du Maroc jusqu'en 1894. Il obtint rapidement des accès au sérail et devint un homme puissant.

Il tient son surnom du fait qu'il se déplaçait, dans son adolescence, souvent, à dos d'ânesse ; Mais surtout, parce qu'il préférait se déplacer à dos de baudet, afin de se montrer plus proches de ses sujets ; Par opposition au Sultan qui a pour monture, un cheval. Au début de sa mutinerie, il usurpa l'identité du frère du sultan, Moulay M'hammed. Cette posture avait pour but d'unir autour de lui les Marocains, qui avaient une dévotion profonde pour le frère ainé de Abdelaziz et fils de Hassan premier. Il souleva les tribus en s'imposant comme le défenseur de la religion islamique et en dénonçant les abandons successifs de pouvoirs de la nation à la France et l'Angleterre. À ce sujet, il y a un point très important à connaître : Le Sultan avait pour conseillers influents deux anglais : Sir Henry Mac Lean, dit Caïd Mac Lean, ancien sergent sous-officier de l'armée anglaise, anobli par son roi Édouard VII, empressé de reconnaître l'aide précieuse qu'il avait apportée au développement de l'influence britannique au Maroc. Il fut commandant de la garde du Sultan, mission qu'il accomplissait déjà sous le règne de Moulay Al Hassan et le Vizir Ba H'mad. Le deuxième personnage est le correspondant du Times M. Harris, qui arriva au Maroc en 1901, et qui devint le deuxième personnage le plus influent dans l'entourage du jeune sultan.

Bou Hamara avait environ 42 ans quand il profita de l'anarchie régnante (Siba) et de l’absence d’institutions du "Makhzen", pour mener en novembre 1902 la rébellion contre la Alaouites en la personne de Abdel Aziz. Le 23 décembre de la même année, il battit les troupes du sultan My Abdel Aziz. Bien que les M'halla du Sultan fussent commandée, à tour de rôle, par le frère du sultan Moulay El-K’bir, par le ministre de la Guerre en personne, Si Mehdi Lamnabhi, le frère de celui-ci... il devint le maître de l'oriental, contrôlant une grande partie du nord et de l'est du Maroc (Ghiata, Tsoul, Znata, Nekor, Aït Ouriaghel, Taza, Aknoul, Selouane...).

En ce temps-là, Oujda, Djebala et le Rif étaient sillonnés en tous sens par les émissaires de Bou Hamara. Une légende magnifique auréolait déjà les débuts du règne du rival d'Abd-el-Aziz. Des poésies arabes et berbères couraient les douars, les villes et les hameaux, volaient de lèvre en lèvre : la population du Nord-Est marocain. On était persuadé que le vrai sultan Abd-el-Aziz avait été escamoté, emporté à Londres par deux sirènes d'Albion, que l'Anglais Mac Lean, favori d'Abd-el-Aziz, connu là-bas sous le nom d'El-Krouni (le colonel), régnait à Fez, où il était parvenu à se faire passer pour le Sultan grâce à sa ressemblance avec le fils de Rokiya la circassienne et de Hassan 1er, et l'incroyable Légende suivante électrisait des milliers de marocains et se répandant partout comme une immense traînée de poudre…

La fin[modifier | modifier le code]

Cependant, vers 1909, et paradoxe de cette réussite géopolitique fulgurante, qui lui permettait de contrôler des territoires tellement immenses, qu'il ne pouvait plus s'assurer la fidélité de toutes les tribus qu'il a conquises. Il fut pourchassé par cherif mohamed ameziane de la tribu des guelaya (nador) en 1907 pour avoir passé des contrats et cédé des concessions minières aux Espagnols. Cet évènement fut le début de sa déchéance et sonna le glas de cette belle conquête. Il mena son ultime bataille contre l'armée du sultan Moulay Abd al-Hafid en 1909 (qui avait renversé son frère Abdel Aziz, en 1908), activement aidé par la France, en munitions et en officiers encadrant la M'halla du sultan. Voyant son armée décimée et sa fin proche, il se réfugia dans une mosquée de la zaouïa Darkaouia, croyant que sa vie serait épargnée. En dépit de leur caractère sacré, les lieux furent bombardés et détruits par l'artillerie lourde fournie au sultan par ses alliés français. Jilali Zerhouni, ses lieutenants, Ben Jilali, Si Allal Zemrani, Aakka... Ses femmes, ses enfants sont finalement capturés avec 400 survivants de ses soldats et de son personnel le 21 août 1909 et emmené à Fès.

Suite à des traitements inhumains, seuls 160 des 400 prisonniers arrivèrent vivants à destination. Le 2 septembre 1909, Bou Hmara est torturé une dernière fois et exécuté par dépeçage en public, puis livré aux fauves avec 32 de ses partisans. Ce qui resta de sa dépouille est incinérée à Bab Al Mahrouk, la place d'exécution des basses besognes du sultan.

On raconte qu'on a commencé par sectionner à chacun une main et le pied opposé, ensuite, les têtes coupées et accrochées sur le fronton de Bab Al Mahrouk :

« Les bouchers opéraient, tranchant d'un coup de leurs couteaux aiguisés ici une main droite et un pied gauche, là une main gauche et un pied droit. Le sang coulait à la grande joie de la foule. Les malheureux s'affaissaient et pour arrêter l'hémorragie, on les portait près d'un caveau où chauffait de la poix bouillante et on y trempait leurs moignons sanglants, au milieu de leurs hurlements de douleur. Beaucoup mouraient de leurs souffrances et de la perte de leur sang. Après quelques jours de manège, les consuls des puissances étrangères présents en ce moment à Fès, se réunirent et décidèrent d'inviter le sultan, au nom de l'humanité et de la civilisation à cesser ces exécutions barbares ».

Ce traitement scandalisa les chancelleries et les consulats européens au Maroc. Le corps consulaire de Fès sollicita même une audience pour la remise de la note de protestation, elle lui fut accordée pour le 11 septembre 1909.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]