Dynastie Yuan

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39° 54′ N 116° 23′ E / 39.9, 116.383 ()

Dynastie Yuan
元朝 (zh)

Их Юань улс (Их Юань улс.PNG Dai Ön Ulus) (mn)

1234/12791368

Description de cette image, également commentée ci-après

Le territoire de la dynastie Yuan vers 1294

Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Dadu
Langue Mongol, chinois
Religion Bouddhisme
Histoire et événements
1234 Conquête de la Chine du Nord par Ögödei
1260 Début du règne de Kubilaï Khan
1279 Chute de la dynastie Song (Chine du Sud)
1368 Togoontomor est déposé par Zhu Yuanzhang : début de la dynastie Ming
Empereurs
(1er) 1271-1294 Kubilaï Khan
(Der) 1333-1368 Togoontomor

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La dynastie Yuan est une dynastie mongole fondée par Kubilai Khan et qui règne sur la Chine de 1279 à 1368. Elle vient à la suite de la dynastie Song qui avait régné sur la Chine du Sud entre 960 et 1279.

Sous cette dynastie, la Chine est entièrement sous domination mongole, ce qui lui vaut de nos jours encore une mauvaise image auprès du peuple chinois. En effet, c'est la première fois que la Chine est gouvernée par une dynastie d'origine non-Han[1].

C'est aussi le premier exemple de la force d'assimilation de la culture chinoise. Les Mongols commencent à codifier leurs lois au contact de l'empire chinois. En 1268, Sakya Pandita et son neveu Drogön Chögyal Phagpa adaptent l'écriture ouïghoure et tibétaine à la langue mongole qui, jusqu'à ce moment, était une langue orale uniquement[2].

Datation du début de la dynastie Yuan[modifier | modifier le code]

Wang Mian, 1287 1359. Branche de prunier en fleur. Rouleau vertical, encre sur papier, 1 355,68 × 26 cm, Musée de Shanghai

Bien que la date de 1271 soit celle de la proclamation par Kubilaï Khan du début de la dynastie, on trouve des documents chinois datés des « années de Yuan Shizu » (元世祖, Kubilaï) antérieures à 1271.

Plusieurs autres dates sont donc proposées pour le commencement de la dynastie :

Certains choisissent même 1279, date de la chute des Song, qui marque la fin de la conquête de la Chine.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Mongols et la Chine avant Kubilai Khan[modifier | modifier le code]

Gengis Khan (mort en 1227)
Article détaillé : Gengis Khan.

En 1204, Gengis Khan s'attaque aux Jin installés dans le nord-est de la Chine, les contrôle et les traite en vassaux[réf. nécessaire].

De 1213 à 1214, les Mongols ravagent la Chine du Nord, mais ils prennent les campagnes sans les villes car le génie militaire leur fait défaut. Gengis Kahn décide donc d'employer la ruse : il signe un traité de paix avec les Jin en 1215 et épouse la fille adoptive de l'Empereur des Jin, et quand la famille royale part se reposer dans sa résidence d'été, Gengis Kahn en profite pour faire un carnage dans la capitale Zhongdu (actuelle Pékin)[réf. nécessaire].

Gengis Kahn meurt le 18 août 1227 pendant le siège de Xingqing, la capitale du royaume des Xia occidentaux (ou Empire tangoute).

Ögödei (1228-1241)
Article détaillé : Ögödei.

En 1228, Ögödei, fils de Gengis Khan, devient Grand Khan.

Il intervient en Chine du Nord où les Jin se rebellent. En mai 1232, il s'empare de Kaifeng, la dernière capitale des Jin.

En 1235, un nouveau qurultay[3] décide de lancer quatre grandes campagnes : vers le royaume de Goryeo dans la péninsule de Corée, vers le royaume des Song de Chine du Sud, vers le Moyen-Orient et vers l'Europe[réf. nécessaire].

Ögödaï meurt le 11 décembre 1241 subitement pendant une sortie de chasse. Sa veuve Töregene assume la régence de 1241 à 1246, date de l'élection de leur fils Güyük, qui régnait pendant deux ans. C'est ensuite au tour de Möngke, un autre petit-fils de Gengis Kahn de prendre les rênes du pouvoir.

Möngke (1251-1259) et sa succession
Article détaillé : Möngke.

En partant aider Kubilai dans la guerre contre les Song, Möngke charge son jeune frère Ariq Boqa d'administrer le centre de l'empire et Karakoroum.

Lorsque Möngke meurt en 1259 au Sichuan, Ariq se proclame empereur.

Kubilai Khan[modifier | modifier le code]

Transport de matériaux sous le règne de Kubilaï pour les constructions qu'il entreprit dans l'enceinte du palais impérial de Pékin. Vue sur le pont Marco Polo construit sous les Song

Kubilai doit attendre la victoire en 1264[réf. nécessaire] pour accéder réellement au khanat[4], en ayant presque conquis l'intégralité de la Chine.

Souhaitant s'initier au bouddhisme, Kubilai Khan demande au prince mongol Godan de lui donner Drogön Chögyal Phagpa, un jeune lama tibétain âgé de 23 ans. En 1260, l'année où il devient le Khan des Mongols, Kubilai Khan nomme Chögyal Phagpa son Régent Impérial[réf. nécessaire]. Selon les Mongols actuels, Phagpa fut le premier à « inaugurer la théologie politique de la relation entre l'État et la religion dans le monde bouddhiste tibéto-mongol »[5],[6]. Avec le soutien de Kubilai Khan, Chögyal Phagpa s'est établi ainsi que son école en tant que pouvoir politique prééminent au Tibet.

Contrairement à ses prédécesseurs pour qui tous les territoires conquis se valaient, il accorde la primauté à la Chine, choisissant un nom dynastique à l'imitation des fils du Ciel. Il fonde la dynastie des Yuan en 1271 et installe peu après sa capitale à Zhongdu (actuelle Pékin), ancienne capitale des Jin, à laquelle il donne le nom de Dadu (« grande capitale ») en chinois et de Khanbalik (« ville du Khan ») en mongol ; lui-même adopte le nom d'« empereur Shizu » (元世祖) et nomme rétrospectivement les khans précédents empereurs de la dynastie Yuan. Malgré l'origine étrangère de ses dirigeants, la dynastie Yuan, dont le territoire se limite à la Chine et à la Mongolie, avec pour capitale Pékin, est considéré par les historiens chinois comme une dynastie chinoise.

Il fait entreprendre de grands travaux à Khanbalik, particulièrement dans la zone du palais, où sont créés des jardins avec lacs artificiels et ponts. Il en confie l'organisation et la supervision à Liu Binzhong, ancien moine Chan aux talents d'ingénieur, son conseiller avant même son accession au trône. Il l'avait auparavant (1256) chargé de la rénovation de la préfecture de Kaiping en Mongolie (Kaipingfu), centre de son domaine avant qu'il ne devienne empereur. Quand la capitale est transférée à Khanbalik, Kaipingfu devint Shangdu (« ancienne capitale » ou « capitale du Nord », plus connue sous la dénomination de Xanadu), qui lui sert un temps de résidence d'été.

En 1276, Kubilaï attaque Lin'an (Hangzhou) dans le royaume Song et capture l'impératrice et le prince héritier. La cour s'enfuit vers le sud et l'héritier est remplacé par son frère. En 1279, les armées Yuan vainquent le reste de l'armée Song à la bataille navale de Yamen à Guangzhou. Toute la Chine se trouva alors sous le contrôle de la dynastie mongole.

Pendant son règne, Kubilai mène aussi des expéditions militaires vers le Japon, la Birmanie, le Viêt Nam et l'Indonésie, mais sans succès. En ce qui concerne l'Empire mongol, les régions occidentales (khanat de la Horde d'or, Khanat de Djaghataï, khanat de Perse) deviennent indépendantes sous la direction de dynasties gengiskhanides : .

Les successeurs de Kubilai[modifier | modifier le code]

Au milieu du XIVe siècle, malgré des efforts de sinisation partielle de la part de certains empereurs, la dynastie mongole avait créé trop d'insatisfaction, et il ne lui fut pas épargné les calamités naturelles aggravant le mécontentement de la population. Des révoltes eurent lieu, encadrées comme c'est souvent le cas par des mouvements religieux. Le coup de grâce fut donné par Zhu Yuanzhang, fondateur des Ming, qui avait étudié les techniques militaires mongoles et pris la tête du mouvement des Turbans rouges, dont une des branches provenait de la Secte du lotus blanc. Sous la pression des rebelles, l'empereur Toghan Temur (Togoontomor) s'enfuit en Mongolie en 1368. Il continua de se considérer comme le souverain de la Chine (Yuan du Nord), tandis que Zhu Yuanzhang proclamait de son côté l'avènement des Ming. Les armées chinoises entreprirent l'attaque de la Mongolie en 1380 ; sa capitale, Karakorum, tomba en 1388. Toghan Temur et les deux empereurs qui se succédèrent jusqu'à cette date sont parfois appelés empereurs des Yuan postérieurs.

La tradition chinoise prétend que le signal de l'insurrection anti-mongole fut donné le soir de la Fête de la mi-automne par des messages dissimulés dans les gâteaux de lune, consommés par les seuls Hans.

La Chine sous les Yuan[modifier | modifier le code]

Fonctionnement de l'Empire[modifier | modifier le code]

Plat à bordue à huit feuilles. Porcelaine à fond peint vernissé et décor appliqué bleu, melons, bambous et raisins, Jingdezhen, Yuan tardif, Shanghai Museum
Porte du Collège impérial (Guozijian) à Pékin. Le Guozijian date de la Dynastie Yuan.

Les souverains mongols ne réussirent jamais à trouver leur marques, partagés depuis Kubilaï entre le désir d'affirmer leur supériorité de caste dirigeante et celui d'être de vrais empereurs de Chine maîtrisant le fonctionnement du pays. Kubilaï mit en place un système qui consistait à utiliser les réseaux déjà existants (administration, structures religieuses etc.) tout en gardant au maximum le contrôle grâce à une concentration accrue des pouvoirs dans des services administratifs centralisés ou entre les mains de personnes de confiance, et en imposant des restrictions à la participation des Han à l'administration.

La population était en effet divisée en quatre castes ethniques bien distinctes. Les Mongols constituaient la première, et les autres peuples dits « aux yeux colorés », d'Asie centrale ou même d'Europe, la seconde. Les Chinois (Han), Jurchens et Mandchous de l'ancien territoire Jin, dits « du Nord », faisaient partie de la troisième caste, les Chinois et ethnies habitant l'ancien territoire des Song du Sud constituaient la dernière caste.

Tous les postes importants étaient réservés aux Mongols. Les mariages entre les Mongols et les autres castes étaient interdits, ce qui entretint la séparation ethnique et conserva sa nature étrangère à la famille et à la noblesse impériales. Sur la partie du territoire en majorité Han, les Yuan choisirent dans la mesure du possible des non-Han comme employés de l'administration, dont des étrangers, européens parfois. Les fonctionnaires Han étaient souvent envoyés en poste aux confins de l'empire.

Ce régime fut par la suite partiellement assoupli, par exemple par Renzong qui ré-instaura en 1313 les examens d'accès à la fonction publique, entamant l'exclusivité mongole sur certaines fonctions.

Jamais réellement chinois, les empereurs Yuan eurent néanmoins des tuteurs et conseillers chinois qui les influencèrent. Chengzong (成宗) et Renzong (仁宗)en particulier, avaient à cœur de développer leur nouveau domaine. Ce dernier, éduqué par Li Meng (李孟) un néo-confucianiste, était aussi influencé par les taoïstes qui avaient réussi à le persuader que, né le jour anniversaire du dieu Zhenwu, il en était l'incarnation. Il fit faire de grand travaux sur le mont Wudang en son honneur. Mais de manière générale, les empereurs Yuan furent jugés trop sinisés par les nobles mongols et encore trop mongols par les Chinois.

Une grande tolérance était observée de la part des Mongols vis-a-vis des religions autochtones.

Huang Gongwang, 1269 1354. Maison dans les monts Fuchun. Détail. encre sur papier, h 33cm, l totale 640cm. National Palace Museum, Taipei
Ni Zan, 1301 1374.Six gentilhommes. Rouleau mural, encre sur papier, 1345 ,61,9x33cm. Musée de Shanghai.

Aménagements et progrès[modifier | modifier le code]

Le grand canal fut prolongé jusqu'à Pékin. Routes et ponts furent construits en grand nombre afin de permettre une amélioration du commerce. Un système efficace de relais de poste fut organisé avec des relais pour les cavaliers à cheval. La réouverture de la route de la soie bénéficia au commerce. Pendant la pax mongolica le réseau de communication entre Orient et Occident sera grandement amélioré : « résultat imprévu autant qu'heureux pour la civilisation de la terrible conquête genghiskanhide » dit René Grousset. On assiste à la libéralisation des marchands et marchandises. Les meilleures marchandises étaient d'abord présentées au grand Khan puis le reste envoyé en Europe. Ce système enrichit énormément les marchands islamiques qui tinrent véritablement les finances de l'état mongol.

Des greniers furent construits pour y emmagasiner des réserves afin d'être distribuées gratuitement aux populations les plus pauvres en cas de disette.

Développements culturels[modifier | modifier le code]

Pendant la dynastie Yuan de nombreuses influences enrichirent la culture et les connaissances.

  • Des connaissances scientifiques et techniques étrangères pénétrèrent en Chine. La cartographie et la géographie progressèrent. Les mathématiciens Zhu Shijie et Guo Shoujing poursuivirent les efforts entamés sous les Song. Ce dernier est également le concepteur du premier système d'irrigation de pâturages tenté dans la région de Shangdu (Kaiping). L'astronomie progressa avec la création d'une clepsydre très perfectionné et d'observatoires à Dadu et sur le mont Song. Jamal al-Din, astronome d'origine persane, conçut le calendrier de la dynastie. De nouveaux instruments scientifiques furent inventés, dont la sphère armillaire.
  • Le théâtre connut un grand essor. Les empereurs entretenaient des troupes au palais, et c'est à cette époque que fut introduit l'accompagnement instrumental. La littérature en langue vernaculaire, le roman et la littérature de voyage se développèrent.
  • C'est aussi à cette période que les premiers explorateurs européens arrivèrent en Chine. Parmi eux Marco Polo, qui restera de 1275 à 1291 en Chine et dont l'ouvrage, le Livre des merveilles du monde, est à l'origine de la fascination que la Chine exerce sur les Européens. C'est sous les Yuan que pourront voyager la poudre explosive, l'imprimerie, les techniques d'ingénierie et les pratiques médicales.
  • Le bouddhisme Chan, représenté par Zhongfeng Mingben (中峰明本, 1263–1323) originaire de Hangzhou, eut un moment les faveurs du Khan, mais le bouddhisme tibétain finit par l'emporter lorsque Kubilaï accorda en 1269 le contrôle de l'ensemble des bouddhistes au chef de la lignée Sakyapa.
  • Les mélanges de population aux confins occidentaux de l'empire s'accompagnèrent d'une expansion de l'Islam. Des communautés musulmanes et ouïgoures commencent à se constituer au Xinjiang, au Gansu et au Yunnan.

La réponse faite par Möngke Khan à Guillaume de Rubrouck venu le convertir exprime clairement la politique de liberté religieuse des Mongols. Tout en ayant adopté le bouddhisme tibétain, les empereurs et la noblesse conservèrent beaucoup de leurs traditions, comme les cérémonies au dieu du Ciel Tenggeri accompagnées de libations d'alcool à base de lait de jument (kumiz) avant les batailles. Kubilaï entretenait des shamans à la cour. Les empereurs déléguèrent le contrôle de l'ensemble du taoïsme à deux écoles, Quanzhen Dao au nord du Chang Jiang et Zhengyi Dao au sud, entrainant le regroupement de nombreux mouvements sous leur bannière. De nos jours encore, ces deux dénominations recouvrent la majorité des écoles taoïstes.

Bien que le système des examens ait été aboli et les lettrés supplantés par la noblesse mongole ou des étrangers, les empereurs Yuan manifestèrent du respect pour le temple de Confucius qu'ils firent rénover. Lorsque le régime des examens fut restauré en 1315, ils imposèrent la version standardisée de Zhu Xi, plus simple, confirmant la position dominante du néo-confucianisme dans l'ensemble confucéen. Cette disposition sera reprise par les Ming.

Peu avant la fondation de la dynastie, alertés par les incursions mongoles en Europe, Saint Louis et le Pape avaient envoyé des ambassadeurs franciscains au Khan, Guillaume de Rubrouck et Jean de Plan Carpin, pour sonder ses intentions et tenter (en vain) de le convertir.

Guan Daosheng, 1262 1319, Bambou et rocher. Encre sur papier, 87,1 × 28,7cm. National Palace Museum

Ecriture de la dynastie Yuan[modifier | modifier le code]

Kubilaï avait l'ambition de créer une nouvelle écriture pour unifier l'écriture multilingue de l'Empire mongol. Il confia cette tâche à Drogön Chögyal Phagpa (1235 - 1280), un lama tibétain de l'école sakyapa du bouddhisme tibétain. En réponse, Chögyal Phagpa a modifié l'écriture tibétaine traditionnelle et a créé une nouvelle série de caractères appelée l'écriture Phagspa qui a été finalisée en 1268. Kubilai Khan décida d'utiliser l'écriture Phagspa comme écriture officielle de l'empire, y compris lorsqu'il est devenu empereur de Chine en 1271, à la place des idéogrammes chinois[5]. L'écriture Phagspa fut utilisée pendant 110 ans et l'on pense qu'elle a influencé le développement de l'écriture coréenne moderne. L'écriture Phagspa est tombée en désuétude après l'effondrement de la dynastie Yuan en 1368[5],[6]. De nombreux édits et règlements tentèrent de populariser l'écriture Phagspa. On la trouve sur des documents officiels de l'époque : bons monétaires, passeports, sceaux officiels et certaines porcelaines, ce qui permet de dater ces objets.

Arts visuels[modifier | modifier le code]

  • La suprématie des Mongols sur une immense partie du continent eurasiatique, la sécurité apportée sur les routes commerciales, tout ceci favorisa l'établissement de contacts entre la culture chinoise et des cultures très éloignées. Ainsi le cobalt « mahométan » (selon les textes)[7], peut être importé massivement, à la fin de la dynastie Yuan, vers le site de Jingdezhen, et appliqué à la fabrication des porcelaines en introduisant dans le même temps des motifs floraux et ornementaux inspirés de décors perses[8] et peints rapidement afin de destiner ces produits à l'exportation ( comme nous pouvons le constater dans les motifs qui ornent le plat reproduit dans Art chinois : Dynastie Yuan). Cette pratique artistique qui effectue, dans l'univers mongol, la synthèse de plusieurs cultures établira Jingdezhen comme le centre mondial de production de la porcelaine pour les siècles suivants : du XVe au XVIIIe.
Article détaillé : Céramiques chinoise Yuan.
  • Du côté des lettrés, exclus des rouages de l'administration centrale, le retrait obligé ou choisi loin de la cour et loin des grandes villes les amenèrent vers des formes nouvelles d'expression et de nouveaux sujets. Ceux que l'on appelle aujourd'hui les quatre maîtres de la dynastie Yuan : Huang Gongwang, Wu Zen, Ni Zan et Wang Meng furent les animateurs de la résistance au souverain Yuan. Dans ces conditions, la disparition de l'académie, qui imposait les règles depuis la cour des Song, leur offrit l'occasion de la liberté et de "l’individualisme". Dans le choix des sujets, des sujets évoquant l'inflexibilité, le renouveau, la pureté et le retrait donnèrent tout leurs sens cachés aux peintures des "quatre nobles" : bambou, fleurs de prunier, orchidée et chrysanthème, ou aux pins et au lotus. Les relations, au sein d'une composition entre ses constituants se chargea encore plus de signification : relation entre des arbres perçus comme s'ils incarnaient des gentilshommes (lettrés)[9], relation entre bambou et rocher (l'un plie, l'autre résiste), entre espace vide et sujets soumis aux aléas des éléments, relation entre l'échelle minuscule d'un lettré retiré dans une humble chaumière ou un simple abris et la nature immense, montagne ou bord de mer. Un semblable esprit contestataire se manifesta dans les poèmes accompagnant les peintures "fleurs et oiseaux" ou "herbes et insectes" de Qian Xuan (voir ci dessous : Galerie de peintures)[10].

Autre trait spécifique à la période Yuan : l'archaïsme que l’on peut constater chez Zhao Mengfu (1254–1322) lui permet d'affirmer, comme dans cette page avec "Rochers et forêts", où rochers et troncs d'arbres sont évoqués d’un trait sec et rapide qui provient du tracé "blanc évanescent" de la calligraphie[11]. Dans le groupe d'un gentilhomme toungouse et de son cheval il utilise un autre registre expressif, en style d'esquisse il sait évoquer le vent de tempête, combiné avec un pinceau précis, pour les vêtements en particulier. L'archaïsme qui lui fait se référer à des artistes comme Dong Yuan, ou plus anciens, des Ve et VIe siècles (consultables dans la collection impériale de Beijing), signifie pour lui simplicité dans les formes d'expression et économie de moyens dans la représentation de l'essence des choses, prises dans le temps et le changement perpétuel. Il resta un modèle pour de nombreuses générations. Il est aussi l'un des premiers à calligraphier sur le même support une composition littéraire personnelle [12]. Et en tant que peintre de cour, on peut remarquer que ses peintures de chevaux étaient appréciées de ces souverains qui avaient conquis leur empire à dos de cheval.

Galeries de peintures[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La seconde est la dynastie Qing fondée par les Mandchous.
  2. Norbu, Thubten Jigme and Turnbull, Colin. Tibet: Its History, Religion and People, p. 195. Chatto & Windus (1969). Reprint: Penguin Books (1987).
  3. Assemblée des chefs mongols en vue d'une décision concernant l'ensemble de l'Empire.
  4. Voir page xxxvii (introduction) in Genghis Khan and Mongol Rule, George Lane, Greenwood, 2004
  5. a, b et c Une histoire du Tibet : Conversations avec le Dalaï Lama, de Thomas Laird, Dalaï-Lama, Christophe Mercier, Plon, 2007, (ISBN 2259198910)
  6. a et b F. W. Mote. Imperial China 900-1800. Harvard University Press, 1999. p.501
  7. Cécile et Michel Beurdeley 1974, p. 162
  8. Gabriele Fahr-Becker 1999, p. 188
  9. Yang Xin, Richard M. Barnhart, Nie Chonghzeng, James Cahill, Lang Shaojun, Wu Hung 2003, p. 169
  10. Yang Xin, Richard M. Barnhart, Nie Chonghzeng, James Cahill, Lang Shaojun, Wu Hung 2003, p. 141-144
  11. Yang Xin,Richard M. Barnhart,Nie Chonghzeng,James Cahill,Lang Shaojun,Wu Hung 2003, p. 188
  12. Gabriele Fahr-Becker 1999, p. 182

Bibliographie, histoire et histoire de l'art[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Gernet, Le Monde chinois. Tome 2, L'époque moderne Xe-XIXe siècle, Paris, Armand Colin. Pocket, Agora,‎ 2006, 378 p. (ISBN 2266161334).
  2. John K. Fairbank, Merle D. Goldman, Histoire de la Chine - Des origines à nos jours, Paris, Tallandier,‎ 2010, 749 p. (ISBN 9782847346268) Titre original : China, A New History, 1992, 1996, 2006 Harvard College.
  3. Danielle Elisseeff, Histoire de l'art : De la Chine des Song (960) à la fin de l'Empire (1912), Paris, École du Louvre, Éditions de la Réunion des Musées Nationaux (Manuels de l'École du Louvre),‎ 2010, 381 p. (ISBN 978-2-7118-5520-9) Ouvrage de référence, bibliographie et Sites Internet.
  4. He Li, La Céramique chinoise, Paris, Éditions de l'amateur / L'aventurine,‎ 2007, 352 p. (ISBN 2859172467).
  5. Cécile et Michel Beurdeley, La Céramique chinoise - Le Guide du connaisseur, Paris, Office du livre, Fribourg - Éditions Vilo,‎ 1974 (réédition Charles Moreau 2005)
  6. Gabriele Fahr-Becker (sous la direction de), Les Arts de l'Asie orientale. Tome 1, Cologne, Könemann,‎ 1999, 406 p. (ISBN 3-8290-1743-X).
  7. Gilles Béguin, L'art bouddhique, Paris, CNRS (éditions),‎ 2009, 415 p. (ISBN 978-2-271-06812-5).
  8. Zheng Xinmiao (dir) et : Zhang Hongxing, Guo Guang, Christian Vair(Traducteur), Peinture chinoise, France, Citadelles et Mazenod,‎ 2011, 400 p. (ISBN 978-2-85088-129-9), (rel. sous emboitage).
  9. Yang Xin, Richard M. Barnhart, Nie Chonghzeng, James Cahill, Lang Shaojun, Wu Hung, Trois mille ans de peinture chinoise, Arles, Philippe Piquier,‎ 2003, 402 p. (ISBN 2877306674).
  10. Emmanuelle Lesbre, Liu Jianlong, La Peinture chinoise, Paris, Hazan,‎ 2004, 480 p. (ISBN 2-85025-922-5).

Pour une bibliographie plus étendue sur l'art chinois, consulter: Art chinois.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • National Palace Museum : collections nationales d'art chinois : Peinture de Huang Gongwang (1269-1354), Habiter dans les monts Fuchun[1]Rouleau horizontal,(détail) , encre sur papier, 33 × 639,9 cm.
  • National Palace Museum : collections nationales d'art chinois : Peinture de Ni Zan (1301-1374)[2], Rouleau vertical, encre sur papier, 74,7 × 35,5 cm.