Djerba
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| Djerba | |
| Pays | |
| Province | Médenine |
| Archipel | |
| Principale ville | Houmt Souk |
| Localisation | Golfe de Gabès (mer Méditerranée) |
| Latitude | |
| Longitude | |
| Superficie | 514 km² |
| Côtes | 150 km |
| Point culminant | Dhahret Guellala 53 m |
| Géologie | Île continentale |
| Population | {{{inhabitée}}} |
| Population Densité |
139 517 hab. (2004)[1] 271 hab./km² |
Djerba, parfois orthographiée Jerba (جربة), est une île de 514 km² (25 kilomètres sur 20 et 125 kilomètres de côtes) située dans le golfe de Gabès[2] au sud-est de la Tunisie. Il s'agit de la plus grande île des côtes d'Afrique du Nord. Sa principale ville, Houmt Souk, compte à elle seule 44 555 habitants[1].
Ulysse l'aurait traversée, les Carthaginois y ont fondé plusieurs comptoirs et, aux alentours de 587 av. J.-C., l'île accueille des réfugiés juifs après la destruction du Temple de Jérusalem. Les Romains y construisent plusieurs villes et y développent l'agriculture et des ports commerciaux. Chrétienne, vandale, byzantine puis arabe, Djerba est depuis les années 1960 une destination touristique populaire. Il s'agit de l'une des dernières régions de Tunisie où une langue berbère est encore parlée.
René Stablo décrit l'île en ces termes :
« Après les vastes horizons dénudés du continent, où la vie n'est présente que par quelques moutons étiques confiés à l'indifférence de jeunes bergers en haillons, quelques chameaux entravés qui sautent gauchement et quelques oiseaux de proie à la recherche d'une rare pâture, c'est une campagne animée qui s'offre maintenant à ses yeux [ceux du voyageur voguant vers Djerba]. Une campagne vraiment inattendue, émaillée de villages tout blancs, de palmiers et d'oliviers au vert feuillage se balançant sous la brise et qui composent, sur l'azur de la mer et du ciel, une harmonieuse symphonie de teintes ! Quel séduisant contraste ![3] »
Elle est reliée au continent par un bac assurant la traversée entre Ajim au sud-ouest de l'île et Jorf — la traversée dure environ 15 minutes — et par une voie de sept kilomètres remontant à l'époque romaine et reliant l'extrémité sud-est de l'île (localité d'El Kantara) à la péninsule de Zarzis.
Sommaire |
[modifier] Étymologie
Djerba est connue depuis l'Antiquité par la légende qui veut qu'elle soit l'île des Lotophages décrite dans L'Odyssée d'Homère, ce qui l'amène à être souvent appelée Lotophagitis (du grec ancien Λωτοφαγῖτις ou Λωτοφάγων νῆσος). L'île aurait eu plusieurs noms[4] jusqu'au IIIe siècle : Pseudo-Scylax la nomme Brachion (Βραχείων) ou « Île des hauts-fonds », Hérodote Phlâ, Polybe, Théophraste et tous les auteurs latins Meninx (Μῆνιγξ).
En ce qui concerne son nom actuel, Salah-Eddine Tlatli avance l'explication suivante :
« C'est vers la fin de la période romaine qu'on rencontre pour la première fois le nom de Gerba ou Girba, donné à une ville située sur l'emplacement actuel de Houmt Souk (capitale de l'île). Auparavant, au second siècle ap. J.-C., Ptolémée avait déjà mentionné le nom de Gerra, sans doute lapsus calami de Gerba. C'est en fait Aurelius Victor qui le premier parle de Girba lorsqu'il nous apprend que cette ville a eu l'honneur de donner le jour à deux empereurs romains. Jusque-là, l'île avait connu bien d'autres noms au cours de l'Antiquité[5]. »
[modifier] Géographie
[modifier] Site
L'île, qui dépend administrativement du gouvernorat de Médenine, est située entre 480 et 530 kilomètres de Tunis par la route[6] et à plus de 100 kilomètres de Gabès. Elle très proche du continent par deux avancées de part et d'autre de Jorf et Ajim à l'ouest et de Zarzis et El Kantara à l'est. Par ailleurs, l'extension de la plage de Mezraya (Sidi Mahrez) forme une presqu'île, Ras R'mal, qui est l'un des importants sites touristiques de l'île.
La superficie de l'île est voisine de 514 km². Vue par image satellite, elle présente la forme d'une molaire géante avec ses trois racines : la péninsule d'Ajim, celle de Ras Terbella et celle de Bine El Oudiane[7] ; sa plus grande longueur est de 29,5 kilomètres et sa plus grande largeur de 29 kilomètres[8]. Ses côtes, qui s'étendent sur 125 kilomètres, présentent un tracé très irrégulier avec les trois péninsules qui marquent les points les plus rapprochés du continent dont l'île est séparée par le canal d'Ajim, large de deux kilomètres[9], et celui d'El Kantara large de six kilomètres. Le canal d'Ajim accueille deux îlots qu'on appelle Elgataia Kebira et Elgataia Sghira.
Jadis rattachée au continent, Djerba s'apparente beaucoup par la régularité de sa topographie et de sa structure géologique au relief tabulaire qui marque le littoral méridional de la Tunisie[8]. La topographie en escalier alterne des secteurs élevés et d'autres en dépression dont la surface est modelée par une morphologie dunaire[8]. Le littoral est caractérisé pour sa part par des côtes basses, les plages, en grande majorité sablonneuses, s'étendant principalement entre Ras R'mal et Borj El Kastil. Gustave Flaubert nomme Djerba « Île aux Sables d'Or » à cause de ses plages au sable fin et doré[10]. L'île est plate, l'altitude moyenne y est de 20 mètres et c'est dans la partie méridionale que se trouve le point culminant situé à Dhahret Guellala (53 mètres)[8]. À ce niveau, l'île est traversée par un accident topographique majeur (15 mètres de dénivellation sur 15 kilomètres de long). Enfin, l'eau douce y est rare et il n'y existe aucun cours d'eau.
Djerba est entourée de hauts fonds — la bathymétrie à proximité de l'île est presque toujours inférieure à -10 m et l'isobathe de -5 m n'apparaît au large de la côte méridionale et septentrionale qu'au-delà d'une dizaine de kilomètres de la côte[8] — toutefois perturbés au large de la côte méridionale par l'existence d'un certain nombre d'oueds (courants marins) qui sillonnent les canaux d'Ajim et d'El Kantara, les profondeurs dépassant à certains endroits les 20 mètres[8].
[modifier] Climat
Le climat de Djerba est de type méditerranéen mais à tendance semi-aride car il se trouve au carrefour des masses d'air méditerranéennes et sahariennes. Ainsi, la température annuelle moyenne y est-elle de 19,8 °C, les moyennes mensuelles ne dépassant guère 30 °C ni ne descendant au-dessous de 8 °C[8]. En été, la moyenne maximale atteint 32,7 °C mais se trouve atténuée par la brise marine, alors qu'en hiver, les moyennes mensuelles sont supérieures à 12 °C[8]. Emmanuel Grevin parle ainsi de « cinquième saison » à Djerba :
« À Sfax, l'hiver vous aura quittés ; à Gabès vous trouverez le printemps ; à Tozeur l'été ; et à Djerba vous découvrirez la cinquième saison. Mais oui Monsieur, la cinquième saison, ce climat spécial à l'île de Djerba, si étrange, fait de sécheresse extrême, de brise marine, de fraîcheur et de rosées nocturnes, de quelque chose de rationnel, de tempéré en tout[11]. »
Gustave Flaubert fait décrire à Mathó, dans le chapitre IX de son roman Salammbô, cette « île couverte de poudre d'or, de verdure et d'oiseaux, où les citronniers sont hauts comme des cèdres [...] où l'air est si doux qu'il empêche de mourir »[12].
Au niveau des précipitations, Djerba est la région la plus arrosée (248,8 millimètres) de toutes les régions au sud de Sfax, la moyenne des jours pluvieux se montant à 40 par an[8]. Plus de 60 % des précipitations se concentrent entre les mois de septembre et décembre avec un maximum en octobre (28% du total annuel)[8]. Néanmoins, l'essentiel de la moyenne annuelle peut se répartir sur trois à quatre averses seulement[8]. La saison sèche débute en avril et l'été voit rarement la pluie tomber. L'humidité et la rosée nocturne sont deux facteurs vitaux pour la flore de l'île.
Suivant les saisons, Djerba connaît des vents dominants de directions différentes. De novembre à mars, ce sont les vents d'ouest qui dominent avant d'être remplacés de mars à la mi-juin par le sirocco, vent chaud s'accompagnant souvent de tourbillons de poussière[8]. Avec l'arrivée de l'été dominent les vents d'est porteurs de fraîcheur.
[modifier] Histoire
[modifier] Antiquité
Djerba est connue depuis l'Antiquité, notamment par la description qui en serait faite dans L'Odyssée d'Homère où celui-ci « faisait débarquer Ulysse et ses compagnons il y a plus de trente siècles ». Homère parlait du lotos, « fruit doux comme le miel qui plonge tous ceux qui en dégustent dans les délices d'un bienheureux oubli qui efface tous les soucis de l'existence ». Tel aurait été le sort des compagnons d'Ulysse « que ce fruit miraculeux aurait plongé dans une heureuse amnésie »[13]. Ainsi, les habitants de l'île de l'époque furent-ils appelés les Lotophages et Djerba, l'île des Lotophages (mangeurs de lotos)[14].
Plusieurs spécialistes, dont Lucien Bertholon[15] et Stéphane Gsell[16], admettent l'existence de plusieurs migrations entre la mer Égée et le golfe des Syrtes, où se trouve Djerba, au cours du IIe millénaire av. J.-C.. Une autre migration, venant surtout du monde hellénique et introduisant la culture de l'olivier et le tour de potier à Djerba se serait produite vers 1500 av. J.-C.. Avant même la fondation de Carthage, au IXe siècle av. J.-C., des Phéniciens de Tyr implantent plusieurs comptoirs le long de la côte de la Libye et de la Tunisie actuelles jusqu'à Utique. Djerba en fait sans doute partie. Le Périple de Pseudo-Scylax, qui remonte approximativement au milieu du IVe siècle av. J.-C., donne sur Djerba les indications les plus anciennes, exception faite de celles d'Homère :
« On y fait beaucoup d'huile, qu'on tire de l'olivier sauvage ; l'île produit d'ailleurs beaucoup de fruits, de blé, d'orge, la terre est fertile[10]. »
D'après Gsell, à l'époque, « Djerba dépendait certainement de Carthage ». Les Carthaginois fondent plusieurs comptoirs, le plus connu étant Meninx, et la transforment en haut lieu d'échanges du bassin méditerranéen en y aménageant des ports pour leurs embarcations et en l'utilisant comme escale dans leurs parcours de la Méditerranée[17]. Outre la culture de l'olivier, l'île carthaginoise abrite plusieurs ateliers de poterie et de teinture de pourpre à base de murex, plusieurs pêcheries et constitue un important relais vers le continent africain. Djerba connaît ainsi plus d'un demi millénaire de prospérité avec les Phéniciens.
Les premiers contacts de l'île avec les Romains ont lieu lors de la Première Guerre punique et une première expédition contre Carthage est envoyée en 253 av. J.-C. à Djerba, une véritable expédition navale commandée par Cnaeus Servilius Caepio et Caius Sempronius Blaesus[18]. Une deuxième expédition romaine commandée par le consul Caius Servilius Geminus est envoyée à Djerba en 217 av. J.-C., durant la Deuxième Guerre punique, l'année même de la bataille du lac Trasimène disputée entre Carthaginois et Romains en Italie. Cependant, « ce n'est qu'en l'an 6 ap. J.–C., après la phase des protectorats sur les princes berbères, les reges inservientes, que débute la colonisation directe dans la zone syrtique »[19]. On sait que l'île compte alors deux villes : Meninx et Thoar. Elle abrite par la suite trois centres urbains principaux. L'un d'entre eux, dont le nom moderne est Henchir Bourgou, a été découvert à proximité de Midoun (centre de l'île). On y trouve les vestiges d'une grande ville datant du IVe siècle av. J.-C. signalés par un mausolée numide[20] qui caractérise cet âge — appelés « Roches de Bourgou » — et la présence importante de poteries ainsi que par une imposante tombe appartenant probablement à un membre d'une famille royale numide. Un deuxième centre, sur la côte sud-est, est un important site de production de colorants à base de murex. Il est cité par Pline l'Ancien comme occupant le second rang dans ce domaine derrière la cité de Tyr. De substantielles quantités de marbre coloré découvertes sur place témoignent de la richesse de ce centre. Un troisième centre important, probablement l'ancienne Haribus, se trouve sur la côte méridionale à proximité du village de Guellala.
Les empereurs romains Trébonien Galle et son fils Volusien sont natifs de l'île et, après leur mort, élevés au rang d'Auguste. Un décret romain de l'an 254 désigne officiellement l'île par une expression, Creati in insula Meninge quae nunc Girba dicitur, ce marquerait la première fois que l'île porte le nom de Girba[21]. Au milieu du IIIe siècle, une basilique y est construite dans ce qui est alors l'évêché de Girba. Deux des évêques de l'île ont laissés leurs noms dans l'histoire : Monnulus et Vincent qui assistent aux conciles de Carthage en 255 et 525[22]. Les ruines de leur cathédrale peuvent être identifiées dans le sud-ouest de l'île, près d'El Kantara, d'où provient un beau baptistère cruciforme conservé au Musée national du Bardo à Tunis[23]. Après les Romains, l'île fut envahie par les Vandales puis par les Byzantins. C'est en 665 que Djerba tombe aux mains des Arabes dirigés par Ruwayfa ibn Thâbit Al Ansari (un compagnon du prophète Mahomet) pendant la campagne de Byzacène commandée par Muawiya Ben Hudaydj. L'île est alors le témoin de luttes sanglantes entre factions de l'islam et adopte finalement les croyances kharidjites[24].
Des fouilles archéologiques menées sous les auspices de l'Université de Pennsylvanie, l'Académie américaine à Rome et l'Institut national du patrimoine entre 1995 et 2000 ont révélé plus de 400 sites archéologiques incluant de nombreuses villas puniques et romaines.
[modifier] Moyen Âge
Au XIe siècle, l'île devient indépendante — elle l'a d'ailleurs été à plusieurs reprises au cours de l'histoire — suite à l'invasion de l'Ifriqiya par les Hilaliens venus d'Égypte et se convertit à la piraterie. Elle est reprise par Ali Ben Yahya en 1115-1116 (année 509 de l'hégire). Siciliens, Normands, Aragonais, Espagnols et Ottomans s'y succédèrent durant « quatre siècles de lutte (1135-1560) au cours desquels chrétiens et musulmans s'y étaient laborieusement massacrés »[25].
À plusieurs reprises durant le Moyen Âge, les chrétiens de Sicile et d'Aragon disputent leur possession aux kharidjites ibadites locaux. De cette période subsistent de nombreuses petites mosquées (dont des mosquées souterraines), dont les premières datent du XIIe siècle, ainsi que deux forts imposants. L'île est contrôlée à deux reprises par les Normands menés par le roi Roger II de Sicile (1135-1158 et 1284-1333), périodes interrompues par une invasion almohade en 1160. En 1154, les habitants de l'île se rebellent mais les Normands écrasent la révolte dans le sang. Durant la seconde période, l'île devient un domaine féodal dirigé par une succession de seigneurs : Roger Ier (1284-1305), Roger II (1305-1310), Charles (1310) et Francis-Roger III (1310). Des gouverneurs royaux sont également nommés tels que Simon de Montolieu (vers 1305-1308) et Ramon Muntaner (1308-1315). En 1286, les Aragonais prennent les Kerkennah qui deviennent une seigneurie pour la famille de Roger de Lauria. Ce dernier fait construire à Djerba une forteresse en 1289, près de l'antique Meninx, qui est appelée Castelló et plus tard Borj El Kastil.
Les tentatives de révolte de la part des habitants de l'île et des Tunisiens forcent le roi Frédéric II de Sicile à incorporer Djerba à la Sicile en 1309 et à nommer Muntaner comme dirigeant de l'île. En 1311, une famine sévit dans l'île des mois durant et les habitants se révoltent avec l'aide des Tunisiens du continent dont les Hafsides menés par Abû Yahyâ Abû Bakr al-Mutawakkil.
Les Aragons abandonnent l'île pendant leur guerre contre les Castillans (1334-1335). Ils la reprennent en 1383 avec l'aide d'une flotte gênoise mais ne la conservent que jusqu'à la fin de l'année 1392. De nouvelles attaques des Siciliens en 1424 et 1432 sont repoussées avec l'aide du souverain hafside Abû Fâris `Abd al-`Azîz al-Mutawakkil. Les musulmans construisent une forteresse dans le nord de l'île, à côté des ruines de l'antique Girba, qu'ils appellent Borj El K'bir. La ville de Houmt Souk se développera aux alentours.
En 1480, les habitants de l'île se révoltent contre le souverain hafside Abû `Umar `Uthmân et prennent le contrôle de la chaussée romaine qui relie l'île au continent. Les luttes internes entre Wahbiya et Nakkara, deux factions des ibadites, qui dominent dans le nord-ouest et le sud-est de Djerba, n'arrêtent cependant pas le progrès économique de l'île. Les habitants paient alors un tribut au souverain mais restent indépendants.
[modifier] Du XVIe au XIXe siècle
Vers 1500, l'île passe sous occupation ottomane. En 1511, elle est attaquée par les troupes du royaume d'Espagne, placées sous le commandement de Pedro Navarro, pour y établir une forteresse qui assurera les conquêtes d'Oran, Bougie, Alger et Tripoli. En 1513, elle est pillée par les Gênois.
Djerba est occupée par l'Espagne de 1521 à 1524 et de 1551 à 1560. Elle devient ensuite la base temporaire du corsaire et amiral ottoman Khayr ad-Din Barberousse. De 1524 à 1551, l'île est l'une des principales bases des corsaires ottomans et nord-africains conduits par Dragut. C'est dans ce contexte de rivalité entre Ottomans et Européens pour le contrôle de la Méditerranée qu'une bataille navale oppose au large de l'île, du 9 au 14 mai 1560, la flotte ottomane menée par Piyale Pacha et Dragut à une flotte européenne principalement composée de navires espagnols, napolitains, siciliens et maltais.
En 1568, le pacha de Tripoli s'y présente pour demander un grand tribut ; l'île est prise par Ibrahim en 1598. Pendant le XVIe siècle et le début du XVIIe siècle, l'île dépend alternativement des gouverneurs d'Alger, de Tripoli ou de Tunis jusqu'à ce que Hammouda Pacha (gouverneur de 1631 à 1659) l'incorpore définitivement au royaume de Tunis. En 1705, avec l'établissement de la dynastie des Husseinites, le bey de Tunis est dorénavant représenté sur l'île par un cheïkh et des caïds recrutés au sein des familles locales les plus influentes. La plus importante d'entre elles est la famille Senumeni, au XVIe siècle, puis celle des Bel Djelloud. L'un des membres de cette famille, Saïd, fera utiliser tous les navires de l'île pour empêcher que Younès, fils d'Ali I Bey, puisse se rendre sur l'île, ce qui lui coûtera la vie. De la seconde moitié du XVIIe siècle aux XVIIIe et XIXe siècles, la famille dominante est celle des Ben Ayed.
À partir du XVIIIe siècle, le malékisme se répand sur l'île aux côtés de l'ibadisme et la langue berbère perd peu à peu de son importance face à l'arabe. Au XVIIIe siècle, on assiste à des incursions de la part des nomades Ouerghemma et Accaras provenant de la région de la Djeffara. En 1705 et 1706, la peste fait ravage sur l'île et revient en 1809. En 1794, l'île est pillée par un aventurier nommé Ali Burghul durant 58 jours et, en 1864, elle est à nouveau attaquée par des nomades de la région de Zarzis. Cette même année, une nouvelle épidémie de peste et une révolte sont relevées. En 1846, Ahmed I Bey interdit l'esclavage, acte qui affecte l'économie de l'île qui est alors l'un des plus importants centres du commerce des esclaves en Tunisie, avec Gabès, où parviennent les caravanes d'esclaves venant des oasis de Ghadamès et Ghat. Le commerce se déplacera par la suite vers Tripoli.
[modifier] Période moderne
L'île reste sous la domination ottomane jusqu'en 1881, date à laquelle la Tunisie passe sous protectorat français :
« Le 28 juillet 1881, les troupes françaises occupent Borj El Kebir (à Houmt Souk) et y restent jusqu'en 1890, date à laquelle l'administration de l'île passe à l'autorité civile[26]. »
En 1956, la Tunisie accède à l'indépendance et Djerba devient une délégation dépendant du gouvernorat de Médenine. Dès lors, comme le principal adversaire politique du président Habib Bourguiba pendant la lutte pour l'indépendance de la Tunisie, à savoir Salah Ben Youssef — les deux hommes politiques ayant une approche politique différente — était originaire de Djerba, l'île est négligée pendant plusieurs années sur le plan des infrastructures. Pendant que des hôpitaux, lycées et routes sont construits, même dans de petites localités dans le reste du pays, Djerba n'en est dotée que durant les années 1970 et 1980. Djerba n'est pas encore un gouvernorat, même si un projet serait en cours, alors que des régions beaucoup moins peuplées le sont devenues.
En mars 1976, certaines rues d'Ajim sont transformées afin de servir de décor, les 2 et 3 avril, au tournage de La Guerre des étoiles. Des rues de Mos Eisley sont ainsi représentées. À 14 kilomètres au nord, le marabout de Sidi Jemour sert également de décor à Mos Eisley et Anchorhead.
Le 11 avril 2002, un attentat est commis contre la synagogue de la Ghriba. Un camion bourré d'explosifs saute à proximité de cette dernière : 21 personnes sont tuées, dont 14 Allemands, 5 Tunisiens et 2 Français, et d'autres blessées. Le gouvernement tunisien parle alors d'un accident mais les experts suggérèrent rapidement un attentat qui est revendiqué par la suite par Al-Qaida.
[modifier] Architecture et urbanisme
Les Djerbiens, ayant eu à subir des attaques répétées venant de la mer tout au long de l'histoire, se sont éloignés des côtes et dispersés dans la campagne à l'intérieur de l'île: le bâti est donc, en général, isolé et dispersé et se structure selon une organisation hiérarchique de l'espace basée sur le menzel — terme signifiant « maison » en arabe littéral et décrivant les espaces résidentiels et fonctionnels dans lesquels vivent les familles — qui en constitue la cellule de base et la mosquée qui en est l'élément fédérateur[27]. Il est à noter que l'héritage architectural essentiel de Djerba réside avant tout dans ses mosquées, la dispertion de l'habitat étant à l'origine de la construction de nombre de celles-ci[28].
Les couleurs dominantes des habitations djerbiennes sont le blanc vif pour les murs et les toits et le bleu ciel ou plus rarement le vert bouteille pour les portes et fenêtres. D'autres couleurs ont commencé malheureusement à apparaître depuis l'installation d'habitants venant de l'extérieur de l'île (en majorité du Sud et du Centre-Ouest de la Tunisie). À Djerba, il est interdit de construire plus de deux étages au-dessus du rez-de-chaussée et du sous-sol, ce qui a permis de préserver une certaine harmonie architecturale.
Le développement du tourisme international sur l'île dès les années 1960 a engendré une modification dans l'organisation traditionnelle de l'espace. Ce phénomène semble avoir amoindri l'espace central de l'île au profit d'une partie des côtes[9]. Beaucoup de champs ont été abandonnés, les jeunes préférant des activités moins pénibles et plus lucratives que l'agriculture et la main d'œuvre locale disponible représentant un coût que le rendement agricole ne justifie que dans de rares cas (en présence de nappes d'eau douce ou à basse salinité). Une enquête datée de 1963 estimait déjà à 7000 hectares la superficie des terres en friche sur un total de 39 000 hectares cultivables, soit près du cinquième du potentiel agricole. Les menzels abandonnés ou en ruines sont alors nombreux[29]. Le centre reste marginalisé économiquement et à l'écart des principales voies de communication même si plusieurs routes ont été goudronnées au cours des années 1990 et si le phénomène n'est pas propre à Djerba. Toutefois, cette partie centrale tend à être partiellement revalorisée par les habitants qui y construisent des résidences principales de type pavillonnaire[9].
La campagne djerbienne frappe par son silence profond que plusieurs visiteurs célèbres ont souligné, parmi ceux-ci Simone de Beauvoir qui a déclaré que « c'est l'endroit le plus silencieux du monde »[30].
[modifier] Organisation traditionnelle : le menzel
Le menzel est formé d'une ou de plusieurs unités d'habitation (houch) et de vergers, champs ou atelier de tissage, greniers, huilerie (souvent souterraine), puits et citerne. Entouré de hautes levées de terre (tabia), il est organisé selon un principe défensif[27]. D'une façon générale, le houch abrite trois générations[31]. Il prend une forme carrée ou rectangulaire et ne comporte pas de fenêtres sur l'extérieur, celles-ci ouvrant normalement sur la cour intérieure[32]. Autour de la cour, s'articulent deux à quatre pièces plus ou moins grandes qui peuvent se diviser au moyen de cloisons internes, de portes ou de simples rideaux (kella) et comprendre des sedda (coins en général surélevés utilisés comme chambre à coucher), des magsoura (petites chambres) et des mesthan (petites salle de bains sans WC). La skifa, située à l'entrée, est la pièce qui réunit les habitants et sert à recevoir les voisins et les visiteurs les moins importants. Pour les visiteurs de marque, les familles aisées disposent en général d'un makhzin dhiafa indépendant ou rattaché au houch et donnant souvent sur l'extérieur.
Il y a également la zone cuisine et toilette avec le matbakh (cuisine), le houch el bir — puits à eau en général saumâtre qui sert aux travaux ménagers hormis la lessive — et le knif ou mihadh (WC). Autrefois, les garçons qui se mariaient obtenaient leur propre pièce dans le houch parental. Dans certaines localités, ces pièces comportent une ghorfa, qui sert de chambre à coucher surélevée à laquelle on accède par un escalier intérieur raide et sans rampe. L'utilisation de voûtes et de coupoles est très courante et permettrait de lutter contre la chaleur. L'ameublement est en général simple et austère : des matelas souvent posés directement sur des nattes (h'sira) ou sur des estrades ou banquettes en maçonnerie (seddaou doukkana), des coffres pour ranger le linge, des marfaa (sorte de portemanteaux), des sofra ou mida, sorte de tables à manger basses car on mangeait assis, les jambes croisées, sur des nattes ou des matelas bas appelés gaada. Les réserves alimentaires étaient conservées dans de grosses jarres en terre cuite (khabia, tass ou zir) fabriquées depuis des millénaires dans le village de Guellala[33],[34]. La grande majorité de la vaisselle djerbienne provient également de ce même village.
Compte tenu de la faible pluviométrie (moins de 250 mm par an) et de la rareté de l'eau potable, les Djerbiens ont construit depuis des millénaires et construisent encore de nos jours des citernes (impluviums) qu'ils appellent feskia ou fesghia[35] — en général souterraines, de forme rectangulaire ou carrée et situées à l'extérieur du houch — et des majen ou majel — qui prennent la forme d'une grande carafe évasée contruite le plus souvent dans la cour intérieure du houch — et ce pour la collecte des eaux de pluie[36]. Les majen et les feskia reçoivent l'eau de pluie recueillie sur les toits des habitations, leurs terrasses ou cours, espaces passés à la chaux vive (jir) tous les ans avant la saison humide afin de garantir une certaine hygiène. Ce système de collecte d'eau pluviale existait déjà à Djerba à l'époque romaine, de grandes citernes ayant été découvertes à Meninx. En 1967, on a estimé à près de 1 000 000 m² la surface totale des impluviums à Djerba[37].
Léon l'Africain, cité par Salah-Eddine Tlatli[38] donne au XVIe siècle une description de l'habitat et de l'activité de Djerba qui est très proche de la situation des années 1960 :
« Gerba est une île prochaine de terre ferme [...] garnie d'une infinité de vignes, dattes, figues, olives et autres fruits. En chacune des possessions est bâtie une maison, et là habite une famille à part, tellement qu'il se trouve force hameaux mais peu qui aient plusieurs maisons ensemble. Ce terroir est maigre, voir qu'avec si grand labeur et soin qu'on puisse mettre à l'arroser avec l'eau de quelques puys profons... »
[modifier] Réseau de forteresses
Héritage du Moyen Âge, les côtes de Djerba sont parsemées de forts témoins de son passé mouvementé. Le plus grand monument historique de l'île est le Borj El K'bir, appelé aussi Borj El Ghazi Mustapha, situé sur la côte au nord de Houmt Souk. Il a été construit initialement par les Espagnols puis agrandi pendant l'époque hafside (aux environs de 1450) ; il contient actuellement deux zaouïas : Sidi Saad et Ghazi Mustapha. Il s'agit d'un château fort autrefois muni de pont-levis et entouré d'un grand fossé. Le 11 mars 1560, à la suite d'une défaite, le cheïkh Messaoud qui est à l'époque à la tête de l'île le remet au vice-roi de Sicile Don Juan de la Cerda qui ne le conserve pas longtemps car les Ottomans Dragut et Piyale Pacha remporte une importante bataille navale le 11 mai de la même année et assiégent le fort jusqu'au 31 juillet. Le 29 juillet, ils donnent finalement l'assaut qui se solde par 5000 à 6000 morts.
Le Borj El Kastil est une forteresse en ruines bâtie en 1210 par le conquistador espagnol Roger de Lauria qui y place une forte garnison. Situé à environ 10 kilomètres à l'est d'El Kantara, ce grand fort a une forme carrée, une construction solide et compte plusieurs pièces. Une forteresse entourée par la mer, appelée Borj El Agrab, est de dimentions plus modestes ; ses ruines se situent entre Terbella et El Kantara. Construite sur un plan de forme circulaire découpée en trois petites pièces, ses fondations sont encore solides et ses murs tiennent encore debout. Une légende entoure cette forteresse : elle aurait été construite par un ancien prince djerbien, dont plusieurs enfants decédèrent à la suite de piqûres de scorpions, pour protéger son unique fils survivant. Malheureusement, cet enfant serait mort piqué par un scorpion caché dans une corbeille de raisins portée à la forteresse.
Il faut aussi citer Borj Jilij, construit par Hammouda Bacha El Husseini en 1209, et qui se situe entre Ajim et Mellita, à la pointe nord-ouest de l'île. Il existe des traces de plusieurs autres forts dont Borj K'sar Massoud, Borj Aghir, Borj El Wasat et Borj Marsa Ajim[17].
[modifier] Démographie
En 2004[1], Djerba compte 139 517 habitants répartis sur trois délégations qui correspondent à trois villes aux fonctions très différentes[9] :
- Houmt Souk, cité considérée comme la « capitale » de l'île et peuplée de 44 555 habitants ;
- Midoun, centre le plus proche des activités touristiques ;
- Ajim, ville plus en retrait par rapport à la dynamique insulaire.
| Municipalité | Arrondissement | Population (2004) |
|---|---|---|
| Djerba Houmt Souk | Houmt Souk | 44 555 |
| Erriadh | 11 268 | |
| Mellita | 9 069 | |
| Djerba Midoun | Midoun | 30 481 |
| El Mey | 9 131 | |
| Sedouikech | 6 280 | |
| Beni Mâaguel | 4 567 | |
| Djerba Ajim | Ajim | 13 950 |
| Guellala | 10 216 | |
| Sources : Institut national de la statistique[1] | ||
Ces délégations correspondent aux trois municipalités de Djerba Houmt Souk, Djerba Midoun et Djerba Ajim.
Les habitants de l'île sont principalement des arabophones même s'il s'y trouve une grande communauté berbérophone (Kutamas, Nefzas, Hawwaras, etc.). La plus grande partie de l'île est ainsi occupée par des villages d'origine berbère comme Mezraya, Ghizen, Tezdaine, Wersighen, Sedouikech, Ajim et Guellala qui parlaient le tamazight, appelé également chelha, langue aux consonnances explosives où la lettre « t » revient presque à chaque mot[39]. La tradition berbérophone est maintenue surtout par les femmes[40]. Il existe par ailleurs une petite et très ancienne communauté juive « pétrifiée dans les traditions hébraïques les plus anciennes »[41] et qui descenderait des exilés de Jérusalem. Elle a vécu en vase clos pendant des millénaires[41].
Une communauté d'origine arabe se serait installée à Djerba lors de l'invasion des Hilaliens. Djerba accueille aussi une importante communauté noire musulmane et arabophone d'origine principalement soudanaise, installée surtout à Arkou, non loin de Midoun. Ces Djerbiens sont en grande partie les descendants d'anciens esclaves et portent généralement le nom des familles auxquelles appartenaient leurs ancêtres. Les mariages entre blancs et noirs étaient rarissimes et restent encore rares même s'ils sont de plus en plus acceptés. Les membres d'une communauté originaire du sud de la Tunisie (région de Beni Khedache), qui vit dans son propre quartier à Houmt Souk, s'appellent Ejjoumaâ et s'habillent différement des autres Djerbiens (en particulier les femmes). Ils possèdent leurs propres traditions (mariages traditionnels, célébration de la Achoura, etc.) et pratiquaient, par le passé, principalement les métiers de boucher et de marchand de fruits et légumes :
« Ainsi, dans cette île-carrefour, les populations bebères, judéo-berbères, arabes, africaines islamisées, nègres, quelques Turcs et même de vieux pêcheurs maltais se sont donnés rendez-vous et ont vécu en bons termes mais sans se mélanger. La barrière religieuse, malgré la proximité des races, a constitué un obstacle quasi-infranchissable et les mariages, par leur caractère endogamique, ont permis de maintenir une certaine homogénéité ethnique[42]. »
Dans son livre intitulé Djerba. L'île des Lotophages[43], Salah-Eddine Tlatli parle des « caractères ethniques » des Djerbiens « qui définissent un type humain à part en Afrique du Nord [...] La forme de leur crâne et leur taille : un crâne globuleux, massif, laissant à découvert un front bombé, limité par d'épais sourcils et des bosses pariétales accusées [...] Le corps est assez petit, trapu, musclé, avec de larges épaules [...] contraste avec les populations voisines. Les israélites ont des crânes plus allongés d'où la conclusion qu'il ne s'agit pas de Djerbiens judaïsés »[44].
La population nombreuse et l'insuffisance des ressources locales, à l'origine de crises liées le plus souvent à de mauvaises récoltes, ont contribué à la mise en place d'un processus migratoire saisonnier et temporaire mais devenu petit à petit structurel et définitif[27]. La grande majorité des Djerbiens qui quittent leur île travaillent dans le commerce en raison de la position stratégique de leur lieu d'origine. Même si la grande majorité d'entre eux restent dans un premier temps en Tunisie, où ils détiennent une position dominante dans le commerce alimentaire et de détail[27], les réformes du ministre Ahmed Ben Salah menées dans les années 1960, qui regroupèrent le commerce de détail en coopératives, poussent les Djerbiens à émigrer majoritairement en Europe et plus spécifiquement dans l'agglomération parisienne[27]. L'argent rapatrié par les Djerbiens vivant à l'étranger et qui rentrent surtout durant l'été joue un rôle important dans l'économie de l'île. La migration des Tunisiens du continent (majoritairement originaires des gouvernorats du sud et du centre-ouest du pays) sur l'île s'est progressivement accrue et ces derniers représentent désormais près de 45 % des habitants et 60 % des actifs[27]. Dans ce contexte, ils concurrencent progressivement les Djerbiens sur leur marché de l'emploi.
Compte tenu de l'espace limité, des maigres ressources de l'île et de la rigueur des rites ibadite et wahhabite, le Djerbien est traditionnellement considéré comme un travailleur discipliné, rigoureux, parcimonieux et bon gestionnaire, de caractère plutôt réservé, calme et poli. Dans les familles ibadites, le fils même adulte ne fumait pas devant son père ou sa mère et la grand-mère gérait la famille d'une main de fer, ses fils, belles-filles et petits enfants lui devant obéissance. Frères et associés allaient faire du commerce à l'extérieur de l'île à tour de rôle[45] afin que quelques hommes adultes restent travailler la terre avec les femmes, enfants et hommes âgés[46].
[modifier] Culture
[modifier] Musées
Le Musée des arts et traditions populaires de Houmt Souk permet de découvrir les richesses folkloriques de l'île : costumes de divers groupes sociaux, bijoux fabriqués par les artisans juifs, exemplaires du Coran, ustensiles de cuisine, etc. Le musée de Guellala, ouvert en 2001, expose essentiellement le patrimoine djerbien. Avec plus de 4 000 m² d'exposition, il offre une série de pavillons indépendants développant chacun un thème (fêtes, traditions et coutumes, artisanat, mythes et légendes, musique traditionnelle, mosaïques ou encore calligraphie arabe). Il reçoit environ 100 000 visiteurs par an dont 30 % de Tunisiens[47].
À proximité du phare de Taguermess, se trouve un parc à thèmes s'étendant sur 12 hectares : Djerba Explore[48]. Il abrite un village traditionnel djerbien reconstitué, le Lella Hadhria Museum présentant quant à lui un panorama de l'art tunisien et du monde arabo-islamique, un circuit du patrimoine djerbien et la plus grande ferme aux crocodiles du bassin méditerranéen[49].
Jamâa Fadhloun, une mosquée située à proximité de la route reliant Houmt Souk à Midoun, a été transformée en musée et permet au visiteur de découvrir comment les mosquées ont servi de refuge aux habitants lors d'attaques et de sièges et leur permettaient de se défendre et d'assurer leur survie. En effet, cette mosquée possède encore son propre four pour la fabrication du pain, sa propre citerne à eau, etc.
[modifier] Musique
La musique djerbienne traditionnelle se base sur les percussions avec la darbouka (petit instrument utilisé par les hommes et les femmes) et le tbal (grand tambour cylindrique lourd à porter et utilisé exclusivement par les hommes[50]) ainsi qu'un instrument à vent autrefois appelé ghita et de plus en plus appelé zoukra ou zurna qui est utilisé uniquement par les hommes. Les rythmes sont lents et mélodieux et la chala est un rythme spécifique à l'île. Le mezoued a été introduit sur l'île plus récemment.
Le chant occupe en fait une place prépondérante et les chansons racontent le plus souvent une histoire plutôt triste même si les paroles sont parfois osées surtout lorsqu'elles racontent des histoires d'amour. Beaucoup de paroliers sont des femmes.
[modifier] Festivals et événements
Djerba célèbre deux festivals par an : le festival international du film mythologique et le festival national d'Ulysse qui a lieu au mois de juillet et au cours duquel plusieurs manifestations culturelles et folkloriques ont lieu.
[modifier] Religion
En Tunisie, c'est l'islam sunnite de rite malékite qui prédomine bien qu'il existe une petite communauté pratiquant le rite sunnite hanéfite qui était suivi par la cour beylicale et certaines familles d'ascendance ottomane. Tel n'est pas le cas à Djerba où une grande partie de la population pratique un rite kharijite non sunnite. Les kharijites refusent aux hommes, même au calife, le droit d'interpréter les textes sacrés et préconisent un strict respect des textes, une vie sobre et une égalité parfaite entre tous les musulmans[21]. En fait, il existait à Djerba deux rites de ce type : le rite ibadite, apparu en 654 et prêché par Abdullah ibn-Ibad at-Tamimi, présentant des analogies avec le rite hanéfite, et un rite attribué à un musulman d'origine persane de la tribu des Beni Rostom, Ibn Rustom, et fondé vers 782. Cependant, ceux-ci sont aujourd'hui confondus, surtout que la plus grande partie des ibadites s'est convertie au malékisme[51]. Il existe aussi quelques différences dans le rituel de la prière entre ibadites et malékites[52], ces derniers appellant les premiers ouheb ou kwames en référence aux quatre rites musulmans orthodoxes.
Les ibadites ayant résisté au pouvoir central du bey tenaient à affirmer leur autonomie en formant des alliances avec les ibadites de Tripolitaine et du sud de l'Algérie (Ghardaïa). Fréquemment, ils résistaient au paiement des impôts et se soulevaient, raison pour laquelle le rite sunnite a été introduit sur l'île, d'abord dans la localité de Houmt Souk, au travers de familles venant de l'extérieur de l'île. Ceci pourrait expliquer l'existence d'un certain antagonisme entre habitants ibadites d'origine berbère et habitants de rite malékite[53]. À trois kilomètres de Sedouikech, en direction d'El Kantara, se trouve l'une des mosquées souterraines de l'île où les ibadites, un temps persécutés, se réfugiaient pour pratiquer leur culte. Entourée d'une oliveraie, on y accède par un escalier très raide et étroit qui conduit dans la chambre principale. À côté de cette mosquée se trouve un grand réservoir qui alimente un puits également souterrain. Une autre de ces mosquées souterraines se trouve sur la route d'Ajim. Comme elles ne sont plus utilisées pour le culte, ces mosquées souterraines peuvent être visitées librement.
Les mosquées ibadites ont une architecture différente[52] et il n'est possible d'accéder au minaret qu'en passant par la salle de prière. Par ailleurs, plusieurs mosquées et zaouïas (Djerba en compte près de 400) ont été construites le long des côtes de l'île. Elles servaient de garde-côtes et permettaient de signaler l'arrivée d'ennemis, dont des pirates et corsaires, par un système de fumées destiné aux habitants de l'île qui allaient s'abriter du danger éventuel. Certaines mosquées étaient construites comme des petites forteresses (comme Jamaâ Fadhloun) et disposaient d'un four et de citernes d'eau, ce qui permettaient de resister aux attaquants pendant une certaine période. Plusieurs mosquées sont fortifiées, Jemaâ El May, classée comme monument historique, étant l'une des mieux fortifiées d'entre elles[54]. En évoquant les mosquées de Djerba, Salah-Eddine Tlatli a dit que « les mosquées les plus modestes ont la candeur naive et le charme d'un château de sable sorti d'un rêve d'enfant »[54].
L'île abrite également une petite communauté juive comptant autrefois plusieurs dizaines de milliers d'individus spécialisés en majorité dans des métiers artisanaux (bijouterie, cordonnerie, couture, etc.) mais pratiquant également le commerce. Elle y vit depuis des siècles en bonne entente avec la majorité musulmane malgré le déclin démographique engendré par l'émigration vers Israël dès 1948 et vers la France après 1956 (date de l'indépendance de la Tunisie), 1961 (crise de Bizerte) et 1967. La synagogue de la Ghriba, située dans le village d'Er-Riadh (ex-Hara Sghira situé à neuf kilomètres au sud de Houmt Souk), est très ancienne et très célèbre. D'après les rabbins locaux, même s'il existe d'autres versions, « les Juifs arrivés sur l'île auraient apporté avec eux certains manuscrits des Tables de la Loi qu'ils auraient sauvé des ruines du Temple de Jérusalem détruit par Nabuchodonosor et même certaines pierres du Temple sur lesquelles ils auraient bâti le sanctuaire[55] ». Cette synagogue attire tous les ans, trois semaines après la Pâque juive, des pélerins d'Europe et d'Afrique du Nord qui « transportent en procession sur leurs épaules, hors de la synagogue, les Tables de la Loi, sous un lourd baldaquin multicolore qu'ils promènent »[55] aux alentours. Plusieurs autres petites synagogues se trouvent à la Hara El K'bira, principal quartier juif de l'île situé à Houmt Souk.
Au début du XXe siècle, Djerba comptait, parmi une population d'environ 40 000 personnes, plusieurs centaines de catholiques français, italiens, grecs et maltais. Ces derniers gagnaient leur vie, entre autres, comme artisans et pêcheurs de poisson et d'éponges. L'église catholique Saint-Joseph de Djerba, située en plein centre de Houmt Souk, a été réouverte officiellement au culte et consacrée le 19 mars 2006. Il existe également une église grecque orthodoxe à proximité du port de Houmt Souk.
[modifier] Gastronomie
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Avant l'essor touristique, les Djerbiens cultivaient du blé, de l'orge, du sorgho et des lentilles qui constituaient la base de leur alimentation, en particulier l'orge. Le couscous d'orge (malthoutha) au poisson ou à la viande séchée et conservée dans de l'huile d'olive (dhan) et les petits poissons séchés (ouzaf) sont des spécialités de l'île. La zamita qui en est une autre est constituée d'une préparation à base d'orge grillé, de fenugrec et d'épices. Elle est consommée par les Djerbiens au petit déjeuner, au goûter voire en repas principal, accompagnée de légumes crus ou en salaison (oignons verts, navets, carottes ou poivrons) ou de fruits (raisins ou grenades). Le sorgho est consommé en gâteaux, entremets (sahlab et bouza) ou bsissa.
La gastronomie djerbienne varie toutefois d'une localité à l'autre même si la cuisson à la vapeur qui aurait été préférée par les anciens Berbères y prédomine. Ainsi, pour le couscous djerbien, la semoule est-elle cuite à la vapeur ainsi que le poisson ou la viande et les légumes assaisonnés d'épices. On utilise alors un couscoussier en terre cuite à deux étages, typique de l'île, appelé keskess bou rouhine. Le riz djerbien est également cuit à la vapeur : viande, foie et légumes sont coupés en petits morceaux, assaisonnés et mélangés au riz légèrement trempé à l'avance, l'ensemble étant ensuite cuit à la vapeur. Plusieurs variétés de poudres de céréales et de légumes secs (orge, sorgho, blé, lentilles, pois chiches, fenugrec, etc.) assaisonnées d'épices et d'herbes appelées bsissa sont préparées et conservées pour être consommées naturelles, salées ou sucrées avec de l'huile d'olive, des fruits ou légumes frais, des dattes ou des figues sêchées.
Les Djerbiens sont aussi friands de poissons, de poulpes, de seiches et de calmars ; ces derniers farcis d'herbes permettent de préparer un plat de couscous ou de riz. De tout petits anchois séchés appelés ouzaf[56] constituent un condiment de choix en paticulier dans la préparation du massfouf djerbien (couscous très peu arrosé de sauce, bien épicé et riche en herbes dont le yazoul ou gazoul — le nom varie selon la localité — herbe sauvage de la famille de l'ail qui pousse au printemps et qui est vendue au bord des routes principalement par les enfants) ou du s'der (soupe de semoule).
Le séchage de la viande est très pratiqué sur toute l'île : la viande coupée en tranches fines (kaddid) est assaisonnée de sel et enduite d'huile afin d'éloigner les mouches puis séchée au soleil, bouillie dans l'huile d'olive (m'selli), conservée (d'hane) et utilisée pour la préparation de plats typiquement djerbiens. La glaia, viande cuite et conservée dans de la graisse de mouton et assaisonnée de curcuma, de sel et de poivre, peut également se conserver pendant un ou deux mois ; elle s'accommode notamment avec des tomates, poivrons et œufs.
La pâtisserie traditionnelle djerbienne est en revanche relativement pauvre par rapport à celle du continent. Les boissons typiques sont le legmi (sève de palmier qui se transforme en « vin de palme » dans la journée compte tenu d'une fermentation naturelle très rapide) et le l'ban (lait fermenté ou petit-lait).
[modifier] Croyances et légendes
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Beaucoup de croyances ont longtemps existé sur l'île : les Djerbiens considéraient ainsi le mercredi comme une journée néfaste pendant laquelle il ne fallait rien entreprendre (mariage, visite d'un malade, etc.). Le chiffre cinq et ses multiples sont prononcés lorsqu'on veut éloigner le mauvais sort ou toute influence négative. Le septième jour est quant à lui célébré en cas de naissance ou de mariage et le quarantième jour en cas de naissance et de décès. Le poisson est considéré comme un porte-bonheur et éloigne le mauvais œil : il est donc représenté sur les bijoux et utilisé couramment dans la décoration des intérieurs, un petit bijou représentant un poisson est accroché presque systématiquement aux habits des nouvaux-nés. Il existait aussi plusieurs journées dans l'année qu'on appelaient moussem et au cours desquelles on portait un repas cuisiné avec de la viande ou du poisson aux voisins les plus pauvres.
Les Djerbiens croyaient également en l'existence de la khiala, fantôme représentant le plus souvent une très belle femme qui peut apparaître à ses victimes, les ensorceler et les emporter loin pour les libérer sains et saufs après un ou plusieurs jours, le revenant ne se souvenant en principe de rien. Était-ce une façon par laquelle la sagesse populaire justifiait des fugues ? On croyait également que les âmes des morts voguaient autour des cimetières durant la nuit et pendant les heures les plus chaudes de la journée. On racontait également aux enfants que pendant ces mêmes heures, une vieille et méchante femme (azouzat el gaila) attrapait les enfants qu'elle trouvait dans la rue et les mangeait. Les enfants étaient également terrifiés par l'idée d'être attrapés par l'un de ces « messieurs » à la recherche d'enfants portant des signes particuliers dont le sacrifice leur permettrait de trouver un trésor enfoui. Le pain était vénéré et jamais jeté avec les ordures : si jamais on était obligé d'en jeter un morceau, il fallait d'abord l'embrasser puis le poser dans un endroit propre, de préférence surélevé, afin qu'un pauvre ou un animal puisse le trouver encore propre à la consommation. Ceci a donné lieu à la croyance indiquant que, lorsqu'on observe la lune, on y voit une femme pendue par les paupières parce qu'elle a utilisé un morceau de pain pour toucher son enfant. Les Djerbiens croient aussi que cela porte malheur de compter des personnes rassemblées et que celui dont les chaussures se superposent en les enlevant ou en les rangeant (sans le faire intentionellement) entreprendra un voyage. Si par contre, les chaussu