Cyrénaïque

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La Cyrénaïque (en grec ancien : Κυρηναία / Kurênaía ; en latin : CVRENAICA ; en arabe : برقة / Barqah ; en berbère : Barka) est une région traditionnelle de Libye dont le nom provient de la Cyrénaïque antique, province romaine située autour de l'ancienne cité grecque de Cyrène.

Ce territoire fait aujourd'hui partie de la Libye. Le 6 mars 2012 les chefs de tribus et de milice ont auto-proclamé l'autonomie de la Cyrénaïque à Benghazi. Cette proclamation est réitérée le 1er juin 2013 [1] par le Conseil de Cyrénaïque. La Cyrénaïque reste fortement influencée par le Machrek[2], notamment par l'Égypte tandis que les deux autres régions traditionnelles de Libye : la Tripolitaine et le Fezzan sont davantage orientées vers le Maghreb.

Les trois provinces de la Libye moderne.

Historique[modifier | modifier le code]

La Cyrénaïque et la Crète dans l'Empire romain, vers 120.

Colonisée par les Grecs à partir du Ve siècle av. J.-C., elle a longtemps appartenu à l'Égypte hellénistique. Ptolémée VIII la légua à titre personnel à son fils Ptolémée Apion qui, sans héritier, la légua à son tour à la République romaine en 96 av. J.-C.. Celle-ci en fit une province avec l'île grecque de Crète (la Crète et Cyrénaïque). La Cyrénaïque fut divisée en deux provinces :

  • La Libye supérieure (LIBYA SVPERIOR) ou pentapole (LIBYA PENTAPOLIS) ;
  • La Libye inférieure (LIBYA INFERIOR) ou aride (LIBYA SICCA).

Lorsque les Arabes musulmans s'en emparèrent au VIIIe siècle, le dessèchement du climat et la baisse des réserves en eau avaient déjà beaucoup dépeuplé le pays, dont la prospérité n'était plus qu'un souvenir. Les roumis furent chassés vers la Sicile ou la Crète, et le pays resta désert plusieurs siècles. Au XIVe siècle, une amélioration climatique permet une recolonisation humaine : le pays, nommé en arabe برقه (Barqah), fait partie de l’Égypte avant de devenir une province de l'Empire ottoman, qui finit par le rattacher à la Tripolitaine.

En 1911, le Royaume d'Italie s'empare du Fezzan, de la Tripolitaine et donc de la Cyrénaïque dans une guerre, la Guerre italo-turque qui l'oppose à l'empire ottoman, qui dès lors suit le destin politique de la Libye.

Par le Traité de Lausanne (1912), les Italiens reçoivent officiellement l'autorité sur les territoires libyens.

Après des tentatives de pacification avant et après la Première Guerre mondiale, l'Italie victorieuse au côté des Alliés veut transformer les fragiles trêves en accords de paix dont le plus prometteur; l'Accord d’Ar-Rajmah (1919-1920). La Cyrénaïque est divisé en deux : "le nord - comprenant les côtes et une partie d’Al-Jabal Al-Akhdar - passe sous domination italienne, tandis que le sud - comprenant Jaghbûb, Ûjîlah, Jâlû et Koufra - est indépendant et devient l’Émirat de Cyrénaïque de la dynastie Sanussi[3].

Idrîs, futur roi de Libye, devient émir de Cyrénaïque et garde quelques droits comme celui de se déplacer dans toute la région mais surtout celui d'intervenir dans l’administration de la partie italienne pour protéger les intérêts des Libyens autochtones. La contrepartie est la sécurité intérieure dans la colonie italienne, l'Émir promet de dissoudre ses forces militaires et de diminuer ses hommes à un millier pour gouverner son territoire. Le pacte est rompu en 1920 et l'Italie soumet, avec 2000 hommes accompagnés d'automobiles et d'avions, l'oasis de Djarboub, siège de la confrérie senoussi[4].

Le 6 décembre 1925, le traité italo-égyptien fixe la frontière orientale ; il fut signé par l'ambassadeur italien au Caire et par le Président du Conseil et ministre des Affaires étrangères d'Égypte, Ziwer Pacha[5].

Avec la victoire des Alliés, Idrîs réfugié en Égypte revient au gouvernement et promulgue une constitution moderne qui garantissait notamment la liberté de conscience et de pensée, l’égalité des citoyens et un gouvernement constitutionnel[6]. Son drapeau traditionnel est dérivé de celui de l'empire ottoman[7]. En 1946, il est reconnu Émir de Cyrénaïque et continue à militer pour l'unification et la souveraineté de la Libye.

Drapeau du Royaume de Libye.
Gouvernement de Cyrénaïque avec l’Émir Idris à gauche

En 1951, Idrîs accepte la couronne du Royaume-Uni de Libye qui regroupe la Cyrénaïque, la Tripolitaine et le Fezzan.

Ancien palais du Parlement de la Cyrénaïque italienne, à Benghazi en 1928.
Ancien palais-parlement de la Cyrénaïque, fortement endommagé par la Seconde Guerre mondiale (n'existe plus maintenant)

En 1980, un soulèvement militaire à Toubrouk est violemment réprimé par les forces de Kadhafi[8]

Le 23 février 2011, la Cyrénaïque est le premier secteur de Libye à se déclarer en rupture de ban du pouvoir du colonel Kadhafi, lors de la révolte libyenne de 2011[9]. L’est du pays devient ainsi rapidement le foyer de ralliement des militaires de l’armée libyenne décidant de ne pas suivre leur «Guide». La région est aussi le lieu de transit de nombreux Égyptiens vivant en Libye et regagnant leur pays pour échapper à la violente répression menée par le régime.

Le 6 mars 2012 des chefs de tribus et de milice ont auto-proclamé l'autonomie de la Cyrénaïque à Benghazi. Le cheikh Ahmed Zoubaïr el Senoussi, cousin de l'ancien roi Idriss renversé en 1969, a été nommé par un conseil intérimaire élu afin de gérer les affaires de la région et de défendre les droits de ses habitants. Le Conseil de Cyrénaïque reconnait l'autorité du Conseil national de transition (C.N.T.), mais ce dernier ne reconnaît pas la proclamation. Des manifestations ont eu lieu à Tripoli pour relayer cette revendication, qui inquiète d'autant plus les autorités que cette province détient 80 % des ressources pétrolières du pays.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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