Théophile Delcassé

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Théophile Delcassé
Image illustrative de l'article Théophile Delcassé
Fonctions
Parlementaire français
Député 1889-1919
Gouvernement IIIe République
Biographie
Date de naissance 1er mars 1852
Date de décès 21 février 1923
Résidence Ariège

Théophile Pierre Delcassé, né à Pamiers (Ariège) le 1er mars 1852 et mort à Nice (Alpes-Maritimes) le 21 février 1923, est un homme politique français de la IIIe République. Il est l'un des artisans du rapprochement de la France et de la Grande-Bretagne qui aboutit à la signature de l'Entente cordiale.

Jeunesse et début de carrière journalistique[modifier | modifier le code]

Théophile Delcassé naît au sein d’une famille de la petite bourgeoisie rentière. Au terme de ses études secondaires effectuées au collège de la ville, il obtient son baccalauréat en 1870, avant de s’inscrire à la Faculté de Lettres de Toulouse. Licencié en 1874, il est ensuite nommé en tant que maître répétiteur dans plusieurs établissements du Sud-Ouest, à Tarbes[1] et à Montauban notamment, avant de monter à Paris.

Dans la capitale, Théophile Delcassé se lance dans le journalisme, collaborant tout d’abord à La République française, le journal que dirige Léon Gambetta, à l’époque un des principaux chefs de file de la gauche républicaine. À partir de 1877, alors que prend fin l’Ordre Moral et que bientôt le maréchal de Mac-Mahon quitte la présidence de la République, il signe également quelques articles qui paraissent dans Le Temps, Le Matin ou Le Jour. Après ces années de formation parisienne, vient pour Delcassé le moment d’entrer en politique.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Photographie d'élections à Foix par Eugène Trutat, conservée au muséum de Toulouse. Le nom de Delcassé apparaît régulièrement sur les affiches.

Dans son Ariège natale, il est candidat dans l'arrondissement de Foix aux élections législatives d’octobre 1885. Il s’efface au second tour par souci d'union républicaine, contribuant ainsi au succès de la gauche. De conviction anticléricale, Delcassé est initié à la franc-maçonnerie au mois de janvier 1886, dans la loge de "la fraternité latine" de Foix. L’année suivante, le 26 octobre, il se marie avec Geneviève Wallet, veuve du député Massip. Élu conseiller général du canton de Vicdessos en 1888, Théophile Delcassé fait son entrée à la Chambre des députés l’année suivante, après sa victoire aux élections législatives de 1889. Constamment réélu, il demeurera député de Foix pendant trente années, jusqu’en 1919 !

Attiré par le radicalisme, le parlementaire ariégeois soutient néanmoins la politique colonialiste du président du Conseil Jules Ferry, à la différence par exemple de Georges Clemenceau et Gaston Doumergue. Delcassé est ainsi lié au parti colonial qu’anime le député d’Oran Eugène Étienne et qui recrute plutôt au centre. Attiré par les affaires diplomatiques, le jeune parlementaire reçoit en 1893 la charge de sous-secrétaire d'État aux Colonies. Il occupe ce poste qui vient d’être créé du 18 janvier au 25 novembre, puis est nommé l’année suivante ministre des Colonies. Le 28 juin 1898, il devient ministre des Affaires étrangères. Il sera reconduit dans ses fonctions dans six gouvernements successifs. Sept années durant, l’inamovible ministre conduit ainsi la politique diplomatique de la France. Au cours de cette période, servi par des ambassadeurs de talent (Camille Barrère à Rome ou Paul Cambon à Londres), Delcassé œuvre de manière décisive pour l’avenir de l’Europe.

À son arrivée à l’âge de 46 ans, le Quai d'Orsay est en effervescence. Les diplomates français s’inquiètent des évènements qui se déroulent à Fachoda (aujourd’hui appelé Kodok) dans le Soudan Oriental. Le 10 juillet 1898 en effet, le commandant Marchand, à la tête de la Mission Congo-Nil, prend possession des lieux au nom de la France. Le 19 septembre, les choses se compliquent avec l’arrivée de lord Kitchener et de ses 3 200 hommes de troupe. Celui-ci ne compte pas laisser des "Européens quelconques" interdire à l'empire britannique de contrôler le cours du Nil, de son delta jusqu’à ses sources... Après quelques négociations, les Britanniques établissent un blocus autour de la place de Fachoda et la crise, de locale, devient très vite internationale. Les relations entre la France et le Royaume-Uni se tendent à un point qui fait craindre, l’espace d’un instant, qu’une guerre soit possible. Après l’ultimatum anglais cependant, Delcassé donne l’ordre à l’officier français de se retirer, le 4 novembre suivant. En France, cette reculade choque l'opinion, gagnée au nationalisme.

Pourtant l’habile négociateur transforme ce départ sans gloire en succès diplomatique. La crise de Fachoda permet en effet de réconcilier les deux puissances coloniales, puisqu’un accord est conclu dès le 21 mars 1899 qui fait disparaître les points de friction sur le continent africain. Celui-ci offre la totalité du bassin du Nil à l'Angleterre, qui renonce en échange à ses ambitions marocaines. Sont alors jetées les prémisses d'une « entente cordiale » entre les deux nations. Celle-ci se concrétise le 8 avril 1904 sous le ministère que dirige Émile Combes. Depuis deux années, ce dernier accorde une totale confiance à Théophile Delcassé, qui bénéficie déjà de l’accord tacite du Parlement dans la réalisation de ses ambitions internationales. Réputé pour avoir le goût du mystère, le ministre des Affaires étrangères avait exposé son projet diplomatique à ses collaborateurs dès le mois de février 1899. Celui-ci a pour objectif de rompre l’isolement de la France et de bouleverser l’équilibre européen au détriment de l’Allemagne. Il lui faut pour cela casser le système d’alliances élaborées par le chancelier Bismarck dans les décennies précédentes, qui lie le Second Reich à l’Empire austro-hongrois, à l’Italie ainsi qu’à la Russie.

Le 9 août 1899, la Troisième République conclut ainsi une alliance diplomatique avec la Russie du tzar Nicolas II, qui vient compléter les accords militaires signés six années auparavant. À la suite de la conclusion d’un accord secret, le 24 décembre 1900, Théophile Delcassé parvient à détacher l'Italie de la Triplice, en accordant au gouvernement de Rome des avantages territoriaux en Libye. En échange, les diplomates français obtiennent le 16 décembre 1900 la reconnaissance par l’Italie des droits français sur le Maroc. Ceux-ci ne seront d’ailleurs pas remis en question, malgré l'incident de Tanger. Le 31 mars 1905, l’empereur Guillaume II, en visite au Maroc, proclame dans un discours retentissant son soutien au sultan Moulay Abd al-Aziz, à qui la France veut imposer un protectorat. Le Kaiser se déclare soucieux de défendre les intérêts allemands conformément à l’esprit de sa Weltpolitik. Le Président du Conseil Maurice Rouvier accepte alors la réunion d'une conférence internationale qui doit se dérouler à Algésiras l’année suivante. Une pareille concession est un désaveu de la politique menée par son ministre des Affaires étrangères. Conformément aux exigences allemandes, Théophile Delcassé préfère se retirer le 6 juin 1905, à la suite d’un conseil des ministres dramatique. Par la suite, il respectera la promesse de ne rien dévoiler des conditions de son départ du quai d’Orsay.

Au mois de janvier 1911, le député de l’Ariège retrouve un portefeuille, celui du ministère de la Marine. Théophile Delcassé doit alors faire face à l’incident d’Agadir. Le 1er juillet, une canonnière allemande, la Panther, est envoyée au large du Maroc, pour tenter de s'opposer au coup de force français. Le 4 novembre suivant, un accord de troc entre les deux puissances rivales est signé : l’Allemagne accepte de se désintéresser de l’Afrique du Nord en échange de la concession d’une part importante du Congo, entre le Cameroun et les possessions belges.

Du mois de février 1913 au mois de janvier 1914, Delcassé est ambassadeur à Saint-Pétersbourg. À partir du 26 août suivant, alors que l’Europe vient de s’embraser, le principal artisan de la Triple Entente retrouve le ministère des Affaires étrangères, dans le cabinet formé par René Viviani. Il s’emploie alors à détacher l'Italie de la cause allemande, celle-ci entrant en guerre aux côtés des Alliés le 23 mai 1915. Cependant, Théophile Delcassé ne peut empêcher la Bulgarie de se joindre aux puissances centrales. Dépité par cet échec et critiqué par l’opinion, Delcassé, surmené, démissionne le 13 octobre 1915.

Réélu député en Ariège, il s’oppose avec violence le 20 juin 1916, à la Chambre, au projet d’une expédition militaire à Salonique. Il se retire peu après de la vie politique, ébranlé par la mort de son fils Jacques des suites de sa captivité en Allemagne. En 1921 il marie sa fille Suzanne avec le lieutenant-colonel Charles Noguès, futur Résident du Maroc. Il décède à Nice le 22 février 1923. Théophile Delcassé est inhumé au cimetière parisien de Montmartre. Sur sa tombe, est gravée cette épitaphe : « Ces quelques mots où se résume toute ma vie : pour la France, tout, toujours ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Philippe Zanco (dir.), Dictionnaire des ministres de la marine, SPM, 2011.
  • Louis Claeys, Deux siècles de vie politique dans le département de l'Ariège, 1789-1989, Pamiers, 1994.
  • Louis Claeys, H. Garrus, J.-L. Lafont, Théophile Delcassé, 1852-1923 - député de l'Ariège et ministre, Pamiers, 1988.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il a pour élève le lycéen Jules Laforgue, futur poète - Sources : Jean-Aubry (1922).

Article connexe[modifier | modifier le code]

Précédé par Théophile Delcassé Suivi par
Gabriel Hanotaux
Ministre français des Affaires étrangères
1898-1905
Maurice Rouvier
Précédé par Théophile Delcassé Suivi par
Gaston Doumergue
Ministre français des Affaires étrangères
1914-1915
René Viviani