Charles Quint

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Charles Quint
Portrait de Charles Quint par Rubens (d'après Le Titien).
Portrait de Charles Quint par Rubens
(d'après Le Titien).
Titre
Empereur des Romains
28 juin 151924 février 1558[1]
(&&&&&&&&&&01412138 ans, 7 mois et 26 jours)
Prédécesseur Maximilien Ier
Successeur Ferdinand Ier
Roi des Espagnes
14 mars 1516[2]16 janvier 1556
En tandem avec Jeanne Ire (1506-1555)
Souverain Charles Ier de Castille, d'Aragon, de Grenade etc.
Prédécesseur Ferdinand II (Aragon)
Jeanne Ire (Castille et León)
Successeur Philippe II
Roi de Naples, de Sicile et de Jérusalem
13 mars 15161554 (Naples), 1556 (Sicile)
Souverain Charles IV de Naples
Charles II de Sicile
Prédécesseur Ferdinand II
Successeur Philippe II
Duc de Bourgogne, de Brabant, de Limbourg, de Luxembourg et de Gueldre
Comte d'Artois, de Flandre, de Hainaut,
de Hollande et de Zélande, de Zutphen,
Comte palatin de Bourgogne
25 septembre 150625 octobre 1555
Prédécesseur Philippe IV
Successeur Philippe V
Biographie
Dynastie Maison de Habsbourg
Nom de naissance Charles de Habsbourg
Date de naissance 24 février 1500
Lieu de naissance Gand (Pays-Bas des Habsbourg)
Date de décès 21 septembre 1558 (58 ans)
Lieu de décès Monastère de Yuste (Espagne)
Père Philippe Ier de Castille
Mère Jeanne Ire de Castille
Conjoint Isabelle de Portugal
Enfant(s) Philippe II Souverain
Jean d'Autriche
Marie d'Autriche
Ferdinand d'Autriche
Jeanne d'Autriche
Jean d'Autriche

Charles Quint
Monarques d'Espagne
Souverains du Saint-Empire

Charles de Habsbourg, archiduc d'Autriche et prince des Espagnes, né le 24 février 1500 au Prinsenhof de Gand, dans les Pays-Bas méridionaux (aujourd'hui Belgique), et décédé le 21 septembre 1558 au monastère de Yuste dans la province d'Estrémadure en Espagne, est un prince de la maison de Habsbourg, considéré comme le monarque chrétien le plus puissant de son temps, au moment où vacille l'axe européen Bruges/Venise, sous la montée de l'Espagne.

Il a été duc de Bourgogne (souverain des Pays-Bas bourguignons) sous le nom de Charles II (1515-1555), roi des Espagnes, sous le nom de Charles Ier (Carlos I), roi de Naples et de Sicile (1516-1556), mais il est resté à la postérité sous son nom d'empereur du Saint-Empire romain germanique (1519-1558), Charles Quint[3] (Karl V.) (Quint signifiant cinquième en moyen français). Excepté cette dernière dignité, élective, cette accumulation de titres est le résultat involontaire d'une intense politique d'alliances matrimoniales qui a, faute d'autres prétendants, abouti à faire de Charles le seul héritier de cinq dynasties[4]. Son règne est marqué par l'essor aux Pays-Bas bourguignons de la ville d'Anvers, comme première place financière mondiale, qui relie l'Inde à l'Amérique.

Il est le dernier empereur germanique à nourrir le rêve carolingien d'un Empire prenant la tête de la Chrétienté. Cette ambition d'unité chrétienne face à la poussée du monde musulman dans les Balkans et en Méditerranée est brisée par l'opposition farouche et ininterrompue des rois de France François Ier et Henri II, ainsi que par la rupture religieuse provoquée par Martin Luther et les Réformes protestantes à partir de 1517. Ces deux conflits extérieurs occupent ses finances et son énergie pendant tout son règne, tandis que des révoltes intérieures en Castille, en Allemagne, dans les Flandres et en Brabant, affaiblissent par moment les bases de son pouvoir.

Au terme d'une vie de combats et de voyages, miné et désabusé par ses échecs face à la France, aux luthériens et à sa propre famille, il finit par abdiquer et se dépouille en quelques années de ses possessions. Le 25 octobre 1555, il abdique en son palais de Bruxelles, cédant les Pays-Bas, désormais unis et déliés du Saint-Empire, à son fils Philippe, déjà duc de Milan et roi de Naples. Il lui cédera également les Espagnes l'année suivante et la Franche-Comté au seuil de la mort. Par une série de conventions avec son frère Ferdinand, il avait cédé dès les années 1550 les duchés autrichiens à ce dernier. Fort de cette base germanique, c'est lui qui héritera de la couronne impériale à la mort de son frère.

Biographie[modifier | modifier le code]

L'empire européen de Charles Quint en 1547

Charles est le fruit de quatre dynasties représentées chacune par l'un de ses grands-parents : il est à la fois un Bourguignon, un Habsbourg, un Aragonais et un Castillan. S'il est né et a grandi dans une culture franco-bourguignonne, ses incessants voyages à travers son empire ont contribué à faire de lui un personnage européen par-delà les appartenances nationales. Sa devise, Plus Oultre (encore plus loin), créée par un médecin italien pour illustrer la tradition chevaleresque bourguignonne, est devenue sous sa forme latine la devise nationale de l'Espagne.

Quand il naît en 1500, rien ne le destine à devenir le prince le plus puissant du XVIe siècle. Son père, Philippe le Beau, est encore jeune et devrait hériter des biens de son propre père, l'empereur Maximilien. Sa mère, Jeanne la Folle, n'est à cette date qu'une simple infante espagnole ; elle a un neveu, don Miguel de la Paz, qui est l'héritier présomptif de la Castille, de l'Aragon et du Portugal. La mort de cet enfant, six mois après la naissance de Charles, fait de ce dernier un prince des Espagnes, fils et héritier de l'aîné des descendants survivants des Rois catholiques.

En quelques années, tout s'accélère. Isabelle la Catholique meurt en 1504, faisant de Jeanne la reine de Castille. Deux ans plus tard, Philippe le Beau, parti recueillir en Espagne l'héritage de sa femme, décède à son tour. Charles devient alors duc de Bourgogne, c'est-à-dire souverain des Pays-Bas et de la Franche-Comté. En 1515, il est émancipé et commence à négocier la succession de son grand-père Ferdinand II d'Aragon. Au seuil de la mort, ce dernier déshérite sa fille Jeanne, incapable de régner, au profit du jeune duc de Bourgogne. Charles devient l'année suivante roi d'Aragon, de Naples et de Sicile, en même temps qu'il s'autoproclame roi de Castille au détriment de sa mère. Parti se faire reconnaître comme roi des Espagnes, il apprend la mort de son autre grand-père, l'empereur Maximilien, qui lui lègue les duchés autrichiens et un sérieux avantage pour l'élection impériale. Le 28 juin 1519, il est élu Roi des Romains et se rend à Aix-la-Chapelle pour y être couronné empereur élu du Saint-Empire romain germanique. Son couronnement à Bologne, le 24 février 1530, en fera le dernier empereur des Romains, couronné selon la tradition carolingienne par le Pape. C'est Clément VII qui officie, marquant ainsi la concorde retrouvée entre les pouvoirs temporel et spirituel, tandis que la sainte onction est donnée par le cardinal Alexandre Farnèse.

Jeunesse aux Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Portrait de Charles Quint enfant (vers 1507)
Marguerite d'Autriche, tante de Charles Quint et régente des Pays-Bas

L'archiduc Charles naît au Prinsenhof à Gand (palais aujourd'hui disparu), alors capitale du comté de Flandre, en 1500.

Il est le fils de Philippe de Habsbourg, dit Philippe le Beau, souverain des Pays-Bas, et de Jeanne de Castille, dite Jeanne la Folle.

Le jeune prince est porté sur les fonts baptismaux par la duchesse douairière de Bourgogne Marguerite d'York et celui qui sera son précepteur, Guillaume de Croÿ. On le prénomme Charles, en hommage à son arrière-grand-père Charles le Téméraire.

Pour des raisons diplomatiques, son père le titre duc de Luxembourg et non comte de Charolais, comme le voudrait la tradition dynastique des ducs de Bourgogne.

Charles passera en Flandre, survivance des États bourguignons, les dix-sept premières années de sa vie. On lui donne pour précepteurs deux membres de la puissante maison de Croÿ : le prince de Chimay, puis le seigneur de Chièvres, son parrain.

Adrien Floriszoon, recteur de l'université de Louvain, prend en charge l'éducation religieuse du jeune prince.

Alors que Charles n'a que quatre ans, ses parents quittent la Flandre pour prendre possession du trône de Castille, vacant depuis la mort de la reine Isabelle la catholique, mère de Jeanne. Ils ne reviendront jamais. C'est Marguerite d'Autriche, sœur de Philippe, qui tiendra lieu de famille à Charles et à ses sœurs Eléonore, Isabelle et Marie, tandis que leur frère Ferdinand reste en Espagne où il est né, son éducation étant assurée par son grand-père Ferdinand II d'Aragon. Une petite sœur Catherine, née en 1507, sera élevée en Espagne auprès de leur mère, que le veuvage a rendue folle. Les enfants du couple princier restés en Flandres grandiront dans les résidences de leur tante, principalement à Malines.

Charles est avant tout élevé dans les traditions de la cour de Bourgogne. Les quelques Espagnols qu'il fréquente dans sa jeunesse sont des ennemis politiques de son grand-père Ferdinand, des exilés qui n'ont pas vu l'Espagne depuis des années.

Sa langue maternelle est le français, langue des ducs de Bourgogne vivant en Flandre, connue de la bourgeoisie flamande. Pendant une bonne partie de sa vie, elle sera la seule langue qu'il maîtrisera. Par la suite, il apprit également l’allemand, l’anglais, le néerlandais, l’espagnol et un peu d’italien. Il avouera dans ses lettres sa déception de n'avoir jamais réussi à apprendre le latin. Sa maîtrise proverbiale des langues fut un facteur déterminant de sa popularité. À la fin de sa vie, il maîtrisait si bien l'espagnol qu'il supervisa la traduction du Chevalier délibéré, poème épique d'Olivier de La Marche dont il gardait toujours un exemplaire auprès de lui. Cette épopée nourrit un attachement farouche à cette lignée brisée des ducs de Bourgogne et une méfiance profonde vis-à-vis des rois de France, que l'héritage italien des rois d'Aragon et l'élection impériale de 1519 ne feront qu'amplifier.

Portrait de Charles Quint adolescent par Bernard van Orley (vers 1516)

Parti recueillir l'héritage castillan de sa femme, Philippe le Beau meurt dans des conditions étranges le 25 septembre 1506. Charles, âgé de 6 ans, devient nouveau duc de Bourgogne, souverain des duché de Brabant, comté de Flandre, de Hollande, de la Franche-Comté, de Bourgogne, etc.

La régence s'organise. Les États généraux refusent à l'empereur Maximilien, grand-père du jeune duc, avec lequel ils ont eu de sérieux démêlés par le passé, d'assumer cette régence dans des conditions décentes. C'est donc la sœur de Philippe, Marguerite d'Autriche, qui assure le gouvernement au nom du jeune prince. Le jeune souverain et sa tante entament un voyage inaugural pour se faire reconnaître comme prince et régente des Pays-Bas.

La régente Marguerite s'installe à Malines, où elle réside ordinairement avec ses neveux et nièces. Charles est alors instruit de l'exercice du pouvoir : sa tante et son précepteur lui font prononcer des discours devant les États dès 1507, Marguerite le fait assister à une partie des séances du conseil, et Chièvres le forme à l'art de la guerre.

Un conflit entre Don Juan Manuel, un chevalier de l'ordre de la Toison d'or, Maximilien, Marguerite et Ferdinand d'Aragon, entraîne l'émancipation précipitée de Charles le 5 janvier 1515.

Les États, réunis dans la grande salle du palais du Coudenberg, à Bruxelles, proclament Charles souverain effectif des Pays-Bas. Chièvres, qui a l'oreille de l'archiduc-duc, évince Marguerite et devient le principal conseiller du prince. Il commence à négocier la succession du vieux Ferdinand en envoyant Adrien d'Utrecht sur place. Le doyen a une mission précise : il s'agit d'éviter à tout prix que le roi ne favorise le jeune frère de Charles, l'infant Ferdinand, né en Espagne en 1503 et élevé par son grand-père, au détriment des droits de l'aîné. Il faut en outre régler la question de leur mère, Jeanne la Folle, qui n'est manifestement pas en état de régner. Pendant ce temps, Charles entame un nouveau voyage. Cette fois-ci, il est reçu comme souverain, selon le rituel de Joyeuse Entrée, jurant de respecter et d'augmenter les privilèges des différentes provinces.

Charles Ier des Espagnes[modifier | modifier le code]

La reine Jeanne de Castille, mère du roi Charles Ier d'Espagne, à l'époque de son mariage (vers 1495)
Portrait de Charles Quint par Marco Cardisco (1519

La nouvelle de la mort de Ferdinand d'Aragon arrive à Bruxelles le 8 février 1516. Le 14 mars, lors d'une cérémonie aussi grandiose que peu espagnole dans la collégiale Sainte-Gudule de Bruxelles, Charles est proclamé, conjointement avec sa mère, roi des Espagnes. S'il avait eu gain de cause en étant couché sur le testament du roi d'Aragon comme son unique héritier, le testament d'Isabelle la Catholique avait fait de Jeanne la seule héritière du plus important royaume d'Espagne, la Castille. Charles devait au plus être un régent dans ces territoires. Il bafouait donc les droits de sa mère, recluse au palais-couvent de Tordesillas, en se proclamant roi au même titre qu'elle. Ce coup d'État (selon l'expression de Joseph Pérez) suscite en Castille des mécontentements qui assombrissent les premières années du règne.

Le nouveau roi termine sa visite flamande et prépare son départ pour l'Espagne. Il débarque sur la côte asturienne le 18 septembre 1517, accompagné de ses conseillers flamands et de quelques exilés castillans. À peine arrivé, il fait renvoyer en Flandre son jeune frère Ferdinand, qui s'était porté à sa rencontre. À Valladolid, le faste de la cour bourguignonne déployé du couronnement choquèrent beaucoup les Espagnols, habitués à une monarchie moins cérémonieuse. En mars 1518, Charles y ouvre les Cortès de Castille pour recevoir le serment d'allégeance des délégués du royaume ainsi que d'importants subsides. L'assemblée accepte tout cela sous diverses conditions : Charles devra apprendre le castillan (il est incapable de s'adresser aux Cortès dans cette langue) ; les offices de gouvernement devront être réservés à des régnicoles ; aucun métal précieux ne devra sortir du royaume sous forme de monnaie ; la reine légitime devra être maintenue dans ses droits et bien traitée.

Bien informé du caractère plus compliqué de sa reconnaissance en Aragon (il faut répéter la cérémonie d'allégeance des Cortès dans chacun des royaumes constituant la couronne d'Aragon), Charles reste peu de temps dans cette ville et se rend à Saragosse puis à Barcelone, pour y être reçu comme roi d'Aragon et comte de Barcelone. Au cours de son premier voyage, il passe plus de temps en Aragon qu'en Castille et multiplie les maladresses. Il nomme de nombreux Flamands (certes naturalisés) à des postes clés du gouvernement, réclame subside sur subside, se montre ignorant des usages et des langues locales. En à peine une année, il déçoit profondément ses nouveaux sujets malgré le large capital de sympathie qu'il avait en tant que petit-fils des rois catholiques. En outre, il quitte la péninsule dès qu'il apprend son élection au trône impérial, ce qui fait craindre aux Espagnols que leurs royaumes ne deviennent une simple annexe d'un empire tourné vers le nord.

Charles doit faire face à plusieurs troubles dans ses États espagnols. Entre 1520 et 1521, il affronte une révolte en Castille où ses sujets n'acceptent pas le régent nommé par ses soins, Adrien d'Utrecht (récompensé en 1516 par la charge d'archevêque de Tortosa), et sa cour flamande. La rébellion menée par Juan de Padilla est définitivement écrasée lors de la bataille de Villalar le 21 avril 1521. Entre temps, sur les conseils d'Adrien d'Utrecht, Charles associe deux Grands, le connétable et l'amiral de Castille, au gouvernement du royaume. Par la suite, il associe largement des Castillans à son Conseil, revient s'installer en Castille où il résidera sept ans sans discontinuer, de 1522 à 1529. Il donnera en outre satisfaction à ses sujets en épousant en 1526 une princesse perçue comme espagnole : sa cousine germaine Isabelle de Portugal.

Entre 1519 et 1523, Charles doit également faire face à un soulèvement armé dans la région de Valence, les Germanías, du nom de ces milices locales dont la constitution est autorisée depuis un privilège accordé par Ferdinand le catholique pour lutter contre les Barbaresques. En 1520, profitant de l'abandon de la ville par la noblesse à la suite d'une épidémie de peste, ces milices prennent le pouvoir sous le commandement de Joan Llorenç et refusent la dissolution prononcée par Adrien d'Utrecht. Les Îles Baléares sont contaminées à leur tour par le mouvement, qui n'est vaincu par la force qu'en 1523.

Article détaillé : Germanías.

Amérique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Empire espagnol.

Sous le règne de Charles Quint se poursuit, à son insu, la conquête du Nouveau Monde initiée sous les Rois catholiques. À partir de 1521, Hernán Cortés conquiert la Nouvelle-Espagne – vaste région qui couvre aujourd'hui le Mexique, l'Amérique centrale et le Sud des États-Unis, Francisco Pizarro soumet Tahuantinsuyu – l'empire inca – qui devient la Vice-royauté du Pérou, et Gonzalo Jiménez de Quesada prend le contrôle du royaume des Chibchas, aujourd'hui en Colombie.

Juan Sebastián Elcano boucle le premier tour du monde en 1522, achevant le voyage commencé sous les ordres de Magellan et marquant le début de la domination espagnole sur les Philippines et les Mariannes. En 1536, Pedro de Mendoza fonde la ville de Buenos Aires sur la rive droite du Río de la Plata. Peu après, en 1537, Asuncion est fondée par Juan de Salazar et Gonzalo de Mendoza, et devient le centre de la conquête et de l'administration de la région.

Ces immenses territoires sont annexés comme deux nouveaux royaumes à la couronne de Castille, assurant à celle-ci des revenus substantiels en métaux précieux. La couronne prélève directement un cinquième des métaux rapatriés en Espagne (Quinto real). Cette manne permet à Charles de financer sa politique impériale en garantissant, notamment, ses opérations de change, d'emprunt et de transfert de fonds auprès des banquiers d'Augsbourg, de Gênes et d'Anvers.

L'empereur Charles Quint[modifier | modifier le code]

Portrait de Charles Quint à l'époque de son élection à l'Empire par Bernard van Orley (vers 1519)

Le 12 janvier 1519, la mort de Maximilien ouvre la succession à la couronne impériale. Cette couronne, certes prestigieuse et garante d'une grande aura au sein de la Chrétienté, est plus un poids qu'un avantage pour son titulaire. Elle ne lui permet pas de lever des fonds. Elle ne dispose que d'une armée féodale pléthorique mais inadaptée aux nouvelles exigences de la guerre, les troupes des princes allemands étant hors de son contrôle. Charles est le candidat naturel à la succession de son grand-père. Il a été élevé dans cette perspective et doit affronter la candidature des rois d'Angleterre Henri VIII et de France François Ier, ainsi que le duc albertin Georges de Saxe, dit « le Barbu ».

La compétition se résume vite à un duel François contre Charles. Pour convaincre les sept princes-électeurs allemands, les rivaux usent tour à tour de la propagande et d'arguments sonnants et trébuchants.

Le parti autrichien présente le roi d'Espagne comme issu du véritable estoc (lignage), mais la clef de l'élection réside essentiellement dans la capacité des candidats à acheter les princes-électeurs. Les écus français s'opposent aux florins et ducats allemands et espagnols mais Charles bénéficie de l'appui déterminant de Jacob Fugger, richissime banquier d'Augsbourg, qui émet des lettres de change payables « après l'élection » et « pourvu que soit élu Charles d'Espagne » et profite des richesses de l'empire américain. Charles Quint est élu roi des Romains le 28 juin 1519 et sacré empereur à Aix-la-Chapelle le 23 octobre 1520[5]. Très vite, il s'aperçoit qu'il ne peut pas être le pasteur unique de la Chrétienté, selon les idéaux de monarchie universelle dont tentent de le convaincre ses conseillers, comme Mercurino Gattinara.

Le conflit avec la France[modifier | modifier le code]

Portrait de Charles Quint vers 1515-1520

Les affrontements avec François Ier[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerres d'Italie.

La rivalité avec François Ier marque l'essentiel de l'histoire impériale de Charles Quint. Le roi de France veut poursuivre l'action de ses prédécesseurs Charles VIII et Louis XII dans la péninsule italienne, en réclamant Naples et Milan. De son côté, Charles Quint n'a de cesse de récupérer le duché de Bourgogne de son bisaïeul Charles le Téméraire, saisi dans des conditions juridiques douteuses mais désormais bien intégré au territoire français. La Bourgogne et l'Italie sont les principaux théâtres où s'affronteront les deux rivaux, sans qu'aucun d'eux puisse satisfaire ses ambitions.

Le premier heurt se produit en Royaume de Navarre. Ce royaume, dont une partie est située au nord des Pyrénées – les provinces d'outre-monts ou Basse-Navarre à partir de 1512 – est sous contrôle espagnol depuis sa conquête par Ferdinand d'Aragon en 1512.

La Maison d'Albret, qui bénéficie de l'appui du roi de France François Ier, tente une reconquête en 1521. Les franco-navarrais profitent d'une démilitarisation partielle du royaume due à la guerre des Communautés de Castille et s'appuient sur le soulèvement du peuple navarrais pour prendre la capitale, Pampelune. Le rapide ressaisissement de l'armée espagnole et les erreurs stratégiques du général français André de Foix ne permettent pas de consolider la victoire, et les troupes de Charles Quint remportent la victoire à Noain sur une armée largement inférieure en effectifs. Après divers sièges et batailles, un accord diplomatique est signé : Charles Quint conserve la Haute-Navarre mais restitue la Basse-Navarre à la Maison d'Albret.

Pendant cette même année 1521, Charles Quint ouvre deux nouveaux fronts. Poursuivant son objectif bourguignon, il envoie Franz von Sickingen et le comte Philippe Ier de Nassau vers le nord de la France ; ces derniers obligent Bayard à s'enfermer dans Mézières assiégée. Bayard défend la ville sans capituler, malgré les canonnades et les assauts ; le maréchal de La Palisse, arrivé en renfort, oblige Nassau à lever le siège. En Italie, Charles Quint forme une coalition avec Henri VIII d'Angleterre et les États pontificaux pour contrer l'alliance de la France et de la république de Venise. L'armée franco-vénitienne est battue lors de la bataille de la Bicoque ; Charles Quint et ses alliés reprennent le Duché de Milan. L'armée impériale entre en Provence mais échoue au siège de Marseille. François Ier prend la tête d'une contre-attaque mais est sévèrement battu à Pavie en 1525, où il est fait prisonnier. Charles Quint retient le roi de France à Madrid pendant plus d'un an, jusqu'à la conclusion du traité de Madrid.

Article détaillé : Sixième guerre d'Italie.

Aux termes de ce traité, François Ier doit, entre autres, céder le duché de Bourgogne et le Charolais, renoncer à toute revendication sur l'Italie, les Flandres et l'Artois, et épouser Éléonore de Habsbourg, sœur de Charles. François est libéré contre l'emprisonnement pendant quatre années de ses deux fils aînés, le dauphin François de France et Henri de France (futur Henri II).

Charles Quint ne tire pas grand profit de ce traité, que le roi de France avait d'ailleurs jugé bon de déclarer inexécutable la veille de sa signature. Le 8 juin, les États de Bourgogne déclarent solennellement que la province entend rester française.

Charles Quint portant le collier de l'Ordre de la Toison d'or

En 1526, une nouvelle ligue, scellée à Cognac, se constitue, cette fois-ci contre Charles Quint, alors en pleine lune de miel (il vient d'épouser Isabelle de Portugal). La ligue de Cognac rassemble la France, l'Angleterre, le pape et les principautés italiennes (Milan, Venise et Florence). Les armées de la ligue entrent en Italie et se heurtent à une faible résistance des troupes impériales, mal payées et affaiblies par les maladies. Le siège est mis devant Naples, mais Rome est saccagée par les soudards de l'armée impériale commandée par Charles de Bourbon. Ces événements contraignent Charles, catastrophé, à interrompre les festivités célébrant la naissance de son fils, le futur Philippe II d'Espagne.

Cependant, le siège de Naples est un échec et les troupes de la Ligue, affaiblies à leur tour par la malaria et surtout le renversement d'alliance d'Andrea Doria, doivent se retirer du royaume de Naples. Les circonstances semblent rééquilibrer les forces de Charles Quint et François Ier et les amènent à laisser Marguerite d'Autriche, tante de l'empereur, et Louise de Savoie, mère du roi de France, négocier un traité qui amende celui de Madrid : le 3 août 1529, à Cambrai, est signé la paix des Dames, qui sera ratifiée par les deux souverains. François Ier épouse Éléonore d'Autriche, veuve du roi du Portugal et sœur de Charles Quint ; il recouvre ses enfants moyennant une rançon de 2 000 000 écus et conserve la Bourgogne ; en revanche, il renonce à l'Artois, à la Flandre et à ses vues sur l'Italie.

Article détaillé : Septième guerre d'Italie.
Portrait de Charles Quint par Christoph Amberger (1532)

En 1535, à la mort du duc de Milan François II Sforza, François Ier revendique l'héritage du duché. Au début de 1536, 40 000 soldats français envahissent le duché de Savoie, allié de Charles Quint, et s'arrêtent à la frontière lombarde, dans l'attente d'une éventuelle négociation. En juin, Charles Quint riposte et envahit la Provence mais se heurte à la défense du connétable Anne de Montmorency. Grâce à l'intercession du pape Paul III, élu en 1534 et partisan d'une réconciliation entre les deux souverains, le roi et l'empereur signent en 1538, à Nice, une trêve de deux ans et promettent de s'unir face au « danger protestant ». En signe de bonne volonté, François Ier autorise même le libre passage des troupes de l'empereur à travers la France afin que celui-ci puisse mater une insurrection de sa ville natale, Gand.

Charles Quint ayant refusé, malgré ses engagements, l'investiture du duché de Milan à l'un des fils du roi, une nouvelle guerre éclate en 1542. Le 11 avril 1544, François de Bourbon-Condé, comte d'Enghien, à la tête des troupes françaises, défait le marquis Alfonso de Ávalos, lieutenant général des armées impériales, à la bataille de Cérisoles. Cependant, l'armée de Charles Quint, avec plus de 40 000 hommes et 62 pièces d'artillerie, traverse la Lorraine, les Trois-Évêchés et envahit la Champagne. Mi-juillet, une partie des troupes assiège la place forte de Saint-Dizier, tandis que le gros de l'armée poursuit sa marche vers Paris. De graves problèmes financiers empêchent l'empereur de payer ses troupes, où se multiplient les désertions. De son côté, François Ier doit également faire face au manque de ressources financières ainsi qu'à la pression des Anglais qui assiègent et prennent Boulogne-sur-Mer. Les deux souverains, utilisant les bons offices du duc François Ier de Lorraine, finissent par consentir à une paix définitive en 1544. Le traité de Crépy-en-Laonnois reprend l'essentiel de la trêve signée en 1538. La France perd sa suzeraineté sur la Flandre et l'Artois et renonce à ses prétentions sur le Milanais et sur Naples, mais conserve temporairement la Savoie et le Piémont. Charles Quint abandonne la Bourgogne et ses dépendances et donne une de ses filles en mariage, dotée du Milanais en apanage, à Charles, duc d'Orléans et deuxième fils du roi.

François Ier et Charles Quint entrent dans Paris (1540)

Cependant, il tient à conforter la base originelle de sa puissance, les Pays-Bas de « par deçà », ainsi que les nomme la tradition bourguignonne. Il les agrandit au nord par l'annexion des territoires occupés par le duc de Gueldre et l'évêque d'Utrecht et les renforce au sud en repoussant la suzeraineté du roi de France sur la Flandre et l'Artois à la Paix des Dames. Enfin, il règle leurs rapports avec le Saint-Empire à la diète d'Augsbourg de 1548.

Les affrontements avec Henri II[modifier | modifier le code]

Les relations avec Henri II s'inscrivent dans la continuité.

Dès 1551, Henri II écoute les princes réformés d'Allemagne, qu'il avait bien connus lorsqu'il était dauphin. En janvier 1552, il reçoit à Chambord le margrave Albert de Brandebourg qui lui suggère d'occuper Cambrai, Verdun, Toul et Metz (ces trois dernières villes constituant les Trois-Évêchés), cités d'empire de langue française et bénéficiant traditionnellement d'une certaine autonomie. Henri II y prendrait le titre de « vicaire d'Empire ». Le traité de Chambord est signé le 15 janvier 1552, scellant l'alliance d'Henri II avec les princes réformés contre Charles Quint.

En mars 1552, l'armée française est massée à Joinville sous le commandement du connétable de Montmorency et du duc de Guise. Cambrai, Verdun et Toul ouvrent leurs portes sans opposer de résistance ; le 18 avril 1552, Henri II entre dans Metz. Après un détour par l'Alsace, le « Voyage d’Allemagne » s'achève en mai 1552.

Six mois plus tard, en octobre 1552, sur ordre de Charles Quint, le duc d'Albe met le siège devant Metz, où reste une faible garnison sous les ordres de François de Guise. Le siège dure quatre mois et, malgré le déploiement d'importantes forces impériales (35 000 fantassins, 8 000 cavaliers et 150 canons), reste voué à l'échec, et l'armée de Charles Quint finit par lever le siège en janvier 1553.

La même année, Charles Quint fait raser Thérouanne, en Flandre, la ville étant tombée après avoir été assiégée.

Toujours en 1552, en Italie, la ville de Sienne chasse sa garnison espagnole (26 juillet) et demande l’intervention française. Henri II en profite pour ouvrir un nouveau front. Défendue par Monluc, la ville capitule finalement le 17 avril 1555. Charles Quint cède Sienne à Florence mais conserve les présides toscans de Piombino (Italie) et Orbetello.

Charles Quint et la Réforme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Réforme protestante.
Martin Luther (vers 1520).
Philippe Melanchthon.
Présentation à Charles Quint de la confession d'Augsbourg (1530).

Le règne de Charles Quint correspond à la naissance en Allemagne du luthéranisme.

Défenseur de la foi, sacré par le pape en 1530, le petit-fils et successeurs des « Rois Catholiques » ne peut se soustraire à l'obligation de défense de la foi catholique et une accalmie dans le conflit l'opposant à François Ier lui permet de s'attacher à cette mission.

L'année même de son sacre, Charles Quint convoque la Diète d'Augsbourg. Cette diète est convoquée par l’empereur pour poser la question de la soumission des princes du Saint-Empire convertis à la Réforme luthérienne. La réunion tourne à son désavantage, les princes du Nord réformistes se coalisant sous l'autorité du landgrave Philippe Ier de Hesse et de l'électeur Jean-Frédéric Ier de Saxe.

Le 25 juin 1530, les protestants présentent au souverain la Confession d'Augsbourg, texte fondateur du « Luthéranisme » rédigée par Philipp Melanchthon (qui représente Luther, qui, excommunié en 1520 et mis au ban de l’Empire ne pouvait participer à la diète) et Camerarius, qui sera rejetée par les théologiens catholiques. Malgré quelques modifications conciliatrices apportées par le prudent disciple du bouillant réformateur au texte original, Charles Quint la fait proscrire par la diète dont les membres sont a fortiori catholiques.

Le 20 septembre 1530, Luther conseille aux princes protestants de se préparer à la guerre plutôt que d'accepter de transiger avec l'Église catholique, ce qui aboutit début 1531 à la formation de la Ligue de Smalkalde menée par Philippe de Hesse. La diète se termine le 19 novembre 1531 avec le recès d’Augsbourg qui confirme l'édit de Worms : il ordonne aux princes coalisés de se soumettre avant le 15 avril 1531, de rétablir dans leurs États la juridiction épiscopale et de restituer les biens de l'Église.

Conscient de la nécessité de réformer l'Église et résoudre le problème protestant, le pape Paul III convoque le concile de Trente, dont les travaux démarrent le 5 décembre 1545. Les protestants ne reconnaissent pas le concile et l'empereur déclenche les hostilités en juin 1546, avec une armée équipée par le pape et commandée par Octave Farnèse, futur duc de Parme, une armée autrichienne sous les ordres de son frère Ferdinand de Habsbourg et une armée de soldats des Pays-Bas sous les ordres du comte de Buren.

Grâce à l'appui du prince-électeur Maurice de Saxe, Charles Quint remporte sur Jean Frédéric de Saxe la bataille de Muehlberg en 1547, emprisonne Philippe de Hesse et obtient la soumission des princes rebelles. En 1551, le même Maurice de Saxe réalise un renversement d'alliance pour délivrer le landgrave de Hesse-Cassel retenu prisonnier par Charles-Quint. Ce dernier, trahi par le duc Maurice, est contraint à traiter et à accorder, par la paix de Passau (1552), une amnistie générale et le libre exercice du culte réformé. À contre-cœur, il laisse à son frère Ferdinand le dernier mot : le 3 octobre 1555, est signée la paix d'Augsbourg. L'unité religieuse de l'Empire est sacrifiée au profit d'un ordre princier : chaque feudataire de l'Empire peut choisir laquelle des deux religions sera seule autorisée dans ses domaines. C'est le principe cujus regio, ejus religio (la religion du prince est la religion du pays).

Dans ses états patrimoniaux du Saint-Empire, ces Pays-Bas où il est à la fois le prince local et l'empereur, il a plus de facilité à agir. Charles n'a pas à y tenir compte de ces puissantes oppositions et peut agir comme il l'entend. Dans les Flandres, il fait placarder une série d'édits très stricts contre l'hérésie. C'est l'introduction d'une inquisition moderne sur le modèle de celle que Charles a découverte en Espagne. L'application de ces placards demeura assez molle jusqu'à l'arrivée de Philippe II en raison de la tiédeur de la reine-régent Marie de Hongrie et des élites locales à leur sujet. Les condamnations à mort n'en furent cependant pas moins nombreuses dans ce seul territoire sous son règne que dans tout le royaume de France, il est vrai moins exposé.

Charles Quint en Méditerranée: l'expédition de Tunis et d'Alger[modifier | modifier le code]

Siège d'Alger par l'Empereur Charles Quint en 1541 face à la garnison ottomane.

L'empire de Charles Quint a le désavantage d'être dispersé et donc vulnérable aux révoltes intérieures mais aussi aux attaques ennemies des Français sur son flanc ouest, de leurs alliés turcs sur son flanc est et en mer Méditerranée des corsaires comme Arudj Barberousse.

L'un des principaux points de contrôle disputés est Tunis et plus généralement les villes d'Afrique du Nord. Tunis est un point stratégique de contrôle de la mer Méditerranée par rapport à la Sicile et au royaume de Naples et un point de passage vers le Levant.

En 1534, Kheir el-Din Barberousse, le frère d'Arudj, renverse le bey Moulay Mohamed de Tunis.

Mulay Hassan demande à l'empereur d'équiper une flotte et d'entreprendre une expédition punitive contre Tunis, non seulement pour le rétablir sur le trône, mais aussi pour freiner la piraterie sur les côtes de Sicile et d’Italie.

Charles Quint arme une flotte de 62 galères et de 150 autres navires qui partent de Barcelone le 29 mars 1535. Les troupes impériales et les troupes espagnoles, commandées par le Génois Andrea Doria, avec l'appui de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, arrivent à proximité de Carthage et de Tunis. Tunis est prise le 21 juillet 1535. Moulay Hassan est restauré, 20 000 chrétiens esclaves sont libérés. Moulay Hassan devient un vassal de l'Espagne entérine l'abolition de l'esclavage et la tolérance religieuse.

En revanche, l'expédition sur Alger en 1541 se solda par un désastre et redonna aux barbaresques le sud de la Méditerranée.

Abdication de Charles Quint[modifier | modifier le code]

Abdication de Charles Quint par Louis Gallait (1841).

Souffrant d'une goutte particulièrement invalidante[6], il envisage assez tôt de se défaire du pouvoir. Le processus commence pour ainsi dire en 1540. Cette année, il investit en secret son fils, le prince Philippe, du duché de Milan, vacant depuis 1535. Cette investiture est rendue publique en 1546. Deux ans plus tard, Charles fait venir celui-ci à ses côtés pour le faire reconnaître comme héritier des Flandres et le présenter aux princes de l'Empire dans l'espoir que Philippe puisse un jour briguer la couronne impériale. En 1553, enfin, Philippe épouse Marie Tudor; pour éviter une union inégale entre le duc de Milan et la reine d'Angleterre, son père lui offre le royaume de Naples. Dans ces mêmes années 1550, la question de la succession devient un sujet de contentieux entre Charles et son frère Ferdinand. Le roi des Romains s'irrite de voir son aîné privilégier partout Philippe alors qu'il avait promis à ses neveux autrichiens des parcelles de l'héritage en Flandre et en Italie.

L'année 1555 voit une accélération de ce processus. La mère de Charles, Jeanne de Castille, meurt le 11 avril 1555. L'Empereur en est très affecté, bien qu'il n'ait jamais hésité à la maintenir en détention à Tordesillas et qu'ils ne se soient jamais connus. La signature de la Paix d'Augsbourg, le 25 septembre lui laisse le sentiment d'un échec cuisant. En même temps, les victoires de ses armées à Sienne et Gimnée ainsi que la présence de Philippe venu d'Espagne dans les Flandres lui donnent l'impression que son empire est suffisamment stable pour procéder à cette renonciation.

Le 22 octobre 1555, affaibli par la vieillesse et les maladies (asthme, état diabétique, hémorroïdes, pathologie fréquente à une époque où l'on voyageait à dos de cheval[7]), désabusé par les revers, tourmenté par sa complexion flegmatique et naturellement mélancolique, Charles Quint convoque les chevaliers de l'Ordre de la Toison d'or pour leur faire part de sa résolution. Il se dépouille de sa qualité de chef et souverain de l'ordre et fait promettre aux chevaliers de servir son fils Philippe arrivé à Bruxelles à l'issue d'un tour d'Europe de deux ans. Trois jours plus tard, à Bruxelles, devant les états généraux, il abdique solennellement, dans la grande salle du palais du Coudenberg. C'est là où quarante ans plus tôt il avait été proclamé duc de Bourgogne devant ces mêmes états généraux des Pays-Bas. Dans une ambiance de larmes, il fait le décompte des voyages incessants qu'il a consentis pour le bien de ses pays et de la Chrétienté avant de faire reconnaître Philippe comme le nouveau duc de Bourgogne, souverain des Pays-Bas[8].

Quelques mois plus tard, le 16 janvier 1556, alors qu'il se dirige vers l'Espagne pour s'y retirer du monde, il transmet également à Philippe son héritage espagnol. Les dernières transactions ont lieu en 1558 : Charles se dépouille de la Franche-Comté et ordonne aux électeurs du Saint-Empire de considérer désormais Ferdinand comme lui-même. La diète en prend acte en élisant, le 24 février 1558[1], Ferdinand comme Empereur élu des Romains.

Le monastère de Yuste

Il se retire dans un monastère de Yuste, où une petite maison a été aménagée pour lui ; il y meurt le 21 septembre 1558, à l'âge de 58 ans, de la malaria (maladie endémique dans la région jusqu'en 1960). Son oraison funèbre est prononcée par François Richardot, qui a aussi fait celle d'Éléonore et de Marie[9]. Ses cendres seront transférées en 1574 à la nécropole royale de l'Escorial, édifiée par son fils Philippe à 40 km de Madrid.

Famille[modifier | modifier le code]

Ascendance[modifier | modifier le code]

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Le 10 août 1501 est signé, à Lyon, un contrat de mariage entre Charles et la princesse Claude de France, fille de Louis XII de France et d’Anne de Bretagne.

Mais il se marie le 11 mars 1526 avec sa cousine l'infante Isabelle de Portugal (1503-1539), sœur du roi Jean III de Portugal, lui-même marié peu de temps auparavant avec Catherine d'Autriche, sœur cadette de Charles Quint, pour conforter son alliance avec l'Espagne et le Saint-Empire romain germanique. De cette union naissent :

On lui connaît également des enfants illégitimes mais tous sont nés avant son mariage et pendant son veuvage :

Fratrie[modifier | modifier le code]

Les enfants de Philippe de Habsbourg et de Jeanne de Castille

Héritage et patrimoine[modifier | modifier le code]

États héréditaires
des Habsbourg
  Maison ducale
de Bourgogne
  Royaumes d'Aragon
et de Sicile
  Royaumes de Castille
et de León
Autriche
Gules a fess argent.svg
Tyrol
  Philip the Good Arms.svg   Escudo de Aragón-Sicilia.svg   Escudo de la Corona de Castilla.svg

Maximilien Ier du Saint-Empire
(1459-1519)

x

Marie de Bourgogne
(1457-1482)

 

Ferdinand II d'Aragon
(1452-1516)

x

Isabelle Ire de Castille
(1451-1504)



conquête de
Grenade

Granada Arms.svg

Philippe de Habsbourg
(1478-1506)

x

Jeanne Ire de Castille
(1479-1555)


Charles Quint
(1500-1558)


Ferdinand Ier du Saint-Empire
(1503-1564)

souverain des Pays-Bas Bourguignons 1506
roi d'Espagne (Aragon et Castille) 1516
roi de Sicile 1516
archiduc d'Autriche 1519
empereur 1519
roi de Naples 1521

archiduc d'Autriche 1520
roi des Romains 1530
empereur 1556


Philippe II d'Espagne
(1527-1598)

souverain des Pays-Bas 1555
roi d'Espagne 1556
roi de Sicile et de Naples 1556

Titulature[modifier | modifier le code]

En 1534, Charles Quint est désigné comme suit[10] :

« Charles par la divine clémence Empereur des Romains, toujours Auguste, roi de Germanie, de Castille, de Léon, de Grenade, d’Aragon, de Navarre, de Naples, de Sicile, de Majorque, de Sardaigne, des îles Indes et terres fermes de la mer Océane, archiduc d’Autriche, duc de Bourgogne, de Brabant, de Limbourg, de Luxembourg et de Gueldre, comte de Flandres, d’Artois, de Bourgogne Palatin, de Hainaut, de Hollande, de Zélande, de Ferrette, de Haguenau, de Namur et de Zutphen, prince de Zulbanc, marquis de Saint-Empire, seigneur de Frise, de Salins, de Malines, le dominateur en Asie et en Afrique, roi de la Nouvelle-Espagne, du Pérou, de la Nouvelle-Grenade et du Rio de la Plata et suzerain des vice-rois de ces mêmes pays. »

Armoiries[modifier | modifier le code]

Coat of Arms of Philip IV of Burgundy.svg
Philippe Ier de Habsbourg
Middle Coat of Arms of Charles V Holy Roman Emperor, Charles I as King of Spain.svg
Charles Quint
Coat of Arms of Queen Isabella of Castile (1492-1504).svg
Jeanne Ire de Castille

Les armoiries de Charles-Quint ont évolué au cours de sa vie. Quand il naît, en 1500, il hérite des armes brisées de son père, écartelées d'Autriche, de Bourgogne moderne, de Bourgogne ancien et de Brabant, chargées du parti de Flandre et de Tyrol, le tout brisées d'un lambel. La mort d'Isabelle la catholique, en 1504, fait de ses parents les rois de Castille. Les armes familiales sont modifiées pour refléter cette nouvelle situation. On écartèle donc ces armes paternelles avec celles, écartelées du contre écartelé de Castille et de Léon et du parti d'Aragon et de Sicile, le tout enté en pointe de Grenade. Comme le couple est inégal, Philippe n'étant que le duc de Bourgogne face à la reine de Castille, les armes maternelles sont mises au point d'honneur. Charles hérite de cet écartelé pour le moins complexe, tandis que son frère Ferdinand inverse les quartiers paternels et maternels.

Armoiries de Charles Quint par Jacques Le Boucq.
Armoiries de Charles Ier roi des Espagnes

À partir de 1519, cet écartelé est placé sur l'aigle impériale. Comme la composition devient difficile à graver et à déchiffrer, les armes sont peu à peu simplifiées. L'écartelé d'Aragon-Castille et d'Autriche-Bourgogne se change peu à peu en un simple coupé. Ses derniers sceaux, à Yuste, retournent à l'écartelé de 1506, sans plus d'aigles ni de couronne.

Le blason est : « coupé en chef parti en 1 écartelé en 1 et 4, de gueules au château d'or ouvert et ajouré d'azur et en 2 et 3 d'argent au lion de gueules armé, lampassé et couronné d'or, en 2 parti en 1 d'or à quatre pals de gueules et en 2 écartelé en sautoir d'or aux quatre pals de gueules et d'argent à l'aigle de sable, accompagné en pointe d'argent à une pomme grenade de gueules, tigée et feuilleté de sinople, et en pointe écartelé en 1 de gueules à la face d'argent, en 2 d'azur semé de fleurs de lys d'or à la bande componée d'argent et de gueules, en 3 bandé d'or et d'azur de six pièces, à la bordure de gueules et en 4 de sable au lion d'or, armé et lampassé de gueules, sur le tout parti d'or au lion de sable armé, couronné et lampassé de gueules et d'argent à l'aigle éployé de gueules, membré et becqué d'or. »

Charles Quint dans les arts[modifier | modifier le code]

En littérature[modifier | modifier le code]

Charles Quint, sous le nom de Don Carlos, est l'un des personnages principaux de la pièce de théâtre Hernani de Victor Hugo. Il y est décrit pendant la période de son intronisation en tant qu'empereur.

Il est cité à de nombreuses reprises dans la pièce Lorenzaccio de Alfred de Musset, en tant que l'empereur qui a apporté la disgrace et le malheur sur Florence. Il est cité sous le surnom de "César" et est associé au Pape Clément VII.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Que l'on devrait parler allemand à son cheval, anglais aux oiseaux, français à son ami, italien à sa maîtresse et espagnol à Dieu! »[11]
  • « J'ai appris l'italien pour parler au pape ; l'espagnol pour parler à ma mère ; l'anglais pour parler à ma tante ; l'allemand pour parler à mes amis ; le français pour me parler à moi-même. »[12]
  • « Le sang de la vigne me convient bien moins que la fille de l'orge »[13]
  • « Sur mon empire, le soleil ne se couche jamais »[14]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Setton, Kenneth M. Editor (1984), The Papacy and the Levant (1204-1571), ed. Diane Publishing, p.716. À cette date l'assemblée des électeurs réunis à Francfort accepte l'abdication de Charles Quint datée du 27 août 1556
  2. Autoproclamé le 14 mars 1516 et solennellement avec sa mère devant les Cortes de Castille (9 février 1518), les Cortes d'Aragon (29 juillet 1518), Catalogne (16 avril 1519) et Valence (16 mai 1528)
  3. la graphie Charles-Quint est aussi dans l’usage (même dans le dictionnaire de l'Académie française jusqu'à la 8e édition (1935) ; selon Maurice Grevisse et André Goosse, Le bon usage, 14e édition, p. 114). ; vraisemblablement afin de se distinguer du roi Charles V de France, car pour ce dernier, la graphie Charles-V n'existait jamais.
  4. Aragon, Autriche, Bourgogne, Castille et Naples
  5. Le pape Clément VII le sacrera pour sa part le 24 février 1530 à Bologne, une fois apaisés ses différends avec Charles Quint.
  6. Le diagnostic a été établi par examen en microscopie d'un doigt momifié conservé au monastère Royal San Lorenzo de l'Escurial : The Severe Gout of Holy Roman Emperor Charles V, J Ordi, P Alonso, J de Zulueta, J Esteban, M Velasco, E Mas, E Campo, P Fernández, New Engl J Med, 2006,355,516-520
  7. Jean Lucas-Dubreton, Charles Quint, A. Fayard,‎ 1958, p. 343
  8. Alain Boureau et Corinne Péneau, Le deuil du pouvoir - Essais sur l'abdication, Les Belles Lettres,‎ 2013, 204 p. (ISBN 978-2251381213)
  9. Texte intégrale de son oraison funèbre. Voir : « le sermon funebre fait devant le roy par messire françois Richardot », sur gallica
  10. Renouvellement du traité de confédération et de « gardienneté » entre Charles Quint et la cité de Besançon, Tolède, 4 mai 1534, AGS Secretarías provinciales 2542
  11. Amédée Pichot, Charles-Quint, chronique de sa vie intérieure et de sa vie politique, de son abdication et de sa retraite dans le cloître de Yuste, Furne, 1854
  12. Citations.com
  13. voir ASBL Comité Charles-Quint Beaumont
  14. En mi imperio, no se pone nunca el sol.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

La biographie actuellement reconnue comme la meilleure (non surpassée et non contredite) est :

  • Karl Brandi, Charles Quint, Paris, 1951 (première édition en allemand : 1937).

Contexte :

Historiographie :

  • William Robertson, L'Histoire du règne de l'empereur Charles Quint, traduction de Jean Baptiste Antoine Suard, (plusieurs éditions), Paris, Imprimerie de Didot l'Aîné, Librairie de Janet et Cottile, 1817, 4 vol. in-8.', 118 feuilles.
  • Jean Babelon, Charles Quint, Paris, 1947.
  • Ghislaine de Boom, Charles Quint, prince des Pays-Bas, Bruxelles, La Renaissance du livre, Collection « Notre Passé », 1943. In-12, 124 p.
  • Charles Quint et son temps, colloque CNRS 1958, Paris, Éditions du CNRS, 1972.

Ouvrages de vulgarisation et manuels : :

Ouvrages fondés sur les recherches récentes:

  • Pierre Chaunu et Michèle Escamilla, Charles Quint, Fayard, 2000.
  • Hugo Soly (dir.), Charles Quint, 1500 - 1558. L'empereur et son temps, Paris, Actes Sud, 2000 (recueil d'articles thématiques par les meilleurs spécialistes).
  • (it) Salvatore Agati (2009). Carlo V e la Sicilia. Tra guerre, rivolte, fede e ragion di Stato, Giuseppe Maimone Editore, Catania 2009, ISBN 978-88-7751-287-1

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  1. MEMO - Le site de l'Histoire - Charles Quint
  2. Les quartiers généalogiques de Charles Quint