Essaouira

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Essaouira
الصويرة
ⴰⵎⵓⴳⴷⵓⵍ
ⵎⵓⴳⴰⴷⵉⵔتصورت tassourte
Médina fortifiée d'Essaouira inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, au bord de l'Atlantique
Médina fortifiée d'Essaouira inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, au bord de l'Atlantique
Administration
Pays Drapeau du Maroc Maroc
Région Marrakech-Tensift-Al Haouz
Province Province d'Essaouira
Maire Mohamad Al Farraa (SAP) (2009)
Gouverneur Nabil Kharroubi
Code postal 44000
Démographie
Population 70 000 hab.
Géographie
Coordonnées 31° 30′ 47″ N 9° 46′ 11″ O / 31.51306, -9.76972 ()31° 30′ 47″ Nord 9° 46′ 11″ Ouest / 31.51306, -9.76972 ()  
Altitude 11 m
Localisation

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Essaouira

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Essaouira

Essaouira (en amazigh ⵎⵓⴳⴰⴷⵉⵔ Tassourte « la bien gardée », en arabe : الصويرة, transcription : Al-Suwayra, « la bien dessinée ») est une ville portuaire du Maroc, sur la côte atlantique comptant environ 70 000 habitants, chef-lieu de la province du même nom qui compte environ 500 000 habitants. Elle est aussi appelée Tassourt ou Amogdul (« la bien gardée ») en amazigh, Mogdura en portugais, Mogadur en espagnol et « Mogador » en français[1].

Sa médina est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Géographie[modifier | modifier le code]

Situation[modifier | modifier le code]

Port situé sur la côte Atlantique, (port d'Essaouira) à 173 km au nord d'Agadir, à 176 km à l'ouest de Marrakech et 360 km au sud de Casablanca.

Relief, géologie ou hydrographie[modifier | modifier le code]

Climat[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

D'après la tradition, après la fondation de Carthage en 814 av. J.-C., des marchands puniques se dirigent vers l'extrême Occident, et passent les colonnes d'Hercule vers la côte atlantique méridionale pour y installer des échelles, des comptoirs. Ils y nouent des contacts commerciaux avec les populations indigènes, ainsi que le décrit Hérodote[2].

Plusieurs chercheurs[3] identifient l'île de Kernè (ou Cerné) décrite dans le Périple du général et navigateur carthaginois Hannon, probablement au VIe siècle av. J.-C., à l'îlot au large d'Essaouira[4]. Certains évoquent la fondation d'une colonie - ou le peuplement d'une colonie préexistante - par le général carthaginois, dès cette époque[3] : protégé des alizés et riche en eau potable, elle pourrait avoir servi de poste avancé sur la route du Cap-Vert et de l'Équateur.

L'archéologie atteste, en tout état de cause, d'une présence phénicienne remontant au milieu du VIIe siècle av. J.-C. sur l'îlot de Mogador, constituant la position la plus méridionale phénicienne actuellement trouvée[3]. C'est sur cet îlot distant d'un kilomètre de la ville actuelle qu'une campagne de fouilles sur la partie est a mis au jour différentes strates d'occupations, phénicienne, berbère puis romaine. La strate phénicienne, qui est composée d'un petit établissement d'un hectare, a livré parmi de nombreux fragments de vases et de tessons phénico-chypriotes et grecs[5], un vase portant des graffiti qui constituent la plus ancienne inscription phénicienne trouvée au Maroc[3] ; les fouilles révèlent un habitat sommaire qui pousse les chercheurs à envisager une occupation saisonnière et précaire du site dans ce « comptoir extrême »[6] ni base permanente, ni simple escale[5].

Le site semble avoir été abandonné à la fin du VIe siècle av. J.-C., puis à nouveau sporadiquement fréquenté aux cours des IVe et IIIe siècle av. J.-C. avant de retrouver une occupation régulière à partir du règne de Juba II dans les dernières décennies du Ier siècle av. J.-C.[5].

Les îles Purpuraires au large d'Essaouira.

Depuis le IIIe siècle av. J.-C., les Berbères se sont organisés en monarchie puis, en 146 av. J.-C., la région est passée sous influence romaine à la suite de la Troisième guerre punique. Rome fait un État client de ce royaume dont le souverain le plus illustre est Juba II. Ce dernier favorise l'installation de son équipage et le développement de l'industrie des salaisons et de la pourpre. C'est cette seconde activité - une production de teinture à partir d'une variété de murex, le Bolinus brandaris, - qui explique la renommée des îles Purpuraires au large d'Essaouira durant certaines périodes de l'Empire romain. Cette couleur, chez les Anciens, était synonyme d'un rang social élevé. Déclinée en plusieurs variantes, c'était en fait la seule couleur teinte et symbolisait le pouvoir tandis que le blanc avait une symbolique religieuse[7].

En 42 ap. J.-C., Rome annexe le royaume berbère pour le transformer en province romaine de Maurétanie tingitane. Le comptoir des îles Purpuraires semble à nouveau abandonné vers cette époque avant de retrouver une activité significative vers le début du IVe siècle[5]. Les fouilles de l'îlot ont révélé une villa romaine et une nécropole datant du Bas-Empire, un semissis attestant d'une présence romaine vraisemblablement jusqu'à la fin du Ve siècle[5].

Établissement portugais et expédition française[modifier | modifier le code]

Au XIVe siècle, les marins portugais mesurent tous les avantages de cette baie et baptisent la ville Mogdura, déformation probable du nom de Sidi Mogdoul, un marabout local. Les Portugais font de la cité un important comptoir commercial. En 1506, ils y construisent un petit port et plusieurs remparts, ce qui confère à la ville sa configuration spécifique. Une forteresse tellement utile qui atténue son caractère vulnérable en raison de sa trop grande exposition. Les Portugais encouragent à l’époque l’exploitation intensive de la canne à sucre.

Fondation de la ville nouvelle d'Essaouira et développement[modifier | modifier le code]

Vue panoramique des remparts portugais d'Essaouira.
Theodore Cornut, Essaouira, 1767.

En 1764, le sultan Mohammed ben Abdellah décide d'installer à Essaouira sa base navale, d'où les corsaires iront punir les habitants d'Agadir en révolte contre son autorité. Il fait appel à Théodore Cornut, un architecte français à la solde des Britanniques de Gibraltar. Le sultan le reçoit avec tous les honneurs dus à un grand artiste et lui confie la réalisation de la nouvelle ville « au milieu du sable et du vent, là où il n'y avait rien ». Cornut l'Avignonnais, disciple de Vauban, et qui avait été employé par Louis XV à la construction des fortifications du Roussillon, travailla trois ans à édifier le port et la kasbah, dont le plan original est conservé à la Bibliothèque nationale de France à Paris. Il semblerait que la seconde ceinture de remparts et la médina aient été dessinées bien après le départ de Cornut. Le sultan n'avait pas souhaité prolonger leur collaboration, reprochant aux Français d'être trop chers et d'avoir travaillé pour l'ennemi britannique. Avec son plan très régulier, la ville mérite bien son nom actuel d'Es Saouira, qui signifie « la Bien-Dessinée ».

Les Juifs ont un statut spécial d'intermédiaires entre le sultan et les puissances étrangères, obligées d'installer à Essaouira une Maison consulaire ; il y en a jusque dix dans la Kasbah. On les appelle les « négociants du roi » ou les « représentants consulaires ». Ils ont, par exemple, le monopole de la vente du blé aux chrétiens, celle-ci étant interdite aux musulmans.

Mogador est bombardée et prise le 15 août 1844 par les Français.

Articles connexes : Expédition du Maroc et 1844 en France.

Période de Déclin[modifier | modifier le code]

L'importance d'Essaouira n'a cessé de croître jusqu'à la première moitié du XIXe siècle, et la ville connut une formidable prospérité. On y dénombrait une importante communauté juive. On y compta en effet jusqu'à 17 000 Juifs pour à peine 10 000 Musulmans. La bourgeoisie marocaine accourt y acheter des bijoux. On l'a longtemps surnommé le port de Tombouctou, car les caravanes chargées d'or, d'épices et d'esclaves venues d'Afrique subsaharienne y sont alors négociées et le commerce y est florissant. Mais la plupart des Juifs partent après la guerre des Six Jours. Aujourd'hui, il n'y subsiste que quelques familles juives.

Pendant des années, c'est le seul port marocain ouvert au commerce extérieur. Mais le déclin commence avec le protectorat français et le développement d'autres ports (Casablanca, Tanger, Agadir). Handicapée par ses eaux peu profondes et ne pouvant pas recevoir les gros bateaux modernes.

Après-Indépendance : Renouveau[modifier | modifier le code]

La ville connaît cependant une renaissance spectaculaire depuis le début des années 1990, renaissance due essentiellement au tourisme mais aussi à sa vocation culturelle.

Essaouira est aujourd'hui le chef-lieu d'une province de 500 000 habitants, pour la plupart agriculteurs. La ville est liée par une opération de coopération avec Saint-Malo, sous l'égide de l'UNESCO. Elle est aussi jumelée avec La Rochelle.

Kasbah d’Essaouira[modifier | modifier le code]

Face à l'océan Atlantique parfois coléreux, la Sqala de la Kasbah est une ancienne batterie longue de 200 mètres où sont alignés des canons portugais. C'est sur ces remparts qui abritèrent les corsaires du sultan Sidi Mohammed Ben Abdallah qu'Orson Welles tourna son film Othello. Des scènes de la Saison 3 du Trône de fer ont aussi été tournées dans la citadelle.

Économie[modifier | modifier le code]

Pêche de sardines[modifier | modifier le code]

Vieux site portuaire, Essaouira (port d'Essaouira), l'ancienne Mogador des Portugais puis des Français, de proportions modestes, se voit de plus en plus concurrencée par des ports plus grands pour la pêche de la sardine sur la côte atlantique (Safi).

Tourisme[modifier | modifier le code]

Le tourisme est de plus en plus important à Essaouira, avec de jolis hôtels installés dans des riads marocains traditionnels dans la vieille ville. Il y a aussi des hôtels modernes le long de la plage. Essaouira est également renommée pour la pratique du windsurf et du kitesurf, grâce aux vents puissants qui soufflent presque constamment dans la baie ainsi que l'organisation annuelle d'une étape de la Coupe du Monde de Kitesurf. La corniche d'Essaouira est d'une beauté exquise, juste devant la Dzira et en face du petit port, la détente est assurée avec des écoles dédiées au surf de même que des activités liées au vent. A quelques kilomètres au sud, vers la route d'Agadir, on peut apprécier des îlots et des Riads, de même qu'une plage unique en son genre[réf. nécessaire] car encore vierge ; c'est la plage de Sidi Kaouki, situé à 25 km environ de la ville.

Tout autour on dénombre de nombreux champs d'arganier. C'est l'occasion pour les touristes de voir et d'apprécier l'huile d'argan, unique dans cette région[réf. nécessaire] et nulle part ailleurs. les remparts autour de la ville et surtout à côté du port témoignent de la période des marins portugais, la Sqala est un site unique[réf. nécessaire] que le touriste découvre à quelques minutes de la place qui abrite des cafés authentiques pour les amoureux de la musique Gnaoua. C'est d'ailleurs sur cette même place qu'on organise tous les ans le festival des Gnaouas. À partir de cette place on peut sillonner les rues de la médina et apprécier l'artisanat Souiri. On y découvre aussi, entre autres, le marché aux poissons et des épices qui valent toujours le détour, ainsi qu'une jolie petite place que l'on appelle la place aux grains et qui abrite aujourd'hui encore quelques boutiques d'artisans et des cafés aux terrasses agréables. La ville est connue pour son artisanat multiple (le travail du bois de thuya - marqueterie -, du cuir, du cuivre...etc.) mais aussi pour ses peintures aux couleurs de la mer.

Culture[modifier | modifier le code]

Éducation[modifier | modifier le code]

La ville d'Essaouira comporte un établissement d'enseignement supérieur technologique public, c'est L'École Supérieure de Technologie d'Essaouira qui fait partie du réseau des écoles supérieures de technologie et relève de l'Université Caddi Ayyad.

Personnalités de la ville[modifier | modifier le code]

Jumelages[modifier | modifier le code]

Essaouira est jumelée avec :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Susanne Bauer, Anton Escher et Sebastian Knieper, Essaouira : "The Wind City" as a "cultural product", in Erdkunde, 60,1, 2006, pp. 25-39, document en ligne
  2. Histoire, IV, 196, traduction française en ligne ; cité par véronique Krings, cf. infra
  3. a, b, c et d Véronique Krings, La civilisation phénicienne et punique, éd. Brill, 1995, p. 779 et suiv., extrait en ligne
  4. certains auteurs identifient pour leur part Kernè sur une île de l'oued Sebou
  5. a, b, c, d et e Maurice Euzennat,«  Le périple d'Hannon », in Comptes-rendus des séances de l'année, Académie des inscriptions et belles-lettres, 138e année, n°2, 1994. pp. 559-580, article en ligne
  6. Fernando Lopez Pardo, Mogador, « factoria extrema », y la cuestion del comercio fenicio en la costa atlàntica africana, in V Congrès International d'Histoire et d'Archéologie de l'Afrique du Nord, Avignon, 1990, pp. 277-296
  7. Gerschel Lucien. Couleur et teinture chez divers peuples indo-européens. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 21e année, N. 3, 1966. pp. 608-631
  8. Orson Welles dans les ruelles d'Essaouira
  9. Édith Piaf, Au bal de la chance, Éditions de la Loupe, 2007, p.22

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • David Bensoussan, Le fils de Mogador, Éditions Du Lys, Montréal, 2010, (ISBN 9782922505214)
  • David Bensoussan, Il était une fois le Maroc : témoignages du passé judéo-marocain, www.iuniverse.com , (ISBN 978-1-4759-2608-8), 620p. ebook (ISBN 978-1-4759-2609-5).
  • Georages Lapassade, Les chants de Mogador, Chroniques d'Essaouira, Transhumance, 2014. ebook (ISBN 979-10-93533-01-8)
  • André Ménard, Essaouira Mogador. Histoire d'un destin singulier, Éd. La Croisée des chemins, 246 p.
  • Hamza Ben Driss Ottmani, Une cité sous les alizés, MOGADOR, Des origines à 1939, Éditions La Porte, Rabat, 1997 (ISBN 9981-889-18-0)
  • Jean-Marie Thiébaud, Consuls et vice-consuls de France à Mogador (Maroc), L'Harmattan, 2010 Harmattan.fr
  • Jean-Marie Thiébaud, Les Inscriptions du cimetière [chrétien] de Mogador (Essaouira, Maroc) - étude épigraphique et généalogique, L'Harmattan, 2010 Harmattan.fr
  • Doris Byer: Essaouira, endlich, Wien 2004, ISBN 978-3-85420-651-4
  • Brigitte Tast, Hans-Juergen Tast: And the wind cries Jimi. Hendrix in Marokko, Schellerten 2012, ISBN 978-3-88842-040-5
  • Michel Cossec, "Cité des alizés", Edinter poésie, 2014 (ISBN 978-2-35328-124-4)

Sources[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]