Sinaï
| Sinaï | |||
Image satellite du Sinaï. |
|||
| Localisation | |||
|---|---|---|---|
| Pays | |||
| Gouvernorats | Sinaï Sud, Sinaï Nord, Suez, Port-Saïd, Ismaïlia | ||
| Coordonnées | |||
| Mers | Méditerranée et Rouge | ||
| Géographie | |||
| Superficie | 60 000 km² | ||
| Altitude | 2 642 m | ||
|
Géolocalisation sur la carte : Égypte |
|||
| modifier |
|||
Le Sinaï est une péninsule égyptienne d'environ 60 000 km2, à la forme triangulaire et située entre la Méditerranée (au nord) et la mer Rouge (au sud). Elle est géographiquement située en Asie. Sa frontière terrestre longe le canal de Suez à l'ouest et la frontière israélo-égyptienne au nord-est. La limite orientale de la péninsule est marquée par une faille tectonique qui écarte, année après année, la mer Rouge. Des gisements de pétrole, de fer et de manganèse sont exploités dans le nord et dans le centre-sud. D'anciennes mines existent depuis des millénaires.
Cette région au climat tropical sec est aujourd'hui habitée par plus de 400 000 Égyptiens, principalement au nord le long de la frontière israélienne et de la bande de Gaza. Les villes les plus connues sont : Charm el-Cheikh et Taba, qui sont des destinations touristiques importantes.
Le point le plus élevé, situé au sud de la péninsule, est le mont Sainte-Catherine culminant à 2 642 m[1] et qui est aussi le sommet le plus haut d'Égypte. Le mont Sinaï, en arabe : جبل موسى ou Djebel Moussa (« Montagne de Moïse ») (2 285 m) [1], voisin, est d'après la Bible le lieu où Moïse aurait reçu les Dix Commandements. Toutefois, les historiens et les archéologues rejettent généralement l'idée que le site marquerait l'emplacement du mont décrit dans la Bible. À proximité des deux sommets se trouve le monastère Sainte-Catherine, fondé au Ve siècle et la plus ancienne architecture byzantine préservée jusqu'à aujourd'hui[1].
Sommaire |
Le Sinaï à l’époque médiévale [modifier]
La fondation du royaume de Jérusalem en 1099 fit du Sinaï une zone frontière entre le royaume de Jérusalem et l'Égypte musulmane. Le premier prince croisé qui s'intéressa au Sinaï fut le roi Baudouin Ier de Jérusalem (1100-1118) qui mena plusieurs expéditions au cœur de la péninsule. Le roi laissa son empreinte dans l'histoire de la région puisque la lagune séparant le nord du Sinaï de la mer Méditerranée, porte encore le nom du roi sous sa forme arabisée de lac Bardawil.
L'autre figure majeure de l'époque des croisades est le célèbre sultan Saladin (1171-1193). On peut encore visiter les deux forteresses de Sadr, située sur un éperon rocheux dominant le désert, et de l'île de Graye, dans le golfe d'Aqaba, qu'il fit construire au Sinaï central. Ces édifices avaient pour fonction d'assurer la protection du principal axe de circulation qui reliait les deux parties de l'empire de Saladin, à savoir l'Égypte et la Syrie, tout en contournant par le sud le royaume latin de Jérusalem.
Le Sinaï n'est plus à la fin du Moyen Âge la terre chrétienne et le foyer du monachisme de la fin de l'Antiquité. Bien au contraire, cette terre est devenue très largement musulmane malgré la présence toujours rayonnante du monastère de Sainte-Catherine. La nouvelle géographie du Sinaï qui se met en place dans les derniers siècles du Moyen Âge est encore largement perceptible aujourd'hui, même si, à son tour, elle est menacée par des transformations profondes et d'une tout autre ampleur : ce sont les migrations des agriculteurs de la vallée du Nil qui viennent coloniser les terres nouvellement irriguées de ce désert et le tourisme qui gagne peu à peu l'ensemble des côtes de la mer Rouge[2].
Le Sinaï et l’histoire contemporaine [modifier]
Dans la carte annexée au firman du 1er juillet 1841 reconnaissant à Méhémet Ali la possession héréditaire de l'Égypte, la frontière orientale du pays est fixée au milieu du Sinaï, le long d'une ligne Rafah-Suez. Le Caire se voit néanmoins reconnaître certains pouvoirs administratifs sur le sud de la péninsule dans le but de protéger les pèlerinages à la Mecque[3].
L'incident de Taba [modifier]
Après la prise de contrôle britannique de l'Egypte en 1882, la volonté d'assurer la protection du canal de Suez va conduire ces derniers à prendre le contrôle de la péninsule. En janvier 1906, Jennings Bramly reçoit l'ordre d'installer un poste frontière à Umm Rashrash (l'actuelle Eilat). Quelques jours après son arrivée, Rushdi Pasha, commandant ottoman de la place d'Aqaba, lui demande de se retirer et le britannique se replie pour éviter un affrontement avec des forces supérieures en nombre. Doté de troupes supplémentaires, Bramly est de retour quelques jours plus tard avec instruction de s'installer à Taba (Égypte). Entre temps, le lieu a été occupé par les ottomans qui ont reçu d'important renfort. L’officier britannique décide donc de s'installer à proximité sur l’île de Faron[3].
Si la situation évolue peu sur le terrain dans les mois qui suivent, l'activité diplomatique est par contre intense. Les turcs font une première proposition de concession assurant à l'Égypte le contrôle du Sinaï au nord d'une ligne Rafah-Suez et au sud d'une ligne Aqaba-Suez, tout en conservant pour eux-mêmes un triangle leur permettant de prolonger le Chemin de fer du Hedjaz vers Aqaba et Suez. La proposition est rejetée par les anglais, le prolongement de la ligne de chemin de fer menaçant leur contrôle sur le canal de Suez[3].
Constantinople fait alors une seconde proposition divisant en deux le Sinaï le long d'une ligne allant de El-Arich au nord à Charm el-Cheikh au sud. Mais les anglais rejettent de nouveau une proposition qui ferait du Golfe d'Aqaba une mer intérieure ottomane pouvant servir de base à l'attaque des navires britanniques en route vers l'Inde[3].
Finalement, le gouvernement britannique décide le 3 mai 1906 d'envoyer un ultimatum au sultan Abdülhamid II lui donnant 10 jours pour évacuer Taba et reconnaître comme frontière une ligne allant de Rafah à Aqaba. Ne pouvant, dans cette affaire, obtenir le soutien de l'Allemagne, de la Russie ou de la France, Constantinople finit par céder aux exigences de Londres[3].
Depuis 1948 [modifier]
Dans la deuxième moitié du XXe siècle, des conflits ont opposé l'Égypte et Israël pour le contrôle de la région. Depuis la guerre israélo-arabe de 1948, le Sinaï a toujours été le théâtre de combats opposant les armées israélienne et égyptienne :
- En 1948, les Britanniques et les Américains stoppèrent les Israéliens dès qu'ils entrèrent dans le nord-est de la péninsule. L'armistice de 1949 laissa le Sinaï et la bande de Gaza sous contrôle égyptien.
- En 1956, Tsahal envahit en quelques jours la péninsule (avec les soutiens français et britanniques) pour mettre un terme au blocus égyptien sur le port israélien d'Eilat sur la mer Rouge et répondre à la nationalisation par Nasser du canal de Suez (voir l'article détaillé). Les pressions américaines et soviétiques obligèrent les Israéliens à se retirer et l'ONU déploya des forces pour démilitariser la péninsule.
- En 1967, l'Égypte ordonna le retrait des forces onusiennes, reprit son blocus du détroit et opéra militairement dans le Sinaï. L'offensive israélienne défit en six jours l'armée égyptienne et Israël choisit de garder le contrôle complet de la péninsule pour en faire une zone tampon.
- En 1973, durant la guerre du Kippour (appelé ainsi parce que l'attaque-surprise des armées arabes eut lieu le jour de l'une des principales fêtes religieuses juives), les Égyptiens forcèrent la ligne Bar-Lev supposée imprenable qui avait été construite le long de la frontière entre le Sinaï et l'Égypte. Toutefois, les Israéliens repoussèrent finalement l'attaque et passèrent même le canal de Suez.
- L'accord du 4 septembre 1975 sur le Sinaï permet un rapprochement entre l’Égypte et Israël.
- En 1979, le Sinaï fut échangé par les Israéliens contre un traité de paix avec l'Égypte. Le retrait israélien sur la péninsule entraîna la destruction de colonies de peuplement comme la ville de Yamit, au nord-est.
- Depuis 1982, la Force multinationale et observateurs au Sinaï surveille la frontière.
- Depuis, la frontière du Sinaï est relativement paisible, à l'exception des trafics d'armes qui transitent vers la bande de Gaza par des tunnels clandestins et des attaques terroristes sporadiques, en hausse depuis 2011.
- La ville de Charm el-Cheikh est désormais la « vitrine moderne » de l'Égypte qui y organise régulièrement des sommets internationaux. La ville fut prise pour cible lors d'attaques terroristes d'Al-Qaïda.
Environnement [modifier]
L'environnement s'est fortement dégradé depuis le début du XXe siècle, notamment suite au manque d'eau et à la pression touristique. Toutes les laisses de mer sont polluées par de nombreux déchets, de nombreuses bouteilles en plastique emportées par le vent depuis la mer s'accumulent dans le désert et sur les bords des chemins et des routes. L'eau est polluée jusque dans les réserves naturelles.
Contrairement à l'idée reçue, le Sinaï n'a rien d'une terre incultivée. On y trouve de très grandes palmeraies, dont celles d'Aïn Khudra, d'AÏn Umm et d'Aïn Furtâga.
Voir aussi [modifier]
Bibliographie [modifier]
- Louis Prévost, Le Sinaï : hier... aujourd'hui, Paris, P. Lethielleux, 1937, 314 p.
- Alexandre Dumas, Quinze jours au Sinaï, Paris, Éd. du Jasmin, 2003, 350 p. (ISBN 2-912080-39-8) : rédigé à partir des notes du peintre Adrien Dauzat (1804-1868), qui accompagna Isidore Taylor en Égypte.
Liens externes [modifier]
- Le Sinaï médiéval, entre christianisme et islam par Jean-Michel Mouton, professeur d'histoire et civilisation musulmanes médiévales à l'université Lumière Lyon 2.
- « Voyages…Visages » - Une autre manière de voyager et de voir
- Guerre du Sinaï 1956 Carte des opérations militaires dans le Sinaï par Fabien Guillot sur le site Géographie sociale et politique.
Notes [modifier]
- Référence : UNESCO : évaluation du site de la Zone Sainte-Catherine.
- Le Sinaï médiéval, entre christianisme et islam.
- Gabriel R. Warburg, The Sinai Peninsula borders, 1906-47, Journal of contemporary history, Vol. 14, No. 4, p. 677-692, octobre 1979