Danube

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Danube
La forteresse de Golubac en Serbie.
La forteresse de Golubac en Serbie.
Cours du Danube.
Cours du Danube.
Caractéristiques
Longueur 3 020 km
Bassin 805 000 km2
Bassin collecteur Danube
Débit moyen à son embouchure : 6 500 m3/s
Organisme gestionnaire ICPDR ou IKSD - International Commission for the Protection of the Danube River ou Internationale Kommission zum Schutz der Donau
Régime pluvio-nival complexe
Cours
Source principale Breg, Drapeau de l'Allemagne Allemagne
· Localisation Furtwangen im Schwarzwald
· Altitude 1 078 m
· Coordonnées 48° 05′ 44″ N 8° 09′ 18″ E / 48.09556, 8.155 (Source principale - Danube)  
Source secondaire Brigach, Drapeau de l'Allemagne Allemagne
· Localisation Sankt Georgen im Schwarzwald
· Altitude 940 m
· Coordonnées 48° 06′ 24″ N 8° 16′ 51″ E / 48.10667, 8.28083 (Source secondaire - Danube)  
Confluence des sources Forêt-Noire, Drapeau de l'Allemagne Allemagne
· Localisation Donaueschingen
· Altitude 686 m
· Coordonnées 47° 57′ 03″ N 8° 31′ 13″ E / 47.95083, 8.52028 (Source confluence - Danube)  
Embouchure Mer Noire
· Localisation delta du Danube
Roumanie Roumanie
Drapeau de l'Ukraine Ukraine
· Altitude 0 m
· Coordonnées 45° 13′ 01″ N 29° 45′ 44″ E / 45.21694, 29.76222 (Embouchure - Danube)  
Géographie
Principaux affluents
· Rive gauche Tisza
· Rive droite Inn, Save
Pays traversés Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Drapeau de l'Autriche Autriche
Drapeau de la Bulgarie Bulgarie
Drapeau de la Croatie Croatie
Drapeau de la Hongrie Hongrie
Drapeau de la Moldavie Moldavie
Roumanie Roumanie
Serbie Serbie
Drapeau de la Slovaquie Slovaquie
Drapeau de l'Ukraine Ukraine
Principales villes Vienne, Bratislava, Budapest, Belgrade

Le Danube (prononcé [da.nyb ]) est le deuxième fleuve d’Europe par sa longueur (après la Volga qui coule entièrement en Russie). Il prend sa source dans la Forêt-Noire en Allemagne lorsque deux cours d’eau, la Brigach et la Breg, se rencontrent à Donaueschingen. C’est à partir de cet endroit que le fleuve prend le nom de Danube. Cependant, si l'on considère que la source officielle du Danube est celle de la Breg, la Brigach qui est un peu plus courte est donc le premier affluent important du fleuve.

Le Danube mesure 2 875 km à partir de Donaueschingen et 3 019 km à partir de sa source. Il coule vers l’est et baigne plusieurs capitales de l’Europe centrale, orientale et méridionale : Vienne, Bratislava, Budapest et Belgrade. Il se jette dans la mer Noire par un delta qui sépare la Roumanie et l'Ukraine. Le delta du Danube est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le Danube est depuis des siècles une importante voie fluviale. Connu dans l’Antiquité comme frontière septentrionale de l’Empire romain, le fleuve traverse ou longe dix pays : l’Allemagne (7,5 %), l’Autriche (10,3 %), la Slovaquie (5,8 %), la Hongrie (11,7 %), la Croatie (4,5 %), la Serbie (9,4 %), la Bulgarie (5,2 %), la Roumanie (28,9 %), la Moldavie (1,7 %) et l’Ukraine (3,8 %).

Son bassin versant s'étend sur neuf autres pays : l’Italie (0,15 %), la Pologne (0,09 %), la Suisse (0,32 %), la République tchèque (2,6 %), la Slovénie (2,2 %), la Bosnie-Herzégovine (4,8 %), le Monténégro, la République de Macédoine et l’Albanie (0,03 %).

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom allemand du Danube est Donau, en slovaque il s'appelle Dunaj, en hongrois Duna, en croate Dunav, en serbe et bulgare il s’appelle Дунав, en roumain Dunărea, en russe et ukrainien Дунай, en anglais (comme en français) Danube et en turc Tuna. Tous ces noms proviennent du latin Danubius qui serait le nom d’une divinité des fleuves[1]. Cet étymon indo-européen se retrouve dans le sanscrit dānu qui signifie « rivière » ou « courant ». D’autres noms de cours d’eau européens reprennent peut-être cette même racine indo-européenne : le Donets, le Dniepr, le Dniestr, le Don en Russie, le Don au Royaume-Uni et Dão au Portugal.

En allemand, la terminaison au vient de l'hydronyme germanique * awa et le terme « Donau » est utilisé depuis 1763. Dans des documents allemands plus anciens, on retrouve aussi les terminologies « Tonach » et plus tard « Donaw ».

Les autres appellations sont en latin Danubius ou Danuvius[2] et en grec ancien Ἴστρος (Istros)[3].

Mythologie[modifier | modifier le code]

Sous le nom d'Istros (en grec ancien Ἴστρος Istros), le Danube est l'un des 25 fils de Téthys et d'Océan, cités par Hésiode dans sa Théogonie, où il relate la création du monde :

« Téthys à Océan enfanta les fleuves tourbillonnants: Nil, Alphée, Éridan aux tourbillons profonds, Strymon, Méandre, Istros aux belles eaux courantes, Phase, Rhésos, Achéloos aux tourbillons d'argent, Nessos, Rhodios, Halliacmon, Heptaporos, Granicos, Aisepos, le divin Simoïs, Pénée, Hermos, et Caïque au beau cours, le grand Sangarios, Ladon, Parthénios, Événos, Ardescos et le divin Scamandre. »

— Hésiode, Théogonie [détail des éditions] [lire en ligne].

Le mythe des Argonautes rapporte que, pour rentrer à Argos, ils ont remonté l'Istros (Ister) à partir du Pont Euxin (mer Noire) jusqu'à sa source et qu'ils sont ensuite revenus en mer Adriatique par une autre branche du fleuve[4]. Diodore de Sicile (Ier siècle av. J.-C.) remarque l'impossibilité de la chose et attribue cette légende à l'homonymie entre l'Istros (Danube) et la région appelée l'Istrie au nord de la mer Adriatique[5]. C'est le Danube qui se jette dans l'Inn à Passau (Allemagne) ; les anciens auraient remonté non le Danube mais l'Inn (au débit supérieur) jusqu'à sa source (près de St-Moritz), où se situe une importante ligne de partage des eaux (vers le Rhin et la mer du Nord, vers le Danube et la mer Noire, et vers le Pô et la mer Adriatique).

L'embouchure méridionale du Danube était occupée par la cité grecque milésienne d'Istros ou Histria fondée vers le VIIe siècle av. J.-C.. Le fleuve marquait la frontière entre le monde grec et le monde scythe.

Hydrographie[modifier | modifier le code]

Photo de l'Inn.
Confluent de l’Inn, du Danube et de l’Ilz à Passau, Allemagne.
Photo de L'Isar.
L’Isar, un des affluents alpestres du Danube, ici au nord de Munich.

Le Danube est un des seuls grands fleuves européens (avec le Pô) à s’écouler d’ouest en est. Il atteint, après un parcours de 2 852 kilomètres[6] (longueur abrégée), la mer Noire dans la région du delta du Danube (4 300 km2), en Roumanie et en Ukraine. Contrairement aux autres fleuves, les kilomètres du Danube sont comptabilisés depuis l’embouchure jusqu’à la source, le point « zéro » officiel étant matérialisé par le phare de Sulina en bordure de la mer Noire. Ne sont donc pas pris en compte le parcours de la Breg, le cours initial du Danube, et le parcours principal dans son delta. Le bassin versant du Danube a une superficie de 802 266 km2[6].

Issus principalement des Alpes, les affluents les plus importants du Danube affluent rive droite. Une étymologie commune a donné le même nom à deux d'entre eux : le Morava. De la source à l’embouchure, les affluents majeurs sont :

Hydrologie[modifier | modifier le code]

Carte des bassins hydrographiques d’Europe.
Les bassins hydrographiques d’Europe, celui du Danube est l’un des plus vastes. Les lignes rouges correspondent aux principales lignes de partage des eaux européennes.
Graphisme des contributions des affluents du Danube.

Le débit du Danube, 6 500 m3⋅s-1 mesurés à Tulcea, pour un débit spécifique ou Qsp de 8,1 l⋅s-1⋅km-2[7], est la résultante de l’écoulement des précipitations sur l’ensemble de son bassin versant variant de 2 000 mm à 3 000 mm dans la partie alpine à 600 mm en Moravie pour une moyenne de 800 mm environ. Les divers affluents du Danube présentent une grande hétérogénéité dans leur régime : régime pluvial océanique en Bavière occidentale, nivo-pluvial de montagne en Autriche, pluvio-nival de plaine en Hongrie, nival de plaine en Valachie-Moldavie[8].

Le régime pluvio-nival complexe du Danube rend compte de ces diverses influences. Jusqu’à Ulm, il subit l’influence océanique avec un maximum d’abondance hivernale. Puis, ses affluents alpins — le Lech, l’Isar, l’Inn, l’Enns, l’Ybbs — rendent le Danube alpestre à 80 %[8]. Le fleuve est alors sensible à la rétention hivernale et la fusion nivale lui donne à Linz un débit minimum en décembre et un maximum en mai ou juin (pour une moyenne de 1 710 m3⋅s-1)[7]. L’influence nivale reste sensible jusqu’à Vienne (débit moyen de 2 237 m3⋅s-1), le maximum de juin étant encore grossi par les averses estivales propres à l’Europe centrale[7]. Ces précipitations sont responsables d’inondations catastrophiques, le Danube roulant jusqu’à 5 fois son débit habituel : 8 000 m3⋅s-1 en juin 1965 et 1970, 9 000 m3⋅s-1 en juillet 1899. À Budapest et à Bratislava, la fonte hivernale de la plaine maintient le maximum d’abondance en mai-juin. L’apport des eaux de la Tisza et de la Save rendent les hautes eaux plus précoces, désormais au printemps (avril-mai), et creusent les basses eaux de juin à septembre (c’est le cas à Giurgiu où le débit atteint 5 900 m3⋅s-1)[7]. À partir des Portes de Fer, le Danube devient sensible au régime climatique annonçant celui de la steppe russe et donnant des débits estivaux très bas[8].

Les hivers rudes liés au climat continental font que le Danube charrie des glaces presque tous les ans et se trouve pris à un quelconque point du cours (les défilés, surtout) un an sur deux ou trois. Il peut s’ensuivre, lors du dégel, des inondations en amont du barrage de glace (celles de mars 1956 ont été les plus importantes). Les principaux dégâts sont enregistrés en Hongrie dont la plaine est régulièrement envahie par les eaux, ce qui a nécessité une politique d’aménagement avec construction de digues et rectification du cours.

Débit moyen mensuel (en m3/s)
Station hydrologique : embouchure du Danube
(Données calculées sur 15 ans)

Le Danube semble fin 2011 connaître une situation exceptionnellement basse (de l'Allemagne au Bas-Danube, en passant par l'Autriche et la Hongrie) à cause d'un manque d'eau. Les barges ne peuvent être chargées à pleine capacité, le chenal s'est réduit au point que là où 6 barges passaient en largeur, seule une peut circuler (début décembre 2011), ce qui aussi réduit l'activité des ports[9].

Géologie[modifier | modifier le code]

Photo du Danube asséché.
La « disparition du Danube » (Donauversickerung).

D’un point de vue géologique, le Danube est beaucoup plus ancien que le Rhin dont le bassin versant en Allemagne du sud est en concurrence avec celui du Danube. Ceci entraîne quelques particularités.

Le Rhin est le seul fleuve alpin qui s’écoule vers le nord en direction de la mer du Nord. Ce faisant, il récupère les eaux européennes qui s’écoulent vers le nord et sépare certaines parties de l’Allemagne du Sud en deux.

Jusqu’à la dernière période glaciaire, le Rhin ne commençait qu’à l’extrémité sud-ouest de la Forêt-Noire. L’eau des Alpes, qui de nos jours s’écoule dans le Rhin, était transportée à cette époque et ce jusqu’à la période de la glaciation de Riss vers l’est par le Danube originel. Le cours de celui-ci passait plus loin au nord le long d’une ligne Wellheim – Dollnstein – EichstättBeilngriesRiedenburg. Les gorges de l’actuel Jura souabe, aujourd’hui dénuées de cours d’eau, sont des restes du lit de cet ancien fleuve qui était nettement plus important que le Danube que nous connaissons. Après qu’une partie de la plaine du Rhin supérieur a été formée par l’érosion, la plus grande partie des eaux descendant des Alpes a changé de direction pour rejoindre le Rhin[7].

Photo du Danube sorti de son lit.
L’inondation du siècle du Danube en 1954 à Passau.

Jusqu’à la période actuelle, une partie des eaux du Danube se perd dans la roche calcaire poreuse du Jura souabe et rejoint le Rhin situé plus bas. Comme ces grandes quantités d’eau érodent de plus en plus cette roche calcaire, on suppose que le Danube supérieur disparaîtra un jour complètement au profit du Rhin.

Près d’Immendingen, le Danube s’assèche presque complètement car ses eaux s’infiltrent dans le sol et, en passant par des rivières et des grottes souterraines, rejoignent l’Aachtopf distant de quatorze kilomètres qui alimente le lac de Constance et donc indirectement le Rhin. On appelle ce phénomène la « disparition du Danube » (Donauversickerung). Lorsque les eaux sont très basses, les eaux du Danube s’infiltrent en totalité dans le sol et il est alors seulement alimenté par les ruisseaux Krähenbach et Elta. Comme ces périodes de sécheresse ont fortement augmenté ces dernières années, une partie de l’eau du Danube a été dérivée de cette zone à travers une galerie souterraine. La galerie, ainsi que la chute d’eau artificielle qui fait partie de l’ouvrage, se trouvent après la sortie du village d’Immendingen et débouche à Möhringen an der Donau.

Jusqu’à la région située en aval de Vienne, le régime du Danube l’apparente plutôt à un fleuve de montagne et ce n’est qu’ensuite qu’il présente les caractéristiques d’un grand fleuve de plaine. Des facteurs comme la fonte rapide des neiges ainsi que les fortes précipitations du milieu alpin favorisent un gonflement brutal du fleuve et le déclenchement d’inondations. En régularisant le cours d’eau et en supprimant une partie des zones inondables, l’homme a amplifié ce phénomène : l’étendue des inondations a augmenté au cours du XXe siècle. Les inondations les plus fortes au cours du dernier siècle ont eu lieu en 1954, 1988, 2002 et 2013[8].

Géographie[modifier | modifier le code]

Vue d’ensemble[modifier | modifier le code]

Roumanie Bulgarie Serbie Croatie Hongrie Slovaquie Autriche Allemagne Roumanie Ukraine Moldavie Roumanie Serbie Hongrie Slovaquie Autriche Allemagne Pays riverains du Danube et kilométrage de frontière depuis la source (haut) jusqu'à l'embouchure (bas).

Le Danube est formé de deux ruisseaux descendant de la Forêt-Noire, la Breg et la Brigach. La Breg prend sa source près de Furtwangen, à 1 078 mètres d’altitude. Ayant un parcours plus long, sa source, qui ne se situe qu’à cent mètres de la ligne de partage des eaux du bassin du Rhin, est considérée comme la source géographique du Danube[10]. Les deux ruisseaux se réunissent à Donaueschingen où, dans le parc du château, se trouve la fontaine monumentale du XIXe siècle, dite « Donauquelle », symbolisant la source officielle[11]. Le Danube traverse ensuite le Bade-Wurtemberg et la Bavière, arrosant les villes de Sigmaringen, d’Ulm, de Ratisbonne et de Passau, puis le nord de l’Autriche (en passant par Linz et Vienne), longe le Sud de la Slovaquie en passant par Bratislava, traverse la Hongrie du Nord au Sud en passant par Budapest, longe la Croatie à l’Est, traverse le Nord de la Serbie en passant par Belgrade, marque la frontière entre la Serbie et la Roumanie puis entre la Roumanie et la Bulgarie avant de se jeter dans la mer Noire en Roumanie, en formant un large delta qui borde la frontière avec l’Ukraine. La République de Moldavie a un accès de quelque 300 mètres à la rive gauche du fleuve à Giurgiuleşti (entre Galaţi et Reni), qu'elle cherche à élargir. Entre la Moldavie et la Roumanie d'un côté, et l'Ukraine de l'autre quelques petits litiges subsistent.

Le Delta du Danube comporte plusieurs bras dont les trois principaux sont accessibles aux bâtiments maritimes de gros tonnage : Chilia, Sulina et St-Georges. C'est une région naturelle protégée en Roumanie, notamment pour la forêt Letea d’aspect tropical. Il est classé au patrimoine mondial par l’Unesco depuis 1991. La Roumanie, qui a inauguré en 1984 le canal Danube-Mer Noire reliant Cernavodă à la mer Noire en 64 km comme raccourci de 400 km[12], s’inquiète des répercussions sur l’environnement de l’aménagement du canal de Bystroe par l’Ukraine.

La contribution des différents pays riverains au débit du Danube est la suivante[13] : Autriche (22,1 %), Roumanie (17,6 %), Allemagne (14,5 %), Serbie (11,3 %), Bosnie (8,8 %), Croatie (6,4 %), Hongrie (4,3 %), Ukraine (4,3 %), Bulgarie (3,7 %), Slovénie (3,1 %), Slovaquie (1,9 %), République tchèque (1,2 %), Moldavie (0,7 %).

La population située sur le bassin hydrographique danubiens s'élevait à 81 millions en 2005.

Dix pays se trouvent en bordure du Danube. Le fleuve sert de frontière sur une longueur de 1 070,9 kilomètres soit 37 % de sa longueur totale. Quatre pays ne se situent que sur un seul rivage (la Croatie, la Bulgarie, la Moldavie et l’Ukraine).

Part des pays riverains. Source : Commission du Danube, Budapest, janvier 2000-mars 2004. (modifier)
Pays une des rives rive droite deux rives rive gauche
km km  % km  % km  %
Allemagne 687,00 658,6 23 658,6 36 687,0 24
Autriche 357,50 357,5 12 321,5 18 321,5 11
Slovaquie 172,06 22,5 1 22,5 1 172,1 6
Hongrie 417,20 417,2 14 275,2 15 275,2 10
Croatie 137,50 137,5 5 0,0 0 0,0 0
Roumanie 1075,00 374,1 13 319,6 18 1020,5 35
Bulgarie 471,55 471,6 16 0,0 0 0,0 0
Moldavie 0,57 0,0 0 0,0 0 0,6 0
Ukraine 53,94 0,0 0 0,0 0 53,9 2

ERRATA. La Serbie manque dans le tableau ci-dessus: environ 550km rive gauche et 580 rive droite.

Parcours détaillé de la Forêt-Noire à la Mer Noire[modifier | modifier le code]

Carte politique du bassin du Danube.
Carte politique du bassin du Danube.

Allemagne[modifier | modifier le code]

Photo du Danube à Ulm.
Le Danube à Ulm (vu depuis la cathédrale d’Ulm).
Photo de la « source du Danube » à Donaueschingen.
La « source du Danube » à Donaueschingen.

Le Danube se forme vraiment à 1,4 kilomètre à l’est de Donaueschingen, en Allemagne, au confluent des deux ruisseaux la Brigach et la Breg, ce que rappelle la rengaine scolaire « Brigach und Breg bringen die Donau zu Weg » (« Le Brigach et la Breg mettent le Danube en route »), ce qui équivaut au proverbe français « les petits ruisseaux font les grandes rivières ».

Le Danube parcourt plus de 687 kilomètres en Allemagne[14], depuis sa source jusqu’à la frontière germano-autrichienne, et est de ce fait le troisième plus long fleuve de ce pays. Les plus grandes villes situées en bordure du fleuve sont Tuttlingen, Sigmaringen, Ulm, Neu-Ulm, Ingolstadt, Ratisbonne (Regensburg), Straubing et Passau.

Ses affluents droits sont la Iller à Neu-Ulm, le Lech près de Marxheim (à l’est de Donauwörth) et la Isar près de Deggendorf ainsi que l’Inn à Passau ; ses affluents gauches sont la Wörnitz à Donauwörth, la Altmühl après Kelheim, la Naab et le Regen près de Ratisbonne (Regensburg). Beaucoup de rivières plus petites sont également des affluents du Danube comme la Riß, la Rot, la Große Lauter, la Blau, la Günz, la Brenz, la Mindel, la Zusam, la Schmutter, la Paar, la Abens, la Große Laber, la Vils ainsi que l’Ilz, la Erlau et la Ranna.

Photo du Danube à Ratisbonne.
Le Danube passant sous le « pont de pierre » à Ratisbonne, Allemagne.

À Passau, c’est d’abord l’Ilz qui s’écoule par la gauche dans le Danube et juste après c’est l’Inn par la droite[10]. L’eau de l’Inn qui provient des Alpes est verte, l’eau du Danube est bleue et l’eau de l’Ilz, qui provient d’une région marécageuse, est noire[15]. La prédominance de l’eau verte de l’Inn une fois les trois cours d’eau réunis est due d’une part à la grande quantité d’eau charriée par l’Inn lors de la fonte des neiges ainsi qu’à la grande différence de profondeur de l’Inn et du Danube (1,90 mètre pour le premier contre 6,80 mètres pour le second). En fait l’eau de l’Inn « surnage » au-dessus du Danube.

Les édifices remarquables situés le long du Danube allemand sont en particulier l’abbaye de Beuron, le château princier à Hohenzollern-Sigmaringen, la cathédrale gothique d’Ulm avec la plus grande flèche au monde (161,6 mètres), l’abbaye de Weltenbourg et la « Befreiungshalle », toutes deux situées près de Kelheim, le pont de pierre (1135) et la cathédrale Saint-Pierre à Ratisbonne ainsi que le « Walhalla » à dix kilomètres à l’est de Donaustauf. Entre l’abbaye de Weltenbourg et Kelheim se situe l’intéressante vallée, du point de vue paysager et géologique, du « Donaudurchbruch ».

Autriche[modifier | modifier le code]

Photo de l'abbaye de Melk.
L'abbaye de Melk au bord du Danube.
Photo du Danube à Vienne.
Le Danube et le « Nouveau Danube » à Vienne.

Aucun pays n’est associé de manière aussi étroite au Danube que l’Autriche, aussi bien par la valse du Beau Danube bleu que par son sobriquet populaire de « Monarchie du Danube » qui fut donné à l’Empire austro-hongrois du fait qu’il s’étendait sur environ 1 300 kilomètres le long du fleuve.

L’Autriche n’a aujourd’hui plus que 350 kilomètres du fleuve sur son territoire[16], ce qui place ce pays à la sixième place des pays riverains. Par contre les cours d’eau de presque tout le pays alimentent le Danube et donc la Mer Noire. Seul le Land du Vorarlberg fait partie du bassin versant du Rhin (mer du Nord) ainsi qu’une toute petite partie du Nord-Ouest du Land de Basse-Autriche qui alimente la Lainsitz (Vltava (Moldau) > Elbe > Mer du Nord). Quelques kilomètres à peine après la ville allemande de Passau se trouve la frontière de l’Allemagne avec l’Autriche, suivie par la « boucle de Schlögen » où le Danube effectue un virage de 180°. Un peu plus de 70 kilomètres après la frontière, le Danube traverse Linz, la troisième plus grande ville d’Autriche. Le fleuve passe alors Mauthausen, Enns (situé au confluent des rivières Enns et Grein), où se trouve l’endroit le plus profond du Danube en Autriche, puis atteint après 90 kilomètres Melk avec son imposante abbaye.

Photo de péniche sur le Danube.
Une péniche sur le Danube à Linz (Haute-Autriche).

Ensuite, le fleuve passe sur près de 36 kilomètres au milieu d’un des paysages les plus pittoresques de la vallée du Danube, la Wachau (classée au patrimoine mondial par l’UNESCO), qui s’étend de Dürnstein jusqu’à Krems[17]. Déjà proche de la frontière slovaque, le Danube traverse encore la capitale autrichienne, Vienne. La ville fut durant des siècles la ville danubienne la plus grande et la plus importante mais de nos jours elle doit partager ce statut avec Belgrade et Budapest. Le fleuve a permis à la ville de devenir une importante place économique et encore aujourd’hui le Danube est un axe commercial important entre l’Est et l’Ouest. Afin de réduire les effets néfastes des inondations, le fleuve y a été régulé artificiellement[17]. La ville tient son nom d’un affluent, la Vienne (Wienfluss), qui rejoint le Danube à cet endroit.

Les affluents autrichiens importants sont l’Inn (rive droite ; à la frontière allemande), l’Aist (rive gauche), la Traun (rive droite), la Enns (rive droite), l’Ybbs (rive droite), la Traisen (rive droite), la Kamp (rive gauche), la Vienne (rive droite), la Schwechat (rive droite) et la Leitha (rive droite) qui fut historiquement importante car elle servait de frontière avec la Hongrie jusqu’en 1921.

Sur le territoire autrichien, le cours du Danube est ponctué de onze barrages hydroélectriques.

Vienne est également le siège de la Commission Internationale pour la Protection du Danube (Internationale Kommission zum Schutz der Donau, IKSD), fondée en 1998[18].

Slovaquie[modifier | modifier le code]

Photo du Danube à Bratislava.
Le Danube à Bratislava.

Lors de son entrée en Slovaquie, le Danube marque d’abord la frontière avec l’Autriche puis à 45 kilomètres seulement de Vienne, il traverse Bratislava, la capitale slovaque, où il est rejoint par la rivière Morava. Finalement, il matérialise encore la frontière entre la Slovaquie et la Hongrie[19].

Les villes situées le long du fleuve en Slovaquie sont, en dehors de Bratislava déjà citée, essentiellement Komárno, un centre peuplé par la minorité hongroise en Slovaquie, où le Váh, la plus grande rivière slovaque, conflue avec le Danube. Le Danube ne rencontre alors plus que le Hron à Štúrovo et une rivière nommée Ipeľ en slovaque ou Ipoly en hongrois dans le village de Chľaba avant d’atteindre la frontière hongroise[19].

Hongrie[modifier | modifier le code]

Photo du Danube à Visegrád.
La « Boucle du Danube » près de Visegrád.

En suivant le Danube qui forme alors la frontière entre la Hongrie et la Slovaquie, la première ville importante rencontrée est Győr, au confluent du Danube et de la Raab. Près du confluent avec l’Ipel, près de Szob, le Danube passe entièrement la frontière et est désormais hongrois sur ses deux rives. Un peu plus loin, le fleuve rencontre la chaîne de montagnes de Börzsöny et se retrouve enserré par les montagnes de Gerecse et Pilis au sud[19]. Vient ensuite la « boucle du Danube », près de Visegrád, où le fleuve pivote de 90° vers le sud. Il s’écoule ensuite dans cette direction sur près de 500 kilomètres, au lieu d’ouest en est comme ce fut le cas jusqu’à cet endroit.

Après avoir parcouru environ 40 kilomètres, le Danube traverse la plus grande ville de son périple, Budapest (1,8 million d’habitants), la capitale de la Hongrie. Le Danube quitte à cet endroit la moyenne montagne et pénètre dans la grande plaine hongroise dont le fleuve marque la limite ouest. Après avoir traversé plusieurs villes plus petites comme Dunaújváros, Baja, Paks et Kalocsa, le Danube quitte le territoire hongrois juste après Mohács.

Croatie[modifier | modifier le code]

Photo du Danube à Batina.
Le Danube à Batina.

Avec seulement 137 kilomètres, la Croatie a, après la Moldavie, la plus petite part du Danube sur son territoire. Le fleuve arrive en Croatie à Batina, un port danubien situé au point de rencontre de la Croatie, de la Hongrie et de la Serbie. Ensuite, il sert de frontière naturelle entre la Croatie et la Serbie. La ville croate la plus importante située au bord du Danube est Vukovar, qui a subi des dégâts importants lors de la guerre de Croatie. Une autre grande ville croate, Osijek, se situe également à proximité du fleuve, à environ vingt kilomètres du confluent du Danube et de la Drave, son second plus long affluent.

Serbie[modifier | modifier le code]

Photo du Danube à Novi Sad.
Le Danube à Novi Sad.

Au début, la Croatie (rive droite) se partage le Danube avec la Serbie (rive gauche). Près de Bačka Palanka, le Danube forme une boucle et traverse alors la Serbie vers le sud-est en s’éloignant de la frontière croate et se rapprochant de la frontière roumaine.

À seulement 25 kilomètres de la frontière hongroise, se situe la première ville importante de Serbie, la ville portuaire d’Apatin, qui fut jadis peuplée quasi exclusivement par des descendants d’émigrés allemands du XVIIIe siècle et ce jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Photo du Daube à Belgrade.
Le Danube à Belgrade.

En aval de cette ville, le fleuve passe Novi Sad dont les ponts ont été gravement endommagés en 1999 lors de la guerre du Kosovo[20]. Pendant plus de six ans, la circulation entre les deux parties de la ville s’est effectuée à l’aide d’un pont flottant de fortune. Ceci perturba la navigation sur le Danube car le pont ne fut ouvert que trois fois par semaine[20]. Depuis la mise en service du « Pont de la Liberté » le 11 octobre 2005, la navigation sur le fleuve peut à nouveau se faire sans embûches.

Après avoir parcouru 70 kilomètres supplémentaires, le Danube atteint Belgrade, la troisième plus grande ville riveraine du fleuve avec 1,6 million d’habitants. Le site est habité depuis 7 000 ans, ce qui en fait une des plus vieilles cités habitées en permanence sur les berges du Danube. Elle est construite autour du confluent avec la Save et son centre est dominé par l’imposante forteresse Kalemegdan[20].

En continuant son parcours à travers la Serbie, le Danube passe par les villes industrielles de Pančevo, où le Danube conflue avec le Tamiš, et Smederevo, où la Morava se jette dans le Danube. Il passe ensuite devant l’imposant fort de Golubac et entre dans la gorge de la « Porte de Fer ». Le Danube sert ensuite de frontière entre la Serbie et la Roumanie jusqu’aux barrages de Djerdap I et II. Sur la rive serbe se trouve le parc national de Djredap contenant la Table de Trajan.

Bulgarie[modifier | modifier le code]

Photo d'un port sur le Danube à Orjachowo.
Port sur le Danube à Orjachowo (Bulgarie).

Au niveau de la Bulgarie, le Danube marque la frontière entre le nord de ce pays et la Roumanie : c’est la rive droite qui est bulgare. Le long de cette frontière de 500 kilomètres, il n’existe qu’un seul pont qui relie depuis 1954 la plus grande ville danubienne bulgare, Ruse, et la ville roumaine de Giurgiu. Pour la Bulgarie, le fleuve a, malgré sa longueur en bordure de son territoire, une importance moindre que pour les autres pays riverains. Comme il s’agit de la seule voie navigable du pays et que celle-ci se trouve de surcroît dans l’extrême nord peu peuplé de son territoire, le Danube n’a qu’une importance régionale pour la petite flotte marchande. Des douze ports danubiens bulgares, les plus importants sont Svishtov, Ruse, Vidin, Nikopol, Lom et Silistra. Dans la ville de Svishtov le Danube atteint son point le plus méridional. À partir de là, il remonte vers le nord en territoire roumain, et quitte le territoire bulgare juste après Silistra.

Roumanie[modifier | modifier le code]

Photo des Portes de Fer.
Les « Portes de Fer ».

Sur 1 075 kilomètres soit environ un tiers de sa longueur totale[21], le Danube est roumain. Ainsi la Roumanie possède de loin la plus grande part du fleuve. Au début le fleuve forme la frontière avec la Serbie et la Bulgarie puis, dans la région située entre le Bărăgan et la Dobroudja, il effectue un virage vers le nord avant de se jeter dans la Mer Noire après avoir marqué la frontière avec l’Ukraine.

Avant d’arriver aux spectaculaires « Portes de Fer », la section du Danube la plus dangereuse avant sa régularisation artificielle dans les années 1970, le fleuve passe au sud-ouest des montagnes du Banat où la rivière Olt se jette dans le Danube près de la ville d’Islaz. Après avoir atteint Orşova, il traverse la célèbre « percée du Danube » et passe à Drobeta Turnu Severin. Là, le fleuve effectue un virage vers le sud et passe devant Gruia, Pristol, Cetate et Calafat. Ensuite le Danube poursuit son chemin vers l’est où il forme sur 400 kilomètres la frontière avec la Bulgarie. Ce faisant il passe par les villes de Dăbuleni, Corabia, Turnu Măgurele, Zimnicea, Giurgiu (située juste en face de la ville bulgare de Ruse), Olteniţa, où la rivière Argeş se jette dans le Danube, et Călăraşi. Maintenant, il forme la limite ouest du relief de Dobroudja et passe à Cernavodă, Topalu, Hârşova, Giurgeni et Gropeni avant d’atteindre les villes plus grandes de Brăila et Galaţi. Quarante-sept kilomètres après avoir passé cette dernière ville, le Danube se divise en trois bras délimitant le delta du Danube où il dessert les ports de Tulcea et Sulina avant d’atteindre la Mer Noire située un peu plus à l’est[22]. Sur une centaine de kilomètres après Galaţi, le cours du Danube sert de frontière entre la Roumanie, la Moldavie (sur 570 mètres) et l’Ukraine (le reste, la frontière suivant le bras le plus septentrional du Delta, celui de Chilia).

Moldavie[modifier | modifier le code]

La Moldavie a le plus petit tronçon du Danube sur son territoire : 340 mètres. Juste après avoir été rejointe par la rivière Prut en aval de Galaţi, la rive gauche du Danube devient moldave et le fleuve marque la frontière entre la Roumanie et la Moldavie. Les autorités moldaves ont construit un port au sud-est de la petite ville de Giurgiuleşti, mais ce projet est contesté pour trois raisons:

  • les contestations de la nécessité même de ce port, alors que la Moldavie aurait pu négocier aisément des facilités d'accès aux ports roumains ou ukrainiens voisins de Galaţi et Reni, directement reliés à son réseau routier et ferroviaire ;
  • le coût élevé des investissements, dont la rentabilité est aléatoire en pleine crise financière internationale ;
  • l'échec de l'échange territorial avec l'Ukraine qui n'a pu être mis en application en raison du litige sur le territoire à échanger (le hameau de Mîndreşti à l'est de Giurgiuleşti, entre la frontière de facto à 340 mètres en aval du Prut et celle de jure plus à l'est, à 1 577 m en aval du Prut), de sorte que la Moldavie n'a pu recouvrir/acquérir les 1 237 mètres de rivage danubien nécessaires à l'accessibilité de ce port aux navires de fort tonnage.

Ukraine[modifier | modifier le code]

Photo du Danube près de Vylkove.
Le Danube près de Vylkove (Ukraine).

Après la frontière moldave, la rive gauche du Danube devient ukrainienne et le fleuve marque la frontière entre la Roumanie et l’Ukraine sur 47 kilomètres[23]. Le Danube se divise ensuite en trois bras: deux d’entre eux, Sulina et Sfântu-Gheorghe, coulent en Roumanie ; le troisième, le plus septentrional, celui de Chilia, continue à servir de frontière sur encore 56 kilomètres et dessert les ports ukrainiens d’Izmail, Kilia et Vylkove (Vilkovo) où commence le Canal de Bystroe. Après Vylkove, le bras de Chilia passe entièrement en Ukraine et se déverse quelques kilomètres plus loin dans la Mer Noire. Le Delta du Danube, tant du côté roumain qu’ukrainien, est classé en « Réserve naturelle de la Biosphère » dans le cadre du programme MAB (« Man and Biosphere ») des Nations unies, mais la situation géopolitique aux frontières est de l’Union européenne empêche les deux directeurs MM. Baboianu (roumain) et Voloshkevitch (ukrainien) de collaborer autant qu’il le faudrait, car le point de passage frontalier autorisé le plus proche est à Galati, 250 km vers l’ouest, hors du Delta du Danube.

Histoire[modifier | modifier le code]

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Quelques-unes des plus anciennes civilisations européennes se sont implantées dans le bassin du Danube. Parmi les civilisations du Néolithique danubien, on trouve notamment les civilisations rubanées du milieu du bassin du Danube. Au Chalcolithique, la culture de Vučedol, (du nom du site de Vučedol près de Vukovar en Croatie), remarquable pour ses céramiques est établie autour du fleuve[24]. De nombreux sites de la culture de Vinča, datant du VIe millénaire av. J.-C. au IIIe millénaire av. J.-C., sont situés le long du Danube[25].

Antiquité[modifier | modifier le code]

Photo de ruines romaines de Drobeta-Turnu Severin.
Ruines romaines de Drobeta-Turnu Severin sur le Danube.

Au VIIe siècle av. J.-C., les Grecs remontaient le fleuve en venant de la mer Noire en passant par la ville de Tomis, l’actuelle Constanţa. Leur voyage de découverte vers l'amont prit fin près de Drobeta, point à partir duquel les tourbillons des « Portes de Fer », étroit et encaissé défilé, rendaient impossible aux navires de l'époque la progression vers les Carpates du Sud et les monts Métallifères serbes.

Pour les Romains, à partir de 37, le Danube forme la frontière entre leur Imperium et le Barbaricum du Nord, entre le monde policé et urbanisé régi par la loi, et un monde plus libre régi par la coutume. Pratiquement de sa source à son embouchure[26], une flotte permanente, la classis, y était entretenue. Tant que le fleuve ne gelait pas, cette flotte suffisait à empêcher les Germains, les Daces et les Scythes de traverser, car ils n’avaient pas de technologie pour la contrer. Lorsque le fleuve gelait, les légions stationnées sur la rive droite du fleuve, prenaient le relais. Marc Aurèle remporte plusieurs victoires sur les Marcomans grâce à la classis. Les Romains dominent le fleuve jusqu'à Valentinien Ier (364-375) exception faite de quelques années très froides (256 à 259, lorsque les bases et de nombreux bateaux sont pris par surprise).

L’Empire romain ne franchit le Danube vers la Dacie qu’après avoir construit le pont d'Apollodore en 101 à hauteur de la ville de garnison de Drobeta située près des « Portes de Fer » et après avoir livré deux batailles en 102 et en 106[27]. Cette victoire de l’empereur Trajan sur les Daces sous les ordres de Décébale a permis la création de la province de Dacie qui fut abandonnée en 271. Ces deux batailles constituent la frise de la colonne de Trajan, au centre de son forum, à Rome. Sur les deux rives du bas-Danube la romanisation des Thraces aboutit aux Thraco-romains, locuteurs des langues romanes orientales, et appelés plus tard "Valaques" par les vagues d’envahisseurs venus de l’Est (Huns, Wisigoths, Ostrogoths, Vandales, Gépides, Lombards, Avars et Slaves), qui, du IIIe siècle au Ve siècle, passent par le bassin du Danube d’est en ouest et du nord au sud.

Au cours de ces grandes invasions, sur l’ancienne frontière romaine, au milieu de ces nouvelles populations, de petites communautés romanes : les Walcheren, Welschenlants, Walchengaue ou Valachies (que les historiens nomment Romanies populaires), se maintiennent dans les massifs forestiers (Ardennes, Vosges : les Wallons et les Welsches) ou montagneux (Alpes : Romanches, Ladins ; Carpates et Balkans : Valaques). L’Empire romain laisse la place à des royaumes germaniques dans sa partie occidentale en 476 : sa partie orientale se maintient jusqu'en 1453, mais "décroche" du Danube en 679 lors de l’arrivée des Bulgares, pour n’y revenir que durant deux siècles, de 971 à 1180[28].

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Photo d'un moulin en bois à Letea.
Moulin en bois à Letea, dans le delta du Danube.

Au IXe siècle, le bassin du moyen-Danube est l’aire d’installation des tribus magyares venues de l'Oural, qui peuplent l’actuelle Hongrie pour y fonder, avec les populations germaniques, slaves et valaques qui y transhumaient déjà, la nation hongroise sous le roi Étienne Ier de Hongrie.

La Route Charlemagne, qui fut utilisée entre 1096 et 1099 par l’armée de Godefroy de Bouillon lors de la première croisade, longea également le Danube de Ratisbonne jusqu’à Belgrade. Environ 340 ans plus tard, l’armée ottomane prit la même route dans le sens inverse. Le Danube fut pour elle l’artère principale pour le transport de troupes et de ravitaillement durant sa campagne à travers l’Europe du Sud-Est. Le fleuve permettait aux Ottomans d’avancer rapidement et dès 1440 ils livraient les premières batailles pour Belgrade située à 2 000 kilomètres de l’embouchure du fleuve. La conquête de la ville ne réussit toutefois qu’en 1521 et quelques années plus tard à peine, en 1526, l’armée ottomane a vaincu le royaume de Hongrie lors de la première bataille de Mohács. Comme le roi Louis II de Hongrie fut tué pendant la bataille, la Hongrie fut intégrée à l’Autriche des Habsbourg[29]. Cet évènement marque la naissance de la « monarchie danubienne ».

Temps modernes et époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Photo de la cathédrale d’Esztergom.
Cathédrale d’Esztergom en Hongrie, sur le Danube.

En 1529, les Turcs atteignent Vienne, le cœur de l’Europe centrale, mais y sont battus. Ainsi fut stoppée l’expansion des Ottomans le long du Danube et à partir de la bataille de Mohács de 1687, ils perdent peu à peu du terrain et de la puissance. Le refoulement progressif des Turcs reposait essentiellement sur l’initiative de l’Autriche puis de l’Autriche-Hongrie qui y gagnait en puissance alors qu’en parallèle, elle était rejetée du Saint-Empire romain germanique puis de la zone germanique[30]. À côté de l’Autriche, l’Empire ottoman restait tout de même l’un des facteurs politiques les plus importants de l’Europe du Sud-Est jusqu’à la perte définitive de ses territoires des Balkans lors des guerres russo-turques (17681774)[31] et des guerres des Balkans en 1912-1913. Le Danube joua alors non seulement le rôle d’artère militaire et commerciale mais également de lien politique, culturel et religieux entre l’Orient et l’Occident.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le Danube est un des principaux axes de transport du pétrole roumain, alors la principale source d'approvisionnement allemand, vers les usines du Reich[32]. Durant l'été 1944, la Royal Air Force y larguera plus de 1 500 mines, entre Giurgiu et Bratislava[32] En quelques mois, ces mines couleront plus de 250 navires dont 29 tankers et en endommageront plus de 200 autres[32] soit un ratio exceptionnel d'un navire touché pour 3 ou 4 mines lancées. Ce minage interrompra presque entièrement le trafic sur le fleuve[32].

Après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle réglementation du trafic fluvial qui devait remplacer les accords de Paris de 1921 fut élaborée en 1946. Tous les pays limitrophes du fleuve ont participé à la conférence de Belgrade de 1948 sauf les pays vaincus, l’Allemagne et l’Autriche. Lors de la signature du traité, il fut également signé un avenant qui accepta l’Autriche au sein de la commission du Danube. La République fédérale d'Allemagne n’a pu intégrer la commission qu’en 1998, presque cinquante ans après la conférence de Belgrade, à cause de rejets de la part des Soviétiques. Actuellement, seuls les pays danubiens bénéficient de la liberté de commerce et de navigation sur le fleuve.

Le Danube dans la culture[modifier | modifier le code]

  • Le Danube a trouvé l’écho culturel le plus important dans la musique, avec la célèbre valse viennoise Le Beau Danube bleu composée par Johann Strauss (fils). Cette œuvre a été composée par Strauss lorsqu’il voyageait sur le Danube.
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Le Beau Danube bleu (info)

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  • Une autre valse célèbre relative au Danube est Les vagues du Danube (en roumain Valurile Dunării) du compositeur roumain Ion Ivanovici (1845–1902) dont l’œuvre conquit le public lorsqu’elle fut jouée à l’exposition universelle de Paris en 1889.
  • Le deuxième plus grand fleuve d’Europe a également laissé beaucoup de traces dans les cultures des pays limitrophes. Le Danube est ainsi intimement lié à l’histoire de la Roumanie, parce qu’il servit de décor aux confrontations entre Romains et Daces mais surtout parce qu’il est l’axe de la région d’origine des peuples romans orientaux.
  • À côté de nombreux contes et légendes, des écrivains ont également été inspirés par le Danube, d’Ovide jusqu’à Pierre Esterházy, qui se sont intéressés au thème du fleuve à la fin du XXe siècle[33].
  • Le Danube, essai-fleuve de Claudio Magris, où il explore le fleuve de sa source à son débouché en traversant l’histoire de la Mitteleuropa (l’Europe centrale)[34].
  • Le Pilote du Danube, est un roman policier de Jules Verne dont le Danube constitue le décor tout au long de sa trame[35].
  • The Willows, la plus connue des histoires courtes de l’écrivain spécialiste de l’horreur Algernon Blackwood, est centré sur un voyage descendant le long du Danube[36].
  • L’école du Danube, qui se développa au cours du XVIe siècle dans la vallée du Danube est une tradition allemande consistant à peindre des paysages.
  • Vers La Mer d’Annik Leroy (87 minutes, 1999), sélectionné à la Berlinale : essai cinématographique en forme de road movie, de la source du Danube à son embouchure[37].
  • Im Juli de Fatih Akin (95 minutes, 2000) : Road movie se situant en grande partie le long du Danube[38].
  • The Ister de David Barison et Daniel Ross (189 minutes, 2004), vainqueur du Prix de l’Association québécoise des critiques en 2004 et du Prix du Groupement national des cinémas de recherche, toujours en 2004 : documentaire s’inspirant d’une conférence de Martin Heidegger donnée en 1942[39].
  • Le Danube est aussi l’objet d’une collection de films documentaires de Ulrike Bartels, Joël Jenin et Dieter Zeppenfeld[40].
  • Le Donauwellen est un gâteau allemand dont le nom signifie : la Vague du Danube[41].
  • "Donaukinder" est une chanson du groupe allemand "Rammstein" se trouvant dans le cd bonus de leur dernier album "Liebe Ist Fur Alle Da"

Écologie du Danube[modifier | modifier le code]

Sur les centaines de kilomètres de son parcours, le Danube traverse des zones climatiques et de paysages variés qui expliquent la variété de la faune et la flore en bordure du fleuve. Ceci fait aussi du Danube un corridor biologique majeur du réseau écologique paneuropéen, en particulier pour ses aspects Trame bleue et pour la connexion écologique entre Mer Noire et Europe centrale. Malgré des interventions humaines nombreuses et importantes le long de son cours, de nombreuses sections du Danube présentent toujours une forte naturalité et jouent un rôle de réservoir de diversité biologique, en partie grâce à la mise en place d'aires protégées dans les zones les plus sensibles ou vulnérables.

Malgré des efforts en matière de lutte contre la pollution de l'eau, le Danube reçoit encore une pollution chronique (agricole, industrielle et urbaine) provenant de plusieurs grandes régions agricoles et industrielles, et des retombées atmosphériques. Il fait parfois l'objet de pollutions aiguës, à la suite d'accidents industriels (retombées de Tchernobyl, Accident de l'usine d'aluminium d'Ajka (Hongrie)).

La faune du Danube[modifier | modifier le code]

Photo d'une couleuvre d'Esculape.
Couleuvre d'Esculape (Elaphe longissima).

Au total, ce sont plus de 300 espèces d’oiseaux qui vivent en bordure du Danube. Ce fleuve figure parmi les routes de migration d’oiseaux européennes les plus importantes et les zones encore vierges situées sur ses rivages sont autant d’aires d’hivernage, de repos et de nidification, parfois pour des espèces rares comme le hibou grand-duc, le martin pêcheur, le pygargue à queue blanche, la cigogne noire, le milan noir et la crécerelle aux yeux blancs. Les parcs naturels des Donauauen (plaines alluviales), de « Kopački rit » et en particulier du delta du Danube sont des zones protégées exceptionnelles[42].

Ainsi les Donauauen sont le point de rencontre de la région du lac de Neusiedl, du bassin du Danube et de la rivière Morava. Ce milieu naturel héberge, en particulier en hiver, de grandes quantités d’animaux comme l’oie cendrée, les sterninis, le harle bièvre, le garrot à œil d'or, les charadriiformes, le canard colvert mais également beaucoup d’espèces rares comme l’aigle criard, le balbuzard pêcheur ou le cygne chanteur.

Un autre lieu d’hivernage et de repos important est le parc naturel de Kopački rit, une région marécageuse encore vierge situé dans le Nord-Ouest de la Croatie où nidifient plus de 260 espèces d’oiseaux parmi lesquelles des espèces aussi rares que le pygargue à queue blanche[43].

Pour le monde ornithologique, la région la plus importante est le delta du Danube, un carrefour central des routes migratoires en Europe et en même temps un point de rencontre entre la faune européenne et la faune asiatique. Ici vivent plus de 300 espèces d’oiseaux, entre autres des pélicans, des grues, des spatules, des rapaces et les rares bernaches à cou roux[44].

Les poissons typiques du Danube, dont certains sont endémiques dans le fleuve, sont les barbus, le hotu, la vandoise, la brème commune, la carpe, la brème bordelière, le brochet, la sandre, la perche, l’anguille, l’aspe, le saumon du Danube, Hucho hucho ou Huchon, l’esturgeon, le silure ainsi que le goujon. Les poissons de l’espèce des esturgeons n’arrivent plus jusqu’à Vienne à la suite de la construction du barrage de la « Porte de Fer » mais, favorisées par une protection renforcée de l’environnement et par la renaturalisation des rives, des espèces rares de poissons ont à nouveau pu être acclimatés, en particulier en Allemagne et en Autriche. Ainsi, le poisson-chien (Umbra krameri), un parent du brochet supposé disparu depuis 1975, a été redécouvert en 1992. On rencontre plus de 150 espèces de poissons dans le delta du Danube comme l’esturgeon, le béluga européen[45], la carpe, le silure, la sandre, le brochet et la perche[46].

Le long du fleuve, on rencontre également beaucoup de mammifères comme la fouine, la martre, la belette, le blaireau ou même le chat sauvage, le castor et la loutre. Dans le delta, on rencontre également le vison, le furet et le spermophile, de la famille des écureuils. Le Danube est également un lieu de vie pour de nombreux amphibiens et reptiles comme la couleuvre d'Esculape, le lézard vert, le lézard des murailles, la couleuvre à collier, la couleuvre lisse, le lézard des souches, la tortue grecque et la cistude ainsi que des espèces endémiques comme le triton du Danube[44]. Pour toutes ces espèces, c’est également le delta qui recèle la plus grande diversité[44].

La flore du Danube[modifier | modifier le code]

Des espèces d’arbres que l’on rencontre souvent dans les prairies alluviales à bois tendre sont le peuplier blanc (Populus alba), l’aulne blanc (Alnus incana) ainsi que le saule blanc (Salix alba). Dans les prairies alluviales à bois durs, on peut noter la présence du frêne à feuilles étroites (Fraxinus angustifolia) que l’on rencontre en aval de Vienne ainsi que l’orme et le chêne pédonculé. Dans le Danube même, on trouve des plantes aquatiques rares comme le piège à loup (Aldrovanda vesiculosa) et l’utriculaire[47].

Importantes atteintes écologiques[modifier | modifier le code]

Comme beaucoup d’autres fleuves, le Danube a subi de nombreuses atteintes importantes à son milieu naturel depuis le début de l’ère industrielle. Seuls 20 % des zones inondables qui subsistaient encore au XIXe siècle existent toujours et seule la moitié du cours du fleuve peut encore être considéré comme « naturelle ».

À côté de la progression de la pollution liée à l’industrie, à l’agriculture, au tourisme et aux eaux usées[48] ainsi qu’à la régularisation par des digues, des barrages, des écluses et des canaux, ce sont surtout les grands projets qui perturbent fortement l’écosystème du Danube. Une protection internationale efficace de celui-ci s’avère difficile car ce ne sont pas moins de dix pays, dont certains des plus pauvres d’Europe, qui veulent profiter économiquement de leur situation au bord du fleuve[49].

Gabčíkovo-Nagymaros[modifier | modifier le code]

Dans les accords du 16 septembre 1977 conclus entre la Tchécoslovaquie et la Hongrie, la construction (entre Gabčíkovo, près de Bratislava, et Nagymaros en Hongrie) d’un énorme ensemble de barrages et d’écluses destinés à la production d’énergie a été décidée[50]. Les premières études pour le projet avaient vu le jour dès 1956[50].

Des craintes furent émises par des experts hongrois et autrichiens quant à la destruction des prairies alluviales autrichiennes, des paysages le long de la frontière slovaco-hongroise et de la mise en péril de la distribution d’eau potable à Budapest que le chantier entraînerait[51]. Après que les travaux liés au projet furent déjà ralentis en 1983, le mouvement écologiste Duna Kör fut créé en 1984 à Budapest. Ce mouvement, souvent considéré comme l’embryon de la « révolution de velours » en Hongrie, a obtenu un large soutien de la part de la population. 140 000 personnes ont signé la pétition contre le barrage et une manifestation forte de 40 000 personnes eu lieu en 1988 devant le parlement hongrois. Dans le cadre de l’effondrement politique des pays de l’Est en 1989, la Hongrie s’est retirée du projet sous la pression de la population[50].

La Tchécoslovaquie puis, après la division du pays en 1993, la Slovaquie continua la construction de la centrale à un autre endroit et déposa plainte contre la Hongrie la même année puis encore en 1997 devant la cour internationale de justice pour le respect de l’accord de Budapest de 1977[51].

La Hongrie accusa alors la Slovaquie de dériver de l’eau du Danube dans le nouveau canal artificiel de Gabčíkovo-Kanal. La cour internationale de justice a rendu le verdict que les accords de 1977 sont toujours valables et que les deux pays devraient trouver un terrain d’entente pour mener le projet à terme. Aucun compromis n’a encore été trouvé et cette situation envenime les relations entre la Hongrie et la Slovaquie jusqu’à aujourd’hui.

La centrale hydroélectrique de la « Porte de Fer »[modifier | modifier le code]

Photo du barrage de la Porte de Fer.
Barrage de la « Porte de Fer ».

C’est en 1964 que la Yougoslavie et la Roumanie commencèrent à construire ensemble une centrale hydraulique, achevée en 1972 et située entre les Carpates du Sud et les monts Métallifères serbes. Le barrage, flanqué de deux écluses, a provoqué la naissance d’un lac artificiel de 150 kilomètres de long et le niveau de l’eau a été rehaussé de 35 mètres[52]. En plus de la production d’énergie, la construction de la centrale a aussi servi à aménager la voie navigable pour faciliter le passage des bateaux en dynamitant les rochers des rapides situés dans le fleuve[53].

Pour la création du lac de barrage, dont l’extrémité atteint Belgrade, la ville d’Orşova ainsi que cinq villages durent être déplacés et l’île de Ada Kaleh, habitée depuis 1669 par des Turcs, fut engloutie. La plupart des Turcs ont quitté la Roumanie et sont retournés en Turquie. En tout, ce sont 17 000 personnes qui ont dû être déplacées et de nombreux lieux culturels ont été perdus[54]. Pour l’environnement également, la construction du barrage n’est pas restée sans suite, ainsi les esturgeons ne peuvent plus remonter le Danube pour frayer[55].

Afin de limiter les dégâts culturels et écologiques, certains éléments de la flore et de la faune ainsi que des biens archéologiques, culturels et historiques ont été conservés dans deux parcs nationaux et dans des musées. Les parcs nationaux créés à cet effet sont celui de Đerdap en Serbie créé en 1974[56] et celui de la « Porte de Fer » en Roumanie créé en 2001.

Le port de Giurgiuleşti[modifier | modifier le code]

Photo du paquebot Princessa Elena au port de Giurgiulești.
Le paquebot Princessa Elena au port de Giurgiulești.
Article détaillé : Port de Giurgiulești.

En 1995, le gouvernement moldave a créé la société Terminal S.A., une coentreprise à participation grecque pour l’aménagement d’un port et d’une raffinerie de pétrole près de Giurgiulești. En 1996, la banque européenne pour la reconstruction et le développement lui a octroyé un crédit de plus de 19 millions de dollars et détient de ce fait 20 % de la société. 41 % sont détenus par la société moldave Tirex-Petrol et 39 % par la société grecque Technovax[57]. Les travaux ont démarré en novembre 1997[58] mais ils n’avancent que très lentement. Actuellement le gouvernement moldave essaie de vendre sa part. Des intéressés russes et azerbaïdjanais se sont fait connaître depuis 2003[59], ce qui a permis un achèvement des travaux et l’inauguration du terminal, le 13 avril 2007[60].

Comme le delta du Danube est très proche, des produits souillés, surtout en cas d’avarie, pourraient y arriver très rapidement et sans être dilués ce qui menace fortement cet écosystème protégé. Cela a entraîné de vives protestations de la part d’organisations de défense de la nature mais le gouvernement moldave les ignore.

Le canal de Bystroe[modifier | modifier le code]

Le 27 août 2004, le chantier du canal de Bystroe fut rouvert dans la petite ville ukrainienne de Vylkove[61]. Ce canal a pour l'Ukraine l'avantage de permettre aux péniches fluviales un accès direct à la lagune de Sasyk (Conduc) sans passer par l'embouchure maritime, à une vingtaine de kilomètres plus au sud, tout près du port roumain de Sulina. Comme le canal draine la zone humide de Drakulija-Zhebrijany-Primorske (Drăculia-Jibrieni-Gălileşti), il entraînera une accélération de la vitesse d'écoulement de l’eau, qui pourrait augmenter l'érosion des berges. Des organisations de défense de la nature, le gouvernement roumain et le commissaire de l’environnement de l’Union Européenne ont donc protesté contre ce canal[62]. Bien que l'Ukraine possède les deux rives de l'embouchure du bras de Kilia ainsi que les deux rives du principal chenal navigable au niveau de l'archipel de Kyslica (Chisliţa), le gouvernement ukrainien estime que ces protestations cachent surtout les intérêts économiques de la Roumanie qui voudrait avoir le monopole du trafic fluvial vers la mer Noire. L’Ukraine n’a donc pas tenu compte de ces protestations, et le canal a été inauguré le 14 mai 2007[63].

Bassin économique du Danube[modifier | modifier le code]

Utilisation de l’eau[modifier | modifier le code]

L’eau potable[modifier | modifier le code]

Le Danube est une importante source d’eau potable pour dix millions de personnes qui vivent le long du cours d’eau. Dans le Land du Bade-Wurtemberg, la société qui fournit l’eau potable à la région située entre Stuttgart, Bad Mergentheim, Aalen et l’arrondissement de Alb-Danube utilise de l’eau traitée du Danube à hauteur de 30 % sur les trente millions de mètres cubes distribués en 2004. D’autres villes comme Ulm ou Passau utilisent également encore pour une grande part de l’eau du Danube comme eau potable.

En Autriche en revanche, 99 % de l’eau potable est puisée dans les nappes phréatiques et des sources et seulement très rarement, par exemple pendant des périodes de canicule, dans l’eau du Danube. La même chose vaut pour la Hongrie qui utilise de l’eau des nappes phréatiques à 91 %. Les autres États situés le long du Danube central s’abstiennent de puiser l’eau potable dans le Danube à cause de la forte pollution de celui-ci. Seules des communes situées sur son rivage en Roumanie, où le fleuve est à nouveau plus propre, utilisent à nouveau de l’eau du Danube (Drobeta Turnu-Severin, delta du Danube).

L’énergie hydraulique[modifier | modifier le code]

Cinq États riverains utilisent le Danube comme source d’énergie significative ; il s’agit de l’Allemagne, de l’Autriche, de la Slovaquie, de la Serbie et de la Roumanie. Pour les autres États, soit il manque le contrôle territorial partiel du Danube pour une construction autonome (la Croatie, la Bulgarie et la Moldavie ne disposent que d’une seule rive du fleuve), soit il n’y a pas la possibilité politique comme en Hongrie où l’opinion publique y est défavorable, soit le cours du Danube ne le permet pas comme en Ukraine.

En Allemagne, les premières centrales hydrauliques furent construites dès la fin du XIXe siècle, en particulier dans la région du Danube supérieur mais également près d’Ulm. Néanmoins, le Danube n’atteignit jamais l’importance qu’il occupe plus en aval en Allemagne car le débit du fleuve est encore faible et donc pauvre en énergie.

En Autriche, la situation est complètement différente même si la construction de la première centrale hydroélectrique ne remonte qu’à 1953. Aujourd’hui, l’Autriche est le pays en Europe, juste après l’Islande et la Norvège, dans lequel l’énergie hydraulique représente la plus grande part de la production énergétique et 20 % de la production totale d’énergie est assurée par les centrales du Danube. Mais cette évolution n’a pas que des côtés positifs : la monoculture de l’énergie hydraulique, qui en Autriche est essentiellement concentrée le long du Danube et ce de la frontière allemande jusqu’à Vienne (à l’exclusion de la Wachau), modifie le tracé et la vitesse du débit du cours d’eau et empêche l’inondation périodique des forêts alluviales écologiquement de grande importance. De plus, les écluses forment des barrières artificielles pour les poissons et d’autres organismes vivants qui ne peuvent plus se déplacer librement dans le fleuve.

En Slovaquie, l’énergie hydraulique est, avec 16 % de la production totale, la deuxième source énergie la plus importante après le charbon. Et la plus grande partie de cette énergie est produite par la centrale de Gabčíkovo-Nagymaros, initialement prévue pour être exploité en coopération avec la Hongrie qui s’est finalement désistée (voir ci-dessus).

Aujourd’hui la plus grande centrale hydroélectrique en Europe est la centrale de la « Porte de Fer » qui, après un chantier de huit ans, est exploitée depuis 1972 par la Serbie et la Roumanie. L’énergie hydraulique est une source d’énergie importante pour ces deux pays avec respectivement 37,1 % et 27,6 % de la production totale.

L’énergie nucléaire[modifier | modifier le code]

L’eau du Danube est aussi utilisée pour le refroidissement de deux centrales nucléaires :

La navigation[modifier | modifier le code]

Photo de navires marchands.
Navires marchands sur le Danube à Linz, Autriche.

Le Danube n’est navigable qu’à partir de Kelheim, à presque 500 kilomètres de sa source, sur une distance totale de 2 415 km jusqu’à l’embouchure[64]. Le canal du Main au Danube, qui conflue avec celui-ci près de Kelheim, permet d’effectuer la liaison fluviale entre la mer du Nord et la mer Noire en passant par le Rhin et le Main[64].

En ce qui concerne la navigation danubienne, le fleuve est divisé en trois tronçons :

  • le Haut Danube de Kelheim jusqu’à Komárom/Komárno ;
  • le Moyen Danube de Komárom/Komárno jusqu’à Drobeta Turnu-Severin ;
  • le Bas Danube de Drobeta Turnu-Severin jusqu’à l’embouchure.

La navigation historique sur le Danube supérieur[modifier | modifier le code]

Le Danube figure parmi les plus anciennes et les plus importantes routes commerciales européennes. Dès la Préhistoire, le fleuve servait de moyen de transport, par exemple pour les fourrures qui furent transportées le long du fleuve sur des radeaux. L’époque romaine vit la naissance de la navigation avec des bateaux qui furent souvent, après avoir effectué un long et périlleux voyage, démontés et vendus comme bois de construction une fois leur port d’arrivée atteint car si on ne pouvait pas gagner suffisamment lors du voyage retour à contre-courant, plus fastidieux et plus lent, on préférait l’éviter. De ce fait les bateaux destinés à la navigation sur le Danube étaient de construction plus simple et moins nécessiteuse en bois que les radeaux. Des embarcations plus grandes, avec des longueurs de trente mètres et deux tonnes de charge utile, nommées bateaux ordinaires de Kelheim ou d’Ulm, étaient néanmoins parfois chargées de marchandises plus onéreuses, comme le vin ou le sel alimentaire, et tirées à contre-courant. Durant des siècles, les bateaux, souvent regroupés en convois, ne pouvaient être tirés à contre-courant que le long des chemins de halage, d’abord par des hommes puis, à partir du XVe siècle, par des animaux de trait[65].

Ces convois de bateaux étaient organisés de manière stricte et regroupaient jusqu’à soixante chevaux et autant d’équipages. À côté des bateaux qui transportaient la marchandise, d’autres bateaux qui transportaient des cordages, des vivres et des chevaux de rechange faisaient aussi partie du voyage. À cause des nombreuses ramifications du fleuve et de ses nombreux bas-fonds, un tel convoi ne se déplaçait que très lentement. Souvent on ne franchissait que quelques kilomètres par jour. Régulièrement, on devait changer de rivage avec les chevaux, la météo et le niveau des eaux du fleuve ralentissaient aussi la progression[65].

La navigation historique sur le Danube inférieur[modifier | modifier le code]

Photo d'une barque.
Lotca lipovène du delta.

Des monoxyles datant de la Préhistoire ont été trouvés par George Vâlsan et Vasile Pârvan dès le début du XXe siècle, et Hérodote les mentionnes aussi, mais ce sont les grecs, les perses, les macédoniens et les romains qui ont fait de la navigation sur le Danube une industrie et un art militaire, comme on peut le voir, par exemple, sur la Colonne Trajane. Le relais fut ensuite pris, à partir du IVe siècle, par l'Empire romain d'Orient, que nous appelons byzantin, avec ses dromons, ses ouzies, ses libournes et des ophidies[66], mais aussi par les bateaux effilés les peuples du nord : Slaves et Varègues, dont l'architecture se perpétue dans les "lotcas" des Lipovènes actuels.

Plus tard, au Moyen Âge, outre les péniches tirées par des chevaux dans les passages difficiles (essentiellement aux Portes de Fer où le courant est vif), le Danube fut parcouru par des "bolozanes", navires de charge à rames et voiles, et par toutes sortes de nefs et de galères bulgares, serbes, hongroises, valaques, génoises, turques, moldaves et, plus tard, russes, dont les équipages étaient recrutés parmi les peuples riverains. Gênes eut au XIVe siècle un véritable empire commercial sur le bas-Danube, alors son grenier à blé : San Giorgio, Barilla, Caladda, Licovrissi, Licostomo étaient des escales reliées à ses comptoirs de la Mer Noire tels Constanza, Montecastro et Policromia[67].

À l'époque moderne, le bas-Danube devînt un enjeu stratégique dans les guerres russo-turques qui se succédèrent de 1568 à 1878, mais surtout aux XVIIIe siècle et XIXe siècle, et le fleuve fut le théâtre de multiples batailles navales. À la fin de la guerre de Crimée, une première tentative de neutralisation du fleuve fut concrétisée par la mise en place de la première Commission du Danube, sont le siège fut fixé à Galaţi, en Moldavie par le Traité de Paris du 30 mars 1856.

Mais tout fut remis en question par la Guerre russo-turque de 1877-1878, et de nouvelles et sanglantes batailles navales eurent lieu durant les Guerres balkaniques et la Première Guerre mondiale, entre navires de guerre (à vapeur et cuirassés, cette fois) russes, roumains et serbes d'un côté, bulgares, austro-hongrois, allemands et turcs de l'autre. Il faut attendre 1921 pour que la Commission du Danube soit à nouveau activée... jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale.

Durant celle-ci, il n'y eut pas d'hostilités sur le fleuve, les états riverains se trouvant dans les mêmes alliances entre les mêmes dates (après avoir été des satellites de l'Axe, Roumanie et Bulgarie basculèrent toutes deux du côté allié fin août-début septembre 1944), mais les bateaux à vapeur et à aubes du fleuve furent nombreux à servir aux transferts forcés de populations. Ainsi, les flottes hongroise et roumaine convoyèrent, affrétées par le Reich nazi conformément au pacte Hitler-Staline, des centaines de milliers de personnes appartenant aux minorités allemandes vers l'amont (Vienne, pour y être emmenés par train vers le Wartheland) et, affrétées par l'organisation sioniste Aliyah, basée à Bucarest et dirigée par Eugen Meissner et Samuel Leibovici, autant de Juifs fuyant la Shoah vers l'aval (Sulina, pour y embarquer sur les navires maritimes du SMR à destination d'Haïfa ou Istanbul). Beaucoup de ces bateaux, qui ont tourné jusque dans les années 1960, rouillent à présent dans les ports riverains.

La Commission actuelle est la troisième : elle a été créée par la Convention de Belgrade du 18 août 1948 relative au régime de la navigation sur le Danube. Actuellement, à part les navires de la police fluviale, des garde-frontières et des douanes, il n'y a pas de flottes militaires sur le Danube, à l'exception de la section ukrainienne.

La navigation à vapeur sur le Danube[modifier | modifier le code]

Photo d'un bateau-mouche à vapeur.
Bateau-mouche à vapeur touristique aux Portes de Fer.

Avec l’apparition des bateaux à vapeur et plus tard des locomotives, la navigation historique sur la Danube entama son déclin et c’est vers 1900 que les derniers convois furent tirés à contre-courant le long du fleuve. En 1812 le premier bateau à vapeur entra en service à Vienne. Quelques années plus tard à peine, en 1829, la première compagnie de navigation à vapeur du Danube, la Donaudampfschiffahrtsgesellschaft, vit le jour. De ce fait les bateaux devenaient de plus en plus rapides et on peut citer en exemple le premier bateau à vapeur Franz I descendait le fleuve de Vienne à Budapest en 14 heures et 15 minutes en 1830[68]. Pour le retour à contre-courant, il nécessita 48 heures et 20 minutes. En septembre 1837, le premier bateau, la Maria Anna, reliait Vienne à Linz. On peut visiter l’un des derniers exemplaires de ce type de bateau à Ratisbonne[68]. La deuxième moitié du XIXe siècle était aussi l'âge d’or des bateaux à chaîne qui se hissaient à contre-courant le long d’une chaîne amarrée dans le lit du fleuve avec la force d’une machine à vapeur. De telles chaînes ont d’abord été posées sur la ligne Vienne-Bratislava mais aussi près de Ybbs et Ratisbonne.

Tous les pays héritiers de l'Autriche-Hongrie ont eu une flotte de navires à vapeur et à aubes après 1918, pour la plupart de construction allemande et autrichienne, quelques-uns de construction tchécoslovaque ou roumaine.

À l’origine, le Danube était un fleuve marchand ouvert, utilisable par tout le monde. Mais chaque pays riverain prélevait quand même des taxes douanières. Dans le traité de Paris de 1856, le droit au libre échange sur le Danube fut réglementé pour la première fois et une commission européenne du Danube fut créée, s’appuyant sur le texte des accords du congrès de Vienne de 1815 sur la navigation libre. 120 ans plus tard, le 18 août 1948, ce droit fut à nouveau entériné lors de la conférence de Belgrade. La navigation sur le Danube est permise aux bateaux de toutes les nationalités à l’exclusion des navires de guerre étrangers. Le respect de ces règles et la conservation de la navigabilité sont surveillés par la commission internationale du Danube.

La navigation sur le Danube aujourd’hui[modifier | modifier le code]

Photo du bateau d'excursion « Prinz Eugen ».
Bateau d’excursion « Prinz Eugen » dans la Wachau, Autriche.

En plus d’une centaine de bateaux-hôtels qui circulent principalement entre Passau, Budapest et la mer Noire, il existe de nombreux bateaux qui font des excursions journalières, en particulier en Allemagne dans la région de Passau et en Autriche dans la région de la Wachau, ainsi que d’innombrables petites embarcations de plaisance.

Le Danube constitue aujourd’hui un des deux grands ensembles européens du transport de marchandises par voie fluviale, le premier étant constitué par le Rhin dont le trafic se montait en 2000 à 300 millions de tonnes.

Contrastant avec le dynamisme du Rhin, le trafic marchandises sur le Danube a fortement chuté entre 1980 et 2002 passant de 90 à 39 millions de tonnes. Cette évolution s’explique par la conjonction de plusieurs phénomènes[69] :

  • Les changements politiques dans les pays de l’Est et le passage à l’économie de marché ont modifié la donne dans le domaine du transport réduisant la part modale du transport fluvial : développement du transport routier, chute de la production de l’industrie lourde ;
  • La première crise yougoslave entre 1992 et 1995 s’est accompagné d’un embargo de l’ONU qui a entraîné une forte chute du trafic sur le Danube ;
  • La deuxième crise yougoslave entre 1999 et 2002 avec la destruction du pont de Novi Sad a bloqué le trafic local[64] ;
  • Un changement de méthode statistique intervenu en 1990 excluant les transports sur une distance inférieure à deux kilomètres explique une partie de la chute du trafic intérieur dans le tableau ci-dessous.

A contrario, l’ouverture du canal Main-Danube en 1992 a entraîné une croissance du trafic sur le Haut Danube.

Trafic de marchandises sur le Danube en milliers de tonnes. Le trafic international est compté au départ du pays.
Source : Commission du Danube Budapest (2006). (modifier)
Pays Type de trafic 1980 1990 1995 2002 2004
Allemagne National 192 289
International 1 808 1 085 8 331 8 476
Autriche National 830 607 522 561 191
International 1 246 1 236 789 1 595 1 635
Bulgarie National 8 389 3 060 1 402 1 620
International 903 477 222 392 419
Croatie National 120 130
International 925 1140
Hongrie National 9 819 4 109 790
International 1 279 9 114 2 674 3 452 1 178
Roumanie National 15 003 8 144 4 715 8 606 12 417
International 3 769 2 120 2 320 678 2 189
Serbie National 15 156 8 994 2 674 1 997
International 612 1 634 1 085 465
Slovaquie National 1 865 3 490 1 751 105
International 1 885 2 020 1 583 1 352 1 110
Ukraine National 7 478 6 776 675 649 234
International 12 029 13 071 5 617 5 539 7 867
Total (départ terrestre) National 58 731 35 469 5 912 15 655 17 389
International 23 531 30 757 13 205 22 520 23 453
Entrées par mer 8 080 3 345 2 688 394 668
Total 90 342 65 571 21 805 38 569 41 510
Indice (1990 : 100) 130 100 31 55 63

Flottage du bois[modifier | modifier le code]

Aux XVIIIe et XIXe siècles, le Danube servait de voie de transport pour le bois de la forêt de Bohême. Les grumes étaient amenées par flottage dans la rivière Große Mühl par le canal de Schwarzenberg, transvasées dans des bateaux puis acheminées jusqu’à Vienne où elles étaient vendues comme bois de chauffage[70]. De semblables radeaux de grumes descendaient, des Carpates, par les affluents Olt ou Siret, jusqu'aux bouches du fleuve (Tulcea ou Sulina) d'où elles allaient vers Istanbul pour y être converties en charpentes, meubles ou navires.

Pêche[modifier | modifier le code]

L’importance de la pêche, de laquelle vivait toute la population durant le Moyen Âge à certains endroits, a régressé fortement au cours des XIXe et XXe siècles. En Allemagne par exemple, il ne subsiste plus qu’un seul pêcheur du Danube entre Straubing et Vilshofen an der Donau. En Autriche, la pêche est encore un peu pratiquée autour des villes de Linz et Vienne mais dans le delta du Danube, elle est encore pratiquée de manière plus intensive.

Dans le bassin du bas-Danube, l’un des étudiants d’Ernst Haeckel (l'inventeur de l'écologie), le naturaliste et géographe Grigore Antipa mit en place à partir de 1898, avec l'appui du roi Charles I de Roumanie, un système de gestion rationnelle des ressources naturelles des zones humides ayant pour but de faciliter la navigation, d'augmenter la production de poisson et de cannes, et de diminuer la biomasse des moustiques, sans contrarier les équilibres écologiques ni le rôle de filtre et d'éponge à crues que jouent les zones humides[71].

Après la Deuxième Guerre mondiale la pensée duale développée au XXe siècle, pensée qui oppose l'homme à la nature et l'économie à l'écologie, mit fin aux expériences fructueuses d'Antipa, et le régime Ceaușescu détruisit ses aménagements, endigua les bras d'eau, et assécha d'immenses surfaces entre Silistra et Galaţi, ainsi que dans le Delta, faisant disparaître les frayères naturelles, bloquant les chemins de migration et chuter la production de poisson (sans parler de la sursalure des sols et du risque d'inondation dû à la disparition des zones-tampon). Les politiques actuelles tentent de réparer ces dégâts, notamment dans la réserve naturelle de la biosphère du Delta.

Viticulture[modifier | modifier le code]

Photo de vignes.
Vignes près de Spitz (Wachau).

Le Danube est également une région viticole, dans deux pays essentiellement. La région qui produit les vins de meilleure qualité est la Wachau, en Autriche, où sont cultivés principalement les cépages grüner Veltliner, riesling et chardonnay[72].

En Hongrie, la vigne est cultivée sur presque tout le long du Danube entre Visegrád et la frontière sud du pays. La capitale du vin hongrois est Vác. Durant l’ère socialiste, les vins hongrois, autrefois réputés, perdirent beaucoup en qualité mais depuis les années 1990 le vignoble hongrois connaît une renaissance.

Un troisième pays, l’Allemagne, produit également un peu de vin près de Bach an der Donau, entre Ratisbonne et Straubing. Il s’agit là d’une curiosité économiquement insignifiante mais qui reste la dernière relique culturelle, jadis bien vivante, du vin bavarois importé par les romains.

Tourisme[modifier | modifier le code]

À côté des nombreux centres d’intérêts célèbres situés le long du Danube, de nombreux paysages et parc nationaux (déjà décrits ci-dessus) sont également importants pour le tourisme. Il existe aussi de nombreux endroits, en particulier sur le Danube supérieur non navigable, où l’on peut pratiquer le canoë, la barque et le pédalo. Le fleuve est par ailleurs bordé de belles pistes cyclables, en Allemagne et en Autriche surtout (Eurovéloroute 6[73]).

La navigation de croisière fluviale est aussi très active sur le Danube où, en dehors du tronçon très fréquenté de Vienne à Budapest, certains bateaux naviguent également de Passau jusqu’au delta. Dans la haute saison ce sont plus de 70 bateaux de croisière qui sillonnent le fleuve.

Photo panoramique.
Le Danube à Ritopek, dans la banlieue de Belgrade (Serbie).
Photo panoramique.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bruhàcs, János Le régime international du Danube en cette fin de siècle. Les hommes et l’environnement, Paris, Frison-Roche, 1998.
  • (en) Coll., Water pollution control in the Danube basin: proceedings of the International conference on water pollution control in the basin of the river Danube, held in Novi Sad, Yugoslavia, 20-23 June 1989, Oxford, New York, Pergamon press, 1990.
  • (en) coll., Danube delta : Genesis and biodiversity, Leyde, Backhuys, 2006.
  • (de) Blühberger, Günther, Wie die Donau nach Wien kam : die erdgeschichtliche Entwicklung der Landschaft des Donautals und der Nebenflüsse vom Ursprung der Donau bis zum Wiener Becken, Vienne, Böhlau, 1996.
  • (en) Irene Lyons Murphy, The Danube: a river basin in transition, Dordrecht, Kluwer academic publications, 1997.
  • (en) Coll., Danube delta : Geology, sedimentology, evolution: field trip, 28 September-2 October 1998, Paris, Association des sédimentologistes français, 1999.
  • (en) György Ránki, Economy and foreign policy: the struggle of the great powers for hegemony in the Danube Valley, 1919-1939, New York, Columbia university press, 1983.
  • Martin Graff, Le réveil du Danube: géopolitique vagabonde de l’Europe, Strasbourg, la Nuée bleue, 1998.
  • Claudio Magris, Danube, Gallimard : 1988, (ISBN 2070780023)
  • Stefanescu, Constantin-Mircea, Nouvelles contributions à l’étude de la formation et de l’évolution du delta du Danube : essai d’interprétation de la morphogenèse du delta à l’époque historique à partir de la toponymie, de l’histoire et des cartes anciennes, Paris, Bibliothèque nationale, 1981.
  • (en) Frucht, Richard C., Dunarea noastra Romania, the great powers and the Danube question, 1914-1921, New York : Columbia university press, 1982.
  • (en) Charles R. Bowlus, Franks, Moravians and Magyars: the struggle for the Middle Danube, 788-907, Philadelphie: University of Pennsylvania press, 1995.
  • (en) Dise, Robert L., Cultural change and imperial administration: the middle Danube provinces of the Roman Empire, New York, P. Lang, 1991.
  • Coll., Rapport d’information sur l’exemple que constitue pour la liaison Rhin-Rhône et les voies navigables françaises, l’achèvement de l’axe fluvial à gabarit européen Rhin-Main-Danube, Sénat, Troisième session extraordinaire de 1993-1994 ; fait au nom de la Commission des affaires économiques et du plan, Paris, Sénat, 1994.
  • (en) Ørsted, Peter, Roman imperial economy and Romanization: a study in Roman imperial administration and the public lease system in the Danubian provinces from the first to the third century A.D., Copenhague, Museum Tusculanum press, 1985.
  • Robert, Eric, L’Affaire relative au projet Gabcikovo-Nagymaros (Hongrie/Slovaquie). Un nouveau conflit en matière d’environnement devant la Cour internationale de Justice? / Eric Robert. Studia diplomatica, Volume 47 (1994-5), p. 17-52.
  • (en) McIntyre, Owen, Case concering the Gabcikovo-Nagymaros project (Hungary/Slovakia) : International Court of Justice, The Hague, 25 September 1997. Journal of Environmental Law, Volume 10 (1998-1), p. 79-91.
  • Maljean-Dubois, Sandrine, L’arrêt rendu par la Cour internationale de Justice le 25 septembre 1997 en l’affaire relative au projet Gabcikovo-Nagymaros (Hongrie/Slovaquie). Annuaire français de droit international, Volume 43/1997 (1998), p. 286-332.
  • Kovács, Péter, Quelques considérations sur l’appréciation et l’interprétation de l’arrêt de la Cour internationale de Justice, rendu dans l’affaire Gabcikovo-Nagymaros. German Yearbook of International Law, Volume 41 (1999), p. 252-266.
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Notes et références[modifier | modifier le code]

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  2. Dictionnaire latin-français Gaffiot, édition 2000, article « Danubius », p. 471.
  3. (en) Istros sur Theoi Greek Mythology.
  4. Apollonios de Rhodes, Argonautiques. Chant IV [détail des éditions] [lire en ligne] (IIIe siècle av. J.-C.).
  5. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne].
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  7. a, b, c, d et e Article sur le Danube, Dictionnaire illustré des merveilles naturelles du monde, Éd. du Reader 's Digest, 1977, p. 120-121.
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  9. Geneviève De Lacour, Rhin et Danube bientôt à sec ?, Journal de l'environnement ; 2011-12-05.
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  12. (en) Entrée « Danube » de l'Encyclopædia Britannica, p. 3. Consulté le 14 juin 2008.
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  16. (en) Statistiques sur le Danube en Autriche sur danube-river.org. Consulté le 14 juin 2008.
  17. a et b (de) Geographische Beschreibung der Donau und ihres Einzugsgebietes - Landschaften, Naturräume, Größe des Einzugsgebietes, Zuflüsse, Länge, Hydrologie, université de Kassel, p. 5-7.
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  23. (en) Statistiques sur le Danube en Ukraine sur danube-river.org. Consulté le 14 juin 2008.
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  25. La culture de Vinča dans l'article Les Pelasges Vinciens Lire en ligne. Consulté le 14 juin 2008.
  26. Paul Petit, Histoire générale de l’Empire romain, tome 1 : Le Haut-Empire, Points Histoire, Le Seuil, 1974, p. 224-225.
  27. Paul Petit, Histoire générale de l’Empire romain, tome 1 : Le Haut-Empire, p. 216-217.
  28. Hans-Erich Stier et al., Grosser Atlas zur Weltgeschichte, Westermann 1985, p. 48 à 67, ISBN 3-14-100919-8.
  29. André Corvisier, Précis d’histoire moderne, PUF, 1971, p. 113.
  30. André Corvisier, op. cit., p. 302-321.
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