Edgar Faure

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Edgar Faure
Image illustrative de l'article Edgar Faure
Fonctions
Sénateur du Doubs
19801988
3e président de l'Assemblée nationale
2 avril 19732 avril 1978
(5 ans)
Législature Ve
Prédécesseur Achille Peretti
Successeur Jacques Chaban-Delmas
Ministre d'État,
chargé des Affaires sociales
6 juillet 19722 avril 1973
Président Georges Pompidou
Gouvernement Messmer I
Prédécesseur Joseph Fontanet
Successeur Georges Gorse
Ministre de l'Intérieur
1er décembre 19551er février 1956
Président René Coty
Gouvernement Faure II
Prédécesseur Maurice Bourgès-Maunoury
Successeur Jean Gilbert-Jules
127e président du Conseil des ministres
(143e chef du gouvernement français)
23 février 195523 janvier 1956
Président René Coty
Gouvernement Faure II
Législature IIe
Prédécesseur Pierre Mendès France
Successeur Guy Mollet
122e président du Conseil des ministres
(138e chef du gouvernement français)
20 janvier 195228 février 1952
Président Vincent Auriol
Gouvernement Faure I
Législature IIe
Prédécesseur René Pleven
Successeur Antoine Pinay
Ministre des Finances
20 janvier 19528 mars 1952
Président Vincent Auriol
Gouvernement Faure I
Prédécesseur René Mayer
Successeur Antoine Pinay
Sénateur du Jura
19591966
Député du Jura
puis
du Doubs
19461958
1967 - 1980
Biographie
Date de naissance 18 août 1908
Lieu de naissance Béziers (France)
Date de décès 30 mars 1988 (à 79 ans)
Lieu de décès Paris (France)
Nationalité française
Parti politique RRRS (1946-1955)
RGRCR (1956-1958)
GD (1959-1967)
UDR (1967-1978)
RPR (1978-1980)
GD (1980-1988)
Conjoint Lucie Meyer

Edgar Faure
Présidents de l'Assemblée nationale
Présidents du Conseil des ministres français

Edgar Faure, né le 18 août 1908 à Béziers (Hérault) et mort le 30 mars 1988 à Paris, est un homme d'État français.

Ministre au sein de nombreux gouvernements, dans lesquels lui furent confiés d'importants portefeuilles, il est nommé président du Conseil des ministres en 1952, puis en 1955, sous la IVe République.

Ministre du général de Gaulle, puis du président Pompidou, il est élu président de l'Assemblée nationale en 1973, charge qu'il assume durant la Ve législature de la Ve République, jusqu'en 1978.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le plus jeune avocat de France[modifier | modifier le code]

Après ses études secondaires faites à Narbonne, à Orléans, au cours La Bruyère à Paris et au lycée Voltaire à Paris, Edgar Faure entame des études de droit, de lettres et de langues orientales (russe). Il exerce à Paris la profession d'avocat et devient membre du barreau à 21 ans : c’est le plus jeune avocat de France de son temps et le plus jeune deuxième secrétaire de la conférence du stage des avocats. Intéressé par la politique, il rejoint le Parti radical-socialiste après une première adhésion au Parti républicain-socialiste.

En 1931, il épouse Lucie Meyer ; le couple, pour son voyage de noces, choisit l'URSS[1].

Durant la Seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1941, dans un procès à Clermont-Ferrand[1], il témoigne, non sans risques, en faveur de Pierre Mendès France, du même âge et avocat comme lui à Paris, incarcéré par le régime de Vichy.

À l'automne 1942, il part en Tunisie en compagnie de son épouse Lucie Faure, qui est juive, et de sa fille Sylvie avant de rejoindre les quartiers généraux de Charles de Gaulle à Alger et devient le chef du service législatif du gouvernement provisoire (1944). En 1945, il est procureur général adjoint français au Tribunal militaire international de Nuremberg.

Une figure du Parti radical[modifier | modifier le code]

Après avoir été battu aux élections de 1945 à Paris, il envisage de se présenter sous l'étiquette MRP dans le Puy-de-Dôme, mais finalement il se tourne vers le Parti radical et est élu lors de la troisième consultation électorale de 1946. Edgar Faure se révèle rapidement un ardent défenseur de la Franche-Comté, collectionnant les mandats : député du Jura jusqu'en 1958, maire de Port-Lesney en 1947, président du Conseil général du Jura en 1949. Dans ces fonctions il se montre favorable au projet d'exploitation du bassin houiller du Jura qui fait débat en 1957, mais celui-ci est finalement abandonné en raison de la conjoncture économique[2].

À l'Assemblée nationale, comme au Parti radical qui comporte de nombreux « ministrables », il acquiert rapidement une réputation de sérieux que son allure souriante et sa verve viennent tempérer. Il se révèle un habile stratège et devient l'un des meilleurs navigateurs des couloirs du Palais-Bourbon. Il accède, en 1949, au côté de Maurice Petsche, ministre des Finances, au rang de secrétaire d'État, avant d'être promu ministre du Budget en 1950. Deux ans plus tard, il est pour la première fois président du Conseil, mais, pris dans l'opposition des modérés et des socialistes sur la politique économique, son gouvernement, qui compte quarante ministres, ne dure que quarante jours, le président ayant posé vingt fois la question de confiance.

Il prouve cette capacité d'adaptation en devenant, ensuite, ministre des Finances des gouvernements de Joseph Laniel (centre-droit) puis de Pierre Mendès France. Dans ces fonctions, il obtient de la Chambre les pleins pouvoirs, qu'il met à profit pour « relancer la relance » avec un plan de dix-huit mois dit « d'expansion dans la stabilité »[3]. En particulier, il réglemente par décret plusieurs professions, procède à des mesures de décentralisation économique et introduit la taxe sur la valeur ajoutée[4].

Il retrouve la présidence du Conseil, après la chute du gouvernement Mendès France. Dans ces fonctions, il poursuit la préparation de l'indépendance de la Tunisie (lancée par lui en 1952 et poursuivie sur ses conseils par Mendès France avec son « discours de Carthage ») et relance le processus au Maroc (« l'indépendance dans l'interdépendance »), notamment en permettant le retour d'exil du sultan Mohammed, d'abord à Paris (puis, après la chute du gouvernement Faure, au Maroc même). Il applique l'état d'urgence au sujet des événements d'Algérie. Il prend l'initiative d'une réunion au sommet des Quatre Grands à Genève, et favorise la tenue de la Conférence de Messine, qui permet la relance de la construction européenne.

La dissolution de la Chambre qu'il suggère au président Coty en 1955 en vue de prendre de vitesse le centre-gauche est en revanche un échec tactique :

Dans l'opposition[modifier | modifier le code]

Il se retrouve alors, brièvement, dans l'opposition. S'il fut assez tôt un partisan du retour de De Gaulle (« l'Algérie est un problème de la quatrième dimension qui ne peut être résolu que par un personnage de la quatrième dimension »), il est tenu à distance par la Ve République naissante et d'ailleurs battu, sur fond de vague gaulliste, aux législatives de 1958.

Il profite de ce temps pour écrire une thèse sur le système fiscal sous Dioclétien et pour passer son agrégation de droit : il devient agrégé des facultés de droit (droit romain et histoire du droit) en 1962.

Il est également sénateur (Gauche démocratique, réintégré au Parti radical) du Jura d'avril 1959 à février 1966, avant de revenir en 1967 à l'Assemblée nationale comme représentant du Doubs. En 1962, dans l'opposition, il vote « non » au référendum constitutionnel « par scrupule de juriste », précise-t-il.

En 1963, il est envoyé officieusement par le pouvoir gaulliste en mission en République populaire de Chine à une époque où De Gaulle souhaitait rétablir des relations avec ce pays.

Ministre de la Ve République[modifier | modifier le code]

En 1966, après avoir soutenu le général de Gaulle à l'élection présidentielle de 1965, il devient ministre de l'Agriculture, ce qui le fait exclure (à nouveau) du Parti radical. Il ne cesse plus, dès lors, de se présenter comme un pont entre radicalisme et gaullisme, mettant en avant, selon le cas, l'une ou l'autre proximité.

En 1968, après les événements de mai, on lui confie le poste délicat de ministre de l'Éducation nationale. Sa loi d'orientation de novembre 1968 surprend la classe politique, qui la vote aussi bien à gauche qu'à droite (les communistes s'abstenant). Elle marque une rupture dans l'enseignement français en intégrant des revendications de mai 68 et notamment la participation à la gestion des établissements de tous les acteurs de l'enseignement et la facilitation de l'interdisciplinarité. Une mesure fait couler beaucoup d'encre : le report de l'étude de la langue latine de la sixième à la quatrième.

Il envisage un temps de se présenter à l'élection présidentielle de 1969, mais après accord avec Pompidou, y renonce[1].

En janvier 1972, il analyse dans Italiques, Le Regain américain de Charles A. Reich et Vive la société de consommation de Jean Saint-Geours[5].

En juillet 1972, il se voit attribuer, sous la présidence de Georges Pompidou, le poste de ministre d'État, ministre des Affaires sociales, un poste que lui confie le nouveau Premier ministre Pierre Messmer. À ce titre, il propose et obtient en particulier la généralisation de la retraite complémentaire.

Président de l'Assemblée nationale[modifier | modifier le code]

Après les élections législatives des 4 et 11 mars 1973, le nom d'Edgar Faure est proposé pour la présidence de l'Assemblée nationale. Le 2 avril, l'ancien président du Conseil est élu président de l'Assemblée à l'issue du premier tour de scrutin, sa candidature ayant été approuvée par 274 suffrages contre 180 au socialiste Pierre Mauroy. Dans son discours d'investiture, il qualifie, en ces termes, son élection : « Il s'agit moins d'une faveur que d'une charge, non point d'une récompense mais d'un office, [la] confiance [des députés l'ayant élu] n'étant qu'une invitation à la mériter sans relâche, sans réserve et, autant qu'il se peut humainement, sans faiblesse »[6].

En 1974, il songe à présenter sa candidature à l'élection présidentielle anticipée, après la disparition de Georges Pompidou, et malgré les candidatures concurrentes de Jacques Chaban-Delmas, qui s'est rapidement déclaré, et Valéry Giscard d'Estaing, qui suivait l'ancien Premier ministre, arguant du fait qu'il est à la fois centriste et membre de l'UDR, ce qui fait dire à Olivier Guichard : « L'UDR a deux candidats dont l'un est gaulliste. » Peu soutenu, il dit ne plus vouloir se porter candidat à la présidence de la République, et sera, jusqu'à sa disparition, amer de n'avoir pu concourir à l'Élysée[1].

En 1976, Edgar Faure succède à René Cassin à la présidence de l'Institut libre d'étude des relations internationales. Raymond Barre lui succède à sa disparition en 1988.

En 1977, il réadhère au Parti radical et se présente à sa présidence contre Jean-Jacques Servan-Schreiber, qui l'emporte. Cette même année, il perd son épouse. Femme de lettres, éditrice de revue, Lucie Faure occupait une place importante auprès de lui et dans sa réflexion politique[1].

En mars 1978, il est réélu député (apparenté RPR) et brigue à nouveau la présidence de l'Assemblée nationale. Soutenu par Jacques Chirac, il retire sa candidature après avoir été distancé au premier tour par le gaulliste Jacques Chaban-Delmas[7]. Le 8 juin, il est élu à l'Académie française.

Membre de l'Académie française[modifier | modifier le code]

En 1979, en désaccord avec la ligne du RPR sur l'Europe (suite notamment à «l'Appel de Cochin»), il se présente aux élections européennes sur la liste de l'Union pour l'Europe, conduite par Simone Veil et démissionne du groupe RPR de l'Assemblée nationale.

Il est élu sénateur, du Doubs cette fois, en 1980 (non-inscrit puis Gauche démocratique), soutient Valéry Giscard d'Estaing à l'élection présidentielle de 1981 et Jacques Chirac à celle de 1988. Il avait, peu de temps auparavant, succédé à Michel Baroin comme président de la Mission pour la célébration du Bicentenaire de la Révolution française. Il meurt au cours de cette mission. Jean Pourchet lui succède au Sénat.

Edgar Faure fut aussi maire de Port-Lesney dans le Jura (1947-1971 et 1983-1987), puis de Pontarlier dans le Doubs (1971-1977), et président de la région Franche-Comté (1974-1981 et 1982-1988).

Il est inhumé au cimetière de Passy, à Paris.

Image[modifier | modifier le code]

Plaque en mémoire d'Edgar Faure apposée sur son domicile parisien au no 134 de la rue de Grenelle

En 1993, Arnaud Montebourg, en tant que premier secrétaire de la conférence du barreau de Paris, prononça un éloge d'Edgar Faure qui sera primé.

Edgar Faure laisse l'image d'un brillant homme d'État, doué d'une mémoire solide et d'une culture encyclopédique capable de raisonnements fulgurants[1]. Très bon orateur, connu pour son humour et sa répartie, bon vivant, il pouvait paraître quelquefois pécher par orgueil et par vanité. La longue carrière de ce « surdoué de la politique » et sa capacité à s'adapter furent aussi quelquefois perçues comme de la versatilité et de l'opportunisme. Doté d'une grande capacité de travail, ses amis et adversaires lui reconnaissent un sens élevé du bien public[1] et une œuvre politique conséquente.

Il laisse également l'image d'un grand séducteur, ayant notamment fait aménager une porte dérobée dans l'une des salles de l'hôtel de Lassay, la résidence du président de l'Assemblée nationale, pour ses rendez-vous d'alcôve lorsqu'il présidait les travaux de la Ve législature[8].

Synthèse des mandats[modifier | modifier le code]

Mandats locaux
Mandats de député
Mandats régionaux
Mandats de sénateur

Fonctions gouvernementales[modifier | modifier le code]

Généalogie[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Certaines de ses œuvres littéraires ont paru sous le pseudonyme d'Edgar Sanday.

  • Pascal : le procès des provinciales, Firmin Didot, 1930
  • Le Pétrole dans la paix et dans la guerre, Nouvelle revue critique, 1938
  • Pour rencontrer M. Marshes, Sequana Éditeur, 1942 (Roman policier publié sous le pseudonyme Ed Faure, réédité en 10/18 dans la collection grands détectives)
  • L'installation du président Fitz Mole, Sequana Éditeur (Roman policier publié sous le pseudonyme Ed Faure, réédité en 10/18 dans la collection grands détectives)
  • Mr Langois n'est pas toujours égal à lui-même Julliard 1950 (Roman "d'atmosphère" publié sous le pseudonyme Edgar Sanday, réédité en 10/18 dans la collection grands détectives)
  • Le Serpent et la Tortue (les problèmes de la Chine populaire), Juillard, 1957
  • La Disgrâce de Turgot, Gallimard, 1961
  • La Capitation de Dioclétien, Sirey, 1961
  • Prévoir le présent, Gallimard, 1966
  • L'Éducation nationale et la participation, Plon, 1968
  • Philosophie d'une réforme, Plon, 1969
  • L'Âme du combat, Fayard, 1969
  • Ce que je crois, Grasset, 1971
  • Pour un nouveau contrat social, Seuil, 1973
  • Au-delà du dialogue avec Philippe Sollers, Balland, 1977
  • La Banqueroute de Law, Gallimard, 1977
  • La Philosophie de Karl Popper et la société politique d'ouverture, Firmin Didot, 1981
  • Mémoires I, « Avoir toujours raison, c'est un grand tort », Plon, 1982
  • Mémoires II, « Si tel doit être mon destin ce soir », Plon, 1984, (9ème Prix de la Fondation Pierre-Lafue 1985)
  • Discours prononcé pour la réception de Senghor à l'Académie française, le 29 mars 1984

Filmographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Les papiers personnels de Edgar Faure sont conservés aux Archives nationales sous la cote 505AP [10]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g « Edgar Faure, l'enragé du bien public », documentaire pour la télévision, 2007.
  2. « Du charbon et du gaz de houille à Lons-le-Saunier », sur Le Progrès,‎ 7 novembre 2012.
  3. Association Edgar Faure
  4. Biographie sur le site du ministère des finances
  5. Italiques, deuxième chaîne de l'ORTF, 6 janvier 1972
  6. Compte-rendu de la séance du lundi 2 avril 1974, publié au Journal officiel.
  7. Michèle Cotta, Cahiers secrets de la Ve République, tome II (1977-1986), Fayard, 2008, pp.  128-129.
  8. Christophe Deloire, Christophe Dubois, Sexus Politicus, Albin Michel,‎ 2006 (ISBN 2226172556), p. 88
  9. Généastar : Ascendants d'Edgar FAURE
  10. Voir la notice dans la salle des inventaires virtuelle des Archives nationales

Liens externes[modifier | modifier le code]

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